(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)
Sans l’économie libre, ceux qui dirigent état et collectivités locales ne disposeraient d’aucun revenu, revenus que le politicien n’a jamais su asseoir que sur la coercition de la société. Le financement de l’état n’est ainsi pas assis sur une règle consentie, mais sur une obligation via la multitude d’impôts et taxes, tous authentiques « vols légalisés ». L’homme est transformé en machine à payer des sommes arbitraires contre son libre choix. Est-ce là vivre dans une société humaine, apaisée et épanouie ?
L’utilisation de la force contre les gens honnêtes est contraire aux principes des droits de l’homme et du citoyen (liberté, propriété, sécurité et résistance à l’oppression). Le rôle de la force publique n’est que d’assurer le droit en n’utilisant cette force que contre ceux qui violent le droit et non contre le citoyen honnête. La politique devrait se limiter à définir les limites des institutions pour éviter l’abus de pouvoir. Or l’état, ou plutôt le système politique, s’est arrogé un droit d’intervention en instituant une « économie forcée » à la place du laissez-faire naturel. Comment respecter et avoir confiance en un système où celui qui doit protéger devient le premier agresseur : créateur de lois liberticides, spoliateur de biens, source d’insécurité des citoyens et des entreprises, et oppresseur fiscal ?
La fiscalité est volontairement incompréhensible : la complexité et l’opacité offrent à ceux qui les entretiennent de grasses ressources, sans aucun mérite et dans la discrétion. Depuis la Seconde guerre mondiale, elle satisfait un système bureaucratique archaïque qui broie la société et qui favorise un modèle économique bâtit sur le « capitalisme de connivence » : il se nourrit à travers subventions, niches fiscales, endettement public, inflation et monnaie de singe en faisant main basse sur l’argent du marché libre. La manière dont la très grande majorité des politiques s’expriment d’ailleurs sur la mise en place ou l’augmentation d’une taxe ou d’un impôt en dit long : elle (il) « rapportera à l’état » ! Le grand perdant, c’est l’homme, le citoyen, qui pourtant sert de prétexte !
L’éco-taxe est l’exemple parfait de ce que j’évoque : une société privée, « Ecomouv’ », a été mise en place pour répondre aux demandes de l’état, pas à celle des citoyens, qui n’ont rien demandé. Elle est contrôlée majoritairement (70%) par une société italienne, le reste du capital étant détenu par des sociétés dont la connivence sur les marchés d’état français est manifeste, au profit de privés privilégiés : Thales possède 11% du capital d’Ecomouv’, SNCF 10%, SFR 6% et Steria 3%.
Le long fleuve tranquille que les politiciens ont tissé au fil des ans arrive à l’embouchure où l’eau douce devient saumâtre mais n’est pas encore salée. Salée, l’addition qui se profile va l’être. Elle sera le résultat de cette fiscalité pléthorique et instable qui confisque progressivement l’argent de l’économie libre au profit de l’économie forcée – on sait depuis combien ce projet a dérapé…
Seul le libre choix détermine si un bien ou un service s’échange à un prix vraiment consenti entre l’acheteur et le vendeur. Le don volontaire est aussi un libre choix. Mais le vol étant un acte non consenti, le voleur est punissable : le droit doit le sanctionner. Mais c’est le voleur qui fait les lois.
Ainsi « l’état interventionniste » crée l’injustice : il punit les honnêtes citoyens par taxation ou imposition en les contraignant à payer des services qui n’ont rien de légitime. C’est de la violence permanente. Et la violence finit par conduire à plus de violence encore.
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Wednesday, December 13, 2017
Friday, November 10, 2017
Bœuf au Cheval – Droite à la Gauche
Le texte ci-dessous fut écrit il y a quelques années alors que la presse avait trouvé un autre de ces micro-scandales industriels, utile pour blâmer le capitalisme et lui éviter de faire la lumière sur les scandales bien pires qui font le quotidien du microcosme politico-étatico-médiatique. Je vous propose de le remettre au goût du jour et ainsi de vous délecter en imaginant non plus du cheval à la place du bœuf dans des lasagnes industrielles, mais du gauchisme là où se présente la droite au sein de l’industrie politicienne et de ses méandres réglementaires nationaux et européens. Bon appétit !
Vous connaissez sûrement la pub de Findus. Aujourd’hui, appliquons-la à nos chers politiques qui réagissent dans l’espoir d’une illusion d’empathie, mais surtout parce que des catastrophes s’entassent pour lesquelles ils cherchent diversion. S’ils étaient aussi exigeants envers eux-mêmes, ils travailleraient sans relâche, vu l’état des comptes publics. Voilà un vrai scandale, bien plus important que celui des plats industriels. On voit la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le sien.
Car a priori, cette affaire n’est pas un problème sanitaire : aucune intoxication ; ni personne venant reprocher au goût d’être celui du cheval. Les enjeux sont donc dérisoires. Il est à regretter que les consommateurs de ces plats vaguement cuisinés n’aient pas le palais suffisamment fin pour faire la différence, mais peu importe. Même si préparer des lasagnes fraîches avec de la viande d’origine sûre ne prend qu’une vingtaine de minutes pour un budget inférieur, acheter ces produits tient du libre choix, respectons-le. Ceux qui consomment de tels plats peuvent légitimement réclamer du bœuf et non du cheval si sur l’emballage il est mentionné « bœuf », pourtant souvent de la vache.
Mais revenons à la chaîne de fabrication. Vu le nombre d’intermédiaires, pour que ces lasagnes industrielles soient dans l’assiette à un prix acceptable, il faut que les quantités préparées soient très conséquentes pour compenser les faibles marges tout en rémunérant tous les acteurs, dont les salariés de ces entreprises. Ne doutons pas un seul instant de leur professionnalisme. D’ailleurs, d’ordinaire, tout va très bien, tout fonctionne. L’industrie alimentaire nourrit la planète chaque jour.
Ce n’est pas parce quelques pieds nickelés sans scrupule font une entourloupe qui relève de la protection et de la responsabilité de la marque vis-à-vis de ses clients que la vie doit s’arrêter. Le préjudice potentiel d’une marque est un gage de confiance pour les consommateurs supérieur en efficacité à tout arsenal législatif promis comme suite aux cris d’orfraies de nos politiques.
Car, crime de lèse-majesté, ce n’est pas au pays de la gastronomie que la tricherie a été découverte, mais chez la perfide Albion. Pire que tout, les sociétés d’approvisionnement et de fabrication sont en France. Certains découvrent que le marché de la viande en gros est soumis à des traders, anglicisme signifiant simplement « négociants sur les marchés ». Et nos politiciens de s’exclamer que « c’est un système complexe de commercialisation » et que « si le brouillard est tellement épais que plus personne ne s’y retrouve, on finira par avoir de gros problème ». S’agissant de complexité, à la lumière des cinq étages de la bureaucratie française et de la myriade d’agences nationales avec l’oppression fiscale que cela entraîne, ils nous démontrent leur inconséquence et leur mauvaise foi.
Certains ont déjà émis l’idée d’une production exclusivement d’origine française. Or l’usine de production alimentant de nombreux autres pays… ceux-ci pourraient bien dire la même chose : produisons chez nous ! Pire, les plats industriels entièrement préparés en France devenus non compétitifs, qui les achètera ? Pense-t-on aux salariés qui travaillent dans cette filière ? Ce n’est pas la complexité du circuit qui menace la qualité des produits ou l’emploi, mais le niveau des frais fixes.
Et aujourd’hui, le poids des charges, impôts et taxes condamnent la totalité des sociétés françaises. L’Etat français, faute de courage politique mais aussi de compréhension économique, entraîne tout son peuple vers une faillite collective. Mais ce ne sera jamais la faute de nos tocards qui sauront toujours nous trouver un bouc-émissaire. Trouver des contrevenants et en tirer des lois sans valeur sociétale, c’est leur fonds de commerce ! Là où l’industrie vit du labeur, les tocards vivent de la peur.
(Une version de cet article fut publiée sur le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin.)
Vous connaissez sûrement la pub de Findus. Aujourd’hui, appliquons-la à nos chers politiques qui réagissent dans l’espoir d’une illusion d’empathie, mais surtout parce que des catastrophes s’entassent pour lesquelles ils cherchent diversion. S’ils étaient aussi exigeants envers eux-mêmes, ils travailleraient sans relâche, vu l’état des comptes publics. Voilà un vrai scandale, bien plus important que celui des plats industriels. On voit la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le sien.
Car a priori, cette affaire n’est pas un problème sanitaire : aucune intoxication ; ni personne venant reprocher au goût d’être celui du cheval. Les enjeux sont donc dérisoires. Il est à regretter que les consommateurs de ces plats vaguement cuisinés n’aient pas le palais suffisamment fin pour faire la différence, mais peu importe. Même si préparer des lasagnes fraîches avec de la viande d’origine sûre ne prend qu’une vingtaine de minutes pour un budget inférieur, acheter ces produits tient du libre choix, respectons-le. Ceux qui consomment de tels plats peuvent légitimement réclamer du bœuf et non du cheval si sur l’emballage il est mentionné « bœuf », pourtant souvent de la vache.
Mais revenons à la chaîne de fabrication. Vu le nombre d’intermédiaires, pour que ces lasagnes industrielles soient dans l’assiette à un prix acceptable, il faut que les quantités préparées soient très conséquentes pour compenser les faibles marges tout en rémunérant tous les acteurs, dont les salariés de ces entreprises. Ne doutons pas un seul instant de leur professionnalisme. D’ailleurs, d’ordinaire, tout va très bien, tout fonctionne. L’industrie alimentaire nourrit la planète chaque jour.
Ce n’est pas parce quelques pieds nickelés sans scrupule font une entourloupe qui relève de la protection et de la responsabilité de la marque vis-à-vis de ses clients que la vie doit s’arrêter. Le préjudice potentiel d’une marque est un gage de confiance pour les consommateurs supérieur en efficacité à tout arsenal législatif promis comme suite aux cris d’orfraies de nos politiques.
Car, crime de lèse-majesté, ce n’est pas au pays de la gastronomie que la tricherie a été découverte, mais chez la perfide Albion. Pire que tout, les sociétés d’approvisionnement et de fabrication sont en France. Certains découvrent que le marché de la viande en gros est soumis à des traders, anglicisme signifiant simplement « négociants sur les marchés ». Et nos politiciens de s’exclamer que « c’est un système complexe de commercialisation » et que « si le brouillard est tellement épais que plus personne ne s’y retrouve, on finira par avoir de gros problème ». S’agissant de complexité, à la lumière des cinq étages de la bureaucratie française et de la myriade d’agences nationales avec l’oppression fiscale que cela entraîne, ils nous démontrent leur inconséquence et leur mauvaise foi.
Certains ont déjà émis l’idée d’une production exclusivement d’origine française. Or l’usine de production alimentant de nombreux autres pays… ceux-ci pourraient bien dire la même chose : produisons chez nous ! Pire, les plats industriels entièrement préparés en France devenus non compétitifs, qui les achètera ? Pense-t-on aux salariés qui travaillent dans cette filière ? Ce n’est pas la complexité du circuit qui menace la qualité des produits ou l’emploi, mais le niveau des frais fixes.
Et aujourd’hui, le poids des charges, impôts et taxes condamnent la totalité des sociétés françaises. L’Etat français, faute de courage politique mais aussi de compréhension économique, entraîne tout son peuple vers une faillite collective. Mais ce ne sera jamais la faute de nos tocards qui sauront toujours nous trouver un bouc-émissaire. Trouver des contrevenants et en tirer des lois sans valeur sociétale, c’est leur fonds de commerce ! Là où l’industrie vit du labeur, les tocards vivent de la peur.
(Une version de cet article fut publiée sur le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin.)
Tuesday, October 10, 2017
Le journalisme, quatrième pouvoir ?
En théorie, selon la légende, le journalisme serait le fameux « quatrième pouvoir », celui de notre information et donc la source de la vigilance indispensable envers les autres pouvoirs. C’est un rôle essentiel dans une société disposant de quelque liberté. Or la crise des médias fait rage depuis une vingtaine d’années, largement due à la concurrence du numérique et du web, mais pas uniquement. A ce titre, le phénomène de Facebook et des blogs personnels a également bouleversé le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l’information. Sans compter bien d’autres nouveautés et facettes encore, comme les encyclopédies en ligne et la messagerie instantanée.
Ce phénomène du bouleversement des médias n’est pas en soi une attaque ou remise en cause du journalisme, ce n’est qu’une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l’information. Internet et le web viennent casser l’organisation historique des journaux locaux en rendant négligeable le coût d’accès à n’importe quel journal online à l’autre bout du monde. Mais il faut encore des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne – ou papier ?
On a donc une révolution en matière de concurrence. La mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié. Là où l’on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu’on parle 2 ou 3 langues. Ce faisant, les mauvais disparaissent, et c’est tant mieux. Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse du nombre de titres. Vient en plus la concurrence des blogueurs, des « nouveaux médias » et réseaux sociaux. Puis vient la seconde concurrence, celle du contenu, question plus fondamentale.
La qualité et la pertinence du contenu est déterminante, les blogs et autres nouveautés numériques ne changeant rien à ce critère. C’est là l’enjeu de la concurrence à l’échelle mondiale du marché de l’information. C’est d’une grande banalité : le journaliste n’est qu’un acteur économique comme les autres. On décide d’investir dans une lecture. Il faut donc qu’on y voit un intérêt. Et le journaliste ou blogueur doit répondre à cet intérêt. Et le quatrième pouvoir dans tout cela ?
Le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d’annonce d’agence de presse à l’éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l’animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n’est qu’une nouvelle variante pour le lecteur. Le fait que l’un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et probablement pas l’autre ne change pas grand-chose à l’affaire. In fine, il transmet une information qui répond ou pas à une attente des lecteurs. Le lecteur ne juge qu’à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut – ou rarement. Son rôle réel, non idéalisé, n’est donc pas un contre-pouvoir, mais une source d’informations qualifiées.
Le journalisme, collectivement, peut plus probablement jouer ce rôle de quatrième pouvoir. Mais à condition d’être véritablement indépendant des autres pouvoirs, justement. Or aujourd’hui, en France mais aussi à bien des égards à l’étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d’aiguillon du pouvoir, et depuis très longtemps. Depuis que les subventions le musellent. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place – ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le problème c’est d’oublier le reste. Il est ainsi frappant que la presse ne s’intéresse désormais plus à la liberté des Lumières et se trompe à ce point en matière d’égalité, pour être à « 94% de gauche » (Référence à un article paru dans Libres ! et à un sondage publié par Marianne, le 23/04/2001).
Le rôle du journalisme consiste donc à vendre de l’information à qui veut l’entendre. Point. Ce n’est pas de servir de manière institutionnelle ni de manière garantie de « quatrième pouvoir », qui serait l’aiguillon du pouvoir, justement. Il n’y a pas de rôle institutionnel du journalisme et c’est très bien – les gens peuvent et même doivent ainsi réfléchir par eux-mêmes. Libres des infos subventionnées.
En fait, ce contre-pouvoir supposé réside désormais dans la liberté et l’indépendance des autres « pouvoirs » qu’Internet et son marché libre de l’information offrent. Pourvu que ça dure.
Une crainte que beaucoup expriment tient à la garantie de compétence qui serait associée à la formation du « journaliste ». Vu le constat s’agissant du journaliste moyen, cette « garantie » semble loin d’aller de soi. Si en France il y a des écoles de journalisme, avec en point d’orgue l’orgueilleuse Science Po, ce n’est pas la règle partout et cela ne semble pas empêcher les pays du monde d’avoir des journalistes – plus ou moins – dignes de ce nom. La compétence dans ce domaine comme dans d’autres se voit au pied de l’ouvrage et se juge par ses pairs et surtout par le marché. Heureusement, il y a de nombreux autodidactes devenus de grands journalistes, la compétence suit divers chemins.
De plus, le cas de Science Po est proche de la caricature. Quand on voit combien de journalistes en France sont profondément incompétents en matière de sciences politiques et surtout d’économie, on en vient à douter de l’intérêt de les avoir faits passer par ce sanctuaire d’un modèle dépassé.
L’autre grande question, directement liées à la précédente, touche aux critères qui font la confiance accordée aux informations. En pleine période post-campagne Clinton-Trump, le sujet des fameuses « fake news » est un sujet brûlant, où même les réseaux sociaux contribuent au trouble. La réponse est assez simple en fait, et dépend peu du simple vecteur qu’est le journaliste : il n’y a aucun moyen systématique de distinguer les faux, sauf exceptions. Mais il est important au moins de savoir faire le lien entre la catégorie de l’information et l’attitude et la démarche à avoir envers sa vérification.
Par exemple, la majorité des « journalistes » sont formés à penser que tout le domaine de la théorie économique n’est pas une science et donc que tout y est relatif et largement fondé sur des opinions d’experts plus ou moins clairvoyants. Or il n’en est rien, la théorie économique autrichienne est tout ce qu’il y a de scientifique. Or les journalistes, mal formés, n’en soupçonnent même pas l’existence.
Et lorsqu’un journaliste est ainsi surpris à dire trop souvent des bêtises, il finit par perdre la confiance de ses lecteurs. Ce n’est pas plus compliqué. Ainsi, un journal porte une marque – Le Canard Enchaîné, par exemple. Cette marque est porteuse de confiance et chaque article de chacun de ses journalistes vient entretenir – ou ternir – cette image, chaque jour. La compétence fait tout.
Enfin, il convient de s’inquiéter de la pluralité et de l’indépendance des capitaux qui financent. Le risque n’est pas tant qu’un « journaliste » dise du bien de Microsoft, de Google ou de Total si ceux-ci le financent en partie. Ce serait de la publicité sous un autre nom, et le tricheur sera vite repéré. Par contre, celui qui flatte un Hollande, un Mélenchon voire un Lénine est un plus clair danger. Et c’est dans ce domaine de la collusion avec le politique que la question des finances est la plus aiguë.
Le problème financier du journalisme n’est pas son indépendance des capitaux privés, mais son indépendance des subventions étatiques qui ligotent sa critique du pouvoir politique. Or quand on regarde la part des subventions dans les revenus de la presse en France, on a vite compris qu’il n’est possible d’imaginer aucun média « mainstream » en capacité de critique du pouvoir. Quelle surprise.
Citations
« Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. » -- John Fitzgerald Kennedy
« Si l’on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles seraient d’avance absous de toute faute. ... l’homme est tenu de savoir. L’homme est responsable de son ignorance. L’ignorance est une faute. » -- Milan Kundera
« En des temps de tromperie, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » -- Georges Orwell
« Dans la Pravda, il n’y a pas la vérité, dans les Izvestia, il n’y a pas les nouvelles. » -- Proverbe soviétique
« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C’est pire ! » -- Coluche
Ce phénomène du bouleversement des médias n’est pas en soi une attaque ou remise en cause du journalisme, ce n’est qu’une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l’information. Internet et le web viennent casser l’organisation historique des journaux locaux en rendant négligeable le coût d’accès à n’importe quel journal online à l’autre bout du monde. Mais il faut encore des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne – ou papier ?
On a donc une révolution en matière de concurrence. La mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié. Là où l’on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu’on parle 2 ou 3 langues. Ce faisant, les mauvais disparaissent, et c’est tant mieux. Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse du nombre de titres. Vient en plus la concurrence des blogueurs, des « nouveaux médias » et réseaux sociaux. Puis vient la seconde concurrence, celle du contenu, question plus fondamentale.
La qualité et la pertinence du contenu est déterminante, les blogs et autres nouveautés numériques ne changeant rien à ce critère. C’est là l’enjeu de la concurrence à l’échelle mondiale du marché de l’information. C’est d’une grande banalité : le journaliste n’est qu’un acteur économique comme les autres. On décide d’investir dans une lecture. Il faut donc qu’on y voit un intérêt. Et le journaliste ou blogueur doit répondre à cet intérêt. Et le quatrième pouvoir dans tout cela ?
Le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d’annonce d’agence de presse à l’éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l’animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n’est qu’une nouvelle variante pour le lecteur. Le fait que l’un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et probablement pas l’autre ne change pas grand-chose à l’affaire. In fine, il transmet une information qui répond ou pas à une attente des lecteurs. Le lecteur ne juge qu’à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut – ou rarement. Son rôle réel, non idéalisé, n’est donc pas un contre-pouvoir, mais une source d’informations qualifiées.
Le journalisme, collectivement, peut plus probablement jouer ce rôle de quatrième pouvoir. Mais à condition d’être véritablement indépendant des autres pouvoirs, justement. Or aujourd’hui, en France mais aussi à bien des égards à l’étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d’aiguillon du pouvoir, et depuis très longtemps. Depuis que les subventions le musellent. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place – ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le problème c’est d’oublier le reste. Il est ainsi frappant que la presse ne s’intéresse désormais plus à la liberté des Lumières et se trompe à ce point en matière d’égalité, pour être à « 94% de gauche » (Référence à un article paru dans Libres ! et à un sondage publié par Marianne, le 23/04/2001).
Le rôle du journalisme consiste donc à vendre de l’information à qui veut l’entendre. Point. Ce n’est pas de servir de manière institutionnelle ni de manière garantie de « quatrième pouvoir », qui serait l’aiguillon du pouvoir, justement. Il n’y a pas de rôle institutionnel du journalisme et c’est très bien – les gens peuvent et même doivent ainsi réfléchir par eux-mêmes. Libres des infos subventionnées.
En fait, ce contre-pouvoir supposé réside désormais dans la liberté et l’indépendance des autres « pouvoirs » qu’Internet et son marché libre de l’information offrent. Pourvu que ça dure.
Une crainte que beaucoup expriment tient à la garantie de compétence qui serait associée à la formation du « journaliste ». Vu le constat s’agissant du journaliste moyen, cette « garantie » semble loin d’aller de soi. Si en France il y a des écoles de journalisme, avec en point d’orgue l’orgueilleuse Science Po, ce n’est pas la règle partout et cela ne semble pas empêcher les pays du monde d’avoir des journalistes – plus ou moins – dignes de ce nom. La compétence dans ce domaine comme dans d’autres se voit au pied de l’ouvrage et se juge par ses pairs et surtout par le marché. Heureusement, il y a de nombreux autodidactes devenus de grands journalistes, la compétence suit divers chemins.
De plus, le cas de Science Po est proche de la caricature. Quand on voit combien de journalistes en France sont profondément incompétents en matière de sciences politiques et surtout d’économie, on en vient à douter de l’intérêt de les avoir faits passer par ce sanctuaire d’un modèle dépassé.
L’autre grande question, directement liées à la précédente, touche aux critères qui font la confiance accordée aux informations. En pleine période post-campagne Clinton-Trump, le sujet des fameuses « fake news » est un sujet brûlant, où même les réseaux sociaux contribuent au trouble. La réponse est assez simple en fait, et dépend peu du simple vecteur qu’est le journaliste : il n’y a aucun moyen systématique de distinguer les faux, sauf exceptions. Mais il est important au moins de savoir faire le lien entre la catégorie de l’information et l’attitude et la démarche à avoir envers sa vérification.
Par exemple, la majorité des « journalistes » sont formés à penser que tout le domaine de la théorie économique n’est pas une science et donc que tout y est relatif et largement fondé sur des opinions d’experts plus ou moins clairvoyants. Or il n’en est rien, la théorie économique autrichienne est tout ce qu’il y a de scientifique. Or les journalistes, mal formés, n’en soupçonnent même pas l’existence.
Et lorsqu’un journaliste est ainsi surpris à dire trop souvent des bêtises, il finit par perdre la confiance de ses lecteurs. Ce n’est pas plus compliqué. Ainsi, un journal porte une marque – Le Canard Enchaîné, par exemple. Cette marque est porteuse de confiance et chaque article de chacun de ses journalistes vient entretenir – ou ternir – cette image, chaque jour. La compétence fait tout.
Enfin, il convient de s’inquiéter de la pluralité et de l’indépendance des capitaux qui financent. Le risque n’est pas tant qu’un « journaliste » dise du bien de Microsoft, de Google ou de Total si ceux-ci le financent en partie. Ce serait de la publicité sous un autre nom, et le tricheur sera vite repéré. Par contre, celui qui flatte un Hollande, un Mélenchon voire un Lénine est un plus clair danger. Et c’est dans ce domaine de la collusion avec le politique que la question des finances est la plus aiguë.
Le problème financier du journalisme n’est pas son indépendance des capitaux privés, mais son indépendance des subventions étatiques qui ligotent sa critique du pouvoir politique. Or quand on regarde la part des subventions dans les revenus de la presse en France, on a vite compris qu’il n’est possible d’imaginer aucun média « mainstream » en capacité de critique du pouvoir. Quelle surprise.
Citations
« Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. » -- John Fitzgerald Kennedy
« Si l’on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles seraient d’avance absous de toute faute. ... l’homme est tenu de savoir. L’homme est responsable de son ignorance. L’ignorance est une faute. » -- Milan Kundera
« En des temps de tromperie, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » -- Georges Orwell
« Dans la Pravda, il n’y a pas la vérité, dans les Izvestia, il n’y a pas les nouvelles. » -- Proverbe soviétique
« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C’est pire ! » -- Coluche
Thursday, March 1, 2012
Confiance et Réputation, clés de voûte du marché libre.
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
Saturday, December 31, 2011
Simples réflexions sur l'avenir du "Quatrième Pouvoir"
Je fais du recyclage aujourd'hui, je retrouve un article de début 2009 écrit en réponse d'un journaliste toulousain - enfin, c'est ce qu'il y a sur sa carte de visite - à une invitation à participer à un "Meeting sur l'avenir du journalisme organisée par l'AJT.
A cette époque, j’étais en charge du risk management du second plus grand groupe de publication professionnelle au monde, qui subissait de plein fouet la crise de 2008 et l'internetisation des médias.
Bonjour Xxxxx,
Je te remercie de ton invitation à cet événement, mais comme c'est en semaine et que je ne pourrai donc pas y assister, je voudrais néanmoins contribuer car je te rejoins pour reconnaître l'importance du thème, ceci à titre à la fois citoyen, personnel et professionnel.
Citoyen car bien sûr il s'agit du quatrième pouvoir, de l'information et de la vigilance indispensable, personnel car des proches envisagent de devenir journalistes et enfin professionnel du fait que mon employeur, quoique pas réellement un groupe de média, agit dans le domaine de l'information et bien des questions qui se posent au journaliste et aux médias sont de même sur notre agenda.
Je ne suis pas tout à fait sûr des raisons, peut-être multiples et différentes, qui vous poussent à organiser ce débat, mais je suppose que la crise des médias, en partie liée à la concurrence du numérique et surtout du web, constitue une motivation forte. Il est vrai que ces derniers mois, le nombre de titres qui ont disparu ou du moins qui ont dû se reconfigurer est impressionnant. Par ailleurs bien sûr, le phénomène de facebook et des blogs personnels est également de nature à bouleverser le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l'information. Et bien d'autres nouveautés encore, peu importe je pense.
Sans être un expert et avec humilité, je te propose quelques idées, fais-en ce que tu veux. Nous ne sommes pas du même avis sur tout, à mon sens tant mieux et cela pour moi n'empêche ni respect ni considération ou intérêt. Mon seul objectif est d'être utile a une profession que je considère essentielle pour une saine société.
Quitte à en enfoncer une porte ouverte, il me semble que ce phénomène du bouleversement des médias n'est pas en soi une attaque ou remise en cause du journaliste mais d'abord une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l'information. Traditionnellement, journalisme vient de journal et donc du support papier, distribué quotidiennement. Jusqu'ici, la contrainte quotidienne créait une limite au périmètre de diffusion physique d'un journal. Ou du moins sur son coût - on trouve bien Le Monde à New York tous les jours, mais pas à un prix équivalent à un journal local. Bref, la contrainte historique de diffusion locale à permis l'éclosion de centaines de journaux locaux au cours des derniers siècles. Et donc de très nombreux journalistes pour nourrir ces journaux.
Internet et le web viennent casser cette organisation en rendant totalement négligeable le coût d'accès non seulement quotidien mais instantané à n'importe quel journal online à l'autre bout du monde. Clairement, ce phénomène touche également le livre et même la radio et la télé. Mais il faut toujours des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne - ou encore sur papier.
On a donc une révolution en matière de concurrence. On verra qu'elle est double. Tout d'abord, la mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié, avec de plus le choix d'un support plus souple, sur lequel je passerai. Donc là où on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens - ou magazines, c'est pareil - majeurs, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu'on parle 2 ou 3 langues, et de plus souvent sans débourser. Forcément, le nombre d'exemplaires papiers fond, ce qui réduit les ressources publicitaires et crée le cercle vicieux vers la faillite dans lequel bien des journaux se trouvent aujourd'hui.
A noter que cette disparition de titres n'est pas si négative qu'il y parait. Elle ne nuit tout d'abord en rien à la diversité des choix (on n'en a plus qu'on peut en lire) et surtout elle assure que ceux qui n'ont pas su suivre l'évolution et la demande sont conduit à choisir un autre avenir. Les mauvais disparaissent, et c'est tant mieux. Bien sûr, si on devait finir avec seulement qu'une poignée de titres dans le monde, ce serait une autre histoire, mais il y a encore des trames IP à passer à travers les routeurs avant que cela nous arrive.
Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse, première concurrence. Celle-ci est de plus renforcée par la concurrence des blogueurs et autres 'nouveaux médias' et réseaux sociaux, qui occupent l'espace. Et je passerai rapidement sur l'expansion des radios et télés par câble ou IP qui ne font qu'amplifier le processus. J'espère ne pas trop me tromper sur mon analyse jusqu'ici.
Là intervient à mon sens la seconde concurrence, celle du contenu, laissée de costé jusqu'ici, celle de la question fondamentale. Car lorsqu'on a ainsi un tel choix de lecture, qu'est-ce qui pousse à choisir et donc acheter (je dis volontairement 'acheter', car même si c'est gratuit, je dois accepter volontairement de me 'farcir' la pub qui m'est imposée, je paye donc) tel ou tel titre ?
Le prix certes, mais surtout, à prix comparable, la qualité et la pertinence du contenu, bien évidemment. Et les blogs et autres nouveautés numériques ne changent rien à cette donne. Si je vais sur certains blogs, c'est - en partie - parce que j'y trouve une information d'une qualité (terme subjectif, bien évidemment) que je ne trouve pas ailleurs et en particulier dans les journaux, tout simplement.
On ne lit ou achète pas que des quotidiens, les magazines de tous poils suivent la même logique, mais je simplifierai en ne me focalisant que sur les quotidiens généralistes (actualités, politique, économie...) car à mon sens cela ne change rien à la logique et c'est plus dans le sujet. Point à débattre sans doute.
Donc qualité et pertinence constituent à mon sens l'enjeu de la concurrence à l'échelle mondiale du marché de l'information, rien de bien surprenant. On voit donc que le journaliste est soumis à deux concurrences : du point de vue du nombre, il doit trouver son marché local - ou mondial mais spécifique ; du point de vue de sa pérennité, il doit apporter une information de qualité. C'est d'une grande banalité en fait :le journaliste est un acteur économique comme les autres.
La notion de qualité et pertinence est immensément difficile, bien évidemment - sinon, le problème serait simple - et elle renvoie à ta question initiale du rôle du journaliste. Ce rôle ne peut être défini qu'à la lumière du rôle du lecteur à mon avis. Car avant d'être lecteur, on est acheteur - même si on décide de subir la publicité. On décide d'investir dans une lecture. Il faut donc qu'on y voit un intérêt. Et le journaliste doit répondre à cet intérêt. On est donc bien dans une logique qui est avant tout économique, voire uniquement économique.
Dans l'analyse ci-dessus, j'assimile en fait le journaliste à tout acteur apportant ou créant de l'information, y compris le bloger amateur, ce qui peut être vu comme un abus de langage, voire un crime de lèse majesté, une désacralisation. Dans une perspective de quatrième pouvoir, il y a là aussi une désacralisation potentielle.
Je pense pour ma part que ce n'est pas le cas. La réalité est d'ores et déjà celle-là même, le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d'annonce d'agence de presse à l'éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l'animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n'est qu'une nouvelle variante pour le lecteur, rien d'autre. Le fait que l'un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et pas l'autre ne change en réalité rien à l'affaire. In fine, l'individu qui transmet une information doit répondre à une attente de ses lecteurs, ou plus exactement, le lecteur ne juge qu'à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut - ou rarement.
Ainsi il me semble que poser la question du rôle du journalisme, ceci au singulier, c'est soit renier cet état de fait, soit - et je retiendrai cette option - plutôt une façon d'attirer l'attention sur la mise en danger réelle ou potentielle du quatrième pouvoir. Ce danger viendrait de nombreux facteurs, par exemple le non professionnalisme supposé des blogueurs, la perte de diversité des titres ou encore la dimension économique justement qui réduit l'indépendance face à l'influence financière.
Pour ma part, je considère tout simplement que le journaliste n'est pas ce fameux quatrième pouvoir, car il ne peut pas l'être, et cela est bien sûr regrettable. Des qu'on se trouve en fait un acteur économique, on ne peut plus jouer à ce titre le moindre rôle de critique politique objectif, car on est dépendant d'un marché. De célèbres journaux comme l'Humanité ou Libération jouent un rôle politique indéniable, mais ce rôle n'est en aucun cas objectif et leur critique n'est pas continue, elle fluctue au grès de l'électorat et du pouvoir en place.
Pour être plus juste, un même journal, un même journaliste ne peut pas jouer ce rôle de quatrième pouvoir en continu. Le journalisme, collectivement, le peut plus probablement. Et encore. Quand on considère par exemple aujourd'hui la question économique dans l'ensemble de la presse française, c'est à pleurer de conventionisme. Tout le monde en ce moment par exemple apporte sa vision de la crise, de la réglementation, des capitalistes etc. Mais il ne viendrait à l'esprit d'aucun (sauf de très rares, merci J-M.Aphatie) de rappeler par exemple le rôle catastrophique de l'état dans ce qui nous arrive. On tombe à bras raccourcis sur les entreprises et les banques sans voir que le problème vient en fait de trop de réglementations et d'un interventionisme de l'état hors de toute raison.
Ceci pour dire qu'aujourd'hui, en France mais aussi à bien des égards à l'étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d'aiguillon du pouvoir, et depuis trop longtemps. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, le problème c'est d'oublier le reste. Il est ainsi hallucinant que la presse de gauche ne s'intéresse désormais plus à la liberté et se trompe complètement en matière d'égalité. La menace de loi Hadopi par exemple, qui a fait l'objet d'un éditorial par le Nouvel Obs totalement idiot et liberticide constitue un exemple désolant.
A force de dire ce que le peuple veut entendre, à force de ne pas réfléchir et simplement transmettre des 'informations ou 'nouvelles' brutes pour occuper l'espace et le marché, cette situation n'est malheureusement pas une surprise.
Je vois poindre une critique à ce stade. Alors que je démontrais plus haut que le journalisme n'est rien d'autre qu'une économie, et donc qu'elle suit le marché, qui est donc roi, je viens de dire que c'est une mauvaise chose. Les deux sont vrais. Le rôle du journaliste consiste à vendre de l'information à qui veut l'entendre. Ce n'est pas de servir de manière *institutionnelle* ni de manière *garantie* de quatrième pouvoir, aiguillon du pouvoir. Il n'y a en fait pas de rôle *institutionnel* du journaliste et c'est très bien - les gens peuvent réfléchir par eux-mêmes. En fait, il ne faut pas de quatrième pouvoir institutionnel, le marché s'en charge.
Que dans ce contexte, les blogs et autres fantaisies numériques soient vus comme une menace pour le journalisme, c'est compréhensible, mais pour ma part j'y vois justement là une chance extraordinaire. Car enfin le blogueur n'a pas cette contrainte économique - du moins pas au début. Certes un blogueur qui finirait par devenir semi-professionnel par excès de succès retomberait dans le journalisme ou l'économie de l'écriture.
Mais le simple citoyen, qui échange, s'exprime, critique, met au défit, conteste sur son blog ou facebook, sans autre espoir de retour que d'être écouté et peut-être entendu, c'est là à mon sens le vrai quatrième pouvoir. Il peut analyser, critiquer, influencer à loisir, c'est l'anti-1984. On peut lire ce qu'il écrit ? A la bonne heure !
Alors quel rôle pour le journaliste à l'aune du numérique ? Eh bien le même qu'avant. Il peut prendre l'option économique de masse, avec un peu de saine humilité, c'est un rôle utile, ou être condamné à être un excellent éditorialiste engagé et de ce fait recherché, mais recherché par ceux qui veulent le lire. Mais le quatrième pouvoir, désormais, réside dans la liberté et l'indépendance que seul Internet offre, à mon avis. Pourvu que ça dure.
Monday, January 11, 2010
Malinformation ordinaire d'un français votant à gauche
Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.
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