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Wednesday, January 3, 2018

Minarchisme vs Réductionnisme

On m’oppose souvent que les « minarchistes » seraient des libertariens et que ces derniers ne se composeraient donc pas des seuls anarcho-capitalistes, ou anarcaps. Quand on sait que le mot « libertarian » a été inventé par Murray Rothbard, l’anarcap par excellence, pour qui « libertarian » voulait dire « libéral radical », ou « pur », sans concession, on sait que cette idée n’a aucun sens ni légitimité et ne peut résulter que d’une confusion de l’esprit ou du sens donné à « minarchiste ».

Or ce mot de minarchiste, selon mon expérience nourrie de fort longues heures de discussion avec certains de ses adeptes, présente deux familles de sens bien distincts. La première est idéologique, ou plutôt théorique : elle théorise qu’une société libre peut et même doit être structurée autour d’un « état minimal », le plus souvent dit régalien, pour être à la fois libre et pérenne. La seconde est politique, certains l’appellent minarchisme de transition : elle consiste à imaginer une société de type minarchiste, c’est-à-dire avec beaucoup moins d’état et bureaucratie, comme une étape tolérable, acceptable sur le sinon long chemin du retour à la véritable liberté qu’est la Libertalie anarcap.

Les deux sens sont forts différents, au point je crois qu’il serait utile, du moins pour les libertariens, probablement moins pour les minarchistes, de différencier les deux par deux mots reconnaissables.

Car il convient de le réaffirmer, il ne fait aucun doute que le minarchisme théorique est une erreur conceptuelle, une aberration théorique sous l’angle libéral et qu’il n’est en aucune manière possible de le voir comme une cible théorique sociale cohérente pour quiconque se réclame de la liberté.

Je propose ainsi de parler de « réductionnisme » pour signifier ce minarchisme de transition trop malencontreusement mal compris et noyé au sein du minarchisme incohérent. En ce sens, Murray Rothbard, mais aussi la plupart des partis libertariens avertis – ce qui n’est pas le cas de tous, hélas – était et sont réductionnistes. Car c’est bien évidemment, il est toujours bon de chercher et de prendre toute forme de réduction de l’état, mais à condition de ne jamais s’en satisfaire et de continuer à exiger de poursuivre l’effort vers la liberté véritable, celle d’une société libérée de l’état.

Avec cette nuance de vocabulaire – ou tout autre qui pourra être préférée, j’espère qu’on pourra enfin éviter d’assimiler minarchiste et libertarien et surtout éviter de confondre un modèle de société sans état et donc libre avec un ersatz de liberté qui n’est que le vague régime amaigri de la tyrannie social-démocratique que nous subissons un peu partout de nos jours.

Monday, January 1, 2018

Pas assez riche, la pâtisserie française ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Nous voilà donc entrés en 2013, l’année au nombre porte-bonheur – ou malheur, nous verrons bien. Vus la crise et les premiers mois laborieux du nouveau gouvernement, nous pouvons hélas nous attendre économiquement à une année bien plus difficile. « Nous » ? Non, pas nous tous, je vous rassure. Pour certains, et pas forcément ceux auxquels on pense en premier, la crise n’existe pas.

Je parlerai économiquement de nos chers – très chers – élus. Leur galette n’a jamais été aussi beurrée et leur nombre va toujours croissant grâce au mille-feuille qu’ils entretiennent grassement, malgré les nouvelles technologies qui auraient dû simplifier et réduire les coûts de l’administration. Non, pour eux la crème déborde pendant que pour « nous », les miettes se font de plus en plus rares.

Car il convient de rappeler quelques chiffres, facilement vérifiables. Nous avons la chance unique de financer 577 députés et 343 sénateurs (par comparaison, les USA – plus de 300 millions d’habitants – sont maigres de 535 députés et 100 sénateurs !). Une vie d’impôts de G.Depardieu ne suffit pas pour payer un an de leurs indemnités. N’est-il pas extraordinaire de financer avec largesse ces gens qui ne rêvent que de nous imposer toujours plus, croquant dans notre part de gâteau déjà bien entamé ?

Mais les parlementaires ne sont que la couche sucrée du mille-feuille. Il y a ensuite l’état et sa pièce montée d’une multitude d’agences opaques débordantes de gras. Puis toute la cascade chocolatée de collectivités aux objectifs incertains, mais qui toujours croquent leurs financiers en ces temps pourtant difficiles. Pas moins de 2 040 conseillers régionaux et 4 042 conseillers généraux. Oublions les 78 députés européens, qui ne sont qu’une fine tranche caramélisée à côté de la pâte épaisse que constituent les 519 417 conseillers municipaux et 36 635 maires. En 2007, nos impôts ont ainsi sucré les élus communaux pour plus d’un milliard d’euros. Et l’indi(gente)gestion est pour nous, bien sûr.

La création bureaucratique est enfin spécialement expressive via le florilège de communautés intercommunales et de syndicats– avec leur propre galette bien sûr – aux besoins les plus obscurs : plus de 36 000, soit près de 40% des communes en Europe, là où l’Allemagne n’en a que 12 196.

Ces chiffres sont à ramener à deux autres. Tout d’abord, selon l’INSEE, au 1er janvier 2011, notre pays comptait 65 027 000 habitants. On possède aujourd’hui en France, environ un mandat électoral pour 108 habitants. Si la démocratie se mesurait à l’aune du nombre d’élus, notre pays serait un modèle universel aussi apprécié que la pâtisserie française ! Un autre chiffre, plus inquiétant encore, celui du budget de l’état : pour 2013, le total des recettes est à 312 milliards d’euros, à comparer à 1,5 milliard environ de coûts des élus. La gabegie colossale de l’indemnisation des élus inutiles mais bien nourris ne serait donc que la cerise sur le gâteau : 0,5% du budget ! Mille feuilles dans la poche.

Notre pays possède ainsi le mille-feuille le plus épais du monde assurant une galette dorée au plus grand nombre d’élus et à une bureaucratie à l’utilité douteuse. Comptons les couches : Europe, Etat, régions, départements, communautés de communes, communes, syndicats, agences : voilà bien un machin dont nous n’avons aucune raison d’être fiers vu ses résultats tant économiques que sociaux.

En fait, la France a recréé l’organisation féodale que la révolution avait balayée : si la noblesse est maintenant élue et le clergé s’est transformé en administration, le tiers Etat est resté le larbin qui se doit d’alimenter les deux autres tiers, et qui malgré la « grande bouffe », ne sont jamais rassasiés.

L’état protecteur des droits est devenu l’état spoliateur avide d’argent qui n’a de cesse de presser comme des citrons les citoyens qui n’en peuvent plus : le gâteau sucré a pris un goût d’amertume !

Thursday, October 19, 2017

Une constitution ne « garantit » pas la liberté

La liberté, par définition même, est affaire de droit. Dire que ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui, c’est dire que je suis libre quand j’ai le droit assuré de pouvoir faire ce que je veux et peux avec ce que je possède, et que je respecte ce même droit pour autrui. La liberté, qui contient comme on le voit l’égalité, est le cœur de l’harmonie sociale et le socle de la pleine fraternité.

La liberté, et donc la vie sociale, repose donc simplement sur deux mots : le « droit », pourvu qu’il soit « assuré ». Au passage, il est désespérant de voir à quel point les politiciens sont talentueux à nous faire croire que les choses seraient en fait tellement plus compliquées que ce simple bon sens.

Ce droit très simple et palpable est ce qu’on appelle le « droit naturel ». Conséquence directe de l’existence des relations sociales, il est un préalable à l’organisation sociale de la liberté – ce qui est la question de « comment l’assurer ». La réponse officielle tient pourtant dans une « constitution ».

Ainsi, la constitution « garantirait » la liberté des citoyens – le verbe « garantir » n’est pas de moi, bien au contraire et c’est là tout mon sujet. Car il y a plusieurs contradictions profondes dans cette idée qui pourtant – mais est-ce un hasard ? – est à la base de toutes les « démocraties » de notre monde, avec les résultats, pardon, les échecs qu’on peut constater chaque jour que l’actualité fait.

Une constitution serait nécessaire pour définir, cadrer, limiter et séparer le et les pouvoirs, pouvoir qui servirait donc à assurer cette fameuse liberté en remettant les contrevenants dans le « droit » chemin. Le pouvoir de contraindre serait donc contraint par un document dont le pouvoir propre vient lui-même on ne sait trop d’où. Ah si, suis-je bête, nous le signons tous à notre majorité, non ? Le méchant pouvoir serait donc limité par ce qu’il doit lui-même consacrer. Circularité ridicule.

Plus sérieusement et plus concrètement, revenons sur le mot « assurer ». Une constitution part du principe que nous ne pourrions pas assurer notre liberté par nous-mêmes, qu’il faut quelque chose d’extérieur, voire de supérieur pour nous obliger à respecter ce qui fait pourtant l’objet même de toute vie sociale. Mais quand il s’agit de besoins encore plus primaires, comme celui de se nourrir, il me semble bien que nous nous débrouillons par nous-mêmes et cela avec un certain succès, non ?

Pas besoin d’un bout de papier sacralisé pour que le marché et le commerce nous trouvent toutes les solutions que sont les restaurants, les boulangers, bouchers et foule d’autres artisans ainsi que toute la chaîne logistique qui assure la fourniture des produits frais là où on les attend, sans que personne jamais n’ait légiféré ni qu’un gouvernement ait décidé d’un menu ni de notre alimentation. Alors si le marché fonctionne pour notre nourriture, pourquoi ne pourrait-il pas « assurer » notre liberté ?

Ces questions de la légitimité d’une constitution et de sa nécessité sont de vraies questions, et la vie de tous les jours montre combien les choix historiques ont abouti à des errements. Mais il y a une question plus essentielle encore quant à la nature de la liberté. Le pseudo-libéral Gaspard Koenig nous a mis sur a voie il y a quelques jours à peine, par une énigme : « La société a un rôle à jouer dans lequel l’État à sa place comme garant de la liberté, et non pas comme gardien de l’intérêt général. »

L’état n’a pas sa place envers la liberté, car l’état est l’inverse de la liberté, lui qui nous contraint sans nous laisser le droit de tenter de lui échapper. Ni lui ni sa constitution ne peut nous la garantir, car on ne garantit pas la liberté. On la prend, on la réalise, on la fait, on la vit. En réalité, la liberté est sa meilleure propre garantie, car seule la dynamique de marché qu’elle permet est de nature en retour à faire émerger l’organisation des services et produits qui permettent à chacun d’assurer… sa liberté.

Thursday, December 26, 2013

Droit de Reponse a Guy Milliere

Il y a quelques jours, dans le Cercle des Libéraux, sévissait Guy Millière (GM) qui ne trouvait rien de mieux à faire que se ridiculiser à propos des libertariens.
Je réponds juste après à cet article court où une fois de plus un libéral incohérent crache sur des idées qui sont pourtant celles-là mêmes qu’il prétend porter, mais dont tout laisse à penser qu’il ne les maîtrise pas, ou plus.

Plus ancien, et resté sans réponse de ma part jusqu’ici, est cet autre article de GM : « La Pensée Libérale de Guy Millière», qui délire selon la même veine. Devant sa mauvaise foi désormais réitérée – car dans le cas du traducteur d’Hayek, je ne saurais supposer ni la bêtise ni l’ignorance – je vais également y répondre un peu plus bas. Bonne lecture.

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Dans l’article le plus récent, le Cercle interrogeait GM sur le mariage « pour tous » ainsi : « Après le vote sur le projet de loi sur le mariage des personnes de meme sexe, serions-nous entrain de vivre un libéralisme sociétal? » (fautes d’origine)

Et GM de répondre : « Je ne vois strictement pas ce que le libéralisme pourrait venir faire là dedans. Ou plus exactement, je vois ce que les idées libertariennes peuvent venir faire là dedans, mais pas les idées libérales. »
Pardon ? Agression caractérisée et gratuite si je ne me trompe. Non seulement il ne répond pas à la question, mais il en profite pour piétiner des idées qui, on va le voir, sont hors de cause et lui auraient permis de répondre.

Je rappelle que les idées libertariennes sont très simples et « pures ». Deux manières de les caractériser : le principe de non-agression universel et le principe de l’absolue égalité de tous devant le droit naturel – ses deux principes se dérivant l’un de l’autre. Et voilà ! C’est tout ! Qu’on m’explique en quoi on pourrait faire plus libéral – sans faire libertaire, bien sûr.

Sachez Monsieur Millière que votre agression cache une forfaiture, une tartufferie, car il n’y a pas d’autre libéralisme que celui des libertariens. Se revendiquer de Hayek comme vous le faites pour ensuite tordre sa pensée ne fait pas vraiment de vous son porte-parole, mais plutôt son porte-malheur. (Nous l’allons montrer tout à l’heure.)

L’auteur continue et tente de donner de la substance à sa pique : « Les libertariens posent comme principe directeur la liberté de l’individu et sa souveraineté sur lui-même. Ils en font dériver la liberté de passer contrat. Le mariage étant un contrat, il leur est possible de concevoir le mariage homosexuel comme un contrat passé librement entre deux individus : cela dit, les libertariens étant hostiles à l’Etat, l’idée d’un contrat entériné par l’Etat serait contraire à la conception libertarienne du monde. » En effet, je ne peux que confirmer. Bravo. Voyons où serait alors le problème.

« Pour des libéraux au sens hayekien du terme, il importe de prendre en compte des dimensions plus vastes et plus profondes. » Oh vraiment ? Et profondes en quoi donc s’il vous plait ? Je rappelle que le seul, j’insiste, le seul principe fondant la Liberté, c’est celui du respect du droit naturel. Henri Lepage l’a superbement résumé par sa définition de celle-ci : « La Liberté, c’est faire ce qu’on veut avec ce qu’on a ». Définition qui – outre la volonté et donc le libre-arbitre – repose sur la seule propriété individuelle, donc le droit naturel. Et vous voudriez qu’il y ait des « dimensions plus profondes » ? Que nenni.

Ce que vous ne semblez pas voir, c’est que toute autre « dimension » est hors de la définition justement pour lui permettre de contribuer à la Liberté. Intégrer toute autre « profondeur » serait en réalité une source de réduction de la Liberté.

Vous tentez de nous expliquer ces dimensions profondes. Sans surprise, il s’agit de la morale, concept qui en effet dépasse l’individu : « Dans « La présomption fatale », Hayek parle du fait que « la morale a été déterminée par des processus qui ne nous sont pas compréhensibles » et «l’illusion rationaliste selon laquelle l’homme, en faisant usage de son intelligence », pourrait inventer une morale. »

Ainsi donc, la morale aurait été oubliée, ou mal comprise par les libertariens qui, myopes, ne jurent que par le droit. C’est là la preuve de votre incompréhension, je le crains. Je répète l’idée précédente : si la morale est volontairement hors du champs de la définition de la Liberté, c’est justement pour que chacun puisse se positionner à sa guise envers la morale.

Mais il ne s’agit pas de dire que la morale n’existe pas. Il ne s’agit pas de la remplacer par le droit. Ni de la rationaliser, comme vous voulez nous en accuser. Rien de cela n’est vrai. Les libertariens disent simplement : chacun a le droit – et donc aussi la responsabilité – de se comporter librement face à la morale. Mais bien évidemment, tout déviant devra assumer ses actes.

Où est le problème s’il vous plait ?

GM rappelle alors la thèse de Hayek : « Le mariage, la famille hétérosexuelle, l’éducation des enfants dans le cadre de la famille hétérosexuelle font partie de normes morales déterminées par des processus qui ne nous sont sans doute pas compréhensibles, mais qui ont assuré l’existence de la civilisation dans laquelle nous vivons. » Fort bien. Parfait.

Vous parlez fort bien de la morale, cher Guy, mais elle ne nous est pas étrangère. En Libertalie, chacun a le droit de vivre comme il l’entend, pourvu qu’il respecte le droit. Mais en complément, Hoppe, grand auteur libertarien, vous dirait que le respect du droit ne supposant pas celui de la morale, il faudrait en plus que le citoyen affronte celle-ci. Donc le boycott et tous les autres mécanismes sociaux de discrimination. Et que probablement cela suffit à conduire les déviants à se retrouver entre eux. Et grand bien leur fasse. Soyons fiers de savoir à la fois libérer et discriminer.

GM croit pouvoir conclure par : « Prétendre s’affranchir de ces normes morales et institutionnaliser cet affranchissement relève de l’ « illusion rationaliste » et constitue un glissement délétère vers la « présomption fatale » dénoncée par Hayek. »
Rien du tout. Personne ne s’affranchit de rien et personne ne glisse vers quoi que ce soit. A part vous vers la mauvaise foi.

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Passons au premier article, resté sans réponse. L’article étant assez long, je me limiterai aux quelques passages qui nous intéressent ici.

GM commence par se poser en expert infaillible du libéralisme. Hélas, trois fois hélas… : « Certains ont poussé la cuistrerie jusqu’à vouloir me donner des leçons de libéralisme. » En effet, c’est ce que je fais à cet instant. Et donc ? Il n’y a qu’une seule chose qui compte : Avez-vous raison, oui ou non ? Et la réponse est : non. Le reste importe peu…

« Cela fait plus de trente ans que je me situe et que je travaille dans la mouvance libérale en France. […] J’ai traduit ou fait publier en France quelques uns des livres majeurs de la pensée libérale, et je n’ai aucune leçon à recevoir de gens qui étaient à l’école maternelle quand je lisais déjà les œuvres complètes de Friedrich Hayek, de Ludwig von Mises ou de Frédéric Bastiat. » - Il semblerait que ce soit l’inverse qui soit vrai. Il n’est jamais trop tard pour évoluer dans son analyse. L’ego en politique n’a jamais servi positivement la cause de la Liberté.

« Tout en considérant les libertariens comme des gens appartenant à la mouvance libérale » - Merci, c’est trop.

« je n’ai, pour autant, jamais pu m’empêcher de discerner dans leur pensée une dimension utopique qui a toujours suscité chez moi des réserves : une utopie est la description d’une société idéale, sans défaut, qui, dans la réalité, n’existe pas et ne peut pas exister. » - Il y a pas moins de quatre erreurs dans cette vision « utopique » de la société libre et privée (SLP) que décrivent et souhaitent les libertariens :
  •           Utopie : La véritable utopie, c’est de croire qu’il est possible de concevoir une société libre grâce à un état. C’est une auto-contradiction puisque par construction, les membres de l’état sont « plus libres » que les autres.
  •           Sans défaut : Qui a dit que la SLP (ou Libertalie) était sans défaut ? L’homme connaît des défauts et donc toute société est acculée à les subir. Et le rôle de toute société est précisément d’en prendre acte pour les gérer au mieux. La Libertalie est par contre la société qui minimise les violations de la Liberté, c’est très différent.
  •           N’existe pas : Le droit naturel est partout. L’ordre spontané est partout. L’économie est partout. Et partout nous vivons tous au quotidien en partie selon la Libertalie, sans nous en rendre compte. Mais en effet, jamais complètement. De là à dire que nous sommes dans la totale irréalité…
  •           Ne peut exister : J’aimerais bien que GM me démontre cette affirmation gratuite et à l’emporte-pièce. Avant d’être construite, la Tour Eiffel elle aussi ne pouvait exister.


« Elle est une construction intellectuelle logique, cohérente, qui peut dès lors exister en soi, dans l’esprit de ses adeptes ou qui, pour les utopies totalitaires, peut être imprimée de force sur un groupe humain, mais elle ne peut prendre consistance. » - Je renouvelle ma demande : J’aimerais bien que GM me démontre cette affirmation gratuite et à l’emporte-pièce. J’aime beaucoup le « c’est cohérent donc ça ne peut exister. »

« Les sociétés humaines sont plus complexes que les utopies. On ne peut prétendre construire une utopie, qui plus est, dans un monde complexe et dangereux : on doit prendre en compte la complexité et la dangerosité du monde. » - Guy Millière montre ici les limites de sa pensée politique en commettant une cascade d’erreurs :
  •           Les sociétés humaines sont certes complexes, c’est là l’expression même de la Liberté. Mais cela n’implique pas que les mécanismes pour les faire fonctionner doivent eux aussi être complexes. C’est même là une erreur profonde qui est à la base de la justification des pires dictatures. On le voit avec nos 69 codes dont le nombre de pages va sans cesse à la hausse. La question n’est donc pas celle de la complexité dans l’absolu, mais celle des mécanismes minima permettant de faire fonctionner la société, ce qui est très différent. Et la thèse libérale, c’est que le respect strict du droit naturel suffit. J’attends la démonstration du contraire.
  •           On ne construit pas une utopie et il n’a jamais été le projet libertarien que de construire la Libertalie stricto sensus. En bons libéraux, notre projet politique passe par l’ordre spontané. Il s’agit que la société libre soit comprise et demandée par le peuple. A ce moment là, elle se mettra en place peu à peu et par le bas. Pas par le haut. C’est la stratégie de Ron Paul, celle du Mouvement des Libertariens et de la plupart des mouvements dans le monde.
  •           La prise en compte de la dangerosité du monde est un des phantasmes de GM, islamophobe bien connu. Mais Ron Paul – qu’il déteste – nous montre pourtant la voie : pacifisme résistant et expliqué. La menace islamique, tout comme la menace socialiste, ne disparaîtra que face à notre exemplarité et à notre pédagogie libérale. Il faut donner envie de Liberté aux peuples, par le commerce, par la rigueur, par l’explication et par la paix.


« Ce qui me mène à parler de mouvance libérale et non d’idéologie, comme cela se fait ici ou là, tient précisément à ce que le libéralisme, à mes yeux, n’est pas une idéologie, c’est à dire un ensemble d’idées censées avoir réponse à tout, et constituant un système clos, mais un ensemble ouvert d’idées, de principes » - Qui a dit le contraire ? Voir ma définition tout au début, je voudrais qu’on m’explique comment on peut faire plus simple et plus ouvert.

« en tant qu’ensemble ouvert, il ne peut à mes yeux se limiter à une approche économique, et a, indissociablement, fondamentalement, une dimension juridique. » - Encore une pique pour les libertariens, mais qui fait plouf. GM croit que parce que Rothbard était économiste, l’idée libertarienne ne serait qu’économique. Mais je l’invite à lire Ethique de la Liberté pour le convaincre du contraire. Et je rappelle ma définition du libéralisme, qui n’a rien d’économique.

« Le libéralisme, dès lors, est pour moi l’ensemble des discours défendant le droit des êtres humains et la société fondée sur le droit qui a été définie pour la première fois par John Locke dans Two Treatises on Government. » - J’ai plaisir à voir qu’il dit la même chose que moi. Il est dommage qu’il ne sache en tirer toutes les conséquences.

 « le gouvernement est le gardien du droit. Tant qu’il est gardien du droit, il est légitime, lorsqu’il cesse d’être gardien du droit et excède la définition de son rôle, il perd sa légitimité, et devient tyrannique. » - Non, Monsieur Millière, non.

Vous commettez ici l’erreur de tous les libéraux notamment minarchistes, confondre fonction régalienne et opérateur desdites fonctions. S’il faut un mécanisme de préservation et d’application du droit, les police et justice, il n’est en aucune façon obligatoire ni inéluctable qu’un gouvernement soit la seule manière de fournir ce service. Tant que vous n’aurez pas saisi cette nuance, vous ne pourrez pas pleinement comprendre la Liberté, ni les libertariens.

« Une société de droit ne peut rester une société de droit que si elle se donne les moyens de se défendre, et la défense fait partie intégrante du rôle de gardien du droit, car, sans défense, le droit peut se trouver vite écrasé. » - Qui a dit le contraire ?

« Dans un monde où il existe des régimes totalitaires, des fanatiques, des terroristes (je parlais plus haut de dangerosité), la défense implique d’endiguer ces régimes, ces fanatiques et ces terroristes, voire de les mettre hors d’état de nuire s’il est avéré qu’ils s’apprêtent à nuire. » - Non, Monsieur Millière, non.

Votre phrase porte en elle-même la contradiction qui permet d’éclairer votre erreur : « la défense implique d’endiguer ». Si on parle de défense, on parle d’un rôle réactif ou tout au plus préventif, mais pas d’un rôle agressif. Je rappelle que le libéralisme – voir plus haut – repose sur le principe de non-agression. Un libéral se défend, certes, mais n’agresse pas. Or vous nous parler « d’endiguer », de « mettre hors d’état de nuire » ? Il s’agit bien là d’agression si je ne m’abuse. Pire, vous suggérez cela avant toute légitime défense et sur la simple présomption, indémontrable, « qu’ils s’apprêtent à nuire » !? Et vous vous étonnez qu’ils continuent à nous haïr ?

« La notion de guerre juste est formulée par Thomas d’Aquin, dont l’importance pour la pensée du droit naturel est cruciale, et développée ensuite dans l’école de Salamanque, chez Francisco de Vitoria particulièrement (cf. De Jure belli Hispanorum in barbaros). » - Même erreur, Monsieur. Que je sache, ces auteurs étaient favorable à une guerre juste dans le seul cas d’une défense réactive, mais jamais selon le principe horrible de guerre préventive que vous mettez en avant. Grosse différence.

« Prétendre se situer dans le cadre du libéralisme classique, en en excluant la défense, les implications de l’économie planétarisée, l’existence du totalitarisme, du fanatisme, du terrorisme, est recourir au mensonge ou faire preuve de méconnaissance grave. » - Je crains que toute ma réponse soit de nature à montrer que le mensonge ou la méconnaissance sont plutôt de votre côté.


 « Parce qu’il est fondamentalement utopique, le libertarianisme est condamné à rester marginal. » - Permettez-moi de sourire. Quand bien même cela serait vrai, je n’y vois guère dans ce cas de raison pour vous inquiéter et vous échauffer de la sorte. Vous devriez rester très serein. Sauf bien sûr si, au fond de vous-même, comme je le pense, vous savez bien que c’est au contraire le libertarianisme qui est l’avenir de l’humanité – et que vous courrez pour monter dans le dernier wagon…