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Friday, January 5, 2018

Le marché, base naturelle de l’économie

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Faites-vous vos courses au marché de votre village ou quartier ? Vous faites sûrement cet acte banal plus ou moins régulièrement, sans plus de questions. Tout un chacun s’approvisionne en nourriture pour renouveler son énergie. Ainsi, le marché du village est un lieu où des commerçants viennent à la rencontre d’acheteurs potentiels proches en proposant leurs produits. La demande des uns vient à la rencontre de l’offre des autres. Ainsi se réalisent les échanges économiques libre et volontaire.

Observez le fonctionnement du marché local : sans ordre particulier, il est anarchique, mais sans chaos. Et pourtant il s’organise, spontanément. Précisons ce point : à part les emplacements qui leur sont attribués, personne n’impose aux commerçants leurs produits, comme personne n’impose aux acheteurs leurs achats. Les commerçants, d’expérience, ont analysé les besoins des clients locaux. Ils proposent ainsi des produits qu’ils espèrent adaptés à ces besoins – ou envies. Si certains produits ne plaisent pas, pour quelque raison, les commerçants repartent avec. Personne n’est forcé d’acheter. C’est cela le marché libre : les uns proposent, les autres disposent, ce n’est pas plus compliqué.

Un acheteur trouve un produit trop cher ? Son aspect ne lui convient pas ? Il lui suffit de ne pas le prendre. Le bon commerçant en tirera seul les conclusions, s’il voit ses concurrents écouler leurs produits alors que les siens restent sur son étal. Il arrivera peut-être à pigeonner quelques clients, si ses concurrents sont en rupture de stock. Mais jouer avec la confiance des acheteurs n’est jamais payant bien longtemps et la tromperie finit toujours par tourner court pour les peu compétitifs.

A contrario, l’état et ses services publics prétendent venir suppléer le marché là où il en va de notre vie ou de notre sécurité – car dans ces domaines, la logique des affaires ne fonctionnerait pas.

Vue l’importance vitale pour quiconque de s’alimenter, on s’interroge donc devant l’absence de « service public alimentaire » plus ou moins nationalisé pour « urgence ultra prioritaire ». Quelle fonction vitale peut être plus précieuse pour l’homme que l’alimentation et le maintien en vie ?

Faisons simple : si ce service n’existe pas, c’est parce que tout service public n’est que leurre. Aucun n’est capable de rendre un réel service à la hauteur de ce que le libre marché offrirait. Il est par contre un instrument de pouvoir et de formatage. Il n’y a sinon aucune, absolument aucune raison qu’un service dit « public » se substitue aux libres marchés, y compris complexes. Et si les hommes de pouvoir n’ont pas osé créer un service public de l’alimentation, c’est qu’ils savent qu’il n’aurait jamais pu être aussi performant et meilleur. Et qu’un peuple affamé est un peuple qui se soulève.

Or par extrapolation du marché du village, tous les marchés fonctionnent de la même manière. La société s’organise librement et volontairement. Il n’y a jamais de violence lors d’une vraie transaction commerciale. Si un contrat vient à ne pas être respecté, la justice est saisie et entend les arguments des deux parties. Puis le jugement devra être exécuté. La simple égalité devant le droit suffit bien.

Pourquoi donc les politiciens devraient-ils intervenir dans l’économie ? Rien ne le justifie, pourvu que le droit de propriété et d’échange libre soit respecté. La corruption et les malheurs des peuples surviennent dès que l’homme politique se permet d’intervenir parmi les transactions libres et volontaires pour en faire des transactions contraintes et forcées. La société du marché s’organise toujours plus vite et mieux que tout état peut le faire. On l’a démontré, tout service public est sans fondement. Vivement que l’économie retourne au bon sens du marché de la restauration…

Thursday, January 4, 2018

Obligation non obligatoire ?

Obligation, interdiction ou pas, tout n’est apparemment pas toujours clair pour ceux qui critiquent ou tentent d’assimiler la logique libertarienne en matière « d’autorité », d’interdit et d’autorisation. Il me semble que c’est souvent dû à une compréhension imparfaite de l’organisation et du mode de gouvernance au sein d’une société libérale ou libertarienne. Je vais donc tenter de l’éclaircir ici.

La société libre, ou Libertalie, repose sur la propriété privée du sol, exclusivement et partout. Il n’y a donc pas d’espace public, nulle part. L’intérêt de couvrir l’ensemble de la Planète par la propriété privée n’est pas tant de vouloir éradiquer les espaces publics que d’assurer que des règles claires de droit et de gouvernance existent et sont définies partout. Car la propriété privée d’un territoire, ce n’est pas tant un capital immobilier – même si cela reste vrai – que l’attribution d’un responsable précis et unique du droit à un territoire précis. J’ai bien dit le droit : le propriétaire fait le droit.

Comme le propriétaire fait le droit – la notion de propriétaire est large, cela peut-être un individu, tel un monarque, un collectif restreint (une entreprise, une oligarchie) ou une copropriété où tout le monde a une part variable de la propriété – c’est le propriétaire qui décide du régime politique en vigueur en ce lieu, et selon un processus de décision convenu. On peut donc imaginer une mosaïque quasi infinie de territoires aux régimes et aux règles aussi variés que l’homme pourra le créer.

Second principe de la Libertalie, l’individu est libre de contracter ou de s’associer avec qui bon lui semble et voudra bien s’associer avec lui. Ainsi par exemple, si je souhaite m’installer quelque part, il y a deux situations de base : soit je suis propriétaire d’un sol et c’est réglé, soit je ne le suis pas ; et dans ce second cas, il suffit que je trouve une propriété qui voudra bien m’héberger, ou m’accepter au sein de leur copropriété, ou encore me louer un espace ou logement. Ou toute variante. Dans tous les cas, je passerai un libre contrat avec l’entité propriétaire – individu ou non – pour me loger.

Tout au long de sa vie, chacun de nous peut évoluer sur ces territoires en fonction de ses goûts, priorités ou fortunes. On peut ainsi naître en un endroit, une fois majeur y rester (ou pas) en signant un contrat avec le territoire local, puis déménager vers un autre territoire et y signer un autre contrat, et ainsi de suite selon les aléas de la vie et aussi selon l’évolution des territoires eux-mêmes.

Pour revenir à l’obligation-ou-pas, on comprend qu’il faut aborder la question en deux temps. Le premier consiste au choix du territoire où l’on s’installe. Ce choix est a priori parfaitement libre, on peut aller où on le souhaite, pourvu qu’on soit accepté par l’endroit. De la même manière, ce choix est réversible par annulation ou fin du contrat, pour quitter le territoire. Il n’y a donc aucune forme l’obligation qu’un « état » impose au citoyen, puisque le citoyen peut choisir son « état » librement.

Ensuite, comme l’installation passe par un contrat, clairement ce contrat pourra prévoir dans ses annexes tout un tas de clauses qui correspondent aux règles et au régime en vigueur au sein du « pays » choisi, comme lorsqu’on achète un appartement en copropriété et que cela nous engage à respecter le règlement intérieur – mais aussi à participer à sa révision lorsque cela a du sens. Il y a donc obligation, et obligation forte, mais c’est une obligation volontaire, pas imposée par la force.

La question de l’obligation change alors notablement. Si on a librement choisi de s’installer au sein d’une communauté végan – pure hypothèse à la mode – il est évident qu’il nous est alors obligatoire d’en respecter les règles et donc interdit de mettre viandes et gibiers à nos menus. Ou encore, si l’on a opté pour un « pays » explicitement francophone, il faudra y respecter l’usage exclusif du français.

On voit donc que la société libre ne supprime jamais totalement les obligations que nous pouvons connaître dans l’environnement étatique actuel. Vivre ensemble, c’est s’obliger au respect de règles convenues. Mais justement, la grande différence entre la Libertalie et un état monopole de la force, c’est que tout repose sur notre choix individuel explicite – comme un véritable « contrat social ». Il est à tout moment possible de rompre notre contrat et de quitter les lieux, sans contrainte donc.

Monday, December 4, 2017

Et si... L’état était LE problème ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Pourquoi la société va-t-elle si mal ? Chacun y va de son explication de telle crise ou tel événement social. Chacun a sa solution plus ou moins arbitraire ou radicale. Notre condition d’être humain dans la société limite analyses et explications. Sans faire la Mme Irma, essayons d’y voir plus clair.

Tout être humain est à la fois une personne physique et morale. La personne physique (homme) est soumise à l’état de nature alors que la personne morale (citoyen) participe à l’état social où les humains sont en relations. L’état de nature tient à l’existence de lois universelles, telle la gravité. L’état social est le produit de règles de vie fondamentales qui s’expriment par les droits naturels et imprescriptibles de l’homme et du citoyen, ainsi que par les lois économiques de l’action humaine.

Remarquons que le droit naturel (j’ai droit à la vie, possède mon corps et son produit) est intrinsèque à l’existence même de l’homme et qu’il s’applique uniformément en tous lieux et en tout temps. Il est immuable. A contrario, les règles de vie liées aux relations sociales, dites « droit positif », sont le fruit opportuniste des évolutions du pouvoir, de la morale et des modes qui règnent dans la société.

Les besoins de la personne morale doivent respecter la personne physique. Si notre personne morale ne respecte pas notre personne physique, la personne humaine que nous sommes aura vite fait de disparaître. Par extrapolation, le droit positif se doit de toujours respecter le droit naturel si nous ne voulons pas que la société se dégrade. Logiquement l’état de nature s’impose toujours à l’état social. Ne pas le comprendre, comme dans la société actuelle, c’est s’exposer à en subir les conséquences.

Car contrairement à ce qu’il aimerait, aucun gouvernant, y compris le pire dictateur, ne peut avoir d’influence sur les lois naturelles. Et parmi celles-ci, on compte l’économie. J’imagine déjà certains lecteurs réagir : « non, non, l’économie n’a rien d’une science, elle ne connaît pas de « lois », au contraire de la physique. » A ces récalcitrants, je demande de me trouver un produit ou service qui serait absolument gratuit ou de me prêter du capital qu’ils n’aient d’abord épargné – sauf à voler.

Ces exemples sont simples, mais caractéristiques. L’économie est un phénomène du fonctionnement social et tant que les hommes vivront ensemble et chercheront leur bonheur en divisant le travail, les lois de l’économie s’exprimeront et s’imposeront à tous. Rien ne changera cette réalité même si le nombre d’auteurs qui le conteste est grand : aucun politicien n’accepte que son pouvoir soit vain.

Ainsi, même sans le savoir, tous les humains suivent ou subissent les lois de l’économie. Dans le cas contraire, invariablement, celle-ci reprend ses droits d’une manière ou d’une autre, non sans avoir laissé de la misère en guise de traces. N’allons donc chercher aucun bouc-émissaire ou faux prétexte aux dysfonctionnements de la société et à ses crises. Constatons que l’état et ses lois arrivent même à prétendre se mêler d’amour et de sentiments, comme avec le mariage. Et comme tout est devenu clientélisme, tous les irréfléchis ou naïfs appellent de leurs vœux l’utopique « régulation » par le « droit positif ». Sans bien sûr jamais l’obtenir, car la fausse « loi » ne peut mettre la nature au pas.

Le libéralisme demande simplement de revenir à la lucidité, à se souvenir de la loi naturelle. Et donc que l’état respecte les lois du droit et de l’économie. Est-ce parce que les ingénieurs aéronautiques respectent les lois naturelles que les avions se comportent comme des sauvages ? Non, et c’est bien le respect des lois naturelles qui fait que les avions sont de plus en plus sûrs. Soyons certains que le jour où l’état n’aura enfin d’autre objet que le strict respect du droit de chacun de nous, les crises s’évanouiront. Plus chaque gouvernement respectera la réalité, plus la société sera libérée des crises.

Sunday, November 19, 2017

Utilitarisme et Liberté

Il y a encore dans notre pays une forte empreinte de cette histoire, cette tradition de la pensée héritée du matérialisme marxiste associant le libéralisme à l’analyse économique – et encore, à une forme d’analyse économique très réductrice et très éloignée de la pleine liberté, en réalité.

Selon cette vision « économique » du libéralisme, il serait possible de faire avancer la liberté, ou même de la jauger, de la mesurer, en analysant le fonctionnement social comme un marché où chacun de nous cherche à optimiser ou à maximiser son intérêt personnel. On parle d’utilitarisme parce que cet intérêt personnel est assimilé à une « utilité » sociale que chacun de nous aurait en société et que la société aurait pour chacun. Cette vision est très en vogue chez les « économistes ».

Tout n’est pas faux dans une telle vision des choses. Il est bien évident qu’à tout moment, chacun de nous évalue les choix d’action qui sont les siens pour prendre l’option qui présente le meilleur futur, le meilleur potentiel, qui maximise ses « intérêts ». Mais tout dans cette vision utilitariste n’est pas vrai ni conforme à notre réalité non plus. C’est ainsi que des choses comme le PIB (Produit Intérieur Brut) ont vu le jour, par exemple. Un nombre, une « mesure » qui prétend quantifier la « richesse » produite par tout un pays, alors que personne n’est capable individuellement d’exprimer de façon précise et universelle ce qui fait sa richesse justement – à part bien sûr la part monétaire de celle-ci.

L’utilitarisme est multiforme, et c’est d’ailleurs un indice de son incohérente et erreur profondes. Il est un des jouets préférés de la foule des économistes qui chacun joue à qui trouvera « l’utilité » ou la formule – pardon, l’équation – la plus sophistiquée, la plus originale ou la plus « efficace ». Le grand « travail » de l’économiste consisterait ainsi à trouver cette équation, ou système d’équations, qui par magie arriverait à modéliser toute une économie – c’est par exemple le grand jeu auquel se livre l’INSEE depuis des années, sans jamais y arriver bien sûr, ce qui leur laisse un job à temps plein.

Ils n’y arrivent pas parce que c’est tout simplement impossible et que personne n’y arrivera jamais, et d’ailleurs fort heureusement. Ils commettent en effet deux erreurs conceptuelles qui leur refusent tout espoir. La première vient du caractère foncièrement individuel de ce qu’on nomme « préférence temporelle », c’est-à-dire la manière dont chacun fait ses choix d’action, y compris par arbitrage de son long terme contre son court terme. Ce caractère personnel et très intime varie à l’infini avec chacun et même pour chacun avec le temps, ce qui rend la modélisation sous forme « d’utilité » tout ce qu’il y a d’illusoire. De plus, espérer modéliser ce choix personnel serait nier notre libre-arbitre.

Seconde erreur, et à mon sens la plus importante, cette approche par équation, souvent faussement « mathématique » suppose un juge externe arbitraire qui serait capable de connaître, comprendre et mesurer cette fameuse « utilité » pour nous tous, alors même que nous ne fonctionnons pas ainsi. L’économiste, ou le politicien, pourtant lui-même un humain qui devrait se rendre compte comment il raisonne lui-même, prétend se mettre au-dessus de tous les autres hommes et proposer quelque « formule » qui permettrait d’extraire l’utilité de chacun de la foule des esprits, et sortir un nombre.

C’est bien évidemment ridicule, car personne ne peut légitimement se positionner en juge ou en expert de ce qui est bien pour nous individuellement. Personne à part moi ne sait ce que je désire.

On me dira que pourtant, c’est un raisonnement de ce genre que fait l’entrepreneur quand il calcule la probabilité de ses gains ou de ses risques. Cela est très vrai cette fois, même si beaucoup optent pour des approches plus intuitives. Mais la grande différence entre l’entrepreneur et l’économiste tient au rôle, à cette seconde erreur vue juste au-dessus. L’entrepreneur prend des risques pour lui seul et sera en situation de les assumer seul. L’économiste agissant pour quelque politicien ou gouvernement prétend par contre tirer des conclusions et proposer des mesures qui toucheront toute la population sans jamais en subir les conséquences lui-même ni jamais savoir leur besoin réel.

En fait, outre cette impossibilité à représenter la réalité, l’utilitarisme, quelle qu’en soit la forme, n’est tout simplement pas libéral parce qu’il ne repose pas sur les principes libéraux du droit. Imaginer une utilité qui suffirait à la décision pour autrui, c’est nier le droit individuel de tous et chacun à l’action selon ses propres critères, sa préférence temporelle. L’utilité vole le libre arbitre. Se réclamer d’un utilitarisme, c’est prétendre qu’on sait mieux qu’autrui ce qui est bon pour lui. C’est la négation même du droit dont nous disposons tous de faire des erreurs ou des mauvais choix, libres.

Friday, November 17, 2017

La dictature pour tous

La démocratie est devenue, dans l’inconscient et même dans les croyances collectives du monde occidental et en France en particulier, comme le seul synonyme de « liberté », comme la seule option et le seul système pouvant offrir, voire « garantir » la liberté pour un peuple ou un pays. Au point que quiconque oserait la critiquer ou la remettre en cause subirait une volée de bois vert, et cela y compris chez ceux qui se disent libéraux - qui ont comme renoncé à voir les choses comme elles sont.

Or, lors d’une discussion familiale récente, ma fille eut une expression géniale pour résumer ce que la démocratie nous propose par l’intermédiaire du vote et des élections : la dictature pour tous. Même si elle était teintée d’ironie, je ne pouvais être plus ravi de recevoir d’elle cette marque de lucidité.

Cette croyance de la démocratie « libérale » masque bien des confusions ou hypothèses non dites erronées, je propose d’en aborder quelques-unes dans ce rapide article. Pour commencer, revenons aux rois et à la monarchie qui en Europe dominait avant le traité de Versailles, il y a en gros un siècle. A l’époque, imparfaite, le roi personnifiait la fonction politique et le pouvoir absolu, du moins c’est ce que Louis XIV représente comme apogée. L’arrivée de la démocratie se voulait faire disparaître ce pouvoir avec la monarchie guillotinée.

Mais en réalité, ce n’est pas ce qui s’est passé. Les présidents, gouvernements et autres élus contemporains ont toujours le même pouvoir ; ils ont même un pouvoir souvent bien pire que beaucoup de ces rois et reines d’alors. Si les personnes sont tombées, la fonction est restée ; simplement, on vote désormais et tout le monde y a un ticket de tombola.

Seconde limite, le vote ne porte pas sur l’intégralité du « pouvoir ». Si la seule tête coupée de Louis XVI a permis d’affirmer la fin du pouvoir monarchique, les élections ne permettent pas de remplacer toutes les couches de ses nombreux successeurs. On vote pour des « élus », pour des « députés » ou pour un « président », mais on ne vote ni pour les fonctionnaires et bureaucrates, ni pour les juges. Et comme par hasard, ceux qui tiennent le destin du pays sur le long terme ne sont pas les élus.

Si on en vient au vote et aux élections, il convient d’en souligner les fortes limites et biais. Le premier tient bien sûr au choix qu’il offre – ou plutôt au non-choix. Dans une société libre, les rayons des grands magasins regorgent de choix, de variété, de nuances, de modèles et notre choix presque sans limite nous est laissé au niveau de chacun de nous. Chaque midi, des millions de gens « votent » pour décider ce que sera leur repas, et ce choix n’est pas issu d’un appareil arbitraire « constitutionnel ». A l’inverse, le vote pour un élu n’est choisi ni en nature, ni en programme, ni en personne, bref en rien.

Cela ne s’arrête pas au vote, en plus. Car on a beau élire ces chers gugusses, dans la réalité on ne leur accorde ni ne leur signe aucune délégation précise et éventuellement limitée. Ce qui fait que ces doux rigolos une fois en place font à peu près ce qu’ils veulent et surtout pas ce que nous voulons ou que nous avions pensé choisir lors de la lecture de leur programme et ensuite du vote. Promesses ?

Mais malgré cette liste déjà longue, le meilleur reste pour la fin. Car même lorsque tous les citoyens ne sont pas inscrits, même quand ceux-là ne vont pas tous voter, même quand ces votes ne dégagent pas une majorité relative, on finit toujours par voir cette pseudo « majorité » décider d’un régime ou d’un gugusse unique qui imposera sa personne et ses avanies à tous les autres.

On est donc bien dans une logique de tyrannie dès le résultat du vote prononcé. Celle où c’est une minorité auto-déclarée « majorité » qui impose son choix d’un instant à la majorité qualifiée de « minorité » pour la circonstance. Beau progrès libéral, vraiment, ça valait le coup de faire la révolution.

Tuesday, November 14, 2017

La propriété privée rendue publique ?

On pourrait penser qu’un concept aussi ancien et omniprésent dans nos vies que la propriété privée serait clair et limpide pour tout le monde ; diverses conversations récentes me montrent que non.

Il me semble que dans la plupart des esprits, la propriété privée est plutôt associée au concept de possession : « je suis propriétaire de ma maison » reviens au même que « je possède ma maison ».

Même si dans le langage courant c’est effectivement assez proche pour ne pas poser question, il en va autrement quand on cherche à mieux comprendre le libéralisme et sa théorie sous-jacente.

Il faut alors commencer par se souvenir que la liberté repose sur une théorie du droit individuel, lequel peut être matérialisé dans les nombreux contrats qui lient chaque individu avec ses relations, son « monde extérieur », sa « société civile », ainsi que ses assureurs et agences de protection.

Or la propriété privée est par nature un droit, c’est même le seul type de droit de base. Un droit définit ce qu’une personne peut légitimement faire ou pas d’une chose, d’une « ressource ». La propriété n’est donc pas une simple possession, comme dans « j’ai une tomate », mais une légitimité à contrôler, à décider ce que l’individu peut faire de cette tomate. Elle sert non pas comme base de la comptabilisation d’un inventaire de possessions, mais comme base de l’action (décision) humaine.

Grâce à cette caractéristique, elle peut être la base des contrats – elle est même la seule. La seule, parce qu’un contrat, cela établit qui des contractants échangera quels droits sur quelles ressources, à quels moments et à quelles conditions, c’est-à-dire quels échanges de légitimité à décider de quoi faire desdites ressources : c’est la propriété même, elle n’est rien d’autre. On me dira qu’un contrat peut être parfois plus que cela : mais un contrat qui ne reposerait pas sur la propriété ne permettrait pas de se prémunir de la possibilité de vol et de toutes les formes de fraude qui sont de cette nature.

Ainsi définie, la propriété peut porter sur notre propre corps : je suis propriétaire de mon corps en ce sens que je suis son exclusif décideur ou acteur légitime. Et bien sûr me blesser ou me prendre un organe ou un membre serait une violation de ce droit exclusif. Et elle résulte de mon travail : ce que j’ai fait d’une ressource avec mon corps est ma propriété puisque le produit de ma décision d’action.

Au-delà, la propriété privée est très liée aux points fondamentaux de toute la théorie libérale que sont « les deux axiomatiques ». La première, celle de l’argumentation, découverte par H-H. Hoppe, établit le caractère incontestable de la propriété de soi comme produit de nos échanges verbaux avec autrui.

Chaque fois que je discute avec vous, et vous avec moi en retour, votre acceptation de la discussion suppose sans esquive votre reconnaissance de ma maîtrise sur moi-même pour discuter. Les relations sociales, même justes verbales, ne peuvent se faire sans reconnaître l’autre comme propriétaire de lui-même – et à l’inverse sans qu’il nous reconnaisse comme notre propriétaire. Par extension, les relations sociales « normales » posent le respect d’autrui, c’est-à-dire de ce qui est communément appelé le principe de non-agression, qui fonde toute l’éthique sociale libérale.

Enfin, cette propriété permet de poser les bases de l’axiomatique de l’action qui fonde tout le pan économique de la théorie libérale. Décider d’une action sur moi devient possible, j’en ai le droit.

Pour résumer, il est important de bien voir que le concept de propriété privée qui est au cœur de la doctrine libérale traite de ce qu’on pourrait appeler la gouvernance sociale et non de la possession. C’est d’ailleurs là tout le sujet même de la liberté : la liberté, c’est avoir le droit de décider pour soi.

Sunday, October 22, 2017

Hoppe - Traduction du discours PFS 2017 (1)

Hans-Hermann Hoppe a prononcé à l'automne 2017 lors de la conférence PFS 2017 un discours d’importance qui rappelle les bases de la théorie libertarienne, clarifie la position vis-à-vis de la droite "dure" Américaine (Alt-Right) et surtout donne un élan de stratégie pour le mouvement libertarien face à la poussée des antifas et social justice warriors.

J’en propose une transcription traduite en plusieurs parties. Voici les 11 premières minutes.

<Nous connaissons tous le sort des termes "libéral" et "libéralisme".
Il a été attribué à tant de gens différents et de positions différentes qu’il a perdu tout son sens et est devenu une étiquette vide non distinctive.
Et le même sort, je crains, menace désormais de plus en plus les termes "libertarien" et "libertarianisme" qui furent inventés pour retrouver en partie la précision conceptuelle perdue avec la fin des termes "libéral" et "libéralisme".

Cependant, l’histoire du libertarianisme moderne est très jeune.
Elle débuta en fait dans le séjour de Murray Rothbard et pris son expression quasi-canonique dans son livre "For a New Liberty" (Pour une nouvelle liberté, un manifeste libertarien), publié en 1973.
Mais le mouvement libertarien ne comptait initialement guère qu’une dizaine de personnes, entrant dans le séjour de Murray Rothbard.
Et du fait du jeune âge du libertarianisme, je garde espoir et ne suis pas prêt à abandonner le terme tel que défini et expliqué par Rothbard avec une clarté et une précision sans égales.
Tout cela alors qu’on ne compte pas les tentatives de soi-disant libertariens à brouiller les pistes et s’approprier le mot juste de libertarianisme pour quelque chose de totalement différent.

Le coeur théorique et irréfutable de la doctrine libertarienne est simple et sans détours et je l’ai déjà expliqué ici à maintes reprises.
S’il n’y avait aucune rareté en ce monde, les conflits entre humains, ou plus précisément les affrontements physiques, seraient impossibles.
Les conflits interpersonnels sont toujours des conflits relatifs à des choses rares. Je veux faire A avec une chose particulière et tu veux faire B avec cette même chose.
Et du fait de tels conflits, et parce que nous sommes capables de communiquer et de nous opposer des arguments, nous cherchons des normes de comportement dans le but d’éviter ces conflits.
Le but des normes est d’éviter les conflits.
Si nous ne cherchions pas à éviter les conflits, la recherche de normes de comportement serait sans logique.
Nous nous limiterions à nous battre et à survivre.

Mais en l’absence d’une harmonie parfaite des intérêts, les conflits relatifs aux ressources rares ne peuvent être évités qu’à condition de les attribuer comme propriété privée exclusive à quelque individu ou groupe d’individus précis.
Ce n’est qu’alors que je peux agir avec mes propres choses sans dépendance envers toi et tes propres choses, sans arriver à l’affrontement physique.
Mais qui possède quelle ressource comme propriété privée, ou non ?
En premier, chaque personne possède son corps physique qu’elle et elle seule contrôle directement.
Ensuite, quant aux ressources de seul contrôle indirect, elles doivent être acquises via notre corps, donné par la nature et ensuite approprié, le contrôle ou la propriété exclusif/ve est attribué à la personne qui s’est appropriée la ressource en premier, ou qui l’a acquise du propriétaire précédent via un échange volontaire et libre de conflit.
Car seul le premier à s’approprier la ressource et tous les propriétaires suivants lui étant connectés par une chaîne d’échanges volontaires peuvent l’acquérir et en obtenir le contrôle sans conflit c’est-à-dire pacifiquement.
Autrement, si le contrôle exclusif est attribué aux derniers arrivants, les conflits sont inévitables et à l’inverse de l’objet même des normes, rendus inévitables et permanents.

Certes, face à cet auditoire, il n’est pas besoin d’aller plus en détails, sauf pour ajouter ceci.
Si vous voulez vivre en paix avec d’autres et éviter tout affrontement physique, et quand de tels affrontements se produisent, vous cherchez à les résoudre pacifiquement, vous ne pouvez être qu’anarchiste ou l’avocat d’une société de loi privée, ou plus précisément vous devez être un ‘anarchiste de la propriété privée’, un anarcho-capitaliste ou comme je le disais un avocat d’une société de loi privée.

Et ainsi par implication - et sans beaucoup plus de vent - n’est pas libertarien - ou tout au plus un faux libertarien - quiconque affirme et promeut un ou plusieurs des points suivants :
- La nécessité d’un état - tout état - de propriété publique ou étatique et de taxes afin de vivre en paix.
- Ou qui affirme l’existence et la ‘justifiabilité’ de tout soi-disant droit de l’homme ou droits sociaux autres que le droit de propriété privée - tels que le droit des femmes, le droit des homos, le droit des minorités, le droit à la non-discrimination, le droit à l’immigration libre et sans restriction - qui est le droit de libre invasion - le droit à un revenu minimum garanti ou à un système de santé gratuit ou le droit à être débarrassé des discours et pensées déplaisants.

Les avocats de tout cela peuvent bien se dénommer comme ils le souhaitent, et nous libertariens pourrions bien coopérer avec eux tant qu’une telle coopération nous promet de nous rapprocher de notre but ultime, mais ils ne sont pas libertariens, ou au mieux de faux libertariens.

Ensuite une chose étonnante s’est produite sur le chemin du public.
Alors de Rothbard, et moi dans ses pas, ne fit jamais un pas hors de ces convictions centrales issue de la théorie, des non libertariens, avec en particulier des faux libertariens, c’est-à-dire des gens prétendant faussement être libertariens, et même des gens peut-être honnêtes mais tout au plus vus comme libertariens, tous nous ont vilipendés et choisis comme leurs bêtes noires et incarnations du mal.
Rothbard, le guide spirituel du libertarianisme moderne a par exemple été qualifié par cette foule soi-disant antifasciste de réactionnaire, de raciste, de sexiste, d’autoritaire, d’élitiste, de xénophobe, de fasciste et pour couronner le tout, de Juif Nazi auto-détesté.

Dès lors, quelle chose bizarre s’est donc passée ?
Voilà que tenter de répondre à cette question me conduit au sujet de ce discours, à savoir le lien entre libertarianisme et Alternative-Right, (Droite alternative) ou Alt-Right, laquelle a gagné une notoriété nationale (USA) et internationale après que Hilary Clinton, pendant la dernière campagne pour l’élection présidentielle, l’a identifiée comme une des sources d’inspiration du "panier des déplorables", une racine menant à Trump, laquelle (NdT l’Alt-Right) - je dois dire et insister - laquelle après la victoire électorale de Trump fut vive à rompre d’avec lui - du moins la plupart des gens ont rompu d’avec Trump, une fois qu’il fut clair qu’il n’est juste qu’un autre va-t-en-guerre de président.

Ainsi, le mouvement Alt-Right est principalement le successeur du mouvement paléo-conservateur qui connut son heure au début des années 90 avec l’éditorialiste et auteur à succès Patrick Buchanan comme représentant le plus connu.
Il tomba quelque peu en sommeil vers la fin des années 90 et a récemment - à la vue de l’immense et grandissant tort fait à l’Amérique et à sa réputation par les gouvernements successifs de Bush père, Clinton, Bush fils et Obama - il a réémergé plus vigoureux qu’avant sous la nouvelle étiquette de Alt-Right.

Beaucoup des phares associés à l’Alt-Right sont apparus ici lors de nos réunions au cours des années. Paul Gottfried, qui le premier conçu ce nom, Peter Brimelow, Richard Lynn, Jared Taylor, John Derbyshire, Steve Sailer, et Richard Spencer.
Parfois le nom de Sean Gabb - et le mien - y est aussi associé et évoqué en connexion avec l’Alt-Right.

Et mes travaux ont aussi été reliés au mouvement proche des néo-réactionnaires inspiré par Curtis Yarvin, que je connais aussi personnellement, et qui écrivit sous le pseudonyme de Mencius Moldbug sur son blog désormais en sommeil Unqualified Reservations.
En somme, ces relations personnelles et associations m’ont valu plusieurs mentions honorables par la ligue la plus insultante et infamante d’Amérique le SPLC, auquel mon cher ami Tom de Lorenzo se réfère toujours comme le Centre de Mensonge de la Pauvreté Soviétique.>>

A suivre...

Monday, December 5, 2016

Contrats ou Constitutions ?

Les constitutions de ce monde prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de l’illusion de liberté de la démocratie.

Il y a deux erreurs conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs, alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.

Retournons dès lors la logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être « déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.

Une constitution comme on les connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du « contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services à une entreprise qui s’y installe.

Les questions de pouvoir dans ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque. Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».

L’entité peut aussi être un collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.

Le cas le plus intéressant correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas, car elles n’ont simplement pas d’objet.

L’analogie avec l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.

Pas tout à fait cependant, car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays libres.

On comprend ainsi que la tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France autant de pays libres que de villes ou de communes ?

On le comprend, il n’est pas besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une fois, la liberté, c’est toujours simple.

Sunday, October 27, 2013

C'est pourtant pas compliqué l'anarchie...

Sur l’invitation d’un jeune ami talentueux, j’ai entrepris de lire et démonter une autre critique des libertariens faite par un pseudo-libéral mal informé qui, comme il fallait s’y attendre, le prend de haut alors qu’il n’a pas même compris les bases du sujet.

Les pseudo-libéraux sont décidément une plaie, un frein à la liberté, car ils croient la détenir quand elle leur échappe et nous empêchent d’autant d’avancer. L’ignorance et la faible réflexion ne sont hélas pas les attributs des seuls socialistes, comme je l’ai longtemps cru. On ne se déclare pas libéral, on apprend à le devenir en tirant profit des réflexions des visionnaires.
Le texte original est ici, je vous invite à le lire pour mieux vous délecter…

Rien qu’à lire l’introduction, plusieurs erreurs ou incompréhensions se font jour, c’est donc «prometteur» comme texte.

Premier point : «visant à la suppression pure et simple de toute espèce de structure étatique.» :
Ici, l’erreur vient de l’ambiguïté portée par le mot «état» qu’il convient de désosser pour comprendre la véritable problématique. L’état signifie trois choses très différentes, hélas. Les fonctions, régaliennes ou au-delà, ce qu’il fait, police, justice etc. Les organes ou institutions qui réalisent ces fonctions. Les agents humains qui décident au titre de ces organes. Les anarcaps ne souhaitent pas la suppression de l’état, mais la suppression de toute forme de monopole sur ces 3 niveaux, c’est très différent. Une anarcapie possède fonctions régaliennes, organes et agents pour les réaliser. Mais les trois sont confiés au libre marché. Et c’est de ce fait que disparaît la coercition étatique, elle disparaît parce que le choix des agents et des organes pour réaliser les fonctions est restitué au consommateur, le citoyen. D’ailleurs lire Hoppe lève toute ambiguïté. L’état pour lui ne pose problème que de par son monopole.

L’introduction continue avec de nombreux mots posés ça et là qui témoignent d’une ironie si ce n’est d’une mauvaise foi malencontreuse : fable, «droits réputés appartenir à l’homme», «justice publique», «le vice rédhibitoire de toute pensée anarchique cohérente» - avant un plan qui nous promets bien du plaisir.

La justice publique mérite quelques instants, car ce n’est absolument pas un concept anarcap et le fait même qu’il soit évoqué ici témoigne de la pensée de l’auteur. Comme tout en société libre, la justice traite des individus, elle n’est publique que dans la mesure ou chacun y a accès comme chacun peut acheter son pain. Il n’y a pas de ‘suprême’ justice. Bien plus grave encore, dire que «l’élaboration des normes reviendrait aux seuls juges» est une preuve d’incompréhension bien plus profonde. On le verra plus bas, le juge en anarcapie ne fait pas le droit, il ne fait que le dire et régler les différends dans un souci d’équilibre et de dédommagement.

Le droit est fait par le propriétaire, et lui seul. Ne pas le voir, c’est ne pas avoir compris que le droit n’existe que pour régler ou éviter les conflits, que les conflits ne peuvent être que des conflits de propriété et que donc le propriétaire fait le droit chez lui – en respect du droit naturel, bien évidemment. Et personne d’autre. La propriété, c’est le droit, le droit vient de la propriété.

On commence le corps du texte avec la question «Quelles sont leurs institutions ?». La question elle-même est biaisée. Car ce ne sont pas les institutions qui importent au premier chef, elles ne sont que des organes, des moyens, mais les fonctions. Poser la question des organes, c’est occulter le sujet.

Ainsi il avance que :
- «Force est de constater que les institutions libertariennes n’existent pas» :
On reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie. C’est confondre anarchie et anomie. L’anarchie refuse l’autorité unique et imposée, d’où le rejet de l’état dans son caractère monopolistique et coercitif, mais pas dans son caractère fonctionnel. C’est la grande erreur, ou plutôt confusion, des minarchistes et autres « libéraux ». Il est évident que l’anarcapie a, comme toute société, besoin des fonctions régaliennes. Elles y existent donc bien, elles viennent des services de sociétés privées soumises à la concurrence du marché libre. Mais attaquer par l’absence d’institutions comme témoin d’absence de fonction régalienne, c’est une erreur encore plus primitive.

- «les libertariens s’en remettent au pouvoir créateur de la « main invisible « d’Adam Smith, c’est-à-dire au marché, ce qui n’est certes pas risible» :
En effet. Mais ne faut-il pas distinguer une pointe de condescendance dans ce mots ? L’auteur serait-il un libéral sans confiance dans le marché libre, qui pourtant n’est autre que l’expression pure des actes et échanges des hommes libres ?

- «mais ne présente aucune garantie du maintien des droits les plus élémentaires.» :
C’est bien ce qu’il se profilait. L’auteur ne voit pas, ou ne croit pas, comment le marché libre peut assurer les fonctions régaliennes. Ce n’est pas ici la place de l’expliquer, mais on s’arrêtera au mot « garantie », juste pour lui demander comment il nous explique que l’état « garantit » quoi que ce soit quand on constate les crimes commis et impunis au quotidien, sous ses auspices.

- «Leur position interdit logiquement aux libertariens de raisonner en termes d’institutions.» :
Et donc ? Ne voit-il pas que c’est justement ce qui fait la force et la stabilité de la société libre ? Car lorsque les institutions ne sont pas figées – on rappelle qu’elle ne sont que des moyens, pas la fin que sont les fonctions régaliennes, ie l’état de droit – on a justement la possibilité de les changer facilement et régulièrement afin de toujours les adapter pour le meilleurs rendu, la meilleure « garantie ». C’est précisément ce que le recours au marché permet de faire. Ainsi, là où les constitutionnalistes endolorissent les drosophiles à rechercher sur le papier les meilleures institutions qu’ils ne pourront jamais trouver – sinon on les auraient déjà, non ? – l’anarcap est sur ce point plus pragmatique et confie la chose au marché, comme n’importe quel problème d’optimisation sociale.
- «Le programme libertarien est essentiellement négatif, consistant à supprimer l’État.» :
On a vu que cela est faux. L’anarcap vise à supprimer la bureaucratie et les élus, fruits du monopole, mais rien d’autre. Quant au caractère négatif, il n’est que le reflet du caractère négatif de la Liberté, c’est-à-dire en réalité ouvert à l’opportunité positive.

Plus loin on trouve une critique de Randy Barnett. Il faut dire que prendre cette personnalité comme fer de lance libertarienne est déjà un choix très contestable, car Barnett, pour être libertarien, est d’un courant plutôt hayekien et minarchiste, donc rien d’aussi « dur » que des Rothbard ou Hoppe.
- « Au moment précis où l’on s’attend à ce que ce juriste distingué, ancien procureur, nous livre le fruit de ses réflexions juridiques sur le devenir institutionnel d’une communauté libertarienne désétatisée, quelque chose de sophistiqué, d’un peu aride même, R. Barnett nous gratifie superbement d’un chapitre intitulé « une courte fable » :
Ici, on a l’impression d’un argument d’autorité contrarié : l’auteur avait eu envie de pouvoir lire un argument de juriste, car il semble s’en prendre pour un et avoir la caste en haute estime. Il se semble pas voir que les juristes ne sont souvent que de vains gratte-papiers qui croient pouvoir figer l’infinité de l’imagination humaine dans des codes sans cesse recommencés.

- « Tel est l’inexorable destin de toute pensée anarchiste cohérente avec elle-même : la négativité, la condamnation épistémologique à l’absence d’alternative, le vertige du pari. » :
Le paradoxe utilisé comme défense de dernier recours ? Cohérence ? Comment peut-on reprocher la cohérence de la pensée lorsqu’on se revendique libéral et donc irrémédiablement rationnel ? Négativité ? Comment ne pas voir que la liberté elle-même est négative pour laisser à l’homme tout le champ du possible et qu’il en est ainsi de même pour la société libre ? Alternative ? Condamnation ? Qui condamne qui ici ?

Mais surtout, c’est montrer une fois de plus son incapacité à se projeter dans la société libre. Car celle-ci repose sur deux strates fondamentales qui en font la seule société alliant liberté et universalité. La strate du bas, c’est le respect du droit naturel. Au-dessus, chaque propriétaire ou communauté de propriétaires construit son droit à sa guise, tant qu’il respecte le droit naturel. Il est donc possible de voir surgir une infinité de mini sociétés au sein de l’anarcapie, tant qu’elles se respectent et que l’individu y est libre. L’alternative dont l’auteur parle est donc en réalité native de l’anarcapie. L’anarcapie porte en son sein l’infinité des organisations sociales respectant le droit naturel. Qui dit mieux ? Enfin, le vertige du pari ? En quoi est-ce un argument ? En quoi est-il opposable pour un libéral de parier sur la liberté ?

- « Mais soyons de bonne guerre, acceptons de faire l’impasse quelques instants sur cette carence rédhibitoire, et voyons ce qu’un monde libertarien aurait à offrir aux partisans de la liberté. » :
Je pense avoir montré juste au-dessus qu’il n’est de carence au sein de l’anarcapie que dans la limite intellectuelle que manifeste l’auteur à son encontre.

Dans la seconde partie, l’auteur croit malin de revenir sur la question de la garantie et de plus de déformer la vision de Rothbard :
- « qu'est-ce qui garantit que le droit en vigueur dans l'utopie libertarienne sera fidèle aux valeurs de liberté ?
À cette question, celui qui reste la référence majeure des libertariens, M. Rothbard, répond que les différentes agences devraient adhérer à un « Code de base » consacrant les droits naturels fondamentaux . En l'absence d'institutions spécifiques garantissant ce respect, ce code relève du wishful thinking. » :
Cela relève de la déformation de la pensée de Rothbard, ni plus ni moins. Le code en question n’est autre que celui des Droits naturels bien sûr, mais ce n’est en aucun cas le mécanisme qui ici assure le droit en vigueur. On le sait, les fonctions régaliennes sont confiées au marché et aux services privés, ce sont eux la réponse. Et comme n’importe qui, ces entreprises doivent respecter le droit naturel, bien évidemment. Mais la question de la garantie n’est pas issue du code, ni d’un autre. Elle découle, elle est le fruit de la concurrence. Simple : une entreprise dont les services de sécurité ou de justice ne satisferait pas ses clients n’aurait le choix que de s’améliorer ou fermer. La concurrence tire donc le marché en permanence vers cette supposée utopie de « garantie », et cela bien mieux que n’importe quelle « institution » immuable et fonctionnarisée.

Mais mon analyse a dû être erronée, car l’auteur montre ensuite qu’il a compris le caractère multiple, multitude même de la société libre :
- « En réalité, il n'y aura pas un ordre résultant, mais une multitude d'ordres (juridiques) résultants, exactement autant que d'individus qui se seront institués juges. » :
C’est assez vrai, il se trompe sur le rôle du juge, mais il semblerait qu’il ait vu la multiplicité du droit, celui des propriétaires. Bravo ! Mais alors, où est le problème ?

- « Car c'est bien de cela qu'il s'agit : lors qu'on institue les juges sources unique du droit et que quiconque peut s'instituer juge, naissent autant d'ordres juridiques que d'individus qui décident de créer du droit. » :
Encore une fois, vrai et faux. On l’a vu, les juges ne sont pas sources du droit, ce sont les propriétaires. Mais en effet, la société libre est caractérisée par la multiplicité du droit. Mais pas n’importe quel droit, contrairement à ce que l’auteur implique sans le dire. On l’a vu, la société libérale a deux couches. Et où qu’on se trouve, en toutes circonstances, le Droit Naturel a cours. Il ne peut être qu’interprété par le droit local. Et c’est cela qui « garantit » la Liberté malgré la multitudes des sources de droit.

- « Comment imaginer que ces myriades d'ordres juridiques concurrents cultiveront toutes les valeurs de liberté ? Comment ne pas voir qu'adviendront nécessairement, outre des ordres libéraux, une petite Allemagne hitlérienne, un petit Cambodge de Pol Pot, une petite société moyenâgeuse où brûlent les hérétiques, bref toutes les tyrannies connues et une infinité d'autres ? » :
C’est ici que l’auteur dérape et nous montre une fois de plus qu’il n’a pas compris la société libre. Et doublement. Outre qu’il confirme ne pas avoir vu l’organisation en deux couches du droit, qui assure donc les « valeurs de liberté », il ne voit pas non plus la liberté qu’il y aurait, pour ceux qui le souhaitent, à voir naître ce qu’il appelle ces « ordres libéraux ». Pourquoi une ville ou un territoire au sein de la société libre ne pourrait-il pas être hitlérien, pourvu qu’il respecte le Droit naturel, c’est-à-dire le droit pour chaque individu de joindre ou quitter une telle communauté en toute liberté ? Encore une fois, seule l’anarcapie autorise une telle infinité de libres communautés en son sein tout en « garantissant » celle de chaque individu.

Il croit avoir trouvé une autre difficulté avec la question pratique du jugement dans un monde à l’infinité de sources de droit. Et de nous choisir un exemple en réalité très banal : « Mais qu'en sera-t-il si le mari est Norvégien et la femme allemande, ou si le couple germano-norvégien vit en Suisse et que ses biens sont partiellement situés en Italie ? » :
En fait, il raisonne à l’envers. Pour un libéral, ça la fiche mal parce qu’il raisonne en juridictions au lieu de raisonner en individus.
Car pour un libéral, sur cet exemple mais cela se généralise, le droit outre celui du propriétaire ne se matérialise que par les contrats entre personnes. Le mariage n’a donc aucun sens national, mais uniquement entre les deux adultes concernés. Ce problème n’existe donc pas.
  
- « C'est ce type de questions que traite la branche du droit appelée « droit international privé », plus précisément les règles dites de « conflit de lois ». En termes juridiques, on dira qu'il y a conflit de lois lorsqu'une situation est affectée d'un « élément d'extranéité », c'est-à-dire qu'un aspect au moins de cette situation relève potentiellement d'une loi qui n'est pas la même que celle qui paraît devoir régir le reste de la situation. Outre le conflit de lois se pose également la question du conflit de juridictions : quel est le juge compétent pour trancher le litige ? » :
Nous avons ici deux questions qui en réalité ne se posent pas en anarcapie. L’auteur ne fait rien d’autre que projeter ses inerties mentales de juriste – quand je vous disais que beaucoup de juristes ne savent pas sortir de leurs codes… Car la question de la loi applicable est en réalité bien plus simple en Libertalie – bonjour ma chère Nathalie.

Il n’y a que trois cas et pas quatre : sont applicables le Droit Naturel, l’éventuel droit complémentaire du propriétaire du lieu concerné et le ou les contrats en vigueur entre les parties. Point. Pas la peine d’aller chercher des extranéités qui ne sont que les manifestations de la maladresse du droit positif mal conçu.

Par ailleurs, la question du juge est encore plus simple. Le juge est choisi librement mais de concert par les deux parties en différend, ni plus, ni moins. On ne développera pas ici toute la procédure en cas de refus d’un juge par l’une des partie, le résultat reste le même.

Il continue dans sa croyance avec :
- « Les problèmes créés par cette compénétration ne concernent qu'exceptionnellement le commun des mortels. Dans un ordre libertarien, ils seraient permanents. Le simple achat d'un pain ou d'une pomme exposerait, en cas de litige, l'acheteur et le vendeur, qui auraient souscrit à des ordres juridiques différents, à d'inextricables problèmes de conflits de lois et de juridictions. » :
On est dans le fantasme plus que dans la logique. Il n’y a jamais de problème de juridiction en Libertalie, elle est toujours sans ambiguïté : le droit du propriétaire des lieux. Quant à l’exemple du pain, franchement, j’espère que c’est de la mauvaise foi : unicité du lieu, simple contrat tacite d’échange, où est le problème ?

- « Le moindre pas dans la rue obligerait à recourir aux services d'un avocat. Un ordre libertarien suppose un droit international privé dont la complexité serait portée à la puissance 1000, ce qui est humainement ingérable, et paraît devoir inexorablement déboucher sur la consécration factuelle du Führerprinzip : si la loi ne peut trancher, il faudra bien que quelqu'un le fasse. Répondre que les différents ordres juridiques trouveront le moyen de pallier ces difficultés techniques n'est pas satisfaisant : outre que le libertarien n'en sait strictement rien (voir point I), il est hautement probable qu'il se trouvera de nombreux petits ordres juridiques qui se voudront radicalement indépendants et qui refuseront la moindre concession, fût-elle rationnelle et d'élémentaire bon sens. » :
Tout cela n’a tout simplement aucun sens, on vient de le voir. Là où ça devient vraiment grave, c’est de voir poindre l’argument du « Führerprinzip » qu’il ne va pas manquer de nous opposer – bien que sur du sable – pour nous expliquer juste après que l’état rejaillira de l’anarchie. Ridicule, puisque tout cela n’a aucune réalité.

Et ça ne loupe pas, nous voici face à l’attaque de la présumée « Résurgence probable d'un État »

- « Comment éviter la renaissance de l'État honni ? Dans la courte fable de R. Barnett, Justice Inc. et TopCops en viennent à dominer le marché de la justice et de la police et ce sont leurs pratiques douteuses qui provoquent leur chute. Supposons maintenant que Justice Inc. et TopCops restent honnêtes et s'accroissent jusqu'à posséder 70% du marché. Ensuite elles fusionnent, se rebaptisent « État » et interdisent leurs concurrents. Barnett rétorque que l'ordre libertarien devrait adhérer à ce qu'il appelle le « principe de compétition », qui fait interdiction aux différentes agences de s'évincer mutuellement par la force. Fort bien, mais qui fera respecter ce principe si deux agences nettement dominantes prennent sur elles de l'enfreindre ? Et quelle sorte d'État naîtra de la fusion de ces agences ? » :
Je ne connais pas l’auteur et en particulier sa profession, quoi qu’il semble de nature juriste, mais il ne démontre ici aucune compréhension économique, ce qui est fâcheux quand on se croit théoricien libéral. Toujours est-il qu’il commet deux erreurs grossières. Rebaptisées « état » ou pas, 70% du marché ou pas, la nouvelle société juridique ne peut pas « interdire » la concurrence. Justement, il ne suffit pas de se décider état pour avoir un monopole de jure, et non de facto. Vous me feriez ça M. TopCops, je peux vous garantir que vous auriez aussitôt perdu ma part de vos 70%, sans que vous y puissiez quoi que ce soit, car vous n’êtes pas la police, mais la seule justice. Il est à ce propos évident qu’on ne laissera jamais une même entreprise assurer à la fois les services de police et de justice, c’est du simple bon sens.

Seconde erreur, il n’est besoin de personne pour faire respecter la concurrence. Le marché s’en charge très bien. Notre auteur-juriste a décidément du mal à se passer d’institutions matérialisables.

- « À supposer même que TopCops et Justice Inc. fusionnent (pour former Justice&Cops, Inc.) mais ne tentent pas d'évincer leurs concurrents, comment qualifier l'ordre engendré par cette fusion ? » :
Il n’y a pas à le qualifier, car ce n’est en rien un ordre. L’ordre ne vient pas des juges, mais des propriétaires, on l’a vu plus haut.

- « Des normes et des policiers pour les faire respecter, des juges pour les appliquer et des prisons pour enfermer les criminels, cela ne vous rappelle rien ? Si bien sûr : un État ! D'un genre particulier, dira-t-on, parce que les souscripteurs de Justice&Cops ont le droit de quitter cet ordre pour un autre dès qu'ils le souhaitent. Outre que c'est déjà le cas de la plupart des États aujourd'hui, cette proposition ne vaut qu'aussi longtemps que le gouvernement/les administrateurs de Justice&Cops le tolèrent : après tout, c'est à eux que revient de déterminer ce qui se fait ou pas. » :
On retrouve ici les erreurs précédentes, ce ne sont pas les juges qui font l’ordre et c’est la concurrence qui met tout ce petit monde sous contrôle pour justement empêcher ce type de dérives. Notre auteur se confirme ne pas avoir compris la société libre.

- « Les libertariens ont coutume d'affirmer, à la suite de M. Rothbard, que les structures étatiques furent, dans l'histoire, le cadre de tant de massacres, qu'il est temps d'essayer autre chose. Outre que cet argument revient à dire : l'air est pollué, j'arrête de respirer, il opère de l'histoire une lecture très sélective. » :
Juste pour sourire devant la logique de notre juriste, l’analogie ne tient pas. Ce serait plutôt, l’air est pollué, j’essaie de mettre un masque, la pollution illustrant l’état et le filtre ma liberté de m’y soustraire.

- « Les libertariens se réfèrent en effet généralement à quelques exemples historiques bien précis d'ordre libertarien, comme l'Irlande d'avant la conquête de Cromwell. Cette modestie les honore, car l'histoire est riche d'une infinité d'ordres libertariens avant la lettre, aussi appelés « états de nature ». L'on comprend bien entendu la réticence des libertariens à se revendiquer de ces états de nature, dont l'Afrique actuelle nous offre encore malheureusement de nombreuses illustrations, dans la mesure où ils se caractérisent presque constamment par la guerre de tous contre tous, le plus complet sous-développement et qu'ils aboutissent tout aussi invariablement à l'institution de ce qu'il faut bien appeler horresco referens un État. » :
Ce n’est pas un hasard si nous ne nous référons pas à l’Afrique par exemple, cela n’a rien à voir avec de la modestie, mais avec la non pertinence de l’exemple. L’Afrique ne connaît pas ou trop peu le droit foncier privatif. Trop souvent, c’est un droit tribal socialisant. Tous ses maux en découlent et cet état de nature là n’a rien à voir avec la société libre de demain.

Croyant nous avoir amenés sur le terrain de la résurgence de l’état, il vient nous contester les fondements du droit, à commencer par la Rule of Law. Ben voyons.

- « Du point de vue libertarien, ne mérite d'être qualifié de droit qu'un ensemble de normes qui consacrent les droits qui appartiennent à l'homme de par sa nature d'homme (M. Rothbard se revendique explicitement dans sa démarche des théories jusnaturalistes d'Aristote et saint Thomas). Les garanties minimales qu'offre la Rule of Law (État de droit) sont pour eux sans intérêt dès lors que seraient même simplement limités leurs droits fondamentaux. Quelles sont ces garanties minimales de l'État de droit critiquées par les libertariens ? » :
En fait, bonne question, il n’est que temps de se la poser après des pages de vomis sur l’anarcapie. Mais s’il semble avoir lu Rothbard, il est surprenant qu’il n’en ait pas tiré la réponse. Surtout qu’elle est très simple : égalité de tous devant le droit naturel, c’est-à-dire devant le droit de propriété de son corps et des fruits de son travail.

- « F.A. Hayek explique que l'État de droit possède huit caractères : des lois non rétroactives, certaines, connues, l'égalité devant la loi (c'est-à-dire des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes), un pouvoir judiciaire indépendant, une administration soumise à des règles, un système juridictionnel de contrôle de la légalité des actes administratifs et des décisions judiciaires et un Bill of Rights (Hayek est trop conscient de la faiblesse du jusnaturalisme naïf pour donner des ces droits une liste). Le principe d'égalité devant la loi (isonomie) qui fonde le concept hayékien d'État de droit définit un idéal normatif - des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes - dont il est évident qu'il ne sera jamais pleinement réalisé : le législateur doit y tendre. »
Là on atteint un summum de mauvaise foi. Alors qu’on vient tout juste de critiquer Rothbard, hop, tadaaaa, tour de passe-passe et voici Hayek qui apparaît. Or l’Autrichien, pour respectable qu’il soit, n’a rien d’un anarcap jusnaturaliste et il est donc tout sauf la bonne personne pour répondre à la question des droits naturels.

On le voit d’ailleurs à sa liste à la Prévert de droits naturels, absolument incohérente :
-          L’égalité devant la loi, eh bien ne relève pas du droit, mais de la justice, mais c’est le terme que notre juriste emploie pour exprimer le besoin de lois réglementant des actes et non des personnes.
-          Pouvoir judiciaire et administration mis dans ce même sac, alors qu’ils sont des organes régaliens et non des droits.
-          Idem pour le système judiciaire et juridictionnel, ce dernier n’ayant aucun sens en Libertalie, on l’a vu.
-          J’adore aussi le jugement posé comme un axiome de la supposée naïveté du jusnaturalisme, mauvaise foi je vous dis.
Et on vient encore une fois me parler de libéralisme ? Mais ce plaisantin ne s’est simplement jamais posé la question de ce qu’implique l’égalité de tous devant le droit, ou alors ses facultés ne valent guère plus que celle de Nanterre en plein Mai 68.

- « Cet idéal normatif n'exige pas que toutes les normes étatiques soient générales et abstraites : un jugement, l'injonction d'un agent de police sont des normes assorties de contrainte dont on ne voit pas qu'elles puissent n'être pas individuelles . Ce que requiert en revanche l'isonomie est que ces normes individuelles (ordres, commandements) soient conformes à des règles préexistantes. Dans cette mesure, l'isonomie implique une hiérarchie de normes. Lon L. Fuller précise que si les règles de droit sont appelées à réguler effectivement les comportements, elles doivent en outre présenter les caractères suivants : être compréhensibles, possibles, non contradictoires. » :
On est bien d’accord. Tout cela est vérifié par l’anarcapie, merci bien, il aurait peut-être fallu commencer par là ?

- « Les caractères qu'Hayek et Fuller prêtent à l'État de droit relèvent de deux registres : le format des normes proprement dites (non rétroactives, certaines, connues, compréhensibles, non contradictoires, possibles) et un format institutionnel : doivent exister des juridictions indépendantes pour appliquer les normes aux sujets de droit, d'une part ; » :
Eh bien non, voyez-vous. On mélange, comme au tout début, les fonctions et les organes. Les normes, donc le droit, sont une chose. Les moyens des les assurer en sont une autre. Ce qui compte pour l’état de droit, c’est que ces normes soient en effet assurées, mais peu importe comment. Donc l’état de droit n’est pas ce qu’en dit notre ami, du moins pas au minimum.

- « pour apprécier la légalité des actes de l'administration et du pouvoir judiciaire, d'autre part. Ajoutons-y la nécessité d'instituer une juridiction qui veille à la généralité des normes, et l'on définira l'État de droit comme un État où la contrainte ne s'exerce qu'en conformité avec des règles (normes générales, abstraites et permanentes) - non contradictoires, possibles, compréhensibles, certaines, publiques et non rétroactives - et des ordres (normes individuelles), consacrant le principe de hiérarchie des normes et organisant la sanction matérielle de la violation des règles générales de conduite par un pouvoir distinct et indépendant du pouvoir normatif ; la conformité des ordres aux règles et le respect de la métarègle (généralité des règles) sont contrôlés, par un (des) pouvoir(s) distinct(s) et indépendant(s) du pouvoir normatif. » :
Tout cela est donc inutile. Un point important cependant. On remarque que l’auteur comme Hayek semblent incapables d’imaginer des mécanismes de contrôle autres que des institutions disposant d’un « pouvoir ». Jamais ne leur vient à l’idée que le marché puisse assurer ce contrôle sans pour autant ne créer de pouvoir – autre que celui du consommateur, donc de tout le peuple.

Je saute les quelques lignes suivantes, purement historiques et sans apport à notre débat. Il conclut juste que, grande nouvelle, le despotisme se caractérise par :
- « Un pouvoir arbitraire. Est arbitraire ce qui n'est pas conforme à une règle préexistante. L'arbitraire de celui qui veut le bien n'est pas moins arbitraire que l'arbitraire de celui qui poursuit un intérêt particulier : l'arbitraire n'est pas une question morale. Arbitraire et despotique sont synonymes. Est libre celui qui n'est pas soumis à la contrainte d'autrui. La contrainte qui s'exerce de manière arbitraire est imprévisible et inévitable. La contrainte qui s'exerce conformément à des règles préétablies est prévisible et évitable. En tant qu'il permet d'éviter la contrainte, l'État de droit est l'instrument de réalisation de la liberté individuelle. » :
C’est très paradoxal cet extrait, et cela montre l’ampleur de l’écart d’analyse entre nous. Je ne peux que souscrire à tout ce qu’il rappelle ici, bien évidemment. S’il croit venir apporter un argument contre les libertariens, il se trompe totalement.

- « Les libertariens s'inscrivent en faux contre cette affirmation : mieux valent, du point de vue de la liberté, les injonctions arbitraires d'un Souverain bien intentionné que les règles d'un Prince totalitaire. William P. Baumgarth a thématisé cette critique dans le Journal of libertarian studies. Rappelant que la distinction entre règles (normes générales) et ordres (normes individuelles) est au centre du concept hayékien d'État de droit, W. Baumgarth écrit : « constatant que même des règles négatives peuvent être coercitives, nous devons nous demander si réellement l'obéissance à des règles nous rend plus libres que l'obéissance à des ordres » .
Or, F.A. Hayek le libéral a raison contre W. Baumgarth le libertarien. » :
Outre que la première phrase est fausse, on vient de le voir, où sont les arguments s’il vous plait ? Pourquoi serait-ce forcément Hayek qui aurait raison, alors qu’on vient de voir que rien n’est moins faux ?

Je saute la suite sans intérêt pour me saisir de la prochaine phrase clé qui est on ne peut plus symptomatique de son incompréhension de la société libre et de l’anarcapie :
- « L'anomie n'existe pas dans les sociétés humaines. » :
Je renvoie le lecteur au début de cet article, où je rappelais que « on reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie ; c’est confondre anarchie et anomie ». N’est-il donc pas fantastique de prendre ainsi l’auteur en flagrant délit de cette confusion alors qu’il la récuse lui-même ? Il se confirme donc bien que depuis le début, notre ami n’a pas su voir que la Libertalie dispose des fonctions « étatiques » et n’est donc pas sans règle si sans ordre, mais parce qu’il n’y retrouve pas les organes ou institutions auxquels il est habitué, il est perdu et ne sait plus voir les choses.

- « L'État de droit formel est une condition nécessaire mais non suffisante de la réalisation de l'idéal de liberté. C'est ce que n'ont pas vu les libertariens, tout à leur poursuite de la réalisation absolue de leurs droits absolus. » :
Amusant non de voir l’arroseur arrosé ?!

Reste un passage qui, hors du bruit général se distingue un peu, qui ne mérite juste de rappeler combien il confirme mes arguments précédents :

- « Comment en effet les règles en vigueur pourraient-elles atteindre à un niveau acceptable de certitude quand le simple fait de parcourir une rue expose le promeneur aux normes — en ce compris le bon vouloir de despotes improvisés — de trente ordres juridiques concurrents ? Comment et pourquoi les différents ordres juridiques devraient-ils veiller à la non-contradiction de leurs normes ? » :
On a vu que cette vision des choses ne repose sur aucune réalité et que l’argument est vide de sens.

Mais voilà que notre ami se croit en mesure de mettre en défaut Rothbard comme Hoppe. Moi je dis qu’il mérite le Nobel. Ridicule.
La partie sur Rothbard n’a en fait qu’un rapport très limité avec le sujet général et à part lui reprocher de ne pas suivre Hayek, sa critique est bien vide – car sur le être et devoir être, Hoppe est depuis largement passé par là pour remettre tout en place…
Idem pour Hoppe, l’auteur a en fait glissé dans son argumentaire de questions de droit et d’institutions à la question de la morale, ce qui est totalement orthogonal et sans rapport. Ne pouvant pas les contredire sur le droit, il part sur la morale.

Pour finir par dire une grosse bêtise au sujet de Hoppe :

- « Voilà certainement une tentative ingénieuse et intéressante d'utiliser l'éthique de l'argumentation de Karl-Otto Apel et Jürgen Habermas au service de l'axiome de M. Rothbard. Mais elle n'est pas convaincante : que la pensée (éthique ou autre) suppose l'argumentation reste à démontrer. » :
Eh bien justement, c’est ce que Hoppe a démontré, la charge de la contre-preuve est donc vôtre, cher ami. Et essayez donc de penser sans recours à la logique….

Il est même carrément de mauvaise foi ici où il glisse un faux argument :
- « En outre, l'argumentation suppose sans doute le contrôle d'une partie de mon corps et de l'espace où je me trouve, mais le contrôle n'est pas l'appropriation . Serai-je considéré comme le « légitime propriétaire » de tous les espaces où je me serai aventuré à causer avec autrui ? » :
Ce n’est pas ce que suppose ou dit Hoppe, justement. Hoppe ne parle pas de l’espace, seulement de son propre corps. Donc le contester en lui faisant dire des choses qu’il ne dit pas semble un peu faible.

Nous sommes dimanche matin, il me fatigue ce pseudo-libéral, je n’ai pas envie d’aller plus loin. Je pense qu’on aura largement compris qu’il ne connaît pas le sujet et raconte des bêtises, c’est tout ce que je voulais montrer.

Friday, February 24, 2012

Judge Napolitano's 5mn Speech on Fox News on Feb.13,2012

Pour voir la vidéo, c'est >ici<


<<… anticipation, in a process that validates an establishment, that never meaningfully changes?


What if that establishment does want and doesn’t have, the consent of the governed?

What if the two parties system was actually a mechanism used to limit so-called public opinion?

What if there were more than two sides to every issue, but the two parties wanted to box you into a corner, one of their corners?

What is there’s no such thing as public opinion, because every thinking person has opinions that are uniquely his own?

What if what we call public opinion was just a manufactured narrative that makes it easier to convince people that if their views are different, then there’s something wrong with that or something wrong with them?

What is the whole purpose of the Democratic and Republican parties was not to expand voters choices, but to limit them?

What if the widely perceived differences between the two parties was just an illusion?

What if the heart of the government policies remains the same no matter who’s in the White House?

What if the heart of the government policies remains the same no matter what the people want?

What if those wanted differences between Democrat and Republican were actually just minor disagreements?

What if both parties just want power and are ready to want young people fight meaningless wars in order to enhance that power?

What if both parties continue to fight the war on drugs just to give bureaucrats and cops bigger budgets, and more jobs?

What if government policies didn’t change when government leaders did?

What if no matter who won an election, government stayed the same?

What if government was really a revolving door for political hoax, tending to exploiting the people once they’re in charge?

What if both parties supported welfare, war, debts, bail-outs and big government?

What if the rhetoric the candidates displayed on the campaign trail was dumped after electoral victory?

What if Barack Obama campaign does an anti-war, pro-civil liberties candidate, and then wage senseless wars while assaulting your rights that the Constitution is supposed to protect?

What if George W. Bush campaign on a platform on non-intervention and small government, and then wages their foreign policy of muscular military intervention and a domestic policy of vast government borrowing and growth?

What if Bill Clinton declared that the era of big government was over, but actually just convinced Republicans like Newt Gingrich that they can get what they want out of a big government too?

What if the Republican went along with it?

What if Ronald Reagan spent six years running for President, promising to shrink the government, but then the government grew when he was in the White House?

What if notwithstanding Reagan’s ideas and cheerfulness and libertarian rhetoric, there really was no Reagan revolution at all.

What if all of this was happening again?

What if Rick Santorum is being embraced by voters who want small government, even though Senator Santorum voted for the Patriot Act, for an expansion of Medicare and for raising the debt ceiling by trillions of dollars?

What if Mitt Romney is being embraced by voters who want anyone but Barack Obama, but they don’t realize that Mitt Romney might as well be Barack Obama on everything, from warfare to welfare?

What if Ron Paul is being ignored by the media, not because as he claims he is unappealing or unelectable, but because he doesn’t fit into the pre-manufactured public opinion mould used by the establishment to pigeon-hole the electorate and create the so-called narrative that drives media coverage of elections?

What if the biggest difference between most candidates was not substance, but style?

What if those stylistic differences were package of the substantive ones to reinforce the illusion of a difference between Democrats and Republicans?

What if Mitt Romneys wins, and then’s up continuing most of the same policies that Barack Obama promoted?

What if Barack Obama’s policies too are merely extensions of those from George W. Bush?

What if a government that manipulated us could be fired?

What if a government that lacked the true and knowing consent of the governed, could be dismissed?

What if it were possible to have a real game changer?

What if we need a Ron Paul to preserve and protect our freedoms from the government?

What if we can make elections matter again?

What if we can do something about this?>>