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Saturday, January 6, 2018

Il n’y a pas d’exception culturelle

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

La culture, une « exception française ». En affirmant cela, « on » ne nous dit pas vraiment tout. En France, la culture serait un domaine relevant du politique. Lequel se doit d’y déverser l’argent du contribuable, incapable d’apprécier ce qu’est la vraie culture. Et rien n’est jamais trop beau pour ce qui se voit. Mais ce qu’on ne voit pas, c’est que cette dépense est un profond gaspillage inefficace.

Le magazine du Conseil général de Haute-Garonne (numéro 124) (ça existe) nous annonce ainsi le dernier gouffre en date : l’ouverture de la médiathèque du CG31 à Labège. Présentée comme un « trésor culturel pour nos bibliothèques » et une « inépuisable source de rêve et de connaissance », elle est dotée de plus de 600 000 documents, mais n’est pas accessible au public, puisque censée fournir en contenu les seules 152 bibliothèques du département, ainsi que 5 bibliobus itinérants.

Rappelons-nous qu’il y a quelques années, c’est Toulouse qui avait inauguré l’immense médiathèque enjambant désormais la place Marengo, dans le dos de Pierre-Paul Riquet. Depuis d’autres ont fleuri aussi à Empalot, à Labège-Village, à Tournefeuille… Bref, les médiathèques sont à la mode. On en fait les champions de la culture comme d’autres font la culture des champignons, sortant en une nuit.

Sous prétexte d’accès à la culture pour tous, cette énorme vague de pseudo « investissements » illustre en fait le scandale des gaspillages de notre système « public » faussement généreux.

Arrêtons-nous sur l’objet principal d’une médiathèque : la lecture. Une étude récente établit que le titre le plus souvent sorti des bibliothèques est le Journal de Mickey ! Belle preuve d’efficacité de ces institutions à transmettre la culture française aux nouvelles générations, non ? Plus sérieusement, alors que la soi-disant Education nationale n’a jamais été aussi incapable d’apprendre à lire à nos enfants, peut-on nous faire croire que les médiathèques vont leur faire aimer Molière et Voltaire ?

A l’heure d’Internet, ces moyens sont complètement dépassés. Les jeunes de tous profils, qu’ils soient « défavorisés » ou pas, ont tous ou presque un accès illimité à la culture à tout instant, sans avoir à se déplacer, via ordinateurs ou téléphones portables. S’ils veulent lire Hugo, Rabelais, mais aussi Poe ou Nietzsche, ils n’auront aucun problème à trouver les grands textes de ces auteurs sur le Net, sans besoin de se transformer en rats de bibliothèque. Alors, à qui servent ces médiathèques ?

De plus, le pouvoir schizophrène crée l’Hadopi pour limiter le piratage, mais ne craint pas de donner accès à des milliers de CD ou DVD qui seront tous allègrement copiés. L’incohérence des politiques n’a hélas pas de limites. Sans oublier que ces « dinosaures culturels » occupent des fonctionnaires territoriaux, dont – selon le magazine – pas moins de 250 ont été formés l’année passée, rien que sur le département 31. Pour quels résultats ? Ah ben si, suis-je sot, pour créer de l’emploi inutile.

Sans même aller contester comment les nombreux titres ont pu être choisis, on comprend bien que l’objectif de donner accès à la culture pour quelques minorités que ce soit ne saurait être à la hauteur des montants prétendument « investis » et de leur coût de fonctionnement. Car dans ce cas, il serait légitime de demander combien la « majorité » a reçu en proportion dans ce domaine.

Il y a quelques années, quand tous ces chantiers furent décidés, la grande angoisse des élus avait pour nom la « fracture numérique ». On craignait que les « minorités défavorisées » ne puissent profiter des mêmes accès à Internet que les nantis. Et d’enfanter ce réseau de médiathèques inutiles et déjà mort-nées. Car la bureaucratie qui décide trop tard met en plus un temps infini à livrer.

Une fois de plus, l’exception culturelle, comme tout fruit de l’interventionnisme politique, se révèle un fiasco. Entre-temps, le laissez-faire capitaliste, lui, a fait son travail ordinaire : sans bruit, il a rendu la culture accessible partout et pour tous, pour presque rien, sans gaspillage ni tyrannie. Charge aux incultes de la découvrir par ces fabuleux moyens, à condition qu’ils en aient l’envie…

Sunday, November 19, 2017

Le politiquement correct et les ‘ismes’

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Récemment, Tournefeuille accueillait en sa « médiathèque » une conférence sur le sujet suivant : « Le retour des nationalismes et du populisme en Europe ». Avec comme accroche : « Depuis une dizaine d’années et en particulier lors des cinq dernières années de crise économique et politique : nationalisme, populisme, protectionnisme et xénophobie sous des formes diverses ont connu une résurgence aussi vive qu’inquiétante. »

Quand on est adepte de la bien-pensance ambiante et politiquement correcte, ou simplement quand on n’a pas pris le temps d’approfondir, on est probablement tenté en effet de voir une part de réalisme dans un tel sujet, qui dès lors intrigue et intéresse. Car en effet, l’actualité le montre chaque jour un peu plus, les tensions de la société s’accroissent et les rancœurs s’accumulent.

Alors quoi ? Que trouve encore à redire le libéral donneur de leçon ? Simplement que si l’auteur de la conférence a su diagnostiquer une situation, il n’a pas été capable de la comprendre, car il se trouve que rien n’est juste ni correct dans son sujet, pas la moindre des idées. Voyons cela.

« Depuis une dizaine d’années » : Faut-il rappeler que l’installation du FN en France remonte au règne de F. Mitterrand (1981) qui fut l’opérateur de sa percée durable dans le paysage politique ?

« Lors des cinq dernières années de crise économique et politique » : Nous sommes continuellement en crise économique depuis 1971 quand Nixon signa la fin de tout lien entre dollar et or, accélérée ensuite par le choc pétrolier de 1973. L’endettement massif s’est fait jour à cette époque. La crise politique bien plus profonde n’a fait que monter par étage en 1914, 1919, 1940, 1945, 1958 et 1968.

Quant aux ‘ismes’, ils sont mis au ban comme des maux évidents ou nouveaux. Or il n’en est rien.

« Nationalisme » : Nous souffrons du nationalisme depuis Louis XIV, au moins. La campagne 2012 l’a montré, tous les partis sont nationalistes et accusent le monde extérieur de tous nos problèmes.

« Populisme » : Selon Wikipedia, le populisme « désigne une position politique qui prend le parti du peuple contre les élites ». Il semblerait donc que le populisme soit une excellente chose, non ? Le politicien n’est-il pas élu pour servir le peuple dans son ensemble ? Si je peux, je vote populiste.

« Protectionnisme » : Soyons juste, c’est bien un mal que le protectionnisme. Mais il n’est en rien nouveau. Déjà en 1848 Frédéric Bastiat, député des Landes, expliquait ses méfaits aux politiciens économiquement incompétents de son époque. Hélas, Montebourg n’a pas entendu sa leçon.

« Xénophobie » : Voilà le point probablement le plus sensible. Le dictionnaire nous dit qu’il s’agit du « sentiment de rejet des étrangers ». Là encore, où est le mal ? Pourquoi un homme de la rue, libre et honnête, n’aurait-il pas droit à ce sentiment ? Cela ne sert à rien de blâmer le xénophobe, tant qu’il n’attente à la liberté de personne. Ce sont les causes de ce sentiment qu’il faut oser dénoncer.

On pourrait développer, bien sûr. Que conclure de cette rapide démonstration ? Quand on a dépensé des fortunes sur d’inutiles Médiathèque ou Phare, il faut trouver de quoi les remplir. Et sous prétexte de culture, on nous sert quelque billevesée mal réfléchie, mais surfant habilement sur la vague des idées toutes faites du politiquement correct. Un acte culturel véritablement ‘citoyen’ serait plutôt d’organiser une campagne nationale appelant au bon sens, démystifiant au passage toutes ces croyances collectivistes qui bloquent notre société anesthésiée depuis trop longtemps.