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Tuesday, January 9, 2018

Démocratie, Crime contre l’Humanité ?

Une discussion récente sur le Net me proposait d’envisager le « djihad » comme crime contre l’humanité, selon une idée similaire à ce qui a donné ce terme à l’apartheid et divers génocides. Peu importe qu’il s’agisse du djihad ou d’autre chose, c’est l’idée même de « Crime contre l’Humanité » (CCH) que je souhaite aborder ici, sous un angle libéral bien sûr. Je finirai en proposant un crime bien pire, si ce concept liberticide devait vraiment être retenu durablement par les lois des juristes.

Il y a deux aspects clés derrière un concept de CCH tel celui qui pourrait être donné à un phénomène comme le « djihad », ou l’apartheid de même, d’ailleurs. Le premier, le plus évident, porte sur l’ampleur du drame et des conséquences, que ce soit par l’horreur des motifs, l’horreur des faits, le nombre des victimes ou l’aveuglement arbitraire et sauvage aboutissant à leur choix. Le second est moins immédiat, il porte sur la collectivisation a priori des coupables, c’est-à-dire que le coupable peut être un phénomène de société plus ou moins de circonstance qui globalise l’ensemble des meurtriers impliqués comme acteurs de l’horreur. C’est bien ce qui se passe quand on parle des nazis ayant tenté de rayer du monde les juifs et que la Shoah est considérée comme le produit d’un CCH.

A cet égard, Hannah Arendt est célèbre pour avoir suivi et commenté le procès d’Adolf Eichmann, celui qui mena la fameuse « solution finale » d’extermination des juifs. Celui-ci avançait pour se défendre qu’il n’avait fait qu’obéir aux ordres, et H.Arendt est connue pour avoir insisté sur le caractère universellement irrecevable d’un tel argument : en toutes circonstances, l’individu reste responsable de ses actes, le soldat comme tout autre, et le participant à un génocide tout pareil. La globalisation d’un crime, fût-il « contre l’humanité », n’est donc pas recevable pour le libéral. Chacun doit pouvoir dire « non » et par l’absence du refus à commettre l’horreur porter une responsabilité.

Passons donc justement aux conséquences, à l’horreur, à la multitude des crimes élémentaires, que beaucoup voient comme justifiant pleinement le statut juridique exceptionnel. Je pense qu’il faut poser la réflexion en deux temps. Le traitement des cas d’espèce qui hélas existent, et le cas général vu par le libéral. Le cas d’espèce, c’est Eichmann et ses homologues, et la question de leur peine, qui clairement ne peut jamais être en proportion du mal fait, principe de base de la justice libérale. Il me semble que c’est aux familles des victimes de proposer la peine, mais peu importe. Je crois en effet que ce n’est pas vraiment important, même s’il faut être extrêmement sévère avec ces fous.

Pourquoi pas vraiment important ? Comment peut-on oser dire cela quand tant de victimes ont subi l’horreur ? Parce que ce qui importe à mon sens, c’est d’ouvrir les yeux sur la vraie nature du cas général. Justement, prenant le recul qui manque trop souvent, Christian Michel, immense auteur libertarien contemporain, nous fait remarquer dans son livre Vivre Ensemble que : « L’Etat est l’instrument qui permet le contrôle et l’exploitation des masses. Sans appareil d’Etat, l’exploitation économique d’êtres humains à grande échelle serait tout simplement impossible. »

Même si Christian fit ce rappel en réponse à l’argument socialiste éculé de la pseudo exploitation dont le capitalisme se rendrait coupable, c’est sa première phrase que je retiens ici pour faire toucher du doigt qu’un génocide, un apartheid ou un djihad, même un djihad, ce sont en fait des crimes étatiques, en ampleur comme en organisation : seul un état peut les commettre, jamais un ou même des individus une fois qu’on les projette au sein d’une société libre, donc libérée de tout appareil d’état. Poser la question du traitement libéral du CCH dans sa généralité est donc en réalité sans fondement ni objet.

Enfin, il faut je crois savoir mettre le doigt sur l’ironie abominable des tribunaux créés à ce titre. On a affaire à un crime de nature étatique, et les états trouvent le culot de monter un, et même plusieurs machins à l’indépendance très relative et compliquée pour juger lesdits crimes – avec des peines dont on se sait pas bien qui doit les exécuter et assurer de la bonne exécution. Au lieu d’être un exemple de limite de la justice libérale, c’est en réalité un exemple magnifique de l’impossibilité de toute forme de justice étatique, autre que d’apparat s’entend, par impossibilité d’indépendance.

Pour terminer, si on doit vraiment garder le concept de CCH et ses tribunaux, je verrais bien un crime bien plus meurtrier que le « djihad » ou même que le nazisme qui devrait mériter cette appellation : la démocratie représentative. Vous ne me croyez pas ? Faites donc le calcul du nombre total de morts pendant le XXe siècle qui sont le fait de régimes qualifiés de démocratiques, et on en reparle.

Saturday, January 6, 2018

Il n’y a pas d’exception culturelle

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

La culture, une « exception française ». En affirmant cela, « on » ne nous dit pas vraiment tout. En France, la culture serait un domaine relevant du politique. Lequel se doit d’y déverser l’argent du contribuable, incapable d’apprécier ce qu’est la vraie culture. Et rien n’est jamais trop beau pour ce qui se voit. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que cette dépense est un profond gaspillage inefficace.

Le magazine du Conseil général de Haute-Garonne (numéro 124) (ça existe) nous annonce ainsi le dernier gouffre en date : l’ouverture de la médiathèque du CG31 à Labège. Présentée comme un « trésor culturel pour nos bibliothèques » et une « inépuisable source de rêve et de connaissance », elle est dotée de plus de 600 000 documents, mais n’est pas accessible au public, puisque censée fournir en contenu les seules 152 bibliothèques du département, ainsi que 5 bibliobus itinérants.

Rappelons-nous qu’il y a quelques années, c’est Toulouse qui avait inauguré l’immense médiathèque enjambant désormais la place Marengo, dans le dos de Pierre-Paul Riquet. Depuis d’autres ont fleuri aussi à Empalot, à Labège-Village, à Tournefeuille… Bref, les médiathèques sont à la mode. On en fait les champions de la culture comme d’autres font la culture des champignons, sortant en une nuit.

Sous prétexte d’accès à la culture pour tous, cette énorme vague de pseudo « investissements » illustre en fait le scandale des gaspillages de notre système « public » faussement généreux.

Arrêtons-nous sur l’objet principal d’une médiathèque : la lecture. Une étude récente établit que le titre le plus souvent sorti des bibliothèques est le Journal de Mickey ! Belle preuve d’efficacité de ces institutions à transmettre la culture française aux nouvelles générations, non ? Plus sérieusement, alors que la soi-disant Education nationale n’a jamais été aussi incapable d’apprendre à lire à nos enfants, peut-on nous faire croire que les médiathèques vont leur faire aimer Molière et Voltaire ?

A l’heure d’Internet, ces moyens sont complètement dépassés. Les jeunes de tous profils, qu’ils soient « défavorisés » ou pas, ont tous ou presque un accès illimité à la culture à tout instant, sans avoir à se déplacer, via ordinateurs ou téléphones portables. S’ils veulent lire Hugo, Rabelais, mais aussi Poe ou Nietzsche, ils n’auront aucun problème à trouver les grands textes de ces auteurs sur le Net, sans besoin de se transformer en rats de bibliothèque. Alors, à qui servent ces médiathèques ?

De plus, le pouvoir schizophrène crée l’Hadopi pour limiter le piratage, mais ne craint pas de donner accès à des milliers de CD ou DVD qui seront tous allègrement copiés. L’incohérence des politiques n’a hélas pas de limites. Sans oublier que ces « dinosaures culturels » occupent des fonctionnaires territoriaux, dont – selon le magazine – pas moins de 250 ont été formés l’année passée, rien que sur le département 31. Pour quels résultats ? Ah ben si, suis-je sot, pour créer de l’emploi inutile.

Sans même aller contester comment les nombreux titres ont pu être choisis, on comprend bien que l’objectif de donner accès à la culture pour quelques minorités que ce soit ne saurait être à la hauteur des montants prétendument « investis » et de leur coût de fonctionnement. Car dans ce cas, il serait légitime de demander combien la « majorité » a reçu en proportion dans ce domaine.

Il y a quelques années, quand tous ces chantiers furent décidés, la grande angoisse des élus avait pour nom la « fracture numérique ». On craignait que les « minorités défavorisées » ne puissent profiter des mêmes accès à Internet que les nantis. Et d’enfanter ce réseau de médiathèques inutiles et déjà mort-nées. Car la bureaucratie qui décide trop tard met en plus un temps infini à livrer.

Une fois de plus, l’exception culturelle, comme tout fruit de l’interventionnisme politique, se révèle un fiasco. Entre-temps, le laissez-faire capitaliste, lui, a fait son travail ordinaire : sans bruit, il a rendu la culture accessible partout et pour tous, pour presque rien, sans gaspillage ni tyrannie. Charge aux incultes de la découvrir par ces fabuleux moyens, à condition qu’ils en aient l’envie…

Monday, January 1, 2018

Pas assez riche, la pâtisserie française ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Nous voilà donc entrés en 2013, l’année au nombre porte-bonheur – ou malheur, nous verrons bien. Vus la crise et les premiers mois laborieux du nouveau gouvernement, nous pouvons hélas nous attendre économiquement à une année bien plus difficile. « Nous » ? Non, pas nous tous, je vous rassure. Pour certains, et pas forcément ceux auxquels on pense en premier, la crise n’existe pas.

Je parlerai économiquement de nos chers – très chers – élus. Leur galette n’a jamais été aussi beurrée et leur nombre va toujours croissant grâce au mille-feuille qu’ils entretiennent grassement, malgré les nouvelles technologies qui auraient dû simplifier et réduire les coûts de l’administration. Non, pour eux la crème déborde pendant que pour « nous », les miettes se font de plus en plus rares.

Car il convient de rappeler quelques chiffres, facilement vérifiables. Nous avons la chance unique de financer 577 députés et 343 sénateurs (par comparaison, les USA – plus de 300 millions d’habitants – sont maigres de 535 députés et 100 sénateurs !). Une vie d’impôts de G.Depardieu ne suffit pas pour payer un an de leurs indemnités. N’est-il pas extraordinaire de financer avec largesse ces gens qui ne rêvent que de nous imposer toujours plus, croquant dans notre part de gâteau déjà bien entamé ?

Mais les parlementaires ne sont que la couche sucrée du mille-feuille. Il y a ensuite l’état et sa pièce montée d’une multitude d’agences opaques débordantes de gras. Puis toute la cascade chocolatée de collectivités aux objectifs incertains, mais qui toujours croquent leurs financiers en ces temps pourtant difficiles. Pas moins de 2 040 conseillers régionaux et 4 042 conseillers généraux. Oublions les 78 députés européens, qui ne sont qu’une fine tranche caramélisée à côté de la pâte épaisse que constituent les 519 417 conseillers municipaux et 36 635 maires. En 2007, nos impôts ont ainsi sucré les élus communaux pour plus d’un milliard d’euros. Et l’indi(gente)gestion est pour nous, bien sûr.

La création bureaucratique est enfin spécialement expressive via le florilège de communautés intercommunales et de syndicats– avec leur propre galette bien sûr – aux besoins les plus obscurs : plus de 36 000, soit près de 40% des communes en Europe, là où l’Allemagne n’en a que 12 196.

Ces chiffres sont à ramener à deux autres. Tout d’abord, selon l’INSEE, au 1er janvier 2011, notre pays comptait 65 027 000 habitants. On possède aujourd’hui en France, environ un mandat électoral pour 108 habitants. Si la démocratie se mesurait à l’aune du nombre d’élus, notre pays serait un modèle universel aussi apprécié que la pâtisserie française ! Un autre chiffre, plus inquiétant encore, celui du budget de l’état : pour 2013, le total des recettes est à 312 milliards d’euros, à comparer à 1,5 milliard environ de coûts des élus. La gabegie colossale de l’indemnisation des élus inutiles mais bien nourris ne serait donc que la cerise sur le gâteau : 0,5% du budget ! Mille feuilles dans la poche.

Notre pays possède ainsi le mille-feuille le plus épais du monde assurant une galette dorée au plus grand nombre d’élus et à une bureaucratie à l’utilité douteuse. Comptons les couches : Europe, Etat, régions, départements, communautés de communes, communes, syndicats, agences : voilà bien un machin dont nous n’avons aucune raison d’être fiers vu ses résultats tant économiques que sociaux.

En fait, la France a recréé l’organisation féodale que la révolution avait balayée : si la noblesse est maintenant élue et le clergé s’est transformé en administration, le tiers Etat est resté le larbin qui se doit d’alimenter les deux autres tiers, et qui malgré la « grande bouffe », ne sont jamais rassasiés.

L’état protecteur des droits est devenu l’état spoliateur avide d’argent qui n’a de cesse de presser comme des citrons les citoyens qui n’en peuvent plus : le gâteau sucré a pris un goût d’amertume !

Friday, December 22, 2017

Le tri des ordures, le cri de l’usager

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Depuis que l’écolo-mania est mode, communes et communautés de communes y vont de leur action pour donner l’impression de sauver la planète au nom du pseudo réchauffement climatique. Le traitement des ordures ménagères n’y échappe pas. Chaque maison se voit ainsi attribuée des poubelles à roulettes et couvercles de couleur constituant le summum de la bonne gestion des ordures et déchets ménagers. Summum ou monopole ? Réponse plus que tentante.

Avant les poubelles « smarties », vues les couleurs et le choc aux las, le système, certes loin d’être parfait, avait au moins l’avantage d’être simple, reposant sur des responsabilités claires. Chaque foyer sortait sa poubelle unique chaque soir, payant une taxe pour un service clair. Sa valeur venait de sa simplicité : pas besoin de réfléchir, la gestion des ordures était assurée par la municipalité. Puis la poubelle unique « Pac-man » est arrivée, ce qui sembla un progrès à beaucoup : une poubelle fournie, avec transfert hermétique des ordures. Puis avec le tri sélectif, les « Pac-man smarties » ont débarqué. Et là, nous avons basculé dans le scandale délirant, le Pac-man s’est retourné contre nous.

Tout d’abord, pas de choix possible. Ceux qui préféraient conserver le service antérieur ne se sont pas vus proposés cette option, même quitte à payer plus. Ensuite, l’écologiste exigeant d’optimiser le recyclage, le tri sélectif est passé à la charge du citoyen, sans qu’on nous explique pourquoi il n’y aurait pas de solution issue de l’innovation infinie des entreprises – car les indus trient, elles. Et bien que l’action de tri corresponde à la fourniture d’un savoir-faire mis à disposition, rien n’était prévu pour dédommager le citoyen de sa nouvelle charge d’extraction et de « valorisation ». Au contraire, des velléités choquantes se font jour pour taxer chaque foyer au poids de déchets aléatoire produits.

Sachant que la collecte est passée à un seul passage par semaine pour chaque poubelle, soit 2 à 3 passages par semaine, croyez-vous que les taxes aient baissé pour autant ? Sous le prétexte du financement des poubelles, ce qui n’est pas un service public gravé dans la constitution, l’adaptation des camions éboueurs, des usines de traitement, les taxes « ménagères » ont subi une hausse sensible. De plus, il y a peu, sur certaines communes de la région, la fréquence a encore été réduite à deux maigres passages par mois. Certains y voient un progrès, car cela réduirait la pollution due aux échappements des camions, mal choisis. Pour compenser, on a distribué de nouvelles poubelles, de capacité double. Et devinez quoi ? Les taxes continuent de flamber, et nous continuons de trier.

L’écologiste « normal », s’arrêtant de lire ici, se dit sans doute que ce discours égoïste justifie pleinement d’imposer le tri des ordures par « smarties ». Il n’aura alors pas su voir les questions de société soulevées par cette anecdote. La première tient au rôle des pouvoirs publics, qui n’est pas d’imposer le tri sélectif, mais de garantir les conditions sociales pour que les citoyens trouvent par eux-mêmes des solutions aux problèmes qui les concernent vraiment, y compris les ordures. La seconde tient au processus démocratique, où le peuple est invariablement méprisé par la bureaucratie et les politiques. Car à aucun moment le citoyen n’a été consulté, par le vote ou par le marché, pour confirmer son accord à voir le service public, financé par lui, à ce point transformé.

Le plus amusant, c’est ce paradoxe où le processus de tri des déchets ménagers se trouve finalement lui-même plus polluant et moins « durable » que le bon vieux système de nos parents, tout en confirmant bien qu’en situation de monopole, qui plus est forcé, les prix ne peuvent que grimper.

Tuesday, December 12, 2017

Hôtels de département et de région

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)

Chaque fois qu’à Toulouse on longe la Garonne vers Empalot ou le Canal du Midi vers les Minimes, on peut admirer les chefs d’œuvre d’architecture administrative que sont les hôtels de département et de région. Surtout le bâtiment du conseil général dont les deux menhirs – obélisques ? – à l’entrée évoque la grandiloquence d’un Karnak dont le pharaon aurait plus d’ambition que de moyens…  De plus, ces deux ensembles n’en finissent pas de se voir agrandir. Il faut croire que la population qui les occupent connaît une démographie galopante. Avec l’argent des autres, il est facile de s’agrandir.

Bien des « économistes » nous diront que ces travaux de construction et d’agrandissement sont une source importante de croissance et de revenus pour les entrepreneurs locaux. C’est oublier que les fonds qui ont servi à payer ces entreprises ont au préalable été prélevés sur la population qui aurait pu en faire autre chose de plus utile. La croissance n’a donc pas été créée, elle a en fait été usurpée.

Les deux « hôtels » sont habités de fonctionnaires dont le nombre croît en gros avec la surface de bureaux. Il y a peut-être quelques contractuels ou stagiaires, mais ils restent payés avec nos impôts. Là encore, de prime abord on pourrait croire qu’il a croissance par création d’emplois, et c’est d’ailleurs ce qu’exprime le calcul du PIB de nos jours, puisqu’il intègre la « production » publique.

Mais en réalité il n’en est rien, bien au contraire. Par statut aucun fonctionnaire n’a jamais produit la moindre valeur et n’en produira jamais. Les cris que cette affirmation provoquera n’y changeront rien. Pour qu’il y ait valeur et donc richesse, il faudrait d’abord qu’il y ait commerce volontaire. On n’attache en effet de valeur qu’à ce qu’on est prêt à payer. Donc que chaque fonctionnaire produise des produits ou services qui soient spontanément demandés par les consommateurs. Qu’on me cite un seul service de ces collectivités pour lequel M.Dupont serait prêt à payer, spontanément.

On m’opposera que la région comme le conseil général produisent en réalité de nombreux produits et services et sont donc une forte source de richesse collective. Pour appuyer ces dires, leurs sites web vantent leur action dans les domaines du transport, de la culture, l’aménagement du territoire, l’enseignement, la formation et l’écologie. Mais quels services se cachent derrière la propagande ?

Des subventions, des « droits sociaux », des services publics. Les subventions perturbent l’économie, les « droits » perturbent la méritocratie, les deux redistribuent des sommes prélevées sur la richesse justement acquise. Les services publics sont les seuls candidats à une éventuelle valeur, mais qu’en est-il vraiment ? Prenons le cas simple des transports en commun. Seriez-vous prêt à payer le prix de ce qu’ils coûtent vraiment ? Si votre réponse est « non », alors il n’y a ni valeur ni source de richesse.

Mais revenons aux bâtisses. Elles occupent de vastes terrains en plein Toulouse, des terrains qui pourraient rapporter beaucoup sur le marché de l’immobilier. A l’heure de dettes nationale comme locales dignes des plus belles cavaleries financières, il pourrait être astucieux de revendre et libérer ces terrains pour aller vers des espaces moins nobles mais moins dispendieux pour la collectivité.

Rappelons qu’avant la décentralisation voulue par Gaston Deferre en 1982, il n’existait pas de région Midi-Pyrénées et que le conseil général de Haute-Garonne avait un champ d’action bien plus réduit. Cela n’avait pas semble-t-il empêché Toulouse d’être déjà une ville – bien plus – prospère. Depuis 30 ans, au moins la « décentralisation » aura-t-elle permis aux pharaons locaux d’exprimer leurs egos.

Monday, December 11, 2017

Subvention étatique des associations – Analyse critique – 1 : Principe et Répartition générale

Au titre de la « preuve » de sa « performance », Bercy publie désormais un « jaune budgétaire » qui fait état, mot bien choisi, de l’ensemble de subventions versées par les ministères à la foule des associations de tous ordres qui sont en situation plus ou moins avancée de dépendance financière.

Ce « Jaune » est pour le moins volumineux, puisqu’il est publié en 3 volumes austères et très factuels faisant respectivement 552, 761 et 1187 pages. Les deux premiers donnent le détail des montants versés par ministère à chaque association alors que le dernier fait le bilan pour chaque association.

Ce Jaune est extrêmement riche – autant que ces subventions nous appauvrissent – et mérite des analyses nombreuses. Il commence par nous informer que 17 ministères ont consacré la bagatelle de 2 057 430 760 euros pour financer 26 970 associations via quelques 82 « programmes » thématiques.

Nous reviendrons sur tout cela en détails. Pour le moment observons que parmi les 17 ministères, les trois seuls régaliens (Justice, Défense et Intérieur) ne représentent que 61,656 millions, soit 3% de la masse de ces dépenses. Autrement dit, 97% des sommes sont mobilisées sur des argumentaires qui ne sont même pas dans le domaine que beaucoup considèrent comme le cœur légitime de l’état.

Ces 17 ministères sont donc loin de dépenser de manière uniforme, et le graphique ci-dessous illustre la grande disparité des politiques de subvention entre eux, selon deux axes : en abscisses on trouve les montants globaux dépensés par ministère alors qu’en ordonnées figurent le nombre d’associations profitant de la manne ainsi versée. N’oublions pas de plus que ces chiffres et ce graphique ne rendent aucunement compte des sommes attribuées par les collectivités locales  on reste livides...


On y observe cinq zones qui jouent comme aux quatre coins de manière très marquée. On a vu les régaliens, ils sont avec les neuf autres les moins dépensiers dans le coin inférieur gauche. On constate que celui qui sort un peu du lot et tente d’exploser sa dépense est sans surprise le ministère de l’écologie et du « durable » des larbins. Ce sont toujours les choses les moins utiles mais qui font l’objet du plus de baratin et de propagande qui font les trous budgétaires, les « rouges » et « noirs » budgétaires. Et en effet, les cinq autres ministères qui se sont comme libérés et s’envolent vers les limites du schéma sont tous des domaines sans la moindre justification – autres que politiciennes.

Le plus timide, et c’est surprenant, est l’éducation et la recherche. On apprend ainsi que 200 millions viennent s’ajouter aux milliards jetés dans les abysses du fonctionnement de l’éducation nationale.

Plus proche de l’imaginaire commun, les 150 millions ventilés sur plus de 9 000 associations au titre de la jeunesse et du sport. Somme rondelette dont on pourrait imaginer qu’elles devraient provenir pour la plus large part des collectivités qui sont les plus proches de ces activités de la population.

En haut à droite, on constate que 450 millions tombent dans l’escarcelle de 11 mille entités au titre de la « culture », concept mou et flou qui permet de perfuser et de corrompre une foule avec en moyenne 41 mille euros par an, soit 3 400 par mois, de quoi faire le salaire d’une armée d’incultes.

Enfin, dans le coin du bas à droite, c’est-à-dire les sommes les plus importantes consacrées au plus petit nombre d’entités, 1 500 et 2 000 en gros, « l’agriculture » et le « travail », avec 285 mille et 230 mille euros en moyenne annuelle, donnent largement de quoi court-circuiter le marché et poser les bases de trafics en tous genres. La France est décidément le pays des délires jacobins en tous genres.

Voici donc un premier, rapide coup d’œil sur le scandale des subventions associatives. A suivre tout une série d’analyses plus ciblées et spécifiques sur les nombreux scandales qui s’y cachent…

Sunday, December 3, 2017

Honoraires : une source de maux ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Le gouvernement voudrait réduire les dépassements d’honoraires des médecins. Or, évoquer un « dépassement », c’est reconnaître un tarif fixe, car réglementé. Pourtant on parle d’honoraires pour les professions « libérales », supposées libres … de fixer leurs honoraires. La rhétorique de la bien-pensance diffuse encore un message totalement subversif, inverse de la finalité réelle, qui n’est que d’intervenir pour fausser l’économie et remettre tout ce qui est un peu « libre » sous contrôle.

Ainsi, une question mérite réflexion : les professions médicales, à l’origine réellement « libérales » et libres, sont-elles en train d’être fonctionnarisées, menant vers une étatisation de la santé ? Probable.

En effet, le politique, par le système de sécurité sociale, entend fixer la rémunération des professions médicales, estimant qu’un certain montant ne saurait être dépassé. Sans tenir compte des vastes différences de savoir-faire ou autres critères qui font que certains « libéraux » sont plus sollicités.

Or les bons économistes l’ont expliqué depuis longtemps : toute fixation des prix a des conséquences négatives, et bien sûr ce sera ici sur la qualité des soins. Ces professions, dont les spécialistes, ont des frais loin d’être en rapport avec le tarif fixé. Pour obtenir des revenus proches tout en finançant les derniers équipements, ils devront réduire la durée des consultations et en faire de plus nombreuses, pour espérer un même revenu sans être sanctionnés. Ils ont aussi le choix de partir à l’étranger, où la soviétisation par le tarif imposé n’est pas encore « en marche ». Les meilleurs ont déjà fait ce choix.

Le dépassement de tarif n’a pourtant aucun impact sur le déficit de la sécurité sociale, puisque le patient paye la différence. De quoi vient donc s’occuper le politicien ? Les citoyens ne sont-ils pas suffisamment adultes pour demander le prix d’une consultation ou d’une opération et savoir si ce supplément vaut la différence à leurs yeux ? Il faut croire que non : vite protégeons les infantiles !

Plus la sécurité sociale, depuis 1945, cherche à se mêler de ce qui ne la regarde pas, plus la qualité des soins et de la santé en France se dégrade et plus le déficit s’accroît. Le niveau de remboursement des soins des patients en proportion n’a jamais été aussi faible et les cotisations jamais aussi élevées. Mais personne ne remet en cause ce système mammouth né sous des auspices marxistes. La santé serait née comme un secteur échappant à la logique économique, il faut à tout prix qu’il en soit ainsi.

À vouloir réguler, à tenir en dépendance les professionnels de santé par tous types de subventions, la sécurité sociale à fait perdre son dynamisme au secteur, pourtant majeur pour une vie meilleure. Il y a urgence au contraire à stopper les multiples formes de fausse aide aux médecins – sédentarisation, télétransmission, installation, etc. – et à laisser les professionnels travailler comme leurs clients le souhaitent, par exemple le soir ou le dimanche s’ils estiment qu’ils rendent service à leurs patients.

A ce rythme, on pourra bientôt tous aller consulter des marabouts ou des sorciers, ce sera tout aussi efficace. Il ne suffit pas de dire l’évidence de la priorité de l’accès aux soins pour tous : il faut d’abord du réalisme. Si la loi du marché avait tort, alors pourquoi ne pas supprimer toute liberté tarifaire et imposer aux médecins un tarif unique et nul ? Car après tout, ce sont eux qui assurent notre santé, et comme la santé serait « un droit », ils devraient donc être gratuits. Utopie socialo-marxiste idiote.

Avec le contrôle des prix, l’Etat se soviétise et entraîne des déséquilibres et à terme la misère. Il faut cesser les réglementations iniques. Un fort vent de liberté doit souffler sur la santé en France si nous voulons retrouver rapidement un niveau d’excellence qui soit digne de notre devise de fraternité.

Friday, December 1, 2017

France : Prison fiscale ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Le cas de l’évadé fiscal « Gérard Depardieu » nous interpelle, au-delà de la pression fiscale, sur l’utilité de la dépense publique et du périmètre de l’Etat. Pour toutes les sensibilités politiques, la justification de l’impôt est devenue schizophrénique : oubliée la protection des droits naturels et imprescriptibles du citoyen. Notre pays a sombré dans une société collectiviste qui stigmatise la réussite et a institué le droit à la spoliation des richesses dûment créées. Le cas de l’acteur n’est pas unique : la France est bel et bien devenue une prison fiscale dont on est fier de s’évader pour aller vivre ailleurs de son talent. La France, symbole de privation des libertés économiques. Bravo !

Notre président normal a avoué ne pas comprendre pourquoi sa politique ne marche pas. Saluons sa « gauche » honnêteté. Comment espérer de bons résultats quand on ne comprend pas ce qu’on fait ? Le pire, c’est qu’il en va de même depuis la fin de la guerre de 45, date à laquelle la gauche socialiste et la droite gaulliste ont posé ensemble les bases d’une logique macroéconomique de solidarité par redistribution et inflation bafouant toutes les règles d’une économie saine. Cette logique est issue de la croyance conjointe en l’Etat-providence comme source durable du bonheur de chacun via un système incorporel jacobin posé comme vertueux : l’Etat bureaucratique centralisé.

L’économiste Frédéric Bastiat le dénonçait déjà en 1848 : avec l’interventionnisme, il y a ce qu’on voit, mais surtout ce qu’on ne voit pas. Coupons ainsi la tête à la providence : si l’Etat était source de richesses, les hommes politiques n’auraient pas besoin des impôts pour honorer leurs promesses électorales clientélistes. Pour « redistribuer » la richesse, si tant est que cela soit justifié, il faut que celle-ci préexiste. Or le politicien français aime à dépenser de l’argent qu’il n’a pas encore et qu’il suppose disponible chez les citoyens. D’où les déficits budgétaires, qu’il est incapable de maîtriser.

Alors que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen pose la contribution commune comme devant « être librement consentie », le mécanisme fiscal est conçu comme un système arbitraire et coercitif que ne renierait pas l’Ancien régime. La France, isolée dans le monde, est loin de détenir LA vérité en matière de bonheur sociétal et on voit déjà la déchéance poindre. Et le comportement de nos gouvernements s’apparente à celui d’une mafia qui s’approprie violemment les fruits du travail et le capital des citoyens, hors de toute morale : les élus à peine majoritaires imposent « leur » loi à l’ensemble des citoyens, constituant par là un hold-up et un parfait dévoiement de la démocratie.

Si nos geôliers moraux, pardon, nos politiques, étaient bénévoles ou engageaient leur propre argent dans l’aventure collective, tout un chacun reconnaîtrait leur altruisme sincère. Mais le politicien, qui bizarrement peut faire carrière, se rémunère sur l’argent dit « public », le nôtre. Sans avoir à investir. En fait, cet altruisme à vouloir le bonheur des autres en les spoliant, pardon, en utilisant leur argent mais sans avoir à répondre du résultat des décisions, relève indubitablement du « conflit d’intérêts ».

La culpabilisation des créateurs de richesses est tout aussi immorale : parce qu’ils sont prétendus riches, ils devraient accepter de se sacrifier. Mais au nom de quoi ? Où trouver la motivation à créer face à ce qui est du vol, fut-il légalisé ? Si la richesse est sale, pourquoi le politicien en veut-il toujours plus ? Allons, mes chers lecteurs, faisons ensemble un effort, jetons loin de nous tout ce qui nous empêche de respirer. Inversons les rôles, c’est aux politiciens de partir. De l’air, brisons les barreaux !

Saturday, November 18, 2017

Et si… l’Agenda 21 était une fumisterie de plus ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Un échange avec un de mes amis habitant de l’autre côté de Toulouse sur ce que les textes appellent le « Programmes Agenda 21 » nous amène à partager le constat suivant : autre commune, autre intercommunalité, mêmes divagations. Notre expérience de ces divagations aboutissant à des projets et budgets pharaoniques m’a semblé mériter une chronique, dans la mesure où toutes nos communes hélas – les vôtres aussi – subissent l’épée de Damoclès de ces dépenses fantaisistes.

Issu de la Conférence de Rio de 1992 et appuyé par le Grelin-grelin de l’Environnement, l’Agenda 21 se veut reprendre les « meilleures pratiques » du développement durable pour promettre aux communes un avenir radieux. Chaque municipalité y confirme sa logique interventionniste pour « lutter contre la pauvreté, arrêter la pollution de l’air, préserver la biodiversité, promouvoir la santé, le logement, l’éducation et plus globalement une démarche démocratique ». Et pour effacer ces inquiétudes majeures, il est bon de lever des impôts et préparer une belle ardoise pour demain.

Chaque commune y va de son « diagnostic ». Oubliant au passage qu’elles ont survécu à ce jour à quelques milliers d’années d’histoire pas toujours des plus éco ni logique, leur programme pose une bonne trentaine d’actions hétéroclites s’appuyant sur 3 ou 4 axes. On se limitera ici à examiner les 3 axes de la commune de mon ami, car ils suffisent à illustrer le ridicule danger de cet exercice.

Axe 1 : « Organiser, développer et structurer durablement le territoire » : En quoi est-il légitime ou nécessaire de poser un tel principe pour acquis ? S’il est évident que le territoire nous concerne tous, surtout dans une commune, il reste que la grande majorité dudit territoire est dans le domaine privé. Ce n’est donc pas à une oligarchie d’y faire la loi par-dessus la tête des propriétaires. Le durable ne se conçoit que si le droit de propriété est garanti. Il peut se concevoir tout à fait qu’il y ait un besoin de mieux aménager, mais l’Agenda 21 ne doit pas être un prétexte à expropriation. Ni à multiplier les dépenses publiques et leur cortège d’impôts, forme trop méconnue d’expropriation.

Axe 2 : « Favoriser et susciter la participation de tous » : Soyons direct : en quoi « la participation de tous » (pas celle de chacun ? à quoi ?) serait liée au développement durable ? La liste d’actions est un gigantesque fourre-tout clientéliste. Les uns et les autres y vont de leur interprétation de ce qui est « durable », terme mal défini. Durable, vous avez dit durable ? C’est en réalité très simple, mais personne ne vous le dira : est durable ce qui découle de la décision privée responsable pleinement assumée. On en revient à garantir la propriété privée, car c’est à son niveau que sont les décisions.

Axe 3 : « Accroître la solidarité et renforcer le lien social » : Voyage au cœur du grand n’importe quoi, rhétorique des illusionnistes. Solidarité et lien social sont des termes déformés et vidés de leur sens originel. Quel rapport, même ténu, avec le développement durable, s’il vous plaît ? Comme si celui-ci pouvait se faire hors de la société, hors des « liens sociaux » et sans aucune forme de solidarité, alors qu’il en est l’expression. L’hypocrisie consiste ici à cacher que la bureaucratie a besoin de la manne financière des citoyens pour continuer à se prétendre utile. Le développement suppose l’échange et la relation sociale constante. Il suppose la solidarité par l’échange. Si un produit ou service est bon, je lui ferai l’honneur de mon achat avec en retour la joie de sa qualité et de sa pertinence. La vraie solidarité naît spontanément de l’échange libre, pas de la volonté politique arbitraire et creuse.

Friday, November 17, 2017

Le coup culturel de l’exception.

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Pour tout citoyen pas trop au fait de l’économie, il est légitime de se demander si le libre-échange est un méfait ou un bienfait pour les citoyens. Si c’est un méfait, alors il est logique de généraliser le protectionnisme à l’ensemble de l’économie. Mais si c’est un bienfait, pourquoi faire une exception économique en matière de culture ? Or le gouvernement nous refait le coup de l’exception culturelle qui n’est autre qu’un puits sans fond pour l’ensemble des français. Ahh, l’art comptant pour rien…

Au XIXe siècle pourtant, l’économiste Frédéric Bastiat expliquait déjà que « l’ouvrier n’a pas à payer le salaire de l’artiste ». Cela reste vrai : pourquoi le citoyen français du XXIème siècle devrait-il être contraint de financer l’artiste ? Si celui-ci a du talent, ses clients le rendront célèbre. S’il n’a pas de clientèle, c’est que son talent n’est pas à la hauteur : il ferait mieux d’exercer dans un autre domaine.

Le système de subventions arbitraires à la française cache le nombre d’artistes creux ou œuvres lamentables que le citoyen français finance à ses dépens. Rappelons que les subventions sont des impôts et des taxes, que par elles l’arbitraire politique détourne une partie de nos gains pour alimenter une production culturelle incertaine, incertaine parce que ne devant pas son succès à la reconnaissance du public. Plus elle est mauvaise, plus il faut de moyens financiers importants pour prétendre rivaliser avec la culture issue de la liberté, celle qui n’a pas peur de la sanction du marché.

Pourquoi la dignité d’un artiste français vaudrait-elle économiquement plus que celle d’un artiste étranger, celle d’un ouvrier, d’un ingénieur, d’une profession libérale ? Au point de justifier prendre à ces derniers pour donner au premier ? Une société moderne doit-elle continuer à vivre par et dans l’arbitraire au point de refuser avant tout de valoriser les talents via le marché, comme il est naturel ?

Sans l’arbitraire de la main du politicien, le marché reconnaît le talent, c’est une de ses qualités. En quoi l’homme politique serait-il plus apte que les citoyens ensemble pour décider du juste prix de la rémunération de l’artiste ? Comment l’artiste peut-il savoir son talent si ses spectacles sont faussés ?

Certes, la masse sans talent s’en réjouit, la connivence avec le pouvoir leur assurant des ressources au-delà de leurs espérances et de leur mérite. Protéger des pseudo-artistes parce que proches du pouvoir n’est pas digne de la démocratie. Pourquoi un tel privilège ? N’oublions pas que les pouvoirs totalitaires sont ceux ayant développé la propagande en faisant de l’art un outil d’endoctrinement.

Cette proximité entre pouvoir politique et faux artistes se fait évidemment au détriment des citoyens puisque tout protectionnisme bafoue les droits de l’homme par les taxes et les subventions. Par le dirigisme, l’exception culturelle limite la diversité culturelle : ceux qui n’œuvrent pas dans le cadre du moule étatique sont vite évincés du système d’aides. Uniformité et raréfaction. Le financement hors marché de l’exception culturelle augmente des prix qui sont faux par nature. Les citoyens subissent une triple peine : double peine économique (fiscalité et prix élevés) plus culture de propagande.

L’exception culturelle est un mirage : en réalité, l’art, la culture n’est qu’une marchandise comme une autre. Seul le marché est en mesure de choisir les talents, en tous domaines. L’interventionnisme politique inapte doit être dorénavant rangé au musée des horreurs économiques. La culture gagnera en qualité par l’abandon du protectionnisme pourtant largement en vogue. Seule la liberté des artistes et des financements comme le mécénat permet un marché offensif où les meilleurs osent la création. Le talent artistique mérite mieux que l’aumône politique et la protection des minables.

Wednesday, November 15, 2017

A l’ESS, rien de nouveau

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité en matière économique.)

Je fais partie de ces êtres humains qui adorent l’innovation. Aussi lorsque qu’il y a peu un journal publie sous ce titre : « pour un nouveau modèle économique », l’intérêt s‘empare de moi avec beaucoup de… scepticisme ! Car il n’y a en réalité jamais rien de nouveau, c’est toujours un toilettage d’une fausse théorie d’économie collectiviste. C’est juste le vocabulaire qui est renouvelé : au lieu de dire « économie socialiste » ou « économie communiste », il est à la mode aujourd’hui de parler « d’économie alternative » ou « d’économie sociale et solidaire (ESS) ». Et une fois de plus, bingo !

Le principe commun, même s’ils s’en défendent, c’est toujours de taper dans les caisses d’argent dit public, cet argent ponctionné sur l’économie « traditionnelle ». L’économie traditionnelle, la seule, la vraie, c'est la nôtre. Celle qui se doit de créer de la valeur nouvelle pour pouvoir rémunérer salariés et actionnaires et qui, en plus, doit financer tout le secteur improductif, y compris l’état, qui ose se comptabiliser dans le PIB. Le comble, c’est que cette ESS qui toujours vit sur le dos des autres, veut faire croire que sans elle, ces autres ne seraient rien ! C’est en constatant la proximité systématique de l’ESS avec le pouvoir politique qu’on touche la réalité du doigt, celui qui a l’habitude de lever tant et plus d’impôts et de taxes n’est jamais bien loin. Et notre interviewé de citer dans l’article, le président de région et le maire de Toulouse, bien généreux avec l’argent pris sur le dos des autres.

Et il prétend inventer un « nouveau modèle économique ». Futur Nobel ? Au minimum, pour un nouveau modèle bénéficiant des « mêmes avantages que les entreprises classiques ». Il explique qu’une entreprise classique trouve des fonds, mais pas « une Scop car ils ne peuvent pas valoriser le capital de la société ». Car nul, peut-être ? Et de se plaindre que « les idées reçues ont la vie dure ». En effet, l’économie a des lois. Avec de tels arguments, que « les banques restent convaincues d’avoir affaire à des baba-cools » n’est pas une surprise. Notre économiste n’est guère plus qu’un apprenti. Il avoue faire du « lobbying sur la loi » avec l’ESS : vue l’incompétence qui règne au gouvernement et à l’assemblée, Angela Merkel n’est pas la seule à vraiment être inquiète pour l’économie française.

Car dans tous ses propos, on ne trouve absolument rien de bien innovant pour créer de l’emploi et surtout de la valeur. Le pauvre, il est dans la plainte : « si les entreprises sociales ne sont pas autant considérées que les sociétés conventionnelles, qu’elles aient au moins les mêmes outils pour se battre » … par contre, il oublie de réclamer le même niveau d’imposition que les entreprises conventionnelles. Facile de vouloir le beurre et l’argent du beurre : la crémière en prime ?

Surtout, il a lancé la phrase qui tue, reprise en sous-titre : « une économie uniquement basée sur la croissance et le profit va droit dans le mur ». C’est sûr qu’avec le massacre de l’économie traditionnelle à coup d’endettement public, d’impôts et de taxes, il ne risque pas grand-chose à dire une telle ineptie. On peut certes voir que ce niveau de fiscalité permet de laisser l’illusion que l’ESS soit un marché viable. Mais ce qu’on ne voit pas ce sont les perfusions redistributives et les destructions d’entreprises classiques et emplois associés qu’il en coûte pour financer la chimère.

Tant qu’en France le pouvoir politique interviendra dans l’économie, nous nous enfoncerons inéluctablement dans le marasme et plus de misère. L’économie a ses lois que l’ESS ne changera pas. Et pourtant, il y a plus de 160 ans, l’économiste Frédéric BASTIAT dénonçait déjà le comportement de tels fantaisistes : « Ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par la Loi. » Faisons donc l’économie du social solidaire…

Baisser les chiffres du chômage ? Facile !

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité en matière économico-politique.)

Il était une fois un président normal répétant à l’envi qu’il allait faire reculer les chiffres du chômage avant la fin de l’année. Personne n’y croyait : nouvel adepte de la méthode Coué ? Tout le monde sûrement se trompait. Car un socialiste, surtout lorsqu’il est énarque, est capable de tout, c’est même sa spécialité. Manipuler les chiffres, c’est son fort. Etre honnête, c’est une autre histoire.

Bien sûr, le véritable objectif devrait être l’augmentation de l’offre d’emploi dans le secteur privé. Mais notez bien, l’engagement ne porte que sur « faire baisser les chiffres du chômage ». Donc ce sont les chiffres qui baisseront, pas le nombre de sans-emploi. Pour faire baisser les chiffres du chômage sur une courte durée, l’homme politique dispose de diverses astuces dans sa boite à outils.

La première consiste à laisser filer les fermetures d’entreprises avec bon espoir que cela se tasse. Et puis un coup de pouce et la tendance s’inversera. Au besoin, on prend des mesures administratives pour aider. A cet instant, cette première phase, avec les gesticulations de rigueur, se déroule comme prévu : les niveaux record sont dépassés de mois en mois et le rebond artificiel se rapproche.

Ensuite viennent les contrôles accrus sur les demandeurs d’emplois pour les rayer des listes. Bien sûr, ces chômeurs radiés réapparaîtront plus ou moins rapidement. Cette pratique, éphémère et trop visible pour être mise en œuvre à large échelle, trouve ses limites. Mais il n’y a pas de petit profit.

Vient alors l’idée d’occuper les demandeurs d’emploi comptabilisés dans les chiffres du chômage. Ils sortent ainsi des statistiques quelques mois sans pour autant retrouver un véritable emploi. Là, on est dans le bricolage : on aide temporairement dans le secteur public avec des boulots inutiles les non-qualifiés ou sans diplôme. L’atelier bricolage se termine en offrant, détournant ainsi l’argent de la formation professionnelle, une « formation » aux chômeurs, rendue inutile par une durée réduite.

Puis on comble l’écart de salaire qui existerait entre une offre d’emploi et celui, plus élevé, du marché de l’emploi hors chômage. Ainsi l’Etat, toujours très généreux avec l’argent des autres, aidera l’entreprise à compléter le salaire. Je vous laisse imaginer ce que cela peut entraîner : pour être augmenté, devenez chômeur ! Si si, le roi, pardon, le président des bricoleurs a évoqué cette piste.

Enfin, une astuce qui ne coûte rien, car elle se produit spontanément : ne rien faire pour retenir les jeunes qui partent à l’étranger. Ils paient peu d’impôts, et c’est surtout des chômeurs en moins.

Je ne développerai pas tous les effets pervers de ces mesures à moyen et long terme : on se doute bien que si cela fonctionnait, il y a belle lurette que le chômage ne serait plus. Peu importe, la boîte à outils du président-bricoleur sera utilisée à plein pour faire baisser les chiffres, mais que les chiffres. Donner un peu d’espoir vaut bien quelques tripatouillages sans lendemain. Belle ambition, non ?

Il n’y a qu’une chose qui devrait mériter attention : les conditions du développement économique. Or désormais en France, elles n’existent plus. L’utopie collective du social est privilégiée à la richesse du potentiel apporté par chacun. Nous voulons le beurre et l’argent du beurre sans faire l’effort de traire la vache. Ça ne peut qu’échouer. Grâce à notre argent, l’État s’est érigé en prestataire de services, mais il butte sur la réalité économique : il détruit toujours plus de valeur qu’il n’en crée...

Mais ce n’est pas grave, car les chiffres du chômage vont baisser ! Promesse sera tenue ! Attention, comme Perrette dans la fable, l’histoire se termine par adieu, veau, vache, cochon, couvée…

Sunday, March 18, 2012

Les Tas d'Etats

Ce matin, un quidam sur FB m’envoie tout un texte pour réagir assez vigoureusement à un de mes posts où je traitais un Démocrate ex-Banque mondiale d’étatiste. Heureusement, bien que s’insurgeant devant mon libéralisme éhonté, il restait courtois et demandeur d’explications.

Assez rare pour que je réponde, donc.

Voici ses questions en regard à l’étatisme que je diagnostiquais :
« Un étatiste a encore moins de définition stricte, qu’un libéral. Car il y a [beaucoup] de concepts différents d’État.
Qu’est-ce l’État ? Comment le définir, sinon qu’à partir du plus petit dénominateur commun : un peuple avec ses lois et ses frontières.
A partir de là, un étatiste est une définition en creux, manquant de subtilité. »

Je sais, on me le dit souvent, je suis trop binaire, je manque de subtilité donc. La subtilité ne pourrait donc s’exprimer  que dans le flou, le gris, jamais dans la rigueur ni l’exactitude, encore moins dans le blanc ni le noir. Pauvre monde.

Mais revenons à notre mouton, son argument semble être sur la conception de l’état, arguant deux choses, que l’état serait multiforme et donc l’étatisme serait vide de sens. L’état indéfinissable ne serait en fait rien d’autre qu’un peuple au sein d’une frontière.

Il est absolument vrai que le mot ‘état’ (je ne mets jamais de majuscule) est un concept souvent flou dans l’esprit de bien des gens. Un état est en effet, en première analyse, attaché à un peuple et à une frontière. D’où d’ailleurs de nombreuses confusions quotidiennes entre ce terme et les ‘nations’, ‘peuple’, ou encore ‘pays’ qui le côtoient.

Pourtant, ce n’est pas si simple. Revenons un instant à l’ancien régime et notre chère révolution. On se rappelle des Trois états : noblesse, clergé et Tiers état. Tiens, trois états sur le même territoire ??? C’est parce que le clergé, l’église, en tant qu’organisation – pas la religion – est en effet elle aussi un état : on le verra plus bas, elle possède le monopole de l’arbitrage en matière de pensée et d’attitude religieuse.

De nos jours, l’Islam est un ‘second’ état pour bien des pays, arabes mais pas seulement. Et que dire du Judaïsme en Israël ? Si on revient sur l’état politique, état et peuple s’intersectent avec la notion de nationalité. Je suis français, je relève de, « j’appartiens » à l’état français si j’ai la nationalité française. Mais si j’ai double nationalité ? Ai-je droit à double état, ou non ? Et si je vis à l’étranger, ne suis-je plus français ?

On voit vite, par ces exemples simples, que l’état ne peut pas se définir par le simple couple (peuple + frontières) et qu’il faut donc passer par une autre définition.

Or dans la vie sociale, universellement à ce que je sache, l’état n’est pas une abstraction, encore moins une personne morale, mais tout simplement une organisation assurant une fonction sociale. Bien sûr, pas n’importe quelle organisation ni n’importe quelle fonction sociale.

Pourtant, la forme d’organisation importe peu. Ce qui compte, c’est qu’il s’agit in fine d’une bureaucratie, c’est-à-dire d’une forme d’oligarchie sans chef réellement unique qui dispose de suffisamment de moyens, pouvoir et/ou légitimité envers le peuple.

Plus importante est la fonction. Je ferai référence à trois définitions, mais qui reviennent au même. La première est la plus connue je pense, celle de Max Weber : l’état a le monopole de la violence physique.  Moins connue, ignorée de la plupart car son auteur reste peu connu – sinon, nous n’aurions pas ce genre de débat – celle de Hans-Hermann Hoppe : l’état a le monopole des décisions de dernier recours. Et bien sûr, le grand classique minarchique, l’état assure les fonctions régaliennes – la liste desquelles d’ailleurs, n’est pas sans être elle-même contestée.

Pour ma part, je préfère celle de Hoppe, car elle est plus universelle.

Par rapport à de telles définitions, on peut avoir plusieurs attitudes :
- on y adhère strictement, on voit l’état comme strictement régalien.
- on les conteste, mais a minima, c’est-à-dire qu’on considère que l’état devrait être encore plus réduit que cela ; c’est mon cas.
- on les conteste, a maxima, i.e. on pense que l’état a légitimité, voire devoir à intervenir dans des domaines bien plus larges que le strict régalien.
Pour faire simple ici, mais on pourrait développer, l’étatisme selon moi, c’est la troisième option.

Ces trois définitions sont in fine équivalentes. Dans les trois cas, le point important, c’est que l’organisation sociale accorde à un ‘organe’ plus ou moins défini dans sa forme le >droit< d’exécuter le droit, l’exécutif donc. L’état a ce privilège social d’être juridiquement et universellement ‘au-dessus’ du peuple pour régler les conflits sociaux, puisque >seul< il peut >arbitrer< avec >force< si besoin. Voilà les trois mots clés posés.

Je ne crois pas possible ni crédible de partir sur une définition de l’état qui serait totalement différente d’une telle vision. Si cela devait être le cas, c’est sur ce point qu’il faudrait poser le débat.

Pour revenir sur ma logique et mes trois options ci-dessus, il faut mettre un autre point important en lumière : après la fonction, l’organe. En fait, lorsque je dis que je conteste ‘a minima’, ce n'est pas vraiment à la fonction étatique que je pense. Dans les trois mots ci-dessus (seul, arbitrer, force) il en est un qui est totalement indispensable dans une société : l’arbitrage des conflits. Mais par contre, c’est le seul.
Car, pourquoi cet arbitrage devrait-il n’être confié qu’à un seul organe unique et qui plus est qui pourrait nous imposer son arbitrage par la force ? Je suis donc pour ma part pour une >fonction< que je qualifierai « d’ordre étatique » (au sens de l’arbitrage de dernier recours) >mais< qui soit confiée à un >ensemble d’entités< qui opèrent cette fonction sans que jamais aucune entité n’ait pas le >monopole< de cet arbitrage.

Pour finir, sur l’étatisme, il s’agit donc selon moi de cette croyance, mouvance, idéologie, appelons cela comme on veut, qui voudrait nous faire croire que l’état (bureaucratie) serait légitime à intervenir dans de nombreux champs de la vie sociale, pour ne pas dire tous. Alors que seule la fonction d’arbitrage n’est légitime, et que même cette fonction n’exige en aucune façon une quelconque bureaucratie.