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Tuesday, November 21, 2017

Chypre, la première d’un printemps européen ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Ces derniers jours, les journaux titraient « Ultimatum de l’Europe à Chypre » ou « réunion de la dernière chance ». Mais qu’en est-il vraiment ? Nul doute que chaque jour continue d’apporter son lot de rebondissements. Lorsque cette chronique paraîtra, la situation aura déjà évolué. Pourtant, une tendance se dégage déjà : Chypre n’est pas une nouvelle petite Grèce. C’est sans doute le début d’un mouvement bien plus profond de la crise vécue par les peuples européens.

Pendant ces derniers jours, une française habitant Nicosie, a eu les honneurs des ondes : BFM, RMC, Europe 1… Une femme courageuse qui a quitté la France il y a 10 ans pour faire ailleurs ce que son pays ne lui permettait plus de faire. Il se trouve qu’étant libérale, j’ai des contacts avec elle. Après quelques jours, les passages radios cessent : son témoignage cloche trop, il est passé du scoop à l’action médiatique. L’action de quelqu’un, qui menacé de tout perdre et qui voit juste, dérange le pouvoir et sa logorrhée monétariste. La cause de la crise chypriote, c’est l’exposition du système bancaire de ce pays dopé comme les autres à la dette étatique.

Ce qui se passe à Chypre n’est pas juste une autre crise grecque ou espagnole. Parce qu’ils se sont précipités sous la pression de Bruxelles, les nouveaux dirigeants chypriotes (plus amateurs que nos politicards professionnels ?), succédant à des communistes ayant laminé les finances publiques de l’île, ont commis l’erreur de proposer une taxe sur les dépôts bancaires préparée par la bureaucratie locale depuis plusieurs mois. En sombrant dans le vandalisme, la véritable nature de la technocratie européenne envers le droit et le peuple est révélée : un profond dédain, un mépris absolu pour la propriété privée, droit naturel sacré à la base même de toute civilisation. Maintenant il doit être compris que « taxer c’est voler » ! Toujours plus de dette publique, c’est toujours plus de spoliation sur le privé. Et la bonne nouvelle, c’est que ce peuple dynamique ne se laisse pas faire.

Bien sûr, la Troïka européenne ne veut pas en rester là : le but n’est pas de sauver Chypre, mais le système de monnaie papier à la base de la spoliation des citoyens. Les kleptocrates européens ne tolèrent pas que leurs plans subissent un tel grain de sable : ils préfèrent sacrifier l’Europe et les peuples au profit de l’euro. L’Eurogroupe ne veut surtout pas que le monde sache que Chypre n’a pas besoin d’eux. Les images diffusées doivent être celles d’un désarroi populaire. Pourtant, mon amie témoigne du contraire. Alors que les infos nous disent que « la population est au bord de l'asphyxie, l'essence va bientôt manquer, les gens sont désespérés », cette française qui connaît le pays est en direct sur Europe 1 à exprimer « sa totale confiance dans la capacité de ce pays à se sauver de cette situation de blocus financier ».

Intox médiatique savamment orchestrée. Localement, contrairement à ce qui se dit, la colère populaire gronde encore. Des gens de toutes opinions s’organisent pour ne pas laisser le système piller leurs économies – car c’est bien de cela qu’il s’agit au bout du compte. Cet accord de sauvetage par l’argent des déposants va laisser des traces sur la confiance des investisseurs étrangers envers le système bancaire européen et des citoyens envers leurs politiques.

La raison en est simple : le droit de propriété, pierre angulaire de toute la société libre a été bafoué. Mais ce qui est à la fois extraordinaire et rassurant, c’est que lorsqu’on y touche de manière trop visible, trop évidente, le peuple de toutes opinions réagit pour sauver ce droit venu des millénaires. Cependant laisser croire qu’en ne spoliant que les riches de ce petit pays solutionnera nos propres turpitudes est évidemment une erreur : les vrais droits sont ceux de l’être et non de l’avoir !

Friday, November 10, 2017

Bœuf au Cheval – Droite à la Gauche

Le texte ci-dessous fut écrit il y a quelques années alors que la presse avait trouvé un autre de ces micro-scandales industriels, utile pour blâmer le capitalisme et lui éviter de faire la lumière sur les scandales bien pires qui font le quotidien du microcosme politico-étatico-médiatique. Je vous propose de le remettre au goût du jour et ainsi de vous délecter en imaginant non plus du cheval à la place du bœuf dans des lasagnes industrielles, mais du gauchisme là où se présente la droite au sein de l’industrie politicienne et de ses méandres réglementaires nationaux et européens. Bon appétit !

Vous connaissez sûrement la pub de Findus. Aujourd’hui, appliquons-la à nos chers politiques qui réagissent dans l’espoir d’une illusion d’empathie, mais surtout parce que des catastrophes s’entassent pour lesquelles ils cherchent diversion. S’ils étaient aussi exigeants envers eux-mêmes, ils travailleraient sans relâche, vu l’état des comptes publics. Voilà un vrai scandale, bien plus important que celui des plats industriels. On voit la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le sien.

Car a priori, cette affaire n’est pas un problème sanitaire : aucune intoxication ; ni personne venant reprocher au goût d’être celui du cheval. Les enjeux sont donc dérisoires. Il est à regretter que les consommateurs de ces plats vaguement cuisinés n’aient pas le palais suffisamment fin pour faire la différence, mais peu importe. Même si préparer des lasagnes fraîches avec de la viande d’origine sûre ne prend qu’une vingtaine de minutes pour un budget inférieur, acheter ces produits tient du libre choix, respectons-le. Ceux qui consomment de tels plats peuvent légitimement réclamer du bœuf et non du cheval si sur l’emballage il est mentionné « bœuf », pourtant souvent de la vache.

Mais revenons à la chaîne de fabrication. Vu le nombre d’intermédiaires, pour que ces lasagnes industrielles soient dans l’assiette à un prix acceptable, il faut que les quantités préparées soient très conséquentes pour compenser les faibles marges tout en rémunérant tous les acteurs, dont les salariés de ces entreprises. Ne doutons pas un seul instant de leur professionnalisme. D’ailleurs, d’ordinaire, tout va très bien, tout fonctionne. L’industrie alimentaire nourrit la planète chaque jour.

Ce n’est pas parce quelques pieds nickelés sans scrupule font une entourloupe qui relève de la protection et de la responsabilité de la marque vis-à-vis de ses clients que la vie doit s’arrêter. Le préjudice potentiel d’une marque est un gage de confiance pour les consommateurs supérieur en efficacité à tout arsenal législatif promis comme suite aux cris d’orfraies de nos politiques.

Car, crime de lèse-majesté, ce n’est pas au pays de la gastronomie que la tricherie a été découverte, mais chez la perfide Albion. Pire que tout, les sociétés d’approvisionnement et de fabrication sont en France. Certains découvrent que le marché de la viande en gros est soumis à des traders, anglicisme signifiant simplement « négociants sur les marchés ». Et nos politiciens de s’exclamer que « c’est un système complexe de commercialisation » et que « si le brouillard est tellement épais que plus personne ne s’y retrouve, on finira par avoir de gros problème ». S’agissant de complexité, à la lumière des cinq étages de la bureaucratie française et de la myriade d’agences nationales avec l’oppression fiscale que cela entraîne, ils nous démontrent leur inconséquence et leur mauvaise foi.

Certains ont déjà émis l’idée d’une production exclusivement d’origine française. Or l’usine de production alimentant de nombreux autres pays… ceux-ci pourraient bien dire la même chose : produisons chez nous ! Pire, les plats industriels entièrement préparés en France devenus non compétitifs, qui les achètera ? Pense-t-on aux salariés qui travaillent dans cette filière ? Ce n’est pas la complexité du circuit qui menace la qualité des produits ou l’emploi, mais le niveau des frais fixes.

Et aujourd’hui, le poids des charges, impôts et taxes condamnent la totalité des sociétés françaises. L’Etat français, faute de courage politique mais aussi de compréhension économique, entraîne tout son peuple vers une faillite collective. Mais ce ne sera jamais la faute de nos tocards qui sauront toujours nous trouver un bouc-émissaire. Trouver des contrevenants et en tirer des lois sans valeur sociétale, c’est leur fonds de commerce ! Là où l’industrie vit du labeur, les tocards vivent de la peur.

(Une version de cet article fut publiée sur le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin.)

Les Transgenres

Depuis quelques mois, les médias au service des politiciens ont trouvé un autre os à ronger pour distraire le public des vrais sujets de société, j’ai nommé le genrisme et ses produits dérivés que sont les transgenres. Je n’ai pas les chiffres mais peu importe, on fait cas d’un épiphénomène qui ne doit concerner – et heureusement – qu’une minorité infime de la population, probablement moins encore que les politiciens honnêtes, c’est dire si ça vaut la peine d’en faire des gros titres.

Les transgenres sont avant tout un sujet de liberté qui ne devrait même pas se faire entendre si nos oreilles étaient habituées à ladite liberté. J’entends par là que si un individu – ou « une » – ressent le besoin impérieux de se faire opérer pour changer de sexe et le finance par soi-même, on ne devrait en premier lieu que se réjouir des progrès que la médecine et la baisse des coûts fruit du capitalisme ont rendu possibles et des champs nouveaux de liberté ainsi apportés aux personnes faisant ce choix.

A cet égard, les transgenres sont une facette nouvelle du phénomène plus profond et bien plus riche du transhumanisme, qui explore le champ potentiellement infini de l’amélioration, voire de la transformation du corps humain – dans les années 70, « l’Homme qui valait 3 milliards » nous en avait donné une vague idée « bio-ionique » bien modeste, mais néanmoins qui déjà posait question.

Même si elles peuvent choquer, et trouveront toujours quelqu’un à choquer, ces transformations individuelles n’ont pas à nous interpeller. Après tout, quand les médecins se sont lancés et ont réussi les greffes, d’organes, puis de membres, fallait-il les interdire sous couvert de transformations et même de transferts choquants et ainsi ne pas sauver ou offrir de nouvelles vies aux bénéficiaires ?

En revanche, la manière dont les « penseurs » – ou faut-il écrire « panseurs » ? – s’approprient les transgenres pour en faire une normalité, un exemple, une chose désirable et honorable, cela est bien plus inquiétant et suspect. Car il faut bien le dire, ce n’est pas parce qu’il est légitime pour quiconque de faire de son corps ce que bon lui semble qu’il faut à l’inverse faire de la foule des gens ordinaires autant de monstres de normalité. Il faut le dire haut et fort, l’immense majorité des gens ne sont pas, n’ont pas envie et sont heureux et fiers d’être et de rester des hommes et des femmes, et il n’est pas question de laisser les intellectuels « de gauche » leur insuffler la moindre honte à cet égard.

La honte en matière de transgenre devrait se retourner contre les médias et politiciens qui, tout en respectant pleinement ceux qui font ce choix, devraient en même temps en reconnaître la non-normalité. Gageons que l’option inverse prise sous nos yeux est l’expression une fois encore de cette tendance malsaine à culpabiliser tous les piliers de la société traditionnelle et naturellement libre.

Tuesday, October 10, 2017

Le journalisme, quatrième pouvoir ?

En théorie, selon la légende, le journalisme serait le fameux « quatrième pouvoir », celui de notre information et donc la source de la vigilance indispensable envers les autres pouvoirs. C’est un rôle essentiel dans une société disposant de quelque liberté. Or la crise des médias fait rage depuis une vingtaine d’années, largement due à la concurrence du numérique et du web, mais pas uniquement. A ce titre, le phénomène de Facebook et des blogs personnels a également bouleversé le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l’information. Sans compter bien d’autres nouveautés et facettes encore, comme les encyclopédies en ligne et la messagerie instantanée.

Ce phénomène du bouleversement des médias n’est pas en soi une attaque ou remise en cause du journalisme, ce n’est qu’une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l’information. Internet et le web viennent casser l’organisation historique des journaux locaux en rendant négligeable le coût d’accès à n’importe quel journal online à l’autre bout du monde. Mais il faut encore des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne – ou papier ?

On a donc une révolution en matière de concurrence. La mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié. Là où l’on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu’on parle 2 ou 3 langues. Ce faisant, les mauvais disparaissent, et c’est tant mieux. Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse du nombre de titres. Vient en plus la concurrence des blogueurs, des « nouveaux médias » et réseaux sociaux. Puis vient la seconde concurrence, celle du contenu, question plus fondamentale.

La qualité et la pertinence du contenu est déterminante, les blogs et autres nouveautés numériques ne changeant rien à ce critère. C’est là l’enjeu de la concurrence à l’échelle mondiale du marché de l’information. C’est d’une grande banalité : le journaliste n’est qu’un acteur économique comme les autres. On décide d’investir dans une lecture. Il faut donc qu’on y voit un intérêt. Et le journaliste ou blogueur doit répondre à cet intérêt. Et le quatrième pouvoir dans tout cela ?

Le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d’annonce d’agence de presse à l’éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l’animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n’est qu’une nouvelle variante pour le lecteur. Le fait que l’un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et probablement pas l’autre ne change pas grand-chose à l’affaire. In fine, il transmet une information qui répond ou pas à une attente des lecteurs. Le lecteur ne juge qu’à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut – ou rarement. Son rôle réel, non idéalisé, n’est donc pas un contre-pouvoir, mais une source d’informations qualifiées.

Le journalisme, collectivement, peut plus probablement jouer ce rôle de quatrième pouvoir. Mais à condition d’être véritablement indépendant des autres pouvoirs, justement. Or aujourd’hui, en France mais aussi à bien des égards à l’étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d’aiguillon du pouvoir, et depuis très longtemps. Depuis que les subventions le musellent. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place – ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, mais le problème c’est d’oublier le reste. Il est ainsi frappant que la presse ne s’intéresse désormais plus à la liberté des Lumières et se trompe à ce point en matière d’égalité, pour être à « 94% de gauche » (Référence à un article paru dans Libres ! et à un sondage publié par Marianne, le 23/04/2001).

Le rôle du journalisme consiste donc à vendre de l’information à qui veut l’entendre. Point. Ce n’est pas de servir de manière institutionnelle ni de manière garantie de « quatrième pouvoir », qui serait l’aiguillon du pouvoir, justement. Il n’y a pas de rôle institutionnel du journalisme et c’est très bien – les gens peuvent et même doivent ainsi réfléchir par eux-mêmes. Libres des infos subventionnées.

En fait, ce contre-pouvoir supposé réside désormais dans la liberté et l’indépendance des autres « pouvoirs » qu’Internet et son marché libre de l’information offrent. Pourvu que ça dure.

Une crainte que beaucoup expriment tient à la garantie de compétence qui serait associée à la formation du « journaliste ». Vu le constat s’agissant du journaliste moyen, cette « garantie » semble loin d’aller de soi. Si en France il y a des écoles de journalisme, avec en point d’orgue l’orgueilleuse Science Po, ce n’est pas la règle partout et cela ne semble pas empêcher les pays du monde d’avoir des journalistes – plus ou moins – dignes de ce nom. La compétence dans ce domaine comme dans d’autres se voit au pied de l’ouvrage et se juge par ses pairs et surtout par le marché. Heureusement, il y a de nombreux autodidactes devenus de grands journalistes, la compétence suit divers chemins.

De plus, le cas de Science Po est proche de la caricature. Quand on voit combien de journalistes en France sont profondément incompétents en matière de sciences politiques et surtout d’économie, on en vient à douter de l’intérêt de les avoir faits passer par ce sanctuaire d’un modèle dépassé.

L’autre grande question, directement liées à la précédente, touche aux critères qui font la confiance accordée aux informations. En pleine période post-campagne Clinton-Trump, le sujet des fameuses « fake news » est un sujet brûlant, où même les réseaux sociaux contribuent au trouble. La réponse est assez simple en fait, et dépend peu du simple vecteur qu’est le journaliste : il n’y a aucun moyen systématique de distinguer les faux, sauf exceptions. Mais il est important au moins de savoir faire le lien entre la catégorie de l’information et l’attitude et la démarche à avoir envers sa vérification.

Par exemple, la majorité des « journalistes » sont formés à penser que tout le domaine de la théorie économique n’est pas une science et donc que tout y est relatif et largement fondé sur des opinions d’experts plus ou moins clairvoyants. Or il n’en est rien, la théorie économique autrichienne est tout ce qu’il y a de scientifique. Or les journalistes, mal formés, n’en soupçonnent même pas l’existence.

Et lorsqu’un journaliste est ainsi surpris à dire trop souvent des bêtises, il finit par perdre la confiance de ses lecteurs. Ce n’est pas plus compliqué. Ainsi, un journal porte une marque – Le Canard Enchaîné, par exemple. Cette marque est porteuse de confiance et chaque article de chacun de ses journalistes vient entretenir – ou ternir – cette image, chaque jour. La compétence fait tout.

Enfin, il convient de s’inquiéter de la pluralité et de l’indépendance des capitaux qui financent. Le risque n’est pas tant qu’un « journaliste » dise du bien de Microsoft, de Google ou de Total si ceux-ci le financent en partie. Ce serait de la publicité sous un autre nom, et le tricheur sera vite repéré. Par contre, celui qui flatte un Hollande, un Mélenchon voire un Lénine est un plus clair danger. Et c’est dans ce domaine de la collusion avec le politique que la question des finances est la plus aiguë.

Le problème financier du journalisme n’est pas son indépendance des capitaux privés, mais son indépendance des subventions étatiques qui ligotent sa critique du pouvoir politique. Or quand on regarde la part des subventions dans les revenus de la presse en France, on a vite compris qu’il n’est possible d’imaginer aucun média « mainstream » en capacité de critique du pouvoir. Quelle surprise.

Citations
« Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. » -- John Fitzgerald Kennedy

« Si l’on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles seraient d’avance absous de toute faute. ... l’homme est tenu de savoir. L’homme est responsable de son ignorance. L’ignorance est une faute. » -- Milan Kundera

« En des temps de tromperie, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » -- Georges Orwell

« Dans la Pravda, il n’y a pas la vérité, dans les Izvestia, il n’y a pas les nouvelles. » -- Proverbe soviétique

« Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! C’est pire ! » -- Coluche

Saturday, December 31, 2011

Simples réflexions sur l'avenir du "Quatrième Pouvoir"


Je fais du recyclage aujourd'hui, je retrouve un article de début 2009 écrit en réponse d'un journaliste toulousain - enfin, c'est ce qu'il y a sur sa carte de visite - à une invitation à participer à un "Meeting sur l'avenir du journalisme organisée par l'AJT.

A cette époque, j’étais en charge du risk management du second plus grand groupe de publication professionnelle au monde, qui subissait de plein fouet la crise de 2008 et l'internetisation des médias.

Bonjour Xxxxx,

Je te remercie de ton invitation à cet événement, mais comme c'est en semaine et que je ne pourrai donc pas y assister, je voudrais néanmoins contribuer car je te rejoins pour reconnaître l'importance du thème, ceci à titre à la fois citoyen, personnel et professionnel.

Citoyen car bien sûr il s'agit du quatrième pouvoir, de l'information et de la vigilance indispensable, personnel car des proches envisagent de devenir journalistes et enfin professionnel du fait que mon employeur, quoique pas réellement un groupe de média, agit dans le domaine de l'information et bien des questions qui se posent au journaliste et aux médias sont de même sur notre agenda.

Je ne suis pas tout à fait sûr des raisons, peut-être multiples et différentes, qui vous poussent à organiser ce débat, mais je suppose que la crise des médias, en partie liée à la concurrence du numérique et surtout du web, constitue une motivation forte. Il est vrai que ces derniers mois, le nombre de titres qui ont disparu ou du moins qui ont dû se reconfigurer est impressionnant. Par ailleurs bien sûr, le phénomène de facebook et des blogs personnels est également de nature à bouleverser le paysage et les conventions en matière de métiers et de marché de l'information. Et bien d'autres nouveautés encore, peu importe je pense.

Sans être un expert et avec humilité, je te propose quelques idées, fais-en ce que tu veux. Nous ne sommes pas du même avis sur tout, à mon sens tant mieux et cela pour moi n'empêche ni respect ni considération ou intérêt. Mon seul objectif est d'être utile a une profession que je considère essentielle pour une saine société.

Quitte à en enfoncer une porte ouverte, il me semble que ce phénomène du bouleversement des médias n'est pas en soi une attaque ou remise en cause du journaliste mais d'abord une mise en concurrence des médias au sens littéral, au sens du support vecteur de l'information. Traditionnellement, journalisme vient de journal et donc du support papier, distribué quotidiennement. Jusqu'ici, la contrainte quotidienne créait une limite au périmètre de diffusion physique d'un journal. Ou du moins sur son coût - on trouve bien Le Monde à New York tous les jours, mais pas à un prix équivalent à un journal local. Bref, la contrainte historique de diffusion locale à permis l'éclosion de centaines de journaux locaux au cours des derniers siècles. Et donc de très nombreux journalistes pour nourrir ces journaux.

Internet et le web viennent casser cette organisation en rendant totalement négligeable le coût d'accès non seulement quotidien mais instantané à n'importe quel journal online à l'autre bout du monde. Clairement, ce phénomène touche également le livre et même la radio et la télé. Mais il faut toujours des journalistes pour créer le contenu des journaux en ligne - ou encore sur papier.

On a donc une révolution en matière de concurrence. On verra qu'elle est double. Tout d'abord, la mise en ligne des journaux fait que chacun a soudain un choix de lecture considérablement multiplié, avec de plus le choix d'un support plus souple, sur lequel je passerai. Donc là où on pouvait choisir entre 5 à 10 quotidiens - ou magazines, c'est pareil - majeurs, on dispose soudain de centaines de titres pour peu qu'on parle 2 ou 3 langues, et de plus souvent sans débourser. Forcément, le nombre d'exemplaires papiers fond, ce qui réduit les ressources publicitaires et crée le cercle vicieux vers la faillite dans lequel bien des journaux se trouvent aujourd'hui.

A noter que cette disparition de titres n'est pas si négative qu'il y parait. Elle ne nuit tout d'abord en rien à la diversité des choix (on n'en a plus qu'on peut en lire) et surtout elle assure que ceux qui n'ont pas su suivre l'évolution et la demande sont conduit à choisir un autre avenir. Les mauvais disparaissent, et c'est tant mieux. Bien sûr, si on devait finir avec seulement qu'une poignée de titres dans le monde, ce serait une autre histoire, mais il y a encore des trames IP à passer à travers les routeurs avant que cela nous arrive.

Mécaniquement, le nombre de journalistes suit la baisse, première concurrence. Celle-ci est de plus renforcée par la concurrence des blogueurs et autres 'nouveaux médias' et réseaux sociaux, qui occupent l'espace. Et je passerai rapidement sur l'expansion des radios et télés par câble ou IP qui ne font qu'amplifier le processus. J'espère ne pas trop me tromper sur mon analyse jusqu'ici.

Là intervient à mon sens la seconde concurrence, celle du contenu, laissée de costé jusqu'ici, celle de la question fondamentale. Car lorsqu'on a ainsi un tel choix de lecture, qu'est-ce qui pousse à choisir et donc acheter (je dis volontairement 'acheter', car même si c'est gratuit, je dois accepter volontairement de me 'farcir' la pub qui m'est imposée, je paye donc) tel ou tel titre ?

Le prix certes, mais surtout, à prix comparable, la qualité et la pertinence du contenu, bien évidemment. Et les blogs et autres nouveautés numériques ne changent rien à cette donne. Si je vais sur certains blogs, c'est - en partie - parce que j'y trouve une information d'une qualité (terme subjectif, bien évidemment) que je ne trouve pas ailleurs et en particulier dans les journaux, tout simplement.

On ne lit ou achète pas que des quotidiens, les magazines de tous poils suivent la même logique, mais je simplifierai en ne me focalisant que sur les quotidiens généralistes (actualités, politique, économie...) car à mon sens cela ne change rien à la logique et c'est plus dans le sujet. Point à débattre sans doute.

Donc qualité et pertinence constituent à mon sens l'enjeu de la concurrence à l'échelle mondiale du marché de l'information, rien de bien surprenant. On voit donc que le journaliste est soumis à deux concurrences : du point de vue du nombre, il doit trouver son marché local - ou mondial mais spécifique ; du point de vue de sa pérennité, il doit apporter une information de qualité. C'est d'une grande banalité en fait :le journaliste est un acteur économique comme les autres.

La notion de qualité et pertinence est immensément difficile, bien évidemment - sinon, le problème serait simple - et elle renvoie à ta question initiale du rôle du journaliste. Ce rôle ne peut être défini qu'à la lumière du rôle du lecteur à mon avis. Car avant d'être lecteur, on est acheteur - même si on décide de subir la publicité. On décide d'investir dans une lecture. Il faut donc qu'on y voit un intérêt. Et le journaliste doit répondre à cet intérêt. On est donc bien dans une logique qui est avant tout économique, voire uniquement économique.

Dans l'analyse ci-dessus, j'assimile en fait le journaliste à tout acteur apportant ou créant de l'information, y compris le bloger amateur, ce qui peut être vu comme un abus de langage, voire un crime de lèse majesté, une désacralisation. Dans une perspective de quatrième pouvoir, il y a là aussi une désacralisation potentielle.

Je pense pour ma part que ce n'est pas le cas. La réalité est d'ores et déjà celle-là même, le terme de journaliste recouvre en fait des rôles, fonctions, activités, qualités très variées et très différentes, qui vont de la simple reprise d'annonce d'agence de presse à l'éditorialiste à la limite du philosophe en passant par l'animateur de shows médiatiques. Le blogueur dans cette réalité n'est qu'une nouvelle variante pour le lecteur, rien d'autre. Le fait que l'un ait une carte de presse, soit passé par une école de journalisme et pas l'autre ne change en réalité rien à l'affaire. In fine, l'individu qui transmet une information doit répondre à une attente de ses lecteurs, ou plus exactement, le lecteur ne juge qu'à travers le prisme de la qualité de la réponse à son attente, pas celui du statut - ou rarement.

Ainsi il me semble que poser la question du rôle du journalisme, ceci au singulier, c'est soit renier cet état de fait, soit - et je retiendrai cette option - plutôt une façon d'attirer l'attention sur la mise en danger réelle ou potentielle du quatrième pouvoir. Ce danger viendrait de nombreux facteurs, par exemple le non professionnalisme supposé des blogueurs, la perte de diversité des titres ou encore la dimension économique justement qui réduit l'indépendance face à l'influence financière.

Pour ma part, je considère tout simplement que le journaliste n'est pas ce fameux quatrième pouvoir, car il ne peut pas l'être, et cela est bien sûr regrettable. Des qu'on se trouve en fait un acteur économique, on ne peut plus jouer à ce titre le moindre rôle de critique politique objectif, car on est dépendant d'un marché. De célèbres journaux comme l'Humanité ou Libération jouent un rôle politique indéniable, mais ce rôle n'est en aucun cas objectif et leur critique n'est pas continue, elle fluctue au grès de l'électorat et du pouvoir en place.

Pour être plus juste, un même journal, un même journaliste ne peut pas jouer ce rôle de quatrième pouvoir en continu. Le journalisme, collectivement, le peut plus probablement. Et encore. Quand on considère par exemple aujourd'hui la question économique dans l'ensemble de la presse française, c'est à pleurer de conventionisme. Tout le monde en ce moment par exemple apporte sa vision de la crise, de la réglementation, des capitalistes etc. Mais il ne viendrait à l'esprit d'aucun (sauf de très rares, merci J-M.Aphatie) de rappeler par exemple le rôle catastrophique de l'état dans ce qui nous arrive. On tombe à bras raccourcis sur les entreprises et les banques sans voir que le problème vient en fait de trop de réglementations et d'un interventionisme de l'état hors de toute raison.

Ceci pour dire qu'aujourd'hui, en France mais aussi à bien des égards à l'étranger, le journalisme collectivement ne joue plus son rôle d'aiguillon du pouvoir, et depuis trop longtemps. La mode est même à aiguillonner le capitalisme à la place - ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi, le problème c'est d'oublier le reste. Il est ainsi hallucinant que la presse de gauche ne s'intéresse désormais plus à la liberté et se trompe complètement en matière d'égalité. La menace de loi Hadopi par exemple, qui a fait l'objet d'un éditorial par le Nouvel Obs totalement idiot et liberticide constitue un exemple désolant.

A force de dire ce que le peuple veut entendre, à force de ne pas réfléchir et simplement transmettre des 'informations ou 'nouvelles' brutes pour occuper l'espace et le marché, cette situation n'est malheureusement pas une surprise.

Je vois poindre une critique à ce stade. Alors que je démontrais plus haut que le journalisme n'est rien d'autre qu'une économie, et donc qu'elle suit le marché, qui est donc roi, je viens de dire que c'est une mauvaise chose. Les deux sont vrais. Le rôle du journaliste consiste à vendre de l'information à qui veut l'entendre. Ce n'est pas de servir de manière *institutionnelle* ni de manière *garantie* de quatrième pouvoir, aiguillon du pouvoir. Il n'y a en fait pas de rôle *institutionnel* du journaliste et c'est très bien - les gens peuvent réfléchir par eux-mêmes. En fait, il ne faut pas de quatrième pouvoir institutionnel, le marché s'en charge.

Que dans ce contexte, les blogs et autres fantaisies numériques soient vus comme une menace pour le journalisme, c'est compréhensible, mais pour ma part j'y vois justement là une chance extraordinaire. Car enfin le blogueur n'a pas cette contrainte économique - du moins pas au début. Certes un blogueur qui finirait par devenir semi-professionnel par excès de succès retomberait dans le journalisme ou l'économie de l'écriture.

Mais le simple citoyen, qui échange, s'exprime, critique, met au défit, conteste sur son blog ou facebook, sans autre espoir de retour que d'être écouté et peut-être entendu, c'est là à mon sens le vrai quatrième pouvoir. Il peut analyser, critiquer, influencer à loisir, c'est l'anti-1984. On peut lire ce qu'il écrit ? A la bonne heure !

Alors quel rôle pour le journaliste à l'aune du numérique ? Eh bien le même qu'avant. Il peut prendre l'option économique de masse, avec un peu de saine humilité, c'est un rôle utile, ou être condamné à être un excellent éditorialiste engagé et de ce fait recherché, mais recherché par ceux qui veulent le lire. Mais le quatrième pouvoir, désormais, réside dans la liberté et l'indépendance que seul Internet offre, à mon avis. Pourvu que ça dure.

Thursday, October 6, 2011

Le Financial Times fume un baril de pétrole...

A l'occasion d'un dossier récent sur la crise bancaire - et au-delà - de l'été 2011, le grand Financial Times, le célèbre "FT", proposait il y a quelques jours un article supposé à contre-courant sur les impacts possibles de la hausse des prix du pétrole : "Commodities: Are high oil prices bad for the global economy?"

Cet article assez court, sur un sujet de réel intérêt et venant d'un grand journal peu suspect de reliquats d'influence communiste, m'a laissé penser à un angle de vue potentiellement hors-sentier-battu et de pertinence. Ma surprise a pourtant été grandissant au fur et à mesure que j'avançais dans ce ramassis de contre-vérité ou d'inepties : FT ne serait donc pas infaillible et contribuerait lui aussi à répandre la mauvaise-parole économique ?! Fichtre.

J'ai donc entrepris de vous proposer de lire et analyser ce texte ensemble, histoire de partager les malins plaisirs ; j'espère que vous irez jusqu'au bout avec un sourire voire un rire s'élargissant, j'aurais alors au moins fait une bonne action dans ma pauvre vie de sale libéral nanti et égoïste qui se croit le plus malin.

Pour la bonne forme, nous allons prendre paragraphe par paragraphe, traduire et décortiquer - pas besoin de rince doigts au citron, l'acide est gratuit et offert dans la prestation. Allez hop, c'est parti.
"Conventional wisdom, firmly anchored in the experience of the oil shocks of the 1970s, has it that high oil prices are not good for the global economy. And a look at the global economy now, with consumer confidence weakening sharply in the face of high gasoline prices, confirms it."
"La sagesse commune, ancrée fermement sur l'expérience du choc pétrolier des années 70, prétend que des prix élevés du brut ne sont pas bons pour l'économie mondiale. Et un coup d'oeil à l'économie mondiale aujourd'hui, avec une confiance des consommateurs qui fond sévèrement face aux prix à la pompe, le confirme."

Sous des couverts (découvert ?) de bon sens, cela commence d'emblée très fort, vos yeux aiguisés ont déjà mis le doigt (bon, pas dans les yeux le doigt, faut suivre là...) sur deux raccourcis qui valent mieux qu'un. En premier, le choc pétrolier de 1973. Outre que beaucoup de nos jours ne l'ont jamais connu, il faut rappeler que ce choc, créé de toutes pièces par l'OPEP, n'avait rien d'économique mais était au contraire 100% pur jus de pouvoir. Passons, et revenons à nos jours avec le prix à la pompe. Notre journaleux s'est-il demandé si ce prix n'était que le pur reflet du prix du baril, sans autres distorsions ? La baisse du dollar aurait-elle un rôle, peut-être-ben-k'oui ? Ou les taxes (en France, on connaît la réponse, environ 80%...) ? Mais ne soyons pas si rigoureux - c'est pas bien la rigueur, beurk - et entrons donc dans le sujet.
"But two economists at the International Monetary Fund have published a research paper challenging the traditional view, arguing that high oil prices are not a big economic drag. The new analysis, “Oil Shocks in a Global Perspective: Are they Really that Bad?”, is particularly relevant as global economic growth starts to falter, with some policymakers blaming the impact of high oil prices for the slowdown."
"Mais deux économistes du Fond Monétaire International ont publié un article de recherche contestant la vision traditionnelle, affirmant que des prix élevés du pétrole ne sont pas un frein économique fort. La nouvelle analyse 'Les chocs pétroliers dans une perspective globale : Sont-ils vraiment si néfastes ?', est particulièrement pertinente alors que la croissance économique commence à vaciller et que quelques politiciens accusent les prix élevés de la récession."

Encore un paragraphe riche et donc à taxer, cela promet. En premier lieu, de quoi le FMI vient-il se mêler ? En supposant que cet antre semi-séculaire du keynésianisme éculé (non, non, il ne manque pas un 'n') ayant fait la preuve de son incapacité - bien avant que Lagarde ait embrassé le projet de baiser plus de gens que son prédécesseur de femmes en chambre - soit une référence en matière d'économie, il faudra m'expliquer en quoi le financement d'une pseudo-étude sur le pétrole relève de sa mission première. Mais surtout, la question même de l'étude est grandiose. Quoi, quoi ? Un prix pourrait être à un niveau - haut ou bas - hors du processus économique et sans que cela ne surprenne personne ? Il y aurait un roman à écrire sur cette phrase. Faisons ça vite - vite, toujours vite, avant que les prix montent...

Il y a deux idées fausses ou du moins biaisées derrière cette phrase. Tout d'abord, un prix, un vrai, ce n'est jamais qu'un signal de rareté ou d'abondance. Si le pétrole est rare - ou plus rare - son prix monte, et inversement. Si le prix monte, c'est un signal pour chercher de nouveaux gisements qui deviennent alors potentiellement rentables. L'abondance revient alors et le prix finit par redescendre. C'est le mode de fonctionnement normal de l'économie, il n'a là rien de particulier ni rien d'inquiétant. Ça ne vaut même pas la peine d'en parler. Dès lors, il aurait donc pas là de vrai problème, mais hélas, dans le cas du pétrole, ce n'est pas un vrai prix, car celui-ci est trop lourdement dans les mains des états producteurs qui b(i)aisent le marché. Et donc la question ne se pose pas sous un angle économique car elle est politique. Mince... Mais continuons cet article passionnant...
"Oil prices have so far this year averaged more than $100 a barrel. If Brent crude, the global benchmark, remains around its current level of $110 a barrel for the rest of the year, 2011 would set the highest ever annual average price, above the $98 a barrel in 2008, when Brent prices rose to an all-time high of nearly $150 a barrel."
"La moyenne des prix du pétrole jusqu'ici cette année a été à plus de 100 dollars le baril. Si le baril de brut, la norme mondiale, reste proche de son niveau actuel de 110 dollars jusqu'à la fin de l'année, 2011 serait celle du plus haut prix moyen jamais atteint, au-dessus des 98 dollars de 2008 où le Brent grimpa au plus haut pour frôler les 150 dollar le baril."

Affirmation intéressante et apparemment anodine et peu discutable, mmm ? Mais notre ami semble bien oublier l'inflation, n'est-ce pas ? Vu la fonte de la devise de Tonton Sam grâce au tsunami de billets verts imprimés depuis, les 110 d'aujourd'hui n'ont pas grand chose à voir avec les 150 d'il y a trois ans. Et les prix, ben ils ne sont donc pas si hauts en réalité... Mais éh, oh, vous cassez la baraque là, faut laisser un peu de matière à sensation que diable !
"Tobias N. Rasmussen and Agustín Roitman, the two economists at the IMF in Washington, argue in their analysis that although oil prices have “a negative effect on oil-importing countries”, the impact is not as large as previously thought. They say a 25 per cent increase in oil prices “will cause a loss of real GDP in oil-importing countries of less than 0.5 per cent, spread over two to three years”."
"Tobias N. Rasmussen et Agustín Roitman, les deux économistes du FMI à Washington, avancent dans leur analyse, que bien que les prix du pétrole 'ont un effet négatif sur les pays importateurs de pétrole', l'impact n'est pas si grand qu'on l'avait pensé. Ils disent qu'une hausse de 25% des prix du pétrole 'causeront une perte de PIB réel des pays importateurs de moins de 0,5%, répartie sur deux ou trois années'."

Moi je vous le dis, les économistes sont extraordinaires. Tout d'abord, ils nous inventent des indicateurs loufoques, tel le PIB qui ne mesure rien de fiable - car il intègre une supposée production des corps étatiques qui n'est qu'une illusion sans substance - mais comme, tels le douanier-qui-n'est-pas-un-imbécile, ils se rendent bien compte que le chiffre sonne creux, et hop, tadaaa ! les voilà-t'y pas qui nous glissent subrepticement un "PIB réel" sorti on ne sait d'où et qui bien sûr a échappé au journaleux. Mieux, ils prétendent mesurer l'impact du pétrole sur le PIB, c'est à dire sur la production ('Produit Intérieur Brut' = PIB). Mais dites-moi, voyons voyons, le pétrole est pour nous un coût, ce n'est donc pas tant la production qui sera affectée que son prix, la marge et/ou le pouvoir d'achat. Tout ça est donc mesuré par ce fameux 'PIB réel' ?! Extraordinaires je vous dis. Plus fort encore, ils arrivent à amortir une hausse sur '2 ou 3' ans sans s'occuper de la hausse elle-même sur la même période...  Revenons à notre article 'de la mort'...
"“One likely explanation for this relatively modest impact is that part of the greater revenue accruing to oil exporters will be recycled in the form of imports or other international flows, thus contributing to keep-up demand in oil-importing economies.”
Other economists believe the analysis could be extended to other commodities, including copper and iron ore. They believe high prices are a drag for consumers but are boosting economic growth in countries from Chile (in the case of copper) to Australia (for iron ore), helping to sustain global economic growth."
"'Une explication probable de cet impact relativement modeste vient qu'une partie des revenus accrus affluant vers les exportateurs de pétrole seront recyclés sous la forme d'importations ou autres flux internationaux, ceci contribuant à maintenir la demande des économies importatrices (de pétrole, pfff)'. D'autres économistes croient que l'analyse pourrait être étendue à d'autres matières premières, y compris le cuivre et le minerai de fer. Ils croient que des prix élevés sont un frein pour les consommateurs mais qu'ils dynamisent la croissance économique de pays allant du Chili (dans le cas du cuivre) à l'Australie (pour le minerai de fer), aidant à soutenir la croissance économique mondiale."

Je suis sûr que comme moi vous avez la commissure des lèvres qui démange et que l'éclat de rire frappe à la porte. Ces messieurs nous ont l'air bien sûrs d'eux dans leur étude savante, vu qu'ils 'croient' en des explications 'probables', dignes de Madame Irma Rmihunkouch (ça, c'est pour les connaisseurs). Mais surtout, ils découvrent que le prix du pétrole n'a pas de lien avec la demande d'autres produits ?! Mais c'est que c'est bien ça, bravo, c'est digne d'un PhD : on vous l'a dit plus haut, l'impact est sur les coûts et sur le pouvoir d'achat, le premier paysan du coin du Maryland vous le dirait. Puis enfin, révélation, si on étend la logique aux autres 'commodités' (les trucs de merde, en gros) on conclut que plus les prix montent, plus la croissance aussi - et donc que tout va bien. Non mais où allons-nous, comment peut-on laisser dire de telles absurdités ? Plus c'est cher, plus on est riche. Plus on pédale moins fort, plus on avance moins vite.
"The new analysis is at odds with the view of other economists, notably James Hamilton, who, in his seminal “Oil and the Macroeconomy Since World War II”, published in 1983, linked episodes of high oil prices with economic recessions in the US. The new research is, however, more in line with some other papers, particularly the research by Olivier Blanchard and Jordi Gali, “The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so Different to the 1970s?”."
"La nouvelle analyse est perplexe face aux vues d'autres économistes, notamment James Hamilton, lequel, dans son influant 'Pétrole et Macroéconomie depuis la Seconde Guerre Mondiale', publié en 1983, relia les épisodes de haut prix du pétrole et les récessions aux USA. La nouvelle étude reste, cependant, plus en ligne avec d'autres articles, en particulier l'étude de Olivier Blanchard et Jordi Gali, 'L'Effet Macroéconomique des Chocs Pétroliers : Pourquoi les années 2000 sont-elles si différentes des 70s ?'."

Pas grand commentaire ici, le journaliste gagne du temps et vend du papier, il brode et tourne autour du pot et étale sa culture du blé en guise de confiture. Toutefois, une remarque - on est là pour casser de l'écononeuneu ou non ? : Ça ne vous choque pas, vous, tous ces grands économistes qui se chamaillent et ne sont jamais d'accord entre eux, qui sont perplexes ou dans la ligne ? Quel beau métier... Y'a pas à dire, c'est de lard, mon cochon.
"It is also in line with the thinking in Saudi Arabia, the world’s largest crude oil exporter, which has argued over the last few years that economists have been exaggerating the impact of oil prices. Ali Naimi, Saudi Arabia’s oil minister and the de facto leader of the Opec oil producers’ cartel, said earlier this year that the global economy could weather oil prices at nearly $100. And natural resources ministers in other commodity-producing countries have also argued that high prices have boosted their economies, thus compensating at the global scale the impact of higher costs in economic growth in consuming nations."
"(L'étude) est aussi en ligne avec la pensée Saoudi-Arabique (un terme à la gomme ?), le plus grand exportateur mondial de brut, qui a prétendu sur les quelques années passées que les économistes ont exagéré l'impact des prix du pétrole. Ali Naimi, le ministre saoudien du pétrole et de facto leader du cartel des producteurs de l'OPEP, a dit plus tôt cette année que l'économie mondiale pouvait affronter des prix à près de 100 dollars. Et les ministres des ressources naturelles des autres pays producteurs de matières premières ont aussi avancé que des prix élevés ont dynamisé leurs économies, compensant ainsi à échelle globale l'impact de coûts supérieurs pour la croissance économique des nations consommatrices."

Cette fois-ci, on reste toujours dans les croyances et les batailles d'arguments, mais pour donner un peu de poids, on fait parler les gros bras, les sinistres du pétrole ou des 'ressources naturelles' qui sont forcément des gentils pleins de bonté et bon sens et dès lors aptes à donner une analyse économique d'intérêt. Et toi, le journaleux, t'en penses quoi ? Tu le crois toi qu'une augmentation de prix puisse dynamiser une économie ? Ton porte-monnaie, quand pense-t-il ?  Allez, on approche de la fin.
"The different impact of higher oil – and some other commodities prices – today and in the past is due largely to the different nature of the most recent price shock.
While in the mid-1970s, early 1980s and 1990-91 high oil prices were the result of large supply disruptions, including the Arab oil embargo, the Iranian revolution and the Gulf war, the rally in oil prices of the last decade is mostly due to strong economic growth propelling oil demand. High oil prices are, therefore, the mirror of high economic growth. The same applies for other commodities."
"L'impact différent d'un pétrole plus haut - et les prix de quelques autres commodités - aujourd'hui et par le passé, est dû pour une large part à la nature différente du choc le plus récent. Alors que dans les années 70, le début des 80s et en 90-91, les prix élevés étaient le résultat de fortes ruptures de l'offre, incluant l'embargo arabe, la révolution iranienne et la Guerre du Golfe, la course des prix de la dernière décennie est surtout due à une forte croissance économique propulsant la demande en pétrole. Les prix élevés sont, de ce fait, le miroir d'une croissance économique élevée. La même logique s'applique aux commodités."

Soyons bon prince, reconnaissons que dans ces quelques phrase un souffle léger de bon sens est passé. Mais il faut rester acerbe, notre écrit-vain semble ne découvrir la mécanique de l'offre et de la demande par rapport à un marché politique et artificiel qu'aux deux tiers de son papier. Pas de quoi bomber le torse. On pourrait lui chercher quand même quelques noises en lui rappelant que la croissance des années 2000 - il pourrait éviter de le découvrir 10 ans après - n'était que trop faite de virtualité monétaire et Ponzi-que, mais allez, c'est pas le tout mais faut en finir de ce torchon.

"Nonetheless, some analysts note that supply-side factors are also playing a role, particularly in agricultural commodities, due to export restrictions, mandatory minimum prices introduced by governments and lower crops resulting from bad weather. Oil prices have also been lifted by a supply disruption in Libya this year. And in metals and minerals, floods in Australia and strikes in Latin America have curtailed supply, helping to lift prices in spite of slow demand growth."
"Néanmoins, certains analystes remarquent que des facteurs côté offre jouent également un rôle, particulièrement parmi les commodités agricoles, du fait de restrictions d'exportation, de prix minima imposés introduits par les gouvernements et de récoltes faibles suite à une mauvaise météo. Les prix du pétrole ont aussi été gonflés par une rupture de l'offre en Libye cette année. Et pour les métaux et minéraux, des inondations en Australie et des grèves en Amérique Latine ont réduit l'offre, aidant la hausse des prix malgré une faible hausse de la demande."

Alors là, ça sent la fin, on est à court d'arguments, on fouille les poches pour trouver quelques miettes pour les pigeons. Nous sommes partis en vain sur la thèse que des prix hauts pouvaient être bénéfiques, et nous loupons le mille en arrivant au port. Nous voilà enfouis sous un flot d'arguments décousus sans aucun lien entre eux et qui ne posent aucun fait objectif. Ne voici pas que les faibles récoltes ont un lien avec le pétrole ? Ah mais sot que je suis, bon-sang-mais-c'est-bien-sûr, c'est à cause des biocarburants ! Que l'auteur ne le dit-il pas plus clairement !? Mais à la réflexion, les biocarburants sont essentiellement subventionnés, ils ne relèvent donc pas non plus du marché libre, donc la thèse d'origine ne tient toujours pas. Aïe aïe aïe...    Dernière salve :
"Mr Rasmussen and Mr Roitman acknowledge the difference between the current demand-driven cycle and previous episodes, warning that “the finding that the negative impact of higher oil prices has generally been quite small does not mean that the effect can be ignored”. They add: “Our results do not rule out more adverse effects from a future shock that is driven largely by lower oil supply than the more demand-driven increases in oil prices that have been the norm in the last two decades.”"
"MM. Rasmussen and Roitman reconnaissent la différence entre le cycle actuel poussé par la demande et les périodes précédentes, avertissant que 'la découverte de l'impact négatif des prix élevés a été en général très faible ne signifie pas que l'effet peut être ignoré.' Ils ajoutent : 'Nos résultats n'interdisent pas d'autres effets plus contraires envers un choc futur qui soit largement poussé par une offre plus faible que les hausses de prix venant de la demande qui ont été la norme durant les deux dernières décennies.'"

Là vraiment, en guise d'envolée lyrique dans l'hyper-espace nihiliste et retombée-sur-ses-pattes, moi je dis 'chapeau' ! Non vraiment, il s'agit bien d'une chute digne d'Acapulco-citron et qui donne à cet article toute sa splendeur riche de vacuité ! Comment !? Nous commençons par appâter le badaud en lui annonçant une étude forcément brillante puisqu'elle vient du Fond Moléculaire Intersidéral, laquelle ouvrirait une nouvelle voie à la lecture du marché du brut, puis on patauge un peu tout en tenant en haleine pure cachemire, et pschittt! le papier finit en eau de boudin en avouant que finalement, rien n'est sûr et qu'un nouveau choc pourrait bien en fait nous faire voir de quoi le pétrole se chauffe ! Si ça ce n'est pas du talent aiguille, je ne sais pas comment le digne FT pourrait faire mieux.

En fin de compte, je vous le dis, cette histoire a une morale simple, que les libéraux connaissent bien mais qu'il est toujours utile de rappeler : en matière d'économie, moins on lit les journaleux et moins on écoute les politocards et plus on apprend de choses.