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Wednesday, January 3, 2018

Minarchisme vs Réductionnisme

On m’oppose souvent que les « minarchistes » seraient des libertariens et que ces derniers ne se composeraient donc pas des seuls anarcho-capitalistes, ou anarcaps. Quand on sait que le mot « libertarian » a été inventé par Murray Rothbard, l’anarcap par excellence, pour qui « libertarian » voulait dire « libéral radical », ou « pur », sans concession, on sait que cette idée n’a aucun sens ni légitimité et ne peut résulter que d’une confusion de l’esprit ou du sens donné à « minarchiste ».

Or ce mot de minarchiste, selon mon expérience nourrie de fort longues heures de discussion avec certains de ses adeptes, présente deux familles de sens bien distincts. La première est idéologique, ou plutôt théorique : elle théorise qu’une société libre peut et même doit être structurée autour d’un « état minimal », le plus souvent dit régalien, pour être à la fois libre et pérenne. La seconde est politique, certains l’appellent minarchisme de transition : elle consiste à imaginer une société de type minarchiste, c’est-à-dire avec beaucoup moins d’état et bureaucratie, comme une étape tolérable, acceptable sur le sinon long chemin du retour à la véritable liberté qu’est la Libertalie anarcap.

Les deux sens sont forts différents, au point je crois qu’il serait utile, du moins pour les libertariens, probablement moins pour les minarchistes, de différencier les deux par deux mots reconnaissables.

Car il convient de le réaffirmer, il ne fait aucun doute que le minarchisme théorique est une erreur conceptuelle, une aberration théorique sous l’angle libéral et qu’il n’est en aucune manière possible de le voir comme une cible théorique sociale cohérente pour quiconque se réclame de la liberté.

Je propose ainsi de parler de « réductionnisme » pour signifier ce minarchisme de transition trop malencontreusement mal compris et noyé au sein du minarchisme incohérent. En ce sens, Murray Rothbard, mais aussi la plupart des partis libertariens avertis – ce qui n’est pas le cas de tous, hélas – était et sont réductionnistes. Car c’est bien évidemment, il est toujours bon de chercher et de prendre toute forme de réduction de l’état, mais à condition de ne jamais s’en satisfaire et de continuer à exiger de poursuivre l’effort vers la liberté véritable, celle d’une société libérée de l’état.

Avec cette nuance de vocabulaire – ou tout autre qui pourra être préférée, j’espère qu’on pourra enfin éviter d’assimiler minarchiste et libertarien et surtout éviter de confondre un modèle de société sans état et donc libre avec un ersatz de liberté qui n’est que le vague régime amaigri de la tyrannie social-démocratique que nous subissons un peu partout de nos jours.

Monday, October 30, 2017

Le Catalexit n’est qu’une étape

La Catalogne fait toutes les unes ces derniers jours. Il faut dire que depuis 18 mois, on avait cru que la vague de soubresauts post-Brexit était terminée et que tout en Europe était gentiment revenu à la normale, c’est-à-dire de retour sur le long chemin de la prise du pouvoir par les ‘hauts technocrates’.

Mais voilà que quelques gauchistes catalans en mal de bruit et de célébrité fugace viennent remettre le couvert en déclarant l’indépendance d’une région à forte identité et à langue spécifique, qui n’a cessé de pousser plus ou moins fort et régulièrement à la porte de la sortie depuis des décennies.

Et le fait que cet événement suit un scénario rocambolesque a abouti à montrer les nombreuses facettes de la non-liberté en Europe et des nombreuses réactions de courte vue, alors que sur le fond, il ne fait pas de doute que nous sommes témoin d’un retournement très positif à terme.

Bien sûr, les étatistes et les européistes ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il ne faut absolument pas créer de précédent et donner des idées à d’autres régions qui, nombreuses, pensent à prendre leur autonomie. Ce serait, selon eux, mettre le projet d’une union européenne en danger, ce serait le risque d’un éclatement, alors même qu’on commençait à oublier le Brexit, l’Ecosse, l’Italie, d’autres.

Alors on a droit à tous les arguments étatistes pour critiquer ce mouvement. Tout d’abord, cela a été parce que c’était entre les mains ou à l’initiative de l’extrême gauche. Il est évident que je ne saurais me réjouir de voir la gauche gagner du terrain quelque part, mais ce n’est pas vraiment la question il me semble. Si la Catalogne devait vivre sa vie et la commencer à gauche, on peut présager que les ressources de ces vautours seraient vite bien moins riches qu’au sein de l’Espagne et de l’Europe, du fait des jeux de subventions par exemple. Mais pas seulement, puisque déjà plusieurs centaines d’entreprises ont décidé de prendre la fuite, à tort ou à raison. Mince, moins d’impôts à voler. Plus généralement, la question n’est pas celle du régime, mais de la réduction de la portée des états.

Ces entreprises qui s’envolent, c’est l’autre argument massue, celui de la crise économique. Il ne faudrait pas d’indépendance, parce que cela conduirait aussitôt à la crise économique du pays. Un argument très bizarre, puisqu’il veut dire que tout d’un coup, juste comme ça, l’ensemble de la population cesserait de travailler, vendre, agir, vaquer, parce qu’indépendante. Bizarre, non ? En réalité bien sûr, l’argument cache la menace de perte de toute une masse de subventions et autres flux financiers artificiels qui viendraient avec un état supérieur, mais qui en réalité sont pris sur la bête. On touche là à des arguments du même ordre que ceux contre le Brexit, avec autant de biais.

Certains m’ont avancé que l’indépendance est impossible car cela couperait trop de familles en deux. De nombreux catalans vivant à Madrid et d’ex-madrilènes à Barcelone, par exemple, une nouvelle frontière aurait selon eux le même effet qu’un nouveau mur de Berlin. C’est supposer que ces deux états seraient assez stupides pour fermer les frontières, ou pour contraindre brusquement les « étrangers » de chaque côté à rentrer chez « eux » - ce qui est possible, mais improbable. C’est tout aussi sot d’ailleurs que de poser comme positif a priori que tout mélange de population de facto est forcément une bonne chose qui ne doit être remise en cause sous aucun prétexte de liberté.

D’autres sont légalistes et ne jurent que par le respect aveugle des textes et autres constitutions. Ainsi, parce il y aurait un article 155 ou que sais-je qui stipule l’illégalité d’un referendum, cela serait sacré, fondé, indiscutable et rendrait impossible l’application du bon sens envers la valeur démocratique de tout referendum – digne de ce nom – quel qu’il soit ? Il est selon moi hallucinant que de prétendus défenseurs de la liberté se réfugient derrière des textes même face à des situations où la liberté de tout ou partie de la population est en jeux. Il n’est pas normal, pas moral ni légitime de mettre des critères comme le maintien de l’union plus haut que la demande de liberté.

Les mêmes souvent avaient bien moins de scrupules envers la constitution ou le régime quand il s’est agi il y a quelques années de soutenir l’indépendance du Tibet. Je suis sûr qu’on m’opposera que le Tibet n’est pas comparable car il s’agissait de fuir un méchant état communiste, alors que le Royaume d’Espagne est bien plus libéral. Faux problème. Il s’agit des peuples, des gens, pas des régimes. Le Tibet devait libérer les tibétains, en Catalogne il est normal que les catalans puissent décider chez eux, c’est aussi simple que cela. Car l’avenir est au choix, au choix des états.

La liberté ne provient pas d’une constitution x ou y, elle vient de la possibilité pour les citoyens de choisir librement leur « état ». Et plus les états sont petits, plus il y a d’états, plus ils se trouvent en concurrence parce qu’il est plus facile d’en changer et parce qu’ils sont moins puissants. Ainsi, même si ce n’est pas une garantie systématique à court terme, à long terme par contre le démantèlement des états historiques en petits pays locaux est un facteur majeur de libéralisation du monde. Alors pourquoi chercher les poux sur des détails quand la Catalogne ouvre la voie vers la liberté, demain ?

Monday, October 23, 2017

Un parti libertarien pourquoi faire déjà ?

Je trouve ce soir dans mon mail une ‘newsletter’ du jeune ‘parti libertarien’ avec une tribune de son président, que je reproduis ci-dessous.

Bel exemple de démagogie et de pragmatisme, il va sur des thèmes classiques et éculés depuis des années entre « libéraux » en France : nous sommes tous des libéraux, mais nous sommes divisés, divisés nous ne pouvons rien, unissons-nous car finalement nous sommes proches, et vu que le communisme gagne, il faut nous unir pour agir, c’est plus important que les guerres de chapelles, et bien sûr nous unir ça veut dire nous unir derrière celui qui fait la promotion de l’idée.

Voilà résumé le « mot du président » en un paragraphe, vous pouvez éviter une nausée de plus. Car hélas, voilà la bien l’un des pires messages qu’on pouvait imaginer de la part de « libertariens ».

On me dira que pour ma part à l’inverse, je fais tout pour nous diviser et que donc je démontre la pertinence de ce type d’appel à l’union sacrée.

Permettez-moi juste de poser quelques questions :

  • Si c’est pour finir par appeler à l’union, à quoi cela servait-il de créer encore un autre parti et donc de fragmenter un peu plus les positions « libérales » ? Allez voir le PLD plutôt.
  • Si c’est pour prendre des positions libérales, pourquoi dénommer le partir « libertarien » ?
  • Il paraît que nous nous avons en commun un « essentiel » sur lequel nous pourrions nous « rassembler » ; mais alors quel est-il est comment se fait-il qu’il ne soit déjà explicité et que personne n’ait encore réussi à faire ce rassemblement qui serait pourtant une évidence ?
  • Il s’agirait de « gagner le combat médiatique », mais comment faire pour ne pas être assimilé alors à tous ceux qui tentent de faire la même chose, j’ai nommé les hommes politiques ?
  • Il paraît qu’il y a un « agenda très précis à respecter » pour être « indolore ». Mais ne sommes-nous pas des individualistes, et donc n’avons-nous pas tous et chacun une vue très différente de ce qui peut être « indolore » ou pas, par exemple ? Approche collectiviste.
  • Si le pessimisme les gagne déjà, puisque « aucun changement ne sera possible » autrement, comment peut-on faire leur confiance pour mobiliser et guider une « union » sur le long terme comme le suppose la lutte farouche nécessaire vue la gravité de la situation ?

Je ne sais si c’est fortuit, probablement pas, mais ce message arrive alors qu’il y a quelques jours à peine, Hans-Hermann Hoppe, leader à penser des libertariens « durs » dirais-je, venais de produire un discours maquant et tranché où il fustige tous les pseudos libéraux et faux libertariens, proposant de plus une stratégie politique très ciblée pour surfer sur la lame de fond du bon sens populaire.

Or H-H.Hoppe ne propose pas aux libertariens de s’allier avec les Républicains ni même avec les faux libéraux ou libéraux de gauche. Il ne propose pas non plus d’aller prendre les médias d’assaut, ni de suivre à l’envers la « route de la servitude ». Il propose une stratégie populaire et populiste.

Je ne suis pas en train d’affirmer que HHH a toujours et forcément raison. Mon objet est de rappeler que l’idée même de nous dénommer et de nous afficher libertariens, c’est de sortir de l’image trop entachée et mollassonne des libéraux, sinon du libéralisme, pour gagner l’opinion « des gens » sur la base d’idées claires, tranchées – les idées libérales authentiques. L’union n’est donc pas un préalable, ni ne peut l’être. Elle sera la conséquence si nous portons nos idées avec force et conviction.

Message original reçu :

« Quotidiennement nous rencontrons des libéraux, affirmés ou pas, d’une école ou d’une autre, en tout état de cause des personnes qui ont le même constat que nous sur l’état de notre société.
Aujourd’hui les personnes de sensibilité libérale pensant que l’état est trop présent dans la sphère privée, que les règlementations paralysent le pays et que la fiscalité est punitive sont légion.
Mais nous constatons que lorsqu’il s’agit d’entrer en action que ce soit au sein d’un parti politique comme le nôtre ou par quelques autres moyens, ces personnes de sensibilité très proche s’écharpent sur des points qui, à ce jour, sont des points de détail.
Certains libéraux vont vouloir que l’état se cantonne à ses missions régaliennes, d’autres vont vouloir instaurer des chèques sociaux dédiés, les anarchistes eux ne veulent accepter aucune alliance avec ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, etc …
Les sensibilités libérales sont infinies et cette diversité qui devrait être une force est pour l’instant notre principale faiblesse.
Dans l’état actuel de la France, qui sombre dans une sorte de « communisme light », nous sommes très loin des préoccupations citées ci-dessus.
Nous pensons qu’il est urgent d’agir afin d’arrêter cette spirale infernale et nous sommes quasiment tous d’accord sur les premières étapes à mettre en place.
Car il faut bien comprendre que même si nous arrivions demain au pouvoir, il faudrait de nombreuses années avant de s’approcher d’une société libre et d’enfin pouvoir confronter nos idées sur ce que doit être, in fine, une société de liberté.
Nous partons de tellement loin que la transition doit être progressive, il y a un agenda très précis à respecter si nous souhaitons que le changement de régime soit indolore et fonctionne.
Ces guerres de chapelles entre libéraux sont actuellement contre productives.
Nous lançons donc un appel à toutes les sensibilités libérales, arrêtons de nous diviser sur des points de détail et rassemblons-nous sur l’essentiel, rassemblons-nous sur le changement de paradigme que nous appelons tous de nos vœux.
Toutes les tendances libérales doivent s’unir et mettre de côté leurs idéaux, si nous sommes divisés aucun changement ne sera possible et le collectivisme continuera d’avancer jusqu’à l’effondrement du système.
Une fois que les défenseurs de la liberté se seront unis, que nous aurons gagné le combat médiatique, que nous aurons montré à tous l’injustice et l’inefficacité du pouvoir politique centralisé et du collectivisme, que nous aurons remis au centre du discours politique la liberté et la propriété, que la société sortira enfin de la route de la servitude et empruntera le chemin de la liberté alors à ce moment-là, et pas avant, nous pourrons nous écharper gaiement sur tous ces sujets passionnants qui nous tiennent tant à cœur. »

Sunday, December 11, 2016

La stratégie de la pyramide libérale

Parfois je me retrouve à écrire ce qui semble des évidences, et je reprends ce risque à nouveau en tentant de traiter de la problématique de la diffusion des idées libérales et libertariennes auprès du plus grand nombre. Car il me semble que c’est un sujet de confusion au sein de bien des discussions.

Je l’avais développé dans un papier sur la « maturité libérale », la réalité est telle que tous les gens n’ont pas le même degré de compréhension et d’adoption de la théorie libérale, y compris la majorité de ceux qui se croient ou se disent libéraux. Plus généralement, l’idée consiste à constater que la compréhension de la théorie libérale est un chemin qui passe par des étapes qui sont autant de remise en question de facettes de l’étatisme qui nous est inculqué depuis notre jeunesse.

La pyramide que suggère le titre est ainsi constituée à la base de la foule des étatistes collectivistes de tous poils. Viennent alors au-dessus la foule plus réduite des gens qui tels les supporters de Fillon, voient vaguement que le libéralisme est la voie à suivre, mais sans trop comprendre ce mot ni sans abandonner un fort attachement à l’état sous ses multiples formes. Au-dessus se trouvent le nombre plus réduit de ceux qui se déclarent ouvertement libéraux, demandent certaines actions de réduction du mammouth et ont vaguement entendu parler d’auteurs comme Milton Friedman. On trouve enfin un certain nombre de couches de faibles populations de libéraux avertis, minarchistes et libertariens.

Le but de ce concept de pyramide n’est pas de faire des libertariens une élite, mais simplement de décrire la réalité des idées et de servir de base à nos stratégies de communication et d’explication.

Car si nous voulons espérer un jour voir plus de gens, sinon tous ou même la majorité, comprendre ou simplement adopter plus ou mieux les idées de liberté, ce n’est pas par le vote ni par la force qu’on y arrivera, mais par l’explication. Il faut donc adapter nos explications à nos cibles et s’organiser ensemble en fonction des cibles. Mais aussi d’où on se trouve sur la pyramide.

Ainsi, pour toucher l’immense foule du bas de la pyramide, il est illusoire d’espérer que les rares libertariens soient assez nombreux pour tirer tout ce monde vers le haut, même si cela peut arriver ponctuellement et qu’il soit pertinent de le faire autant que possible. En volume, il vaut mieux parier sur une stratégie où chaque couche tire de proche en proche la couche en dessous vers la sienne.

Dès lors, l’effort des fillonistes sera de convaincre les jupettes, les pseudo-libéraux tenteront d’amener les fillonistes à eux, par exemple sur plus de privatisation, les minarchistes travailleront à expliquer aux pseudos pourquoi l’état doit maigrir encore et encore et les libertariens continueront de tirer tout le monde vers le haut. De proche en proche, comme dans un entonnoir, on peut espérer voir de plus en plus de concepts de liberté imprégner les couches de la pyramide de la liberté.

Il serait d’ailleurs astucieux peut-être que nos sites web ou autres Facebook adaptent leurs publications et suggestions de lectures au niveau de maturité de leur lectorat. Imaginez un Contrepoints qui proposerait des lectures nouvelles en fonctions de points de concepts acquis par la lecture ou par les commentaires, tirant ainsi les lecteurs vers le haut à leur rythme.

Bref, les libertariens ont deux priorités dans leur effort d’explication : les minarchistes ou pseudos assez proches, et tous les autres quand s’en trouve des ouverts mûrs et prêts à monter rapidement dans les couches de concepts. Si chacun de nous arrivait à convaincre 10 personne par an, en 3 ans nous serons mille fois plus et majoritaires en simplement 6 ou 7 ans. Mais ça, c’est la théorie, et c’est à condition que chacun s’attache à convaincre et à expliquer, et non à se complaire dans le débat quand il ne peut y en avoir ou dans le combat quand il devrait y avoir écoute et respect.

Wednesday, December 31, 2014

La liberté au service du socialisme

Hasard de la conjonction de certains événements sans importance et qui pourtant font ressortir une conviction, une évidence. Hier soir, je regarde ce grand film que reste « Lawrence d’Arabie ». J’ai presque fini l’excellent livre de Philippe Fabry sur Rome et le libéralisme devenu socialisme. Et ces idiots de la Poste annoncent l’augmentation du prix du timbre pour compenser la baisse du trafic postal. Laffer est dans le sac postal.

Tout cela m’a rappelé un rapide article (« Deuxexponentielles, laquelle l'emportera ? ») où je constatais une chose simple et bien connue : « On peut donc caractériser le siècle passé comme ayant vu l’émergence conjointe de deux phénomènes de natures empiriquement exponentielles. L’état comme frein économique de par ses multiples interventions et son endettement voit son poids – et donc sa capacité à nous ralentir – croître exponentiellement, pour atteindre en France un des sommets mondiaux. Le développement technologique voit de même sa capacité à nous apporter de la valeur par l’innovation, une distribution mondiale et une baisse continue des prix connaître, aujourd’hui aussi une accélération exponentielle. »

Lawrence nous montre des Arabes jaloux de leur liberté, mais englués dans un islam rétrograde et anti-économique, incapable de leur permettre de profiter de leur chère liberté. La prise de Damas aux Turcs, c’est en 1918. Un siècle après, les peuples arabes souffrent encore de ce même mal, qui s’exprime par tous ces conflits, toute cette radicalisation islamique dans le monde. Mais comment ont-ils fait pour survivre économiquement ?

Au passage, ne nous y trompons pas, l’arrivée du pape François et surtout l’arrivée de son message socialisant affligeant est du même acabit, même s’il est clairement moins violent. Les religieux, comme les socialistes, sont un frein au progrès de par leur incapacité – ou plutôt leur farouche opposition de principe – à reconnaître la valeur éthique du développement technologique et commercial. Mais c’est un autre sujet.

Par ailleurs, Philippe Fabry nous explique d’abord le succès de la liberté romaine, puis la lente déchéance de l’empire devenu pas à pas plus socialiste. Thèse très proche de celle de H-H.Hoppe, il en tire un signal d’alarme contemporain où il nous éclaire sur l’analogie des situations. Notre démocratie, à commencer par la française comme l’américaine, est un nouvel empire romain en pleine déliquescence pour cause de socialisme, dont l’explosion rétrograde et violente est proche. Je le suis à 100%, moi qui crois beaucoup à la sécession comme option probable du retour de régions libres. Pourtant, il semble que le temps qu’on mette de nos jours à voir l’empire démocrate se déliter soit bien plus long qu’à l’époque. Comment cela se fait-il ?

Les timbrés de la poste enfin. Le dogme anti-économique et donc immoral des sévices publics est tellement inscrit en profondeur dans l’esprit de nos socialistes au pouvoir qu’ils en arrivent à ce genre d’aberration qui ne peut qu’accélérer la chute de cette institution. En effet, si un service est moins utilisé, c’est que sa valeur ou son « utilité » sociale a baissé. Face à une demande moindre, on ne peut que baisser ses prix ou réformer ses services ou produits, ou envisager la faillite. Mais nos gouvernants se moquent bien de la logique économique. Comme les Arabes, ils croient que le dieu Gauche pourvoira à leur réussite et à leur bonheur, puisqu’ils respectent son dogme. Et donc la même question : comment peuvent-ils durer aussi longtemps ?

Dans tous ces cas de figure, ce qui permet cette durée, heureusement ou malheureusement pour nous et telle est la question, c’est le progrès que le capitalisme arrive malgré tout à assurer à notre monde. C’est le peu de liberté qui reste dans ce monde qui permet au socialisme de continuer à s’installer.

Les Arabes de Lawrence ont depuis profité du pétrole que les Occidentaux ont trouvé pour eux. Cette manne leur a permis de profiter du progrès apporté par d’autres sans profondément renier leur horrible mépris de l’économique et de la liberté. Les postiers et les socialistes de France comme des Etats-Unis peuvent de même faire avancer leurs chimères parce le progrès continu d’arriver par ailleurs. Dans les deux cas, le processus romain de déchéance se reproduit à l’identique, mais il est gommé, masqué et ralenti par le gain de niveau de vie qui nous vient de l’exponentielle du progrès capitaliste. On ne compte pas le nombre de pays à travers le monde devenus peu à peu des tyrannies socialistes qui réussissent à tenir grâce au même phénomène. Comme si Hong Kong et Singapour à eux seuls suffisaient à faire tenir tous les socialistes du monde. Paradoxe où la liberté est au service du socialisme.

Alors je repose ma question. Quelle exponentielle va gagner ? Va-t-on voir un effondrement socialiste généralisé, comme Fabry et Hoppe le prévoient ? Et surtout quand cela se fera-t-il ? Ou bien le progrès permettra-t-il aux taux d’imposition – 75% déjà en France pour la grande majorité de la population – de frôler les 95% et ainsi au socialisme de durer sine die ? Ou bien le progrès au contraire, avec l’arrivée d’Internet partout, des seasteaders, des objets connectés, des robots, va-t-il faire exploser la gangue socialiste avant l’heure ?

Pour ma part, je parie pour cette dernière option. Et vous ?

Thursday, February 7, 2013

Libertariens contre Libéraux


Comme (trop) régulièrement, le débat théorique et stratégique entre libéraux et libertariens vient de connaître quelques soubresauts ces derniers jours. Certains libéraux voient certains libertariens - dont je fais partie - comme des intolérants agressifs, pour rester poli, et s’étonnent que ces derniers leur tombent dessus au lieu de faire la chasse au socialo, supposé le seul ennemi commun.

Je vais donc tenter une fois encore de clarifier la vision des choses vue du côté d’un libertarien, en espérant que cela aide l’autre côté à avancer.

Ceux que je qualifie ici avec bienveillance de libéraux sont tous ceux qui croient qu’il est possible de faire avancer le libéralisme en ce pays au sein du système politique partisan traditionnel. Je mets sous cette étiquette tous les libéraux logeant chez l’UMP, divers centristes type UDI et le PLD de même depuis qu’il a rejoint cette dernière.

Le libéralisme est très mal connu par nos concitoyens. Même une bonne part des libéraux ne le connaît que mal ou seulement en partie, n’en voyant souvent que la dimension économique mais pas la dimension juridique. Il faut reconnaître que l’image qu’en a la plupart des gens est ternie par des années de propagande social-démocrate.

Pourtant aucun système politique n’est plus humaniste que le libéralisme authentique. Aucun n’est plus juste socialement, aucun n’est plus favorable à une saine et durable prospérité soutenue. Paradoxe donc, puisque ces arguments sont typiquement certains des plus forts que les opposants au libéralisme avancent contre lui. Paradoxe qu’il faut justement arriver à casser dans l’esprit des gens pour espérer gagner l’opinion.

Les libertariens pensent que cet objectif est atteignable si l’on présente à l’opinion un discours direct, franc et honnête, centré sur ces arguments humanistes, sans fausse nuance. Car tout le monde ou presque est naturellement libéral. Ron Paul a montré qu’il est possible de toucher l’opinion si on tient un discours de ce type, un discours nouveau et qui change tellement de la soupe mensongère de l’ordinaire politicien.

Si Ron Paul avait raison, ou dans le même style un Nigel Farage, alors l’opportunité du libéralisme tient dans l’efficacité de cette clarté de langage qui peut toucher directement la masse des déçus et des abstentionnistes.

Mais cela suppose de prendre l’opinion à contre-pied, elle qui est convaincue que le libéralisme est le mal absolu. C’est-à-dire qu’il faut être insoupçonnable de double discours. Il faut pour cela être crédible et donc propre sur soi et cohérent. La moindre trace de soupçon de mensonge ou de veste retournée doit être chassée à tout prix. Le discours entier n’est crédible qu’à ce prix.

Si cette analyse est juste, alors nous ne toucherons l’opinion que si nous ne sommes pas attaquables, pour ne pas être confondus avec le système que nous critiquons.

Ron Paul se servait du système mais n’a jamais laissé aucun doute, ni par son discours ni par ses votes, sur sa pensée et son objectif politique ultime. Il était dans le système certes, mais contre lui, pour le dénoncer de l’intérieur. Même s’il n’est pas vraiment libéral, Nigel Farage utilise le même stratagème, il joue le ver dans le fruit et contribue à décrédibiliser et discréditer l’Europe de l’intérieur. Mais pour y arriver, il a annoncé la couleur d’emblée, l’UKIP a dès le début opté pour un programme anti-européen qui a convaincu un nombre croissant de britanniques.

Leur expérience le montre donc, la seule chance politique du discours libéral passe par un affichage décomplexé et sans fard de nos idées, exprimé par une ou des voix libres de toute ambiguïté.

Pour en revenir à nos libéraux UMPistes, il est dommage qu’ils ne voient pas pourquoi ils subissent les foudres des libertariens. La raison est pourtant simple : ils font obstacle au développement du message libéral en ce pays. Ils y font obstacle en brouillant l’image et le message par leur appartenance aux partis traditionnels. Et bien noter que je ne parle même pas de message libertarien…

Car un – ou une – libéral(e) sincère qui s’affiche auprès de l’UMP est en premier lieu vu comme un UMP. Surtout que comme il est probablement inconnu de l’électorat, que son affichage comme libéral est tout autant incompris, ce n’est que son appartenance au parti qui détermine l’appréciation par la grande majorité des électeurs.

De plus, aucun des grands partis n’a le moindre intérêt à changer le système en profondeur, car c’est du système qu’ils vivent et prospèrent. Tous les gentils libéraux pourront tenter d’infiltrer l’UMP ou le Centre, tant qu’ils seront minoritaires ils ne seront que manipulés et étouffés. Et pour être majoritaires, il faudrait que l’électorat mal informé les y mettent, ce qui ne tient pas debout.

Croire que les grands partis demeurent le seul moyen d’avoir accès à la machinerie de communication partisane constitue donc une erreur profonde. Soit les libéraux ne pourront pas s’exprimer largement, soit leurs rares messages seront de toute façon entachés de l’image UMP ou Centre.

Pour ces nombreux libéraux sincères mais pas toujours conscient de cette erreur stratégique, il n’y a à mon sens qu’une seule option : rejoindre les rangs des trop rares initiatives de promotion du libéralisme qui éclosent hors du champ des partis politiques traditionnels, pour y porter un discours sans compromis et sans ambiguïté. Ou continuer à subir nos quolibets et critiques.

Tuesday, April 26, 2011

Contribution a une stratégie pour un Parti Libertarien en France - Introduction

A l’heure où tous les partis et autres groupuscules de France commencent à fourbir leurs armes verbales et démagogiques de tous ordres en vue de l’échéance de 2012, il peut être opportun de contribuer au réveil des libéraux en France en posant les bases d’une stratégie de transition vers l’instauration d’une véritable société libertarienne – on peut la rêver, en tout cas.

Un certain nombre d’initiatives existent déjà, fortes souvent de propositions très concrètes et allant dans le bon sens, mais qui pour autant, me semble-t-il, ne posent pas assez clairement les enjeux en termes d’objectif à atteindre et d’obstacles à franchir.

De même, des réflexions (en français) de fond existent, par exemple celle Bernard Lemenicier (http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/displayArticle.php?articleId=65) mais elles ne me semblent l’aborder que de manière théorique, n’étant pas non plus de la dernière actualité . Bien sûr, il y a aussi tout le matériau disponible via le Libertarian Party américain (www.lp.org), le Libertarian Forum de Rothbard (http://mises.org/journals//libertarianforum.asp) et beaucoup des idées sont à reprendre, mais la réalité de la France n’est pas celle des Etats-Unis, il faut donc adapter ce riche matériau.

Cette modeste contribution souhaite aider à clarifier les enjeux et les options quant à la démarche à suivre.

Une stratégie pour amener le libertarianisme, pardon, le libéralisme en France (*) devrait être réaliste et pour ce faire aborder le sujet de notre déplorable existant jusqu’à une cible future qu’il s’agira d’atteindre, ou du moins approcher.

(*) Dans la suite de ce texte, libéralisme est à prendre au sens de Pascal Salin, c'est-à-dire un libéralisme pur, dit « libertarien » pour éviter la confusion avec tous ces ersatz qui hantent les discours politiques de nos jours. C’est le libéralisme des grands penseurs libertariens, tels M.Rothbard, H-H.Hoppe ou L.v.Mises.

Pour ce faire, il me semble que nous devons envisager trois grandes phases et pour chacune des objectifs et des domaines d’action propre.

Ce premier texte propose la démarche générale, ses trois grandes phases, qui seront développées plus en détail chacune dans un texte propre, à venir (+) :

(+) J’espère que ce premier texte suscitera de nombreuses contributions des libéraux ;-)

  • 1) Reprendre le pouvoir :
« Reprendre le pouvoir,» pour bien marquer que le « pouvoir,» horrible mot de la politique politicienne, n’appartient pas à l’état mais au peuple, constitué de chaque individu.

Avant tout, il s’agit de créer ou de s’assurer que les conditions sont remplies pour que l’opinion soit suffisamment et consciemment demandeuse de liberté et de libéralisme. Tant que cette condition n’est pas remplie, il n’est qu’illusoire, sinon utopique, d’espérer plus qu’un infléchissement hypothétique de l’humeur de l’électorat en faveur de certaines mesures de nature à se rapprocher du libéralisme, sans jamais en poser les fondations.

Cette phase est déterminante et il ne faut pas la négliger, sous peine d’engager des moyens, lancer des projets, engager des frais sur des élections, susciter des espoirs, par exemple, qui resteront inéluctablement sans conséquence et sans impact notable.

L’objectif doit être de nature informative et de sensibilisation, il s’agit de créer la demande, d’éveiller nos concitoyens à la réalité du monde dans lequel on nous a peu à peu enfermés et, par la prise de conscience, accroître leur pression sur le système pour demander que celui-ci se libéralise concrètement, de plus en plus et sur de plus en plus de sujets.

Il faut cependant garder le cap, et le bon. Beaucoup de faux libéraux, n’ayant pas bien compris combien nous sommes loin d’un semblant de liberté, ont tendance à se contenter de quelques mesurettes de circonstance, et bien vite se préoccupent d’une prise de pouvoir, souvent élective, tout ce qu’il y a de dérisoire, voire despotique.

Cela passe par une longue campagne d’information, exploitant tous les vecteurs modernes, le web, facebook, les medias. Mais aussi d’autres moyens. L’infiltration des autres partis, les opportunités de prise de pouvoir locales – les free state projects – sont aussi des moyens à considérer. Et bien d’autres.

Cela passe aussi par la « prise du pouvoir » concrète, but ultime pour beaucoup de partis, y compris libéraux, mais qui pour un libertarien ne peut en aucun cas être le nirvana, puisque il s’agit une fois ce cap franchi de « rendre le pouvoir,» donc de poursuivre l’effort.

  • 2) Organiser une transition :
Une fois les conditions en place, une fois le « contrôle » repris, il faut faire en sorte de ramener ce pays, de l’amener plutôt, à un état (!) digne de la devise qui figure au front de ses multiples mairies et bâtiments dits publics.

De nombreuses choses devront donc être « défaites,» libéralisées, privatisées, sorties du joug de la loi et de la force. En théorie, une abrogation massive de 99% du Dalloz suffirait pour atteindre ce résultat. Ce n’est pourtant qu’une partie des travaux d’un Hercules libéral.

Les institutions elles-mêmes devront disparaître, être dissoutes, sans être remplacées. Adieu l’Elysées, l’Assemblée, le Sénat et autre Cours des Comptes. Ciao bonsoir…

Il faudra aussi rendre au peuple la propriété qui lui a été soustraite. Le Château de Versailles, les barrages, les voies ferrées, les ponts, les routes, la bibliothèque de France, Bercy, le Louvre, tous ces ouvrages, simplement pratiques et productifs, ou vrais symboles de notre histoire, tous devront être restitués. Ventes aux enchères, privatisation en sociétés par actions, les solutions existent et sont nombreuses, le principe, lui, doit rester immuable.

Les services publics devront être remplacés par des services venant du marché libre. La chose est simple sur la papier. Mais ces services ne sortiront pas du chapeau libéral, il faudra un peu de temps avant qu’ils soient mis sur le marché et que la concurrence fasse son œuvre. On ne remplace pas la SNCF par la SNCF, ni EDF par EDF.

Les fonctionnaires peuvent être facilement convertis en contractuels. Mais cela ne supprime pas leurs fiches de salaire, du moins pas tout de suite. Les impôts pourront-ils donc être immédiatement supprimés ? Quelle fiscalité adopter pendant cette transition ? La flat-tax est-elle la seule réponse possible ?

La dette, l’énorme dette doit faire l’objet d’un plan spécifique. Faut-il rendre les élus responsables sur leurs biens propres ces dettes contractées abusivement ? Est-il juste de demander au peuple de continuer à rembourser même ne serait-ce qu’une infime partie de ce monstre ? Qui rembourser ? Que renégocier ?

La monnaie enfin est sans doute un sujet encore plus délicat, dont les ramifications touchent tous les thèmes précédents. Sortir de l’euro semble une évidence, le retour à l’or aussi. Mais comment faire en sorte que chacun ait – très vite – un peu d’or dans son bas de laine quand seul le papier-monnaie a une réalité tangible ?

De plus, voire surtout, tout cela devra être accepté par le peuple, sinon, la guerre civile risquerait exploser à tout moment. Aller trop vite, c’est risquer de ne pas être compris par une opinion sans doute encore fragile, c’est se mettre trop de privilégiés à dos et risquer basculer dans le chaos. Aller trop lentement, c’est donner trop de temps pour que la résistance s’organise, créer des frustrations. Ne pas aller au bout, c’est tout simplement inacceptable.

Il faudra donc du temps. Une période de transition semble inéluctable. Il faudra donc organiser cette transition, choisir les premières priorités, puis les secondes, les expliquer. « Organiser,» de manière à garder l’opinion, l’espoir, et l’objectif.

On peut envisager de nombreuses options, même si bien évidemment, ce ne sera que sur pièce, au moment, que la décision pourra se prendre. Plus les options seront claires, et préparées, plus elles pourront aboutir.
  • 3) Durer :
Enfin, la cible atteinte, le nirvana à portée, le mammouth réduit à un squelette, voire même moins, il s’agira de résister et durer et donc de s’organiser pour cela.

Non pas que la société libérale ne soit pas capable d’auto-fonctionner ni de rendre ses citoyens aussi heureux que libres, bien au contraire, mais la France n’étant pas seule au monde, la concurrence, la jalousie et l’envie des gouvernants des autres pays devra être contenue.

Comme la Suisse, il faudra sans doute organiser une défense (privée et) efficace. Ou comme Monaco, la France devra peut-être devenir le meilleur paradis fiscal au monde. L’arme nucléaire dissuasive fera peut-être partie de ce dispositif – une arme désétatisée, bien évidemment. Et puis, la puissance commerciale d’un pays redevenu dynamique et inventif sera sûrement notre meilleure défense.

Peu importe la stratégie, il est trop tôt pour la choisir, mais il n’est pas trop tôt pour intégrer la réflexion à notre plan de bataille…