Charles Gave est cet homme d’affaires à succès, respectable comme tel, ayant créé il y a quelques années l’Institut des Libertés, erreur déjà puisque la liberté ne se découpe pas en tranches. Il a produit à l’automne un article, sur son site, où il prétend révéler « Qu’est ce que le Libéralisme ? ». Il est je crois très intéressant de le lire, car il s’y pose avec sincérité d’excellentes questions. Mais les réponses qu’il propose, sa vision du libéralisme donc, tombent à plat et montrent l’horizon limité du schéma de pensée dont il souffre, ainsi que l’immense majorité des pseudo libéraux dans ce pays.
L’article débute par une citation d’excellent choix, prise chez Saint Just : « L’ennemi naturel de tout citoyen, c’est son Etat. » Bravo, il ne pouvait pas mieux résumer la vision libertarienne de la liberté.
Charles Gave (CG) commence alors son texte par une anecdote ou il fait intervenir Milton Friedman, sa référence en économie, hélas, montrant surtout son goût pour l’utilitarisme constructiviste. Mais ensuite, vient un autre moment de clarté, qui mérite d’être souligné et cité : « Je vais commencer par une évidence : le libéralisme n’est pas une doctrine économique et encore moins une idéologie politique, c’est tout simplement une pratique juridique empreinte du pragmatisme le plus total cherchant à établir dans un pays ce qu’il est convenu d’appeler un « état de Droit », c’est-à-dire un système politique où la Loi est la même pour tous, Etat y compris » (l’emphase est d’origine).
C’est pourtant dans ce résumé de sa vision du libéralisme que CG se prend les pieds dans le tapis alors même qu’il est sur le point d’avoir tout compris et de savoir pleinement expliquer la liberté. Mais reprenons sa thèse, elle est en trois points simples.
Tout d’abord, la liberté et donc le libéralisme est affaire de droit, pas d’économie. Si l’économie est un domaine où la liberté s’exprime, c’est sur la base du droit et non pas d’une théorie x ou y qui serait fondée sur autre chose que la base juridique du droit – en l’occurrence la propriété privée. Ensuite et au passage, liberté signifie libre choix et ce qu’il appelle pragmatisme est à lire selon moi comme ce que d’autres appelle tolérance, i.e. la possibilité d’avoir ses opinions et choix propres.
Puis viennent les trois mots de fin, mis en exergue, « état y compris », qui sont à la fois parfaitement vrais et faux. Vrais parce qu’en effet, toute la difficulté de la science politique est précisément de faire sauter ce paradoxe où certains auraient plus de droits que d’autres alors qu’ils sont là pour faire respecter l’égalité de tous devant le droit. Avec quelques autres libertariens, je nomme ce principe celui de la pleine symétrie du droit. Faux parce que tout son article montre qu’il n’a pas su voir l’incohérence sur ce point des auteurs et du système politique qu’il propose, et qu’il n’a pas su voir non plus la solution pourtant proposée par des auteurs plus récents, mais qu’il semble ignorer.
CG se lance alors dans un résumé de l’histoire de la pensée et de l’évolution politique libérale depuis la Magna Carta anglaise de 1215 qui le conduit à poser la séparation des pouvoirs comme principe : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité apparaît donc le principe de la nécessaire séparation des pouvoirs entre exécutif (le Roi), législatif (vote des impôts et des lois) et judiciaire (Indépendance des Tribunaux). » Il est dommage que CG se laisse influencer par l’histoire et des lectures trop anciennes pour ne pas voir que cette étape historique, pour positive qu’elle fut, cachait un postulat parfaitement arbitraire qui contredit sa propre exigence de symétrie du droit. En effet, avant de se féliciter de la séparation des pouvoir, il devrait s’interroger sur le besoin du pouvoir, car le pouvoir et son arbitraire est précisément ce qui s’oppose au droit – il ne peut donc en être le bras.
On devine que CG ne connaît pas ou du moins n’a pas lu la riche lignée des auteurs anarchistes de la liberté – Gustave de Molinari, Lysander Spooner, Herbert Spencer, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe – voyant probablement dans ce terme connoté le mal du désordre et du chaos. Pourtant, « anarchie » ne veut pas dire désordre – ce serait l’anomie, littéralement l’absence de normes. L’anarchie est l’absence d’autorité, de pouvoir l’arche de « l’archie » donnant bien cette image de quelque chose posé au-dessus de nous. L’anarchie prise dans ce sens est donc bien la bonne piste, celle de l’absence de pouvoir et d’égalité devant le droit qui est chère à notre libéral classique.
C’est dommage qu’il ne sache pas voir cette nuance, car plus loin il dit une autre vérité qui le met à deux doigts de la solution libertarienne, qui passe par le commerce du régalien : « Ce qui permet la croissance, ce n’est donc pas une série de règles économiques plus ou moins efficaces mais la sécurité juridique qui est offerte aux entrepreneurs. La croissance économique se produit tout simplement parce que le vol étatique n’est plus possible. » Exact cher Charles Gave. Mais ce qui est dommage que vous ne voyiez pas, c’est le raisonnement inverse vous donne la solution : les entrepreneurs qui cherchent et font la croissance, parce qu’ils ont besoin de sécurité juridique, peuvent aussi la faire.
Ce que la phrase de CG met de côté, c’est le processus de mise en place de cette nécessaire sécurité juridique. Sans vraiment s’en rendre compte probablement, il suppose qu’elle nous tomberait plus ou moins du ciel, du moins ne se pose-t-il pas la question parce que l’histoire s’est chargée du sujet et nous a servi le lourd état napoléonien comme sur un plateau. Donc pour lui la question n’est plus que de réviser, réformer, au mieux refondre cet « état » hérité de l’histoire. Mais pourquoi cela serait-il la seule option possible ? Et de toute manière, il pourra bien tenter toutes les réformes de l’état qu’il veut, veiller à sa sainte séparation des pouvoirs, il ne pourra pas sortir du paradoxe de l’état ennemi qui se pose comme sauveur du citoyen envers l’état. Le libéralisme est donc ailleurs.
Et ailleurs c’est donc dans l’entrepreneurs et donc dans le libre marché. La première étape, c’est la confiance entre deux, puis trois puis une communauté de partenaires commerciaux. Quand elle devient trop vaste, que la confiance s’étiole, vient ce besoin formel de sécurité juridique – le fameux régalien. Mais la confiance encore présente suffit pour que l’entrepreneur propose des services régaliens : justice privée, police privée, notaires, cadastre, huissiers et tout ce que le marché peut faire émerger. Ces premiers services accroissent la confiance et la sécurité et permettent à d’autres de voir le jour, et la boucle est bouclée. Le libéralisme de plein capitalisme, libre de pouvoir, est né.
A part une référence à John Rawls fort malheureuse – cet auteur est un « liberal » c’est-à-dire un social-démocrate et non un libéral – le reste de l’article est tout à fait intéressant, mais il y avoue son impuissance à comprendre l’abandon du libéralisme au profit de la social-démocratie.
Dans sa conclusion, Charles Gave cite ainsi Albert Camus, à juste titre : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». S’est-il seulement rendu compte à quel point sa propre erreur de qualification du libéralisme contribue à obscurcir l’esprit de ses concitoyens quand il s’exprime devant eux sur le sujet ? Vu l’exposition qui est la sienne dans les médias, je me permets de lui suggérer de revoir en urgence ses concepts et ses positions sur le sujet.
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Thursday, January 25, 2018
Sunday, January 7, 2018
Panarchie : Gouvernement ? Quel gouvernement ?
Dans un article récent, sur les obligations et la gouvernance en Libertalie, je donnais une présentation concise de la structure « propriétariste » de la société libérale, celle de demain. Dans cette société, le droit est fait par le propriétaire, lequel peut être un individu ou une personne morale, entreprise ou association sous diverses formes. L’autre point caractéristique tient à l’omniprésence du contrat, en particulier celui qui lie de manière libre et volontaire l’individu habitant un territoire et le propriétaire dudit territoire – dans le cas où ils ne sont pas identiques.
Pour aller plus loin, je voudrais aborder la question d’un gouvernement dans un tel monde, et cela sera au passage l’occasion de jeter un œil sur la panarchie, autre système politique apprécié de nombreux libéraux sincères. Selon Wikiberal, la panarchie serait ce système « où chacun s’affilie librement au gouvernement de son choix », ce qui nous renvoie donc à la question du gouvernement.
Mais qu’est-ce qu’un gouvernement dans une société libre, au fait, quel peut-être sa nature et son rôle ? Selon une logique minarchiste, ou régalienne, on pense aussitôt aux questions de police et de justice, et donc un gouvernement, pouvoir « exécutif », serait celui qui les assurent, qui s’assure de leur bon fonctionnement. Je passe rapidement sur le pouvoir « législatif », qui n’existe pas en tant que tel en Libertalie, puisqu’il n’y a pas de loi, mais uniquement des contrats.
Or il faut se souvenir que justement, comme tout est contrat et service, c’est également le cas de la police et de la justice. Il n’y a donc pas de gouvernement au sens classique du terme, avec un ministre par exemple, puisqu’il n’y a pas de ministère, ni d’élus, ni de députés etc. Bien sûr, au sein d’une copropriété par exemple, il y a évidemment un comité ou équivalent qui veille aux affaires et qui pourrait être assimilé à une forme de gouvernement. Mais ce n’est pas dans le même sens.
Alors donc, la panarchie, comment ? Il est possible d’imaginer bien des options, mais les principaux théoriciens se retrouvent sur un scénario où les deux fonctions régaliennes seraient fournies par deux types complémentaires d’entreprises. La police préventive est une affaire de terrain, elle n’est pas attachée à un individu, elle serait contractualisée par le territoire et/ou son « gouvernement ». Par contre, la justice est responsabilité et donc est liée à l’individu. C’est donc lui qui contracte avec une société d’assurance qui apportera police judiciaire, avocat et/ou juge pour trouver l’aide utile en cas de différend avec un tiers. On a donc deux relations régaliennes : une directe, une indirecte.
Le choix individuel de son gouvernement prend ainsi une allure un peu différente, une fois qu’on est entré dans plus de concret. On pourrait imaginer que la panarchie pourrait signifier que dans un même « pays », ou territoire, chaque individu pourrait librement passer d’un gouvernement à l’autre, selon l’évolution de ses préférences. C’est en partie vrai, pour ce qui tient à la justice et à l’assurance, mais ce n’est clairement pas possible, je crois, pour ce qui touche au territoire, justement.
C’est la raison pour laquelle, pour ma part, je pense qu’il n’y a en réalité aucune différence entre anarcapie et panarchie. Certains imaginent une panarchie où ce ne serait pas le propriétaire du lieu qui ferait le droit, mais ce(s) fameux gouvernement(s) abstrait(s). Mais quelle autorité un tel gouvernement pourrait-il avoir sur les multiples propriétaires, alors même que l’arbitraire de l’autorité n’a pas de sens en Libertalie ? Le sol reste la base de tout droit, et donc l’anarcapie aussi.
Pour aller plus loin, je voudrais aborder la question d’un gouvernement dans un tel monde, et cela sera au passage l’occasion de jeter un œil sur la panarchie, autre système politique apprécié de nombreux libéraux sincères. Selon Wikiberal, la panarchie serait ce système « où chacun s’affilie librement au gouvernement de son choix », ce qui nous renvoie donc à la question du gouvernement.
Mais qu’est-ce qu’un gouvernement dans une société libre, au fait, quel peut-être sa nature et son rôle ? Selon une logique minarchiste, ou régalienne, on pense aussitôt aux questions de police et de justice, et donc un gouvernement, pouvoir « exécutif », serait celui qui les assurent, qui s’assure de leur bon fonctionnement. Je passe rapidement sur le pouvoir « législatif », qui n’existe pas en tant que tel en Libertalie, puisqu’il n’y a pas de loi, mais uniquement des contrats.
Or il faut se souvenir que justement, comme tout est contrat et service, c’est également le cas de la police et de la justice. Il n’y a donc pas de gouvernement au sens classique du terme, avec un ministre par exemple, puisqu’il n’y a pas de ministère, ni d’élus, ni de députés etc. Bien sûr, au sein d’une copropriété par exemple, il y a évidemment un comité ou équivalent qui veille aux affaires et qui pourrait être assimilé à une forme de gouvernement. Mais ce n’est pas dans le même sens.
Alors donc, la panarchie, comment ? Il est possible d’imaginer bien des options, mais les principaux théoriciens se retrouvent sur un scénario où les deux fonctions régaliennes seraient fournies par deux types complémentaires d’entreprises. La police préventive est une affaire de terrain, elle n’est pas attachée à un individu, elle serait contractualisée par le territoire et/ou son « gouvernement ». Par contre, la justice est responsabilité et donc est liée à l’individu. C’est donc lui qui contracte avec une société d’assurance qui apportera police judiciaire, avocat et/ou juge pour trouver l’aide utile en cas de différend avec un tiers. On a donc deux relations régaliennes : une directe, une indirecte.
Le choix individuel de son gouvernement prend ainsi une allure un peu différente, une fois qu’on est entré dans plus de concret. On pourrait imaginer que la panarchie pourrait signifier que dans un même « pays », ou territoire, chaque individu pourrait librement passer d’un gouvernement à l’autre, selon l’évolution de ses préférences. C’est en partie vrai, pour ce qui tient à la justice et à l’assurance, mais ce n’est clairement pas possible, je crois, pour ce qui touche au territoire, justement.
C’est la raison pour laquelle, pour ma part, je pense qu’il n’y a en réalité aucune différence entre anarcapie et panarchie. Certains imaginent une panarchie où ce ne serait pas le propriétaire du lieu qui ferait le droit, mais ce(s) fameux gouvernement(s) abstrait(s). Mais quelle autorité un tel gouvernement pourrait-il avoir sur les multiples propriétaires, alors même que l’arbitraire de l’autorité n’a pas de sens en Libertalie ? Le sol reste la base de tout droit, et donc l’anarcapie aussi.
Saturday, January 6, 2018
No-Borders vs No-Boundaries
Un mien article récent donne un rappel rapide de l’organisation générale de la Libertalie en termes de propriété privée des territoires sur la Planète – vision que certains qualifient de « propriétariste », comme si une société libre pouvait se concevoir hors de la propriété privée exclusive.
J’en rappelle ici le paragraphe sur lequel je souhaite revenir sous l’angle des frontières : « Comme le propriétaire fait le droit – la notion de propriétaire est large, cela peut-être un individu, tel un monarque, un collectif restreint (une entreprise, une oligarchie) ou une copropriété où tout le monde a une part variable de la propriété – c’est le propriétaire qui décide du régime politique en vigueur en ce lieu, et selon un processus de décision convenu. On peut donc imaginer une mosaïque quasi infinie de territoires aux régimes et aux règles aussi variés que l’homme pourra le créer. »
Bien des réactions se sont exprimées, s’inquiétant qu’un tel modèle serait très conservateur et peu dans l’esprit d’une véritable ouverture du et sur le monde, « libéralisante » disons, comme bien des fans du No Borders l’envisagent. Selon ces voix, ce modèle poserait trop de frontières et surtout irait à l’encontre du beau principe de libre circulation, où passeport et autres seraient choses du passé.
Je ne crois pas ces critiques fondées, elles relèvent selon moi d’une confusion entre le modèle et les multiples visions qu’il autorise. L’idée première, classique, reste que la liberté c’est le choix, et que ce choix peut être celui de l’ouverture au monde tout comme il peut être celui de l’isolement. Dans Atlas Shrugged, il est intéressant de souligner que John Galt va s’installer dans son Galt’s Gulch isolé du monde pour y développer une communauté randienne libre… Et pourquoi ne pourrait-il pas ?
Il me semble que le concept de No-Borders repose sur plusieurs idées qu’il faut bien replacer à la lumière du modèle « propriétariste » ci-dessus. D’abord, lorsqu’on parle de frontières, on parle implicitement d’état, de pays, de pouvoir. La Libertalie est libre de tout « état », de toute forme de nationalité, la circulation y est libre au sens qu’il n’y a pas d’état pour la contraindre arbitrairement. Il n’y a donc pas de borders, même s’il y a des limites entre les territoires. Si on doit chercher un terme anglais, je préfère parler de boundaries, pour marquer la différence. La liberté repose sur des limites.
C’est la même chose ? Non, absolument pas. Le passage d’une limite entre deux territoires adjacents est forcément le sujet d’un accord, d’un contrat entre les deux territoires, contrat qui figure quelque part dans les annexes au règlement intérieur ou autre du contrat que je signe quand je choisis d’y habiter. Sans même se pencher sur les modalités, il n’y a donc aucune forme d’arbitraire dans ce cas.
De plus, la pression concurrentielle entre territoires aidant, l’évolution de ces modalités ira sûrement peu à peu vers la pacification et donc vers l’allègement des exigences, si tant est qu’il y ait pu en avoir – oui, c’est probablement vrai, l’entrée du Galt’s Gulch ne sera pas laissée à tout le monde.
Enfin, toujours parce que le modèle repose sur des voies de circulation privées, si la demande est sensiblement pour la liberté de circulation, pourquoi les opérateurs et entreprises s’y opposeraient-ils ? Et de même dans l’autre sens, bien sûr... Le droit (la propriété privée) et les besoins sont deux choses différentes, deux choses qui font le marché, et la vie. Le rôle du droit et de rendre possible, le rôle des entreprises est d’imaginer le possible en fonction des besoins qu’elles perçoivent des clients.
Ainsi, si la Libertalie n’est pas No-Boundaries – elle est même Full-Boundaries – elle a tout du No-Borders. Ce qu’il faut lui ajouter pour qu’elle le soit vraiment, c’est juste la volonté que ses habitants apporteront ou pas de mettre à profit leur liberté structurelle pour bâtir un monde d’esprit ouvert.
J’en rappelle ici le paragraphe sur lequel je souhaite revenir sous l’angle des frontières : « Comme le propriétaire fait le droit – la notion de propriétaire est large, cela peut-être un individu, tel un monarque, un collectif restreint (une entreprise, une oligarchie) ou une copropriété où tout le monde a une part variable de la propriété – c’est le propriétaire qui décide du régime politique en vigueur en ce lieu, et selon un processus de décision convenu. On peut donc imaginer une mosaïque quasi infinie de territoires aux régimes et aux règles aussi variés que l’homme pourra le créer. »
Bien des réactions se sont exprimées, s’inquiétant qu’un tel modèle serait très conservateur et peu dans l’esprit d’une véritable ouverture du et sur le monde, « libéralisante » disons, comme bien des fans du No Borders l’envisagent. Selon ces voix, ce modèle poserait trop de frontières et surtout irait à l’encontre du beau principe de libre circulation, où passeport et autres seraient choses du passé.
Je ne crois pas ces critiques fondées, elles relèvent selon moi d’une confusion entre le modèle et les multiples visions qu’il autorise. L’idée première, classique, reste que la liberté c’est le choix, et que ce choix peut être celui de l’ouverture au monde tout comme il peut être celui de l’isolement. Dans Atlas Shrugged, il est intéressant de souligner que John Galt va s’installer dans son Galt’s Gulch isolé du monde pour y développer une communauté randienne libre… Et pourquoi ne pourrait-il pas ?
Il me semble que le concept de No-Borders repose sur plusieurs idées qu’il faut bien replacer à la lumière du modèle « propriétariste » ci-dessus. D’abord, lorsqu’on parle de frontières, on parle implicitement d’état, de pays, de pouvoir. La Libertalie est libre de tout « état », de toute forme de nationalité, la circulation y est libre au sens qu’il n’y a pas d’état pour la contraindre arbitrairement. Il n’y a donc pas de borders, même s’il y a des limites entre les territoires. Si on doit chercher un terme anglais, je préfère parler de boundaries, pour marquer la différence. La liberté repose sur des limites.
C’est la même chose ? Non, absolument pas. Le passage d’une limite entre deux territoires adjacents est forcément le sujet d’un accord, d’un contrat entre les deux territoires, contrat qui figure quelque part dans les annexes au règlement intérieur ou autre du contrat que je signe quand je choisis d’y habiter. Sans même se pencher sur les modalités, il n’y a donc aucune forme d’arbitraire dans ce cas.
De plus, la pression concurrentielle entre territoires aidant, l’évolution de ces modalités ira sûrement peu à peu vers la pacification et donc vers l’allègement des exigences, si tant est qu’il y ait pu en avoir – oui, c’est probablement vrai, l’entrée du Galt’s Gulch ne sera pas laissée à tout le monde.
Enfin, toujours parce que le modèle repose sur des voies de circulation privées, si la demande est sensiblement pour la liberté de circulation, pourquoi les opérateurs et entreprises s’y opposeraient-ils ? Et de même dans l’autre sens, bien sûr... Le droit (la propriété privée) et les besoins sont deux choses différentes, deux choses qui font le marché, et la vie. Le rôle du droit et de rendre possible, le rôle des entreprises est d’imaginer le possible en fonction des besoins qu’elles perçoivent des clients.
Ainsi, si la Libertalie n’est pas No-Boundaries – elle est même Full-Boundaries – elle a tout du No-Borders. Ce qu’il faut lui ajouter pour qu’elle le soit vraiment, c’est juste la volonté que ses habitants apporteront ou pas de mettre à profit leur liberté structurelle pour bâtir un monde d’esprit ouvert.
Friday, January 5, 2018
Le marché, base naturelle de l’économie
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
Faites-vous vos courses au marché de votre village ou quartier ? Vous faites sûrement cet acte banal plus ou moins régulièrement, sans plus de questions. Tout un chacun s’approvisionne en nourriture pour renouveler son énergie. Ainsi, le marché du village est un lieu où des commerçants viennent à la rencontre d’acheteurs potentiels proches en proposant leurs produits. La demande des uns vient à la rencontre de l’offre des autres. Ainsi se réalisent les échanges économiques libre et volontaire.
Observez le fonctionnement du marché local : sans ordre particulier, il est anarchique, mais sans chaos. Et pourtant il s’organise, spontanément. Précisons ce point : à part les emplacements qui leur sont attribués, personne n’impose aux commerçants leurs produits, comme personne n’impose aux acheteurs leurs achats. Les commerçants, d’expérience, ont analysé les besoins des clients locaux. Ils proposent ainsi des produits qu’ils espèrent adaptés à ces besoins – ou envies. Si certains produits ne plaisent pas, pour quelque raison, les commerçants repartent avec. Personne n’est forcé d’acheter. C’est cela le marché libre : les uns proposent, les autres disposent, ce n’est pas plus compliqué.
Un acheteur trouve un produit trop cher ? Son aspect ne lui convient pas ? Il lui suffit de ne pas le prendre. Le bon commerçant en tirera seul les conclusions, s’il voit ses concurrents écouler leurs produits alors que les siens restent sur son étal. Il arrivera peut-être à pigeonner quelques clients, si ses concurrents sont en rupture de stock. Mais jouer avec la confiance des acheteurs n’est jamais payant bien longtemps et la tromperie finit toujours par tourner court pour les peu compétitifs.
A contrario, l’état et ses services publics prétendent venir suppléer le marché là où il en va de notre vie ou de notre sécurité – car dans ces domaines, la logique des affaires ne fonctionnerait pas.
Vue l’importance vitale pour quiconque de s’alimenter, on s’interroge donc devant l’absence de « service public alimentaire » plus ou moins nationalisé pour « urgence ultra prioritaire ». Quelle fonction vitale peut être plus précieuse pour l’homme que l’alimentation et le maintien en vie ?
Faisons simple : si ce service n’existe pas, c’est parce que tout service public n’est que leurre. Aucun n’est capable de rendre un réel service à la hauteur de ce que le libre marché offrirait. Il est par contre un instrument de pouvoir et de formatage. Il n’y a sinon aucune, absolument aucune raison qu’un service dit « public » se substitue aux libres marchés, y compris complexes. Et si les hommes de pouvoir n’ont pas osé créer un service public de l’alimentation, c’est qu’ils savent qu’il n’aurait jamais pu être aussi performant et meilleur. Et qu’un peuple affamé est un peuple qui se soulève.
Or par extrapolation du marché du village, tous les marchés fonctionnent de la même manière. La société s’organise librement et volontairement. Il n’y a jamais de violence lors d’une vraie transaction commerciale. Si un contrat vient à ne pas être respecté, la justice est saisie et entend les arguments des deux parties. Puis le jugement devra être exécuté. La simple égalité devant le droit suffit bien.
Pourquoi donc les politiciens devraient-ils intervenir dans l’économie ? Rien ne le justifie, pourvu que le droit de propriété et d’échange libre soit respecté. La corruption et les malheurs des peuples surviennent dès que l’homme politique se permet d’intervenir parmi les transactions libres et volontaires pour en faire des transactions contraintes et forcées. La société du marché s’organise toujours plus vite et mieux que tout état peut le faire. On l’a démontré, tout service public est sans fondement. Vivement que l’économie retourne au bon sens du marché de la restauration…
Faites-vous vos courses au marché de votre village ou quartier ? Vous faites sûrement cet acte banal plus ou moins régulièrement, sans plus de questions. Tout un chacun s’approvisionne en nourriture pour renouveler son énergie. Ainsi, le marché du village est un lieu où des commerçants viennent à la rencontre d’acheteurs potentiels proches en proposant leurs produits. La demande des uns vient à la rencontre de l’offre des autres. Ainsi se réalisent les échanges économiques libre et volontaire.
Observez le fonctionnement du marché local : sans ordre particulier, il est anarchique, mais sans chaos. Et pourtant il s’organise, spontanément. Précisons ce point : à part les emplacements qui leur sont attribués, personne n’impose aux commerçants leurs produits, comme personne n’impose aux acheteurs leurs achats. Les commerçants, d’expérience, ont analysé les besoins des clients locaux. Ils proposent ainsi des produits qu’ils espèrent adaptés à ces besoins – ou envies. Si certains produits ne plaisent pas, pour quelque raison, les commerçants repartent avec. Personne n’est forcé d’acheter. C’est cela le marché libre : les uns proposent, les autres disposent, ce n’est pas plus compliqué.
Un acheteur trouve un produit trop cher ? Son aspect ne lui convient pas ? Il lui suffit de ne pas le prendre. Le bon commerçant en tirera seul les conclusions, s’il voit ses concurrents écouler leurs produits alors que les siens restent sur son étal. Il arrivera peut-être à pigeonner quelques clients, si ses concurrents sont en rupture de stock. Mais jouer avec la confiance des acheteurs n’est jamais payant bien longtemps et la tromperie finit toujours par tourner court pour les peu compétitifs.
A contrario, l’état et ses services publics prétendent venir suppléer le marché là où il en va de notre vie ou de notre sécurité – car dans ces domaines, la logique des affaires ne fonctionnerait pas.
Vue l’importance vitale pour quiconque de s’alimenter, on s’interroge donc devant l’absence de « service public alimentaire » plus ou moins nationalisé pour « urgence ultra prioritaire ». Quelle fonction vitale peut être plus précieuse pour l’homme que l’alimentation et le maintien en vie ?
Faisons simple : si ce service n’existe pas, c’est parce que tout service public n’est que leurre. Aucun n’est capable de rendre un réel service à la hauteur de ce que le libre marché offrirait. Il est par contre un instrument de pouvoir et de formatage. Il n’y a sinon aucune, absolument aucune raison qu’un service dit « public » se substitue aux libres marchés, y compris complexes. Et si les hommes de pouvoir n’ont pas osé créer un service public de l’alimentation, c’est qu’ils savent qu’il n’aurait jamais pu être aussi performant et meilleur. Et qu’un peuple affamé est un peuple qui se soulève.
Or par extrapolation du marché du village, tous les marchés fonctionnent de la même manière. La société s’organise librement et volontairement. Il n’y a jamais de violence lors d’une vraie transaction commerciale. Si un contrat vient à ne pas être respecté, la justice est saisie et entend les arguments des deux parties. Puis le jugement devra être exécuté. La simple égalité devant le droit suffit bien.
Pourquoi donc les politiciens devraient-ils intervenir dans l’économie ? Rien ne le justifie, pourvu que le droit de propriété et d’échange libre soit respecté. La corruption et les malheurs des peuples surviennent dès que l’homme politique se permet d’intervenir parmi les transactions libres et volontaires pour en faire des transactions contraintes et forcées. La société du marché s’organise toujours plus vite et mieux que tout état peut le faire. On l’a démontré, tout service public est sans fondement. Vivement que l’économie retourne au bon sens du marché de la restauration…
Wednesday, January 3, 2018
Minarchisme vs Réductionnisme
On m’oppose souvent que les « minarchistes » seraient des libertariens et que ces derniers ne se composeraient donc pas des seuls anarcho-capitalistes, ou anarcaps. Quand on sait que le mot « libertarian » a été inventé par Murray Rothbard, l’anarcap par excellence, pour qui « libertarian » voulait dire « libéral radical », ou « pur », sans concession, on sait que cette idée n’a aucun sens ni légitimité et ne peut résulter que d’une confusion de l’esprit ou du sens donné à « minarchiste ».
Or ce mot de minarchiste, selon mon expérience nourrie de fort longues heures de discussion avec certains de ses adeptes, présente deux familles de sens bien distincts. La première est idéologique, ou plutôt théorique : elle théorise qu’une société libre peut et même doit être structurée autour d’un « état minimal », le plus souvent dit régalien, pour être à la fois libre et pérenne. La seconde est politique, certains l’appellent minarchisme de transition : elle consiste à imaginer une société de type minarchiste, c’est-à-dire avec beaucoup moins d’état et bureaucratie, comme une étape tolérable, acceptable sur le sinon long chemin du retour à la véritable liberté qu’est la Libertalie anarcap.
Les deux sens sont forts différents, au point je crois qu’il serait utile, du moins pour les libertariens, probablement moins pour les minarchistes, de différencier les deux par deux mots reconnaissables.
Car il convient de le réaffirmer, il ne fait aucun doute que le minarchisme théorique est une erreur conceptuelle, une aberration théorique sous l’angle libéral et qu’il n’est en aucune manière possible de le voir comme une cible théorique sociale cohérente pour quiconque se réclame de la liberté.
Je propose ainsi de parler de « réductionnisme » pour signifier ce minarchisme de transition trop malencontreusement mal compris et noyé au sein du minarchisme incohérent. En ce sens, Murray Rothbard, mais aussi la plupart des partis libertariens avertis – ce qui n’est pas le cas de tous, hélas – était et sont réductionnistes. Car c’est bien évidemment, il est toujours bon de chercher et de prendre toute forme de réduction de l’état, mais à condition de ne jamais s’en satisfaire et de continuer à exiger de poursuivre l’effort vers la liberté véritable, celle d’une société libérée de l’état.
Avec cette nuance de vocabulaire – ou tout autre qui pourra être préférée, j’espère qu’on pourra enfin éviter d’assimiler minarchiste et libertarien et surtout éviter de confondre un modèle de société sans état et donc libre avec un ersatz de liberté qui n’est que le vague régime amaigri de la tyrannie social-démocratique que nous subissons un peu partout de nos jours.
Or ce mot de minarchiste, selon mon expérience nourrie de fort longues heures de discussion avec certains de ses adeptes, présente deux familles de sens bien distincts. La première est idéologique, ou plutôt théorique : elle théorise qu’une société libre peut et même doit être structurée autour d’un « état minimal », le plus souvent dit régalien, pour être à la fois libre et pérenne. La seconde est politique, certains l’appellent minarchisme de transition : elle consiste à imaginer une société de type minarchiste, c’est-à-dire avec beaucoup moins d’état et bureaucratie, comme une étape tolérable, acceptable sur le sinon long chemin du retour à la véritable liberté qu’est la Libertalie anarcap.
Les deux sens sont forts différents, au point je crois qu’il serait utile, du moins pour les libertariens, probablement moins pour les minarchistes, de différencier les deux par deux mots reconnaissables.
Car il convient de le réaffirmer, il ne fait aucun doute que le minarchisme théorique est une erreur conceptuelle, une aberration théorique sous l’angle libéral et qu’il n’est en aucune manière possible de le voir comme une cible théorique sociale cohérente pour quiconque se réclame de la liberté.
Je propose ainsi de parler de « réductionnisme » pour signifier ce minarchisme de transition trop malencontreusement mal compris et noyé au sein du minarchisme incohérent. En ce sens, Murray Rothbard, mais aussi la plupart des partis libertariens avertis – ce qui n’est pas le cas de tous, hélas – était et sont réductionnistes. Car c’est bien évidemment, il est toujours bon de chercher et de prendre toute forme de réduction de l’état, mais à condition de ne jamais s’en satisfaire et de continuer à exiger de poursuivre l’effort vers la liberté véritable, celle d’une société libérée de l’état.
Avec cette nuance de vocabulaire – ou tout autre qui pourra être préférée, j’espère qu’on pourra enfin éviter d’assimiler minarchiste et libertarien et surtout éviter de confondre un modèle de société sans état et donc libre avec un ersatz de liberté qui n’est que le vague régime amaigri de la tyrannie social-démocratique que nous subissons un peu partout de nos jours.
Thursday, October 19, 2017
Une constitution ne « garantit » pas la liberté
La liberté, par définition même, est affaire de droit. Dire que ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, c’est dire que je suis libre quand j’ai le droit assuré de pouvoir faire ce que je veux et peux avec ce que je possède, et que je respecte ce même droit pour autrui. La liberté, qui contient comme on le voit l’égalité, est le cœur de l’harmonie sociale et le socle de la pleine fraternité.
La liberté, et donc la vie sociale, repose donc simplement sur deux mots : le « droit », pourvu qu’il soit « assuré ». Au passage, il est désespérant de voir à quel point les politiciens sont talentueux à nous faire croire que les choses seraient en fait tellement plus compliquées que ce simple bon sens.
Ce droit très simple et palpable est ce qu’on appelle le « droit naturel ». Conséquence directe de l’existence des relations sociales, il est un préalable à l’organisation sociale de la liberté – ce qui est la question de « comment l’assurer ». La réponse officielle tient pourtant dans une « constitution ».
Ainsi, la constitution « garantirait » la liberté des citoyens – le verbe « garantir » n’est pas de moi, bien au contraire et c’est là tout mon sujet. Car il y a plusieurs contradictions profondes dans cette idée qui pourtant – mais est-ce un hasard ? – est à la base de toutes les « démocraties » de notre monde, avec les résultats, pardon, les échecs qu’on peut constater chaque jour que l’actualité fait.
Une constitution serait nécessaire pour définir, cadrer, limiter et séparer le et les pouvoirs, pouvoir qui servirait donc à assurer cette fameuse liberté en remettant les contrevenants dans le « droit » chemin. Le pouvoir de contraindre serait donc contraint par un document dont le pouvoir propre vient lui-même on ne sait trop d’où. Ah si, suis-je bête, nous le signons tous à notre majorité, non ? Le méchant pouvoir serait donc limité par ce qu’il doit lui-même consacrer. Circularité ridicule.
Plus sérieusement et plus concrètement, revenons sur le mot « assurer ». Une constitution part du principe que nous ne pourrions pas assurer notre liberté par nous-mêmes, qu’il faut quelque chose d’extérieur, voire de supérieur pour nous obliger à respecter ce qui fait pourtant l’objet même de toute vie sociale. Mais quand il s’agit de besoins encore plus primaires, comme celui de se nourrir, il me semble bien que nous nous débrouillons par nous-mêmes et cela avec un certain succès, non ?
Pas besoin d’un bout de papier sacralisé pour que le marché et le commerce nous trouvent toutes les solutions que sont les restaurants, les boulangers, bouchers et foule d’autres artisans ainsi que toute la chaîne logistique qui assure la fourniture des produits frais là où on les attend, sans que personne jamais n’ait légiféré ni qu’un gouvernement ait décidé d’un menu ni de notre alimentation. Alors si le marché fonctionne pour notre nourriture, pourquoi ne pourrait-il pas « assurer » notre liberté ?
Ces questions de la légitimité d’une constitution et de sa nécessité sont de vraies questions, et la vie de tous les jours montre combien les choix historiques ont abouti à des errements. Mais il y a une question plus essentielle encore quant à la nature de la liberté. Le pseudo-libéral Gaspard Koenig nous a mis sur a voie il y a quelques jours à peine, par une énigme : « La société a un rôle à jouer dans lequel l’État à sa place comme garant de la liberté, et non pas comme gardien de l’intérêt général. »
L’état n’a pas sa place envers la liberté, car l’état est l’inverse de la liberté, lui qui nous contraint sans nous laisser le droit de tenter de lui échapper. Ni lui ni sa constitution ne peut nous la garantir, car on ne garantit pas la liberté. On la prend, on la réalise, on la fait, on la vit. En réalité, la liberté est sa meilleure propre garantie, car seule la dynamique de marché qu’elle permet est de nature en retour à faire émerger l’organisation des services et produits qui permettent à chacun d’assurer… sa liberté.
La liberté, et donc la vie sociale, repose donc simplement sur deux mots : le « droit », pourvu qu’il soit « assuré ». Au passage, il est désespérant de voir à quel point les politiciens sont talentueux à nous faire croire que les choses seraient en fait tellement plus compliquées que ce simple bon sens.
Ce droit très simple et palpable est ce qu’on appelle le « droit naturel ». Conséquence directe de l’existence des relations sociales, il est un préalable à l’organisation sociale de la liberté – ce qui est la question de « comment l’assurer ». La réponse officielle tient pourtant dans une « constitution ».
Ainsi, la constitution « garantirait » la liberté des citoyens – le verbe « garantir » n’est pas de moi, bien au contraire et c’est là tout mon sujet. Car il y a plusieurs contradictions profondes dans cette idée qui pourtant – mais est-ce un hasard ? – est à la base de toutes les « démocraties » de notre monde, avec les résultats, pardon, les échecs qu’on peut constater chaque jour que l’actualité fait.
Une constitution serait nécessaire pour définir, cadrer, limiter et séparer le et les pouvoirs, pouvoir qui servirait donc à assurer cette fameuse liberté en remettant les contrevenants dans le « droit » chemin. Le pouvoir de contraindre serait donc contraint par un document dont le pouvoir propre vient lui-même on ne sait trop d’où. Ah si, suis-je bête, nous le signons tous à notre majorité, non ? Le méchant pouvoir serait donc limité par ce qu’il doit lui-même consacrer. Circularité ridicule.
Plus sérieusement et plus concrètement, revenons sur le mot « assurer ». Une constitution part du principe que nous ne pourrions pas assurer notre liberté par nous-mêmes, qu’il faut quelque chose d’extérieur, voire de supérieur pour nous obliger à respecter ce qui fait pourtant l’objet même de toute vie sociale. Mais quand il s’agit de besoins encore plus primaires, comme celui de se nourrir, il me semble bien que nous nous débrouillons par nous-mêmes et cela avec un certain succès, non ?
Pas besoin d’un bout de papier sacralisé pour que le marché et le commerce nous trouvent toutes les solutions que sont les restaurants, les boulangers, bouchers et foule d’autres artisans ainsi que toute la chaîne logistique qui assure la fourniture des produits frais là où on les attend, sans que personne jamais n’ait légiféré ni qu’un gouvernement ait décidé d’un menu ni de notre alimentation. Alors si le marché fonctionne pour notre nourriture, pourquoi ne pourrait-il pas « assurer » notre liberté ?
Ces questions de la légitimité d’une constitution et de sa nécessité sont de vraies questions, et la vie de tous les jours montre combien les choix historiques ont abouti à des errements. Mais il y a une question plus essentielle encore quant à la nature de la liberté. Le pseudo-libéral Gaspard Koenig nous a mis sur a voie il y a quelques jours à peine, par une énigme : « La société a un rôle à jouer dans lequel l’État à sa place comme garant de la liberté, et non pas comme gardien de l’intérêt général. »
L’état n’a pas sa place envers la liberté, car l’état est l’inverse de la liberté, lui qui nous contraint sans nous laisser le droit de tenter de lui échapper. Ni lui ni sa constitution ne peut nous la garantir, car on ne garantit pas la liberté. On la prend, on la réalise, on la fait, on la vit. En réalité, la liberté est sa meilleure propre garantie, car seule la dynamique de marché qu’elle permet est de nature en retour à faire émerger l’organisation des services et produits qui permettent à chacun d’assurer… sa liberté.
Monday, December 5, 2016
Contrats ou Constitutions ?
Les constitutions de ce monde
prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec
est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles
qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de
l’illusion de liberté de la démocratie.
Il y a deux erreurs
conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on
attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs,
alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine
responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le
concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement
aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou
rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.
Retournons dès lors la
logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment
signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux
choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet
engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon
les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être
« déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.
Une constitution comme on les
connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le
citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du
« contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas
possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait
propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire
à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de
service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services
à une entreprise qui s’y installe.
Les questions de pouvoir dans
ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de
vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu
de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir
en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque.
Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif
peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».
L’entité peut aussi être un
collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que
cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en
territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés
dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le
plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas
précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.
Le cas le plus intéressant
correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous
les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni
intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus
ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins
chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là
encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas,
car elles n’ont simplement pas d’objet.
L’analogie avec
l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente
d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande
entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où
chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la
gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il
peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer
le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une
situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup
pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.
Pas tout à fait cependant,
car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas
dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour
cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère
que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter
pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un
équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop
grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays
libres.
On comprend ainsi que la
tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le
bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun
citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour
être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France
autant de pays libres que de villes ou de communes ?
On le comprend, il n’est pas
besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les
territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des
pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une
fois, la liberté, c’est toujours simple.
Saturday, July 18, 2015
On a tous besoin des libertariens
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
Friday, September 26, 2014
Pourquoi les libertariens (n') ont (pas) tort
Je découvre ce matin un article qui semble-t-il m’avait
échappé l’an dernier, une tentative sur NDF de démonter les idées
libertariennes, une de plus de ces tentatives qui montrent surtout
l’inconséquence ou l'ignorance de leurs auteurs – lequel ici, sorti de nulle part, je soupçonne
d’ailleurs de se cacher derrière un pseudo, mais peu importe. (Article
ici :
Comme d’habitude, sans trop chercher l’originalité, je vais
le reprendre point par point. Il commence en avançant que « ils » (nous autres libertariens)
« se trompent de cible »,
ce qui veut dire que notre attaque centrée sur l’état reposerait sur une
incompréhension de fond. Déjà, nous voyons que ce Paul Makamea (Paul) ne semble
pas avoir tout à fait compris que le problème même de la liberté est lié à la
contrainte et au monopole de la force et donc à l’état, mais passons.
Il nous dit :
« La vision centralisatrice
de l’État sur laquelle ils se basent pour analyser son action et fonder leur
réflexion, et qu’ils appellent d’ailleurs « État socialiste » (tout un programme!),
est partielle et partiale. » Cher Paul, où avez-vous vu une telle
chose chez les libertariens ? Nous nous fichons pas mal que l’état soit
jacobin ou décentralisé – même s’il est vrai que nous préférons des
micro-territoires à la vision globalisante à la mode. C’est la fonction, le
rôle de l’état qui pose problème, pas sa géographie. Quant à l’état socialiste,
c’est en réalité une lapalissade, il n’y a pour nous qu’étatisme ou
libéralisme, sans autre forme de nuance, car il y a liberté, ou pas.
Je voudrais au passage éviter certaines critiques en
précisant tout de suite mon propre langage. Désolé, ceux qui me lisent souvent n’apprendront pas grand-chose, mais il paraît qu’il faut répéter pour
transmettre, alors…. Le mot « état » est trop ambigu. Il désigne en Français
à la fois une fonction et un organe, à la fois l’action de protéger le citoyen
et l’organisation qui prétend s’en charger. La liberté requiert les fonctions
régaliennes, l’erreur majeure serait de croire que les libertariens seraient
pour le chaos. Mais rien n’impose par contre que ces fonctions qui sont celles de « la force » fassent l’objet d’un monopole opérationnel. Il suffit
d’avoir compris cette nuance pour comprendre la liberté et les libertariens –
et à l’inverse, les incompréhensions sont toutes plus ou moins des
manifestations de la confusion entre ces notions. J’évite donc autant que
possible le mot « état », il induit trop de malentendus. Mais
revenons à notre sain Paul.
« Critiquer
l’interventionnisme de l’État et ses excès est bien sûr licite, c’est même
salutaire. Mais ce n’est pas parce que le bébé a des défauts qu’il faut le
jeter avec l’eau du bain. » Voilà bien une démonstration que notre
Paul n’a pas vu le problème de fond. La question de la liberté et donc de la
civilisation est très simple. Elle se résume à imaginer les conditions assurant
que « je peux faire ce que je veux avec ce que j’ai », selon
l’excellente définition d’Henri Lepage. La liberté existe quand mes rapport à
autrui ne sont issus que de ma propre et pleine volonté, mais elle-même limitée
par ce que j’appellerai mon empreinte sociale, à savoir ma propriété, face à
celle d’autrui. C’est la propriété qui matérialise les limites sociales de ma
liberté envers autrui. Le point important ici, c’est que pour exprimer la liberté,
il n’est nullement besoin d’état. Seule la propriété individuelle et son
respect social sont nécessaires, ce qui correspond au besoin du seul respect du
droit dit « naturel », donc des fonctions régaliennes qui en ont l’objet.
Mais on l’a vu plus haut, cette nécessité de la règle ne
conduit pas à celle de l’organe l’assurant, ni surtout à celle du monopole de
cet organe. Les libertariens ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain, car
cette image est impropre. Le bébé que Paul suppose mélange fonction et organe,
il n’a pas pris la peine de faire cette distinction. Si je devais utiliser sa
métaphore, je dirais que je jette l’eau et garde le bébé, l’eau croupie que je
jette serait l’organe c’est-à-dire les politiciens et les bureaucrates et le
bébé rose (!) que je garde serait justice et police, confiées au libre marché.
« Ce n’est pas
parce que l’État moderne est devenu un ogre qu’il faut rejeter par principe son
action et lui nier le droit à l’existence. » Il y aurait beaucoup à
dire sur cette idée. H-H .Hoppe y a
consacré un livre entier. Contentons-nous de résumer en disant qu’au contraire,
l’état (ici l’organe) devenu ogre constitue précisément un signe de sa nature
malsaine et dangereuse. Un « état » qui fonctionnerait, une société
où la fonction serait correctement assurée par la bonne organisation régalienne
ne verrait pas ce genre de dérives. Il ne faut pas rejeter « l’état »
parce qu’il est un ogre, mais parce qu’il a pu le devenir ou peut encore
empirer.
« Ce n’est pas
parce que l’État se mêle de ce qui ne le regarde peut-être pas – notamment dans
le domaine économique, même si le principe se discute (cf. Thomas d’Aquin et
d’autres chercheurs plus récents) – que l’État n’aurait pas par principe son
mot à dire sur un certain nombre des aspects de la vie en commun. »
Superbe exemple de cette confusion entre fonction et organe. Le régalien a son
mot à dire, en effet. Mais pas celui qui joue ce rôle, l’organe, dans d’autres
sujets, tel le domaine économique. Ne nous y trompons pas, notre sain Paul a
d’autres choses en tête, manifestement. On peut imaginer que pour lui il serait
normal que l’état se mêle de moralité, par exemple, et on va le voir.
« Il y a un rôle
propre de l’État, il y a une dignité propre à l’organe (peut importe son nom)
qui doit nécessairement régir un certain nombre des aspects de la vie commune,
car l’homme est un être social (cf. le dernier point ci-dessous). »
Une dignité ? Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que veut dire dignité
lorsqu’appliquée à une telle abstraction ? Régir la vie commune ? Mais
bien sûr que l’homme a besoin de règles sociales. Mais les établir comme les
faire respecter peut être fait sans recours au monopole étatique. L’idée même
des libertariens, basée sur la preuve quotidienne du fonctionnement social,
c’est que la vie en société peut et donc devrait reposer sur une libre
concurrence des services assurant cette définition et assurance des règles.
Autrement dit la fonction étatique peut intégralement exister sous la forme d’entreprises,
qui parce que soumises au marché et à la concurrence, perdent ce pouvoir de
contrainte caractéristique du monopole organique de « l’état ».
« Contenir par
aversion le rôle de l’État à la portion congrue, c’est faire la même démarche
que les laïcistes qui veulent oblitérer le fait religieux de la vie publique…. »
Ce passage est un peu hors de propos, mais je voulais juste pointer du doigt
que le terme « vie publique » ne conduit pas non plus à l’état. Il
faudrait que notre Paul et ses amis arrivent à comprendre, à imaginer que la
« vie publique » se fait dans la réalité de chaque jour sans aucun
recours à l’état. Je peux être religieux ou non sans que cela ait le moindre
lien avec la fonction étatique. Je peux m’associer, commercer, entreprendre
sans jamais un autre besoin de l’état que sous la seule fonction sociale
nécessaire, le seul bien commun comme dirait Christian Michel, à savoir le
respect du droit.
A partir d’ici, Paul part un peu dans ses propres fantasmes
et nous révèle sa pensée très conservatrice, assez éloignée de la réalité
humaine. Il s’interroge ainsi :
« La vie politique moderne
est difficile à définir. Elle prétend répondre – selon le mot de Paul Valéry –
à régler « les rapports de l’individu avec la masse des hommes qu’il ne connaît
pas ». La vie politique moderne est au contraire très simple, elle est la
même au fond depuis quelques siècles, ceux de l’explosion de
« l’état » justement, avec son exponentielle ses dernières décennies.
La démocratie moderne n’est rien d’autre qu’une illusion pour nous maintenir
dans un esclavage subtil mais bien réel. Je laisserai ses délires sur la
démocratie qui suivent de côté, dans la mesure où ils ne viennent pas critiquer
la pensée libertarienne.
Mais il reprend ensuite : « Sous prétexte de transposer la logique d’auto-régulation du marché dans
la vie publique, le projet libertarien ne répond pas à cette problématique
incontournable [comment fixer le rapport des hommes entre eux ?], mais
l’escamote purement et simplement. Nier les problèmes, n’est-ce pas le trait
même de l’idéologie ? » Faut-il donc qu’il n’ait vraiment rien compris
au libéralisme ? Faut-il donc qu’il ne voit pas que droit et marché
suffisent pour régler la question ? Et que c’est parce que c’est bien la
seule question sociale qui se pose que le libéralisme a vu le jour, c’est-à-dire
que la caractéristique même du libéralisme tient à son réalisme et ne relève en
rien d’une idéologie fantasmagorique ?
Je ne vais pas développer tout l’article sur ce qui en
reste, les autres sujets sont moins essentiels, je me limiterai à réagir aux
titres. Ainsi il continue : « Parce
que les solutions qu’ils proposent renforcent les défauts de la démocratie
moderne en voulant les évacuer ». Pas du tout. D’autant moins que nous
sommes opposés à la démocratie, qui est une tyrannie, donc nous ne risquons pas
de proposer de la rendre pire ni même meilleure, ce qui ne veut rien dire. Notre
sain Paul nous connaît-il donc si mal qu’il n’a même pas réalisé cela ? Ou
bien est-il incapable d’imaginer la société libre, de dépasser la démocratie ?
C’est hélas probable.
Le titre suivant part carrément à la dérive : « Parce que le modèle de société qu’ils
appellent est fondé pour une bonne part sur un mythe et sur une culture historiquement
et géographiquement déterminée ». L’affirmation du mythe, en premier
lieu, est purement gratuite et sans fondement. Il n’y a rien de mythique, la
liberté se vit par tous à chaque instant, si on sait la voir. Pour ma part, ma
réponse est facile et du même niveau : au contraire, le modèle de société
des étatiste, lequel d’ailleurs reste indéfiniment indéfini, repose sur le
mythe de l’état protecteur ou gendarme ou providence, qui n’a jamais été pleinement constaté, qui n’a jamais fonctionné et surtout qui ne le peut pas. Balle au
centre, mais je mène au score.
Quant au fondement culturel « autre » disons, voilà bien une double bêtise. En premier lieu, rien, absolument rien dans l’analyse philosophique, économique et sociale motivant la théorie libertarienne ne comporte d’élément culturel. Il ne s’agit exclusivement que de raisonnement logique, telle par exemple l’analyse de l’échange libre où la valeur est forcément croissante pour les deux parties. Qu’on m’explique en quoi un tel constat pourrait n’être qu’anglo-saxon et ne pas être valable chez les latins, au Japon ou en Afrique. Fadaises.
Quant au fondement culturel « autre » disons, voilà bien une double bêtise. En premier lieu, rien, absolument rien dans l’analyse philosophique, économique et sociale motivant la théorie libertarienne ne comporte d’élément culturel. Il ne s’agit exclusivement que de raisonnement logique, telle par exemple l’analyse de l’échange libre où la valeur est forcément croissante pour les deux parties. Qu’on m’explique en quoi un tel constat pourrait n’être qu’anglo-saxon et ne pas être valable chez les latins, au Japon ou en Afrique. Fadaises.
Mais le meilleur reste à venir, hélas : « Parce que le libertarianisme ne respecte pas
la vérité ontologique de l’homme, être social ». Quand je pense que je
me fais incendier quand je parle simplement de droit naturel, nous voilà
carrément dans la « vérité ontologique », lapalissade il me semble. Mais
là encore, Paul montre qu’il ne connaît pas nos fondements théoriques. Car
comment peut-on oser avancer que des choses comme l’axiome d’action ou le
principe de non-agression seraient contraires à la « vérité » de l’homme,
sauf à ne pas les connaître ? Quand je pense que François Guillaumat consacre
tout un texte à expliquer que le libéralisme – c’est-à-dire le libertarianisme –
repose sur les même fondements que le catholicisme….
Enfin, de conclure en toute logique par l’endoctrinement religieux :
« Parce que le libertarianisme
organise la désertion du croyant de la poursuite politique du Bien commun ».
Mon dieu. Vous comprenez, il ne faudrait quand même pas que la liberté égare
les brebis du chemin du tronc, du denier du culte. Encore un qui n’a pas su
voir que le seul bien commun, c’est précisément de voir le droit naturel de
chacun respecté. Ce qui est l’objet même, la seule motivation des libertariens.
Game over.
Game over.
Sunday, October 27, 2013
C'est pourtant pas compliqué l'anarchie...
Sur l’invitation d’un jeune ami talentueux, j’ai
entrepris de lire et démonter une autre critique des libertariens faite par un
pseudo-libéral mal informé qui, comme il fallait s’y attendre, le prend de haut
alors qu’il n’a pas même compris les bases du sujet.
Les pseudo-libéraux sont décidément une plaie, un frein à la liberté, car ils croient la détenir quand elle leur échappe et nous empêchent d’autant d’avancer. L’ignorance et la faible réflexion ne sont hélas pas les attributs des seuls socialistes, comme je l’ai longtemps cru. On ne se déclare pas libéral, on apprend à le devenir en tirant profit des réflexions des visionnaires.
Les pseudo-libéraux sont décidément une plaie, un frein à la liberté, car ils croient la détenir quand elle leur échappe et nous empêchent d’autant d’avancer. L’ignorance et la faible réflexion ne sont hélas pas les attributs des seuls socialistes, comme je l’ai longtemps cru. On ne se déclare pas libéral, on apprend à le devenir en tirant profit des réflexions des visionnaires.
Le texte
original est ici, je vous invite à le lire pour mieux vous délecter…
Rien
qu’à lire l’introduction, plusieurs erreurs ou incompréhensions se font jour,
c’est donc «prometteur» comme texte.
Premier
point : «visant à la suppression pure et simple
de toute espèce de structure étatique.» :
Ici,
l’erreur vient de l’ambiguïté portée par le mot «état» qu’il convient de
désosser pour comprendre la véritable problématique. L’état signifie trois
choses très différentes, hélas. Les fonctions, régaliennes ou au-delà, ce qu’il
fait, police, justice etc. Les organes ou institutions qui réalisent ces
fonctions. Les agents humains qui décident au titre de ces organes. Les
anarcaps ne souhaitent pas la suppression de l’état, mais la suppression de
toute forme de monopole sur ces 3 niveaux, c’est très différent. Une anarcapie
possède fonctions régaliennes, organes et agents pour les réaliser. Mais les
trois sont confiés au libre marché. Et c’est de ce fait que disparaît la
coercition étatique, elle disparaît parce que le choix des agents et des
organes pour réaliser les fonctions est restitué au consommateur, le citoyen.
D’ailleurs lire Hoppe lève toute ambiguïté. L’état pour lui ne pose problème
que de par son monopole.
L’introduction
continue avec de nombreux mots posés ça et là qui témoignent d’une ironie si ce
n’est d’une mauvaise foi malencontreuse : fable,
«droits réputés appartenir à l’homme», «justice publique», «le vice
rédhibitoire de toute pensée anarchique cohérente» - avant un plan
qui nous promets bien du plaisir.
La
justice publique mérite quelques instants, car ce n’est absolument pas un
concept anarcap et le fait même qu’il soit évoqué ici témoigne de la pensée de
l’auteur. Comme tout en société libre, la justice traite des individus, elle
n’est publique que dans la mesure ou chacun y a accès comme chacun peut acheter
son pain. Il n’y a pas de ‘suprême’ justice. Bien plus grave encore, dire que «l’élaboration des normes reviendrait aux seuls juges»
est une preuve d’incompréhension bien plus profonde. On le verra plus bas, le
juge en anarcapie ne fait pas le droit, il ne fait que le dire et régler les
différends dans un souci d’équilibre et de dédommagement.
Le droit
est fait par le propriétaire, et lui seul. Ne pas le voir, c’est ne pas avoir
compris que le droit n’existe que pour régler ou éviter les conflits, que les
conflits ne peuvent être que des conflits de propriété et que donc le
propriétaire fait le droit chez lui – en respect du droit naturel, bien
évidemment. Et personne d’autre. La propriété, c’est le droit, le droit vient
de la propriété.
On
commence le corps du texte avec la question «Quelles
sont leurs institutions ?». La question elle-même est biaisée. Car
ce ne sont pas les institutions qui importent au premier chef, elles ne sont
que des organes, des moyens, mais les fonctions. Poser la question des organes,
c’est occulter le sujet.
Ainsi il
avance que :
- «Force est de constater que les institutions
libertariennes n’existent pas» :
On
reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent
l’anarchie. C’est confondre anarchie et anomie. L’anarchie refuse l’autorité
unique et imposée, d’où le rejet de l’état dans son caractère monopolistique et
coercitif, mais pas dans son caractère fonctionnel. C’est la grande erreur, ou
plutôt confusion, des minarchistes et autres « libéraux ». Il est
évident que l’anarcapie a, comme toute société, besoin des fonctions
régaliennes. Elles y existent donc bien, elles viennent des services de
sociétés privées soumises à la concurrence du marché libre. Mais attaquer par
l’absence d’institutions comme témoin d’absence de fonction régalienne, c’est
une erreur encore plus primitive.
- «les libertariens s’en remettent au pouvoir créateur de
la « main invisible « d’Adam Smith, c’est-à-dire au marché, ce qui n’est certes
pas risible» :
En
effet. Mais ne faut-il pas distinguer une pointe de condescendance dans ce
mots ? L’auteur serait-il un libéral sans confiance dans le marché libre,
qui pourtant n’est autre que l’expression pure des actes et échanges des hommes
libres ?
- «mais ne présente aucune garantie du maintien des droits
les plus élémentaires.» :
C’est
bien ce qu’il se profilait. L’auteur ne voit pas, ou ne croit pas, comment
le marché libre peut assurer les fonctions régaliennes. Ce n’est pas ici la
place de l’expliquer, mais on s’arrêtera au mot « garantie », juste
pour lui demander comment il nous explique que l’état « garantit »
quoi que ce soit quand on constate les crimes commis et impunis au quotidien,
sous ses auspices.
- «Leur position interdit logiquement aux libertariens de
raisonner en termes d’institutions.» :
Et donc ? Ne voit-il pas que c’est justement ce
qui fait la force et la stabilité de la société libre ? Car lorsque les
institutions ne sont pas figées – on rappelle qu’elle ne sont que des moyens,
pas la fin que sont les fonctions régaliennes, ie l’état de droit – on a
justement la possibilité de les changer facilement et régulièrement afin de
toujours les adapter pour le meilleurs rendu, la meilleure « garantie ».
C’est précisément ce que le recours au marché permet de faire. Ainsi, là où les
constitutionnalistes endolorissent les drosophiles à rechercher sur le papier
les meilleures institutions qu’ils ne pourront jamais trouver – sinon on les
auraient déjà, non ? – l’anarcap est sur ce point plus pragmatique et
confie la chose au marché, comme n’importe quel problème d’optimisation
sociale.
- «Le programme libertarien est essentiellement négatif,
consistant à supprimer l’État.» :
On a vu
que cela est faux. L’anarcap vise à supprimer la bureaucratie et les élus,
fruits du monopole, mais rien d’autre. Quant au caractère négatif, il n’est que
le reflet du caractère négatif de la Liberté, c’est-à-dire en réalité ouvert à
l’opportunité positive.
Plus loin on trouve une critique de Randy Barnett. Il
faut dire que prendre cette personnalité comme fer de lance libertarienne est
déjà un choix très contestable, car Barnett, pour être libertarien, est d’un
courant plutôt hayekien et minarchiste, donc rien d’aussi « dur » que
des Rothbard ou Hoppe.
- « Au moment précis où l’on s’attend à ce que ce
juriste distingué, ancien procureur, nous livre le fruit de ses réflexions
juridiques sur le devenir institutionnel d’une communauté libertarienne
désétatisée, quelque chose de sophistiqué, d’un peu aride même, R. Barnett nous
gratifie superbement d’un chapitre intitulé « une courte fable » :
Ici, on
a l’impression d’un argument d’autorité contrarié : l’auteur avait eu
envie de pouvoir lire un argument de juriste, car il semble s’en prendre pour
un et avoir la caste en haute estime. Il se semble pas voir que les juristes ne
sont souvent que de vains gratte-papiers qui croient pouvoir figer l’infinité
de l’imagination humaine dans des codes sans cesse recommencés.
- « Tel est l’inexorable destin de toute pensée
anarchiste cohérente avec elle-même : la négativité, la condamnation
épistémologique à l’absence d’alternative, le vertige du pari. » :
Le
paradoxe utilisé comme défense de dernier recours ? Cohérence ?
Comment peut-on reprocher la cohérence de la pensée lorsqu’on se revendique
libéral et donc irrémédiablement rationnel ? Négativité ? Comment ne
pas voir que la liberté elle-même est négative pour laisser à l’homme tout le
champ du possible et qu’il en est ainsi de même pour la société libre ?
Alternative ? Condamnation ? Qui condamne qui ici ?
Mais
surtout, c’est montrer une fois de plus son incapacité à se projeter dans la
société libre. Car celle-ci repose sur deux strates fondamentales qui en font
la seule société alliant liberté et universalité. La strate du bas, c’est le
respect du droit naturel. Au-dessus, chaque propriétaire ou communauté de
propriétaires construit son droit à sa guise, tant qu’il respecte le droit
naturel. Il est donc possible de voir surgir une infinité de mini sociétés au
sein de l’anarcapie, tant qu’elles se respectent et que l’individu y est libre.
L’alternative dont l’auteur parle est donc en réalité native de l’anarcapie.
L’anarcapie porte en son sein l’infinité des organisations sociales respectant
le droit naturel. Qui dit mieux ? Enfin, le vertige du pari ? En quoi
est-ce un argument ? En quoi est-il opposable pour un libéral de parier
sur la liberté ?
- « Mais soyons de bonne guerre, acceptons de faire
l’impasse quelques instants sur cette carence rédhibitoire, et voyons ce qu’un
monde libertarien aurait à offrir aux partisans de la liberté. » :
Je pense
avoir montré juste au-dessus qu’il n’est de carence au sein de l’anarcapie que
dans la limite intellectuelle que manifeste l’auteur à son encontre.
Dans la
seconde partie, l’auteur croit malin de revenir sur la question de la garantie
et de plus de déformer la vision de Rothbard :
- « qu'est-ce qui garantit que le droit en vigueur dans l'utopie libertarienne sera fidèle aux valeurs de liberté ? À cette question, celui qui reste la référence majeure des libertariens, M. Rothbard, répond que les différentes agences devraient adhérer à un « Code de base » consacrant les droits naturels fondamentaux . En l'absence d'institutions spécifiques garantissant ce respect, ce code relève du wishful thinking. » :
- « qu'est-ce qui garantit que le droit en vigueur dans l'utopie libertarienne sera fidèle aux valeurs de liberté ? À cette question, celui qui reste la référence majeure des libertariens, M. Rothbard, répond que les différentes agences devraient adhérer à un « Code de base » consacrant les droits naturels fondamentaux . En l'absence d'institutions spécifiques garantissant ce respect, ce code relève du wishful thinking. » :
Cela
relève de la déformation de la pensée de Rothbard, ni plus ni moins. Le code en
question n’est autre que celui des Droits naturels bien sûr, mais ce n’est en
aucun cas le mécanisme qui ici assure le droit en vigueur. On le sait, les
fonctions régaliennes sont confiées au marché et aux services privés, ce sont
eux la réponse. Et comme n’importe qui, ces entreprises doivent respecter le
droit naturel, bien évidemment. Mais la question de la garantie n’est pas issue
du code, ni d’un autre. Elle découle, elle est le fruit de la concurrence.
Simple : une entreprise dont les services de sécurité ou de justice ne
satisferait pas ses clients n’aurait le choix que de s’améliorer ou fermer. La
concurrence tire donc le marché en permanence vers cette supposée utopie de
« garantie », et cela bien mieux que n’importe quelle
« institution » immuable et fonctionnarisée.
Mais mon
analyse a dû être erronée, car l’auteur montre ensuite qu’il a compris le
caractère multiple, multitude même de la société libre :
- « En réalité, il n'y aura pas un ordre résultant,
mais une multitude d'ordres (juridiques) résultants, exactement autant que
d'individus qui se seront institués juges. » :
C’est
assez vrai, il se trompe sur le rôle du juge, mais il semblerait qu’il ait vu
la multiplicité du droit, celui des propriétaires. Bravo ! Mais alors, où
est le problème ?
- « Car c'est bien de cela qu'il s'agit : lors qu'on
institue les juges sources unique du droit et que quiconque peut s'instituer
juge, naissent autant d'ordres juridiques que d'individus qui décident de créer
du droit. » :
Encore
une fois, vrai et faux. On l’a vu, les juges ne sont pas sources du droit,
ce sont les propriétaires. Mais en effet, la société libre est caractérisée par
la multiplicité du droit. Mais pas n’importe quel droit, contrairement à ce que
l’auteur implique sans le dire. On l’a vu, la société libérale a deux couches.
Et où qu’on se trouve, en toutes circonstances, le Droit Naturel a cours. Il ne
peut être qu’interprété par le droit local. Et c’est cela qui
« garantit » la Liberté malgré la multitudes des sources de droit.
- « Comment imaginer que ces myriades d'ordres
juridiques concurrents cultiveront toutes les valeurs de liberté ? Comment ne
pas voir qu'adviendront nécessairement, outre des ordres libéraux, une petite
Allemagne hitlérienne, un petit Cambodge de Pol Pot, une petite société
moyenâgeuse où brûlent les hérétiques, bref toutes les tyrannies connues et une
infinité d'autres ? » :
C’est
ici que l’auteur dérape et nous montre une fois de plus qu’il n’a pas compris
la société libre. Et doublement. Outre qu’il confirme ne pas avoir vu
l’organisation en deux couches du droit, qui assure donc les « valeurs de
liberté », il ne voit pas non plus la liberté qu’il y aurait, pour ceux
qui le souhaitent, à voir naître ce qu’il appelle ces « ordres libéraux ».
Pourquoi une ville ou un territoire au sein de la société libre ne pourrait-il
pas être hitlérien, pourvu qu’il respecte le Droit naturel, c’est-à-dire le
droit pour chaque individu de joindre ou quitter une telle communauté en toute
liberté ? Encore une fois, seule l’anarcapie autorise une telle infinité
de libres communautés en son sein tout en « garantissant » celle de
chaque individu.
Il croit
avoir trouvé une autre difficulté avec la question pratique du jugement dans un
monde à l’infinité de sources de droit. Et de nous choisir un exemple en
réalité très banal : « Mais qu'en
sera-t-il si le mari est Norvégien et la femme allemande, ou si le couple
germano-norvégien vit en Suisse et que ses biens sont partiellement situés en
Italie ? » :
En fait,
il raisonne à l’envers. Pour un libéral, ça la fiche mal parce qu’il raisonne
en juridictions au lieu de raisonner en individus.
Car pour
un libéral, sur cet exemple mais cela se généralise, le droit outre celui du
propriétaire ne se matérialise que par les contrats entre personnes. Le mariage
n’a donc aucun sens national, mais uniquement entre les deux adultes concernés.
Ce problème n’existe donc pas.
- « C'est ce type de questions que traite la branche
du droit appelée « droit international privé », plus précisément les règles
dites de « conflit de lois ». En termes juridiques, on dira qu'il y a conflit
de lois lorsqu'une situation est affectée d'un « élément d'extranéité »,
c'est-à-dire qu'un aspect au moins de cette situation relève potentiellement
d'une loi qui n'est pas la même que celle qui paraît devoir régir le reste de
la situation. Outre le conflit de lois se pose également la question du conflit
de juridictions : quel est le juge compétent pour trancher le litige ? » :
Nous
avons ici deux questions qui en réalité ne se posent pas en anarcapie. L’auteur
ne fait rien d’autre que projeter ses inerties mentales de juriste – quand je
vous disais que beaucoup de juristes ne savent pas sortir de leurs codes… Car
la question de la loi applicable est en réalité bien plus simple en Libertalie
– bonjour ma chère Nathalie.
Il n’y a
que trois cas et pas quatre : sont applicables le Droit Naturel,
l’éventuel droit complémentaire du propriétaire du lieu concerné et le ou les
contrats en vigueur entre les parties. Point. Pas la peine d’aller chercher des
extranéités qui ne sont que les manifestations de la maladresse du droit
positif mal conçu.
Par
ailleurs, la question du juge est encore plus simple. Le juge est choisi
librement mais de concert par les deux parties en différend, ni plus, ni moins.
On ne développera pas ici toute la procédure en cas de refus d’un juge par
l’une des partie, le résultat reste le même.
Il
continue dans sa croyance avec :
- « Les problèmes créés par cette compénétration ne
concernent qu'exceptionnellement le commun des mortels. Dans un ordre
libertarien, ils seraient permanents. Le simple achat d'un pain ou d'une pomme
exposerait, en cas de litige, l'acheteur et le vendeur, qui auraient souscrit à
des ordres juridiques différents, à d'inextricables problèmes de conflits de
lois et de juridictions. » :
On est
dans le fantasme plus que dans la logique. Il n’y a jamais de problème de
juridiction en Libertalie, elle est toujours sans ambiguïté : le droit du
propriétaire des lieux. Quant à l’exemple du pain, franchement, j’espère que
c’est de la mauvaise foi : unicité du lieu, simple contrat tacite
d’échange, où est le problème ?
- « Le moindre pas dans la rue obligerait à recourir
aux services d'un avocat. Un ordre libertarien suppose un droit international privé
dont la complexité serait portée à la puissance 1000, ce qui est humainement
ingérable, et paraît devoir inexorablement déboucher sur la consécration
factuelle du Führerprinzip : si la loi ne peut trancher, il faudra bien que
quelqu'un le fasse. Répondre que les différents ordres juridiques trouveront le
moyen de pallier ces difficultés techniques n'est pas satisfaisant : outre que
le libertarien n'en sait strictement rien (voir point I), il est hautement
probable qu'il se trouvera de nombreux petits ordres juridiques qui se voudront
radicalement indépendants et qui refuseront la moindre concession, fût-elle
rationnelle et d'élémentaire bon sens. » :
Tout
cela n’a tout simplement aucun sens, on vient de le voir. Là où ça devient
vraiment grave, c’est de voir poindre l’argument du « Führerprinzip »
qu’il ne va pas manquer de nous opposer – bien que sur du sable – pour nous
expliquer juste après que l’état rejaillira de l’anarchie. Ridicule, puisque
tout cela n’a aucune réalité.
Et ça ne
loupe pas, nous voici face à l’attaque de la présumée « Résurgence
probable d'un État »
- « Comment éviter la renaissance de l'État honni ?
Dans la courte fable de R. Barnett, Justice Inc. et TopCops en viennent à
dominer le marché de la justice et de la police et ce sont leurs pratiques
douteuses qui provoquent leur chute. Supposons maintenant que Justice Inc. et
TopCops restent honnêtes et s'accroissent jusqu'à posséder 70% du marché.
Ensuite elles fusionnent, se rebaptisent « État » et interdisent leurs
concurrents. Barnett rétorque que l'ordre libertarien devrait adhérer à ce
qu'il appelle le « principe de compétition », qui fait interdiction aux
différentes agences de s'évincer mutuellement par la force. Fort bien, mais qui
fera respecter ce principe si deux agences nettement dominantes prennent sur
elles de l'enfreindre ? Et quelle sorte d'État naîtra de la fusion de ces
agences ? » :
Je ne
connais pas l’auteur et en particulier sa profession, quoi qu’il semble de
nature juriste, mais il ne démontre ici aucune compréhension économique, ce qui
est fâcheux quand on se croit théoricien libéral. Toujours est-il qu’il commet
deux erreurs grossières. Rebaptisées « état » ou pas, 70% du marché
ou pas, la nouvelle société juridique ne peut pas « interdire » la
concurrence. Justement, il ne suffit pas de se décider état pour avoir un
monopole de jure, et non de facto. Vous me feriez ça M. TopCops,
je peux vous garantir que vous auriez aussitôt perdu ma part de vos 70%, sans
que vous y puissiez quoi que ce soit, car vous n’êtes pas la police, mais la
seule justice. Il est à ce propos évident qu’on ne laissera jamais une même
entreprise assurer à la fois les services de police et de justice, c’est du
simple bon sens.
Seconde
erreur, il n’est besoin de personne pour faire respecter la concurrence. Le
marché s’en charge très bien. Notre auteur-juriste a décidément du mal à se
passer d’institutions matérialisables.
- « À supposer même que TopCops et Justice Inc.
fusionnent (pour former Justice&Cops, Inc.) mais ne tentent pas d'évincer
leurs concurrents, comment qualifier l'ordre engendré par cette fusion ? » :
Il n’y a
pas à le qualifier, car ce n’est en rien un ordre. L’ordre ne vient pas des
juges, mais des propriétaires, on l’a vu plus haut.
- « Des normes et des policiers pour les faire
respecter, des juges pour les appliquer et des prisons pour enfermer les
criminels, cela ne vous rappelle rien ? Si bien sûr : un État ! D'un genre
particulier, dira-t-on, parce que les souscripteurs de Justice&Cops ont le
droit de quitter cet ordre pour un autre dès qu'ils le souhaitent. Outre que
c'est déjà le cas de la plupart des États aujourd'hui, cette proposition ne
vaut qu'aussi longtemps que le gouvernement/les administrateurs de
Justice&Cops le tolèrent : après tout, c'est à eux que revient de
déterminer ce qui se fait ou pas. » :
On
retrouve ici les erreurs précédentes, ce ne sont pas les juges qui font l’ordre
et c’est la concurrence qui met tout ce petit monde sous contrôle pour
justement empêcher ce type de dérives. Notre auteur se confirme ne pas avoir
compris la société libre.
- « Les libertariens ont coutume d'affirmer, à la
suite de M. Rothbard, que les structures étatiques furent, dans l'histoire, le
cadre de tant de massacres, qu'il est temps d'essayer autre chose. Outre que
cet argument revient à dire : l'air est pollué, j'arrête de respirer, il opère
de l'histoire une lecture très sélective. » :
Juste
pour sourire devant la logique de notre juriste, l’analogie ne tient pas. Ce
serait plutôt, l’air est pollué, j’essaie de mettre un masque, la pollution
illustrant l’état et le filtre ma liberté de m’y soustraire.
- « Les libertariens se réfèrent en effet généralement
à quelques exemples historiques bien précis d'ordre libertarien, comme l'Irlande
d'avant la conquête de Cromwell. Cette modestie les honore, car l'histoire est
riche d'une infinité d'ordres libertariens avant la lettre, aussi appelés «
états de nature ». L'on comprend bien entendu la réticence des libertariens à
se revendiquer de ces états de nature, dont l'Afrique actuelle nous offre
encore malheureusement de nombreuses illustrations, dans la mesure où ils se
caractérisent presque constamment par la guerre de tous contre tous, le plus
complet sous-développement et qu'ils aboutissent tout aussi invariablement à
l'institution de ce qu'il faut bien appeler horresco referens un État. » :
Ce n’est
pas un hasard si nous ne nous référons pas à l’Afrique par exemple, cela n’a
rien à voir avec de la modestie, mais avec la non pertinence de l’exemple.
L’Afrique ne connaît pas ou trop peu le droit foncier privatif. Trop souvent,
c’est un droit tribal socialisant. Tous ses maux en découlent et cet état de
nature là n’a rien à voir avec la société libre de demain.
Croyant
nous avoir amenés sur le terrain de la résurgence de l’état, il vient nous
contester les fondements du droit, à commencer par la Rule of Law. Ben voyons.
- « Du point de vue libertarien, ne mérite d'être
qualifié de droit qu'un ensemble de normes qui consacrent les droits qui appartiennent
à l'homme de par sa nature d'homme (M. Rothbard se revendique explicitement
dans sa démarche des théories jusnaturalistes d'Aristote et saint Thomas). Les
garanties minimales qu'offre la Rule of Law (État de droit) sont pour eux sans
intérêt dès lors que seraient même simplement limités leurs droits
fondamentaux. Quelles sont ces garanties minimales de l'État de droit
critiquées par les libertariens ? » :
En fait,
bonne question, il n’est que temps de se la poser après des pages de vomis sur
l’anarcapie. Mais s’il semble avoir lu Rothbard, il est surprenant qu’il n’en
ait pas tiré la réponse. Surtout qu’elle est très simple : égalité de tous
devant le droit naturel, c’est-à-dire devant le droit de propriété de son corps
et des fruits de son travail.
- « F.A. Hayek explique que l'État de droit possède
huit caractères : des lois non rétroactives, certaines, connues, l'égalité
devant la loi (c'est-à-dire des lois parfaitement générales, abstraites et
permanentes), un pouvoir judiciaire indépendant, une administration soumise à
des règles, un système juridictionnel de contrôle de la légalité des actes
administratifs et des décisions judiciaires et un Bill of Rights (Hayek est
trop conscient de la faiblesse du jusnaturalisme naïf pour donner des ces droits
une liste). Le principe d'égalité devant la loi (isonomie) qui fonde le concept
hayékien d'État de droit définit un idéal normatif - des lois parfaitement
générales, abstraites et permanentes - dont il est évident qu'il ne sera jamais
pleinement réalisé : le législateur doit y tendre. »
Là on
atteint un summum de mauvaise foi. Alors qu’on vient tout juste de critiquer
Rothbard, hop, tadaaaa, tour de passe-passe et voici Hayek qui apparaît. Or
l’Autrichien, pour respectable qu’il soit, n’a rien d’un anarcap jusnaturaliste
et il est donc tout sauf la bonne personne pour répondre à la question des
droits naturels.
On le
voit d’ailleurs à sa liste à la Prévert de droits naturels, absolument
incohérente :
-
L’égalité
devant la loi, eh bien ne relève pas du droit, mais de la justice, mais c’est
le terme que notre juriste emploie pour exprimer le besoin de lois réglementant
des actes et non des personnes.
-
Pouvoir
judiciaire et administration mis dans ce même sac, alors qu’ils sont des
organes régaliens et non des droits.
-
Idem
pour le système judiciaire et juridictionnel, ce dernier n’ayant aucun sens en
Libertalie, on l’a vu.
-
J’adore
aussi le jugement posé comme un axiome de la supposée naïveté du
jusnaturalisme, mauvaise foi je vous dis.
Et on
vient encore une fois me parler de libéralisme ? Mais ce plaisantin ne
s’est simplement jamais posé la question de ce qu’implique l’égalité de tous
devant le droit, ou alors ses facultés ne valent guère plus que celle de
Nanterre en plein Mai 68.
- « Cet idéal normatif n'exige pas que toutes les
normes étatiques soient générales et abstraites : un jugement, l'injonction
d'un agent de police sont des normes assorties de contrainte dont on ne voit
pas qu'elles puissent n'être pas individuelles . Ce que requiert en revanche l'isonomie
est que ces normes individuelles (ordres, commandements) soient conformes à des
règles préexistantes. Dans cette mesure, l'isonomie implique une hiérarchie de
normes. Lon L. Fuller précise que si les règles de droit sont appelées à
réguler effectivement les comportements, elles doivent en outre présenter les
caractères suivants : être compréhensibles, possibles, non
contradictoires. » :
On est
bien d’accord. Tout cela est vérifié par l’anarcapie, merci bien, il aurait
peut-être fallu commencer par là ?
- « Les caractères qu'Hayek et Fuller prêtent à l'État
de droit relèvent de deux registres : le format des normes proprement dites
(non rétroactives, certaines, connues, compréhensibles, non contradictoires,
possibles) et un format institutionnel : doivent exister des juridictions
indépendantes pour appliquer les normes aux sujets de droit, d'une part
; » :
Eh bien
non, voyez-vous. On mélange, comme au tout début, les fonctions et les organes.
Les normes, donc le droit, sont une chose. Les moyens des les assurer en sont
une autre. Ce qui compte pour l’état de droit, c’est que ces normes soient en
effet assurées, mais peu importe comment. Donc l’état de droit n’est pas ce
qu’en dit notre ami, du moins pas au minimum.
- « pour apprécier la légalité des actes de
l'administration et du pouvoir judiciaire, d'autre part. Ajoutons-y la
nécessité d'instituer une juridiction qui veille à la généralité des normes, et
l'on définira l'État de droit comme un État où la contrainte ne s'exerce qu'en
conformité avec des règles (normes générales, abstraites et permanentes) - non
contradictoires, possibles, compréhensibles, certaines, publiques et non
rétroactives - et des ordres (normes individuelles), consacrant le principe de
hiérarchie des normes et organisant la sanction matérielle de la violation des
règles générales de conduite par un pouvoir distinct et indépendant du pouvoir
normatif ; la conformité des ordres aux règles et le respect de la métarègle (généralité
des règles) sont contrôlés, par un (des) pouvoir(s) distinct(s) et
indépendant(s) du pouvoir normatif. » :
Tout
cela est donc inutile. Un point important cependant. On remarque que l’auteur
comme Hayek semblent incapables d’imaginer des mécanismes de contrôle autres
que des institutions disposant d’un « pouvoir ». Jamais ne leur vient
à l’idée que le marché puisse assurer ce contrôle sans pour autant ne créer de
pouvoir – autre que celui du consommateur, donc de tout le peuple.
Je saute
les quelques lignes suivantes, purement historiques et sans apport à notre
débat. Il conclut juste que, grande nouvelle, le despotisme se caractérise
par :
- « Un pouvoir arbitraire. Est arbitraire ce qui n'est
pas conforme à une règle préexistante. L'arbitraire de celui qui veut le bien
n'est pas moins arbitraire que l'arbitraire de celui qui poursuit un intérêt
particulier : l'arbitraire n'est pas une question morale. Arbitraire et
despotique sont synonymes. Est libre celui qui n'est pas soumis à la contrainte
d'autrui. La contrainte qui s'exerce de manière arbitraire est imprévisible et
inévitable. La contrainte qui s'exerce conformément à des règles préétablies
est prévisible et évitable. En tant qu'il permet d'éviter la contrainte, l'État
de droit est l'instrument de réalisation de la liberté individuelle. » :
C’est
très paradoxal cet extrait, et cela montre l’ampleur de l’écart d’analyse entre
nous. Je ne peux que souscrire à tout ce qu’il rappelle ici, bien évidemment.
S’il croit venir apporter un argument contre les libertariens, il se trompe
totalement.
- « Les libertariens s'inscrivent en faux contre cette
affirmation : mieux valent, du point de vue de la liberté, les injonctions
arbitraires d'un Souverain bien intentionné que les règles d'un Prince
totalitaire. William P. Baumgarth a thématisé cette critique dans le Journal of
libertarian studies. Rappelant que la distinction entre règles (normes
générales) et ordres (normes individuelles) est au centre du concept hayékien
d'État de droit, W. Baumgarth écrit : « constatant que même des règles
négatives peuvent être coercitives, nous devons nous demander si réellement
l'obéissance à des règles nous rend plus libres que l'obéissance à des ordres »
.
Or, F.A. Hayek le libéral a raison contre W. Baumgarth le
libertarien. » :
Outre
que la première phrase est fausse, on vient de le voir, où sont les arguments
s’il vous plait ? Pourquoi serait-ce forcément Hayek qui aurait raison,
alors qu’on vient de voir que rien n’est moins faux ?
Je saute
la suite sans intérêt pour me saisir de la prochaine phrase clé qui est on ne
peut plus symptomatique de son incompréhension de la société libre et de
l’anarcapie :
- « L'anomie n'existe pas dans les sociétés
humaines. » :
Je
renvoie le lecteur au début de cet article, où je rappelais que « on
reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent
l’anarchie ; c’est confondre anarchie et anomie ». N’est-il donc pas
fantastique de prendre ainsi l’auteur en flagrant délit de cette confusion
alors qu’il la récuse lui-même ? Il se confirme donc bien que depuis le
début, notre ami n’a pas su voir que la Libertalie dispose des fonctions
« étatiques » et n’est donc pas sans règle si sans ordre, mais parce
qu’il n’y retrouve pas les organes ou institutions auxquels il est habitué, il
est perdu et ne sait plus voir les choses.
- « L'État de droit formel est une condition
nécessaire mais non suffisante de la réalisation de l'idéal de liberté. C'est
ce que n'ont pas vu les libertariens, tout à leur poursuite de la réalisation
absolue de leurs droits absolus. » :
Amusant
non de voir l’arroseur arrosé ?!
Reste un
passage qui, hors du bruit général se distingue un peu, qui ne mérite juste de
rappeler combien il confirme mes arguments précédents :
- « Comment en effet les règles en vigueur
pourraient-elles atteindre à un niveau acceptable de certitude quand le simple
fait de parcourir une rue expose le promeneur aux normes — en ce
compris le bon vouloir de despotes improvisés — de trente ordres
juridiques concurrents ? Comment et pourquoi les différents ordres juridiques
devraient-ils veiller à la non-contradiction de leurs normes ? » :
On a vu
que cette vision des choses ne repose sur aucune réalité et que l’argument est
vide de sens.
Mais voilà
que notre ami se croit en mesure de mettre en défaut Rothbard comme Hoppe. Moi
je dis qu’il mérite le Nobel. Ridicule.
La
partie sur Rothbard n’a en fait qu’un rapport très limité avec le sujet général
et à part lui reprocher de ne pas suivre Hayek, sa critique est bien vide – car
sur le être et devoir être, Hoppe est depuis largement passé par là pour
remettre tout en place…
Idem
pour Hoppe, l’auteur a en fait glissé dans son argumentaire de questions de
droit et d’institutions à la question de la morale, ce qui est totalement
orthogonal et sans rapport. Ne pouvant pas les contredire sur le droit, il part
sur la morale.
Pour
finir par dire une grosse bêtise au sujet de Hoppe :
- « Voilà certainement une tentative ingénieuse et
intéressante d'utiliser l'éthique de l'argumentation de Karl-Otto Apel et
Jürgen Habermas au service de l'axiome de M. Rothbard. Mais elle n'est pas
convaincante : que la pensée (éthique ou autre) suppose l'argumentation reste à
démontrer. » :
Eh bien
justement, c’est ce que Hoppe a démontré, la charge de la contre-preuve est
donc vôtre, cher ami. Et essayez donc de penser sans recours à la logique….
Il est
même carrément de mauvaise foi ici où il glisse un faux argument :
- « En outre, l'argumentation suppose sans doute le
contrôle d'une partie de mon corps et de l'espace où je me trouve, mais le
contrôle n'est pas l'appropriation . Serai-je considéré comme le « légitime
propriétaire » de tous les espaces où je me serai aventuré à causer avec autrui
? » :
Ce n’est
pas ce que suppose ou dit Hoppe, justement. Hoppe ne parle pas de l’espace,
seulement de son propre corps. Donc le contester en lui faisant dire des choses
qu’il ne dit pas semble un peu faible.
Nous
sommes dimanche matin, il me fatigue ce pseudo-libéral, je n’ai pas envie
d’aller plus loin. Je pense qu’on aura largement compris qu’il ne connaît pas
le sujet et raconte des bêtises, c’est tout ce que je voulais montrer.
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