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Thursday, November 1, 2018

Peut-on imaginer une société sans Etat ? - 2: Rôle présumé de l'Etat

Cet article constitue la seconde partie de la rédaction de ma présentation faite début novembre à Lyon, sur le thème de "Peut-on imaginer une société sans Etat ?", dont la première partie est accessible ici.

Cette fois, il s'agit d'entrer dans le sujet de l'état lui-même et des questions qu'il pose. Elles sont nombreuses, j'en ai retenues cinq qui partent des rôles classiques qu'on lui attribue communément, abordent ensuite des sujets plus contemporains mais hautement trompeurs, pour finir avec une réflexion ouvrant sur la démocratie.


Tension entre sécurité et dictature

La DDHC nous le précise, le dit clairement dans son Article 12 ("La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée."), le rôle premier de l'état est tout d'abord d'assurer notre sécurité, au sens large de cette "force publique" qui se doit de veiller au respect de nos droits. L'état est donc traditionnellement justifié, posé comme nécessaire et légitime du fait de ce besoin de sécurité inhérent à toute société "civilisée".

Il semble bien qu'une fois qu'on a dit cela, la question soit réglée une fois pour toutes : l'état serait donc indispensable, point final. Pourtant, on ne compte plus, dans l'histoire comme dans l'actualité, les exemples d'états devenus ou se comportant de manière dictatoriale, c'est-à-dire où sous prétexte de sécurité, les services de police ou de justice font violence a priori à des citoyens sans criminalité évidente. En théorie de la justice libérale, on exprime cela par la "violation du principe de non-agression", c'est-à-dire par "l'initiation de l'agression" envers une personne ne s'étend pas elle-même rendue coupable d'une telle initiative.

Il y a donc dans les faits une tension, une contradiction au minimum sous l'angle opérationnel, entre le besoin de sécurité auquel l'état est censé répondre et la non-sécurité que ce même état apporte souvent, sinon toujours, aux citoyens qu'il est réputé servir.

Cette tension n'est pas nouvelle, elle est connue depuis l'antiquité, où déjà Juvénal, satiriste romain, demandait il y a quelques 2000 ans "Quis custodiet ipsos custodes ?", c'est-à-dire "Mais qui gardera ces gardiens ?" Comment fait-on pour éviter que les gardiens à notre service finissent par nous mettre à leur service ?

Cela explique en partie l'existence de services que je dirai "élitistes" de sécurité, milices, gardes du corps, agents dans nos supermarchés, ou autres formes, dont la simple présence montre au moins que l'état tel que nous le connaissons ne suffit pas à régler cette question de la sécurité. Et que de plus, il ne le fait pas pour tous, puisque in fine ce sont ceux qui en ont le moins besoin (économiquement) qui finissent par trouver, opter pour des solutions alternatives.

Le but à ce stade de la présentation n'est pas encore d'apporter une réponse, j'y reviendrai plus loin, mais je vous glisse néanmoins une piste de réflexion : si la réponse ne peut venir d'une chaîne de gardiens des gardiens de gardiens, elle ne peut venir que d'une logique et d'une source complètement différentes, et qui se trouvent en nous tous.


Tension entre justice et injustice

Il s'agit bien sûr du même type de raisonnement que le point précédent, mais celui-ci était centré sur la police alors que je souhaite ici aborder la justice, l'autre pan du domaine de ce qu'on connaît sous le terme de "régalien", prétexte de l'état. Tous les paradoxes et biais identifiés pour la police se retrouvent pour la justice, avec par exemple l'infinie chaîne des appels et recours.

L'indépendance de la justice est une autre tarte à la crème classique, puisque les juges, fonctionnaires, réputés bras du pouvoir judiciaire séparé du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, sont en réalité payés par ce dernier grâce aux impôts qu'il a collecté par exécution des lois du troisième. On comprend que le juge, s'il doit trancher entre vous et un bureaucrate assez bien placé, ne vous laissera en réalité que peu de chances, car il pourrait bien être pécuniairement dépendant du bureaucrate.

Mais il y a deux perversités spécifiques de la justice étatique qui méritent qu'on s'y arrête un moment. La première qui vient à l'esprit tient bien sûr à l'erreur judiciaire. Elle n'est pas un scandale en soi, car juger certains crimes est loin d'être aussi facile et comme mathématique qu'on pourrait le souhaiter et l'erreur étant humaine, l'erreur du juge est impossible à éviter totalement - même si bien évidemment il faut chercher à la rendre aussi rare que possible. Le scandale vient par contre de la (faible) qualité de ce processus d'amélioration et des conséquences des erreurs.

Pour que la justice actuelle cherche réellement à s'améliorer, à faire moins d'erreurs, il faudrait que ses agents en aient une motivation tangible, pas que cela dépende de leur seule bonne volonté, forcément aléatoire. Dans le monde normal, quand on se trompe et qu'on est responsable, on en paye le coût - c'est d'ailleurs le principe de base de la "justice" instinctive. Or quel est le juge qui paye ses erreurs de jugement ? Vous en connaissez beaucoup qui se sont faits virer suite à erreur manifeste ? Comment peut-on espérer qu'il soit aussi prudent dans ses décisions qu'humainement possible s'il n'est pas lui-même directement motivé à réduire les conséquences de ses décisions ?

Cette perversion quant aux conséquences a historiquement conduit la justice (organe) à ne plus assurer la justice (service) dans sa démarche même. En effet, la justice moderne est ce qu'on appelle une justice punitive, elle sanctionne, par exemple par des peines de prison. Or une vraie justice, celle des cours d'école et des contrats que nous passons tous entre nous chaque jour est une justice réparatrice. C'est-à-dire une justice où celui qui cause des dommages à l'autre doit réparer - en payant ou en travaillant - ces dommages, éventuellement en ajoutant une compensation pour les torts causés. Dans une société juste, on ne cherche pas à mettre en prison, on cherche d'abord à dédommager les victimes. Où est passée cette justice-là ?


Recherche vs dogme

La recherche, bien que n'étant pas un domaine régalien, est considérée par beaucoup comme une des autres raisons de faire appel à un état. En France, cela se concrétise par l'existence du CNRS et de sa foule de laboratoires touchant aux domaines les plus variés et souvent insolites. Certains avancent ainsi que sans fonds "publics", sans bien préciser ce que cela couvre, il serait impossible de voir les travaux en recherche "fondamentale" financés, sans trop savoir ce que "fondamental" recouvre.

Je réponds que des gens comme Isaac Newton ou Albert Einstein ne se sont pas vus financés par un CNRS quelconque et que de nos jours, la masse de recherche mondiale dans des domaines aussi prometteurs que l'intelligence artificielle, la robotique ou les monnaies alternatives, parmi tant d'autres, doit l'essentiel de ses fonds à l'initiative et aux entreprises privées. Et que contrairement à cette image souvent idéalisée, le financement de la recherche par l'état conduit dans les faits à de nombreuses dérives qui ouvrent la porte au dogme et au politiquement correct. Je prendrai deux exemples pour l'illustrer.

Le dernier Nobel d'économie est allé à "deux Américains précurseurs de la croissance verte, Paul Romer et William Nordhaus". L'Académie justifie son choix par leur supposée mise au point de "méthodes qui répondent à des défis parmi les plus fondamentaux et pressants de notre temps : conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète." On admire la neutralité journalistique. Sujet que j'ai pu aborder par le passé, je ne suis personnellement absolument pas d'accord sur la pertinence de tels travaux, mais ce n'est pas mon propos ici. Il s'agit plutôt de voir que le sujet écologique et climatique est clairement de mode. Et que ces travaux et ce prix n'auraient probablement pas été financés ni accordés si leur travaux n'avaient porté cette thématique en bannière. Autrement dit, il ne s'agit pas vraiment de travaux de recherche "fondamentale", mais de recherche "orientée". Un Nobel récompensant des travaux de recherche fondamentale en économie aurait dû depuis longtemps récompenser l'inventeur du BitCoin, plutôt.

L'autre image ne semble n'avoir rien à voir avec la recherche. On y voit ma fille devant une énorme pierre au sein d'un mur ancien - nous sommes à Sacsayhuamán au Pérou. Le dogme archéologique officiel affirme que ce site, et beaucoup d'autres, serait Inca. Pourtant, personne ne sait expliquer comment les Incas ont pu hisser des pierres de quelques 100 tonnes à 3.700 mètres. Et les recherches dans ce domaine sont en train de connaître une vigueur grandissante, largement sous l'initiatives d'individus hors des circuits de recherche officielle. Certes, dans la masse du "buzz" on trouve à boire et à manger et les charlatans abondent. Mais il reste in fine qu'on est en présence, au Pérou comme en Egypte ou au Cambodge, d'un refus des officiels de reconsidérer leurs thèses face à des privés qui prouvent chaque jour un peu plus que ces thèses n'ont aucune solidité. Recherche contre dogme.


Ressources vs famine

Notre époque très écologique attire notre attention sur le besoin de "protéger" nos "ressources naturelles". Certaines seraient proche de l'épuisement. Et cela justifierait pour bien des écologistes la prise de contrôle étatique, peu importe la forme, de ces ressources. Seul l'état saurait protéger et seul l'état saurait qu'en faire. Lui seul saurait trouver ce point d'équilibre si complexe entre nourrir le peuple, le voir prospérer et protéger les ressources. Il faut se rendre compte que de tels raisonnement ont déjà existé il n'y a pas si longtemps qui ont conduit à des catastrophes écologiques et surtout humanitaires sans guère de précédents.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette tranche de l'histoire récente, et qu'il soit clair que je prends cet exemple sans biais idéologique particulier, les années 1958-62 ont vu en Chine se former une famine épouvantable, aboutissant à quelques 25 millions de morts et à une quasi disparition de certaines espèces animales. Le livre mis en référence - Mao's Great Famine, Frank Dikötter - donne un récit et des faits d'une rare précision et je vous le recommande, même si sa lecture est déchirante au possible.

Peu m'importe que cette famine ait été le résultat de la dictature de Mao, de Staline ou de Hitler, ou même de Louis XIV ou de la Mère Michel ; la seule chose qui m'importe tient au fait qu'il ait pu exister - et donc qu'il peut exister - un état central qui impose sa motivation propre et forcément égoïste à tout un peuple au point de négliger la survie de celui-ci, et même de le décimer.

Il est important au passage de revenir sur la complexité de l'équilibre évoqué ci-dessus. Bien évidemment, même si Mao et ses sbires se sont révélés par cette famine être des monstres absolus, on peut supposer qu'ils ne l'avaient pas imaginée au départ et qu'elle est arrivée sans qu'il l'aient désirée explicitement. Ils imaginaient pouvoir forcer le destin, forcer l'équilibre en leur faveur, obtenir en claquant des doigts à la fois production et prospérité, par simple décision politique centrale.

Ils ont comme bien d'autres jacobins et grands planificateurs découvert que les hommes et l'économie ne se dirigent pas aussi simplement. La complexité de la société humaine est immense, notamment à l'échelle de centaines de millions d'hommes, comme à l'époque en Chine. Il est tout simplement hors de portée de quelque gouvernement que ce soit de trouver et d'imposer un équilibre qui en réalité ne peut qu'émerger des choix combinés et entrelacés des individus eux-mêmes. C'est une des raisons majeures qui me portent à faire la promotion de la société libre, sans état.


Démocratie vs tyrannie

Après le régalien qui le légitimerait, deux exemples de travers sociaux obtenus quand on élargit son champ, je me dois de jeter un rapide regard sur l'argument démocratique qui est à la mode pour justifier la généralisation de l'état en toutes choses.

L'idée de base est bien connue, elle est évidente : la majorité (électorale) serait plus importante à satisfaire que toute minorité, le choix de la majorité doit donc être privilégié. Et cela devrait s'appliquer au domaine politique comme à tout domaine où il s'agit de satisfaire les gens : la majorité l'emporte. Les deux images que j'ai retenues parlent d'elles-mêmes. La démocratie, celle de la majorité aveugle, cela donne un président qui a comme seule compétence d'avoir osé dire 'oui' à tout le monde, et ça donne aussi un dictateur digne des pires caricatures, qui sait lui comment ne laisser le choix à personne - un parmi tant d'autres, je précise.

Mais comment cela se fait-il ? N'est-il pas légitime de chercher à résoudre l'impossible choix de celui qui nous gouvernera par l'arbitrage laissé au plus grand nombre ? Manifestement, non. Sinon, depuis les quelques deux siècles que la démocratie se déploie, et surtout depuis le début de sa généralisation il y a exactement un siècle, si la démocratie était facteur de paix et de prospérité, nous n'aurions pas connu autant de guerres, de morts et, il faut oser le dire, de déchéance sociale généralisée.

Le problème de la démocratie est dans son concept même. Comme le dit Popper, la majorité n'a en fait que rarement raison en matière politique. Car la politique, c'est compliqué, la famine chinoise nous en a donné une idée, bien sombre. Et quand pour arriver au pouvoir, il suffit de promettre, de dire 'oui' à tout le monde, le premier imbécile et surtout le premier des tyrans a vite fait de comprendre la combine. Ce cher Georges Frêche ne nous a-t-il pas enseigné que ce sont les "cons" qui votaient pour lui ?

La solution n'est dès lors plus dans "plus de démocratie", la démocratie ne peut en effet que précipiter notre chute et notre appauvrissement. La seule option consiste au contraire à en sortir, à réduire l'état pour éviter tout dictateur et tyran, et de rechercher une autre forme de satisfaction du plus grand nombre, de "démocratie non-tyrannique". Pour moi, c'est celle qui vient du libre marché, du choix que nous faisons tous librement, celui du commerce. La démocratie non-tyrannique, c'est celle où les services assurés classiquement par l'état nous viennent tous du commerce. Je vais y venir dans une partie à suivre...

À suivre...

Monday, March 5, 2018

Il n'y a pas de concurrence déloyale

(Publié sur Le Cercle en 2016.)

La concurrence est un phénomène qui est bien plus simple que beaucoup le pensent. Pour le comprendre, commençons par ce qu’elle n’est pas. Tout entrepreneur le sait bien, par exemple un vendeur de voitures ou de téléphones, lorsqu’on se trouve en compétition face une autre voiture ou un autre téléphone, on cherche à expliquer au client en quoi notre produit est unique, ne serait-ce que par le prix. De même pour un séjour touristique, des légumes ou un nouveau collaborateur : c’est chaque fois ce qui les rend unique qu’on met en avant pour convaincre et amener la décision.

Ainsi, mon concurrent n’est donc pas celui qui a le même produit ou service que moi, mais celui qui arrive à mettre en avant sa différence. Mais dès lors, où s’arrête le jeu de cette différence ? Est-ce qu’une voiture de sport est en concurrence avec une voiture familiale ? Pour beaucoup d’homme, la réponse est positive dans la mesure où beaucoup aimeraient acheter les deux et donc doivent choisir laquelle acheter en premier. Est-ce que le train est en concurrence avec l’avion ? Bien sûr, quiconque a voyagé entre province et Paris hésite régulièrement, y compris avec voiture et covoiturage.

En réalité, la concurrence ne s’arrête pas là. Dans nos budgets, le voyage est en concurrence avec le sport, les loisirs, les sorties au restaurant, les livres ou encore les spectacles. Pourtant, aucun hôtel ne s’imagine, à tort, en concurrence avec un libraire. Le nœud de compréhension est ici : la concurrence n’est pas une chose que les acteurs de l’économie décident, mais que chacun de nous décide. C’est moi qui arbitre mes dépenses entre voyage ou voiture, banane ou alcool, téléphone ou formation.

Le concept de concurrence déloyale se révèle alors pour ce qu’il est : un vide sémantique, un contre-sens, une ineptie. Si c’est moi, l’individu, qui décide à chaque instant de ce que je considère être en concurrence, en choisissant librement telle dépense plutôt que telle autre, quel place la loi pourrait-elle tenir dans ce schéma ? A moins de m’interdire certains choix plutôt que d’autres, à moins de m’interdire de prendre le bus quand un train va à ma destination, comme ce fut longtemps le cas.

La concurrence est la normalité, elle est précieuse au progrès de tous par le choix qu’elle porte en elle. Les taxis et tous ceux qui hurlent à la concurrence déloyale sont de mauvaise foi, ils utilisent un faux concept pour justifier le recours à la loi pour réduire notre liberté à leur profit. Et on les écoute.

Sunday, January 21, 2018

Pape : Sauver la Planète de ses "sauveurs"

(Publié sur Le Cercle en 2015.)
En ce 18 juin, le Pape lance son appel (AFP : « Le pape François devait appeler jeudi les acteurs mondiaux à s’entendre pour sauver la planète du réchauffement ») comme qui surfe sur le Waterloo.

Sauver la planète ? Mais de qui s’il vous plaît, François ? N’est-il pas étonnant que Dieu n’ait semble-t-il pas prévu, en ses voix impénétrables, que la Planète pusse être mise en danger par sa Créature… Comme le disait le comique George Carlin, la planète ne nous a pas attendus et qui sait, c’était peut-être notre destin que de lui apporter des déchets nucléaires dont Elle a besoin pour son Plan à Elle…

Soyons sérieux. S’il est sain, voire saint, de se soucier de notre avenir sur Terre, encore faut-il le faire en gardant les pieds dessus. Or avant de se demander si la planète est en danger, il convient de se demander si l’humanité l’est. L’inverse revient à demander de sacrifier des humains à la protection incertaine d’un astre qui jusqu’à nouvel ordre n’a rien demandé. Autrement dit, la question écologique et plus largement la question de la décroissance n’est rien d’autre qu’un arbitrage à faire entre bien être et croissance de l’humanité face à conservation immuable de notre environnement.

On comprend déjà le paradoxe d’un Pape qui envisage l’Humanité comme un danger. Mais c’est parce que notre Pape est finalement comme – hélas – une immense majorité d’entre nous : il n’a pas appris ou pas compris les mécanismes économiques fondamentaux qui fondent tout tissu social. Plus exactement, il ne sait pas voir que la meilleure réponse à cette question majeure est celle du marché.

Du marché libre, s’entend. Car notre question étant une question d’arbitrage entre diverses options d’usage des ressources, il y a autant de réponses possibles et valables qu’il y a de gens concernés. En l’espèce, on peut la formuler ainsi : qui donc sur cette Terre est in fine le mieux placé pour décider entre sauver la Planète et sauver l’Homme ? La réponse est fort simple : personne et tout le monde.

Et si ce cher Pape, n’est pas n’importe qui ni monsieur Toutlemonde, il n’est manifestement ni apte ni en position de porter la voix de tout le monde.

Car personne et tout le monde, c’est le marché, celui constitué par chacun de nous dans le quotidien de nos actions et de nos choix. Ce n’est surtout pas aux politiciens de choisir, ils sont bien trop corruptibles et surtout bien trop loin de la réalité quotidienne de notre combat continu pour vivre et survivre. Par exemple, ils raisonnent en termes de ressources naturelles comme si celles-ci étaient fixes à jamais et pouvaient être produites et gérées mieux que nous le faisons nous-mêmes.

Pascal Salin nous rappelle ainsi que « les ressources naturelles n’existent pas. En effet, elles ne jouent aucun rôle économique, c’est-à-dire qu’elles ne répondent à aucun besoin humain, aussi longtemps que quelqu’un n’a pas inventé une utilisation de ces ressources. Les vraies richesses ne sont pas matérielles et physiques, elles sont subjectives et les objets matériels ne sont qu’un support éventuel de l’activité intellectuelle et de l’action humaine ». Étonnant qu’un Pape ne s’en rende pas compte.

PS : J’ai eu l’occasion de développer ces idées dans une vidéo critiquant le concept de décroissance, ici.

Sunday, January 7, 2018

Les taxis nous taxent

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Il y avait longtemps que nous n’avions pas eu droit à un bon blocage franchouillard de la circulation. L’arrivée d’un nouveau gouvernement est un événement que les centrales syndicales se doivent de ne pas manquer, selon la loi de celui au plus grand pouvoir de nuisance. Notre « démocrassie » est ainsi faite : c’est à celui qui profitera le plus de l’autre. Tant pis pour la morale, pourtant réputée à gauche. C’est cette solidarité française où il s’agit d’avoir plus de privilèges et de « social », et non plus de justice. Eh oui, sinon cela servirait à quoi que des corporations aient des « acquis sociaux » ?

Ainsi le droit de nuisance, pardon, de « grève », serait sacré – paradoxe religieux. Sous ce prétexte, faire avancer ses « revendications » suffit à justifier de bafouer la liberté des autres. A tour de rôle, les professions du secteur des transports – et tant d’autres – acceptent ainsi de subir une gêne ponctuelle dans la mesure où à son tour, une autre prendra part au jeu du « ki-bloque-ki ».

Et ainsi depuis des années, nous avons droit plus ou moins régulièrement à une semaine de blocage du métro, une journée escargot par les tracteurs, une démonstration de coordination des camionneurs, ou comme en ce début d’année, une prise d’otages organisée par les taxis. Et pour entretenir leur pouvoir de nuisance, l’état, pardon, tout gouvernement quel qu’il soit, cède. Et il n’y a aucune raison pour que cela ne recommence. Est-ce vraiment le fonctionnement d’une société dite évoluée ?

Dans le cas présent, ces chers taxis prétendent contester l’évolution des règles de la Sécurité sociale qui rendent possible le remboursement d’un trajet en taxi par assimilation à un service d’ambulance. Sans cette possibilité, une part substantielle de leur activité, disent-ils, leur serait supprimée. Et alors ? Rappelons cette vérité économique élémentaire : si une profession n’arrive pas ou plus à vivre parce qu’elle ne correspond pas ou plus au besoin des consommateurs, il est dans l’ordre des choses qu’elle disparaisse sans bruit et laisse la place à d’autres métiers ou d’autres technologies.

Il faut se rappeler que les taxis constituent une des professions les plus réglementées et les plus anti-concurrentielles de notre espace économique. L’obligation d’acheter une « plaque » fort cher pour avoir le droit de prendre des passagers leur assure un numerus clausus et un niveau de prix hors de toute logique d’offre et de demande. Sur Paris, les moto-taxis tentent depuis quelques années de proposer leurs services au niveau des aérogares d’Orly et Roissy. Mais les textes – et la profession à quatre roues – ne leur permettent pas de faire publicité de leur activité. Ils doivent se cacher des chauffeurs de taxis au risque d’une dénonciation de leur activité à la police, voire de passer à tabac.

A Toulouse, les taxis ont réussi à empêcher que la ligne du tram, construite à grands frais entre les Arènes et Aeroconstellation, qui passe à deux pas de l’aérogare, fasse escale à celui-ci, sous prétexte là encore qu’une part importante de leurs passagers leur aurait été confisquée au profit du nouveau transport pourtant en commun (NB : cela a changé depuis parution). C’est dire la confiance qu’ils ont dans leur propre pertinence. Les taxis, par leur manifestation immorale car elle attente à la liberté de circuler, sont une parfaite illustration des blocages socio-économiques de la société française.

L’inculture économique organisée depuis plus d’un siècle a inculqué aux « élites » cette croyance protectionniste voulant que la concurrence (c’est-à-dire le libre marché) soit mauvaise pour un nombre invraisemblable de professions. Et on trouve normal que chacun y aille de son blocus bien à lui quand, au contraire, c’est la libéralisation du marché qui profiterait au plus grand nombre et aux professionnels eux-mêmes qui verraient les meilleurs se maintenir. Pauvre France aveuglée…

Friday, January 5, 2018

Le marché, base naturelle de l’économie

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Faites-vous vos courses au marché de votre village ou quartier ? Vous faites sûrement cet acte banal plus ou moins régulièrement, sans plus de questions. Tout un chacun s’approvisionne en nourriture pour renouveler son énergie. Ainsi, le marché du village est un lieu où des commerçants viennent à la rencontre d’acheteurs potentiels proches en proposant leurs produits. La demande des uns vient à la rencontre de l’offre des autres. Ainsi se réalisent les échanges économiques libre et volontaire.

Observez le fonctionnement du marché local : sans ordre particulier, il est anarchique, mais sans chaos. Et pourtant il s’organise, spontanément. Précisons ce point : à part les emplacements qui leur sont attribués, personne n’impose aux commerçants leurs produits, comme personne n’impose aux acheteurs leurs achats. Les commerçants, d’expérience, ont analysé les besoins des clients locaux. Ils proposent ainsi des produits qu’ils espèrent adaptés à ces besoins – ou envies. Si certains produits ne plaisent pas, pour quelque raison, les commerçants repartent avec. Personne n’est forcé d’acheter. C’est cela le marché libre : les uns proposent, les autres disposent, ce n’est pas plus compliqué.

Un acheteur trouve un produit trop cher ? Son aspect ne lui convient pas ? Il lui suffit de ne pas le prendre. Le bon commerçant en tirera seul les conclusions, s’il voit ses concurrents écouler leurs produits alors que les siens restent sur son étal. Il arrivera peut-être à pigeonner quelques clients, si ses concurrents sont en rupture de stock. Mais jouer avec la confiance des acheteurs n’est jamais payant bien longtemps et la tromperie finit toujours par tourner court pour les peu compétitifs.

A contrario, l’état et ses services publics prétendent venir suppléer le marché là où il en va de notre vie ou de notre sécurité – car dans ces domaines, la logique des affaires ne fonctionnerait pas.

Vue l’importance vitale pour quiconque de s’alimenter, on s’interroge donc devant l’absence de « service public alimentaire » plus ou moins nationalisé pour « urgence ultra prioritaire ». Quelle fonction vitale peut être plus précieuse pour l’homme que l’alimentation et le maintien en vie ?

Faisons simple : si ce service n’existe pas, c’est parce que tout service public n’est que leurre. Aucun n’est capable de rendre un réel service à la hauteur de ce que le libre marché offrirait. Il est par contre un instrument de pouvoir et de formatage. Il n’y a sinon aucune, absolument aucune raison qu’un service dit « public » se substitue aux libres marchés, y compris complexes. Et si les hommes de pouvoir n’ont pas osé créer un service public de l’alimentation, c’est qu’ils savent qu’il n’aurait jamais pu être aussi performant et meilleur. Et qu’un peuple affamé est un peuple qui se soulève.

Or par extrapolation du marché du village, tous les marchés fonctionnent de la même manière. La société s’organise librement et volontairement. Il n’y a jamais de violence lors d’une vraie transaction commerciale. Si un contrat vient à ne pas être respecté, la justice est saisie et entend les arguments des deux parties. Puis le jugement devra être exécuté. La simple égalité devant le droit suffit bien.

Pourquoi donc les politiciens devraient-ils intervenir dans l’économie ? Rien ne le justifie, pourvu que le droit de propriété et d’échange libre soit respecté. La corruption et les malheurs des peuples surviennent dès que l’homme politique se permet d’intervenir parmi les transactions libres et volontaires pour en faire des transactions contraintes et forcées. La société du marché s’organise toujours plus vite et mieux que tout état peut le faire. On l’a démontré, tout service public est sans fondement. Vivement que l’économie retourne au bon sens du marché de la restauration…

Friday, November 17, 2017

Le coup culturel de l’exception.

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Pour tout citoyen pas trop au fait de l’économie, il est légitime de se demander si le libre-échange est un méfait ou un bienfait pour les citoyens. Si c’est un méfait, alors il est logique de généraliser le protectionnisme à l’ensemble de l’économie. Mais si c’est un bienfait, pourquoi faire une exception économique en matière de culture ? Or le gouvernement nous refait le coup de l’exception culturelle qui n’est autre qu’un puits sans fond pour l’ensemble des français. Ahh, l’art comptant pour rien…

Au XIXe siècle pourtant, l’économiste Frédéric Bastiat expliquait déjà que « l’ouvrier n’a pas à payer le salaire de l’artiste ». Cela reste vrai : pourquoi le citoyen français du XXIème siècle devrait-il être contraint de financer l’artiste ? Si celui-ci a du talent, ses clients le rendront célèbre. S’il n’a pas de clientèle, c’est que son talent n’est pas à la hauteur : il ferait mieux d’exercer dans un autre domaine.

Le système de subventions arbitraires à la française cache le nombre d’artistes creux ou œuvres lamentables que le citoyen français finance à ses dépens. Rappelons que les subventions sont des impôts et des taxes, que par elles l’arbitraire politique détourne une partie de nos gains pour alimenter une production culturelle incertaine, incertaine parce que ne devant pas son succès à la reconnaissance du public. Plus elle est mauvaise, plus il faut de moyens financiers importants pour prétendre rivaliser avec la culture issue de la liberté, celle qui n’a pas peur de la sanction du marché.

Pourquoi la dignité d’un artiste français vaudrait-elle économiquement plus que celle d’un artiste étranger, celle d’un ouvrier, d’un ingénieur, d’une profession libérale ? Au point de justifier prendre à ces derniers pour donner au premier ? Une société moderne doit-elle continuer à vivre par et dans l’arbitraire au point de refuser avant tout de valoriser les talents via le marché, comme il est naturel ?

Sans l’arbitraire de la main du politicien, le marché reconnaît le talent, c’est une de ses qualités. En quoi l’homme politique serait-il plus apte que les citoyens ensemble pour décider du juste prix de la rémunération de l’artiste ? Comment l’artiste peut-il savoir son talent si ses spectacles sont faussés ?

Certes, la masse sans talent s’en réjouit, la connivence avec le pouvoir leur assurant des ressources au-delà de leurs espérances et de leur mérite. Protéger des pseudo-artistes parce que proches du pouvoir n’est pas digne de la démocratie. Pourquoi un tel privilège ? N’oublions pas que les pouvoirs totalitaires sont ceux ayant développé la propagande en faisant de l’art un outil d’endoctrinement.

Cette proximité entre pouvoir politique et faux artistes se fait évidemment au détriment des citoyens puisque tout protectionnisme bafoue les droits de l’homme par les taxes et les subventions. Par le dirigisme, l’exception culturelle limite la diversité culturelle : ceux qui n’œuvrent pas dans le cadre du moule étatique sont vite évincés du système d’aides. Uniformité et raréfaction. Le financement hors marché de l’exception culturelle augmente des prix qui sont faux par nature. Les citoyens subissent une triple peine : double peine économique (fiscalité et prix élevés) plus culture de propagande.

L’exception culturelle est un mirage : en réalité, l’art, la culture n’est qu’une marchandise comme une autre. Seul le marché est en mesure de choisir les talents, en tous domaines. L’interventionnisme politique inapte doit être dorénavant rangé au musée des horreurs économiques. La culture gagnera en qualité par l’abandon du protectionnisme pourtant largement en vogue. Seule la liberté des artistes et des financements comme le mécénat permet un marché offensif où les meilleurs osent la création. Le talent artistique mérite mieux que l’aumône politique et la protection des minables.

Monday, November 13, 2017

BPI : la Banque des Parasites Incorrigibles !

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, il garde toute son actualité en matière économique.)

Si une banque publique était la solution pour retrouver de la compétitivité, cela se saurait depuis longtemps et de nombreux pays capitalistes auraient utilisé le filon. Les hommes politiques français ont ce génie d’arriver à faire croire que l’interventionnisme est utile à l’économie ! Aujourd’hui, le niveau de ponction fiscale sur les entreprises et les citoyens ne permet plus au secteur privé, donc à la vraie richesse, de se développer. C’est bien plus qu’une simple crise que nous affrontons : c’est la fin du système social-démocrate qui survient après la fin du modèle communiste. Les deux ont eu comme prétention de modeler l’homme en le menant vers la misère par l’abus de pouvoir dirigiste.

Notre pays ne sait plus ce qu’est l’économie : la politique a sombré depuis de nombreuses années dans le mercantilisme, au seul profit d’une « élite » qui ne mérite pas son nom. Le contrat social qui unirait les français à ce supposé état de droit associé au triptyque « liberté, égalité, fraternité » est rompu depuis belle lurette. L’idée d’aider financièrement les entreprises reste très tentant, mais il y a pourtant bien plus efficace : éviter de les taxer et de les imposer. Car l’argent qui passe par les mains de l’homme politique, qui se sert au passage, n’est que ponctions et redistributions arbitraires, orchestrées par une administration qui tient plus du système mafieux que de l’organisation au service de « l’intérêt général ». C’est à celui qui en obtiendra le plus au détriment de l’autre.

Les créations d’entreprises sont aujourd’hui bien inférieures aux fermetures. Celles qui se créent sont faiblement capitalisées et ont bien du mal à survivre. Il ne suffit pas de sombrer dans l’incantation de la croissance pour que celle-ci se profile. L’effet pervers des aides publiques est un piège qui se referme sur la totalité des entreprises. L’état est ainsi le prédateur des entreprises qui se portent bien tout en entretenant celles qui vont mal. Pourquoi ne pas laisser celles qui se portent bien se porter mieux ? Et celles qui vont mal s’adapter seules à leur environnement ou disparaître pour le plus grand bien des autres ? Ne serait-ce pas à la fois plus moral et plus efficace ? Si, bien sûr.

La Banque Publique d’Investissement (BPI), c’est (annoncé) 20 milliards d’euros, soit environ 2% de la valeur ajoutée annuelle. Ce montant, pour un état en déficit obligé d’emprunter pour finir ses fins de mois, c’est 20 milliards de trop. Surtout lorsqu’on constate que les premières entreprises qui ont bénéficié de l’aide, dite CICE (Crédit d’impôt emploi compétitivité), l’utilisent plus à fin de trésorerie et donc de survie. Oui, vous lisez bien : les entreprises sont aidées par l’état pour payer moins d’impôts afin de survivre !!! Merci M. l’Etat de me rendre un petit peu de ce que vous m’avez volé ! Ainsi l’entrepreneur n’est plus valorisé pour la qualité de son modèle économique et l’ampleur de sa valeur ajoutée, mais pour sa capacité à survivre aux prélèvements grâce à d’autres prélèvements.

On pouvait penser qu’en associant « investissement » à « banque publique », les financements se seraient tournés vers des projets innovants, mobilisant des moyens économiques conséquents sur du moyen et long terme. Or à l’heure où j’écris ces lignes, la BPI a déjà aidé près de 2 700 entreprises pour un montant de 488 millions d’euros en 3 mois, soit moins de 200 000 euros de moyenne. Nous sommes donc dans l’urgence, le saupoudrage et le court terme, pas dans la stratégie. Surtout, cela annonce les prochaines difficultés à venir pour le bateau « France ». Et met en exergue l’abus de pouvoir lié aux missions que prétend remplir l’État : son intervention dans le domaine économique est fondamentalement illégitime et nuisible. Car l’Etat n’a jamais collecté autant d’argent : si son intervention était la solution, la crise n’existerait pas. Le niveau de la fiscalité est donc bien le problème, que la BPI ne fait que renforcer. Elle n’est sûrement pas la réponse à la crise.

Thursday, October 6, 2011

Le Financial Times fume un baril de pétrole...

A l'occasion d'un dossier récent sur la crise bancaire - et au-delà - de l'été 2011, le grand Financial Times, le célèbre "FT", proposait il y a quelques jours un article supposé à contre-courant sur les impacts possibles de la hausse des prix du pétrole : "Commodities: Are high oil prices bad for the global economy?"

Cet article assez court, sur un sujet de réel intérêt et venant d'un grand journal peu suspect de reliquats d'influence communiste, m'a laissé penser à un angle de vue potentiellement hors-sentier-battu et de pertinence. Ma surprise a pourtant été grandissant au fur et à mesure que j'avançais dans ce ramassis de contre-vérité ou d'inepties : FT ne serait donc pas infaillible et contribuerait lui aussi à répandre la mauvaise-parole économique ?! Fichtre.

J'ai donc entrepris de vous proposer de lire et analyser ce texte ensemble, histoire de partager les malins plaisirs ; j'espère que vous irez jusqu'au bout avec un sourire voire un rire s'élargissant, j'aurais alors au moins fait une bonne action dans ma pauvre vie de sale libéral nanti et égoïste qui se croit le plus malin.

Pour la bonne forme, nous allons prendre paragraphe par paragraphe, traduire et décortiquer - pas besoin de rince doigts au citron, l'acide est gratuit et offert dans la prestation. Allez hop, c'est parti.
"Conventional wisdom, firmly anchored in the experience of the oil shocks of the 1970s, has it that high oil prices are not good for the global economy. And a look at the global economy now, with consumer confidence weakening sharply in the face of high gasoline prices, confirms it."
"La sagesse commune, ancrée fermement sur l'expérience du choc pétrolier des années 70, prétend que des prix élevés du brut ne sont pas bons pour l'économie mondiale. Et un coup d'oeil à l'économie mondiale aujourd'hui, avec une confiance des consommateurs qui fond sévèrement face aux prix à la pompe, le confirme."

Sous des couverts (découvert ?) de bon sens, cela commence d'emblée très fort, vos yeux aiguisés ont déjà mis le doigt (bon, pas dans les yeux le doigt, faut suivre là...) sur deux raccourcis qui valent mieux qu'un. En premier, le choc pétrolier de 1973. Outre que beaucoup de nos jours ne l'ont jamais connu, il faut rappeler que ce choc, créé de toutes pièces par l'OPEP, n'avait rien d'économique mais était au contraire 100% pur jus de pouvoir. Passons, et revenons à nos jours avec le prix à la pompe. Notre journaleux s'est-il demandé si ce prix n'était que le pur reflet du prix du baril, sans autres distorsions ? La baisse du dollar aurait-elle un rôle, peut-être-ben-k'oui ? Ou les taxes (en France, on connaît la réponse, environ 80%...) ? Mais ne soyons pas si rigoureux - c'est pas bien la rigueur, beurk - et entrons donc dans le sujet.
"But two economists at the International Monetary Fund have published a research paper challenging the traditional view, arguing that high oil prices are not a big economic drag. The new analysis, “Oil Shocks in a Global Perspective: Are they Really that Bad?”, is particularly relevant as global economic growth starts to falter, with some policymakers blaming the impact of high oil prices for the slowdown."
"Mais deux économistes du Fond Monétaire International ont publié un article de recherche contestant la vision traditionnelle, affirmant que des prix élevés du pétrole ne sont pas un frein économique fort. La nouvelle analyse 'Les chocs pétroliers dans une perspective globale : Sont-ils vraiment si néfastes ?', est particulièrement pertinente alors que la croissance économique commence à vaciller et que quelques politiciens accusent les prix élevés de la récession."

Encore un paragraphe riche et donc à taxer, cela promet. En premier lieu, de quoi le FMI vient-il se mêler ? En supposant que cet antre semi-séculaire du keynésianisme éculé (non, non, il ne manque pas un 'n') ayant fait la preuve de son incapacité - bien avant que Lagarde ait embrassé le projet de baiser plus de gens que son prédécesseur de femmes en chambre - soit une référence en matière d'économie, il faudra m'expliquer en quoi le financement d'une pseudo-étude sur le pétrole relève de sa mission première. Mais surtout, la question même de l'étude est grandiose. Quoi, quoi ? Un prix pourrait être à un niveau - haut ou bas - hors du processus économique et sans que cela ne surprenne personne ? Il y aurait un roman à écrire sur cette phrase. Faisons ça vite - vite, toujours vite, avant que les prix montent...

Il y a deux idées fausses ou du moins biaisées derrière cette phrase. Tout d'abord, un prix, un vrai, ce n'est jamais qu'un signal de rareté ou d'abondance. Si le pétrole est rare - ou plus rare - son prix monte, et inversement. Si le prix monte, c'est un signal pour chercher de nouveaux gisements qui deviennent alors potentiellement rentables. L'abondance revient alors et le prix finit par redescendre. C'est le mode de fonctionnement normal de l'économie, il n'a là rien de particulier ni rien d'inquiétant. Ça ne vaut même pas la peine d'en parler. Dès lors, il aurait donc pas là de vrai problème, mais hélas, dans le cas du pétrole, ce n'est pas un vrai prix, car celui-ci est trop lourdement dans les mains des états producteurs qui b(i)aisent le marché. Et donc la question ne se pose pas sous un angle économique car elle est politique. Mince... Mais continuons cet article passionnant...
"Oil prices have so far this year averaged more than $100 a barrel. If Brent crude, the global benchmark, remains around its current level of $110 a barrel for the rest of the year, 2011 would set the highest ever annual average price, above the $98 a barrel in 2008, when Brent prices rose to an all-time high of nearly $150 a barrel."
"La moyenne des prix du pétrole jusqu'ici cette année a été à plus de 100 dollars le baril. Si le baril de brut, la norme mondiale, reste proche de son niveau actuel de 110 dollars jusqu'à la fin de l'année, 2011 serait celle du plus haut prix moyen jamais atteint, au-dessus des 98 dollars de 2008 où le Brent grimpa au plus haut pour frôler les 150 dollar le baril."

Affirmation intéressante et apparemment anodine et peu discutable, mmm ? Mais notre ami semble bien oublier l'inflation, n'est-ce pas ? Vu la fonte de la devise de Tonton Sam grâce au tsunami de billets verts imprimés depuis, les 110 d'aujourd'hui n'ont pas grand chose à voir avec les 150 d'il y a trois ans. Et les prix, ben ils ne sont donc pas si hauts en réalité... Mais éh, oh, vous cassez la baraque là, faut laisser un peu de matière à sensation que diable !
"Tobias N. Rasmussen and Agustín Roitman, the two economists at the IMF in Washington, argue in their analysis that although oil prices have “a negative effect on oil-importing countries”, the impact is not as large as previously thought. They say a 25 per cent increase in oil prices “will cause a loss of real GDP in oil-importing countries of less than 0.5 per cent, spread over two to three years”."
"Tobias N. Rasmussen et Agustín Roitman, les deux économistes du FMI à Washington, avancent dans leur analyse, que bien que les prix du pétrole 'ont un effet négatif sur les pays importateurs de pétrole', l'impact n'est pas si grand qu'on l'avait pensé. Ils disent qu'une hausse de 25% des prix du pétrole 'causeront une perte de PIB réel des pays importateurs de moins de 0,5%, répartie sur deux ou trois années'."

Moi je vous le dis, les économistes sont extraordinaires. Tout d'abord, ils nous inventent des indicateurs loufoques, tel le PIB qui ne mesure rien de fiable - car il intègre une supposée production des corps étatiques qui n'est qu'une illusion sans substance - mais comme, tels le douanier-qui-n'est-pas-un-imbécile, ils se rendent bien compte que le chiffre sonne creux, et hop, tadaaa ! les voilà-t'y pas qui nous glissent subrepticement un "PIB réel" sorti on ne sait d'où et qui bien sûr a échappé au journaleux. Mieux, ils prétendent mesurer l'impact du pétrole sur le PIB, c'est à dire sur la production ('Produit Intérieur Brut' = PIB). Mais dites-moi, voyons voyons, le pétrole est pour nous un coût, ce n'est donc pas tant la production qui sera affectée que son prix, la marge et/ou le pouvoir d'achat. Tout ça est donc mesuré par ce fameux 'PIB réel' ?! Extraordinaires je vous dis. Plus fort encore, ils arrivent à amortir une hausse sur '2 ou 3' ans sans s'occuper de la hausse elle-même sur la même période...  Revenons à notre article 'de la mort'...
"“One likely explanation for this relatively modest impact is that part of the greater revenue accruing to oil exporters will be recycled in the form of imports or other international flows, thus contributing to keep-up demand in oil-importing economies.”
Other economists believe the analysis could be extended to other commodities, including copper and iron ore. They believe high prices are a drag for consumers but are boosting economic growth in countries from Chile (in the case of copper) to Australia (for iron ore), helping to sustain global economic growth."
"'Une explication probable de cet impact relativement modeste vient qu'une partie des revenus accrus affluant vers les exportateurs de pétrole seront recyclés sous la forme d'importations ou autres flux internationaux, ceci contribuant à maintenir la demande des économies importatrices (de pétrole, pfff)'. D'autres économistes croient que l'analyse pourrait être étendue à d'autres matières premières, y compris le cuivre et le minerai de fer. Ils croient que des prix élevés sont un frein pour les consommateurs mais qu'ils dynamisent la croissance économique de pays allant du Chili (dans le cas du cuivre) à l'Australie (pour le minerai de fer), aidant à soutenir la croissance économique mondiale."

Je suis sûr que comme moi vous avez la commissure des lèvres qui démange et que l'éclat de rire frappe à la porte. Ces messieurs nous ont l'air bien sûrs d'eux dans leur étude savante, vu qu'ils 'croient' en des explications 'probables', dignes de Madame Irma Rmihunkouch (ça, c'est pour les connaisseurs). Mais surtout, ils découvrent que le prix du pétrole n'a pas de lien avec la demande d'autres produits ?! Mais c'est que c'est bien ça, bravo, c'est digne d'un PhD : on vous l'a dit plus haut, l'impact est sur les coûts et sur le pouvoir d'achat, le premier paysan du coin du Maryland vous le dirait. Puis enfin, révélation, si on étend la logique aux autres 'commodités' (les trucs de merde, en gros) on conclut que plus les prix montent, plus la croissance aussi - et donc que tout va bien. Non mais où allons-nous, comment peut-on laisser dire de telles absurdités ? Plus c'est cher, plus on est riche. Plus on pédale moins fort, plus on avance moins vite.
"The new analysis is at odds with the view of other economists, notably James Hamilton, who, in his seminal “Oil and the Macroeconomy Since World War II”, published in 1983, linked episodes of high oil prices with economic recessions in the US. The new research is, however, more in line with some other papers, particularly the research by Olivier Blanchard and Jordi Gali, “The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so Different to the 1970s?”."
"La nouvelle analyse est perplexe face aux vues d'autres économistes, notamment James Hamilton, lequel, dans son influant 'Pétrole et Macroéconomie depuis la Seconde Guerre Mondiale', publié en 1983, relia les épisodes de haut prix du pétrole et les récessions aux USA. La nouvelle étude reste, cependant, plus en ligne avec d'autres articles, en particulier l'étude de Olivier Blanchard et Jordi Gali, 'L'Effet Macroéconomique des Chocs Pétroliers : Pourquoi les années 2000 sont-elles si différentes des 70s ?'."

Pas grand commentaire ici, le journaliste gagne du temps et vend du papier, il brode et tourne autour du pot et étale sa culture du blé en guise de confiture. Toutefois, une remarque - on est là pour casser de l'écononeuneu ou non ? : Ça ne vous choque pas, vous, tous ces grands économistes qui se chamaillent et ne sont jamais d'accord entre eux, qui sont perplexes ou dans la ligne ? Quel beau métier... Y'a pas à dire, c'est de lard, mon cochon.
"It is also in line with the thinking in Saudi Arabia, the world’s largest crude oil exporter, which has argued over the last few years that economists have been exaggerating the impact of oil prices. Ali Naimi, Saudi Arabia’s oil minister and the de facto leader of the Opec oil producers’ cartel, said earlier this year that the global economy could weather oil prices at nearly $100. And natural resources ministers in other commodity-producing countries have also argued that high prices have boosted their economies, thus compensating at the global scale the impact of higher costs in economic growth in consuming nations."
"(L'étude) est aussi en ligne avec la pensée Saoudi-Arabique (un terme à la gomme ?), le plus grand exportateur mondial de brut, qui a prétendu sur les quelques années passées que les économistes ont exagéré l'impact des prix du pétrole. Ali Naimi, le ministre saoudien du pétrole et de facto leader du cartel des producteurs de l'OPEP, a dit plus tôt cette année que l'économie mondiale pouvait affronter des prix à près de 100 dollars. Et les ministres des ressources naturelles des autres pays producteurs de matières premières ont aussi avancé que des prix élevés ont dynamisé leurs économies, compensant ainsi à échelle globale l'impact de coûts supérieurs pour la croissance économique des nations consommatrices."

Cette fois-ci, on reste toujours dans les croyances et les batailles d'arguments, mais pour donner un peu de poids, on fait parler les gros bras, les sinistres du pétrole ou des 'ressources naturelles' qui sont forcément des gentils pleins de bonté et bon sens et dès lors aptes à donner une analyse économique d'intérêt. Et toi, le journaleux, t'en penses quoi ? Tu le crois toi qu'une augmentation de prix puisse dynamiser une économie ? Ton porte-monnaie, quand pense-t-il ?  Allez, on approche de la fin.
"The different impact of higher oil – and some other commodities prices – today and in the past is due largely to the different nature of the most recent price shock.
While in the mid-1970s, early 1980s and 1990-91 high oil prices were the result of large supply disruptions, including the Arab oil embargo, the Iranian revolution and the Gulf war, the rally in oil prices of the last decade is mostly due to strong economic growth propelling oil demand. High oil prices are, therefore, the mirror of high economic growth. The same applies for other commodities."
"L'impact différent d'un pétrole plus haut - et les prix de quelques autres commodités - aujourd'hui et par le passé, est dû pour une large part à la nature différente du choc le plus récent. Alors que dans les années 70, le début des 80s et en 90-91, les prix élevés étaient le résultat de fortes ruptures de l'offre, incluant l'embargo arabe, la révolution iranienne et la Guerre du Golfe, la course des prix de la dernière décennie est surtout due à une forte croissance économique propulsant la demande en pétrole. Les prix élevés sont, de ce fait, le miroir d'une croissance économique élevée. La même logique s'applique aux commodités."

Soyons bon prince, reconnaissons que dans ces quelques phrase un souffle léger de bon sens est passé. Mais il faut rester acerbe, notre écrit-vain semble ne découvrir la mécanique de l'offre et de la demande par rapport à un marché politique et artificiel qu'aux deux tiers de son papier. Pas de quoi bomber le torse. On pourrait lui chercher quand même quelques noises en lui rappelant que la croissance des années 2000 - il pourrait éviter de le découvrir 10 ans après - n'était que trop faite de virtualité monétaire et Ponzi-que, mais allez, c'est pas le tout mais faut en finir de ce torchon.

"Nonetheless, some analysts note that supply-side factors are also playing a role, particularly in agricultural commodities, due to export restrictions, mandatory minimum prices introduced by governments and lower crops resulting from bad weather. Oil prices have also been lifted by a supply disruption in Libya this year. And in metals and minerals, floods in Australia and strikes in Latin America have curtailed supply, helping to lift prices in spite of slow demand growth."
"Néanmoins, certains analystes remarquent que des facteurs côté offre jouent également un rôle, particulièrement parmi les commodités agricoles, du fait de restrictions d'exportation, de prix minima imposés introduits par les gouvernements et de récoltes faibles suite à une mauvaise météo. Les prix du pétrole ont aussi été gonflés par une rupture de l'offre en Libye cette année. Et pour les métaux et minéraux, des inondations en Australie et des grèves en Amérique Latine ont réduit l'offre, aidant la hausse des prix malgré une faible hausse de la demande."

Alors là, ça sent la fin, on est à court d'arguments, on fouille les poches pour trouver quelques miettes pour les pigeons. Nous sommes partis en vain sur la thèse que des prix hauts pouvaient être bénéfiques, et nous loupons le mille en arrivant au port. Nous voilà enfouis sous un flot d'arguments décousus sans aucun lien entre eux et qui ne posent aucun fait objectif. Ne voici pas que les faibles récoltes ont un lien avec le pétrole ? Ah mais sot que je suis, bon-sang-mais-c'est-bien-sûr, c'est à cause des biocarburants ! Que l'auteur ne le dit-il pas plus clairement !? Mais à la réflexion, les biocarburants sont essentiellement subventionnés, ils ne relèvent donc pas non plus du marché libre, donc la thèse d'origine ne tient toujours pas. Aïe aïe aïe...    Dernière salve :
"Mr Rasmussen and Mr Roitman acknowledge the difference between the current demand-driven cycle and previous episodes, warning that “the finding that the negative impact of higher oil prices has generally been quite small does not mean that the effect can be ignored”. They add: “Our results do not rule out more adverse effects from a future shock that is driven largely by lower oil supply than the more demand-driven increases in oil prices that have been the norm in the last two decades.”"
"MM. Rasmussen and Roitman reconnaissent la différence entre le cycle actuel poussé par la demande et les périodes précédentes, avertissant que 'la découverte de l'impact négatif des prix élevés a été en général très faible ne signifie pas que l'effet peut être ignoré.' Ils ajoutent : 'Nos résultats n'interdisent pas d'autres effets plus contraires envers un choc futur qui soit largement poussé par une offre plus faible que les hausses de prix venant de la demande qui ont été la norme durant les deux dernières décennies.'"

Là vraiment, en guise d'envolée lyrique dans l'hyper-espace nihiliste et retombée-sur-ses-pattes, moi je dis 'chapeau' ! Non vraiment, il s'agit bien d'une chute digne d'Acapulco-citron et qui donne à cet article toute sa splendeur riche de vacuité ! Comment !? Nous commençons par appâter le badaud en lui annonçant une étude forcément brillante puisqu'elle vient du Fond Moléculaire Intersidéral, laquelle ouvrirait une nouvelle voie à la lecture du marché du brut, puis on patauge un peu tout en tenant en haleine pure cachemire, et pschittt! le papier finit en eau de boudin en avouant que finalement, rien n'est sûr et qu'un nouveau choc pourrait bien en fait nous faire voir de quoi le pétrole se chauffe ! Si ça ce n'est pas du talent aiguille, je ne sais pas comment le digne FT pourrait faire mieux.

En fin de compte, je vous le dis, cette histoire a une morale simple, que les libéraux connaissent bien mais qu'il est toujours utile de rappeler : en matière d'économie, moins on lit les journaleux et moins on écoute les politocards et plus on apprend de choses.

Tuesday, August 30, 2011

Google est-il liberal ?




Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?

Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante,  tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.

Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.

En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.

En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…

Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.

Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.

Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.

Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.

L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.

Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.

Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.

Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.

La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?

Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.

Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.

Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.

Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.

Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.