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Thursday, November 1, 2018

Peut-on imaginer une société sans Etat ? - 2: Rôle présumé de l'Etat

Cet article constitue la seconde partie de la rédaction de ma présentation faite début novembre à Lyon, sur le thème de "Peut-on imaginer une société sans Etat ?", dont la première partie est accessible ici.

Cette fois, il s'agit d'entrer dans le sujet de l'état lui-même et des questions qu'il pose. Elles sont nombreuses, j'en ai retenues cinq qui partent des rôles classiques qu'on lui attribue communément, abordent ensuite des sujets plus contemporains mais hautement trompeurs, pour finir avec une réflexion ouvrant sur la démocratie.


Tension entre sécurité et dictature

La DDHC nous le précise, le dit clairement dans son Article 12 ("La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée."), le rôle premier de l'état est tout d'abord d'assurer notre sécurité, au sens large de cette "force publique" qui se doit de veiller au respect de nos droits. L'état est donc traditionnellement justifié, posé comme nécessaire et légitime du fait de ce besoin de sécurité inhérent à toute société "civilisée".

Il semble bien qu'une fois qu'on a dit cela, la question soit réglée une fois pour toutes : l'état serait donc indispensable, point final. Pourtant, on ne compte plus, dans l'histoire comme dans l'actualité, les exemples d'états devenus ou se comportant de manière dictatoriale, c'est-à-dire où sous prétexte de sécurité, les services de police ou de justice font violence a priori à des citoyens sans criminalité évidente. En théorie de la justice libérale, on exprime cela par la "violation du principe de non-agression", c'est-à-dire par "l'initiation de l'agression" envers une personne ne s'étend pas elle-même rendue coupable d'une telle initiative.

Il y a donc dans les faits une tension, une contradiction au minimum sous l'angle opérationnel, entre le besoin de sécurité auquel l'état est censé répondre et la non-sécurité que ce même état apporte souvent, sinon toujours, aux citoyens qu'il est réputé servir.

Cette tension n'est pas nouvelle, elle est connue depuis l'antiquité, où déjà Juvénal, satiriste romain, demandait il y a quelques 2000 ans "Quis custodiet ipsos custodes ?", c'est-à-dire "Mais qui gardera ces gardiens ?" Comment fait-on pour éviter que les gardiens à notre service finissent par nous mettre à leur service ?

Cela explique en partie l'existence de services que je dirai "élitistes" de sécurité, milices, gardes du corps, agents dans nos supermarchés, ou autres formes, dont la simple présence montre au moins que l'état tel que nous le connaissons ne suffit pas à régler cette question de la sécurité. Et que de plus, il ne le fait pas pour tous, puisque in fine ce sont ceux qui en ont le moins besoin (économiquement) qui finissent par trouver, opter pour des solutions alternatives.

Le but à ce stade de la présentation n'est pas encore d'apporter une réponse, j'y reviendrai plus loin, mais je vous glisse néanmoins une piste de réflexion : si la réponse ne peut venir d'une chaîne de gardiens des gardiens de gardiens, elle ne peut venir que d'une logique et d'une source complètement différentes, et qui se trouvent en nous tous.


Tension entre justice et injustice

Il s'agit bien sûr du même type de raisonnement que le point précédent, mais celui-ci était centré sur la police alors que je souhaite ici aborder la justice, l'autre pan du domaine de ce qu'on connaît sous le terme de "régalien", prétexte de l'état. Tous les paradoxes et biais identifiés pour la police se retrouvent pour la justice, avec par exemple l'infinie chaîne des appels et recours.

L'indépendance de la justice est une autre tarte à la crème classique, puisque les juges, fonctionnaires, réputés bras du pouvoir judiciaire séparé du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, sont en réalité payés par ce dernier grâce aux impôts qu'il a collecté par exécution des lois du troisième. On comprend que le juge, s'il doit trancher entre vous et un bureaucrate assez bien placé, ne vous laissera en réalité que peu de chances, car il pourrait bien être pécuniairement dépendant du bureaucrate.

Mais il y a deux perversités spécifiques de la justice étatique qui méritent qu'on s'y arrête un moment. La première qui vient à l'esprit tient bien sûr à l'erreur judiciaire. Elle n'est pas un scandale en soi, car juger certains crimes est loin d'être aussi facile et comme mathématique qu'on pourrait le souhaiter et l'erreur étant humaine, l'erreur du juge est impossible à éviter totalement - même si bien évidemment il faut chercher à la rendre aussi rare que possible. Le scandale vient par contre de la (faible) qualité de ce processus d'amélioration et des conséquences des erreurs.

Pour que la justice actuelle cherche réellement à s'améliorer, à faire moins d'erreurs, il faudrait que ses agents en aient une motivation tangible, pas que cela dépende de leur seule bonne volonté, forcément aléatoire. Dans le monde normal, quand on se trompe et qu'on est responsable, on en paye le coût - c'est d'ailleurs le principe de base de la "justice" instinctive. Or quel est le juge qui paye ses erreurs de jugement ? Vous en connaissez beaucoup qui se sont faits virer suite à erreur manifeste ? Comment peut-on espérer qu'il soit aussi prudent dans ses décisions qu'humainement possible s'il n'est pas lui-même directement motivé à réduire les conséquences de ses décisions ?

Cette perversion quant aux conséquences a historiquement conduit la justice (organe) à ne plus assurer la justice (service) dans sa démarche même. En effet, la justice moderne est ce qu'on appelle une justice punitive, elle sanctionne, par exemple par des peines de prison. Or une vraie justice, celle des cours d'école et des contrats que nous passons tous entre nous chaque jour est une justice réparatrice. C'est-à-dire une justice où celui qui cause des dommages à l'autre doit réparer - en payant ou en travaillant - ces dommages, éventuellement en ajoutant une compensation pour les torts causés. Dans une société juste, on ne cherche pas à mettre en prison, on cherche d'abord à dédommager les victimes. Où est passée cette justice-là ?


Recherche vs dogme

La recherche, bien que n'étant pas un domaine régalien, est considérée par beaucoup comme une des autres raisons de faire appel à un état. En France, cela se concrétise par l'existence du CNRS et de sa foule de laboratoires touchant aux domaines les plus variés et souvent insolites. Certains avancent ainsi que sans fonds "publics", sans bien préciser ce que cela couvre, il serait impossible de voir les travaux en recherche "fondamentale" financés, sans trop savoir ce que "fondamental" recouvre.

Je réponds que des gens comme Isaac Newton ou Albert Einstein ne se sont pas vus financés par un CNRS quelconque et que de nos jours, la masse de recherche mondiale dans des domaines aussi prometteurs que l'intelligence artificielle, la robotique ou les monnaies alternatives, parmi tant d'autres, doit l'essentiel de ses fonds à l'initiative et aux entreprises privées. Et que contrairement à cette image souvent idéalisée, le financement de la recherche par l'état conduit dans les faits à de nombreuses dérives qui ouvrent la porte au dogme et au politiquement correct. Je prendrai deux exemples pour l'illustrer.

Le dernier Nobel d'économie est allé à "deux Américains précurseurs de la croissance verte, Paul Romer et William Nordhaus". L'Académie justifie son choix par leur supposée mise au point de "méthodes qui répondent à des défis parmi les plus fondamentaux et pressants de notre temps : conjuguer croissance durable à long terme de l’économie mondiale et bien-être de la planète." On admire la neutralité journalistique. Sujet que j'ai pu aborder par le passé, je ne suis personnellement absolument pas d'accord sur la pertinence de tels travaux, mais ce n'est pas mon propos ici. Il s'agit plutôt de voir que le sujet écologique et climatique est clairement de mode. Et que ces travaux et ce prix n'auraient probablement pas été financés ni accordés si leur travaux n'avaient porté cette thématique en bannière. Autrement dit, il ne s'agit pas vraiment de travaux de recherche "fondamentale", mais de recherche "orientée". Un Nobel récompensant des travaux de recherche fondamentale en économie aurait dû depuis longtemps récompenser l'inventeur du BitCoin, plutôt.

L'autre image ne semble n'avoir rien à voir avec la recherche. On y voit ma fille devant une énorme pierre au sein d'un mur ancien - nous sommes à Sacsayhuamán au Pérou. Le dogme archéologique officiel affirme que ce site, et beaucoup d'autres, serait Inca. Pourtant, personne ne sait expliquer comment les Incas ont pu hisser des pierres de quelques 100 tonnes à 3.700 mètres. Et les recherches dans ce domaine sont en train de connaître une vigueur grandissante, largement sous l'initiatives d'individus hors des circuits de recherche officielle. Certes, dans la masse du "buzz" on trouve à boire et à manger et les charlatans abondent. Mais il reste in fine qu'on est en présence, au Pérou comme en Egypte ou au Cambodge, d'un refus des officiels de reconsidérer leurs thèses face à des privés qui prouvent chaque jour un peu plus que ces thèses n'ont aucune solidité. Recherche contre dogme.


Ressources vs famine

Notre époque très écologique attire notre attention sur le besoin de "protéger" nos "ressources naturelles". Certaines seraient proche de l'épuisement. Et cela justifierait pour bien des écologistes la prise de contrôle étatique, peu importe la forme, de ces ressources. Seul l'état saurait protéger et seul l'état saurait qu'en faire. Lui seul saurait trouver ce point d'équilibre si complexe entre nourrir le peuple, le voir prospérer et protéger les ressources. Il faut se rendre compte que de tels raisonnement ont déjà existé il n'y a pas si longtemps qui ont conduit à des catastrophes écologiques et surtout humanitaires sans guère de précédents.

Pour ceux qui ne connaissent pas cette tranche de l'histoire récente, et qu'il soit clair que je prends cet exemple sans biais idéologique particulier, les années 1958-62 ont vu en Chine se former une famine épouvantable, aboutissant à quelques 25 millions de morts et à une quasi disparition de certaines espèces animales. Le livre mis en référence - Mao's Great Famine, Frank Dikötter - donne un récit et des faits d'une rare précision et je vous le recommande, même si sa lecture est déchirante au possible.

Peu m'importe que cette famine ait été le résultat de la dictature de Mao, de Staline ou de Hitler, ou même de Louis XIV ou de la Mère Michel ; la seule chose qui m'importe tient au fait qu'il ait pu exister - et donc qu'il peut exister - un état central qui impose sa motivation propre et forcément égoïste à tout un peuple au point de négliger la survie de celui-ci, et même de le décimer.

Il est important au passage de revenir sur la complexité de l'équilibre évoqué ci-dessus. Bien évidemment, même si Mao et ses sbires se sont révélés par cette famine être des monstres absolus, on peut supposer qu'ils ne l'avaient pas imaginée au départ et qu'elle est arrivée sans qu'il l'aient désirée explicitement. Ils imaginaient pouvoir forcer le destin, forcer l'équilibre en leur faveur, obtenir en claquant des doigts à la fois production et prospérité, par simple décision politique centrale.

Ils ont comme bien d'autres jacobins et grands planificateurs découvert que les hommes et l'économie ne se dirigent pas aussi simplement. La complexité de la société humaine est immense, notamment à l'échelle de centaines de millions d'hommes, comme à l'époque en Chine. Il est tout simplement hors de portée de quelque gouvernement que ce soit de trouver et d'imposer un équilibre qui en réalité ne peut qu'émerger des choix combinés et entrelacés des individus eux-mêmes. C'est une des raisons majeures qui me portent à faire la promotion de la société libre, sans état.


Démocratie vs tyrannie

Après le régalien qui le légitimerait, deux exemples de travers sociaux obtenus quand on élargit son champ, je me dois de jeter un rapide regard sur l'argument démocratique qui est à la mode pour justifier la généralisation de l'état en toutes choses.

L'idée de base est bien connue, elle est évidente : la majorité (électorale) serait plus importante à satisfaire que toute minorité, le choix de la majorité doit donc être privilégié. Et cela devrait s'appliquer au domaine politique comme à tout domaine où il s'agit de satisfaire les gens : la majorité l'emporte. Les deux images que j'ai retenues parlent d'elles-mêmes. La démocratie, celle de la majorité aveugle, cela donne un président qui a comme seule compétence d'avoir osé dire 'oui' à tout le monde, et ça donne aussi un dictateur digne des pires caricatures, qui sait lui comment ne laisser le choix à personne - un parmi tant d'autres, je précise.

Mais comment cela se fait-il ? N'est-il pas légitime de chercher à résoudre l'impossible choix de celui qui nous gouvernera par l'arbitrage laissé au plus grand nombre ? Manifestement, non. Sinon, depuis les quelques deux siècles que la démocratie se déploie, et surtout depuis le début de sa généralisation il y a exactement un siècle, si la démocratie était facteur de paix et de prospérité, nous n'aurions pas connu autant de guerres, de morts et, il faut oser le dire, de déchéance sociale généralisée.

Le problème de la démocratie est dans son concept même. Comme le dit Popper, la majorité n'a en fait que rarement raison en matière politique. Car la politique, c'est compliqué, la famine chinoise nous en a donné une idée, bien sombre. Et quand pour arriver au pouvoir, il suffit de promettre, de dire 'oui' à tout le monde, le premier imbécile et surtout le premier des tyrans a vite fait de comprendre la combine. Ce cher Georges Frêche ne nous a-t-il pas enseigné que ce sont les "cons" qui votaient pour lui ?

La solution n'est dès lors plus dans "plus de démocratie", la démocratie ne peut en effet que précipiter notre chute et notre appauvrissement. La seule option consiste au contraire à en sortir, à réduire l'état pour éviter tout dictateur et tyran, et de rechercher une autre forme de satisfaction du plus grand nombre, de "démocratie non-tyrannique". Pour moi, c'est celle qui vient du libre marché, du choix que nous faisons tous librement, celui du commerce. La démocratie non-tyrannique, c'est celle où les services assurés classiquement par l'état nous viennent tous du commerce. Je vais y venir dans une partie à suivre...

À suivre...

Tuesday, October 30, 2018

Peut-on imaginer une société sans Etat ? - 1: Exemples

Le 8 novembre prochain, à l'invitation de l'initiative "Débat Citoyen" de Christian Laurut, je serai sur Lyon pour tenir une conférence publique en soirée sur le sujet suivant : "Peut-on imaginer une société sans Etat ?" Le plan de la conférence, tel qu'annoncé, est le suivant :
  1. Rôle présumé de l'Etat et problèmes posés
  2. Exemples dans l'histoire et la vie quotidienne
  3. Quelques auteurs théoriciens (jusnaturalistes, école autrichienne...)
  4. Comment serait une telle société - Idées de base
  5. Prospective et initiatives.
Je ne suis pas sûr du public qui se déplacera. Ce qui est sûr, c'est que cette conférence s'inscrit au sein d'une série qui est de sensibilité plutôt écologiste et à gauche, et que l'endroit lui-même est un temple local de ces idées. Je m'attends donc à devoir parler à un parterre peu familier du libéralisme radical et potentiellement hostile. Nous verrons cela et je réviserai le présent billet en fonction. Quoiqu'il en soit, pour mieux capter l'attention de la salle, j'ai choisi d'inverser les deux premières parties et donc de commencer par des illustrations.

Dans ce premier article, je développe le discours prévu pour cette première partie prenant des exemples, et je développerai de même les suivantes dans des articles à suivre. Les images sont reprises du support de la conférence, ce qui permet à quiconque de profiter de cette présentation, peut-être mieux que via une vidéo.


Vol d'oiseaux

Comme point de départ, je vous propose d'admirer un immense vol, probablement des étourneaux. Si cette espèce produit des vols parmi les plus spectaculaires, beaucoup d'espèces manifestent des comportements similaires et toujours étonnants - on pense aux grands migrateurs formant leurs larges V dans nos ciels, et aux bancs de poissons qui posent les mêmes questions que nos étourneaux.

Je ne sais ce qu'il évoquent en vous, mais pour ma part, ces vols ou ces bancs immenses me fascinent par leur incomparable fluidité et continuelle transformation imprévisible. Et parce qu'ils posent selon moi quatre questions qui nous permettent d'entrer dans notre sujet :  Qui les pousse à se regrouper ? Comment font-ils pour ne pas se heurter ? Qui les guide et les oriente ? Qui décide et comment ?

Il n'est pas question de faire de l'éthologie, ce n'est pas mon domaine ni notre sujet, mais simplement de constater que ces colonies de milliers d'individus se forment sans raison apparente, du moins sans quiconque pour les forcer à le faire. En général on explique que ces groupes sont un mode de défense envers les prédateurs, il y a donc un intérêt de chacun qui se regroupe en un intérêt commun. Mais il demeure que personne n'a contraint ces oiseaux à se regrouper. Ils n'ont pas d'état, ni de gouvernement, ni de politiciens pour les "diriger".

Et alors qu'ils volent, ou nagent, ensemble et si proches, ils ne forment aucun chaos, ils sont au contraire en harmonie continue. Comment cela est-il possible ? Tout simplement, chacun à son niveau suit et surveille ses voisins immédiats, il garde ses distances. Le vol collectif est ainsi la résultante des vols individuels.

Et en effet parfois certains choisissent de s'éloigner un peu plus, ou un peu moins, et c'est ainsi que les vagues se forment. Enfin, qui dirige ces vols, qui conduit les migrateurs ? Pas d'élection chez ces espèces, pas de loi(e), pas de gouvernement ni de bureaucrate pour légiférer et ordonner. Certains oiseaux en suivent d'autres, comme nous suivons nos parents ou ceux que nous reconnaissons comme crédibles. Pas besoin d'état pour traverser le monde.


Files d'attentes

On me dira que c'est l'instinct qui a pris le dessus chez les animaux, mais que chez l'homme ces phénomènes sont inconcevables. Mais voilà que partout dans le monde, nous nous mettons en files, à la queue-leu-leu, en ordre, et cela spontanément, comme ici dans une gare - et il y a des centaines de gares comme celle-là.

À Paris et à Londres par exemple, il est d'usage dans les escalators de laisser le côté gauche libre pour ceux qui marchent, qui sont pressés. Ce n'est pas un règlement, ce n'est pas une loi, personne ne l'exige, ce n'est pas formellement sanctionné, mais celui qui ignore la règle a tôt fait de comprendre qu'il dérange tout le monde et qu'il ferait mieux de la respecter.

Les questions sont alors les mêmes : Qui en a décidé ainsi ? Qui fait respecter la règle ? Où est cet état supposé indispensable pour notre ordre ? Et les réponses sont un peu les mêmes : personne, tout le monde, nulle part.

Mais ne croyez pas que cela ne se passe ainsi que dans les pays asiatiques, ou dans les grandes villes. En matière d'ordre, on imagine rapidement le Japon, l'Allemagne, la Suisse. Mais même ici c'est pareil. Ferez-vous la queue pour aller aux toilettes ? Marcherez-vous sur les trottoirs en bousculant les autres ? Pourtant, qui vous y oblige ?

Quand on y réfléchit un peu, on se rend vite compte que nos sociétés, toutes nos sociétés reposent sur des règles élémentaires et minimales, plus ou moins élémentaires et universelles, ou du moins largement partagées, qui nous sont enseignées de génération en génération, sans que le Léviathan y soit pour quoi que ce soit.


Internet & Cybersécurité

Internet est un cas fort intéressant. Créé il n'y a encore que quelques années, il ne fut et reste encore un espace sans frontières, du moins pas au sens de celles de nos pays. Par conception même, lorsque depuis votre ordinateur vous consultez un site web à l'autre bout du monde, disons en Australie, cela est possible précisément parce que le réseau permet de traverser librement le monde et ses frontières politiques.

Même si Internet est désormais une "chose" fort organisée et normalisée, cette chose se caractérise par l'absence d'un "état" central au sens classique, qui aurait un président, un gouvernement et des ministres, encore moins d'élections car ce n'est pas non plus une démocratie. Et pourtant, cela fonctionne remarquablement bien.

Pourquoi évoquer la cybersécurité ? Parce que, outre que c'est mon domaine professionnel, elle illustre encore plus nettement cette distance du Net prise envers les "états" tels que nous les connaissons. Historiquement, il y a eu des problèmes de sécurité, devenue depuis "cyber", depuis les tous débuts du Réseau, quoique la menace à l'époque restait très limitée. Cela est tout simplement la manifestation de la part de criminalité qu'on trouve dans toute société.

En absence d'état, censé quand il existe assurer le "régalien", c'est-à-dire la police et la justice, les entreprises et organisations présentent sur le Net organisèrent leur propre défense, et on vit ainsi se créer des postes de "RSSI" un peu partout, toujours sans état central. Et dans les faits, cette foule de RSSI jouait collectivement le rôle de cet état.

Mais depuis quelques années, voilà que les pays - les états au sens politique - sont venus s'en mêler. Et que certains, pour ne pas dire tous, se sont mis à jouer eux-mêmes les pirates les uns des autres. Et ce faisant, nous nous retrouvons comme à l'âge d'or de l'espionage et du contre-espionage, où ces mêmes états prennent prétexte de cette nouvelle menace pour intervenir et "réguler", on devrait dire "réglementer", le Réseau qui marchait très bien sans eux. Et la menace historiquement limitée est ansi devenue une inquiétude majeure pour le devenir d'Internet.

Hélas, je pense que c'est caractéristique du comportement étatique moderne, car je ne compte plus les domaines de la société moderne où ce scénario se produit de façon identique ou analogue, où ce qui marchait sans état ne fonctionne plus avec un état qui s'en mêle et prétend venir en sauveur.


Rizières de Banaue

Il y a des rizières un peu partout en Asie, et ailleurs, et dans de nombreuses montagnes. Néanmoins, celles de Banaue dans les Philippines, classées par l'Unesco, sont spécialement exceptionnelles et intéressantes. Pour mémoire, elle occupent un espace comparable au département de la Gironde. La question qu'il s'agit de se poser quand on découvre ce résultat extraordinaire est double : Quel état - si état - a été nécessaire pour mener cet immense chantier à bien ? Et - question annexe, mais j'y reviendrai - ces terrasses sont-elles "écologiques" ?

Il est estimé que ces terrasses existent depuis 2.000 ans ou plus, dans une région fortement insulaire où l'histoire nous donne fort peu de traces de "pouvoir politique" fort et centralisé. Tout laisse à penser que ces terrasses ont été construites peu à peu, de proche en proche, génération après génération, par les villageois ou les communautés locales s'imitant ou peut-être s'entre-aidant les unes les autres, avec comme seule direction celle de mieux nourrir leurs familles. Il est fort peu vraisemblable que cet immense projet et résultat soit le produit d'un organisme planificateur central ayant eu une "vision" et ayant imposé cette vision à son peuple, comme c'est par contre à la mode de nos jours.

Un aspect de ce capital historique magnifique mérite qu'on s'y attarde, celui de la responsabilité de chacun. Celui qui décide de construire un rang supplémentaire au-dessus de tous les autres a tout d'abord besoin que chacun entretienne les chemins qui permettent de monter là-haut. Quant à lui, il doit construire sans altérer la rizière juste en-dessous, ni détourner toute l'eau à son seul profit. Cela se passe probablement par diverses tractations avec ses voisins, ou avec les membres de la communauté. Ce qui compte, c'est de voir que ces négociations aboutissent à un accord - ou pas et dans ce cas la nouvelle rizière ne se fera pas ainsi - donc à une forme de contrat, et cela sans imposer la force, sans contraindre et sans autorité autre que celle de l'intérêt et de la responsabilité de tous et chacun.

Ce processus incrémental et négociatif est à la base, selon moi et selon les libertariens en général, celui de toute société libre et civilisée, capable de plus de trouver un juste équilibre sous l'angle écologique, j'y reviendrai.


Zomia & Islande

On me demande souvent si une société sans état existe ou a existé. Il semble que les gens qui posent cette question ne se rendent pas compte que la société au quotidien passe son temps à s'organiser sans état - les rizières en donnent une illustration remarquable. Quand bien même, je crois intéressant de donner deux exemples qui ont chacun fait l'objet d'un ouvrage, la Zomia - qui est contemporaine et orientale - et l'Islande médiévale - historique et occidentale.

Le terme "Zomia" vient de l'historien Willem van Schendel, puis de James C. Scott, auteur de l'ouvrage référencé. Il s'agit d'une vaste zone montagneuse au nord de l'Asie du Sud-est allant du Tibet au Viet Nam. Elle se particularise par des territoires difficiles d'accès, où les états historiques ont une tradition oppressive et où de nombreux peuples refusent l’autorité des états auxquels cet espace appartient. Ils y ont établi des stratégies de résistance via la fuite en fond de montagne, avec divers degré de nomadisme et d'autarcie. Ainsi dans les faits, les peuples de ces régions vivent sans ou hors des états au sens classique du terme.

L'autre exemple, très différent, c'est l'organisation de l'Islande médiévale, sur quelques 300 ans après l'installation des futurs "islandais". Une "saga" et d'autres textes nous sont parvenus qui décrivent assez bien cette société - il faut savoir aussi qu'en Irlande il y eut une organisation similaire. Cette société se caractérise par une organisation entièrement commerciale : le plus marquant tient à la justice, assurée par des "chefs de clan" vendant leurs services de "chef" et de "juge". La justice était donc rendue par des notables en concurrence entre eux mettant en jeu leur réputation et faisant payer leur justice parce qu'elle était... juste, précisément. Je ne vais pas discuter ici les détails ni débattre des plus ou des moins de ce système, ce n'est pas mon sujet. Constatons simplement qu'il a existé et duré 300 ans, il a mal fini parce que in fine les politiciens ont réussi à trouver une faille au système et à prendre le pouvoir...

Je suis à peu près sûr qu'on peut trouver de nombreux autres exemples dans l'histoire et même dans l'actualité, voire dans notre quotidien.


Conférence elle-même

Ainsi, par exemple et pour conclure cette première partie, je vous propose simplement de vous rendre compte que l'organisation de cette conférence elle-même n'a nécessité pour sa préparation et son existence aucun état particulier, et que nous aurions pu l'organiser probablement de la même manière (si je mets la technologie de côté) en Islande, dans la Zomia, aux Philippines ou ailleurs. En fait, nous n'avons en général pas besoin de l'état pour nos projet, il vient plutôt y faire obstacle.

À suivre...

Thursday, January 18, 2018

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (8)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Ma lectrice poursuit ainsi : « Je suis très déçue. Je me faisais une autre idée du libéralisme : un monde d’entrepreneurs dynamiques et innovants, pratiquant entre eux la fameuse « concurrence libre et non faussée », selon des règles simplifiées et sous la surveillance des nations peu interventionnistes… ».

Là, les bras m’en tombent. Jusqu’à « règles », l’idée est bien exprimée, bravo, mais cela finit mal : Madame, que signifie pour vous « sous la surveillance des nations peu interventionnistes » ?

La France actuelle serait pour vous une « nation peu interventionniste » où la liberté d’entreprendre serait respectée ? Ouvrez donc les yeux, Madame ! Avec un PIB plombé à 57% par le secteur public et une chute au milieu du classement mondial de la liberté économique (72eme), le pays nage dans l’interventionnisme le plus total : plus de toute la valeur ajoutée des entrepreneurs est engloutie à financer la dette d’état. Les gouvernements empruntent soi-disant pour combler un déficit qu’ils entretiennent par une gestion désastreuse. On est très loin de votre « autre idée » du libéralisme !

Et qu’entendez-vous par « règles simplifiées » ? Le droit est le droit, il n’y a ni à le simplifier, ni à le compliquer. De nos jours, un chef d’entreprise investit plus de temps à étudier le code du travail archaïque et le fatras fiscal changeant chaque année, voire chaque mois, qu’à se consacrer à l’objet même de son activité. L’administration déborde d’imagination et le législateur de dynamisme pour produire des lois qui posent chaque jour d’autres entraves aux entreprises. Comment gagner un 100m aux Jeux Olympiques avec des boulets aux chevilles ? Avec entraînement, soit, mais en compétition dans le stade olympique mondial, on reste au stade des qualifications, si on y arrive.

Le monde des entrepreneurs n’est pas fait pour satisfaire toute cette couche de vautours qui attendent de se gorger des fruits du travail des autres. On l’oublie trop, si l’entrepreneur crée de la richesse, c’est d’abord et avant tout pour que vous et moi en disposions par l’échange. Parmi les bénéficiaires, il y a ceux qui participent à la création des produits et services de l’entreprise, salariés et partenaires.

Mais sans client, pas de richesses pour eux. Quant à ceux qui ne veulent pas participer à cette création de richesses, c’est leur droit, mais ils doivent l’assumer. La justice sociale ne réside pas dans un pouvoir qui dérobe les entrepreneurs au bénéfice de sangsues arbitraires. La solidarité forcée ne se substitue pas à la charité privée. La première est une agression, la dernière une bonté.

Pourquoi donc vouloir une « surveillance » ? En quoi votre libéralisme serait-il malsain alors que la concurrence y est « libre et non faussée » ? Par contre, comment garantir que la nation soit « peu interventionniste », sinon justement en limitant le pouvoir politique ? La surveillance est inutile dès qu’il y a respect du droit naturel, chacun étant libre de produire et d’échanger sans se faire agresser ni piller – à commencer par l’état. Si état, il doit donc n’être ni agresseur ni prédateur, mais juste.

Tous les politiciens se trompent à nous promettre un état solution universelle. L’intervention régalienne sert la liberté quand la propriété du faible est menacée par le fort – lui. Vous étiez tout prêt, Madame. Vous n’avez juste pas su voir que le problème est en fait dans la solution que vous apportez.

Car la solution consiste à ne pas en avoir. Le renard est depuis longtemps dans le poulailler, mais rusé il se masque. Dodu, c’est celui qui se nourrit d’impôts. Il faut lui faire quitter le poulailler.

Wednesday, January 10, 2018

Circulez, mais surtout, payez…

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Toulouse reste depuis des mois envahie en son cœur même par les travaux de sa seconde ligne de tramway. Il était déjà difficile de circuler en centre-ville, c’est devenu annonciateur du rejet de la voiture dans la Ville Rose.

En quelques années, les voies de circulation, déjà étriquées dans un centre ancien, se sont vues rognées : rues piétonnes, voies pour bus, pistes cyclables et maintenant le tram. Il parait que c’est une avancée majeure : la voiture « polluante » est repoussée peu à peu hors de la ville où la place est faite aux transports en commun, seuls garants d’un transport à la fois « social » et « écologique ». Pourtant, il existe un éclairage bien moins flatteur sur cet accent lyrique à la mode.

Les voies pour bus semblent l’idéal pour leur ouvrir le trafic, avec leurs « foules » de passagers laborieux allant plus vite, plus loin, pour pas cher – enfin paraît-il. Mais la réalité est autre. Les bus sont le plus souvent peu chargés, voire vides. Les voies sont vides le plus clair du temps. Comparez la densité de passagers à l’heure dans les bus et celle des automobilistes, il n’y a pas photo. Pourquoi serait-il plus juste de pénaliser les automobilistes dans les bouchons en diminuant la largeur de leurs voies de circulation, au lieu de les élargir pour fluidifier la circulation ?

Le tramway pousse le raisonnement un cran plus loin. Il prend un espace énorme, devenu inaccessible à tout véhicule « libre ». Le trafic et le débit réel sur ces surfaces sont dérisoires face aux mêmes voies rendues aux quatre roues. Et il a un social défaut majeur : il mobilise d’importants investissements aux nuisances énormes. Investissements qui n’en sont pas puisqu’ils ne sont jamais rentabilisés, reposant sur le seul arbitraire du monde politique et non sur la décision du marché.

La pollution ? C’est une vraie question. Mais en quoi bouter la voiture hors de la ville serait la seule bonne réponse ? En quoi les transports en commun seraient-ils l’unique solution à la pollution ? Tous les experts s’entendent-ils sur ce point ? Serait-ce à eux de décider de ce que notre vie et notre ville doivent être et devenir ? En aucun cas, la décision nous revient. D’autant que le marché automobile offre des véhicules toujours moins polluants et que les véhicules à zéro rejet polluant arrivent.

Entre le confort et la souplesse apportées par la voiture et la réduction supposée – mais incertaine – de la pollution en faveur des bus et trams, l’arbitrage est complexe. Et justement parce qu’il est complexe, ce n’est certainement pas à une bureaucratie, fut-elle dirigée par des élus, d’arbitrer. Son rôle au sein de la démocratie se limite à organiser l’arbitrage par le peuple. Le comprennent-ils ?

Pour un arbitrage efficace et continu sur de telles questions par le peuple, il existe un mécanisme très pertinent, que n’aime pas l’élu : le confier au marché, seul capable de trouver le meilleur coût pour le citoyen, puisqu’il est libre de payer ou de choisir autre chose. S’il existe un avenir compétitif pour le tram ou les bus, le marché saura y répondre. Or aujourd’hui, les citoyens n’ont pas d’autre choix que de se faire polluer leur budget « privé » par des coûts d’investissement et de fonctionnement « publics », loin d’être anecdotiques. Et sans parler de la pertinence des trajets.

Dans la France d’aujourd’hui, osons dire que la meilleure manière de résoudre le conflit entre bouchons et pollution est de laisser les gens choisir, comme en toute chose. Car qui mieux que soi sait ce qui lui est le plus insupportable et ce qu’il est en mesure de payer pour ses déplacements ?

Sunday, January 7, 2018

Panarchie : Gouvernement ? Quel gouvernement ?

Dans un article récent, sur les obligations et la gouvernance en Libertalie, je donnais une présentation concise de la structure « propriétariste » de la société libérale, celle de demain. Dans cette société, le droit est fait par le propriétaire, lequel peut être un individu ou une personne morale, entreprise ou association sous diverses formes. L’autre point caractéristique tient à l’omniprésence du contrat, en particulier celui qui lie de manière libre et volontaire l’individu habitant un territoire et le propriétaire dudit territoire – dans le cas où ils ne sont pas identiques.

Pour aller plus loin, je voudrais aborder la question d’un gouvernement dans un tel monde, et cela sera au passage l’occasion de jeter un œil sur la panarchie, autre système politique apprécié de nombreux libéraux sincères. Selon Wikiberal, la panarchie serait ce système « où chacun s’affilie librement au gouvernement de son choix », ce qui nous renvoie donc à la question du gouvernement.

Mais qu’est-ce qu’un gouvernement dans une société libre, au fait, quel peut-être sa nature et son rôle ? Selon une logique minarchiste, ou régalienne, on pense aussitôt aux questions de police et de justice, et donc un gouvernement, pouvoir « exécutif », serait celui qui les assurent, qui s’assure de leur bon fonctionnement. Je passe rapidement sur le pouvoir « législatif », qui n’existe pas en tant que tel en Libertalie, puisqu’il n’y a pas de loi, mais uniquement des contrats.

Or il faut se souvenir que justement, comme tout est contrat et service, c’est également le cas de la police et de la justice. Il n’y a donc pas de gouvernement au sens classique du terme, avec un ministre par exemple, puisqu’il n’y a pas de ministère, ni d’élus, ni de députés etc. Bien sûr, au sein d’une copropriété par exemple, il y a évidemment un comité ou équivalent qui veille aux affaires et qui pourrait être assimilé à une forme de gouvernement. Mais ce n’est pas dans le même sens.

Alors donc, la panarchie, comment ? Il est possible d’imaginer bien des options, mais les principaux théoriciens se retrouvent sur un scénario où les deux fonctions régaliennes seraient fournies par deux types complémentaires d’entreprises. La police préventive est une affaire de terrain, elle n’est pas attachée à un individu, elle serait contractualisée par le territoire et/ou son « gouvernement ». Par contre, la justice est responsabilité et donc est liée à l’individu. C’est donc lui qui contracte avec une société d’assurance qui apportera police judiciaire, avocat et/ou juge pour trouver l’aide utile en cas de différend avec un tiers. On a donc deux relations régaliennes : une directe, une indirecte.

Le choix individuel de son gouvernement prend ainsi une allure un peu différente, une fois qu’on est entré dans plus de concret. On pourrait imaginer que la panarchie pourrait signifier que dans un même « pays », ou territoire, chaque individu pourrait librement passer d’un gouvernement à l’autre, selon l’évolution de ses préférences. C’est en partie vrai, pour ce qui tient à la justice et à l’assurance, mais ce n’est clairement pas possible, je crois, pour ce qui touche au territoire, justement.

C’est la raison pour laquelle, pour ma part, je pense qu’il n’y a en réalité aucune différence entre anarcapie et panarchie. Certains imaginent une panarchie où ce ne serait pas le propriétaire du lieu qui ferait le droit, mais ce(s) fameux gouvernement(s) abstrait(s). Mais quelle autorité un tel gouvernement pourrait-il avoir sur les multiples propriétaires, alors même que l’arbitraire de l’autorité n’a pas de sens en Libertalie ? Le sol reste la base de tout droit, et donc l’anarcapie aussi.

Monday, December 25, 2017

Mille et Une Commissions

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Au pays qui mille-et-une fois nuit, il existait en 2008 pas moins de 1006 commissions et conseils de tous ordres au niveau étatique et encore 668 restent recensés à ce jour – au budget 2013 – malgré paraît-il une véritable cure d’amaigrissement. Cette information est tout ce qu’il y a d’officielle et publique puisqu’elle est publiée chaque année sous la forme d’un « Jaune budgétaire ». (*)

Même s’il diminue, ce nombre reste énorme et bien malin celui ou celle capable d’en citer même une dizaine. D’autant que beaucoup ont des noms cocasses ou énigmatiques. Quelques exemples :

« Comité de surveillance des investissements d’avenir », « Comité d’orientation et d’évaluation de l’académie nationale du renseignement », « Commission consultative chargée d’émettre un avis sur les matériels susceptibles de porter atteinte à l’intimité de la vie privée et au secret des correspondances », « Comités consultatifs placés auprès des ministres responsables d’une grande catégorie de ressources »... Stop. Arrêtons-là le massacre. Mais à quoi tout cela sert-il ?

Soyons honnête, les montants des frais de fonctionnement sont le plus souvent modestes, même si bien des fois ils dépassent les 100 000 euros par an. Le record est détenu par une « Assemblée des Français de l’étranger » qui, avec 179 membres, a dépensé de 2009 à 2011 pas moins de 10,363 millions d’euros de nos chers impôts et taxes.

Mais le scandale et l’immoralité de cette myriade de comités Théodule va bien plus loin que leur seul budget, même alors que nous vivons une des plus graves crises économiques de l’histoire.

Nos gouvernements, toujours à géométrie variable, toujours pléthoriques, s’appuient de plus sur une armada administrative pour couvrir un champ toujours plus large. Comment se peut-il donc qu’il faille encore jusqu’à mille « comités » pour boucher semble-t-il les failles de ce dinosaure ? Comment par exemple peut-on justifier le besoin d’un « Conseil scientifique en pharmacie », financé par nos impôts et non par la profession elle-même ? De quoi se mêlent donc les bureaucrates ?

Car nous vivons une époque où on a oublié que le pouvoir et ses méandres doivent être limités, réduits, cantonnés au strict minimum pour assurer la justice et le droit. Et pas n’importe quel droit. Se mêler de « pharmacie », de « calcul intensif », de « développement de la presse », ce n’est pas du droit, ce n’est pas le domaine de la justice, ce n’est pas le domaine légitime des pouvoirs publics.

Sans oublier que ces comités connaissent une vie totalement hors de tout contrôle démocratique, source évidente de collusions, connivences, malversations – allez savoir quoi.

Ainsi, un ministre inventif vient à suggérer l’idée que la maîtrise du français serait nécessaire à l’intégration et hop, nous voilà imposés d’une improbable « Commission de labellisation (label « Français langue d'intégration ») » dont nul ne sait pourquoi elle serait nécessaire, qui la compose, ce qu’elle fait, son budget et surtout, combien de temps il va falloir – à contre cœur – la financer.

Notre vie politique est ainsi, depuis des années, entachée de la création quasi hebdomadaire de « machins » sur lesquels nous n’avons aucun contrôle, aucune visibilité, aucune participation. 668 comités, ce sont 668 domaines où notre liberté et notre responsabilité nous ont été confisquées.

(*) Pour 2013, le rapport est à cette adresse : http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/farandole/2013/pap/pdf/Jaune2013_liste_des_commissions.pdf

Monday, December 11, 2017

Subvention étatique des associations – Analyse critique – 1 : Principe et Répartition générale

Au titre de la « preuve » de sa « performance », Bercy publie désormais un « jaune budgétaire » qui fait état, mot bien choisi, de l’ensemble de subventions versées par les ministères à la foule des associations de tous ordres qui sont en situation plus ou moins avancée de dépendance financière.

Ce « Jaune » est pour le moins volumineux, puisqu’il est publié en 3 volumes austères et très factuels faisant respectivement 552, 761 et 1187 pages. Les deux premiers donnent le détail des montants versés par ministère à chaque association alors que le dernier fait le bilan pour chaque association.

Ce Jaune est extrêmement riche – autant que ces subventions nous appauvrissent – et mérite des analyses nombreuses. Il commence par nous informer que 17 ministères ont consacré la bagatelle de 2 057 430 760 euros pour financer 26 970 associations via quelques 82 « programmes » thématiques.

Nous reviendrons sur tout cela en détails. Pour le moment observons que parmi les 17 ministères, les trois seuls régaliens (Justice, Défense et Intérieur) ne représentent que 61,656 millions, soit 3% de la masse de ces dépenses. Autrement dit, 97% des sommes sont mobilisées sur des argumentaires qui ne sont même pas dans le domaine que beaucoup considèrent comme le cœur légitime de l’état.

Ces 17 ministères sont donc loin de dépenser de manière uniforme, et le graphique ci-dessous illustre la grande disparité des politiques de subvention entre eux, selon deux axes : en abscisses on trouve les montants globaux dépensés par ministère alors qu’en ordonnées figurent le nombre d’associations profitant de la manne ainsi versée. N’oublions pas de plus que ces chiffres et ce graphique ne rendent aucunement compte des sommes attribuées par les collectivités locales  on reste livides...


On y observe cinq zones qui jouent comme aux quatre coins de manière très marquée. On a vu les régaliens, ils sont avec les neuf autres les moins dépensiers dans le coin inférieur gauche. On constate que celui qui sort un peu du lot et tente d’exploser sa dépense est sans surprise le ministère de l’écologie et du « durable » des larbins. Ce sont toujours les choses les moins utiles mais qui font l’objet du plus de baratin et de propagande qui font les trous budgétaires, les « rouges » et « noirs » budgétaires. Et en effet, les cinq autres ministères qui se sont comme libérés et s’envolent vers les limites du schéma sont tous des domaines sans la moindre justification – autres que politiciennes.

Le plus timide, et c’est surprenant, est l’éducation et la recherche. On apprend ainsi que 200 millions viennent s’ajouter aux milliards jetés dans les abysses du fonctionnement de l’éducation nationale.

Plus proche de l’imaginaire commun, les 150 millions ventilés sur plus de 9 000 associations au titre de la jeunesse et du sport. Somme rondelette dont on pourrait imaginer qu’elles devraient provenir pour la plus large part des collectivités qui sont les plus proches de ces activités de la population.

En haut à droite, on constate que 450 millions tombent dans l’escarcelle de 11 mille entités au titre de la « culture », concept mou et flou qui permet de perfuser et de corrompre une foule avec en moyenne 41 mille euros par an, soit 3 400 par mois, de quoi faire le salaire d’une armée d’incultes.

Enfin, dans le coin du bas à droite, c’est-à-dire les sommes les plus importantes consacrées au plus petit nombre d’entités, 1 500 et 2 000 en gros, « l’agriculture » et le « travail », avec 285 mille et 230 mille euros en moyenne annuelle, donnent largement de quoi court-circuiter le marché et poser les bases de trafics en tous genres. La France est décidément le pays des délires jacobins en tous genres.

Voici donc un premier, rapide coup d’œil sur le scandale des subventions associatives. A suivre tout une série d’analyses plus ciblées et spécifiques sur les nombreux scandales qui s’y cachent…

Monday, December 5, 2016

Contrats ou Constitutions ?

Les constitutions de ce monde prétendent garantir la liberté de leurs pays respectifs. Pourtant leur échec est patent. Il suffit de considérer le nombre de démocraties constitutionnelles qui sont autant de tyrannies pour s’en convaincre – sans même discuter de l’illusion de liberté de la démocratie.

Il y a deux erreurs conceptuelles profondes sous-jacentes à cet état de fait. En premier lieu, on attend des constitutions qu’elles organisent le pouvoir politique, notamment par la représentation et la séparation des pouvoirs, alors que la liberté suppose l’absence de pouvoir : elle suppose la pleine responsabilité de l’individu, c’est-à-dire précisément l’inverse. Ensuite, le concept de constitution dérive de celui de contrat social où paradoxalement aucun contrat n’existe qui serait signé et donc formellement accepté – ou rejeté – par les individus concernés et censés le respecter.

Retournons dès lors la logique et faisons d’une constitution libérale un véritable contrat, dûment signé, engageant mais également révocable par chaque citoyen. Signer signifie pour le celui-ci qu’il reconnaît deux choses : l’entité avec laquelle il s’engage et les termes de cet engagement. Cela suppose aussi que l’entité peut de même révoquer le contrat, selon les modalités prévues bien sûr. Ce qui signifie qu’un citoyen peut être « déchu de sa nationalité », selon un terme hollandien.

Une constitution comme on les connait concerne et suppose un pays, un état, une collectivité donc, dont le citoyen serait comme le locataire, ce qui conditionne l’objet du « contrat ». Dans l’hypothèse libérale, il y a d’autres cas possibles. L’entité signataire peut tout d’abord être un individu qui serait propriétaire d’un territoire au sein duquel on souhaite vivre. On a alors affaire à une monarchie libérale, où le monarque se positionne comme un opérateur de service, de manière analogue à un propriétaire qui loue ses locaux et services à une entreprise qui s’y installe.

Les questions de pouvoir dans ce cas sont simples. Pas besoin de se poser de question complexe en matière de vote, séparation des pouvoirs ou autres chambre haute ou basse. Le simple jeu de la concurrence suffit à régler toutes ces questions, puisque le seul pouvoir en jeu tient à la satisfaction ou non du client – et du prestataire monarque. Le citoyen mécontent ou qui considère son monarque incapable ou trop intrusif peut à tout moment aller voir ailleurs et « voter avec les pieds ».

L’entité peut aussi être un collectif qui de même serait propriétaire du territoire concerné. Noter que cette propriété, comme toute propriété, peut être contestée, scindée, accrue en territoire par acquisition ou échange, tous cas de figure qui seront abordés dans le contrat signé. Quoi qu’il en soit, deux cas à nouveau se présentent. Le plus simple voit le citoyen n’être qu’un locataire, de façon analogue au cas précédent. On a affaire à une oligarchie libérale, semblable à une monarchie.

Le cas le plus intéressant correspond à un citoyen copropriétaire, c’est-à-dire une organisation où tous les citoyens sont directement « au pouvoir », sans représentant ni intermédiaire. Selon leur propriété relative, comme des actionnaires ayant plus ou moins de parts, certains seront plus influents que d’autres. Néanmoins chacun dans un tel cas à un droit irrévocable et homogène de décision. Là encore, les questions classiques de séparation des pouvoirs ne se posent pas, car elles n’ont simplement pas d’objet.

L’analogie avec l’actionnariat des entreprises est évidente et peut être une source pertinente d’analyse. De nouveau, on a principalement deux cas : la grande entreprise, où l’actionnaire est souvent anonyme, et la petite entreprise où chacun ou presque se connait. Je passe sur la petite entreprise où la gouvernance va de soi. Dans la grande entreprise, on le voit tous les jours, il peut se former des coalitions entre actionnaires qui finissent par concentrer le pouvoir de décision entre un nombre réduit de mains. On arrive alors à une situation peu éloignée de ce que nous connaissons aujourd’hui et beaucoup pourront objecter que justement, c’est bien ce qui fait problème.

Pas tout à fait cependant, car une grande différence demeure : la liberté de sortie, qui n’existe pas dans nos sociétés dites démocratiques et pourtant avant tout tyranniques pour cette raison précise. La liberté de sortie fait que le citoyen qui considère que sa liberté n’est pas assurée peut toujours résilier le contrat et opter pour une autre entité, un autre territoire. Cette mise en concurrence fait que in fine, comme sur tout marché, un équilibre dynamique et fluctuant se met peu en place entre les entités trop grandes et d’autres de tailles réduites. Emerge alors une foule de micro-pays libres.

On comprend ainsi que la tendance sera de tirer peu à peu la taille des entités, des pays donc, vers le bas par rapport à ce que nous connaissons à ce jour, afin de permettre à chacun citoyen de se faire entendre au sein de territoires assez grands cependant pour être connus et reconnus sur le marché. Demain peut-être aurons-nous en France autant de pays libres que de villes ou de communes ?

On le comprend, il n’est pas besoin de constitution pour assurer notre liberté. Il suffit juste que les territoires aient tous des propriétaires reconnus comme tels par le marché des pays et des citoyens, puis de laisser fonctionner ce libre marché. Encore une fois, la liberté, c’est toujours simple.

Sunday, March 18, 2012

Les Tas d'Etats

Ce matin, un quidam sur FB m’envoie tout un texte pour réagir assez vigoureusement à un de mes posts où je traitais un Démocrate ex-Banque mondiale d’étatiste. Heureusement, bien que s’insurgeant devant mon libéralisme éhonté, il restait courtois et demandeur d’explications.

Assez rare pour que je réponde, donc.

Voici ses questions en regard à l’étatisme que je diagnostiquais :
« Un étatiste a encore moins de définition stricte, qu’un libéral. Car il y a [beaucoup] de concepts différents d’État.
Qu’est-ce l’État ? Comment le définir, sinon qu’à partir du plus petit dénominateur commun : un peuple avec ses lois et ses frontières.
A partir de là, un étatiste est une définition en creux, manquant de subtilité. »

Je sais, on me le dit souvent, je suis trop binaire, je manque de subtilité donc. La subtilité ne pourrait donc s’exprimer  que dans le flou, le gris, jamais dans la rigueur ni l’exactitude, encore moins dans le blanc ni le noir. Pauvre monde.

Mais revenons à notre mouton, son argument semble être sur la conception de l’état, arguant deux choses, que l’état serait multiforme et donc l’étatisme serait vide de sens. L’état indéfinissable ne serait en fait rien d’autre qu’un peuple au sein d’une frontière.

Il est absolument vrai que le mot ‘état’ (je ne mets jamais de majuscule) est un concept souvent flou dans l’esprit de bien des gens. Un état est en effet, en première analyse, attaché à un peuple et à une frontière. D’où d’ailleurs de nombreuses confusions quotidiennes entre ce terme et les ‘nations’, ‘peuple’, ou encore ‘pays’ qui le côtoient.

Pourtant, ce n’est pas si simple. Revenons un instant à l’ancien régime et notre chère révolution. On se rappelle des Trois états : noblesse, clergé et Tiers état. Tiens, trois états sur le même territoire ??? C’est parce que le clergé, l’église, en tant qu’organisation – pas la religion – est en effet elle aussi un état : on le verra plus bas, elle possède le monopole de l’arbitrage en matière de pensée et d’attitude religieuse.

De nos jours, l’Islam est un ‘second’ état pour bien des pays, arabes mais pas seulement. Et que dire du Judaïsme en Israël ? Si on revient sur l’état politique, état et peuple s’intersectent avec la notion de nationalité. Je suis français, je relève de, « j’appartiens » à l’état français si j’ai la nationalité française. Mais si j’ai double nationalité ? Ai-je droit à double état, ou non ? Et si je vis à l’étranger, ne suis-je plus français ?

On voit vite, par ces exemples simples, que l’état ne peut pas se définir par le simple couple (peuple + frontières) et qu’il faut donc passer par une autre définition.

Or dans la vie sociale, universellement à ce que je sache, l’état n’est pas une abstraction, encore moins une personne morale, mais tout simplement une organisation assurant une fonction sociale. Bien sûr, pas n’importe quelle organisation ni n’importe quelle fonction sociale.

Pourtant, la forme d’organisation importe peu. Ce qui compte, c’est qu’il s’agit in fine d’une bureaucratie, c’est-à-dire d’une forme d’oligarchie sans chef réellement unique qui dispose de suffisamment de moyens, pouvoir et/ou légitimité envers le peuple.

Plus importante est la fonction. Je ferai référence à trois définitions, mais qui reviennent au même. La première est la plus connue je pense, celle de Max Weber : l’état a le monopole de la violence physique.  Moins connue, ignorée de la plupart car son auteur reste peu connu – sinon, nous n’aurions pas ce genre de débat – celle de Hans-Hermann Hoppe : l’état a le monopole des décisions de dernier recours. Et bien sûr, le grand classique minarchique, l’état assure les fonctions régaliennes – la liste desquelles d’ailleurs, n’est pas sans être elle-même contestée.

Pour ma part, je préfère celle de Hoppe, car elle est plus universelle.

Par rapport à de telles définitions, on peut avoir plusieurs attitudes :
- on y adhère strictement, on voit l’état comme strictement régalien.
- on les conteste, mais a minima, c’est-à-dire qu’on considère que l’état devrait être encore plus réduit que cela ; c’est mon cas.
- on les conteste, a maxima, i.e. on pense que l’état a légitimité, voire devoir à intervenir dans des domaines bien plus larges que le strict régalien.
Pour faire simple ici, mais on pourrait développer, l’étatisme selon moi, c’est la troisième option.

Ces trois définitions sont in fine équivalentes. Dans les trois cas, le point important, c’est que l’organisation sociale accorde à un ‘organe’ plus ou moins défini dans sa forme le >droit< d’exécuter le droit, l’exécutif donc. L’état a ce privilège social d’être juridiquement et universellement ‘au-dessus’ du peuple pour régler les conflits sociaux, puisque >seul< il peut >arbitrer< avec >force< si besoin. Voilà les trois mots clés posés.

Je ne crois pas possible ni crédible de partir sur une définition de l’état qui serait totalement différente d’une telle vision. Si cela devait être le cas, c’est sur ce point qu’il faudrait poser le débat.

Pour revenir sur ma logique et mes trois options ci-dessus, il faut mettre un autre point important en lumière : après la fonction, l’organe. En fait, lorsque je dis que je conteste ‘a minima’, ce n'est pas vraiment à la fonction étatique que je pense. Dans les trois mots ci-dessus (seul, arbitrer, force) il en est un qui est totalement indispensable dans une société : l’arbitrage des conflits. Mais par contre, c’est le seul.
Car, pourquoi cet arbitrage devrait-il n’être confié qu’à un seul organe unique et qui plus est qui pourrait nous imposer son arbitrage par la force ? Je suis donc pour ma part pour une >fonction< que je qualifierai « d’ordre étatique » (au sens de l’arbitrage de dernier recours) >mais< qui soit confiée à un >ensemble d’entités< qui opèrent cette fonction sans que jamais aucune entité n’ait pas le >monopole< de cet arbitrage.

Pour finir, sur l’étatisme, il s’agit donc selon moi de cette croyance, mouvance, idéologie, appelons cela comme on veut, qui voudrait nous faire croire que l’état (bureaucratie) serait légitime à intervenir dans de nombreux champs de la vie sociale, pour ne pas dire tous. Alors que seule la fonction d’arbitrage n’est légitime, et que même cette fonction n’exige en aucune façon une quelconque bureaucratie.

Monday, January 4, 2010

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de précaution ? - Reaction a l'article sur Rue89

Sur Rue89, ce 04/01/2010, un article intitulé :

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de
précaution ?
Un chef d'oeuvre, avec points de vue d'un économiste toulousain et d'un professeur genevois en politique du territoire (ça existe comme matière enseignée ?!)

Comme entrée en matière est posée la question suivante, s'agissant de l'évaluation du nombre de vaccins H1N1 qu'il fallait ou non acheter pour la France :
Mais comment savoir jusqu'où apprécier le
principe de précaution ?


Une telle question démontre soit une incompréhension des questions économiques, soit un malentendu sur la nature du problème, qui est justement économique et non social ou que sais-je. Une approche économique répondrait : en le demandant au marché, dont c'est le rôle. Personne d'autre que le marché ne peut ou ne sait répondre, comme F.von Hayek l'a largement démontré.

Suit une transcription des propos de notre professeur genevois, avec tout d'abord une révélation :
Imaginons que le H1N1 ait mal tourné. Imaginez le tollé si on
n'avait pas pris ces mesures. Le risque, c'est que le prochain responsable, de
peur de se faire taper dessus, sous-estime les moyens… et se fera taper
dessus.


Ça c'est de l'information ! Ce spécialiste des politiques territoriales nous avoue tout simplement qu'à son avis, sinon dans la réalité (?) les 'pouvoirs publics' choisissent en fonction de leurs fesses et carrières, mais pas vraiment en fonction du risque réel envers la population. Normal me direz-vous, c'est humain, et puis de toute façon, ils ne savent ni ne peuvent mesurer le risque, alors...

Un peu plus loin, on apprend :
On l'a vu en 2000 avec la vache folle quand des mesures très
fortes ont été prises en France. La seule leçon à tirer de cette affaire, c'est
que si on rentre dans une période de risques sanitaires, les pouvoirs publics
n'ont pas des moyens infinis.



Ah bon ? Les moyens ne sont pas infinis ? Ben vraiment, j'avais besoin d'un prof pour me donner cette information, merci m'sieur... Surtout que lesdits moyens viennent de nos impôts, j'avoue que personnellement je préfère quand ils ne sont pas infinis.

Ce grand professeur termine avec une note philosophique désolée :
Le drame du principe de précaution, c'est que quand il
réussit, les gens ont l'impression qu'on a agi pour rien, quand il triomphe on a
l'impression qu'il ne sert à rien. Alors que justement, c'est parce qu'on a pris
des mesures.


Quel dilemme, pauvre principe de précaution, le mal compris et mal aimé ! Notre professeur ne voit donc pas que le principe de précaution est simplement inutile et contraire au bon sens. Avec ce principe, on serait en droit d'attendre des 'pouvoirs publics' qu'il nous protègent contre les effets secondaires des typhons sur la Floride, ou contre une invasion de crickets comme au Sahel, ou même contre l'éventuelle mort du soleil ou que sais-je encore. Ça n'a aucun sens et surtout ce n'est pas le rôle de l'état quel qu'il soit.

C'est à chacun de nous de gérer ses propres risques, et surtout de bien veiller à éloigner l'état du sujet. 'Incapacité publique' me convient mieux que 'pouvoirs publics'.

Mais continuons, nous avons maintenant droit à la vision d'un 'économiste' :
Quand on réfléchit aux dépenses publiques, il faut mettre en
rapport les coûts et les bénéfices attendus des différents projets. Les budgets
qu'on peut allouer à la prévention ne sont pas infinis, surtout en période de
déficit.


Bon, tout d'abord, bonne nouvelle : 'on' réfléchit. Tu me diras, 'on' en paye assez pour ça, 'on' (vous notez, c'est pas le même 'on') serait en droit d'attendre qu'ils concluent de ne pas dépenser, justement.

Il nous confirme que les budgets ne sont pas infinis - décidément, ça leur pose manifestement problème, ça serait quand même mieux si 'on' pouvait les augmenter à vue ces fichus budgets.

Mais le mieux, de la part d'un économiste, c'est bien le "il faut mettre en rapport les coûts et les bénéfices attendus". Et comment s'y prendre ? Moi, je ne suis pas économiste, mais 'on' m'a dit que le rôle du marché consiste justement - ça tombe bien - à permettre l'établissement de prix qui sont l'expression de la valeur d'un bien ou service pour ses usagers.

En clair, pour savoir si un projet présente un intérêt, mets le sur le marché et le marché répondra. Fastoche pourtant, pourquoi ne le propose-t-'on' pas ?

Puis il poursuit avec :
Ça a du sens que nos choix publics reflètent nos choix
individuels, nous vivons dans une démocratie. L'ensemble des risques auxquels
nous faisons face est très important : risque de santé, risque
environnemental


Alors donc, le propre d'une démocratie, c'est que 'nos choix publics reflètent nos choix individuels'. Et comment la foultitudes de choix individuels s'est-elle donc exprimée dans cette affaire ? Avec 5% de personnes qui se font vacciner, il semble qu'il y ait hiatus.

Mais surtout, on mélange risque avec action. A supposer que certains risques existent, comme le supposé risque environnemental, la solution quant à elle passe par l'action individuelle, et non par l'action 'd'organes' incontrôlés comme 'l'état-c'est-pas-moi'. Si l'état doit faire quelque chose, c'est informer, pas interférer.

Pour finir, l'apothéose, on sent le type qui réfléchit pour sa paroisse :
En France, on a un retard dans l'évaluation. On n'évalue pas
bien les analyses publiques, on ne fait pas assez d'analyses coûts-bénéfices.
Heureusement, la France est en train de rattraper son retard. Une loi effective
depuis 2009 oblige à faire des études d'impact pour toute nouvelle loi et la
faire passer au Conseil d'Etat et au Parlement. Ça va dans le sens d'une
évaluation plus systématique des projets publics. On va dans le bon
sens.


La première phrase bien sûr signifie 'il faut plus de budget pour la recherche', mais passons.
Le couplet sur l'évaluation est grandiose pour un économiste. Il oublie simplement le rôle du marché.

Il faut vous dire que sur Toulouse, il n'y a pas grand monde qui ne soit socialiste - hélas je suis bien isolé - alors on l'excuse. La preuve, il parait qu'une nouvelle loi, 'va dans le bon sens' - mais comment faisait-on avant cette loi ? Comment avons-nous survécu à tous ces méchants virus et autres bacilles jusqu'ici ?

Vive les-tas providence !

Tuesday, May 20, 2008

Liberté et sécurité routière

Comme premier sujet, je voudrais oser attaquer de front un des tabous de la sécurité routière depuis plus de trente ans, à savoir la limitation de vitesse. Vous aussi ça vous agace, n'est-ce pas ?

Panorama
Sous prétexte de sécurité ou de pollution, voire de civilité, on nous oblige à conduire à une certaine vitesse, sans prendre en compte notre expérience de conducteur, la sécurité de notre véhicule, le trafic, la météo, la qualité de la route ni l'évolution de tout ceci au cours du temps, ni bien sûr notre capacité individuelle à apprécier les situations. Bref, pas de place au libre arbitre ni à la responsabilité personnelle, ce que le libéral que je suis ne supporte guère. De plus, tout ceci est supposé être pour notre bien ou le bien collectif, ce qui est loin d'être aussi évident.

Mais prenons les points les uns après les autres. Il y a plus de trente ans, en plein premier choc pétrolier, et alors que le réseau d'autoroutes ne fait que s'ébaucher en France, le gouvernement de VGE (de mémoire) décide des quatre célèbres limites de vitesse, à savoir 60 (passée à 50 depuis), 90, 110 et 130. Le principal argument à l'époque est celui de la limitation de la consommation d'essence/pétrole, la sécurité ne venant qu'au second plan. Celle-ci est depuis devenue l'argument majeur.

Pendant de nombreuses années, le pétrole n'a plus vraiment été un problème - baisse de la consommation des véhicules notamment - et la sécurité routière et la baisse du nombre d'accidents ont été l'argument principal. Aujourd'hui où le pétrole flambe à nouveau et où il est de bon ton de donner dans l'écologisme, cet argument reprend un peu du poil de la bête.

A noter que d'autres pays ont suivi des logiques similaires, les USA étant probablement le plus connu, mais surtout d'autres n'ont pas suivi, l'Allemagne venant immédiatement à l'esprit. J'ai vécu dans ces deux pays ainsi qu'en Afrique, ça permet de voir la réalité terrain.

Depuis les années 70, ces limites ont fait les choux gras des différents gouvernements et je préfère ne pas calculer les sommes astronomiques que ce mécanisme nous a coûté à nous contribuables et conducteurs, en amendes, signalisation et autres radars automatiques, sans parler du stress du gendarme et des campagnes de com...

Bien évidemment, je ne nierai pas le lien - qui reste ténu - qu'il a entre vitesse limitée, pollution réduite et meilleure sécurité. La véritable question est de savoir quel est la réalité de ce lien et si la perte de liberté et les taxes prélevées sont effectivement justifiées par une mesure qui serait à la hauteur de ces arguments et qui notamment serait directement la raison de la baisse du nombre d'accidents. Je pense pour ma part que nous obtiendrions de bien meilleurs résultats sans en passer par la limitation aveugle et justiciable. Mais allons plus loin.

Vitesse et Sécurité
On nous rebat les oreilles depuis maintenant des décennies du danger de la vitesse sur la route. Il est en effet réel, mais il me semble que vous serez d'accord avec moi pour dire qu'il est de nature différente de ce qu'on nous assène. Par exemple, qui ne s'est pas assoupi par manque de *besoin* d'attention suite au confort que les 130km/h nous impose, et par contre a gardé toute sa vigilance en roulant à 160 ou plus ? Ou encore, combien de routes en lacets sont limitées à 90 et pourtant vous n'avez jamais réussi à y rouler à cette vitesse ? :-)

Premier thème, la vitesse est cause de mortalité. C'est vrai et c'est faux bien sûr. Une vitesse excessive peut conduire à sortir de la route et souvent vient aggraver les conséquences d'un accident. Mais c'est tout. L'enjeu, c'est clairement avant tout d'éviter les accidents et ceux-ci sont le plus souvent dus à d'autres facteurs. L'alcool, l'inattention, une prise de risque excessive et des manœuvres inconsidérées sont des évidences. Mais où est le danger de rouler à 200 sur autoroute par beau temps avec une voiture entretenue et sans trafic ou encore à 120 sur nationale selon les mêmes conditions ?

Second thème à la mode, la vitesse augmente les distances de freinage ou l'écrasement. Vrai et faux encore. La réalité, c'est que les distances de freinage ne sont pas des constantes, même si elles augmentent avec la vitesse, elles sont surtout fonction du poids du véhicule et de la puissance de ses freins. Ce qui fait que des messages du genre "il faut 27 mètres pour s'arrêter à 50 Km/h" sont une totale ineptie.

Dans le même ordre d'idées - quoique pas directement lié à la vitesse - il y a la distance entre véhicules. Sur autoroutes, nous sommes supposés nous tenir à une distance du véhicule précédent suffisante pour voir au moins deux bandes blanches à droite, celles qui délimitent la bande d'arrêt d'urgence. Pourquoi 2 ? Parce que ce serait la distance minimale nécessaire pour nous arrêter en cas d'urgence. Mais cela suppose que la voiture devant nous s'arrêterait brusquement, ce qui est pratiquement impossible. Et en cas de brouillard, je doute que l'immense majorité d'entre nous n'adapte pas spontanément sa conduite.

Enfin, tout cela bien sûr fait totalement l'impasse sur l'évolution de la sécurité des véhicules sur les 30 ans passés. Même en supposant que 130 ait pu avoir un sens en 73 en termes de risques, toutes les conditions de sécurité actuelles rendent ce chiffre totalement dépassé. L'apparition de l'ABS et autres assistances au freinage sont des acquis majeurs du point de vue sécuritaire. Le réseau routier et autoroutier lui-même, avec des revêtements toujours plus performants, absorbant la pluie par exemple, a également - et heureusement - fortement évolué.

On voit bien qu'il s'agit avant tout d'une question de (dé-)responsabilité. Il y a effectivement un risque potentiel, il y a eu des accidents, alors on ne peut plus faire confiance aux conducteurs et donc tous sans exception doivent respecter bêtement des consignes sans bon sens et surtout sans nuance.

Vitesse et Pollution
L'autre prétexte, qui revient en force ces derniers temps. L'idée consiste à éviter de trop polluer par excès d'échappements à grande vitesse. Vrai et faux encore. Là encore, il est clair que rouler plus vite produit plus d'échappement, mais ce n'est pas uniforme et ce n'est pas la seule source de pollution.

Tout d'abord, la pollution n'est pas une conséquence linéaire de la vitesse. La plus grande pollution reste encore celle produite dans les bouchons, où le rapport gaz/distance parcourue est probablement le pire. Quiconque vit dans la région parisienne sait bien que ce n'est pas la vitesse qui y est cause de pollution. Ensuite, n'oublions pas que fort heureusement, la consommation moyenne d'un véhicule a été divisée par 2 ou 3 depuis les années 73, y compris aux vitesses supérieures, grâce à la généralisation progressive des turbos et à l'aérodynamisme par exemple.

Limitation vs. Recommandation
Je ne sais pas si vous avez remarqué comme moi, mais je trouve que ces dernières années la limitation de vitesse a pris une nouvelle dimension, encore plus pernicieuse et crétine, ce que j'appelle la "recommandation-dépassée". Nous avons sur Toulouse sud cette chance immense d'avoir un des échangeurs de rocade les plus complexe et mal conçu qui soit, qui est depuis des années l'un des points noirs réguliers de la ville. Or voici que la DDE (après près de 2 ans de travaux) nous ouvre l'an dernier une n-ième bretelle, courbe et en hauteur - sur une seule voie, je vous rassure.

Eh bien ils n'ont rien trouvé de mieux que de nous assigner une limitation à 50 sur cette bretelle, que personnellement je prends sans aucun effort ni stress à 90 avec un banal Scenic. Je peux comprendre et même saluer le désir des "autorités" de nous conseiller une vitesse sur une route nouvelle et sinueuse, et dans cette logique, nous recommander 50 serait une démarche respectable - quoique 50 soit vraiment très bas ici.

Mais dans ce cas, il existe des panneaux pour les vitesses recommandées, ce n'est pas la peine de nous imposer une limitation - sauf bien sûr pour espérer pouvoir notre sanctionner et nous faire payer des amendes. C'est ce que j'appelle la recommandation-dépassée. L'Etat va au-delà d'un rôle possible de conseil, il dépasse l'action de bon sens pour passer à la fois dans le répressible et dans l'absurde - avec une limitation inutile et ridiculement basse.

Les autres pays
Il y aurait long à dire ici et je me garderai de passer tous les pays en revue, mais prenons trois exemples marquants. D'abord les USA, ce pays est un emblème international des limitations de vitesse. Je dirai que la situation y est là-bas à la fois pire et meilleure qu'en France - pour info, j'y ai vécu 2 ans et ai traversé en voiture une vingtaine d'états.

Pire, parce que les limites sont partout, très basses et extrêmement contrôlées, impossible d'échapper à la police, même aux fins fonds du Dakota ! Bien sûr, chaque état a ses limites - ex. 85 en Utah mais 60 en Ohio sur autoroute - ils ne sont pas d'accord entre eux sur ce qui est dangereux ou polluant, ce qui illustre la crédibilité de ce type de mesure.

Ensuite, la voiture américaine moyenne est 2 ou 3 fois plus puissante, nerveuse et rapide qu'une voiture française. Une voiture avec un moteur de plus de 200 ch est commune là-bas. Chercher l'erreur. En Allemagne, tout le monde sait que les autoroutes ne sont par défaut et majoritairement pas limitées.

Y a-t-il plus d'accidents que chez nous pour autant ? Eh bien non. D'ailleurs, je vous invite à consulter ce site très bien documenté qui illustre que la vitesse est moins accidentogène que la "lenteur" et ceci partout en Europe.

Enfin, avez-vous déjà conduit en Egypte, ou dans un pays d'Afrique ? Là-bas les limites sont inexistantes ou superbement ignorées. Et il n'y a pas plus d'accidents. Du moins, les accidents sont avant tout dus à des comportements imprudents ou à des véhicules plus que hors d'usage. Mais la vitesse n'a que peu d'impact.