(Publié sur Le Cercle en 2016.)
La concurrence est un phénomène qui est bien plus simple que beaucoup le pensent. Pour le comprendre, commençons par ce qu’elle n’est pas. Tout entrepreneur le sait bien, par exemple un vendeur de voitures ou de téléphones, lorsqu’on se trouve en compétition face une autre voiture ou un autre téléphone, on cherche à expliquer au client en quoi notre produit est unique, ne serait-ce que par le prix. De même pour un séjour touristique, des légumes ou un nouveau collaborateur : c’est chaque fois ce qui les rend unique qu’on met en avant pour convaincre et amener la décision.
Ainsi, mon concurrent n’est donc pas celui qui a le même produit ou service que moi, mais celui qui arrive à mettre en avant sa différence. Mais dès lors, où s’arrête le jeu de cette différence ? Est-ce qu’une voiture de sport est en concurrence avec une voiture familiale ? Pour beaucoup d’homme, la réponse est positive dans la mesure où beaucoup aimeraient acheter les deux et donc doivent choisir laquelle acheter en premier. Est-ce que le train est en concurrence avec l’avion ? Bien sûr, quiconque a voyagé entre province et Paris hésite régulièrement, y compris avec voiture et covoiturage.
En réalité, la concurrence ne s’arrête pas là. Dans nos budgets, le voyage est en concurrence avec le sport, les loisirs, les sorties au restaurant, les livres ou encore les spectacles. Pourtant, aucun hôtel ne s’imagine, à tort, en concurrence avec un libraire. Le nœud de compréhension est ici : la concurrence n’est pas une chose que les acteurs de l’économie décident, mais que chacun de nous décide. C’est moi qui arbitre mes dépenses entre voyage ou voiture, banane ou alcool, téléphone ou formation.
Le concept de concurrence déloyale se révèle alors pour ce qu’il est : un vide sémantique, un contre-sens, une ineptie. Si c’est moi, l’individu, qui décide à chaque instant de ce que je considère être en concurrence, en choisissant librement telle dépense plutôt que telle autre, quel place la loi pourrait-elle tenir dans ce schéma ? A moins de m’interdire certains choix plutôt que d’autres, à moins de m’interdire de prendre le bus quand un train va à ma destination, comme ce fut longtemps le cas.
La concurrence est la normalité, elle est précieuse au progrès de tous par le choix qu’elle porte en elle. Les taxis et tous ceux qui hurlent à la concurrence déloyale sont de mauvaise foi, ils utilisent un faux concept pour justifier le recours à la loi pour réduire notre liberté à leur profit. Et on les écoute.
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Monday, March 5, 2018
Sunday, January 7, 2018
Les taxis nous taxent
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
Il y avait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un bon blocage franchouillard de la circulation. L’arrivée d’un nouveau gouvernement est un événement que les centrales syndicales se doivent de ne pas manquer, selon la loi de celui au plus grand pouvoir de nuisance. Notre « démocrassie » est ainsi faite : c’est à celui qui profitera le plus de l’autre. Tant pis pour la morale, pourtant réputée à gauche. C’est cette solidarité française où il s’agit d’avoir plus de privilèges et de « social », et non plus de justice. Eh oui, sinon cela servirait à quoi que des corporations aient des « acquis sociaux » ?
Ainsi le droit de nuisance, pardon, de « grève », serait sacré – paradoxe religieux. Sous ce prétexte, faire avancer ses « revendications » suffit à justifier de bafouer la liberté des autres. A tour de rôle, les professions du secteur des transports – et tant d’autres – acceptent ainsi de subir une gêne ponctuelle dans la mesure où à son tour, une autre prendra part au jeu du « ki-bloque-ki ».
Et ainsi depuis des années, nous avons droit plus ou moins régulièrement à une semaine de blocage du métro, une journée escargot par les tracteurs, une démonstration de coordination des camionneurs, ou comme en ce début d’année, une prise d’otages organisée par les taxis. Et pour entretenir leur pouvoir de nuisance, l’état, pardon, tout gouvernement quel qu’il soit, cède. Et il n’y a aucune raison pour que cela ne recommence. Est-ce vraiment le fonctionnement d’une société dite évoluée ?
Dans le cas présent, ces chers taxis prétendent contester l’évolution des règles de la Sécurité sociale qui rendent possible le remboursement d’un trajet en taxi par assimilation à un service d’ambulance. Sans cette possibilité, une part substantielle de leur activité, disent-ils, leur serait supprimée. Et alors ? Rappelons cette vérité économique élémentaire : si une profession n’arrive pas ou plus à vivre parce qu’elle ne correspond pas ou plus au besoin des consommateurs, il est dans l’ordre des choses qu’elle disparaisse sans bruit et laisse la place à d’autres métiers ou d’autres technologies.
Il faut se rappeler que les taxis constituent une des professions les plus réglementées et les plus anti-concurrentielles de notre espace économique. L’obligation d’acheter une « plaque » fort cher pour avoir le droit de prendre des passagers leur assure un numerus clausus et un niveau de prix hors de toute logique d’offre et de demande. Sur Paris, les moto-taxis tentent depuis quelques années de proposer leurs services au niveau des aérogares d’Orly et Roissy. Mais les textes – et la profession à quatre roues – ne leur permettent pas de faire publicité de leur activité. Ils doivent se cacher des chauffeurs de taxis au risque d’une dénonciation de leur activité à la police, voire de passer à tabac.
A Toulouse, les taxis ont réussi à empêcher que la ligne du tram, construite à grands frais entre les Arènes et Aeroconstellation, qui passe à deux pas de l’aérogare, fasse escale à celui-ci, sous prétexte là encore qu’une part importante de leurs passagers leur aurait été confisquée au profit du nouveau transport pourtant en commun (NB : cela a changé depuis parution). C’est dire la confiance qu’ils ont dans leur propre pertinence. Les taxis, par leur manifestation immorale car elle attente à la liberté de circuler, sont une parfaite illustration des blocages socio-économiques de la société française.
L’inculture économique organisée depuis plus d’un siècle a inculqué aux « élites » cette croyance protectionniste voulant que la concurrence (c’est-à-dire le libre marché) soit mauvaise pour un nombre invraisemblable de professions. Et on trouve normal que chacun y aille de son blocus bien à lui quand, au contraire, c’est la libéralisation du marché qui profiterait au plus grand nombre et aux professionnels eux-mêmes qui verraient les meilleurs se maintenir. Pauvre France aveuglée…
Il y avait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un bon blocage franchouillard de la circulation. L’arrivée d’un nouveau gouvernement est un événement que les centrales syndicales se doivent de ne pas manquer, selon la loi de celui au plus grand pouvoir de nuisance. Notre « démocrassie » est ainsi faite : c’est à celui qui profitera le plus de l’autre. Tant pis pour la morale, pourtant réputée à gauche. C’est cette solidarité française où il s’agit d’avoir plus de privilèges et de « social », et non plus de justice. Eh oui, sinon cela servirait à quoi que des corporations aient des « acquis sociaux » ?
Ainsi le droit de nuisance, pardon, de « grève », serait sacré – paradoxe religieux. Sous ce prétexte, faire avancer ses « revendications » suffit à justifier de bafouer la liberté des autres. A tour de rôle, les professions du secteur des transports – et tant d’autres – acceptent ainsi de subir une gêne ponctuelle dans la mesure où à son tour, une autre prendra part au jeu du « ki-bloque-ki ».
Et ainsi depuis des années, nous avons droit plus ou moins régulièrement à une semaine de blocage du métro, une journée escargot par les tracteurs, une démonstration de coordination des camionneurs, ou comme en ce début d’année, une prise d’otages organisée par les taxis. Et pour entretenir leur pouvoir de nuisance, l’état, pardon, tout gouvernement quel qu’il soit, cède. Et il n’y a aucune raison pour que cela ne recommence. Est-ce vraiment le fonctionnement d’une société dite évoluée ?
Dans le cas présent, ces chers taxis prétendent contester l’évolution des règles de la Sécurité sociale qui rendent possible le remboursement d’un trajet en taxi par assimilation à un service d’ambulance. Sans cette possibilité, une part substantielle de leur activité, disent-ils, leur serait supprimée. Et alors ? Rappelons cette vérité économique élémentaire : si une profession n’arrive pas ou plus à vivre parce qu’elle ne correspond pas ou plus au besoin des consommateurs, il est dans l’ordre des choses qu’elle disparaisse sans bruit et laisse la place à d’autres métiers ou d’autres technologies.
Il faut se rappeler que les taxis constituent une des professions les plus réglementées et les plus anti-concurrentielles de notre espace économique. L’obligation d’acheter une « plaque » fort cher pour avoir le droit de prendre des passagers leur assure un numerus clausus et un niveau de prix hors de toute logique d’offre et de demande. Sur Paris, les moto-taxis tentent depuis quelques années de proposer leurs services au niveau des aérogares d’Orly et Roissy. Mais les textes – et la profession à quatre roues – ne leur permettent pas de faire publicité de leur activité. Ils doivent se cacher des chauffeurs de taxis au risque d’une dénonciation de leur activité à la police, voire de passer à tabac.
A Toulouse, les taxis ont réussi à empêcher que la ligne du tram, construite à grands frais entre les Arènes et Aeroconstellation, qui passe à deux pas de l’aérogare, fasse escale à celui-ci, sous prétexte là encore qu’une part importante de leurs passagers leur aurait été confisquée au profit du nouveau transport pourtant en commun (NB : cela a changé depuis parution). C’est dire la confiance qu’ils ont dans leur propre pertinence. Les taxis, par leur manifestation immorale car elle attente à la liberté de circuler, sont une parfaite illustration des blocages socio-économiques de la société française.
L’inculture économique organisée depuis plus d’un siècle a inculqué aux « élites » cette croyance protectionniste voulant que la concurrence (c’est-à-dire le libre marché) soit mauvaise pour un nombre invraisemblable de professions. Et on trouve normal que chacun y aille de son blocus bien à lui quand, au contraire, c’est la libéralisation du marché qui profiterait au plus grand nombre et aux professionnels eux-mêmes qui verraient les meilleurs se maintenir. Pauvre France aveuglée…
Saturday, December 30, 2017
Le prix de l’essence est une plaisanterie...
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
La baisse du prix de l’essence et autres carburants ont donné lieu ces derniers jours à une agitation politico-médiatique assez ridicule pour mériter un article qui rappelle quelques vérités simples que nos « élites » voudraient plutôt enfouir.
Où on a ainsi abouti à une baisse à la pompe de 6 cents sur un prix de l’ordre de 1,65 euro, soit 3,6%, dont la moitié est prise sur les marges des distributeurs. Bel effort de leur part – et on les félicite pour avoir su saisir là une authentique occasion de lisser leur image – mais une tout aussi authentique moquerie de la part des pouvoirs publics.
Car les médias pour leur majorité se sont bien abstenus de rappeler cette triste réalité qui fait que la plus grosse part du prix des carburants (56% pour l’essence, 47% pour le diesel, selon le site du gouvernement) est due aux diverses taxes qui s’y cachent. Produit désormais de première nécessité économique et sociale, l’essence est depuis des années bien plus taxée que de nombreux produits dits de luxe. Et tenez vous bien, il n’y a pas moins de trois taxes qui entrent en jeu : la TIPE, la classique TVA, mais aussi la TVA sur… la TIPE !
Certes, cela laisse une petite moitié qui reste imputable aux aléas du prix du brut sur les marchés internationaux. Mais même ce prix, soumis à la concurrence, serait bien plus bas si ce n’était des états – via l’OPEP – qui le contrôlaient.
Ainsi donc en Socialie, pays où on est censé avoir à cœur l’intérêt du citoyen modeste, on aurait pu croire qu’une telle inquiétude quant à l’impact du haut prix sur la vie de M.Toutlemonde aurait donné lieu à une vraie baisse, une véritable décision courageuse : c’était facile, il suffisait de réduire drastiquement la part des taxes sur le prix. Et avec plus de 80 cents de taxes, il y avait largement de quoi marquer les esprits et montrer son « volontarisme ».
Mais la Socialie a besoin de sous. Beaucoup de sous. Il paraît que c’est la faute à la crise de l’euro, mais nous ne sommes pas dupes et savons bien que ces dettes accumulées sont le résultat d’une gabegie et d’une inefficacité bureaucratique dont il faudra bien que ces élus qui disent nous représenter osent dénoncer l’immoralité.
A cet égard, gauche et droite sont à mettre dans le même sac, car cette dette croît continuellement depuis bientôt 40 ans, sans distinction de bord. Etat, régions, départements, communes, Sécu, aucun budget n’a plus été équilibré depuis des années et on en vient même à nous faire croire que l’économie ne pourrait pas fonctionner sans ces dettes.
Et donc, plutôt que de réduire son train de vie, la Socialie préfère garder son régime gras et faire croire aux petites gens qu’avec 6 cents de moins, ils pourront bientôt rouler jusqu’au bout du monde. Belle affaire ! Pour un couple faisant 25 000 Km l’an, à 5 litres aux 100, cela fait une économie annuelle de 75 euros. A peu près trois repas au restaurant.
Proposons donc une mesure concrète pour finir sur une note positive : que la part de taxes dans le prix des carburants fasse l’objet d’un affichage obligatoire dans toutes les stations services. On verrait alors que la moitié de nos kilomètres servent subrepticement à financer – quoi déjà ? ah oui : le trou sans fond de la Sécu, trois millions de chômeurs, et surtout, surtout, la rémunération de ces ministres qui osent tenter de nous faire croire que la baisse de l’essence serait une grande victoire politique…
La baisse du prix de l’essence et autres carburants ont donné lieu ces derniers jours à une agitation politico-médiatique assez ridicule pour mériter un article qui rappelle quelques vérités simples que nos « élites » voudraient plutôt enfouir.
Où on a ainsi abouti à une baisse à la pompe de 6 cents sur un prix de l’ordre de 1,65 euro, soit 3,6%, dont la moitié est prise sur les marges des distributeurs. Bel effort de leur part – et on les félicite pour avoir su saisir là une authentique occasion de lisser leur image – mais une tout aussi authentique moquerie de la part des pouvoirs publics.
Car les médias pour leur majorité se sont bien abstenus de rappeler cette triste réalité qui fait que la plus grosse part du prix des carburants (56% pour l’essence, 47% pour le diesel, selon le site du gouvernement) est due aux diverses taxes qui s’y cachent. Produit désormais de première nécessité économique et sociale, l’essence est depuis des années bien plus taxée que de nombreux produits dits de luxe. Et tenez vous bien, il n’y a pas moins de trois taxes qui entrent en jeu : la TIPE, la classique TVA, mais aussi la TVA sur… la TIPE !
Certes, cela laisse une petite moitié qui reste imputable aux aléas du prix du brut sur les marchés internationaux. Mais même ce prix, soumis à la concurrence, serait bien plus bas si ce n’était des états – via l’OPEP – qui le contrôlaient.
Ainsi donc en Socialie, pays où on est censé avoir à cœur l’intérêt du citoyen modeste, on aurait pu croire qu’une telle inquiétude quant à l’impact du haut prix sur la vie de M.Toutlemonde aurait donné lieu à une vraie baisse, une véritable décision courageuse : c’était facile, il suffisait de réduire drastiquement la part des taxes sur le prix. Et avec plus de 80 cents de taxes, il y avait largement de quoi marquer les esprits et montrer son « volontarisme ».
Mais la Socialie a besoin de sous. Beaucoup de sous. Il paraît que c’est la faute à la crise de l’euro, mais nous ne sommes pas dupes et savons bien que ces dettes accumulées sont le résultat d’une gabegie et d’une inefficacité bureaucratique dont il faudra bien que ces élus qui disent nous représenter osent dénoncer l’immoralité.
A cet égard, gauche et droite sont à mettre dans le même sac, car cette dette croît continuellement depuis bientôt 40 ans, sans distinction de bord. Etat, régions, départements, communes, Sécu, aucun budget n’a plus été équilibré depuis des années et on en vient même à nous faire croire que l’économie ne pourrait pas fonctionner sans ces dettes.
Et donc, plutôt que de réduire son train de vie, la Socialie préfère garder son régime gras et faire croire aux petites gens qu’avec 6 cents de moins, ils pourront bientôt rouler jusqu’au bout du monde. Belle affaire ! Pour un couple faisant 25 000 Km l’an, à 5 litres aux 100, cela fait une économie annuelle de 75 euros. A peu près trois repas au restaurant.
Proposons donc une mesure concrète pour finir sur une note positive : que la part de taxes dans le prix des carburants fasse l’objet d’un affichage obligatoire dans toutes les stations services. On verrait alors que la moitié de nos kilomètres servent subrepticement à financer – quoi déjà ? ah oui : le trou sans fond de la Sécu, trois millions de chômeurs, et surtout, surtout, la rémunération de ces ministres qui osent tenter de nous faire croire que la baisse de l’essence serait une grande victoire politique…
Thursday, December 14, 2017
La Poste : un service de + en + timbré !
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)
Avec des militants anticapitalismes en leur sein, il faut s’attendre à tout venant des directions des administrations ou entreprises publiques. Ainsi la Poste vient de révéler que : « Le prix du timbre pourrait augmenter de 24% en 5 ans ». La raison ? « La Poste viserait ainsi à compenser la baisse du nombre de lettres envoyées ». Grâce à Internet et aux emails, les échanges de courrier ou de documents, dématérialisés, sont plus rares. Mais ce n’est pas elle qui s’adapte, mais nous par le prix !
Tout chef d’entreprise aimerait pouvoir raisonner ainsi : « Tiens, j’ai une baisse de mes commandes ; hop, il me suffit d’augmenter le prix de mes produits ou services. » Tout citoyen normalement constitué sait que s’il agissait ainsi, notre chef d’entreprise verrait inéluctablement ses clients se tourner vers les concurrents plus compétitifs. Ah, cette vilaine concurrence qui donne aux clients égoïstes des prix toujours plus bas. Ah, ce vilain marché qui oblige l’entreprise publique à rester compétitive et à innover pour répondre au besoin des citoyens et exerce la pression sur les revenus.
Il est effectivement facile d’augmenter les prix quand on dispose d’un monopole : mais comment savoir le juste prix, le juste niveau du service si la concurrence n’est là pour corriger les errements des (ir)responsables ? Ne serait-ce pas plutôt « grâce » au marché que nous pouvons éviter les pires dérives ? N’est-ce pas « grâce » aux prix de plus en plus bas que tout consommateur peut s’offrir les produits et prestations adaptés à son besoin en fonction de ses priorités d’achat ? N’est-ce « grâce » à la multiplication de l’offre que le nombre de producteurs s’accroît et donc le potentiel d’emplois ? Seul un marché libre est en mesure d’offrir de telles perspectives, jamais un monopole de l’état.
D’ailleurs, partout où l’état intervient, l’augmentation des prix est visible, car il n’en a jamais assez. Incapable d’innover, comme la Poste, l’état, c’est la raréfaction de l’offre, et donc la réduction des vrais emplois. C’est le cercle vicieux où est tombé la France en donnant un pouvoir abusif à des bureaucrates croyant pouvoir faire fi des lois économiques. Issus du sérail administratif, ils ignorent ce la prise de risques sur le marché, mais donnent à longueur de journée des leçons sans rapport avec une économie saine. Et ils augmentent le timbre car ils ne savent pas faire d’économies.
Ainsi, la quasi-totalité de leurs décisions économiques conduisent à détruire les emplois. A grands coups de réglementations liberticides, les décisions ministérielles enfoncent un peu plus le pays dans le déclin. Les dépenses quotidiennes liées à des emplois administratifs inutiles dans la fonction publique ne peuvent plus être couvertes par les prélèvements. C’est le règne de la dépense forcée qui n’en finit plus. Il est amusant de constater que ceux qui n’ont de cesse de dénoncer le marché comme une jungle nous démontrent que trop de réglementation conduit à l’arbitraire économique.
L’état dit avoir besoin de plus d’argent pour ses dépenses, et hop, sa seule et unique solution, c’est de ponctionner sans vergogne un peu plus les citoyens. Ça ne vous rappelle rien ? Quand le roi dépensait plus que de raison ? Et hop, il s’offrait soit une descente dans les villages pour spolier les pauvres serfs, soit une petite guerre pour voler d’autres peuples ! Belle civilisation que voilà.
Pour la Poste, il parait que le successeur du responsable actuel, qui a confirmé son départ, pourrait faire d'autres choix stratégiques. Au moins souhaitons-lui d’être un peu plus réaliste sur l’activité de son entreprise pour l’adapter au marché avant que ce ne soit le marché qui ne l’y oblige.
Avec des militants anticapitalismes en leur sein, il faut s’attendre à tout venant des directions des administrations ou entreprises publiques. Ainsi la Poste vient de révéler que : « Le prix du timbre pourrait augmenter de 24% en 5 ans ». La raison ? « La Poste viserait ainsi à compenser la baisse du nombre de lettres envoyées ». Grâce à Internet et aux emails, les échanges de courrier ou de documents, dématérialisés, sont plus rares. Mais ce n’est pas elle qui s’adapte, mais nous par le prix !
Tout chef d’entreprise aimerait pouvoir raisonner ainsi : « Tiens, j’ai une baisse de mes commandes ; hop, il me suffit d’augmenter le prix de mes produits ou services. » Tout citoyen normalement constitué sait que s’il agissait ainsi, notre chef d’entreprise verrait inéluctablement ses clients se tourner vers les concurrents plus compétitifs. Ah, cette vilaine concurrence qui donne aux clients égoïstes des prix toujours plus bas. Ah, ce vilain marché qui oblige l’entreprise publique à rester compétitive et à innover pour répondre au besoin des citoyens et exerce la pression sur les revenus.
Il est effectivement facile d’augmenter les prix quand on dispose d’un monopole : mais comment savoir le juste prix, le juste niveau du service si la concurrence n’est là pour corriger les errements des (ir)responsables ? Ne serait-ce pas plutôt « grâce » au marché que nous pouvons éviter les pires dérives ? N’est-ce pas « grâce » aux prix de plus en plus bas que tout consommateur peut s’offrir les produits et prestations adaptés à son besoin en fonction de ses priorités d’achat ? N’est-ce « grâce » à la multiplication de l’offre que le nombre de producteurs s’accroît et donc le potentiel d’emplois ? Seul un marché libre est en mesure d’offrir de telles perspectives, jamais un monopole de l’état.
D’ailleurs, partout où l’état intervient, l’augmentation des prix est visible, car il n’en a jamais assez. Incapable d’innover, comme la Poste, l’état, c’est la raréfaction de l’offre, et donc la réduction des vrais emplois. C’est le cercle vicieux où est tombé la France en donnant un pouvoir abusif à des bureaucrates croyant pouvoir faire fi des lois économiques. Issus du sérail administratif, ils ignorent ce la prise de risques sur le marché, mais donnent à longueur de journée des leçons sans rapport avec une économie saine. Et ils augmentent le timbre car ils ne savent pas faire d’économies.
Ainsi, la quasi-totalité de leurs décisions économiques conduisent à détruire les emplois. A grands coups de réglementations liberticides, les décisions ministérielles enfoncent un peu plus le pays dans le déclin. Les dépenses quotidiennes liées à des emplois administratifs inutiles dans la fonction publique ne peuvent plus être couvertes par les prélèvements. C’est le règne de la dépense forcée qui n’en finit plus. Il est amusant de constater que ceux qui n’ont de cesse de dénoncer le marché comme une jungle nous démontrent que trop de réglementation conduit à l’arbitraire économique.
L’état dit avoir besoin de plus d’argent pour ses dépenses, et hop, sa seule et unique solution, c’est de ponctionner sans vergogne un peu plus les citoyens. Ça ne vous rappelle rien ? Quand le roi dépensait plus que de raison ? Et hop, il s’offrait soit une descente dans les villages pour spolier les pauvres serfs, soit une petite guerre pour voler d’autres peuples ! Belle civilisation que voilà.
Pour la Poste, il parait que le successeur du responsable actuel, qui a confirmé son départ, pourrait faire d'autres choix stratégiques. Au moins souhaitons-lui d’être un peu plus réaliste sur l’activité de son entreprise pour l’adapter au marché avant que ce ne soit le marché qui ne l’y oblige.
Wednesday, November 29, 2017
Football : Carton rouge pour l’hyper-fiscalité
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
La ferveur populaire pour le football a amené bien des mécènes à investir des sommes importantes, s’attirant ainsi les meilleurs joueurs. Voici que la remontée en ligue 1 de Monaco met au grand jour des distorsions que les présidents des autres clubs dénoncent. Mais en parlant de « concurrence déloyale ». Vous l’aurez compris, cette concurrence porte sur les joueurs et vient des différences de fiscalité entre la France et la Principauté et non d’un savoir-faire monégasque hors du commun. Rappelons que Monaco est un pays indépendant, donc souverain en matière de vol de ses citoyens.
Prenons un joueur payé 1 million d’euros net : le montant déboursé par le club monégasque sera de 1,051 million d’euros, à comparer aux 3,2 millions d’euros pour les clubs français. De plus, alors que le joueur monégasque finance sa couverture sociale avec ses propres revenus, les joueurs des clubs français bénéficient de droits sociaux conséquents sans devoir les payer – les spectateurs les leur financent. Pour être logiques, tous les français qui aiment l’état devraient se satisfaire que plus de la moitié de leur argent serve à financer notre état supposé généreux. Concurrence déloyale ? Où ça ?
Derrière cette boutade, on aura compris que la France croule sous une fiscalité arbitraire, aggravée par des raisonnements fallacieux. Il ne s’agit pas de concurrence déloyale de la part du club de Monaco, mais à l’inverse de la boulimie de l’état français : 5% à comparer à 220% ! La Principauté a gardé une gestion rigoureuse de ses finances et su mettre ses limites à l’état. En France, les hommes politiques ont abusé et re-abusé du pouvoir pour exiger des sommes toujours plus élevées et plus arbitraires au regard des fruits du travail de l’individu. Quand le footballeur reçoit 1 million d’euros, l’état rackette l’employeur de 2,2 millions d’euros supplémentaires, sans la moindre justification valable. Sans oublier qu’en plus le joueur à son tour sera extorqué via les impôts directs et indirects (notamment désormais avec la taxe à 75%). Ce racket mafieux, pourquoi continuer à l’accepter ?
Parce qu’il s’agit juste de quelques footballeux ? Mais c’est la même gabegie pour tout le monde.
Une justification morale ou scientifique à tant de spoliations ? Aucune, cette boulimie extorsionniste ne repose sur rien de solide, à part l’abus de pouvoir et le vol organisé. Et plus l’état extorque, pire est la situation économique. Notre exemple permet de constater que l’état empêche les clubs français d’être aussi compétitifs que Monaco sur le terrain. Avec la même somme, le monégasque peut s’offrir 3 joueurs de niveau équivalent pour un seul pour les clubs français – ou un seul joueur, mais d’un niveau très supérieur. Ce n’est pas Monaco qui paye ses joueurs moins cher. Vu par le club cette fois, disposer d’un budget de 1,051 million lui permet de s’offrir un joueur demandant 1 million d’euros. Ce qui sera donc possible pour le club monégasque ne le sera pas pour un club français, obligé d’abandonner ses ambitions. L’hyper-fiscalité de l’état français fabrique de la médiocrité.
Les clubs de football ne sont hélas qu’un exemple. Les charges trop importantes obligent toutes les entreprises à revoir leurs projets à la baisse. L’économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) avait déjà la formule suivante pour décrire cette dilapidation : « Quand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus, cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous de moins. Mais la dépense du fonctionnaire se voit, parce qu’elle se fait ; tandis que celle du contribuable ne se voit pas, parce que, hélas, on l’empêche de se faire. » Que l’état n’extorque plus, qu’il laisse l’économie et les hommes s’organiser naturellement et nous verrons les emplois et la prospérité de tous revenir.
La ferveur populaire pour le football a amené bien des mécènes à investir des sommes importantes, s’attirant ainsi les meilleurs joueurs. Voici que la remontée en ligue 1 de Monaco met au grand jour des distorsions que les présidents des autres clubs dénoncent. Mais en parlant de « concurrence déloyale ». Vous l’aurez compris, cette concurrence porte sur les joueurs et vient des différences de fiscalité entre la France et la Principauté et non d’un savoir-faire monégasque hors du commun. Rappelons que Monaco est un pays indépendant, donc souverain en matière de vol de ses citoyens.
Prenons un joueur payé 1 million d’euros net : le montant déboursé par le club monégasque sera de 1,051 million d’euros, à comparer aux 3,2 millions d’euros pour les clubs français. De plus, alors que le joueur monégasque finance sa couverture sociale avec ses propres revenus, les joueurs des clubs français bénéficient de droits sociaux conséquents sans devoir les payer – les spectateurs les leur financent. Pour être logiques, tous les français qui aiment l’état devraient se satisfaire que plus de la moitié de leur argent serve à financer notre état supposé généreux. Concurrence déloyale ? Où ça ?
Derrière cette boutade, on aura compris que la France croule sous une fiscalité arbitraire, aggravée par des raisonnements fallacieux. Il ne s’agit pas de concurrence déloyale de la part du club de Monaco, mais à l’inverse de la boulimie de l’état français : 5% à comparer à 220% ! La Principauté a gardé une gestion rigoureuse de ses finances et su mettre ses limites à l’état. En France, les hommes politiques ont abusé et re-abusé du pouvoir pour exiger des sommes toujours plus élevées et plus arbitraires au regard des fruits du travail de l’individu. Quand le footballeur reçoit 1 million d’euros, l’état rackette l’employeur de 2,2 millions d’euros supplémentaires, sans la moindre justification valable. Sans oublier qu’en plus le joueur à son tour sera extorqué via les impôts directs et indirects (notamment désormais avec la taxe à 75%). Ce racket mafieux, pourquoi continuer à l’accepter ?
Parce qu’il s’agit juste de quelques footballeux ? Mais c’est la même gabegie pour tout le monde.
Une justification morale ou scientifique à tant de spoliations ? Aucune, cette boulimie extorsionniste ne repose sur rien de solide, à part l’abus de pouvoir et le vol organisé. Et plus l’état extorque, pire est la situation économique. Notre exemple permet de constater que l’état empêche les clubs français d’être aussi compétitifs que Monaco sur le terrain. Avec la même somme, le monégasque peut s’offrir 3 joueurs de niveau équivalent pour un seul pour les clubs français – ou un seul joueur, mais d’un niveau très supérieur. Ce n’est pas Monaco qui paye ses joueurs moins cher. Vu par le club cette fois, disposer d’un budget de 1,051 million lui permet de s’offrir un joueur demandant 1 million d’euros. Ce qui sera donc possible pour le club monégasque ne le sera pas pour un club français, obligé d’abandonner ses ambitions. L’hyper-fiscalité de l’état français fabrique de la médiocrité.
Les clubs de football ne sont hélas qu’un exemple. Les charges trop importantes obligent toutes les entreprises à revoir leurs projets à la baisse. L’économiste Frédéric Bastiat (1801-1850) avait déjà la formule suivante pour décrire cette dilapidation : « Quand un fonctionnaire dépense à son profit cent sous de plus, cela implique qu’un contribuable dépense à son profit cent sous de moins. Mais la dépense du fonctionnaire se voit, parce qu’elle se fait ; tandis que celle du contribuable ne se voit pas, parce que, hélas, on l’empêche de se faire. » Que l’état n’extorque plus, qu’il laisse l’économie et les hommes s’organiser naturellement et nous verrons les emplois et la prospérité de tous revenir.
Monday, October 30, 2017
Le Catalexit n’est qu’une étape
La Catalogne fait toutes les unes ces derniers jours. Il faut dire que depuis 18 mois, on avait cru que la vague de soubresauts post-Brexit était terminée et que tout en Europe était gentiment revenu à la normale, c’est-à-dire de retour sur le long chemin de la prise du pouvoir par les ‘hauts technocrates’.
Mais voilà que quelques gauchistes catalans en mal de bruit et de célébrité fugace viennent remettre le couvert en déclarant l’indépendance d’une région à forte identité et à langue spécifique, qui n’a cessé de pousser plus ou moins fort et régulièrement à la porte de la sortie depuis des décennies.
Et le fait que cet événement suit un scénario rocambolesque a abouti à montrer les nombreuses facettes de la non-liberté en Europe et des nombreuses réactions de courte vue, alors que sur le fond, il ne fait pas de doute que nous sommes témoin d’un retournement très positif à terme.
Bien sûr, les étatistes et les européistes ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il ne faut absolument pas créer de précédent et donner des idées à d’autres régions qui, nombreuses, pensent à prendre leur autonomie. Ce serait, selon eux, mettre le projet d’une union européenne en danger, ce serait le risque d’un éclatement, alors même qu’on commençait à oublier le Brexit, l’Ecosse, l’Italie, d’autres.
Alors on a droit à tous les arguments étatistes pour critiquer ce mouvement. Tout d’abord, cela a été parce que c’était entre les mains ou à l’initiative de l’extrême gauche. Il est évident que je ne saurais me réjouir de voir la gauche gagner du terrain quelque part, mais ce n’est pas vraiment la question il me semble. Si la Catalogne devait vivre sa vie et la commencer à gauche, on peut présager que les ressources de ces vautours seraient vite bien moins riches qu’au sein de l’Espagne et de l’Europe, du fait des jeux de subventions par exemple. Mais pas seulement, puisque déjà plusieurs centaines d’entreprises ont décidé de prendre la fuite, à tort ou à raison. Mince, moins d’impôts à voler. Plus généralement, la question n’est pas celle du régime, mais de la réduction de la portée des états.
Ces entreprises qui s’envolent, c’est l’autre argument massue, celui de la crise économique. Il ne faudrait pas d’indépendance, parce que cela conduirait aussitôt à la crise économique du pays. Un argument très bizarre, puisqu’il veut dire que tout d’un coup, juste comme ça, l’ensemble de la population cesserait de travailler, vendre, agir, vaquer, parce qu’indépendante. Bizarre, non ? En réalité bien sûr, l’argument cache la menace de perte de toute une masse de subventions et autres flux financiers artificiels qui viendraient avec un état supérieur, mais qui en réalité sont pris sur la bête. On touche là à des arguments du même ordre que ceux contre le Brexit, avec autant de biais.
Certains m’ont avancé que l’indépendance est impossible car cela couperait trop de familles en deux. De nombreux catalans vivant à Madrid et d’ex-madrilènes à Barcelone, par exemple, une nouvelle frontière aurait selon eux le même effet qu’un nouveau mur de Berlin. C’est supposer que ces deux états seraient assez stupides pour fermer les frontières, ou pour contraindre brusquement les « étrangers » de chaque côté à rentrer chez « eux » - ce qui est possible, mais improbable. C’est tout aussi sot d’ailleurs que de poser comme positif a priori que tout mélange de population de facto est forcément une bonne chose qui ne doit être remise en cause sous aucun prétexte de liberté.
D’autres sont légalistes et ne jurent que par le respect aveugle des textes et autres constitutions. Ainsi, parce il y aurait un article 155 ou que sais-je qui stipule l’illégalité d’un referendum, cela serait sacré, fondé, indiscutable et rendrait impossible l’application du bon sens envers la valeur démocratique de tout referendum – digne de ce nom – quel qu’il soit ? Il est selon moi hallucinant que de prétendus défenseurs de la liberté se réfugient derrière des textes même face à des situations où la liberté de tout ou partie de la population est en jeux. Il n’est pas normal, pas moral ni légitime de mettre des critères comme le maintien de l’union plus haut que la demande de liberté.
Les mêmes souvent avaient bien moins de scrupules envers la constitution ou le régime quand il s’est agi il y a quelques années de soutenir l’indépendance du Tibet. Je suis sûr qu’on m’opposera que le Tibet n’est pas comparable car il s’agissait de fuir un méchant état communiste, alors que le Royaume d’Espagne est bien plus libéral. Faux problème. Il s’agit des peuples, des gens, pas des régimes. Le Tibet devait libérer les tibétains, en Catalogne il est normal que les catalans puissent décider chez eux, c’est aussi simple que cela. Car l’avenir est au choix, au choix des états.
La liberté ne provient pas d’une constitution x ou y, elle vient de la possibilité pour les citoyens de choisir librement leur « état ». Et plus les états sont petits, plus il y a d’états, plus ils se trouvent en concurrence parce qu’il est plus facile d’en changer et parce qu’ils sont moins puissants. Ainsi, même si ce n’est pas une garantie systématique à court terme, à long terme par contre le démantèlement des états historiques en petits pays locaux est un facteur majeur de libéralisation du monde. Alors pourquoi chercher les poux sur des détails quand la Catalogne ouvre la voie vers la liberté, demain ?
Mais voilà que quelques gauchistes catalans en mal de bruit et de célébrité fugace viennent remettre le couvert en déclarant l’indépendance d’une région à forte identité et à langue spécifique, qui n’a cessé de pousser plus ou moins fort et régulièrement à la porte de la sortie depuis des décennies.
Et le fait que cet événement suit un scénario rocambolesque a abouti à montrer les nombreuses facettes de la non-liberté en Europe et des nombreuses réactions de courte vue, alors que sur le fond, il ne fait pas de doute que nous sommes témoin d’un retournement très positif à terme.
Bien sûr, les étatistes et les européistes ne l’entendent pas ainsi. Pour eux, il ne faut absolument pas créer de précédent et donner des idées à d’autres régions qui, nombreuses, pensent à prendre leur autonomie. Ce serait, selon eux, mettre le projet d’une union européenne en danger, ce serait le risque d’un éclatement, alors même qu’on commençait à oublier le Brexit, l’Ecosse, l’Italie, d’autres.
Alors on a droit à tous les arguments étatistes pour critiquer ce mouvement. Tout d’abord, cela a été parce que c’était entre les mains ou à l’initiative de l’extrême gauche. Il est évident que je ne saurais me réjouir de voir la gauche gagner du terrain quelque part, mais ce n’est pas vraiment la question il me semble. Si la Catalogne devait vivre sa vie et la commencer à gauche, on peut présager que les ressources de ces vautours seraient vite bien moins riches qu’au sein de l’Espagne et de l’Europe, du fait des jeux de subventions par exemple. Mais pas seulement, puisque déjà plusieurs centaines d’entreprises ont décidé de prendre la fuite, à tort ou à raison. Mince, moins d’impôts à voler. Plus généralement, la question n’est pas celle du régime, mais de la réduction de la portée des états.
Ces entreprises qui s’envolent, c’est l’autre argument massue, celui de la crise économique. Il ne faudrait pas d’indépendance, parce que cela conduirait aussitôt à la crise économique du pays. Un argument très bizarre, puisqu’il veut dire que tout d’un coup, juste comme ça, l’ensemble de la population cesserait de travailler, vendre, agir, vaquer, parce qu’indépendante. Bizarre, non ? En réalité bien sûr, l’argument cache la menace de perte de toute une masse de subventions et autres flux financiers artificiels qui viendraient avec un état supérieur, mais qui en réalité sont pris sur la bête. On touche là à des arguments du même ordre que ceux contre le Brexit, avec autant de biais.
Certains m’ont avancé que l’indépendance est impossible car cela couperait trop de familles en deux. De nombreux catalans vivant à Madrid et d’ex-madrilènes à Barcelone, par exemple, une nouvelle frontière aurait selon eux le même effet qu’un nouveau mur de Berlin. C’est supposer que ces deux états seraient assez stupides pour fermer les frontières, ou pour contraindre brusquement les « étrangers » de chaque côté à rentrer chez « eux » - ce qui est possible, mais improbable. C’est tout aussi sot d’ailleurs que de poser comme positif a priori que tout mélange de population de facto est forcément une bonne chose qui ne doit être remise en cause sous aucun prétexte de liberté.
D’autres sont légalistes et ne jurent que par le respect aveugle des textes et autres constitutions. Ainsi, parce il y aurait un article 155 ou que sais-je qui stipule l’illégalité d’un referendum, cela serait sacré, fondé, indiscutable et rendrait impossible l’application du bon sens envers la valeur démocratique de tout referendum – digne de ce nom – quel qu’il soit ? Il est selon moi hallucinant que de prétendus défenseurs de la liberté se réfugient derrière des textes même face à des situations où la liberté de tout ou partie de la population est en jeux. Il n’est pas normal, pas moral ni légitime de mettre des critères comme le maintien de l’union plus haut que la demande de liberté.
Les mêmes souvent avaient bien moins de scrupules envers la constitution ou le régime quand il s’est agi il y a quelques années de soutenir l’indépendance du Tibet. Je suis sûr qu’on m’opposera que le Tibet n’est pas comparable car il s’agissait de fuir un méchant état communiste, alors que le Royaume d’Espagne est bien plus libéral. Faux problème. Il s’agit des peuples, des gens, pas des régimes. Le Tibet devait libérer les tibétains, en Catalogne il est normal que les catalans puissent décider chez eux, c’est aussi simple que cela. Car l’avenir est au choix, au choix des états.
La liberté ne provient pas d’une constitution x ou y, elle vient de la possibilité pour les citoyens de choisir librement leur « état ». Et plus les états sont petits, plus il y a d’états, plus ils se trouvent en concurrence parce qu’il est plus facile d’en changer et parce qu’ils sont moins puissants. Ainsi, même si ce n’est pas une garantie systématique à court terme, à long terme par contre le démantèlement des états historiques en petits pays locaux est un facteur majeur de libéralisation du monde. Alors pourquoi chercher les poux sur des détails quand la Catalogne ouvre la voie vers la liberté, demain ?
Monday, December 5, 2016
Contrats ou Constitutions ?
Les constitutions de ce monde
prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec
est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles
qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de
l’illusion de liberté de la démocratie.
Il y a deux erreurs
conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on
attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs,
alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine
responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le
concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement
aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou
rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.
Retournons dès lors la
logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment
signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux
choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet
engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon
les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être
« déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.
Une constitution comme on les
connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le
citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du
« contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas
possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait
propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire
à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de
service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services
à une entreprise qui s’y installe.
Les questions de pouvoir dans
ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de
vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu
de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir
en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque.
Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif
peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».
L’entité peut aussi être un
collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que
cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en
territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés
dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le
plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas
précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.
Le cas le plus intéressant
correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous
les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni
intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus
ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins
chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là
encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas,
car elles n’ont simplement pas d’objet.
L’analogie avec
l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente
d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande
entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où
chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la
gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il
peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer
le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une
situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup
pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.
Pas tout à fait cependant,
car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas
dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour
cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère
que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter
pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un
équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop
grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays
libres.
On comprend ainsi que la
tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le
bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun
citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour
être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France
autant de pays libres que de villes ou de communes ?
On le comprend, il n’est pas
besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les
territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des
pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une
fois, la liberté, c’est toujours simple.
Thursday, March 1, 2012
Confiance et Réputation, clés de voûte du marché libre.
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
Saturday, December 31, 2011
Simples réflexions sur l'avenir du "Quatrième Pouvoir"
Je fais du recyclage aujourd'hui, je retrouve un article de début 2009 écrit en réponse d'un journaliste toulousain - enfin, c'est ce qu'il y a sur sa carte de visite - à une invitation à participer à un "Meeting sur l'avenir du journalisme organisée par l'AJT.
A cette époque, j’étais en charge du risk management du second plus grand groupe de publication professionnelle au monde, qui subissait de plein fouet la crise de 2008 et l'internetisation des médias.
Bonjour Xxxxx,
Je te remercie de ton invitation à cet événement, mais comme c'est en semaine et que je ne pourrai donc pas y assister, je voudrais néanmoins contribuer car je te rejoins pour reconnaître l'importance du thème, ceci à titre à la fois citoyen, personnel et professionnel.
Citoyen car bien sûr il s'agit du quatrième pouvoir, de l'information et de la vigilance indispensable, personnel car des proches envisagent de devenir journalistes et enfin professionnel du fait que mon employeur, quoique pas réellement un groupe de média, agit dans le domaine de l'information et bien des questions qui se posent au journaliste et aux médias sont de même sur notre agenda.
Je ne suis pas tout à fait sûr des raisons, peut-être multiples et différentes, qui vous poussent à organiser ce débat, mais je suppose que la crise des médias, en partie liée à la concurrence du numérique et surtout du web, constitue une motivation forte. Il est vrai que ces derniers mois, le nombre de titres qui ont disparu ou du moins qui ont dû se reconfigurer est impressionnant. Par ailleurs bien sûr, le phénomène de facebook et des blogs personnels est également de nature à bouleverser le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l'information. Et bien d'autres nouveautés encore, peu importe je pense.
Sans être un expert et avec humilité, je te propose quelques idées, fais-en ce que tu veux. Nous ne sommes pas du même avis sur tout, à mon sens tant mieux et cela pour moi n'empêche ni respect ni considération ou intérêt. Mon seul objectif est d'être utile a une profession que je considère essentielle pour une saine société.
Quitte à en enfoncer une porte ouverte, il me semble que ce phénomène du bouleversement des médias n'est pas en soi une attaque ou remise en cause du journaliste mais d'abord une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l'information. Traditionnellement, journalisme vient de journal et donc du support papier, distribué quotidiennement. Jusqu'ici, la contrainte quotidienne créait une limite au périmètre de diffusion physique d'un journal. Ou du moins sur son coût - on trouve bien Le Monde à New York tous les jours, mais pas à un prix équivalent à un journal local. Bref, la contrainte historique de diffusion locale à permis l'éclosion de centaines de journaux locaux au cours des derniers siècles. Et donc de très nombreux journalistes pour nourrir ces journaux.
Internet et le web viennent casser cette organisation en rendant totalement négligeable le coût d'accès non seulement quotidien mais instantané à n'importe quel journal online à l'autre bout du monde. Clairement, ce phénomène touche également le livre et même la radio et la télé. Mais il faut toujours des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne - ou encore sur papier.
On a donc une révolution en matière de concurrence. On verra qu'elle est double. Tout d'abord, la mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié, avec de plus le choix d'un support plus souple, sur lequel je passerai. Donc là où on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens - ou magazines, c'est pareil - majeurs, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu'on parle 2 ou 3 langues, et de plus souvent sans débourser. Forcément, le nombre d'exemplaires papiers fond, ce qui réduit les ressources publicitaires et crée le cercle vicieux vers la faillite dans lequel bien des journaux se trouvent aujourd'hui.
A noter que cette disparition de titres n'est pas si négative qu'il y parait. Elle ne nuit tout d'abord en rien à la diversité des choix (on n'en a plus qu'on peut en lire) et surtout elle assure que ceux qui n'ont pas su suivre l'évolution et la demande sont conduit à choisir un autre avenir. Les mauvais disparaissent, et c'est tant mieux. Bien sûr, si on devait finir avec seulement qu'une poignée de titres dans le monde, ce serait une autre histoire, mais il y a encore des trames IP à passer à travers les routeurs avant que cela nous arrive.
Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse, première concurrence. Celle-ci est de plus renforcée par la concurrence des blogueurs et autres 'nouveaux médias' et réseaux sociaux, qui occupent l'espace. Et je passerai rapidement sur l'expansion des radios et télés par câble ou IP qui ne font qu'amplifier le processus. J'espère ne pas trop me tromper sur mon analyse jusqu'ici.
Là intervient à mon sens la seconde concurrence, celle du contenu, laissée de costé jusqu'ici, celle de la question fondamentale. Car lorsqu'on a ainsi un tel choix de lecture, qu'est-ce qui pousse à choisir et donc acheter (je dis volontairement 'acheter', car même si c'est gratuit, je dois accepter volontairement de me 'farcir' la pub qui m'est imposée, je paye donc) tel ou tel titre ?
Le prix certes, mais surtout, à prix comparable, la qualité et la pertinence du contenu, bien évidemment. Et les blogs et autres nouveautés numériques ne changent rien à cette donne. Si je vais sur certains blogs, c'est - en partie - parce que j'y trouve une information d'une qualité (terme subjectif, bien évidemment) que je ne trouve pas ailleurs et en particulier dans les journaux, tout simplement.
On ne lit ou achète pas que des quotidiens, les magazines de tous poils suivent la même logique, mais je simplifierai en ne me focalisant que sur les quotidiens généralistes (actualités, politique, économie...) car à mon sens cela ne change rien à la logique et c'est plus dans le sujet. Point à débattre sans doute.
Donc qualité et pertinence constituent à mon sens l'enjeu de la concurrence à l'échelle mondiale du marché de l'information, rien de bien surprenant. On voit donc que le journaliste est soumis à deux concurrences : du point de vue du nombre, il doit trouver son marché local - ou mondial mais spécifique ; du point de vue de sa pérennité, il doit apporter une information de qualité. C'est d'une grande banalité en fait :le journaliste est un acteur économique comme les autres.
La notion de qualité et pertinence est immensément difficile, bien évidemment - sinon, le problème serait simple - et elle renvoie à ta question initiale du rôle du journaliste. Ce rôle ne peut être défini qu'à la lumière du rôle du lecteur à mon avis. Car avant d'être lecteur, on est acheteur - même si on décide de subir la publicité. On décide d'investir dans une lecture. Il faut donc qu'on y voit un intérêt. Et le journaliste doit répondre à cet intérêt. On est donc bien dans une logique qui est avant tout économique, voire uniquement économique.
Dans l'analyse ci-dessus, j'assimile en fait le journaliste à tout acteur apportant ou créant de l'information, y compris le bloger amateur, ce qui peut être vu comme un abus de langage, voire un crime de lèse majesté, une désacralisation. Dans une perspective de quatrième pouvoir, il y a là aussi une désacralisation potentielle.
Je pense pour ma part que ce n'est pas le cas. La réalité est d'ores et déjà celle-là même, le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d'annonce d'agence de presse à l'éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l'animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n'est qu'une nouvelle variante pour le lecteur, rien d'autre. Le fait que l'un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et pas l'autre ne change en réalité rien à l'affaire. In fine, l'individu qui transmet une information doit répondre à une attente de ses lecteurs, ou plus exactement, le lecteur ne juge qu'à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut - ou rarement.
Ainsi il me semble que poser la question du rôle du journalisme, ceci au singulier, c'est soit renier cet état de fait, soit - et je retiendrai cette option - plutôt une façon d'attirer l'attention sur la mise en danger réelle ou potentielle du quatrième pouvoir. Ce danger viendrait de nombreux facteurs, par exemple le non professionnalisme supposé des blogueurs, la perte de diversité des titres ou encore la dimension économique justement qui réduit l'indépendance face à l'influence financière.
Pour ma part, je considère tout simplement que le journaliste n'est pas ce fameux quatrième pouvoir, car il ne peut pas l'être, et cela est bien sûr regrettable. Des qu'on se trouve en fait un acteur économique, on ne peut plus jouer à ce titre le moindre rôle de critique politique objectif, car on est dépendant d'un marché. De célèbres journaux comme l'Humanité ou Libération jouent un rôle politique indéniable, mais ce rôle n'est en aucun cas objectif et leur critique n'est pas continue, elle fluctue au grès de l'électorat et du pouvoir en place.
Pour être plus juste, un même journal, un même journaliste ne peut pas jouer ce rôle de quatrième pouvoir en continu. Le journalisme, collectivement, le peut plus probablement. Et encore. Quand on considère par exemple aujourd'hui la question économique dans l'ensemble de la presse française, c'est à pleurer de conventionisme. Tout le monde en ce moment par exemple apporte sa vision de la crise, de la réglementation, des capitalistes etc. Mais il ne viendrait à l'esprit d'aucun (sauf de très rares, merci J-M.Aphatie) de rappeler par exemple le rôle catastrophique de l'état dans ce qui nous arrive. On tombe à bras raccourcis sur les entreprises et les banques sans voir que le problème vient en fait de trop de réglementations et d'un interventionisme de l'état hors de toute raison.
Ceci pour dire qu'aujourd'hui, en France mais aussi à bien des égards à l'étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d'aiguillon du pouvoir, et depuis trop longtemps. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, le problème c'est d'oublier le reste. Il est ainsi hallucinant que la presse de gauche ne s'intéresse désormais plus à la liberté et se trompe complètement en matière d'égalité. La menace de loi Hadopi par exemple, qui a fait l'objet d'un éditorial par le Nouvel Obs totalement idiot et liberticide constitue un exemple désolant.
A force de dire ce que le peuple veut entendre, à force de ne pas réfléchir et simplement transmettre des 'informations ou 'nouvelles' brutes pour occuper l'espace et le marché, cette situation n'est malheureusement pas une surprise.
Je vois poindre une critique à ce stade. Alors que je démontrais plus haut que le journalisme n'est rien d'autre qu'une économie, et donc qu'elle suit le marché, qui est donc roi, je viens de dire que c'est une mauvaise chose. Les deux sont vrais. Le rôle du journaliste consiste à vendre de l'information à qui veut l'entendre. Ce n'est pas de servir de manière *institutionnelle* ni de manière *garantie* de quatrième pouvoir, aiguillon du pouvoir. Il n'y a en fait pas de rôle *institutionnel* du journaliste et c'est très bien - les gens peuvent réfléchir par eux-mêmes. En fait, il ne faut pas de quatrième pouvoir institutionnel, le marché s'en charge.
Que dans ce contexte, les blogs et autres fantaisies numériques soient vus comme une menace pour le journalisme, c'est compréhensible, mais pour ma part j'y vois justement là une chance extraordinaire. Car enfin le blogueur n'a pas cette contrainte économique - du moins pas au début. Certes un blogueur qui finirait par devenir semi-professionnel par excès de succès retomberait dans le journalisme ou l'économie de l'écriture.
Mais le simple citoyen, qui échange, s'exprime, critique, met au défit, conteste sur son blog ou facebook, sans autre espoir de retour que d'être écouté et peut-être entendu, c'est là à mon sens le vrai quatrième pouvoir. Il peut analyser, critiquer, influencer à loisir, c'est l'anti-1984. On peut lire ce qu'il écrit ? A la bonne heure !
Alors quel rôle pour le journaliste à l'aune du numérique ? Eh bien le même qu'avant. Il peut prendre l'option économique de masse, avec un peu de saine humilité, c'est un rôle utile, ou être condamné à être un excellent éditorialiste engagé et de ce fait recherché, mais recherché par ceux qui veulent le lire. Mais le quatrième pouvoir, désormais, réside dans la liberté et l'indépendance que seul Internet offre, à mon avis. Pourvu que ça dure.
Tuesday, August 30, 2011
Google est-il liberal ?
Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?
Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante, tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.
Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.
En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.
En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…
Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.
Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.
Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.
Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.
L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.
Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.
Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.
Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.
La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?
Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.
Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.
Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.
Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.
Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.
Sunday, May 29, 2011
Justice ? Quelle justice ?
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
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