Charles Gave est cet homme d’affaires à succès, respectable comme tel, ayant créé il y a quelques années l’Institut des Libertés, erreur déjà puisque la liberté ne se découpe pas en tranches. Il a produit à l’automne un article, sur son site, où il prétend révéler « Qu’est ce que le Libéralisme ? ». Il est je crois très intéressant de le lire, car il s’y pose avec sincérité d’excellentes questions. Mais les réponses qu’il propose, sa vision du libéralisme donc, tombent à plat et montrent l’horizon limité du schéma de pensée dont il souffre, ainsi que l’immense majorité des pseudo libéraux dans ce pays.
L’article débute par une citation d’excellent choix, prise chez Saint Just : « L’ennemi naturel de tout citoyen, c’est son Etat. » Bravo, il ne pouvait pas mieux résumer la vision libertarienne de la liberté.
Charles Gave (CG) commence alors son texte par une anecdote ou il fait intervenir Milton Friedman, sa référence en économie, hélas, montrant surtout son goût pour l’utilitarisme constructiviste. Mais ensuite, vient un autre moment de clarté, qui mérite d’être souligné et cité : « Je vais commencer par une évidence : le libéralisme n’est pas une doctrine économique et encore moins une idéologie politique, c’est tout simplement une pratique juridique empreinte du pragmatisme le plus total cherchant à établir dans un pays ce qu’il est convenu d’appeler un « état de Droit », c’est-à-dire un système politique où la Loi est la même pour tous, Etat y compris » (l’emphase est d’origine).
C’est pourtant dans ce résumé de sa vision du libéralisme que CG se prend les pieds dans le tapis alors même qu’il est sur le point d’avoir tout compris et de savoir pleinement expliquer la liberté. Mais reprenons sa thèse, elle est en trois points simples.
Tout d’abord, la liberté et donc le libéralisme est affaire de droit, pas d’économie. Si l’économie est un domaine où la liberté s’exprime, c’est sur la base du droit et non pas d’une théorie x ou y qui serait fondée sur autre chose que la base juridique du droit – en l’occurrence la propriété privée. Ensuite et au passage, liberté signifie libre choix et ce qu’il appelle pragmatisme est à lire selon moi comme ce que d’autres appelle tolérance, i.e. la possibilité d’avoir ses opinions et choix propres.
Puis viennent les trois mots de fin, mis en exergue, « état y compris », qui sont à la fois parfaitement vrais et faux. Vrais parce qu’en effet, toute la difficulté de la science politique est précisément de faire sauter ce paradoxe où certains auraient plus de droits que d’autres alors qu’ils sont là pour faire respecter l’égalité de tous devant le droit. Avec quelques autres libertariens, je nomme ce principe celui de la pleine symétrie du droit. Faux parce que tout son article montre qu’il n’a pas su voir l’incohérence sur ce point des auteurs et du système politique qu’il propose, et qu’il n’a pas su voir non plus la solution pourtant proposée par des auteurs plus récents, mais qu’il semble ignorer.
CG se lance alors dans un résumé de l’histoire de la pensée et de l’évolution politique libérale depuis la Magna Carta anglaise de 1215 qui le conduit à poser la séparation des pouvoirs comme principe : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité apparaît donc le principe de la nécessaire séparation des pouvoirs entre exécutif (le Roi), législatif (vote des impôts et des lois) et judiciaire (Indépendance des Tribunaux). » Il est dommage que CG se laisse influencer par l’histoire et des lectures trop anciennes pour ne pas voir que cette étape historique, pour positive qu’elle fut, cachait un postulat parfaitement arbitraire qui contredit sa propre exigence de symétrie du droit. En effet, avant de se féliciter de la séparation des pouvoir, il devrait s’interroger sur le besoin du pouvoir, car le pouvoir et son arbitraire est précisément ce qui s’oppose au droit – il ne peut donc en être le bras.
On devine que CG ne connaît pas ou du moins n’a pas lu la riche lignée des auteurs anarchistes de la liberté – Gustave de Molinari, Lysander Spooner, Herbert Spencer, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe – voyant probablement dans ce terme connoté le mal du désordre et du chaos. Pourtant, « anarchie » ne veut pas dire désordre – ce serait l’anomie, littéralement l’absence de normes. L’anarchie est l’absence d’autorité, de pouvoir l’arche de « l’archie » donnant bien cette image de quelque chose posé au-dessus de nous. L’anarchie prise dans ce sens est donc bien la bonne piste, celle de l’absence de pouvoir et d’égalité devant le droit qui est chère à notre libéral classique.
C’est dommage qu’il ne sache pas voir cette nuance, car plus loin il dit une autre vérité qui le met à deux doigts de la solution libertarienne, qui passe par le commerce du régalien : « Ce qui permet la croissance, ce n’est donc pas une série de règles économiques plus ou moins efficaces mais la sécurité juridique qui est offerte aux entrepreneurs. La croissance économique se produit tout simplement parce que le vol étatique n’est plus possible. » Exact cher Charles Gave. Mais ce qui est dommage que vous ne voyiez pas, c’est le raisonnement inverse vous donne la solution : les entrepreneurs qui cherchent et font la croissance, parce qu’ils ont besoin de sécurité juridique, peuvent aussi la faire.
Ce que la phrase de CG met de côté, c’est le processus de mise en place de cette nécessaire sécurité juridique. Sans vraiment s’en rendre compte probablement, il suppose qu’elle nous tomberait plus ou moins du ciel, du moins ne se pose-t-il pas la question parce que l’histoire s’est chargée du sujet et nous a servi le lourd état napoléonien comme sur un plateau. Donc pour lui la question n’est plus que de réviser, réformer, au mieux refondre cet « état » hérité de l’histoire. Mais pourquoi cela serait-il la seule option possible ? Et de toute manière, il pourra bien tenter toutes les réformes de l’état qu’il veut, veiller à sa sainte séparation des pouvoirs, il ne pourra pas sortir du paradoxe de l’état ennemi qui se pose comme sauveur du citoyen envers l’état. Le libéralisme est donc ailleurs.
Et ailleurs c’est donc dans l’entrepreneurs et donc dans le libre marché. La première étape, c’est la confiance entre deux, puis trois puis une communauté de partenaires commerciaux. Quand elle devient trop vaste, que la confiance s’étiole, vient ce besoin formel de sécurité juridique – le fameux régalien. Mais la confiance encore présente suffit pour que l’entrepreneur propose des services régaliens : justice privée, police privée, notaires, cadastre, huissiers et tout ce que le marché peut faire émerger. Ces premiers services accroissent la confiance et la sécurité et permettent à d’autres de voir le jour, et la boucle est bouclée. Le libéralisme de plein capitalisme, libre de pouvoir, est né.
A part une référence à John Rawls fort malheureuse – cet auteur est un « liberal » c’est-à-dire un social-démocrate et non un libéral – le reste de l’article est tout à fait intéressant, mais il y avoue son impuissance à comprendre l’abandon du libéralisme au profit de la social-démocratie.
Dans sa conclusion, Charles Gave cite ainsi Albert Camus, à juste titre : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». S’est-il seulement rendu compte à quel point sa propre erreur de qualification du libéralisme contribue à obscurcir l’esprit de ses concitoyens quand il s’exprime devant eux sur le sujet ? Vu l’exposition qui est la sienne dans les médias, je me permets de lui suggérer de revoir en urgence ses concepts et ses positions sur le sujet.
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Thursday, January 25, 2018
Tuesday, January 23, 2018
Tolérance et Relativisme – I Have Hoppe
(Publié sur Le Cercle en 2015.)
C’est un paradoxe à la mode, il faut être tolérant. Surtout quand on est libéral. Le libéral dans le vent n’est pas que tolérant, il revendique sa différence et attend des autres libéraux qu’il la tolère. Et l’on voit pleuvoir les articles, jusque dans Le Monde, où on nous explique que le libéral se doit de tolérer.
Hélas, la raison au plus fort est toujours la meilleure… et la raison donne tort à ces balivernes. Pour s’en convaincre, revenons aux fondamentaux du libéralisme et de la liberté. Ils sont très simples.
La liberté est une simple question de droit, et surtout pas de morale. Elle est définie comme effective lorsque chacun est pleinement propriétaire de lui-même et de ses biens, ce qui construit la symétrie du droit et ses limites. Chez moi, je suis libre et donc sans comptes à rendre. Chez autrui, l’inverse.
Et voilà, tout est dit. La concision d’un concept si puissant qu’il suffit à faire les bases de l’avenir de notre espèce donne à réfléchir. D’autant que si la morale en semble absente, rien n’est moins vrai.
Car pour revenir à la tolérance, trois conséquences de la pleine propriété doivent être rappelées. La première est une forme faible de la tolérance invoquée, mais la seule vraiment libérale. Si je veux être reconnu comme propriétaire et donc comme homme libre, je dois tolérer de même tout autre propriétaire, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de la tolérance du cœur, mais de celle du droit.
Ensuite vient la discrimination, qui est le droit inverse. Si je dois tolérer autrui chez lui, chez moi j’ai le droit de refuser ou d’accorder le droit. Le propriétaire est tout puissant chez lui, tant qu’il respecte l’intégrité de ses invités et n’attente pas à leurs personnes ou biens. J’ai donc le droit de souhaiter ne recevoir aucun jaune, noir, blond ou musulman. Et j’ai aussi le droit de les aimer ou de les détester.
Mais si j’ai le droit de discriminer, c’est que je peux pratiquer ce que j’appellerai l’ostracisme. C’est-à-dire tolérer que l’autre ait le droit de vivre et d’exister, mais sans pour autant approuver ses choix ou ses actes, et aller jusqu’à le boycotter directement ou indirectement, sans lui porter atteinte.
La tolérance ne s’exige pas. J’ai le droit d'être tolérant, c’est bien évidemment souhaitable, et pas plus, mais j’ai le droit aussi de ne pas l'être et de nos jours ce serait tout aussi souhaitable, souvent. Il n’y a qu’une seule chose que le libéral exige, une seule chose qui est l’objet de sa totale intransigeance : le respect du droit de propriété privé de pleine symétrie sans exception. Cela suffit.
Il est dommage que tant de libéraux ne lise pas Hans-Hermann Hoppe, ou se refusent à le comprendre, car il décrit bien ces phénomènes : le relativisme n’a rien à voir avec le libéralisme.
C’est un paradoxe à la mode, il faut être tolérant. Surtout quand on est libéral. Le libéral dans le vent n’est pas que tolérant, il revendique sa différence et attend des autres libéraux qu’il la tolère. Et l’on voit pleuvoir les articles, jusque dans Le Monde, où on nous explique que le libéral se doit de tolérer.
Hélas, la raison au plus fort est toujours la meilleure… et la raison donne tort à ces balivernes. Pour s’en convaincre, revenons aux fondamentaux du libéralisme et de la liberté. Ils sont très simples.
La liberté est une simple question de droit, et surtout pas de morale. Elle est définie comme effective lorsque chacun est pleinement propriétaire de lui-même et de ses biens, ce qui construit la symétrie du droit et ses limites. Chez moi, je suis libre et donc sans comptes à rendre. Chez autrui, l’inverse.
Et voilà, tout est dit. La concision d’un concept si puissant qu’il suffit à faire les bases de l’avenir de notre espèce donne à réfléchir. D’autant que si la morale en semble absente, rien n’est moins vrai.
Car pour revenir à la tolérance, trois conséquences de la pleine propriété doivent être rappelées. La première est une forme faible de la tolérance invoquée, mais la seule vraiment libérale. Si je veux être reconnu comme propriétaire et donc comme homme libre, je dois tolérer de même tout autre propriétaire, quel qu’il soit. Il ne s’agit pas de la tolérance du cœur, mais de celle du droit.
Ensuite vient la discrimination, qui est le droit inverse. Si je dois tolérer autrui chez lui, chez moi j’ai le droit de refuser ou d’accorder le droit. Le propriétaire est tout puissant chez lui, tant qu’il respecte l’intégrité de ses invités et n’attente pas à leurs personnes ou biens. J’ai donc le droit de souhaiter ne recevoir aucun jaune, noir, blond ou musulman. Et j’ai aussi le droit de les aimer ou de les détester.
Mais si j’ai le droit de discriminer, c’est que je peux pratiquer ce que j’appellerai l’ostracisme. C’est-à-dire tolérer que l’autre ait le droit de vivre et d’exister, mais sans pour autant approuver ses choix ou ses actes, et aller jusqu’à le boycotter directement ou indirectement, sans lui porter atteinte.
La tolérance ne s’exige pas. J’ai le droit d'être tolérant, c’est bien évidemment souhaitable, et pas plus, mais j’ai le droit aussi de ne pas l'être et de nos jours ce serait tout aussi souhaitable, souvent. Il n’y a qu’une seule chose que le libéral exige, une seule chose qui est l’objet de sa totale intransigeance : le respect du droit de propriété privé de pleine symétrie sans exception. Cela suffit.
Il est dommage que tant de libéraux ne lise pas Hans-Hermann Hoppe, ou se refusent à le comprendre, car il décrit bien ces phénomènes : le relativisme n’a rien à voir avec le libéralisme.
Thursday, January 18, 2018
Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (8)
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)
Ma lectrice poursuit ainsi : « Je suis très déçue. Je me faisais une autre idée du libéralisme : un monde d’entrepreneurs dynamiques et innovants, pratiquant entre eux la fameuse « concurrence libre et non faussée », selon des règles simplifiées et sous la surveillance des nations peu interventionnistes… ».
Là, les bras m’en tombent. Jusqu’à « règles », l’idée est bien exprimée, bravo, mais cela finit mal : Madame, que signifie pour vous « sous la surveillance des nations peu interventionnistes » ?
La France actuelle serait pour vous une « nation peu interventionniste » où la liberté d’entreprendre serait respectée ? Ouvrez donc les yeux, Madame ! Avec un PIB plombé à 57% par le secteur public et une chute au milieu du classement mondial de la liberté économique (72eme), le pays nage dans l’interventionnisme le plus total : plus de toute la valeur ajoutée des entrepreneurs est engloutie à financer la dette d’état. Les gouvernements empruntent soi-disant pour combler un déficit qu’ils entretiennent par une gestion désastreuse. On est très loin de votre « autre idée » du libéralisme !
Et qu’entendez-vous par « règles simplifiées » ? Le droit est le droit, il n’y a ni à le simplifier, ni à le compliquer. De nos jours, un chef d’entreprise investit plus de temps à étudier le code du travail archaïque et le fatras fiscal changeant chaque année, voire chaque mois, qu’à se consacrer à l’objet même de son activité. L’administration déborde d’imagination et le législateur de dynamisme pour produire des lois qui posent chaque jour d’autres entraves aux entreprises. Comment gagner un 100m aux Jeux Olympiques avec des boulets aux chevilles ? Avec entraînement, soit, mais en compétition dans le stade olympique mondial, on reste au stade des qualifications, si on y arrive.
Le monde des entrepreneurs n’est pas fait pour satisfaire toute cette couche de vautours qui attendent de se gorger des fruits du travail des autres. On l’oublie trop, si l’entrepreneur crée de la richesse, c’est d’abord et avant tout pour que vous et moi en disposions par l’échange. Parmi les bénéficiaires, il y a ceux qui participent à la création des produits et services de l’entreprise, salariés et partenaires.
Mais sans client, pas de richesses pour eux. Quant à ceux qui ne veulent pas participer à cette création de richesses, c’est leur droit, mais ils doivent l’assumer. La justice sociale ne réside pas dans un pouvoir qui dérobe les entrepreneurs au bénéfice de sangsues arbitraires. La solidarité forcée ne se substitue pas à la charité privée. La première est une agression, la dernière une bonté.
Pourquoi donc vouloir une « surveillance » ? En quoi votre libéralisme serait-il malsain alors que la concurrence y est « libre et non faussée » ? Par contre, comment garantir que la nation soit « peu interventionniste », sinon justement en limitant le pouvoir politique ? La surveillance est inutile dès qu’il y a respect du droit naturel, chacun étant libre de produire et d’échanger sans se faire agresser ni piller – à commencer par l’état. Si état, il doit donc n’être ni agresseur ni prédateur, mais juste.
Tous les politiciens se trompent à nous promettre un état solution universelle. L’intervention régalienne sert la liberté quand la propriété du faible est menacée par le fort – lui. Vous étiez tout prêt, Madame. Vous n’avez juste pas su voir que le problème est en fait dans la solution que vous apportez.
Car la solution consiste à ne pas en avoir. Le renard est depuis longtemps dans le poulailler, mais rusé il se masque. Dodu, c’est celui qui se nourrit d’impôts. Il faut lui faire quitter le poulailler.
(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)
Ma lectrice poursuit ainsi : « Je suis très déçue. Je me faisais une autre idée du libéralisme : un monde d’entrepreneurs dynamiques et innovants, pratiquant entre eux la fameuse « concurrence libre et non faussée », selon des règles simplifiées et sous la surveillance des nations peu interventionnistes… ».
Là, les bras m’en tombent. Jusqu’à « règles », l’idée est bien exprimée, bravo, mais cela finit mal : Madame, que signifie pour vous « sous la surveillance des nations peu interventionnistes » ?
La France actuelle serait pour vous une « nation peu interventionniste » où la liberté d’entreprendre serait respectée ? Ouvrez donc les yeux, Madame ! Avec un PIB plombé à 57% par le secteur public et une chute au milieu du classement mondial de la liberté économique (72eme), le pays nage dans l’interventionnisme le plus total : plus de toute la valeur ajoutée des entrepreneurs est engloutie à financer la dette d’état. Les gouvernements empruntent soi-disant pour combler un déficit qu’ils entretiennent par une gestion désastreuse. On est très loin de votre « autre idée » du libéralisme !
Et qu’entendez-vous par « règles simplifiées » ? Le droit est le droit, il n’y a ni à le simplifier, ni à le compliquer. De nos jours, un chef d’entreprise investit plus de temps à étudier le code du travail archaïque et le fatras fiscal changeant chaque année, voire chaque mois, qu’à se consacrer à l’objet même de son activité. L’administration déborde d’imagination et le législateur de dynamisme pour produire des lois qui posent chaque jour d’autres entraves aux entreprises. Comment gagner un 100m aux Jeux Olympiques avec des boulets aux chevilles ? Avec entraînement, soit, mais en compétition dans le stade olympique mondial, on reste au stade des qualifications, si on y arrive.
Le monde des entrepreneurs n’est pas fait pour satisfaire toute cette couche de vautours qui attendent de se gorger des fruits du travail des autres. On l’oublie trop, si l’entrepreneur crée de la richesse, c’est d’abord et avant tout pour que vous et moi en disposions par l’échange. Parmi les bénéficiaires, il y a ceux qui participent à la création des produits et services de l’entreprise, salariés et partenaires.
Mais sans client, pas de richesses pour eux. Quant à ceux qui ne veulent pas participer à cette création de richesses, c’est leur droit, mais ils doivent l’assumer. La justice sociale ne réside pas dans un pouvoir qui dérobe les entrepreneurs au bénéfice de sangsues arbitraires. La solidarité forcée ne se substitue pas à la charité privée. La première est une agression, la dernière une bonté.
Pourquoi donc vouloir une « surveillance » ? En quoi votre libéralisme serait-il malsain alors que la concurrence y est « libre et non faussée » ? Par contre, comment garantir que la nation soit « peu interventionniste », sinon justement en limitant le pouvoir politique ? La surveillance est inutile dès qu’il y a respect du droit naturel, chacun étant libre de produire et d’échanger sans se faire agresser ni piller – à commencer par l’état. Si état, il doit donc n’être ni agresseur ni prédateur, mais juste.
Tous les politiciens se trompent à nous promettre un état solution universelle. L’intervention régalienne sert la liberté quand la propriété du faible est menacée par le fort – lui. Vous étiez tout prêt, Madame. Vous n’avez juste pas su voir que le problème est en fait dans la solution que vous apportez.
Car la solution consiste à ne pas en avoir. Le renard est depuis longtemps dans le poulailler, mais rusé il se masque. Dodu, c’est celui qui se nourrit d’impôts. Il faut lui faire quitter le poulailler.
Sunday, January 14, 2018
Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (4)
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)
Ma lectrice poursuit : « Pour en revenir à votre billet, j’ai d’abord été surprise par l’expression « vol fiscal », comme si un état, même très libéral (USA, Grande Bretagne…), n’avait pas besoin d’un minimum de budget pour payer ses fonctionnaires (police, justice, armée, services fiscaux, enseignants…) et de grandes infrastructures dont la rentabilité est faible à court terme ».
Madame, la contribution commune, selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 14 (préambule constitutionnel), doit être « librement consentie » ! Imposer ou taxer, c’est contraire à consentir. Prendre sans consentement, cela s’appelle voler. Comme tout citoyen subit ce vol sous couvert de légalité, permettez-moi de franchir le pas avec l’expression « vol fiscal ». Admettons que celui qui vit de cette spoliation légale soit surpris la première fois qu’il l’entend, la réalité demeure.
Car rien ne justifie que ce qu’on appelle « état » se comporte en bandit de grand chemin envers les citoyens pour établir son budget. Un état se doit de respecter les fruits du travail du citoyen qu’il sert – et non l’inverse. Mais peut-être votre vision de la démocratie veut-elle que la majorité puisse voler impunément les minorités, jusqu’à les piller selon la loi du plus fort ou du plus grand nombre ?
Le secteur privé, par contre, ne taxe pas et n’impose rien à personne. Chacun est libre de commercer ou de contracter avec quiconque. Tout échange est librement consenti – sauf quand l’état légifère indûment. Un état moderne devrait au pire fonctionner de même avec ses citoyens, par une fiscalité compréhensible et minimale, sans inventer ni augmenter impôts ou taxes tous les quatre matins.
Le privé n’est pas un citron à presser. L’état et ses structures devraient agir sans agression. Or la fiscalité actuelle est une agression : ne payez pas le fisc, vous verrez vite ce qu’il vous arrivera. L’état et ses collectivités locales sont supposés organiser la « force publique » pour garantir les droits. Pas pour utiliser celle-ci contre les citoyens et leur soutirer de l’argent destiné à un abject mercantilisme.
Le financement forcé de services dit « publics » ou d’infrastructures est la pire injustice. Évoquer une non-rentabilité imaginaire de ces activités pour écarter le privé, donc l’action sociale naturelle, est un prétexte fallacieux. Leurs coûts sont pourtant bien pris en charge par le privé – encore et toujours – et qui se doit d’être de plus en plus rentable pour financer ces rentes publiques. Leur non-rentabilité vient au contraire de l’étatisme qui, interdisant la moindre velléité commerciale par des protections anticoncurrentielles contraires à toute moralité, rend impossibles les mécanismes du marché. Jeter l’argent dans des structures hors du marché n’est pas un investissement, mais un vol manifeste.
USA et Grande Bretagne seraient donc des états « très libéraux » ? Au risque de vous décevoir, chère Madame, ce sont devenu des pays sociaux-démocrates. Ils sont connus pour leur interventionnisme important qui trop entremêle politique et économie. Dans un pays libéral, le politique ne fait pas de promesse avec l’argent du peuple. Il garantit les droits du citoyen et se limite à ce rôle. Dans un pays libéral, les lamentations collectives pour demander au politique de culpabiliser le riche pour mieux le voler par la fiscalité restent sans écho. Un pays libéral guide son action selon l’égalité de tous devant le droit. Il laisse chacun créer de la richesse en faisant respecter le droit. Sans besoin d’autre budget.
(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)
Ma lectrice poursuit : « Pour en revenir à votre billet, j’ai d’abord été surprise par l’expression « vol fiscal », comme si un état, même très libéral (USA, Grande Bretagne…), n’avait pas besoin d’un minimum de budget pour payer ses fonctionnaires (police, justice, armée, services fiscaux, enseignants…) et de grandes infrastructures dont la rentabilité est faible à court terme ».
Madame, la contribution commune, selon la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 14 (préambule constitutionnel), doit être « librement consentie » ! Imposer ou taxer, c’est contraire à consentir. Prendre sans consentement, cela s’appelle voler. Comme tout citoyen subit ce vol sous couvert de légalité, permettez-moi de franchir le pas avec l’expression « vol fiscal ». Admettons que celui qui vit de cette spoliation légale soit surpris la première fois qu’il l’entend, la réalité demeure.
Car rien ne justifie que ce qu’on appelle « état » se comporte en bandit de grand chemin envers les citoyens pour établir son budget. Un état se doit de respecter les fruits du travail du citoyen qu’il sert – et non l’inverse. Mais peut-être votre vision de la démocratie veut-elle que la majorité puisse voler impunément les minorités, jusqu’à les piller selon la loi du plus fort ou du plus grand nombre ?
Le secteur privé, par contre, ne taxe pas et n’impose rien à personne. Chacun est libre de commercer ou de contracter avec quiconque. Tout échange est librement consenti – sauf quand l’état légifère indûment. Un état moderne devrait au pire fonctionner de même avec ses citoyens, par une fiscalité compréhensible et minimale, sans inventer ni augmenter impôts ou taxes tous les quatre matins.
Le privé n’est pas un citron à presser. L’état et ses structures devraient agir sans agression. Or la fiscalité actuelle est une agression : ne payez pas le fisc, vous verrez vite ce qu’il vous arrivera. L’état et ses collectivités locales sont supposés organiser la « force publique » pour garantir les droits. Pas pour utiliser celle-ci contre les citoyens et leur soutirer de l’argent destiné à un abject mercantilisme.
Le financement forcé de services dit « publics » ou d’infrastructures est la pire injustice. Évoquer une non-rentabilité imaginaire de ces activités pour écarter le privé, donc l’action sociale naturelle, est un prétexte fallacieux. Leurs coûts sont pourtant bien pris en charge par le privé – encore et toujours – et qui se doit d’être de plus en plus rentable pour financer ces rentes publiques. Leur non-rentabilité vient au contraire de l’étatisme qui, interdisant la moindre velléité commerciale par des protections anticoncurrentielles contraires à toute moralité, rend impossibles les mécanismes du marché. Jeter l’argent dans des structures hors du marché n’est pas un investissement, mais un vol manifeste.
USA et Grande Bretagne seraient donc des états « très libéraux » ? Au risque de vous décevoir, chère Madame, ce sont devenu des pays sociaux-démocrates. Ils sont connus pour leur interventionnisme important qui trop entremêle politique et économie. Dans un pays libéral, le politique ne fait pas de promesse avec l’argent du peuple. Il garantit les droits du citoyen et se limite à ce rôle. Dans un pays libéral, les lamentations collectives pour demander au politique de culpabiliser le riche pour mieux le voler par la fiscalité restent sans écho. Un pays libéral guide son action selon l’égalité de tous devant le droit. Il laisse chacun créer de la richesse en faisant respecter le droit. Sans besoin d’autre budget.
Tuesday, January 9, 2018
Sivens : Où est « l’état de droit » ?
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
Au-delà de la mort d’une personne et de son exploitation insupportable par les deux camps dans la violence et la radicalisation, l’affaire du réservoir de Sivens (81) est l’occasion de s’interroger de nouveau sur le fonctionnement des institutions françaises. Lors du débat dans l’apéro politique de votre journal préféré avec un militant du PRG (Parti Radical de Gauche) au sujet de ce réservoir, est apparue la question du respect des règles dans un « état de droit ». Notion si mal comprise.
Concernant Sivens, où sont les règles ? Si l’état suivait des règles de droit claires, comment ce barrage pourrait-il être remis en cause par les politiques eux-mêmes ? Doit-on s’appuyer sur ce que le système politique du département a décidé ? Ou doit-on s’appuyer sur ce que la justice a décidé ? Ou doit-on plutôt suivre ce que les experts, en désaccord entre eux, ont écrit ? Sinon, doit-on suivre les groupes extrémistes ? (Des groupes guère plus extrémistes que les politiques abusant de leur pouvoir avec l’argent du citoyen.) Ou plutôt les propriétaires ? Qui est ce « on », en fait ?
La vraie question : sommes-nous encore dans un état de droit ? Si l’état français respectait les règles du droit naturel au lieu de bâtir un droit positif arbitraire, impénétrable même pour sa justice, nous n’aurions pas ce débat. Mais l’homme politique joue à l’entrepreneur sans les risques, prétendant développer une politique économique, là où en fait, il distribue des faveurs gratuites à des lobbies avec l’argent des autres. Ce réservoir d’eau est-il utile ? Peut-être, mais alors que ceux qui le pensent n’exploitent pas le pouvoir de l’état pour exproprier, mal indemniser les terrains et faire construire le barrage avec l’argent du contribuable. Qu’ils y investissent leur capital propre et assument le risque.
Aucun doute, c’est à ceux qui voient une utilité dans ce projet de s’y lancer et de l’amortir avec la vente de leur production. Voilà ce que serait le vrai droit et le vrai courage, l’honnêteté. Ils ne sont pas propriétaires des terrains ? Qu’ils créent une société commerciale et réussissent à convaincre du succès de leur projet. S’il est si utile, il devrait être aisé d’acheter les terrains nécessaires au projet.
Il y a des opposants au projet ? Soit. Mais vouloir convaincre de l’inutilité du projet n’autorise pas à sortir du droit. Par exemple, s’ils veulent protéger la nature, qu’ils achètent les terrains pour en devenir les légitimes propriétaires, ils auront alors le droit pour eux. Ils sont anticapitalistes ? Soit. Mais qu’ils ne réalisent pas que tout homme est capitaliste ne leur donne pas pour autant droit au recours à la violence. S’ils sèment la violence, qu’ils ne s’étonnent pas de la subir en retour.
L’état français ne respecte pas la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Quand on sort de la neutralité politique pour empiéter sur la propriété privée au nom de causes forcément partiales, on quitte l’état de droit dont on se targue et dont on a pourtant la charge. L’état via ses politiciens ne peut que récolter la violence qu’il crée par ses actes arbitraires. L’état de droit n’est pas, en ce pays.
Au-delà de la mort d’une personne et de son exploitation insupportable par les deux camps dans la violence et la radicalisation, l’affaire du réservoir de Sivens (81) est l’occasion de s’interroger de nouveau sur le fonctionnement des institutions françaises. Lors du débat dans l’apéro politique de votre journal préféré avec un militant du PRG (Parti Radical de Gauche) au sujet de ce réservoir, est apparue la question du respect des règles dans un « état de droit ». Notion si mal comprise.
Concernant Sivens, où sont les règles ? Si l’état suivait des règles de droit claires, comment ce barrage pourrait-il être remis en cause par les politiques eux-mêmes ? Doit-on s’appuyer sur ce que le système politique du département a décidé ? Ou doit-on s’appuyer sur ce que la justice a décidé ? Ou doit-on plutôt suivre ce que les experts, en désaccord entre eux, ont écrit ? Sinon, doit-on suivre les groupes extrémistes ? (Des groupes guère plus extrémistes que les politiques abusant de leur pouvoir avec l’argent du citoyen.) Ou plutôt les propriétaires ? Qui est ce « on », en fait ?
La vraie question : sommes-nous encore dans un état de droit ? Si l’état français respectait les règles du droit naturel au lieu de bâtir un droit positif arbitraire, impénétrable même pour sa justice, nous n’aurions pas ce débat. Mais l’homme politique joue à l’entrepreneur sans les risques, prétendant développer une politique économique, là où en fait, il distribue des faveurs gratuites à des lobbies avec l’argent des autres. Ce réservoir d’eau est-il utile ? Peut-être, mais alors que ceux qui le pensent n’exploitent pas le pouvoir de l’état pour exproprier, mal indemniser les terrains et faire construire le barrage avec l’argent du contribuable. Qu’ils y investissent leur capital propre et assument le risque.
Aucun doute, c’est à ceux qui voient une utilité dans ce projet de s’y lancer et de l’amortir avec la vente de leur production. Voilà ce que serait le vrai droit et le vrai courage, l’honnêteté. Ils ne sont pas propriétaires des terrains ? Qu’ils créent une société commerciale et réussissent à convaincre du succès de leur projet. S’il est si utile, il devrait être aisé d’acheter les terrains nécessaires au projet.
Il y a des opposants au projet ? Soit. Mais vouloir convaincre de l’inutilité du projet n’autorise pas à sortir du droit. Par exemple, s’ils veulent protéger la nature, qu’ils achètent les terrains pour en devenir les légitimes propriétaires, ils auront alors le droit pour eux. Ils sont anticapitalistes ? Soit. Mais qu’ils ne réalisent pas que tout homme est capitaliste ne leur donne pas pour autant droit au recours à la violence. S’ils sèment la violence, qu’ils ne s’étonnent pas de la subir en retour.
L’état français ne respecte pas la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Quand on sort de la neutralité politique pour empiéter sur la propriété privée au nom de causes forcément partiales, on quitte l’état de droit dont on se targue et dont on a pourtant la charge. L’état via ses politiciens ne peut que récolter la violence qu’il crée par ses actes arbitraires. L’état de droit n’est pas, en ce pays.
Saturday, December 30, 2017
L’état n’a aucune légitimité économique !
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
« Une absurdité ! » me répondra celui qui vit de subsides de l’état, au premier chef la majorité des hommes politiques ou fonctionnaires. Donc, pourquoi une telle affirmation ? Parce que l’état moderne n’a pas même de légitimité tout court ! « Il est vraiment fou, le chroniqueur économique du Journal Toulousain », oseront les premiers. Pourtant, regardons sérieusement les choses.
La légitimité juridique d’un état de droit se construit notamment lorsque celui qui établit les règles est conduit à les respecter. Sinon, pourquoi lui et pas nous ? Or qui peut me montrer que l’état respecte la législation qu’il impose aux citoyens ? Voyez-vous par exemple des citoyens avoir le droit d’exiger de l’argent des autres citoyens sous la menace ? C’est pourtant ce que fait l’état.
De plus les hommes d’état sont de piètres législateurs, souvent dépourvus de toute compétence et de toute logique – à part le vol. Ils ont tendance à sombrer dans l’émotion de l’instant médiatique, alors qu’il faudrait qu’ils y résistent. Leur réflexion est absente. Leur motivation s’appuie sur des clientèles électorales. Maximiser le butin fiscal, voilà leur seul but. Garantir les droits naturels des citoyens ? Cause abandonnée depuis longtemps, au profit de l’arbitraire et de la force publique.
L’erreur de la doctrine du positivisme juridique, décrite par Lon L. Fuller dans « Moralité de la loi », est d’avoir oublié que « le droit prend naissance parmi les gens eux-mêmes pour s’appliquer à eux et entre eux ». En Suisse, citée en exemple, c’est le citoyen qui est souverain et non l’état suisse. Le législateur d’un « état de droit » se doit de placer l’état au même niveau que le citoyen, ou pour reprendre Fuller, « le droit institué présuppose lui-même un engagement de la part de l’autorité publique de respect de ses propres règles dans ses relations avec ses sujets ».
Ainsi, lorsque le législateur français édicte une règle qui n’est pas applicable à l’état sous prétexte que c’est « l’état », on comprend que les pseudo règles économiques édictées par les hommes d’état ne valent guère mieux. Or l’état français n’est pas au-dessus de règles rationnelles comme « tu ne dépenseras pas plus que ce que tu gagnes ». Les crises économiques n’existent que parce que l’état ignore un principe fondamental du droit véritable. Il est la seule cause des crises.
Cependant, Fuller se trompe ; il se montre incapable d’aller jusqu’à la conclusion logique de son raisonnement. Il ne voit pas la contradiction interne au cœur de l’état législateur : l’impôt repose sur le vol, le vol est ce dont l’état doit nous protéger. Par sa nature même, l’état viole nécessairement tout engagement à respecter ses propres lois. Aucune loi ne permet à un citoyen d’agir comme l’état se le permet : quiconque agit comme l’état sera qualifié au minimum de voleur. Et pas l’état ?
L’homme d’état tire son pouvoir de sommes venant de la levée d’impôts et de taxes. Du vol. Ses revenus ne sont obtenus qu’en utilisant la force. La fiscalité n’est rien d’autre qu’un mécanisme sophistiqué de vol avec menace de violence. Ce n’est pas moral, ce n’est pas légitime, mais il paraît que c’est légal : l’état peut bien vous piller, ce ne sera pas illégal ! Cette pseudo-légalité est bien sûr une agression inadmissible envers les citoyens car le « vrai droit » n’autorise pas l’état à agir ainsi.
L’économie repose sur la propriété, sur l’échange de ce qu’on a gagné. Avec le vol devenu une institution à hauteur de 57% du PIB, ne nous étonnons pas que l’économie ne fonctionne pas.
« Une absurdité ! » me répondra celui qui vit de subsides de l’état, au premier chef la majorité des hommes politiques ou fonctionnaires. Donc, pourquoi une telle affirmation ? Parce que l’état moderne n’a pas même de légitimité tout court ! « Il est vraiment fou, le chroniqueur économique du Journal Toulousain », oseront les premiers. Pourtant, regardons sérieusement les choses.
La légitimité juridique d’un état de droit se construit notamment lorsque celui qui établit les règles est conduit à les respecter. Sinon, pourquoi lui et pas nous ? Or qui peut me montrer que l’état respecte la législation qu’il impose aux citoyens ? Voyez-vous par exemple des citoyens avoir le droit d’exiger de l’argent des autres citoyens sous la menace ? C’est pourtant ce que fait l’état.
De plus les hommes d’état sont de piètres législateurs, souvent dépourvus de toute compétence et de toute logique – à part le vol. Ils ont tendance à sombrer dans l’émotion de l’instant médiatique, alors qu’il faudrait qu’ils y résistent. Leur réflexion est absente. Leur motivation s’appuie sur des clientèles électorales. Maximiser le butin fiscal, voilà leur seul but. Garantir les droits naturels des citoyens ? Cause abandonnée depuis longtemps, au profit de l’arbitraire et de la force publique.
L’erreur de la doctrine du positivisme juridique, décrite par Lon L. Fuller dans « Moralité de la loi », est d’avoir oublié que « le droit prend naissance parmi les gens eux-mêmes pour s’appliquer à eux et entre eux ». En Suisse, citée en exemple, c’est le citoyen qui est souverain et non l’état suisse. Le législateur d’un « état de droit » se doit de placer l’état au même niveau que le citoyen, ou pour reprendre Fuller, « le droit institué présuppose lui-même un engagement de la part de l’autorité publique de respect de ses propres règles dans ses relations avec ses sujets ».
Ainsi, lorsque le législateur français édicte une règle qui n’est pas applicable à l’état sous prétexte que c’est « l’état », on comprend que les pseudo règles économiques édictées par les hommes d’état ne valent guère mieux. Or l’état français n’est pas au-dessus de règles rationnelles comme « tu ne dépenseras pas plus que ce que tu gagnes ». Les crises économiques n’existent que parce que l’état ignore un principe fondamental du droit véritable. Il est la seule cause des crises.
Cependant, Fuller se trompe ; il se montre incapable d’aller jusqu’à la conclusion logique de son raisonnement. Il ne voit pas la contradiction interne au cœur de l’état législateur : l’impôt repose sur le vol, le vol est ce dont l’état doit nous protéger. Par sa nature même, l’état viole nécessairement tout engagement à respecter ses propres lois. Aucune loi ne permet à un citoyen d’agir comme l’état se le permet : quiconque agit comme l’état sera qualifié au minimum de voleur. Et pas l’état ?
L’homme d’état tire son pouvoir de sommes venant de la levée d’impôts et de taxes. Du vol. Ses revenus ne sont obtenus qu’en utilisant la force. La fiscalité n’est rien d’autre qu’un mécanisme sophistiqué de vol avec menace de violence. Ce n’est pas moral, ce n’est pas légitime, mais il paraît que c’est légal : l’état peut bien vous piller, ce ne sera pas illégal ! Cette pseudo-légalité est bien sûr une agression inadmissible envers les citoyens car le « vrai droit » n’autorise pas l’état à agir ainsi.
L’économie repose sur la propriété, sur l’échange de ce qu’on a gagné. Avec le vol devenu une institution à hauteur de 57% du PIB, ne nous étonnons pas que l’économie ne fonctionne pas.
Tuesday, December 12, 2017
Et si… on séparait politique et économie ? (2/2)
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)
Avez-vous noté que l’homme politique s’est pris d’affection pour le miséreux ? Mais, ouf, avant de se pencher sur le sort de la misère du monde, il a bien pris soin de se mettre lui-même à l’abri : il se sent si indispensable que « politicien » est devenu un métier. Via la pseudo légalité, l’homme de pouvoir ne ressent aucune once de culpabilité à taper dans la caisse des fruits du travail des autres. Ainsi est née la religion d’état au concept singulier : le vol des plus « riches » que soi est devenu « l’égal ». Peu importe si les pauvres restent pauvres, tout est prétexte à intervenir pour appauvrir les plus riches.
Cette forme de croyance et ses variantes s’appellent « socialisme ». N’entrons pas dans ce débat clos depuis 1922, lorsque Ludwig von Mises démontra de manière brillante dans son immense ouvrage « Le Socialisme » qu’aucune forme de cette idéologie ne peut réussir durablement, faute de liberté.
A l’aune du centenaire de la FED, aucune des expériences socialistes (nationaliste, internationaliste, communiste, gaulliste, social-démocrate, etc.), qui toutes supposent les hommes politiques capables d’intervenir valablement dans l’économie, n’a résisté à l’épreuve du temps. Avant que cela ne tourne au vinaigre, il y a urgence de tirer la conclusion que Ludwig von Mises avait dégagée : se libérer de la croyance que l’homme politique ferait le bonheur de tous. Car en réalité, il fait le malheur de chacun.
Le miséreux, c’est celui qui a des difficultés à participer aux échanges humains, qui a du mal à valoriser sa propre personne au sein de la société humaine. Ou que le système rejette. Peu importe les causes. Et le constater ne doit pas servir de fausse justification au vol fiscal ni à l’inflation législative. La générosité, le don et les associations caritatives sont en mesure de venir à son aide.
Brider les échanges économiques de tous pour cause de la misère de certains, c’est refuser de voir que beaucoup sortent de la misère grâce au libre-échange. Penser que la prospérité vient de l’action politique, c’est nier la liberté de l’action humaine et nier sa puissance imaginative. La situation économique française prouve que nous sommes dans le déni : jamais l’état français n’a autant spolié les citoyens, et pourtant la misère progresse. Parce que prendre « pour le pauvre », c’est prendre.
Heureusement, le pouvoir politique a une limite naturelle. Elle s’exprime clairement à l’article 2 des Droits de l’homme et du citoyen. La solution est connue : regarder la réalité en face ! Le problème tient au dévoiement latent de la démocratie : l’électoralisme. La voie prise repose sur le vice, sans la vertu : s’accrocher aux vestiges de l’illusoire modèle français et préconiser la « démondialisation » au détriment du peuple. En clair, découpler la France du reste du monde, à l’instar de l’ensemble de la classe politique française qui préfère une misère persistante en dépendance, par calcul électoraliste.
Ce qu’on s’imagine, c’est que l’état doit être redistributeur. Mais en fait, il n’est que destructeur de richesse. C’est la corruption intellectuelle du système. Rien à voir avec l’intérêt dit « général » d’une société épanouie faite d’individus libres et responsables. Le meilleur des gouvernements sera celui qui ne gouvernera pas et dont l’objectif sera la séparation de l’économique et du politique, stricto sensu, comme avaient été séparés la religion et l’état. La politique ne se borne qu’à garantir le droit d’être des citoyens au sein de la société pacifiée, lesquels agissent par des échanges légitimes. Ça n’empêche pas les inégalités ? Tant mieux ! car l’inégalité est la source de toute richesse.
Avez-vous noté que l’homme politique s’est pris d’affection pour le miséreux ? Mais, ouf, avant de se pencher sur le sort de la misère du monde, il a bien pris soin de se mettre lui-même à l’abri : il se sent si indispensable que « politicien » est devenu un métier. Via la pseudo légalité, l’homme de pouvoir ne ressent aucune once de culpabilité à taper dans la caisse des fruits du travail des autres. Ainsi est née la religion d’état au concept singulier : le vol des plus « riches » que soi est devenu « l’égal ». Peu importe si les pauvres restent pauvres, tout est prétexte à intervenir pour appauvrir les plus riches.
Cette forme de croyance et ses variantes s’appellent « socialisme ». N’entrons pas dans ce débat clos depuis 1922, lorsque Ludwig von Mises démontra de manière brillante dans son immense ouvrage « Le Socialisme » qu’aucune forme de cette idéologie ne peut réussir durablement, faute de liberté.
A l’aune du centenaire de la FED, aucune des expériences socialistes (nationaliste, internationaliste, communiste, gaulliste, social-démocrate, etc.), qui toutes supposent les hommes politiques capables d’intervenir valablement dans l’économie, n’a résisté à l’épreuve du temps. Avant que cela ne tourne au vinaigre, il y a urgence de tirer la conclusion que Ludwig von Mises avait dégagée : se libérer de la croyance que l’homme politique ferait le bonheur de tous. Car en réalité, il fait le malheur de chacun.
Le miséreux, c’est celui qui a des difficultés à participer aux échanges humains, qui a du mal à valoriser sa propre personne au sein de la société humaine. Ou que le système rejette. Peu importe les causes. Et le constater ne doit pas servir de fausse justification au vol fiscal ni à l’inflation législative. La générosité, le don et les associations caritatives sont en mesure de venir à son aide.
Brider les échanges économiques de tous pour cause de la misère de certains, c’est refuser de voir que beaucoup sortent de la misère grâce au libre-échange. Penser que la prospérité vient de l’action politique, c’est nier la liberté de l’action humaine et nier sa puissance imaginative. La situation économique française prouve que nous sommes dans le déni : jamais l’état français n’a autant spolié les citoyens, et pourtant la misère progresse. Parce que prendre « pour le pauvre », c’est prendre.
Heureusement, le pouvoir politique a une limite naturelle. Elle s’exprime clairement à l’article 2 des Droits de l’homme et du citoyen. La solution est connue : regarder la réalité en face ! Le problème tient au dévoiement latent de la démocratie : l’électoralisme. La voie prise repose sur le vice, sans la vertu : s’accrocher aux vestiges de l’illusoire modèle français et préconiser la « démondialisation » au détriment du peuple. En clair, découpler la France du reste du monde, à l’instar de l’ensemble de la classe politique française qui préfère une misère persistante en dépendance, par calcul électoraliste.
Ce qu’on s’imagine, c’est que l’état doit être redistributeur. Mais en fait, il n’est que destructeur de richesse. C’est la corruption intellectuelle du système. Rien à voir avec l’intérêt dit « général » d’une société épanouie faite d’individus libres et responsables. Le meilleur des gouvernements sera celui qui ne gouvernera pas et dont l’objectif sera la séparation de l’économique et du politique, stricto sensu, comme avaient été séparés la religion et l’état. La politique ne se borne qu’à garantir le droit d’être des citoyens au sein de la société pacifiée, lesquels agissent par des échanges légitimes. Ça n’empêche pas les inégalités ? Tant mieux ! car l’inégalité est la source de toute richesse.
Sunday, December 10, 2017
Et si… on séparait politique et économie ? (1/2)
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)
Par quoi sont guidés nos hommes politiques ? Dans une chronique économique, que peut bien faire une question sur les hommes politiques ? S’il y avait une séparation effective entre économie et politique, je ne poserais pas cette question. Mais la question s’impose parce que la politique a sombré dans le mercantilisme et a un impact funeste sur la vie quotidienne de chacun.
L’échange est à la base de toutes les relations entre individus. Certes, il n’y a pas que des échanges économiques entre humains. Il demeure, naturellement pacifique, l’échange relève du domaine privé, et même sans qu’on en ait conscience, tout échange est un contrat de droit privé. La « loi » ne doit intervenir que lorsque l’échange – ou ses conditions – viole ce contrat, c’est-à-dire qu’un conflit survient où la propriété de l’un ou de l’autre a été abusée. Dès lors, c’est à la justice de s’organiser pour régler tout abus, y compris de pouvoir. Là intervient le politique : sur la séparation des pouvoirs.
Ainsi le politique n’a aucune raison d’intervenir dans les décisions d’échange. Rien ne justifie qu‘il prétende à une quelconque justice dans le domaine économique. Il en est même tout simplement incapable. Croire qu’on doit et qu’on peut égaliser par la loi les relations économiques est un non-sens contraire à la vie en société d’individus libres. C’est nier la souveraineté individuelle. Pire pour des socialistes « humains », c’est ne pas voir la richesse issue des différences entre les hommes.
Car il faut le dire et le marteler : l’homme politique n’est guidé que par son intérêt personnel, celui du pouvoir sur les autres, pouvoir qu’il exerce par la spoliation, matérialisée par impôts et taxes, en plus de l’arbitraire. C’est hélas la réalité, mais c’est en complète contradiction avec l’objectif dont ils masquent leur action et avec l’idéal qu’ils mettent en avant, celui du bonheur des citoyens.
D’abord le pouvoir. Comment peut-on prétendre vouloir assurer l’égalité des hommes devant le droit en détenant soi-même un pouvoir sur les autres ? En fait, l’homme politique détourne le droit : il place le droit « positif » (la législation) au-dessus du droit naturel qui fait la société depuis toujours.
L’homme politique est arrivé à peu à peu bafouer le droit naturel (droit d’être) en imposant des faux droits, artificiels, que sont les « droits à avoir » (droit au RSA, droit à un statut). Cela matérialise leur promesse arbitraire mais conduit à la catastrophe car on supprime peu à peu tout consentement individuel. Or il est immoral et injuste de priver les hommes des fruits de leur travail sans leur accord, comme le fait l’impôt. De plus, cet échange « forcé » n’est autre qu’un vol à titre économique. Même organisé par une pseudo majorité face à la minorité, cela n’est ni juste ni pacifique ni ne peut l’être.
Les droits d’être sont une notion humaniste, valable en tout lieu et toute époque. Et ce sont eux qui fondent les principes économiques. Ils sont universels et naturels, ils sont imprescriptibles. Mais l’abus de pouvoir les méprise, et même la démocratie ne suffit pas à limiter l’abus de pouvoir.
A l’inverse, les droits d’avoir n’ont de base que matérialiste et une incompréhension de la société et de nos valeurs. Ils sont variables avec les époques et les territoires où ils sont censés s’appliquer, preuve de leur injustice. Arbitraires et clientélistes, seul l’abus de pouvoir peut les mettre en place.
Une société épanouie, faite d’individus libres et responsables, a-t-elle place pour des droits d’avoir qui bafouent les droits d’être ? Comment les hommes politiques justifient-ils à cette lumière leur interventionnisme ? Nous y répondrons dans une seconde partie à venir prochainement.
Par quoi sont guidés nos hommes politiques ? Dans une chronique économique, que peut bien faire une question sur les hommes politiques ? S’il y avait une séparation effective entre économie et politique, je ne poserais pas cette question. Mais la question s’impose parce que la politique a sombré dans le mercantilisme et a un impact funeste sur la vie quotidienne de chacun.
L’échange est à la base de toutes les relations entre individus. Certes, il n’y a pas que des échanges économiques entre humains. Il demeure, naturellement pacifique, l’échange relève du domaine privé, et même sans qu’on en ait conscience, tout échange est un contrat de droit privé. La « loi » ne doit intervenir que lorsque l’échange – ou ses conditions – viole ce contrat, c’est-à-dire qu’un conflit survient où la propriété de l’un ou de l’autre a été abusée. Dès lors, c’est à la justice de s’organiser pour régler tout abus, y compris de pouvoir. Là intervient le politique : sur la séparation des pouvoirs.
Ainsi le politique n’a aucune raison d’intervenir dans les décisions d’échange. Rien ne justifie qu‘il prétende à une quelconque justice dans le domaine économique. Il en est même tout simplement incapable. Croire qu’on doit et qu’on peut égaliser par la loi les relations économiques est un non-sens contraire à la vie en société d’individus libres. C’est nier la souveraineté individuelle. Pire pour des socialistes « humains », c’est ne pas voir la richesse issue des différences entre les hommes.
Car il faut le dire et le marteler : l’homme politique n’est guidé que par son intérêt personnel, celui du pouvoir sur les autres, pouvoir qu’il exerce par la spoliation, matérialisée par impôts et taxes, en plus de l’arbitraire. C’est hélas la réalité, mais c’est en complète contradiction avec l’objectif dont ils masquent leur action et avec l’idéal qu’ils mettent en avant, celui du bonheur des citoyens.
D’abord le pouvoir. Comment peut-on prétendre vouloir assurer l’égalité des hommes devant le droit en détenant soi-même un pouvoir sur les autres ? En fait, l’homme politique détourne le droit : il place le droit « positif » (la législation) au-dessus du droit naturel qui fait la société depuis toujours.
L’homme politique est arrivé à peu à peu bafouer le droit naturel (droit d’être) en imposant des faux droits, artificiels, que sont les « droits à avoir » (droit au RSA, droit à un statut). Cela matérialise leur promesse arbitraire mais conduit à la catastrophe car on supprime peu à peu tout consentement individuel. Or il est immoral et injuste de priver les hommes des fruits de leur travail sans leur accord, comme le fait l’impôt. De plus, cet échange « forcé » n’est autre qu’un vol à titre économique. Même organisé par une pseudo majorité face à la minorité, cela n’est ni juste ni pacifique ni ne peut l’être.
Les droits d’être sont une notion humaniste, valable en tout lieu et toute époque. Et ce sont eux qui fondent les principes économiques. Ils sont universels et naturels, ils sont imprescriptibles. Mais l’abus de pouvoir les méprise, et même la démocratie ne suffit pas à limiter l’abus de pouvoir.
A l’inverse, les droits d’avoir n’ont de base que matérialiste et une incompréhension de la société et de nos valeurs. Ils sont variables avec les époques et les territoires où ils sont censés s’appliquer, preuve de leur injustice. Arbitraires et clientélistes, seul l’abus de pouvoir peut les mettre en place.
Une société épanouie, faite d’individus libres et responsables, a-t-elle place pour des droits d’avoir qui bafouent les droits d’être ? Comment les hommes politiques justifient-ils à cette lumière leur interventionnisme ? Nous y répondrons dans une seconde partie à venir prochainement.
Monday, December 4, 2017
Et si... L’état était LE problème ?
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
Pourquoi la société va-t-elle si mal ? Chacun y va de son explication de telle crise ou tel événement social. Chacun a sa solution plus ou moins arbitraire ou radicale. Notre condition d’être humain dans la société limite analyses et explications. Sans faire la Mme Irma, essayons d’y voir plus clair.
Tout être humain est à la fois une personne physique et morale. La personne physique (homme) est soumise à l’état de nature alors que la personne morale (citoyen) participe à l’état social où les humains sont en relations. L’état de nature tient à l’existence de lois universelles, telle la gravité. L’état social est le produit de règles de vie fondamentales qui s’expriment par les droits naturels et imprescriptibles de l’homme et du citoyen, ainsi que par les lois économiques de l’action humaine.
Remarquons que le droit naturel (j’ai droit à la vie, possède mon corps et son produit) est intrinsèque à l’existence même de l’homme et qu’il s’applique uniformément en tous lieux et en tout temps. Il est immuable. A contrario, les règles de vie liées aux relations sociales, dites « droit positif », sont le fruit opportuniste des évolutions du pouvoir, de la morale et des modes qui règnent dans la société.
Les besoins de la personne morale doivent respecter la personne physique. Si notre personne morale ne respecte pas notre personne physique, la personne humaine que nous sommes aura vite fait de disparaître. Par extrapolation, le droit positif se doit de toujours respecter le droit naturel si nous ne voulons pas que la société se dégrade. Logiquement l’état de nature s’impose toujours à l’état social. Ne pas le comprendre, comme dans la société actuelle, c’est s’exposer à en subir les conséquences.
Car contrairement à ce qu’il aimerait, aucun gouvernant, y compris le pire dictateur, ne peut avoir d’influence sur les lois naturelles. Et parmi celles-ci, on compte l’économie. J’imagine déjà certains lecteurs réagir : « non, non, l’économie n’a rien d’une science, elle ne connaît pas de « lois », au contraire de la physique. » A ces récalcitrants, je demande de me trouver un produit ou service qui serait absolument gratuit ou de me prêter du capital qu’ils n’aient d’abord épargné – sauf à voler.
Ces exemples sont simples, mais caractéristiques. L’économie est un phénomène du fonctionnement social et tant que les hommes vivront ensemble et chercheront leur bonheur en divisant le travail, les lois de l’économie s’exprimeront et s’imposeront à tous. Rien ne changera cette réalité même si le nombre d’auteurs qui le conteste est grand : aucun politicien n’accepte que son pouvoir soit vain.
Ainsi, même sans le savoir, tous les humains suivent ou subissent les lois de l’économie. Dans le cas contraire, invariablement, celle-ci reprend ses droits d’une manière ou d’une autre, non sans avoir laissé de la misère en guise de traces. N’allons donc chercher aucun bouc-émissaire ou faux prétexte aux dysfonctionnements de la société et à ses crises. Constatons que l’état et ses lois arrivent même à prétendre se mêler d’amour et de sentiments, comme avec le mariage. Et comme tout est devenu clientélisme, tous les irréfléchis ou naïfs appellent de leurs vœux l’utopique « régulation » par le « droit positif ». Sans bien sûr jamais l’obtenir, car la fausse « loi » ne peut mettre la nature au pas.
Le libéralisme demande simplement de revenir à la lucidité, à se souvenir de la loi naturelle. Et donc que l’état respecte les lois du droit et de l’économie. Est-ce parce que les ingénieurs aéronautiques respectent les lois naturelles que les avions se comportent comme des sauvages ? Non, et c’est bien le respect des lois naturelles qui fait que les avions sont de plus en plus sûrs. Soyons certains que le jour où l’état n’aura enfin d’autre objet que le strict respect du droit de chacun de nous, les crises s’évanouiront. Plus chaque gouvernement respectera la réalité, plus la société sera libérée des crises.
Pourquoi la société va-t-elle si mal ? Chacun y va de son explication de telle crise ou tel événement social. Chacun a sa solution plus ou moins arbitraire ou radicale. Notre condition d’être humain dans la société limite analyses et explications. Sans faire la Mme Irma, essayons d’y voir plus clair.
Tout être humain est à la fois une personne physique et morale. La personne physique (homme) est soumise à l’état de nature alors que la personne morale (citoyen) participe à l’état social où les humains sont en relations. L’état de nature tient à l’existence de lois universelles, telle la gravité. L’état social est le produit de règles de vie fondamentales qui s’expriment par les droits naturels et imprescriptibles de l’homme et du citoyen, ainsi que par les lois économiques de l’action humaine.
Remarquons que le droit naturel (j’ai droit à la vie, possède mon corps et son produit) est intrinsèque à l’existence même de l’homme et qu’il s’applique uniformément en tous lieux et en tout temps. Il est immuable. A contrario, les règles de vie liées aux relations sociales, dites « droit positif », sont le fruit opportuniste des évolutions du pouvoir, de la morale et des modes qui règnent dans la société.
Les besoins de la personne morale doivent respecter la personne physique. Si notre personne morale ne respecte pas notre personne physique, la personne humaine que nous sommes aura vite fait de disparaître. Par extrapolation, le droit positif se doit de toujours respecter le droit naturel si nous ne voulons pas que la société se dégrade. Logiquement l’état de nature s’impose toujours à l’état social. Ne pas le comprendre, comme dans la société actuelle, c’est s’exposer à en subir les conséquences.
Car contrairement à ce qu’il aimerait, aucun gouvernant, y compris le pire dictateur, ne peut avoir d’influence sur les lois naturelles. Et parmi celles-ci, on compte l’économie. J’imagine déjà certains lecteurs réagir : « non, non, l’économie n’a rien d’une science, elle ne connaît pas de « lois », au contraire de la physique. » A ces récalcitrants, je demande de me trouver un produit ou service qui serait absolument gratuit ou de me prêter du capital qu’ils n’aient d’abord épargné – sauf à voler.
Ces exemples sont simples, mais caractéristiques. L’économie est un phénomène du fonctionnement social et tant que les hommes vivront ensemble et chercheront leur bonheur en divisant le travail, les lois de l’économie s’exprimeront et s’imposeront à tous. Rien ne changera cette réalité même si le nombre d’auteurs qui le conteste est grand : aucun politicien n’accepte que son pouvoir soit vain.
Ainsi, même sans le savoir, tous les humains suivent ou subissent les lois de l’économie. Dans le cas contraire, invariablement, celle-ci reprend ses droits d’une manière ou d’une autre, non sans avoir laissé de la misère en guise de traces. N’allons donc chercher aucun bouc-émissaire ou faux prétexte aux dysfonctionnements de la société et à ses crises. Constatons que l’état et ses lois arrivent même à prétendre se mêler d’amour et de sentiments, comme avec le mariage. Et comme tout est devenu clientélisme, tous les irréfléchis ou naïfs appellent de leurs vœux l’utopique « régulation » par le « droit positif ». Sans bien sûr jamais l’obtenir, car la fausse « loi » ne peut mettre la nature au pas.
Le libéralisme demande simplement de revenir à la lucidité, à se souvenir de la loi naturelle. Et donc que l’état respecte les lois du droit et de l’économie. Est-ce parce que les ingénieurs aéronautiques respectent les lois naturelles que les avions se comportent comme des sauvages ? Non, et c’est bien le respect des lois naturelles qui fait que les avions sont de plus en plus sûrs. Soyons certains que le jour où l’état n’aura enfin d’autre objet que le strict respect du droit de chacun de nous, les crises s’évanouiront. Plus chaque gouvernement respectera la réalité, plus la société sera libérée des crises.
Tuesday, November 14, 2017
La propriété privée rendue publique ?
On pourrait penser qu’un concept aussi ancien et omniprésent dans nos vies que la propriété privée serait clair et limpide pour tout le monde ; diverses conversations récentes me montrent que non.
Il me semble que dans la plupart des esprits, la propriété privée est plutôt associée au concept de possession : « je suis propriétaire de ma maison » reviens au même que « je possède ma maison ».
Même si dans le langage courant c’est effectivement assez proche pour ne pas poser question, il en va autrement quand on cherche à mieux comprendre le libéralisme et sa théorie sous-jacente.
Il faut alors commencer par se souvenir que la liberté repose sur une théorie du droit individuel, lequel peut être matérialisé dans les nombreux contrats qui lient chaque individu avec ses relations, son « monde extérieur », sa « société civile », ainsi que ses assureurs et agences de protection.
Or la propriété privée est par nature un droit, c’est même le seul type de droit de base. Un droit définit ce qu’une personne peut légitimement faire ou pas d’une chose, d’une « ressource ». La propriété n’est donc pas une simple possession, comme dans « j’ai une tomate », mais une légitimité à contrôler, à décider ce que l’individu peut faire de cette tomate. Elle sert non pas comme base de la comptabilisation d’un inventaire de possessions, mais comme base de l’action (décision) humaine.
Grâce à cette caractéristique, elle peut être la base des contrats – elle est même la seule. La seule, parce qu’un contrat, cela établit qui des contractants échangera quels droits sur quelles ressources, à quels moments et à quelles conditions, c’est-à-dire quels échanges de légitimité à décider de quoi faire desdites ressources : c’est la propriété même, elle n’est rien d’autre. On me dira qu’un contrat peut être parfois plus que cela : mais un contrat qui ne reposerait pas sur la propriété ne permettrait pas de se prémunir de la possibilité de vol et de toutes les formes de fraude qui sont de cette nature.
Ainsi définie, la propriété peut porter sur notre propre corps : je suis propriétaire de mon corps en ce sens que je suis son exclusif décideur ou acteur légitime. Et bien sûr me blesser ou me prendre un organe ou un membre serait une violation de ce droit exclusif. Et elle résulte de mon travail : ce que j’ai fait d’une ressource avec mon corps est ma propriété puisque le produit de ma décision d’action.
Au-delà, la propriété privée est très liée aux points fondamentaux de toute la théorie libérale que sont « les deux axiomatiques ». La première, celle de l’argumentation, découverte par H-H. Hoppe, établit le caractère incontestable de la propriété de soi comme produit de nos échanges verbaux avec autrui.
Chaque fois que je discute avec vous, et vous avec moi en retour, votre acceptation de la discussion suppose sans esquive votre reconnaissance de ma maîtrise sur moi-même pour discuter. Les relations sociales, même justes verbales, ne peuvent se faire sans reconnaître l’autre comme propriétaire de lui-même – et à l’inverse sans qu’il nous reconnaisse comme notre propriétaire. Par extension, les relations sociales « normales » posent le respect d’autrui, c’est-à-dire de ce qui est communément appelé le principe de non-agression, qui fonde toute l’éthique sociale libérale.
Enfin, cette propriété permet de poser les bases de l’axiomatique de l’action qui fonde tout le pan économique de la théorie libérale. Décider d’une action sur moi devient possible, j’en ai le droit.
Pour résumer, il est important de bien voir que le concept de propriété privée qui est au cœur de la doctrine libérale traite de ce qu’on pourrait appeler la gouvernance sociale et non de la possession. C’est d’ailleurs là tout le sujet même de la liberté : la liberté, c’est avoir le droit de décider pour soi.
Il me semble que dans la plupart des esprits, la propriété privée est plutôt associée au concept de possession : « je suis propriétaire de ma maison » reviens au même que « je possède ma maison ».
Même si dans le langage courant c’est effectivement assez proche pour ne pas poser question, il en va autrement quand on cherche à mieux comprendre le libéralisme et sa théorie sous-jacente.
Il faut alors commencer par se souvenir que la liberté repose sur une théorie du droit individuel, lequel peut être matérialisé dans les nombreux contrats qui lient chaque individu avec ses relations, son « monde extérieur », sa « société civile », ainsi que ses assureurs et agences de protection.
Or la propriété privée est par nature un droit, c’est même le seul type de droit de base. Un droit définit ce qu’une personne peut légitimement faire ou pas d’une chose, d’une « ressource ». La propriété n’est donc pas une simple possession, comme dans « j’ai une tomate », mais une légitimité à contrôler, à décider ce que l’individu peut faire de cette tomate. Elle sert non pas comme base de la comptabilisation d’un inventaire de possessions, mais comme base de l’action (décision) humaine.
Grâce à cette caractéristique, elle peut être la base des contrats – elle est même la seule. La seule, parce qu’un contrat, cela établit qui des contractants échangera quels droits sur quelles ressources, à quels moments et à quelles conditions, c’est-à-dire quels échanges de légitimité à décider de quoi faire desdites ressources : c’est la propriété même, elle n’est rien d’autre. On me dira qu’un contrat peut être parfois plus que cela : mais un contrat qui ne reposerait pas sur la propriété ne permettrait pas de se prémunir de la possibilité de vol et de toutes les formes de fraude qui sont de cette nature.
Ainsi définie, la propriété peut porter sur notre propre corps : je suis propriétaire de mon corps en ce sens que je suis son exclusif décideur ou acteur légitime. Et bien sûr me blesser ou me prendre un organe ou un membre serait une violation de ce droit exclusif. Et elle résulte de mon travail : ce que j’ai fait d’une ressource avec mon corps est ma propriété puisque le produit de ma décision d’action.
Au-delà, la propriété privée est très liée aux points fondamentaux de toute la théorie libérale que sont « les deux axiomatiques ». La première, celle de l’argumentation, découverte par H-H. Hoppe, établit le caractère incontestable de la propriété de soi comme produit de nos échanges verbaux avec autrui.
Chaque fois que je discute avec vous, et vous avec moi en retour, votre acceptation de la discussion suppose sans esquive votre reconnaissance de ma maîtrise sur moi-même pour discuter. Les relations sociales, même justes verbales, ne peuvent se faire sans reconnaître l’autre comme propriétaire de lui-même – et à l’inverse sans qu’il nous reconnaisse comme notre propriétaire. Par extension, les relations sociales « normales » posent le respect d’autrui, c’est-à-dire de ce qui est communément appelé le principe de non-agression, qui fonde toute l’éthique sociale libérale.
Enfin, cette propriété permet de poser les bases de l’axiomatique de l’action qui fonde tout le pan économique de la théorie libérale. Décider d’une action sur moi devient possible, j’en ai le droit.
Pour résumer, il est important de bien voir que le concept de propriété privée qui est au cœur de la doctrine libérale traite de ce qu’on pourrait appeler la gouvernance sociale et non de la possession. C’est d’ailleurs là tout le sujet même de la liberté : la liberté, c’est avoir le droit de décider pour soi.
Friday, November 10, 2017
Les Transgenres
Depuis quelques mois, les médias au service des politiciens ont trouvé un autre os à ronger pour distraire le public des vrais sujets de société, j’ai nommé le genrisme et ses produits dérivés que sont les transgenres. Je n’ai pas les chiffres mais peu importe, on fait cas d’un épiphénomène qui ne doit concerner – et heureusement – qu’une minorité infime de la population, probablement moins encore que les politiciens honnêtes, c’est dire si ça vaut la peine d’en faire des gros titres.
Les transgenres sont avant tout un sujet de liberté qui ne devrait même pas se faire entendre si nos oreilles étaient habituées à ladite liberté. J’entends par là que si un individu – ou « une » – ressent le besoin impérieux de se faire opérer pour changer de sexe et le finance par soi-même, on ne devrait en premier lieu que se réjouir des progrès que la médecine et la baisse des coûts fruit du capitalisme ont rendu possibles et des champs nouveaux de liberté ainsi apportés aux personnes faisant ce choix.
A cet égard, les transgenres sont une facette nouvelle du phénomène plus profond et bien plus riche du transhumanisme, qui explore le champ potentiellement infini de l’amélioration, voire de la transformation du corps humain – dans les années 70, « l’Homme qui valait 3 milliards » nous en avait donné une vague idée « bio-ionique » bien modeste, mais néanmoins qui déjà posait question.
Même si elles peuvent choquer, et trouveront toujours quelqu’un à choquer, ces transformations individuelles n’ont pas à nous interpeller. Après tout, quand les médecins se sont lancés et ont réussi les greffes, d’organes, puis de membres, fallait-il les interdire sous couvert de transformations et même de transferts choquants et ainsi ne pas sauver ou offrir de nouvelles vies aux bénéficiaires ?
En revanche, la manière dont les « penseurs » – ou faut-il écrire « panseurs » ? – s’approprient les transgenres pour en faire une normalité, un exemple, une chose désirable et honorable, cela est bien plus inquiétant et suspect. Car il faut bien le dire, ce n’est pas parce qu’il est légitime pour quiconque de faire de son corps ce que bon lui semble qu’il faut à l’inverse faire de la foule des gens ordinaires autant de monstres de normalité. Il faut le dire haut et fort, l’immense majorité des gens ne sont pas, n’ont pas envie et sont heureux et fiers d’être et de rester des hommes et des femmes, et il n’est pas question de laisser les intellectuels « de gauche » leur insuffler la moindre honte à cet égard.
La honte en matière de transgenre devrait se retourner contre les médias et politiciens qui, tout en respectant pleinement ceux qui font ce choix, devraient en même temps en reconnaître la non-normalité. Gageons que l’option inverse prise sous nos yeux est l’expression une fois encore de cette tendance malsaine à culpabiliser tous les piliers de la société traditionnelle et naturellement libre.
Les transgenres sont avant tout un sujet de liberté qui ne devrait même pas se faire entendre si nos oreilles étaient habituées à ladite liberté. J’entends par là que si un individu – ou « une » – ressent le besoin impérieux de se faire opérer pour changer de sexe et le finance par soi-même, on ne devrait en premier lieu que se réjouir des progrès que la médecine et la baisse des coûts fruit du capitalisme ont rendu possibles et des champs nouveaux de liberté ainsi apportés aux personnes faisant ce choix.
A cet égard, les transgenres sont une facette nouvelle du phénomène plus profond et bien plus riche du transhumanisme, qui explore le champ potentiellement infini de l’amélioration, voire de la transformation du corps humain – dans les années 70, « l’Homme qui valait 3 milliards » nous en avait donné une vague idée « bio-ionique » bien modeste, mais néanmoins qui déjà posait question.
Même si elles peuvent choquer, et trouveront toujours quelqu’un à choquer, ces transformations individuelles n’ont pas à nous interpeller. Après tout, quand les médecins se sont lancés et ont réussi les greffes, d’organes, puis de membres, fallait-il les interdire sous couvert de transformations et même de transferts choquants et ainsi ne pas sauver ou offrir de nouvelles vies aux bénéficiaires ?
En revanche, la manière dont les « penseurs » – ou faut-il écrire « panseurs » ? – s’approprient les transgenres pour en faire une normalité, un exemple, une chose désirable et honorable, cela est bien plus inquiétant et suspect. Car il faut bien le dire, ce n’est pas parce qu’il est légitime pour quiconque de faire de son corps ce que bon lui semble qu’il faut à l’inverse faire de la foule des gens ordinaires autant de monstres de normalité. Il faut le dire haut et fort, l’immense majorité des gens ne sont pas, n’ont pas envie et sont heureux et fiers d’être et de rester des hommes et des femmes, et il n’est pas question de laisser les intellectuels « de gauche » leur insuffler la moindre honte à cet égard.
La honte en matière de transgenre devrait se retourner contre les médias et politiciens qui, tout en respectant pleinement ceux qui font ce choix, devraient en même temps en reconnaître la non-normalité. Gageons que l’option inverse prise sous nos yeux est l’expression une fois encore de cette tendance malsaine à culpabiliser tous les piliers de la société traditionnelle et naturellement libre.
Monday, October 30, 2017
Le Catalexit n’est qu’une étape
La Catalogne fait toutes les unes ces derniers jours. Il faut dire que depuis 18 mois, on avait cru que la vague de soubresauts post-Brexit était terminée et que tout en Europe était gentiment revenu à la normale, c’est-à-dire de retour sur le long chemin de la prise du pouvoir par les ‘hauts technocrates’.
Mais voilà que quelques gauchistes catalans en mal de bruit et de célébrité fugace viennent remettre le couvert en déclarant l’indépendance d’une région à forte identité et à langue spécifique, qui n’a cessé de pousser plus ou moins fort et régulièrement à la porte de la sortie depuis des décennies.
Et le fait que cet événement suit un scénario rocambolesque a abouti à montrer les nombreuses facettes de la non-liberté en Europe et des nombreuses réactions de courte vue, alors que sur le fond, il ne fait pas de doute que nous sommes témoin d’un retournement très positif à terme.
Bien sûr, les étatistes et les européistes ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il ne faut absolument pas créer de précédent et donner des idées à d’autres régions qui, nombreuses, pensent à prendre leur autonomie. Ce serait, selon eux, mettre le projet d’une union européenne en danger, ce serait le risque d’un éclatement, alors même qu’on commençait à oublier le Brexit, l’Ecosse, l’Italie, d’autres.
Alors on a droit à tous les arguments étatistes pour critiquer ce mouvement. Tout d’abord, cela a été parce que c’était entre les mains ou à l’initiative de l’extrême gauche. Il est évident que je ne saurais me réjouir de voir la gauche gagner du terrain quelque part, mais ce n’est pas vraiment la question il me semble. Si la Catalogne devait vivre sa vie et la commencer à gauche, on peut présager que les ressources de ces vautours seraient vite bien moins riches qu’au sein de l’Espagne et de l’Europe, du fait des jeux de subventions par exemple. Mais pas seulement, puisque déjà plusieurs centaines d’entreprises ont décidé de prendre la fuite, à tort ou à raison. Mince, moins d’impôts à voler. Plus généralement, la question n’est pas celle du régime, mais de la réduction de la portée des états.
Ces entreprises qui s’envolent, c’est l’autre argument massue, celui de la crise économique. Il ne faudrait pas d’indépendance, parce que cela conduirait aussitôt à la crise économique du pays. Un argument très bizarre, puisqu’il veut dire que tout d’un coup, juste comme ça, l’ensemble de la population cesserait de travailler, vendre, agir, vaquer, parce qu’indépendante. Bizarre, non ? En réalité bien sûr, l’argument cache la menace de perte de toute une masse de subventions et autres flux financiers artificiels qui viendraient avec un état supérieur, mais qui en réalité sont pris sur la bête. On touche là à des arguments du même ordre que ceux contre le Brexit, avec autant de biais.
Certains m’ont avancé que l’indépendance est impossible car cela couperait trop de familles en deux. De nombreux catalans vivant à Madrid et d’ex-madrilènes à Barcelone, par exemple, une nouvelle frontière aurait selon eux le même effet qu’un nouveau mur de Berlin. C’est supposer que ces deux états seraient assez stupides pour fermer les frontières, ou pour contraindre brusquement les « étrangers » de chaque côté à rentrer chez « eux » - ce qui est possible, mais improbable. C’est tout aussi sot d’ailleurs que de poser comme positif a priori que tout mélange de population de facto est forcément une bonne chose qui ne doit être remise en cause sous aucun prétexte de liberté.
D’autres sont légalistes et ne jurent que par le respect aveugle des textes et autres constitutions. Ainsi, parce il y aurait un article 155 ou que sais-je qui stipule l’illégalité d’un referendum, cela serait sacré, fondé, indiscutable et rendrait impossible l’application du bon sens envers la valeur démocratique de tout referendum – digne de ce nom – quel qu’il soit ? Il est selon moi hallucinant que de prétendus défenseurs de la liberté se réfugient derrière des textes même face à des situations où la liberté de tout ou partie de la population est en jeux. Il n’est pas normal, pas moral ni légitime de mettre des critères comme le maintien de l’union plus haut que la demande de liberté.
Les mêmes souvent avaient bien moins de scrupules envers la constitution ou le régime quand il s’est agi il y a quelques années de soutenir l’indépendance du Tibet. Je suis sûr qu’on m’opposera que le Tibet n’est pas comparable car il s’agissait de fuir un méchant état communiste, alors que le Royaume d’Espagne est bien plus libéral. Faux problème. Il s’agit des peuples, des gens, pas des régimes. Le Tibet devait libérer les tibétains, en Catalogne il est normal que les catalans puissent décider chez eux, c’est aussi simple que cela. Car l’avenir est au choix, au choix des états.
La liberté ne provient pas d’une constitution x ou y, elle vient de la possibilité pour les citoyens de choisir librement leur « état ». Et plus les états sont petits, plus il y a d’états, plus ils se trouvent en concurrence parce qu’il est plus facile d’en changer et parce qu’ils sont moins puissants. Ainsi, même si ce n’est pas une garantie systématique à court terme, à long terme par contre le démantèlement des états historiques en petits pays locaux est un facteur majeur de libéralisation du monde. Alors pourquoi chercher les poux sur des détails quand la Catalogne ouvre la voie vers la liberté, demain ?
Mais voilà que quelques gauchistes catalans en mal de bruit et de célébrité fugace viennent remettre le couvert en déclarant l’indépendance d’une région à forte identité et à langue spécifique, qui n’a cessé de pousser plus ou moins fort et régulièrement à la porte de la sortie depuis des décennies.
Et le fait que cet événement suit un scénario rocambolesque a abouti à montrer les nombreuses facettes de la non-liberté en Europe et des nombreuses réactions de courte vue, alors que sur le fond, il ne fait pas de doute que nous sommes témoin d’un retournement très positif à terme.
Bien sûr, les étatistes et les européistes ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il ne faut absolument pas créer de précédent et donner des idées à d’autres régions qui, nombreuses, pensent à prendre leur autonomie. Ce serait, selon eux, mettre le projet d’une union européenne en danger, ce serait le risque d’un éclatement, alors même qu’on commençait à oublier le Brexit, l’Ecosse, l’Italie, d’autres.
Alors on a droit à tous les arguments étatistes pour critiquer ce mouvement. Tout d’abord, cela a été parce que c’était entre les mains ou à l’initiative de l’extrême gauche. Il est évident que je ne saurais me réjouir de voir la gauche gagner du terrain quelque part, mais ce n’est pas vraiment la question il me semble. Si la Catalogne devait vivre sa vie et la commencer à gauche, on peut présager que les ressources de ces vautours seraient vite bien moins riches qu’au sein de l’Espagne et de l’Europe, du fait des jeux de subventions par exemple. Mais pas seulement, puisque déjà plusieurs centaines d’entreprises ont décidé de prendre la fuite, à tort ou à raison. Mince, moins d’impôts à voler. Plus généralement, la question n’est pas celle du régime, mais de la réduction de la portée des états.
Ces entreprises qui s’envolent, c’est l’autre argument massue, celui de la crise économique. Il ne faudrait pas d’indépendance, parce que cela conduirait aussitôt à la crise économique du pays. Un argument très bizarre, puisqu’il veut dire que tout d’un coup, juste comme ça, l’ensemble de la population cesserait de travailler, vendre, agir, vaquer, parce qu’indépendante. Bizarre, non ? En réalité bien sûr, l’argument cache la menace de perte de toute une masse de subventions et autres flux financiers artificiels qui viendraient avec un état supérieur, mais qui en réalité sont pris sur la bête. On touche là à des arguments du même ordre que ceux contre le Brexit, avec autant de biais.
Certains m’ont avancé que l’indépendance est impossible car cela couperait trop de familles en deux. De nombreux catalans vivant à Madrid et d’ex-madrilènes à Barcelone, par exemple, une nouvelle frontière aurait selon eux le même effet qu’un nouveau mur de Berlin. C’est supposer que ces deux états seraient assez stupides pour fermer les frontières, ou pour contraindre brusquement les « étrangers » de chaque côté à rentrer chez « eux » - ce qui est possible, mais improbable. C’est tout aussi sot d’ailleurs que de poser comme positif a priori que tout mélange de population de facto est forcément une bonne chose qui ne doit être remise en cause sous aucun prétexte de liberté.
D’autres sont légalistes et ne jurent que par le respect aveugle des textes et autres constitutions. Ainsi, parce il y aurait un article 155 ou que sais-je qui stipule l’illégalité d’un referendum, cela serait sacré, fondé, indiscutable et rendrait impossible l’application du bon sens envers la valeur démocratique de tout referendum – digne de ce nom – quel qu’il soit ? Il est selon moi hallucinant que de prétendus défenseurs de la liberté se réfugient derrière des textes même face à des situations où la liberté de tout ou partie de la population est en jeux. Il n’est pas normal, pas moral ni légitime de mettre des critères comme le maintien de l’union plus haut que la demande de liberté.
Les mêmes souvent avaient bien moins de scrupules envers la constitution ou le régime quand il s’est agi il y a quelques années de soutenir l’indépendance du Tibet. Je suis sûr qu’on m’opposera que le Tibet n’est pas comparable car il s’agissait de fuir un méchant état communiste, alors que le Royaume d’Espagne est bien plus libéral. Faux problème. Il s’agit des peuples, des gens, pas des régimes. Le Tibet devait libérer les tibétains, en Catalogne il est normal que les catalans puissent décider chez eux, c’est aussi simple que cela. Car l’avenir est au choix, au choix des états.
La liberté ne provient pas d’une constitution x ou y, elle vient de la possibilité pour les citoyens de choisir librement leur « état ». Et plus les états sont petits, plus il y a d’états, plus ils se trouvent en concurrence parce qu’il est plus facile d’en changer et parce qu’ils sont moins puissants. Ainsi, même si ce n’est pas une garantie systématique à court terme, à long terme par contre le démantèlement des états historiques en petits pays locaux est un facteur majeur de libéralisation du monde. Alors pourquoi chercher les poux sur des détails quand la Catalogne ouvre la voie vers la liberté, demain ?
Thursday, October 19, 2017
Une constitution ne « garantit » pas la liberté
La liberté, par définition même, est affaire de droit. Dire que ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, c’est dire que je suis libre quand j’ai le droit assuré de pouvoir faire ce que je veux et peux avec ce que je possède, et que je respecte ce même droit pour autrui. La liberté, qui contient comme on le voit l’égalité, est le cœur de l’harmonie sociale et le socle de la pleine fraternité.
La liberté, et donc la vie sociale, repose donc simplement sur deux mots : le « droit », pourvu qu’il soit « assuré ». Au passage, il est désespérant de voir à quel point les politiciens sont talentueux à nous faire croire que les choses seraient en fait tellement plus compliquées que ce simple bon sens.
Ce droit très simple et palpable est ce qu’on appelle le « droit naturel ». Conséquence directe de l’existence des relations sociales, il est un préalable à l’organisation sociale de la liberté – ce qui est la question de « comment l’assurer ». La réponse officielle tient pourtant dans une « constitution ».
Ainsi, la constitution « garantirait » la liberté des citoyens – le verbe « garantir » n’est pas de moi, bien au contraire et c’est là tout mon sujet. Car il y a plusieurs contradictions profondes dans cette idée qui pourtant – mais est-ce un hasard ? – est à la base de toutes les « démocraties » de notre monde, avec les résultats, pardon, les échecs qu’on peut constater chaque jour que l’actualité fait.
Une constitution serait nécessaire pour définir, cadrer, limiter et séparer le et les pouvoirs, pouvoir qui servirait donc à assurer cette fameuse liberté en remettant les contrevenants dans le « droit » chemin. Le pouvoir de contraindre serait donc contraint par un document dont le pouvoir propre vient lui-même on ne sait trop d’où. Ah si, suis-je bête, nous le signons tous à notre majorité, non ? Le méchant pouvoir serait donc limité par ce qu’il doit lui-même consacrer. Circularité ridicule.
Plus sérieusement et plus concrètement, revenons sur le mot « assurer ». Une constitution part du principe que nous ne pourrions pas assurer notre liberté par nous-mêmes, qu’il faut quelque chose d’extérieur, voire de supérieur pour nous obliger à respecter ce qui fait pourtant l’objet même de toute vie sociale. Mais quand il s’agit de besoins encore plus primaires, comme celui de se nourrir, il me semble bien que nous nous débrouillons par nous-mêmes et cela avec un certain succès, non ?
Pas besoin d’un bout de papier sacralisé pour que le marché et le commerce nous trouvent toutes les solutions que sont les restaurants, les boulangers, bouchers et foule d’autres artisans ainsi que toute la chaîne logistique qui assure la fourniture des produits frais là où on les attend, sans que personne jamais n’ait légiféré ni qu’un gouvernement ait décidé d’un menu ni de notre alimentation. Alors si le marché fonctionne pour notre nourriture, pourquoi ne pourrait-il pas « assurer » notre liberté ?
Ces questions de la légitimité d’une constitution et de sa nécessité sont de vraies questions, et la vie de tous les jours montre combien les choix historiques ont abouti à des errements. Mais il y a une question plus essentielle encore quant à la nature de la liberté. Le pseudo-libéral Gaspard Koenig nous a mis sur a voie il y a quelques jours à peine, par une énigme : « La société a un rôle à jouer dans lequel l’État à sa place comme garant de la liberté, et non pas comme gardien de l’intérêt général. »
L’état n’a pas sa place envers la liberté, car l’état est l’inverse de la liberté, lui qui nous contraint sans nous laisser le droit de tenter de lui échapper. Ni lui ni sa constitution ne peut nous la garantir, car on ne garantit pas la liberté. On la prend, on la réalise, on la fait, on la vit. En réalité, la liberté est sa meilleure propre garantie, car seule la dynamique de marché qu’elle permet est de nature en retour à faire émerger l’organisation des services et produits qui permettent à chacun d’assurer… sa liberté.
La liberté, et donc la vie sociale, repose donc simplement sur deux mots : le « droit », pourvu qu’il soit « assuré ». Au passage, il est désespérant de voir à quel point les politiciens sont talentueux à nous faire croire que les choses seraient en fait tellement plus compliquées que ce simple bon sens.
Ce droit très simple et palpable est ce qu’on appelle le « droit naturel ». Conséquence directe de l’existence des relations sociales, il est un préalable à l’organisation sociale de la liberté – ce qui est la question de « comment l’assurer ». La réponse officielle tient pourtant dans une « constitution ».
Ainsi, la constitution « garantirait » la liberté des citoyens – le verbe « garantir » n’est pas de moi, bien au contraire et c’est là tout mon sujet. Car il y a plusieurs contradictions profondes dans cette idée qui pourtant – mais est-ce un hasard ? – est à la base de toutes les « démocraties » de notre monde, avec les résultats, pardon, les échecs qu’on peut constater chaque jour que l’actualité fait.
Une constitution serait nécessaire pour définir, cadrer, limiter et séparer le et les pouvoirs, pouvoir qui servirait donc à assurer cette fameuse liberté en remettant les contrevenants dans le « droit » chemin. Le pouvoir de contraindre serait donc contraint par un document dont le pouvoir propre vient lui-même on ne sait trop d’où. Ah si, suis-je bête, nous le signons tous à notre majorité, non ? Le méchant pouvoir serait donc limité par ce qu’il doit lui-même consacrer. Circularité ridicule.
Plus sérieusement et plus concrètement, revenons sur le mot « assurer ». Une constitution part du principe que nous ne pourrions pas assurer notre liberté par nous-mêmes, qu’il faut quelque chose d’extérieur, voire de supérieur pour nous obliger à respecter ce qui fait pourtant l’objet même de toute vie sociale. Mais quand il s’agit de besoins encore plus primaires, comme celui de se nourrir, il me semble bien que nous nous débrouillons par nous-mêmes et cela avec un certain succès, non ?
Pas besoin d’un bout de papier sacralisé pour que le marché et le commerce nous trouvent toutes les solutions que sont les restaurants, les boulangers, bouchers et foule d’autres artisans ainsi que toute la chaîne logistique qui assure la fourniture des produits frais là où on les attend, sans que personne jamais n’ait légiféré ni qu’un gouvernement ait décidé d’un menu ni de notre alimentation. Alors si le marché fonctionne pour notre nourriture, pourquoi ne pourrait-il pas « assurer » notre liberté ?
Ces questions de la légitimité d’une constitution et de sa nécessité sont de vraies questions, et la vie de tous les jours montre combien les choix historiques ont abouti à des errements. Mais il y a une question plus essentielle encore quant à la nature de la liberté. Le pseudo-libéral Gaspard Koenig nous a mis sur a voie il y a quelques jours à peine, par une énigme : « La société a un rôle à jouer dans lequel l’État à sa place comme garant de la liberté, et non pas comme gardien de l’intérêt général. »
L’état n’a pas sa place envers la liberté, car l’état est l’inverse de la liberté, lui qui nous contraint sans nous laisser le droit de tenter de lui échapper. Ni lui ni sa constitution ne peut nous la garantir, car on ne garantit pas la liberté. On la prend, on la réalise, on la fait, on la vit. En réalité, la liberté est sa meilleure propre garantie, car seule la dynamique de marché qu’elle permet est de nature en retour à faire émerger l’organisation des services et produits qui permettent à chacun d’assurer… sa liberté.
Wednesday, October 11, 2017
Quand nul n’est censé ignorer la loi, la liberté est ignorée
Nous connaissons tous ce précepte qui nous est inculqué pendant notre endoctrinement scolaire : nul n’est censé ignorer la loi, nous dit-on. Il s’agit d’un principe essentiel de l’échafaudage juridique du pays, puisqu’il permet à tout policier, bureaucrate ou autre officier de l’état de pouvoir s’appuyer sur nos nombreux « codes » et autres textes législatifs pour exiger notre obéissance et nos impôts.
Le choix du terme de « loi » a son importance. On ne dirait pas « nul n’est censé ignorer le droit », et on ne dirait pas non plus « nul n’est censé ignorer la législation ». La « loi » est essentiellement la même chose que l’ensemble de la « législation », mais avec deux nuances fortes. Elle embarque avec elle tout l’appareil des institutions et du fonctionnement de l’état : on ne peut prétendre ignorer qu’il faut obéir à un policier ou passer devant un notaire pour vendre un bien immobilier, par exemple. Plus psychologique, le concept de « loi » est plus abstrait et englobant, c’est un fourre-tout couvert d’une aura presque religieuse qui permet au précepte d’avoir bien plus de force envers le citoyen.
Pour le « droit », c’est très différent. Tout le monde sait plus ou moins consciemment ce qu’est son droit – et non « ses droits » : chacun sait qu’il ne doit ni voler, ni agresser, ni tuer et s’attend sans plus de question à ce qu’autrui fasse de même. C’est là la base éternelle de la justice humaine.
Au quotidien, chacun de nous – du moins les gens honnêtes – interagit avec les autres en respectant ce droit. Parfois, on échange, on monte des affaires, on fait des projets qui nous conduisent à passer des contrats avec d’autres, qui font de même pour leurs affaires. À tout moment donc, chacun de nous sait très bien à quoi il est engagé et donc quel est l’ensemble des obligations qu’il a prises et qui déterminent ce qu’il est « censé savoir » en matière de « droit » et de devoirs envers ce monde.
Mais alors, puisque nous savons toujours et à tout moment ce qui fait notre « loi » propre, et que peu ou prou nous connaissons les bases des règles générales de fonctionnement de ce pays, pourquoi ce besoin de nous asséner avec conviction ce précepte de connaissance de la « loi » ?
La réponse est évidente, hélas : parce que nous sommes dans un pays où une foule, des générations de députés et autres bureaucrates ont produit tant de textes qu’il est dans la pratique impossible de tous les connaître – et en plus, ils le font sans nous demander la permission ni nous en informer.
Et ce n’est pas là un phénomène accidentel, mais volontaire : il est très utile pour les hommes de l’état que la masse de la législation nous déborde : cela leur permet d’être sûr qu’aucun de nous n’est jamais sans tache et parfaitement en règle vis-à-vis de l’ensemble infini des lois en vigueur, ce qui permet d’être sûr de trouver une faille qui permette d’arrêter les récalcitrants ou rebelles.
Ainsi, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire à l’école, on peut être sûr que tout pays où « nul n’est censé ignorer la loi » est un pays où en réalité « nul n’est à l’abri de l’arbitraire de la loi ». Dans un pays libre, il n’y a pas de loi, mais il y a le droit et des contrats : nul n’a de mauvaise surprise.
Le choix du terme de « loi » a son importance. On ne dirait pas « nul n’est censé ignorer le droit », et on ne dirait pas non plus « nul n’est censé ignorer la législation ». La « loi » est essentiellement la même chose que l’ensemble de la « législation », mais avec deux nuances fortes. Elle embarque avec elle tout l’appareil des institutions et du fonctionnement de l’état : on ne peut prétendre ignorer qu’il faut obéir à un policier ou passer devant un notaire pour vendre un bien immobilier, par exemple. Plus psychologique, le concept de « loi » est plus abstrait et englobant, c’est un fourre-tout couvert d’une aura presque religieuse qui permet au précepte d’avoir bien plus de force envers le citoyen.
Pour le « droit », c’est très différent. Tout le monde sait plus ou moins consciemment ce qu’est son droit – et non « ses droits » : chacun sait qu’il ne doit ni voler, ni agresser, ni tuer et s’attend sans plus de question à ce qu’autrui fasse de même. C’est là la base éternelle de la justice humaine.
Au quotidien, chacun de nous – du moins les gens honnêtes – interagit avec les autres en respectant ce droit. Parfois, on échange, on monte des affaires, on fait des projets qui nous conduisent à passer des contrats avec d’autres, qui font de même pour leurs affaires. À tout moment donc, chacun de nous sait très bien à quoi il est engagé et donc quel est l’ensemble des obligations qu’il a prises et qui déterminent ce qu’il est « censé savoir » en matière de « droit » et de devoirs envers ce monde.
Mais alors, puisque nous savons toujours et à tout moment ce qui fait notre « loi » propre, et que peu ou prou nous connaissons les bases des règles générales de fonctionnement de ce pays, pourquoi ce besoin de nous asséner avec conviction ce précepte de connaissance de la « loi » ?
La réponse est évidente, hélas : parce que nous sommes dans un pays où une foule, des générations de députés et autres bureaucrates ont produit tant de textes qu’il est dans la pratique impossible de tous les connaître – et en plus, ils le font sans nous demander la permission ni nous en informer.
Et ce n’est pas là un phénomène accidentel, mais volontaire : il est très utile pour les hommes de l’état que la masse de la législation nous déborde : cela leur permet d’être sûr qu’aucun de nous n’est jamais sans tache et parfaitement en règle vis-à-vis de l’ensemble infini des lois en vigueur, ce qui permet d’être sûr de trouver une faille qui permette d’arrêter les récalcitrants ou rebelles.
Ainsi, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire à l’école, on peut être sûr que tout pays où « nul n’est censé ignorer la loi » est un pays où en réalité « nul n’est à l’abri de l’arbitraire de la loi ». Dans un pays libre, il n’y a pas de loi, mais il y a le droit et des contrats : nul n’a de mauvaise surprise.
Wednesday, October 4, 2017
Le risque peut-il être une raison pour légiférer ?
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
Monday, December 5, 2016
Contrats ou Constitutions ?
Les constitutions de ce monde
prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec
est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles
qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de
l’illusion de liberté de la démocratie.
Il y a deux erreurs
conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on
attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs,
alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine
responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le
concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement
aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou
rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.
Retournons dès lors la
logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment
signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux
choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet
engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon
les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être
« déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.
Une constitution comme on les
connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le
citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du
« contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas
possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait
propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire
à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de
service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services
à une entreprise qui s’y installe.
Les questions de pouvoir dans
ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de
vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu
de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir
en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque.
Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif
peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».
L’entité peut aussi être un
collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que
cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en
territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés
dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le
plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas
précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.
Le cas le plus intéressant
correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous
les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni
intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus
ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins
chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là
encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas,
car elles n’ont simplement pas d’objet.
L’analogie avec
l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente
d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande
entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où
chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la
gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il
peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer
le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une
situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup
pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.
Pas tout à fait cependant,
car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas
dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour
cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère
que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter
pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un
équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop
grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays
libres.
On comprend ainsi que la
tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le
bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun
citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour
être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France
autant de pays libres que de villes ou de communes ?
On le comprend, il n’est pas
besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les
territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des
pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une
fois, la liberté, c’est toujours simple.
Saturday, November 17, 2012
Une constitution, pourquoi faire ?
Bien souvent
lors de débats avec des personnes n’ayant pas encore pris la complète mesure du
caractère inique du droit sous lequel nous vivons, ou celui d’autres pays dits
démocratiques, l’argument de l’existence et du rôle de la constitution m’est
servi comme un couperet, un rideau de final après moult rappels des vedettes, une
pirouette.
L’existence ou
la mise en place d’une constitution dans un pays qui le plus souvent prend aussi
des allures démocratiques serait une, si ce n’est la, garantie ultime que ledit
pays est raisonnablement soucieux du bonheur et de la liberté de son peuple.
Pourtant, si c’est aussi clair, aussi limpide, une question me tracasse depuis
l’enseignement secondaire…
Pourquoi n’y
a-t-il pas deux pays avec des constitutions identiques ? Ou même presque
identiques ? La liberté n’est-elle donc pas la même partout ?
Les
Etats-Unis, que je sache le pays à la plus ancienne constitution – le Royaume-Uni
ne dispose pas d’une constitution à proprement parler – sont sans doute depuis
le premier jour la référence en matière de constitution, directement inspirée
des Lumières et présentant les critères théoriques de « bonne constitution ».
Concise. Concentrée sur les fonctions d’un pouvoir régalien minimal. Au profit
de la liberté du peuple et de sa
recherche du bonheur. Elle a la réputation d’un bijou, qui d’ailleurs est exposé
comme tel.
A part les
points spécifiques liés aux particularités géographiques et historiques américaines
– les états et de manière générale l’organisation de la fédération – cette constitution
semble a priori un modèle qu’on
serait en droit d’espérer retrouver en tête du droit de toutes les démocraties du
monde ou presque.
Pourtant la France
elle-même est loin d’avoir suivi ce modèle. Depuis 1800 et l’après-révolution,
nous avons quand même réussit à écluser neuf régimes avant l’actuelle Veme République !
(Consulat, Premier Empire, Restauration, Monarchie de Juillet, IIeme République,
Second Empire, IIIeme République, Etat Français, IVeme République) Notre
constitution actuelle fait d’infinies circonvolutions pour légitimer une
continuité du droit remontant à la Déclaration des droits de l’homme et du
citoyen de 1789.
Mais ce ne sont
pas tant les soubresauts historiques qui me choquent que leur impact sur le
texte et sa logique. Je me bornerai à prendre l’exemple connu de la bascule de
la IVeme à la Veme République. Comment peut-on ainsi passer d’un régime aussi
parlementaire à un régime aussi « présidentiel » ? (Terme élégant
pour ne pas dire « monarchique ».) D’autant que la Veme a depuis
encore évolué vers une totale absence de séparation des pouvoirs et une assemblée
nationale à la botte du gouvernement. La IVeme avait à mon avis un avantage
essentiel qu’a perdu la Veme. Son
instabilité freinait sa capacité à légiférer à revers de bras, ce que par
contre la Veme autorise, suite à la disparition des oppositions des pouvoirs.
Ce genre de dégénérescence
lente du droit est inhérent à la démocratie. On y part sur une base
relativement saine, et peu à peu la liberté est érodée par le peu d’état en
place qui la grignote peu à peu. On finit deux siècles plus tard avec un féodalisme
oligarque qui se cache derrière une constitution prétexte devenue feuille de
vigne de l’état corrompu.
Les Etats-Unis
sont d’ailleurs eux aussi un indice flagrant de cette tendance. Depuis sa
publication en 1776, leur constitution a subit pas moins de 27 amendements. Dont
un, le 21eme, qui n’a servi qu’à en abroger un précédent – le 18eme sur la
prohibition. Le dernier date de 1992, bien que sa proposition d’origine remonte
à 1789, et protège… la rémunération des membre du congrès. Ainsi, même aux
Etats-Unis, la constitution évolue, assez souvent, et pas forcément en bien.
On est
pourtant en droit de se demander ce qui peut faire que le droit et ses
institutions, valables à un moment et assez longuement, ne le seraient soudain
plus demain ? Pourquoi le droit fondamental devrait-il évoluer ? Et
pourquoi les tentatives des différents pays ne convergent-elles pas vers un même
modèle fruit des « meilleures pratiques » ?
Deux autres
pays paraissent intéressant à considérer sur ce sujet car, même si on en a peu
parlé dans la presse – c’est beaucoup moins intéressant qu’une bonne vieille
coupe d’Europe – ils ont tous deux connu un changement récent de constitution.
En premier je
prendrai le Maroc, qui, il y a environ 18 mois, a adopté par suffrage le texte
publié ici.
La première
chose qui frappe dans ce texte, c’est sa longueur : pas moins de 180 articles,
là où l’américaine n’en compte que 25 (articles et sections). Une rapide sélection
d’article montre que cette constitution est pour le moins contestable et donne
tous les signes d’un texte qui va bien au-delà du rôle d’une constitution. Examinons-les
rapidement.
Article 1er : « La
nation s’appuie dans sa vie collective sur des constantes fédératrices, en l’occurrence
la religion musulmane modérée, l’unité nationale aux affluents multiples, la
monarchie constitutionnelle et le choix démocratique. L’organisation
territoriale du Royaume est décentralisée, fondée sur une régionalisation
avancée. »
Dans cet
article et dans plusieurs autres, on parle de « nation », et non de « peuple ».
Il est bien connu que la constitution américaine commence par « We, the People… ».
Confondre ou amalgamer peuple et nation, ou plus simplement ne pas choisir « peuple »,
est une grave distorsion, à mon sens. Car évoquer le peuple montrerait une
volonté, un rôle strictement juridique à cette constitution, traitant tous les
individus du pays comme égaux devant le droit, par leur seule présence sur le
sol du pays.
Mais prendre la
« nation » comme référence est beaucoup plus biaisé. J’ai abondamment
écrit, y compris dans « Libres ! », pour contester ce terme pour
moi fallacieux car indéfinissable. Il est porteur de critères discriminants –
on est de la nation ou en n’en est pas – et cela de manière indéfinie, ce qui
ouvre la porte à l’arbitraire. Cette constitution sous-entend-elle qu’elle
pourrait ne pas s’adresser aux habitants du Maroc qui ne feraient pas partie de
sa « nation » – à commencer par ses immigrés ?
Article 2 : « La
souveraineté appartient à la nation qui l’exerce directement par voie de
référendum et indirectement par l’intermédiaire de ses représentants. La nation
choisit ses représentants au sein des institutions élues par voie de suffrages
libres, sincères et réguliers. »
Même remarque
que précédemment sur la « nation ». Ce qui est choquant ici, c’est le
besoin de préciser que les suffrages pourraient être autre chose que « libres,
sincères et réguliers ». Car si le risque existe en effet de fraude en
matière d’élections, n’est-ce pas justement le rôle de la constitution de prévoir
les mécanismes pour assurer la maîtrise de ce risque ? Si ça va de soi, pourquoi
un tel verbiage qui peut être lu dans l’autre sens ?
Article 15 : « Les
citoyennes et les citoyens disposent du droit de présenter des pétitions aux
pouvoirs publics. Une loi organique détermine les conditions et les modalités
d’exercice de ce droit. »
Derrière un
article qui pourrait sembler positif, trois choses pourtant. Tout d’abord,
pourquoi parler des pétitions ? Ne seraient-elles sinon un droit naturel d’expression ?
Ensuite, viennent-elles court-circuiter la démocratie représentative ? Une
chose qui justement aurait été intéressante de prévoir ici touche aux principes
des modalités. Pour par exemple poser ou pas le principe de garantir que les questions
posées feraient l’objet d’une réponse systématique de la part du gouvernement
dans les 3 mois après dépôt. Sans plus de corps, un tel article reste vide.
Article 20 : « Le droit à
la vie est le droit premier de tout être humain. La loi protège ce droit. »
On pourrait se
demander pourquoi un tel article ne vient pas en premier. Mais surtout, en quoi
la loi peut-elle protéger la vie ? Pourra-t-on lire plus tard un tel
article comme signifiant que se nourrir est un droit que le pouvoir doit garantir
au peuple, qui est dès lors en droit d’attendre son pain quotidien des services
publics ? On voit combien une phrase anodine peut-être rendue perverse…
Article 31 : « L’Etat, les
établissements publics et les collectivités territoriales œuvrent à la
mobilisation de tous les moyens à disposition pour faciliter l’égal accès des
citoyennes et des citoyens aux conditions leur permettant de jouir des droits :
. aux soins de santé,
. à la protection sociale, à la
couverture médicale et à la solidarité mutualiste ou organisée par l’Etat,
. à une éducation moderne,
accessible et de qualité,
. à l’éducation sur l’attachement à
l’identité marocaine et aux constantes nationales immuables
. à la formation professionnelle et
à l’éducation physique et artistique,.
. à un logement décent,
. au travail et à l’appui des
pouvoirs publics en matière de recherche d’emploi ou d’auto-emploi,
. à l’accès aux fonctions publiques
selon le mérite,
. à l’accès à l’eau et à un
environnement sain,
. au développement durable. »
Pour finir sur
le Maroc, je vous propose ce bijou. Voilà que la constitution elle-même instaure
la santé, la protection sociale et même le logement comme des droits, que le
pouvoir doit assurer. Rappelons que tous ces domaines relèvent en réalité de la
stricte économie et que donc la bureaucratie, comme on le constate amèrement en
France, sera bien incapable d’assurer de tels services au peuple, du moins de
manière « juste ». Ce sera au contraire une magnifique source de
corruption.
On le voit –
et il faudrait analyser les 180 articles pour l’illustrer jusqu’au bout, cette
constitution marocaine est loin d’être sans défaut, et surtout, traite de
sujets peu compatibles avec une réelle et simple garantie du droit et de la
liberté. Pourquoi ne pas être simplement repartis de l’américaine ?
Un autre pays
a fait parlé de lui il y a peu en matière de constitution : l’Islande – la
vidéo ci-contre apporte un éclairage – non sans biais, il est vrai.
Dans cette
histoire, ce qui me frappe, c’est ce processus de refonte de la constitution. On
se gausse d’un soi-disant processus démocratique pour choisir un collège supposé
compétent parce qu’élu pour promouvoir une constitution qui serait de ce fait
bonne pour le peuple puisque conçue par lui.
Ce type de
raisonnement est typique de ce que Hans-Hermann Hoppe appellerait le phénomène
de décivilisation de la démocratie. (*) Aucune élection n’a jamais rendu
quiconque compétent, surtout en matière juridique. Un tour de vote et hop !
voilà nos pauvres islandais soumis eux aussi à un texte qui n’a aucune chance d’être
une constitution « idéale ».
Et cela n’a
pas loupé. Le nouveau texte est accessible ici. Fort de 79 article, voilà à nouveau une approche verbeuse du droit fondamental.
Il est vrai que le plus gros du texte décrit les processus législatif et exécutif,
mais on trouve néanmoins quelques articles qui posent vraie question.
Article 59 :
The organization of the judiciary can only be established by law.
C’est bien
dommage. Les deux autres pouvoirs seraient ainsi assez important pour justifier
d’être constitutionalisés, mais pas le pouvoir judiciaire ? C’est oublier
que normalement, le seul rôle de « l’état de droit », c’est précisément
la justice. Et que cet article la remet dans les mains des députés au lieu de
le figer dans le marbre.
Article 62 :
The Evangelical Lutheran Church shall be the State Church in Iceland and, as
such, it shall be supported and protected by the State.
Tant pis pour
la séparation de l’église et de l’état et surtout pour les impôts à payer pour
l’entretien du clergé, y compris par les non-croyants…
Article 67 :
No one may be deprived of his liberty except as permitted by law. Any person
deprived of his liberty shall be entitled to be informed promptly of the
reasons for this measure.
Oui, vous avez
bien lu. En gros, on est libre, sauf quand la loi en décide autrement. C’est l’exemple
parfait de clause contraire à l’esprit même, au rôle d’une constitution. Et ce
n’est pas le seul article, il y a l’équivalent en matière de vie privée et d’intimité :
Article 71 :
Everyone shall enjoy freedom from interference with privacy, home, and family
life. […] Notwithstanding the provisions of the first paragraph above, freedom
from interference with privacy, home and family life may be otherwise limited
by statutory provisions if this is urgently necessary for the protection of the
rights of others.
Alors, que
conclure de ce rapide tour d’horizon ? Clairement qu’une constitution ne
sert à rien, puisque de toute façon elle est dans les faits peu à peu érodée.
Et je n’ai pas ici étudié le nombre d’exemples qu’on peut trouver où des lois
inconstitutionnelles ont pourtant été validées – tel l’Obamacare il y a
quelques mois aux Etats-Unis.
Voire même qu’une
constitution peut être la porte ouverte à l’inverse du droit tel que le bon
sens nous le fait percevoir – ce que tout libertarien reconnaît dans le « droit
naturel ». On a vu les exemples marocain et islandais, mais les régimes présidentiels
français et américain nous illustrent chaque jour combien eux aussi sont éloignés
du droit naturel.
Tout libéral
devrait le reconnaître, se l’avouer à soi-même avant de le rappeler autour de
lui. La liberté n’est pas protégée par la constitution, c’est même tout le
contraire. La liberté passe par l’adoption d’un régime où ce concept vide n’aura
enfin plus sa place, pas plus que celui de démocratie…
(*) Dans son essai « On the Impossibilityof Limited Government and the Prospects for a Second American Revolution »,
« Sur l’impossibilité d’une administration limitée et les perspectives d’une
seconde révolution américaine »,
au chapitre III, H-H.Hoppe critique le concept même de la constitution américaine,
constatant son échec à résister à la dérive de l’état.
Thursday, March 15, 2012
Le Droit d’Ignorer l’Etat - Herbert Spencer
Herbert Spencer - Le Droit d'Ignorer l'Etat
La Brochure Mensuelle, Numéro 10, Octobre 1923
Traduit de l’anglais par Manuel Devaldès
Les pages ci-après d’Herbert Spencer ont fait l’objet d’une brochure publiée par Freedom en 1913. Elles étaient précédées de cette déclaration du journal anarchiste anglais :
« Pour rendre justice à la mémoire d’Herbert Spencer, nous devons prévenir le lecteur du chapitre suivant de l’édition originale de Social Statics de Spencer, écrit en 1850, qu’il fut omis par l’auteur dans l’édition révisée publiée en 1892. Nous pouvons légitimement inférer de cette omission un changement de vues. Mais répudier n’est pas réfuter et Spencer n’a jamais réfuté ses arguments en faveur du droit d’ignorer l’Etat. C’est l’opinion des anarchistes qu’ils sont sans réplique. »
En donnant la première traduction française de ce chapitre oublié d’Herbert Spencer, qu’anime le plus pur souffle individualiste, nous nous associons complètement à la déclaration de nos camarades anglais.
Le Traducteur.
Le Droit d’Ignorer l’Etat
- 1 -
Comme corollaire à la proposition que toutes les institutions doivent être subordonnées à la loi d’égale liberté, nous devons nécessairement admettre le droit du citoyen d’adopter volontairement la condition de hors-la-loi. Si chaque homme a la liberté de faire tout ce qu’il veut, pourvu qu’il n’enfreigne pas la liberté égale de quelque autre homme, alors il est libre de rompre tout rapport avec l’Etat, – de renoncer à sa protection et de refuser de payer pour son soutien. Il est évident qu’en agissant ainsi il n’empiète en aucune manière sur la liberté des autres, car son attitude est passive, et tant qu’elle reste telle il ne peut devenir un agresseur. Il est également évident qu’il ne peut être contraint de continuer à faire partie d’une communauté politique sans une violation de la loi morale, puisque la qualité de citoyen entraîne le paiement de taxes et que la saisie des biens d’un homme contre sa volonté est une infraction à ses droits. Le gouvernement étant simplement un agent employé en commun par un certain nombre d’individus pour leur assurer des avantages déterminés, la nature du rapport implique qu’il appartient à chacun de dire s’il veut ou non employer un tel agent. Si l’un d’entre eux décide d’ignorer cette confédération de sûreté mutuelle, il n’y a rien à dire, excepté qu’il perd tout droit à ses bons offices et s’expose au danger de mauvais traitement, – une chose qu’il lui est tout à fait loisible de faire s’il s’en accommode. Il ne peut être maintenu de force dans une combinaison politique sans une violation de la loi d’égale liberté ; il peut s’en retirer sans commettre aucune violation de ce genre ; et il a, par conséquent, le droit de se retirer ainsi.
- 2 -
Nulle loi humaine n’est d’aucune validité si elle est contraire à la loi de la nature, et telles d’entre les lois humaines qui sont valides tirent toute leur force et toute leur autorité, médiatement ou immédiatement, de cet original. » Ainsi écrit Blackstone (Sir William Blackstone, (1723-1780), légiste, auteur de Commentaries on the Laws of England, Commentaires sur les Lois de l’Angleterre), dont c’est l’honneur d’avoir à ce point dépassé les idées de son temps, – et vraiment, nous pouvons dire de notre temps. Un bon antidote, cela, contre ces superstitions politiques qui prévalent si largement. Un bon frein au sentiment d’adoration du pouvoir qui nous égare encore en nous conduisant à exagérer les prérogatives des gouvernements constitutionnels , comme jadis celles des monarques. Que les hommes sachent qu’une puissance législative n’est pas « notre Dieu sur la terre », quoique par l’autorité qu’ils lui attribuent et par les choses qu’ils attendent d’elle, il semblerait qu’ils imaginassent ainsi. Mieux, qu’ils sachent que c’est une institution servant à des fins purement temporaires, et dont le pouvoir, quand il n’est pas volé, est, tout au moins, emprunté.
Qui plus est, en vérité, n’avons-nous pas vu que le gouvernement est essentiellement immoral ? N’est-il pas la postérité du mal, portant autour d’elle toutes les marques de son origine ? N’existe-t-il pas parce que le crime existe ? N’est-il pas fort, ou, comme nous disons, despotique, quand le crime est grand ? N’y a-t-il pas plus de liberté – c’est-à-dire moins de gouvernement – à mesure que le crime diminue ? Et le gouvernement ne doit-il pas cesser quand le crime cesse, par le manque même d’objets sur lesquels accomplir sa fonction ? Non seulement le pouvoir des maîtres existe à cause du mal, mais il existe par le mal. La violence est employée pour le maintenir et toute violence entraîne criminalité. Soldats, policiers et geôliers, épées, bâtons et chaînes sont des instruments pour infliger de la peine, et toute infliction de peine est, par essence, injuste. L’Etat emploie les armes du mal pour subjuguer le mal et est contaminé également par les objets sur lesquels il agit et par les moyens à l’aide desquels il opère. La moralité ne peut le reconnaître, car la moralité, étant simplement une expression de la loi parfaite, ne peut donner nul appui à aucune chose croissant hors de cette loi et ne subsistant que par les violations qu’elle en fait. C’est pourquoi l’autorité législative ne peut jamais être morale, – doit toujours être seulement conventionnelle.
Il y a, pour cette raison, une certaine inconséquence dans l’essai de déterminer la position, la structure et la conduite justes d’un gouvernement par appel aux premiers principes de l’équité. Car, comme il vient d’être démontré, les actes d’une institution qui est imparfaite, à la fois par nature et par origine, ne peuvent être faits pour s’accorder avec la loi parfaite. Tout ce que nous pouvons faire est d’établir : premièrement, dans quelle attitude une puissance législative doit demeurer à l’égard de la communauté pour éviter d’être, par sa seule existence, l’injustice personnifiée ; deuxièmement, de quelle manière elle doit être constituée afin de se montrer le moins possible en opposition avec la loi morale ; et troisièmement, à quelle sphère ses actions doivent être limitées pour l’empêcher de multiplier ces violations de l’équité pour la prévention desquelles elle est instituée.
La première condition à laquelle on doit se conformer avant qu’une puissance législative puisse être établie sans violer la loi d’égale liberté est la reconnaissance du droit maintenant en discussion, – le droit d’ignorer l’Etat.
- 3 -
Les partisans du pur despotisme peuvent parfaitement s’imaginer que le contrôle de l’Etat doit être illimité et inconditionnel. Ceux qui affirment que les hommes sont faits pour les gouvernements et non les gouvernements pour les hommes sont qualifiés pour soutenir logiquement que nul ne peut se placer au-delà des bornes de l’organisation politique. Mais ceux qui soutiennent que le peuple est la seule source légitime de pouvoir, – que l’autorité législative n’est pas originale, mais déléguée, – ceux-là ne sauraient nier le droit d’ignorer l’Etat sans s’enfermer dans une absurdité.
Car, si l’autorité législative est déléguée, il s’ensuit que ceux de qui elle procède sont les maîtres de ceux à qui elle est conférée ; il s’ensuit, en outre, que comme maîtres ils confèrent ladite autorité volontairement ; et cela implique qu’ils peuvent la donner ou la retenir comme il leur plaît. Qualifier de délégué ce qui est arraché au hommes, qu’ils le veulent ou non, est une absurdité. Mais ce qui est vrai ici de tous collectivement est également vrai de chacun en particulier. De même qu’un gouvernement ne peut justement agir pour le peuple que lorsqu’il y est autorisé par lui, de même il ne peut justement agir pour l’individu que lorsqu’il y est autorisé par lui. Si A, B, et C délibèrent, s’ils doivent employer un agent à l’effet d’accomplir pour eux un certain service, et si, tandis que A et B conviennent de le faire, C est d’un avis contraire, C ne peut être équitablement considéré comme partie de la convention en dépit de lui-même. Et cela doit être également vrai de trente comme de trois ; et si de trente, pourquoi pas de trois cents, ou trois mille, ou trois millions ?
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Des superstitions politiques auxquelles il a été fait allusion précédemment, aucune n’est aussi universellement répandue que l’idée selon laquelle les majorités seraient toutes-puissantes. Sous l’impression que le maintien de l’ordre exigera toujours que le pouvoir soit dans la main de quelque parti, le sens moral de notre temps juge qu’un tel pouvoir ne peut être convenablement conféré à personne sinon à la plus grande moitié de la société. Il interprète littéralement le dicton : « La voix du peuple es la vois de Dieu » et, transférant à l’un la sainteté attachée à l’autre, il conclut que la volonté du peuple – c’est-à-dire de la majorité – est sans appel. Cependant, cette croyance est entièrement fausse.
Supposez un instant que, frappée de quelque panique malthusienne, une puissance législative représentant dûment l’opinion publique projetât d’ordonner que tous les enfants à naître durant les dix années futures soient noyés. Personne pense-t-il qu’un tel acte législatif serait défendable ? Sinon, il y a évidemment une limite au pouvoir d’une majorité. Supposez encore que de deux races vivant ensemble – Celtes et Saxons par exemple, – la plus nombreuse décidât de faire des individus de l’autre race ses esclaves. L’autorité du plus grand nombre, en un tel cas, serait-elle valide ? Sinon, il y a quelque chose à quoi son autorité doit être subordonnée. Supposez, une fois encore, que tous les hommes ayant un revenu annuel de moins de 50 livres sterling résolussent de réduire à ce chiffre tous les revenus qui le dépassent et d’affecter l’excédent à des usages publics. Leur résolution pourrait-elle être justifiée ? Sinon, il doit être une troisième fois reconnu qu’il est une loi à laquelle la voix populaire doit déférer. Qu’est-ce donc que cette loi, sinon la loi de pure équité, – la loi d’égale liberté ? Ces limitations, que tous voudraient mettre à la volonté de la majorité, sont exactement les limitations fixées par cette loi. Nous nions le droit d’une majorité d’assassiner, d’asservir ou de voler, simplement parce que l’assistanat, l’asservissement et le vol sont des violations de cette loi, – violations trop flagrantes pour être négligées. Mais si de grandes violations de cette loi sont iniques, de plus petites le sont aussi. Si la volonté du grand nombre ne peut annuler le premier principe de moralité en ces cas-là, non plus elle ne le peut en aucun autre. De sorte que, quelque insignifiante que soit la minorité et minime la transgression de ses droits qu’on se propose d’accomplir, aucune transgression de se genre ne peut être permise.
Quand nous aurons rendu notre constitution purement démocratique, pense en lui-même l’ardent réformateur, nous aurons mis le gouvernement en harmonie avec la justice absolue. Une telle foi, quoique peut-être nécessaire pour l’époque, est très erronée. En aucune manière, la coercition ne peut être rendue équitable. La forme de gouvernement la plus libre n’est que celle qui soulève le moins d’objections. La domination du grand nombre par le petit nombre, nous l’appelons tyrannie : la domination du petit nombre par le grand nombre est tyrannie aussi, mais d’une nature moins intense. « Vous ferez comme nous voulons, et non comme vous voulez » est la déclaration faite dans l’un et l’autre cas ; et si cent individus la font à quatre-vingt-dix-neuf, au lieu des quatre-vingt-dix-neuf aux cent, c’est seulement d’une fraction moins immoral. De deux semblables partis, celui, quel qu’il soit, qui fait cette déclaration et en impose l’accomplissement, viole nécessairement la loi d’égale liberté, la seule différence étant que par l’un elle est violée dans la personne de quatre-vingt-dix-neuf individus, tandis que par l’autre elle est violée dans la personne de cent. Et le mérite de la forme démocratique du gouvernement consiste uniquement en ceci, – qu’elle offense le plus petit nombre.
L’existence même de majorités et de minorités est l’indice d’un état immoral. Nous avons vu que l’homme dont le caractère s’harmonise avec la loi morale peut obtenir le bonheur complet sans amoindrir le bonheur de ses semblables. Mais l’établissement d’arrangements publics par le vote implique une société composée d’hommes autrement constitués, – implique que les désirs de certains ne peuvent être satisfaits sans sacrifier les désirs des autres, – implique que dans la poursuite de son bonheur la majorité inflige une certaine somme de malheurs à la minorité, – implique, par conséquent, l’immoralité organique. Ainsi, à un autre point de vue, nous découvrons de nouveau que même dans sa forme la plus équitable il est impossible au gouvernement de se dissocier du mal ; et, en outre, que, à moins que le droit d’ignorer l’Etat ne soit reconnu, ses actes doivent être essentiellement criminels.
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Qu’un homme est libre de renoncer aux bénéfices de la qualité de citoyen e d’en rejeter les charges peut, en vérité, être inféré des admissions d’autorités existantes et de l’opinion actuelle. Quoique probablement non préparés à une doctrine aussi avancée que celle ici soutenue, les radicaux d’aujourd’hui, encore qu’à leur insu, professent leur foi en une maxime qui donne manifestement un corps à cette doctrine. Ne les entendons-nous pas continuellement citer l’assertion de Blackstone selon laquelle « Nul sujet anglais ne peut être contraint à payer des aides ou des taxes, même pour la défense du royaume ou le soutien du gouvernement, sauf celles qui lui sont imposées par son propre consentement ou par celui de son représentant au Parlement » ? Et qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie, disent-ils, que tout homme devrait posséder le droit de vote. Sans aucun doute ; mais cela signifie bien davantage. S’il y a quelque sens dans les mots, c’est une énonciation précise du droit même pour lequel nous combattons à présent. En affirmant qu’un homme ne peut être taxé à moins qu’il n’ait, directement ou indirectement, donné son consentement, on affirme aussi qu’il peut refuser d’être taxé ; et refuser d’être taxé, c’est rompre toute connexion avec l’Etat. On dira peut-être que ce consentement n’est pas spécifique, mais général, et que le citoyen est sous-entendu avoir acquiescé à toute chose que son représentant puisse faire, quand il vota pour lui. Mais supposez qu’il n’ait pas voté pour lui et qu’au contraire il ait fait tout en son pouvoir pour élire quelqu’un soutenant des idées opposées – quoi alors ? La réplique sera probablement qu’en prenant part à une semblable élection, il convenait tacitement de s’en tenir à la décisions de la majorité. Et comment s’il n’a pas voté du tout ? Mais alors, il ne peut à bon droit se plaindre d’aucune taxe, puisqu’il n’éleva aucune protestation contre son imposition ! Ainsi, assez curieusement, il paraît qu’il donnait son consentement de quelque manière qu’il agît, – soit qu’il dît : « Oui », qu’il dît : « Non » ou qu’il restât neutre ! Une doctrine plutôt embarrassante, celle-là ! Voilà un infortuné citoyen à qui il est demandé s’il veut payer pour un certain avantage proposé ; et, qu’il emploie le seul moyen d’exprimer son refus ou qu’il ne l’emploie pas, il nous est fait savoir que pratiquement il y consent, si seulement le nombre des autres qui y consentent est plus grand que le nombre de ceux qui s’y refusent. Et ainsi nous sommes amenés à l’étrange principe que le consentement de A à une chose n’est pas déterminé par ce que A dit, mais parce que B peut arriver à dire !
C’est à ceux qui citent Balckstone de choisir entre cette absurdité et la doctrine exposée plus haut. Ou sa maxime implique le droit d’ignorer l’Etat, ou elle est pure sottise.
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Il y a une singulière hétérogénéité dans nos fois politiques. Des systèmes qui furent à la mode et ça et là commencent à laisser passer le jour sont rapiécés de fond en comble avec des idées modernes dissemblables en qualité et en couleur ; et les hommes, gravement, déploient ces systèmes, s’en revêtent et se promènent en paradant à la ronde, tout à fait inconscients de leur grotesque. Notre présent état de transition, participant comme il le fait, également du passé et du futur, donne naissance à des théories hybrides où ce manifeste l’assemblage le plus disparate du despotisme passé et de la liberté future. Voici des types de l’ancienne organisation curieusement déguisés sous les germes de la nouvelle – des particularités montrant l’adaptation à un état antécédent modifié par des rudiments qui prophétisent quelque chose à venir – faisant tous ensemble si chaotique de parentés que rien n’indique à quelle classe ces enfants du siècle devraient être rattachés.
Comme les idées doivent nécessairement porter l’empreinte du temps, il est inutile de déplorer le contentement avec lequel ces absurdes croyances sont soutenues. D’ailleurs, il semblerait regrettable que les hommes ne continuassent pas jusqu’à la fin les enchaînements de raisonnements qui ont mené à ces modifications partielles. Dans le cas présent, par exemple, la logique les forcerait à admettre que, sur d’autres points à côté de celui qui vient d’être examiné, ils soutiennent des opinions et emploient des arguments dans lesquels le droit d’ignorer l’Etat est contenu.
Car, quelle est la signification du non-conformisme ? Il fut un temps où la foi religieuse d’un homme et son mode de culte étaient déterminables par la loi à l’égal de ses actes séculiers ; et, conformément à certaines dispositions existant dans nos lois, il en est encore ainsi. Cependant, grâce à la croissance d’un esprit protestant, nous sommes parvenus à ignorer l’Etat en cette matière, – entièrement en théorie, et partiellement en pratique. Mais de quelle manière ? En adoptant une attitude qui, pourvu qu’elle soit maintenue en conformité avec son principe, implique un droit d’ignorer l’Etat entièrement. Observez l’attitude des deux partis. « Ceci est votre credo », dit le législateur, « vous devez croire et professer ouvertement ce qui est fixé ici pour vous ». – « Je ne ferai rien de la sorte », répond le non-conformiste, « j’irai plutôt en prison ». – « Vos actes religieux », poursuit le législateur, « seront tels que nous les avons prescrits. Vous irez aux églises que nous avons fondées et vous adopterez les cérémonies qui y sont célébrées ». – « Rien ne m’induira à faire ainsi », est la réplique ; « je nie absolument votre pouvoir de me dicter quoi que ce soit en pareille matière et me propose de résister jusqu’à la dernière extrémité ». – « Enfin », ajoute le législateur, « nous vous requerrons de payer de telles sommes d’argent que nous pourrons juger à propos de demander pour le soutien de ces institutions religieuses ». – « Vous ne tirerez pas un liard de moi », se récrie notre obstiné indépendant ; « même si je croyais dans les dogmes de votre Eglise (ce que je ne fais pas), je me rebellerais encore contre votre intervention , et si vous prenez ce que je possède, ce sera par la force et malgré ma protestation ».
Or, à quoi se réduit cette manière d’agir quand elle est considérée dans l’abstrait ? Elle se réduit à une affirmation par l’individu du droit d’exercer une de ses facultés – le sentiment religieux – en toute liberté et sans aucune limite autre que celle assignées par le droit égale d’autrui. Et que signifie l’expression : « Ignorer l’Etat » ? Simplement une affirmation du droit d’exercer de la même manières toutes les facultés. L’un est exactement une continuation de l’autre , – repose sur le même fondement que l’autre , – doit tenir ou tomber avec l’autre. De bonne foi, les hommes parlent de liberté civile et de liberté religieuse comme de choses différentes ; mais la distinction est tout à fait arbitraire. Elles sont parties d’un même tout et philosophiquement ne peuvent être séparées.
« Si, elles le peuvent », interpose un objecteur ; « L’affirmation de l’une est impérative comme étant un devoir religieux. La liberté d’honorer Dieu de la manière qui lui semble convenable est une liberté sans laquelle un homme ne peut accomplir ce qu’il croît être des commandements divins, et en conséquence sa conscience exige de lui qu’il l’a défende. » Fort bien ; mais comment si la même chose peut être affirmée de toute autre liberté ? Comment si la défense de celle-ci se transforme aussi en une matière de conscience ? N’avons-nous pas vu que le bonheur humain est la volonté divine, – que ce bonheur ne peut être obtenu que par l’exercice de nos facultés – et qu’il est impossible de les exercer sans la liberté ? Et si cette liberté pour l’exercice des facultés est une condition sans laquelle la volonté divine ne peut être accomplie, sa défense est, suivant la propre démonstration de notre objecteur, un devoir. En d’autres termes, il est manifeste, non seulement que la défense de la liberté d’action peut être un point de conscience, mais encore qu’elle doit en être un. Et ainsi nous voyons clairement que le droit d’ignorer l’Etat en matière religieuse et le droit d’ignorer l’Etat en matière séculière sont par essence identiques.
L’autre raison communément assignée à la non-conformité admet un traitement similaire. Outre qu’il résiste à la prescription de l’Etat par principe, le dissident y résiste par désapprobation de la doctrine enseignée. Aucune injonction législative ne lui fera adopter ce qu’il considère comme une croyance fausse ; et, se souvenant de son devoir envers ses semblables, il refuse d’aider, au moyen de sa bourse, à disséminer cette croyance fausse. L’attitude est parfaitement compréhensible. Mais c’est une attitude qui, ou conduit aussi ses adhérents à la non-conformité civile, ou les laisse dans un dilemme. Car pourquoi refusent-ils de contribuer à propager l’erreur ? Parce que l’erreur est contraire au bonheur humain. Et pour quel motif désapprouve-t-on une partie quelconque de la législation civile ? Pour la même raison, – parce qu’on la juge contraire au bonheur humain. Comment alors pourrait-il être démontré qu’on doit résister à l’Etat dans un cas et non dans l’autre ? Personne affirmera-t-il délibérément que, si un gouvernement nous demande de l’argent pour aider à enseigner ce que nous pensons devoir produire le mal , nous devons le lui refuser, mais que, si l’argent est destiné à faire ce que nous pensons devoir produire le mal, nous ne devons pas lui refuser ? Telle est, cependant, l’encourageante proposition qu’ont à soutenir ceux qui reconnaissent le droit d’ignorer l’Etat en matière religieuse, mais le nient en matière civile.
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La substance de ce chapitre nous rappelle une fois de plus l’incompatibilité existant entre une loi parfaite et un Etat imparfait. La praticabilité du principe ici posé varie en raison directe avec la moralité sociale. Dans une communauté entièrement vicieuse, son administration engendrerait le désordre. Dans une communauté complètement vertueuse, son admission sera à la fois inoffensive et inévitable. Le progrès vers une condition de santé sociale – c’est-à-dire une condition où il n’y aura plus besoin de mesures curatives de la législation – est le progrès vers une condition où ces mesures curatives seront rejetées et où l’autorité qui les prescrit sera méprisée. Les deux changements seront nécessairement coordonnés. Ce sens moral dont la suprématie rendra la société harmonieuse et le gouvernement inutile est le même sens moral qui alors portera chaque homme à affirmer sa liberté, même au point d’ignorer l’Etat, – est le même sens moral qui, en détournant la majorité de contraindre la minorité, rendra finalement le gouvernement impossible. Et comme les manifestations simplement différentes d’un même sentiment doivent montrer constant de l’une à l’autre, la tendance à répudier les gouvernements augmentera seulement dans la même mesure où les gouvernants deviendront inutiles.
Que personne ne soit donc alarmé à la divulgation de la doctrine qui précède. De nombreux changements se succèderont encore avant qu’elle puisse commencer à exercer beaucoup d’influence. Un grand laps de temps s’écoulera probablement avant que le droit d’ignorer l’Etat soit généralement admis, même en théorie. Plus de temps encore se passera avant qu’il reçoive la reconnaissance législative. Et même alors, il y aura abondance de freins à son exercice prématuré. Une âpre épreuve instruira suffisamment ceux suffisamment ceux qui seraient susceptibles d’abandonner trop tôt la protection légale. Cependant, il y a dans la majorité des hommes un tel amour des arrangements établis et une si grande terreur des expériences que, vraisemblablement, ils s’abstiendront d’user de ce droit jusqu’à longtemps après qu’il sera sans danger de le faire.
Herbert Spencer
La Brochure Mensuelle, Numéro 10, Octobre 1923
Traduit de l’anglais par Manuel Devaldès
Les pages ci-après d’Herbert Spencer ont fait l’objet d’une brochure publiée par Freedom en 1913. Elles étaient précédées de cette déclaration du journal anarchiste anglais :
« Pour rendre justice à la mémoire d’Herbert Spencer, nous devons prévenir le lecteur du chapitre suivant de l’édition originale de Social Statics de Spencer, écrit en 1850, qu’il fut omis par l’auteur dans l’édition révisée publiée en 1892. Nous pouvons légitimement inférer de cette omission un changement de vues. Mais répudier n’est pas réfuter et Spencer n’a jamais réfuté ses arguments en faveur du droit d’ignorer l’Etat. C’est l’opinion des anarchistes qu’ils sont sans réplique. »
En donnant la première traduction française de ce chapitre oublié d’Herbert Spencer, qu’anime le plus pur souffle individualiste, nous nous associons complètement à la déclaration de nos camarades anglais.
Le Traducteur.
Le Droit d’Ignorer l’Etat
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Comme corollaire à la proposition que toutes les institutions doivent être subordonnées à la loi d’égale liberté, nous devons nécessairement admettre le droit du citoyen d’adopter volontairement la condition de hors-la-loi. Si chaque homme a la liberté de faire tout ce qu’il veut, pourvu qu’il n’enfreigne pas la liberté égale de quelque autre homme, alors il est libre de rompre tout rapport avec l’Etat, – de renoncer à sa protection et de refuser de payer pour son soutien. Il est évident qu’en agissant ainsi il n’empiète en aucune manière sur la liberté des autres, car son attitude est passive, et tant qu’elle reste telle il ne peut devenir un agresseur. Il est également évident qu’il ne peut être contraint de continuer à faire partie d’une communauté politique sans une violation de la loi morale, puisque la qualité de citoyen entraîne le paiement de taxes et que la saisie des biens d’un homme contre sa volonté est une infraction à ses droits. Le gouvernement étant simplement un agent employé en commun par un certain nombre d’individus pour leur assurer des avantages déterminés, la nature du rapport implique qu’il appartient à chacun de dire s’il veut ou non employer un tel agent. Si l’un d’entre eux décide d’ignorer cette confédération de sûreté mutuelle, il n’y a rien à dire, excepté qu’il perd tout droit à ses bons offices et s’expose au danger de mauvais traitement, – une chose qu’il lui est tout à fait loisible de faire s’il s’en accommode. Il ne peut être maintenu de force dans une combinaison politique sans une violation de la loi d’égale liberté ; il peut s’en retirer sans commettre aucune violation de ce genre ; et il a, par conséquent, le droit de se retirer ainsi.
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Nulle loi humaine n’est d’aucune validité si elle est contraire à la loi de la nature, et telles d’entre les lois humaines qui sont valides tirent toute leur force et toute leur autorité, médiatement ou immédiatement, de cet original. » Ainsi écrit Blackstone (Sir William Blackstone, (1723-1780), légiste, auteur de Commentaries on the Laws of England, Commentaires sur les Lois de l’Angleterre), dont c’est l’honneur d’avoir à ce point dépassé les idées de son temps, – et vraiment, nous pouvons dire de notre temps. Un bon antidote, cela, contre ces superstitions politiques qui prévalent si largement. Un bon frein au sentiment d’adoration du pouvoir qui nous égare encore en nous conduisant à exagérer les prérogatives des gouvernements constitutionnels , comme jadis celles des monarques. Que les hommes sachent qu’une puissance législative n’est pas « notre Dieu sur la terre », quoique par l’autorité qu’ils lui attribuent et par les choses qu’ils attendent d’elle, il semblerait qu’ils imaginassent ainsi. Mieux, qu’ils sachent que c’est une institution servant à des fins purement temporaires, et dont le pouvoir, quand il n’est pas volé, est, tout au moins, emprunté.
Qui plus est, en vérité, n’avons-nous pas vu que le gouvernement est essentiellement immoral ? N’est-il pas la postérité du mal, portant autour d’elle toutes les marques de son origine ? N’existe-t-il pas parce que le crime existe ? N’est-il pas fort, ou, comme nous disons, despotique, quand le crime est grand ? N’y a-t-il pas plus de liberté – c’est-à-dire moins de gouvernement – à mesure que le crime diminue ? Et le gouvernement ne doit-il pas cesser quand le crime cesse, par le manque même d’objets sur lesquels accomplir sa fonction ? Non seulement le pouvoir des maîtres existe à cause du mal, mais il existe par le mal. La violence est employée pour le maintenir et toute violence entraîne criminalité. Soldats, policiers et geôliers, épées, bâtons et chaînes sont des instruments pour infliger de la peine, et toute infliction de peine est, par essence, injuste. L’Etat emploie les armes du mal pour subjuguer le mal et est contaminé également par les objets sur lesquels il agit et par les moyens à l’aide desquels il opère. La moralité ne peut le reconnaître, car la moralité, étant simplement une expression de la loi parfaite, ne peut donner nul appui à aucune chose croissant hors de cette loi et ne subsistant que par les violations qu’elle en fait. C’est pourquoi l’autorité législative ne peut jamais être morale, – doit toujours être seulement conventionnelle.
Il y a, pour cette raison, une certaine inconséquence dans l’essai de déterminer la position, la structure et la conduite justes d’un gouvernement par appel aux premiers principes de l’équité. Car, comme il vient d’être démontré, les actes d’une institution qui est imparfaite, à la fois par nature et par origine, ne peuvent être faits pour s’accorder avec la loi parfaite. Tout ce que nous pouvons faire est d’établir : premièrement, dans quelle attitude une puissance législative doit demeurer à l’égard de la communauté pour éviter d’être, par sa seule existence, l’injustice personnifiée ; deuxièmement, de quelle manière elle doit être constituée afin de se montrer le moins possible en opposition avec la loi morale ; et troisièmement, à quelle sphère ses actions doivent être limitées pour l’empêcher de multiplier ces violations de l’équité pour la prévention desquelles elle est instituée.
La première condition à laquelle on doit se conformer avant qu’une puissance législative puisse être établie sans violer la loi d’égale liberté est la reconnaissance du droit maintenant en discussion, – le droit d’ignorer l’Etat.
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Les partisans du pur despotisme peuvent parfaitement s’imaginer que le contrôle de l’Etat doit être illimité et inconditionnel. Ceux qui affirment que les hommes sont faits pour les gouvernements et non les gouvernements pour les hommes sont qualifiés pour soutenir logiquement que nul ne peut se placer au-delà des bornes de l’organisation politique. Mais ceux qui soutiennent que le peuple est la seule source légitime de pouvoir, – que l’autorité législative n’est pas originale, mais déléguée, – ceux-là ne sauraient nier le droit d’ignorer l’Etat sans s’enfermer dans une absurdité.
Car, si l’autorité législative est déléguée, il s’ensuit que ceux de qui elle procède sont les maîtres de ceux à qui elle est conférée ; il s’ensuit, en outre, que comme maîtres ils confèrent ladite autorité volontairement ; et cela implique qu’ils peuvent la donner ou la retenir comme il leur plaît. Qualifier de délégué ce qui est arraché au hommes, qu’ils le veulent ou non, est une absurdité. Mais ce qui est vrai ici de tous collectivement est également vrai de chacun en particulier. De même qu’un gouvernement ne peut justement agir pour le peuple que lorsqu’il y est autorisé par lui, de même il ne peut justement agir pour l’individu que lorsqu’il y est autorisé par lui. Si A, B, et C délibèrent, s’ils doivent employer un agent à l’effet d’accomplir pour eux un certain service, et si, tandis que A et B conviennent de le faire, C est d’un avis contraire, C ne peut être équitablement considéré comme partie de la convention en dépit de lui-même. Et cela doit être également vrai de trente comme de trois ; et si de trente, pourquoi pas de trois cents, ou trois mille, ou trois millions ?
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Des superstitions politiques auxquelles il a été fait allusion précédemment, aucune n’est aussi universellement répandue que l’idée selon laquelle les majorités seraient toutes-puissantes. Sous l’impression que le maintien de l’ordre exigera toujours que le pouvoir soit dans la main de quelque parti, le sens moral de notre temps juge qu’un tel pouvoir ne peut être convenablement conféré à personne sinon à la plus grande moitié de la société. Il interprète littéralement le dicton : « La voix du peuple es la vois de Dieu » et, transférant à l’un la sainteté attachée à l’autre, il conclut que la volonté du peuple – c’est-à-dire de la majorité – est sans appel. Cependant, cette croyance est entièrement fausse.
Supposez un instant que, frappée de quelque panique malthusienne, une puissance législative représentant dûment l’opinion publique projetât d’ordonner que tous les enfants à naître durant les dix années futures soient noyés. Personne pense-t-il qu’un tel acte législatif serait défendable ? Sinon, il y a évidemment une limite au pouvoir d’une majorité. Supposez encore que de deux races vivant ensemble – Celtes et Saxons par exemple, – la plus nombreuse décidât de faire des individus de l’autre race ses esclaves. L’autorité du plus grand nombre, en un tel cas, serait-elle valide ? Sinon, il y a quelque chose à quoi son autorité doit être subordonnée. Supposez, une fois encore, que tous les hommes ayant un revenu annuel de moins de 50 livres sterling résolussent de réduire à ce chiffre tous les revenus qui le dépassent et d’affecter l’excédent à des usages publics. Leur résolution pourrait-elle être justifiée ? Sinon, il doit être une troisième fois reconnu qu’il est une loi à laquelle la voix populaire doit déférer. Qu’est-ce donc que cette loi, sinon la loi de pure équité, – la loi d’égale liberté ? Ces limitations, que tous voudraient mettre à la volonté de la majorité, sont exactement les limitations fixées par cette loi. Nous nions le droit d’une majorité d’assassiner, d’asservir ou de voler, simplement parce que l’assistanat, l’asservissement et le vol sont des violations de cette loi, – violations trop flagrantes pour être négligées. Mais si de grandes violations de cette loi sont iniques, de plus petites le sont aussi. Si la volonté du grand nombre ne peut annuler le premier principe de moralité en ces cas-là, non plus elle ne le peut en aucun autre. De sorte que, quelque insignifiante que soit la minorité et minime la transgression de ses droits qu’on se propose d’accomplir, aucune transgression de se genre ne peut être permise.
Quand nous aurons rendu notre constitution purement démocratique, pense en lui-même l’ardent réformateur, nous aurons mis le gouvernement en harmonie avec la justice absolue. Une telle foi, quoique peut-être nécessaire pour l’époque, est très erronée. En aucune manière, la coercition ne peut être rendue équitable. La forme de gouvernement la plus libre n’est que celle qui soulève le moins d’objections. La domination du grand nombre par le petit nombre, nous l’appelons tyrannie : la domination du petit nombre par le grand nombre est tyrannie aussi, mais d’une nature moins intense. « Vous ferez comme nous voulons, et non comme vous voulez » est la déclaration faite dans l’un et l’autre cas ; et si cent individus la font à quatre-vingt-dix-neuf, au lieu des quatre-vingt-dix-neuf aux cent, c’est seulement d’une fraction moins immoral. De deux semblables partis, celui, quel qu’il soit, qui fait cette déclaration et en impose l’accomplissement, viole nécessairement la loi d’égale liberté, la seule différence étant que par l’un elle est violée dans la personne de quatre-vingt-dix-neuf individus, tandis que par l’autre elle est violée dans la personne de cent. Et le mérite de la forme démocratique du gouvernement consiste uniquement en ceci, – qu’elle offense le plus petit nombre.
L’existence même de majorités et de minorités est l’indice d’un état immoral. Nous avons vu que l’homme dont le caractère s’harmonise avec la loi morale peut obtenir le bonheur complet sans amoindrir le bonheur de ses semblables. Mais l’établissement d’arrangements publics par le vote implique une société composée d’hommes autrement constitués, – implique que les désirs de certains ne peuvent être satisfaits sans sacrifier les désirs des autres, – implique que dans la poursuite de son bonheur la majorité inflige une certaine somme de malheurs à la minorité, – implique, par conséquent, l’immoralité organique. Ainsi, à un autre point de vue, nous découvrons de nouveau que même dans sa forme la plus équitable il est impossible au gouvernement de se dissocier du mal ; et, en outre, que, à moins que le droit d’ignorer l’Etat ne soit reconnu, ses actes doivent être essentiellement criminels.
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Qu’un homme est libre de renoncer aux bénéfices de la qualité de citoyen e d’en rejeter les charges peut, en vérité, être inféré des admissions d’autorités existantes et de l’opinion actuelle. Quoique probablement non préparés à une doctrine aussi avancée que celle ici soutenue, les radicaux d’aujourd’hui, encore qu’à leur insu, professent leur foi en une maxime qui donne manifestement un corps à cette doctrine. Ne les entendons-nous pas continuellement citer l’assertion de Blackstone selon laquelle « Nul sujet anglais ne peut être contraint à payer des aides ou des taxes, même pour la défense du royaume ou le soutien du gouvernement, sauf celles qui lui sont imposées par son propre consentement ou par celui de son représentant au Parlement » ? Et qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie, disent-ils, que tout homme devrait posséder le droit de vote. Sans aucun doute ; mais cela signifie bien davantage. S’il y a quelque sens dans les mots, c’est une énonciation précise du droit même pour lequel nous combattons à présent. En affirmant qu’un homme ne peut être taxé à moins qu’il n’ait, directement ou indirectement, donné son consentement, on affirme aussi qu’il peut refuser d’être taxé ; et refuser d’être taxé, c’est rompre toute connexion avec l’Etat. On dira peut-être que ce consentement n’est pas spécifique, mais général, et que le citoyen est sous-entendu avoir acquiescé à toute chose que son représentant puisse faire, quand il vota pour lui. Mais supposez qu’il n’ait pas voté pour lui et qu’au contraire il ait fait tout en son pouvoir pour élire quelqu’un soutenant des idées opposées – quoi alors ? La réplique sera probablement qu’en prenant part à une semblable élection, il convenait tacitement de s’en tenir à la décisions de la majorité. Et comment s’il n’a pas voté du tout ? Mais alors, il ne peut à bon droit se plaindre d’aucune taxe, puisqu’il n’éleva aucune protestation contre son imposition ! Ainsi, assez curieusement, il paraît qu’il donnait son consentement de quelque manière qu’il agît, – soit qu’il dît : « Oui », qu’il dît : « Non » ou qu’il restât neutre ! Une doctrine plutôt embarrassante, celle-là ! Voilà un infortuné citoyen à qui il est demandé s’il veut payer pour un certain avantage proposé ; et, qu’il emploie le seul moyen d’exprimer son refus ou qu’il ne l’emploie pas, il nous est fait savoir que pratiquement il y consent, si seulement le nombre des autres qui y consentent est plus grand que le nombre de ceux qui s’y refusent. Et ainsi nous sommes amenés à l’étrange principe que le consentement de A à une chose n’est pas déterminé par ce que A dit, mais parce que B peut arriver à dire !
C’est à ceux qui citent Balckstone de choisir entre cette absurdité et la doctrine exposée plus haut. Ou sa maxime implique le droit d’ignorer l’Etat, ou elle est pure sottise.
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Il y a une singulière hétérogénéité dans nos fois politiques. Des systèmes qui furent à la mode et ça et là commencent à laisser passer le jour sont rapiécés de fond en comble avec des idées modernes dissemblables en qualité et en couleur ; et les hommes, gravement, déploient ces systèmes, s’en revêtent et se promènent en paradant à la ronde, tout à fait inconscients de leur grotesque. Notre présent état de transition, participant comme il le fait, également du passé et du futur, donne naissance à des théories hybrides où ce manifeste l’assemblage le plus disparate du despotisme passé et de la liberté future. Voici des types de l’ancienne organisation curieusement déguisés sous les germes de la nouvelle – des particularités montrant l’adaptation à un état antécédent modifié par des rudiments qui prophétisent quelque chose à venir – faisant tous ensemble si chaotique de parentés que rien n’indique à quelle classe ces enfants du siècle devraient être rattachés.
Comme les idées doivent nécessairement porter l’empreinte du temps, il est inutile de déplorer le contentement avec lequel ces absurdes croyances sont soutenues. D’ailleurs, il semblerait regrettable que les hommes ne continuassent pas jusqu’à la fin les enchaînements de raisonnements qui ont mené à ces modifications partielles. Dans le cas présent, par exemple, la logique les forcerait à admettre que, sur d’autres points à côté de celui qui vient d’être examiné, ils soutiennent des opinions et emploient des arguments dans lesquels le droit d’ignorer l’Etat est contenu.
Car, quelle est la signification du non-conformisme ? Il fut un temps où la foi religieuse d’un homme et son mode de culte étaient déterminables par la loi à l’égal de ses actes séculiers ; et, conformément à certaines dispositions existant dans nos lois, il en est encore ainsi. Cependant, grâce à la croissance d’un esprit protestant, nous sommes parvenus à ignorer l’Etat en cette matière, – entièrement en théorie, et partiellement en pratique. Mais de quelle manière ? En adoptant une attitude qui, pourvu qu’elle soit maintenue en conformité avec son principe, implique un droit d’ignorer l’Etat entièrement. Observez l’attitude des deux partis. « Ceci est votre credo », dit le législateur, « vous devez croire et professer ouvertement ce qui est fixé ici pour vous ». – « Je ne ferai rien de la sorte », répond le non-conformiste, « j’irai plutôt en prison ». – « Vos actes religieux », poursuit le législateur, « seront tels que nous les avons prescrits. Vous irez aux églises que nous avons fondées et vous adopterez les cérémonies qui y sont célébrées ». – « Rien ne m’induira à faire ainsi », est la réplique ; « je nie absolument votre pouvoir de me dicter quoi que ce soit en pareille matière et me propose de résister jusqu’à la dernière extrémité ». – « Enfin », ajoute le législateur, « nous vous requerrons de payer de telles sommes d’argent que nous pourrons juger à propos de demander pour le soutien de ces institutions religieuses ». – « Vous ne tirerez pas un liard de moi », se récrie notre obstiné indépendant ; « même si je croyais dans les dogmes de votre Eglise (ce que je ne fais pas), je me rebellerais encore contre votre intervention , et si vous prenez ce que je possède, ce sera par la force et malgré ma protestation ».
Or, à quoi se réduit cette manière d’agir quand elle est considérée dans l’abstrait ? Elle se réduit à une affirmation par l’individu du droit d’exercer une de ses facultés – le sentiment religieux – en toute liberté et sans aucune limite autre que celle assignées par le droit égale d’autrui. Et que signifie l’expression : « Ignorer l’Etat » ? Simplement une affirmation du droit d’exercer de la même manières toutes les facultés. L’un est exactement une continuation de l’autre , – repose sur le même fondement que l’autre , – doit tenir ou tomber avec l’autre. De bonne foi, les hommes parlent de liberté civile et de liberté religieuse comme de choses différentes ; mais la distinction est tout à fait arbitraire. Elles sont parties d’un même tout et philosophiquement ne peuvent être séparées.
« Si, elles le peuvent », interpose un objecteur ; « L’affirmation de l’une est impérative comme étant un devoir religieux. La liberté d’honorer Dieu de la manière qui lui semble convenable est une liberté sans laquelle un homme ne peut accomplir ce qu’il croît être des commandements divins, et en conséquence sa conscience exige de lui qu’il l’a défende. » Fort bien ; mais comment si la même chose peut être affirmée de toute autre liberté ? Comment si la défense de celle-ci se transforme aussi en une matière de conscience ? N’avons-nous pas vu que le bonheur humain est la volonté divine, – que ce bonheur ne peut être obtenu que par l’exercice de nos facultés – et qu’il est impossible de les exercer sans la liberté ? Et si cette liberté pour l’exercice des facultés est une condition sans laquelle la volonté divine ne peut être accomplie, sa défense est, suivant la propre démonstration de notre objecteur, un devoir. En d’autres termes, il est manifeste, non seulement que la défense de la liberté d’action peut être un point de conscience, mais encore qu’elle doit en être un. Et ainsi nous voyons clairement que le droit d’ignorer l’Etat en matière religieuse et le droit d’ignorer l’Etat en matière séculière sont par essence identiques.
L’autre raison communément assignée à la non-conformité admet un traitement similaire. Outre qu’il résiste à la prescription de l’Etat par principe, le dissident y résiste par désapprobation de la doctrine enseignée. Aucune injonction législative ne lui fera adopter ce qu’il considère comme une croyance fausse ; et, se souvenant de son devoir envers ses semblables, il refuse d’aider, au moyen de sa bourse, à disséminer cette croyance fausse. L’attitude est parfaitement compréhensible. Mais c’est une attitude qui, ou conduit aussi ses adhérents à la non-conformité civile, ou les laisse dans un dilemme. Car pourquoi refusent-ils de contribuer à propager l’erreur ? Parce que l’erreur est contraire au bonheur humain. Et pour quel motif désapprouve-t-on une partie quelconque de la législation civile ? Pour la même raison, – parce qu’on la juge contraire au bonheur humain. Comment alors pourrait-il être démontré qu’on doit résister à l’Etat dans un cas et non dans l’autre ? Personne affirmera-t-il délibérément que, si un gouvernement nous demande de l’argent pour aider à enseigner ce que nous pensons devoir produire le mal , nous devons le lui refuser, mais que, si l’argent est destiné à faire ce que nous pensons devoir produire le mal, nous ne devons pas lui refuser ? Telle est, cependant, l’encourageante proposition qu’ont à soutenir ceux qui reconnaissent le droit d’ignorer l’Etat en matière religieuse, mais le nient en matière civile.
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La substance de ce chapitre nous rappelle une fois de plus l’incompatibilité existant entre une loi parfaite et un Etat imparfait. La praticabilité du principe ici posé varie en raison directe avec la moralité sociale. Dans une communauté entièrement vicieuse, son administration engendrerait le désordre. Dans une communauté complètement vertueuse, son admission sera à la fois inoffensive et inévitable. Le progrès vers une condition de santé sociale – c’est-à-dire une condition où il n’y aura plus besoin de mesures curatives de la législation – est le progrès vers une condition où ces mesures curatives seront rejetées et où l’autorité qui les prescrit sera méprisée. Les deux changements seront nécessairement coordonnés. Ce sens moral dont la suprématie rendra la société harmonieuse et le gouvernement inutile est le même sens moral qui alors portera chaque homme à affirmer sa liberté, même au point d’ignorer l’Etat, – est le même sens moral qui, en détournant la majorité de contraindre la minorité, rendra finalement le gouvernement impossible. Et comme les manifestations simplement différentes d’un même sentiment doivent montrer constant de l’une à l’autre, la tendance à répudier les gouvernements augmentera seulement dans la même mesure où les gouvernants deviendront inutiles.
Que personne ne soit donc alarmé à la divulgation de la doctrine qui précède. De nombreux changements se succèderont encore avant qu’elle puisse commencer à exercer beaucoup d’influence. Un grand laps de temps s’écoulera probablement avant que le droit d’ignorer l’Etat soit généralement admis, même en théorie. Plus de temps encore se passera avant qu’il reçoive la reconnaissance législative. Et même alors, il y aura abondance de freins à son exercice prématuré. Une âpre épreuve instruira suffisamment ceux suffisamment ceux qui seraient susceptibles d’abandonner trop tôt la protection légale. Cependant, il y a dans la majorité des hommes un tel amour des arrangements établis et une si grande terreur des expériences que, vraisemblablement, ils s’abstiendront d’user de ce droit jusqu’à longtemps après qu’il sera sans danger de le faire.
Herbert Spencer
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