(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
Lyon est célèbre pour ses bouchons lyonnais, Toulouse sera-t-elle bientôt aussi célèbre que Paris pour ses interminables bouchons quotidiens ? Combien de personnes ne font désormais que du 10h – 16h au bureau pour éviter autant que possible de rester plus d’une heure trente sur la rocade ? La capacité de la rocade et des infrastructures ne suit pas celle de la démographie, et ce n’est pas en augmentant la place prise par les transports en commun que la fluidité du trafic pourra s’accroître.
Le dogme écolo-socialiste prétend qu’il y aurait trop d’automobilistes et que pour « sauver la planète », il faut les bouter hors de la ville. Les bouchons le démontrent, de nombreux Toulousains ne veut pas utiliser les transports en commun, cela pour bien des raisons (temps de trajet, flexibilité des horaires, couverture du réseau, etc.), et qu’ils préfèrent encore les bouchons au bus et au métro.
Si nos élus avaient à cœur le bien commun comme ils l’affichent, ils mettraient leurs dogmes de côté et chercheraient réellement à résorber ce problème social qui fait perde 2 ou 3 heures à des milliers de « travailleurs » chaque jour. Car les solutions existent, elles sont connues et faciles à mettre œuvre – mais supposent une démarche philosophique radicalement différente : privatiser la rocade.
Imaginez une rocade payante. « Quoi !? Horreur capitaliste ! Vade retro Satanas ! On va encore privilégier les riches au détriment des pauvres ! » Mais qui parle de riches ? Attendez donc un peu…
Payer l’accès à la rocade permettrait d’abord d’inciter certains automobilistes à suivre un autre trajet. Riche ou pauvre, on ne sait pas, ce sera à eux de décider – d’ailleurs, le vrai riche prend l’hélicoptère, pas la rocade, c’est donc un faux problème. Surtout, le prix pourra changer en fonction des bouchons – c’est tout l’intérêt. Cher, voire très cher en heures de pointe, justement pour faire fuir le conducteur occasionnel et ainsi réduire l’afflux de véhicules. Gratuit ou quasi gratuit la nuit ou les week-ends. Rien que ce mécanisme est une assurance presque certaine d’absence de bouchon.
« Mais il faut bien que ces voitures passent par ailleurs, donc on ne fait que déplacer le problème », dira le socialiste qui n’a pas bien pris la mesure du sujet. Si la rocade fait ainsi du profit, et si le trafic potentiel reste fort, eh bien l’entreprise qui la gère trouvera des solutions. Et elle aura les moyens et les incitations pour le faire. Par exemple, pourquoi pas une seconde rocade construite au-dessus de la première, avec moins de sorties et uniquement destinée au trafic de ceux qui traversent Toulouse, tels les poids lourds, et sans limite de vitesse ? Deux fois plus de place, deux tarifs, double capacité, et du trafic en moins au milieu du trafic local. Plus de bouchon, sans réel inconvénient.
Peu à peu, on verra des formules d’abonnement et même les grandes entreprises locales négocier des tarifs ou conditions pour leurs salariés. Et donc peu à peu, la rocade sera en partie financée par l’économie locale sur une base volontaire et en rapport direct avec l’intérêt économique – et non pas en fonction de cette dichotomie riche – pauvre qui ne veut rien dire et n’est pas liée au sujet.
Le financement ? Comme tout projet capitaliste : des fonds propres, des emprunts, des prévisions de chiffre d’affaire, voire même une souscription auprès des futurs usagers de cette nouvelle rocade. Et si cela marche, les entreprises elles-aussi prendront des participations. On peut même imaginer qu’Airbus passera commande pour ajouter une voie à la rocade réservée à ses employés. Ou tout autre possibilité, sans limite d’imagination. Et surtout sans aucun endettement public. Libres.
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Thursday, December 28, 2017
Thursday, December 14, 2017
La Poste : un service de + en + timbré !
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son socio-politico-économique.)
Avec des militants anticapitalismes en leur sein, il faut s’attendre à tout venant des directions des administrations ou entreprises publiques. Ainsi la Poste vient de révéler que : « Le prix du timbre pourrait augmenter de 24% en 5 ans ». La raison ? « La Poste viserait ainsi à compenser la baisse du nombre de lettres envoyées ». Grâce à Internet et aux emails, les échanges de courrier ou de documents, dématérialisés, sont plus rares. Mais ce n’est pas elle qui s’adapte, mais nous par le prix !
Tout chef d’entreprise aimerait pouvoir raisonner ainsi : « Tiens, j’ai une baisse de mes commandes ; hop, il me suffit d’augmenter le prix de mes produits ou services. » Tout citoyen normalement constitué sait que s’il agissait ainsi, notre chef d’entreprise verrait inéluctablement ses clients se tourner vers les concurrents plus compétitifs. Ah, cette vilaine concurrence qui donne aux clients égoïstes des prix toujours plus bas. Ah, ce vilain marché qui oblige l’entreprise publique à rester compétitive et à innover pour répondre au besoin des citoyens et exerce la pression sur les revenus.
Il est effectivement facile d’augmenter les prix quand on dispose d’un monopole : mais comment savoir le juste prix, le juste niveau du service si la concurrence n’est là pour corriger les errements des (ir)responsables ? Ne serait-ce pas plutôt « grâce » au marché que nous pouvons éviter les pires dérives ? N’est-ce pas « grâce » aux prix de plus en plus bas que tout consommateur peut s’offrir les produits et prestations adaptés à son besoin en fonction de ses priorités d’achat ? N’est-ce « grâce » à la multiplication de l’offre que le nombre de producteurs s’accroît et donc le potentiel d’emplois ? Seul un marché libre est en mesure d’offrir de telles perspectives, jamais un monopole de l’état.
D’ailleurs, partout où l’état intervient, l’augmentation des prix est visible, car il n’en a jamais assez. Incapable d’innover, comme la Poste, l’état, c’est la raréfaction de l’offre, et donc la réduction des vrais emplois. C’est le cercle vicieux où est tombé la France en donnant un pouvoir abusif à des bureaucrates croyant pouvoir faire fi des lois économiques. Issus du sérail administratif, ils ignorent ce la prise de risques sur le marché, mais donnent à longueur de journée des leçons sans rapport avec une économie saine. Et ils augmentent le timbre car ils ne savent pas faire d’économies.
Ainsi, la quasi-totalité de leurs décisions économiques conduisent à détruire les emplois. A grands coups de réglementations liberticides, les décisions ministérielles enfoncent un peu plus le pays dans le déclin. Les dépenses quotidiennes liées à des emplois administratifs inutiles dans la fonction publique ne peuvent plus être couvertes par les prélèvements. C’est le règne de la dépense forcée qui n’en finit plus. Il est amusant de constater que ceux qui n’ont de cesse de dénoncer le marché comme une jungle nous démontrent que trop de réglementation conduit à l’arbitraire économique.
L’état dit avoir besoin de plus d’argent pour ses dépenses, et hop, sa seule et unique solution, c’est de ponctionner sans vergogne un peu plus les citoyens. Ça ne vous rappelle rien ? Quand le roi dépensait plus que de raison ? Et hop, il s’offrait soit une descente dans les villages pour spolier les pauvres serfs, soit une petite guerre pour voler d’autres peuples ! Belle civilisation que voilà.
Pour la Poste, il parait que le successeur du responsable actuel, qui a confirmé son départ, pourrait faire d'autres choix stratégiques. Au moins souhaitons-lui d’être un peu plus réaliste sur l’activité de son entreprise pour l’adapter au marché avant que ce ne soit le marché qui ne l’y oblige.
Avec des militants anticapitalismes en leur sein, il faut s’attendre à tout venant des directions des administrations ou entreprises publiques. Ainsi la Poste vient de révéler que : « Le prix du timbre pourrait augmenter de 24% en 5 ans ». La raison ? « La Poste viserait ainsi à compenser la baisse du nombre de lettres envoyées ». Grâce à Internet et aux emails, les échanges de courrier ou de documents, dématérialisés, sont plus rares. Mais ce n’est pas elle qui s’adapte, mais nous par le prix !
Tout chef d’entreprise aimerait pouvoir raisonner ainsi : « Tiens, j’ai une baisse de mes commandes ; hop, il me suffit d’augmenter le prix de mes produits ou services. » Tout citoyen normalement constitué sait que s’il agissait ainsi, notre chef d’entreprise verrait inéluctablement ses clients se tourner vers les concurrents plus compétitifs. Ah, cette vilaine concurrence qui donne aux clients égoïstes des prix toujours plus bas. Ah, ce vilain marché qui oblige l’entreprise publique à rester compétitive et à innover pour répondre au besoin des citoyens et exerce la pression sur les revenus.
Il est effectivement facile d’augmenter les prix quand on dispose d’un monopole : mais comment savoir le juste prix, le juste niveau du service si la concurrence n’est là pour corriger les errements des (ir)responsables ? Ne serait-ce pas plutôt « grâce » au marché que nous pouvons éviter les pires dérives ? N’est-ce pas « grâce » aux prix de plus en plus bas que tout consommateur peut s’offrir les produits et prestations adaptés à son besoin en fonction de ses priorités d’achat ? N’est-ce « grâce » à la multiplication de l’offre que le nombre de producteurs s’accroît et donc le potentiel d’emplois ? Seul un marché libre est en mesure d’offrir de telles perspectives, jamais un monopole de l’état.
D’ailleurs, partout où l’état intervient, l’augmentation des prix est visible, car il n’en a jamais assez. Incapable d’innover, comme la Poste, l’état, c’est la raréfaction de l’offre, et donc la réduction des vrais emplois. C’est le cercle vicieux où est tombé la France en donnant un pouvoir abusif à des bureaucrates croyant pouvoir faire fi des lois économiques. Issus du sérail administratif, ils ignorent ce la prise de risques sur le marché, mais donnent à longueur de journée des leçons sans rapport avec une économie saine. Et ils augmentent le timbre car ils ne savent pas faire d’économies.
Ainsi, la quasi-totalité de leurs décisions économiques conduisent à détruire les emplois. A grands coups de réglementations liberticides, les décisions ministérielles enfoncent un peu plus le pays dans le déclin. Les dépenses quotidiennes liées à des emplois administratifs inutiles dans la fonction publique ne peuvent plus être couvertes par les prélèvements. C’est le règne de la dépense forcée qui n’en finit plus. Il est amusant de constater que ceux qui n’ont de cesse de dénoncer le marché comme une jungle nous démontrent que trop de réglementation conduit à l’arbitraire économique.
L’état dit avoir besoin de plus d’argent pour ses dépenses, et hop, sa seule et unique solution, c’est de ponctionner sans vergogne un peu plus les citoyens. Ça ne vous rappelle rien ? Quand le roi dépensait plus que de raison ? Et hop, il s’offrait soit une descente dans les villages pour spolier les pauvres serfs, soit une petite guerre pour voler d’autres peuples ! Belle civilisation que voilà.
Pour la Poste, il parait que le successeur du responsable actuel, qui a confirmé son départ, pourrait faire d'autres choix stratégiques. Au moins souhaitons-lui d’être un peu plus réaliste sur l’activité de son entreprise pour l’adapter au marché avant que ce ne soit le marché qui ne l’y oblige.
Saturday, December 2, 2017
Et si... l’éducation nationale était le problème ?
(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)
L’éducation nationale (EN) fait partie des mammouths sacrés de la République. Espèce en voie de disparation continuelle, déliquescente mais perfusée depuis quelques 70 ans, le premier employeur du pays reste le symbole dépérissant de notre pays socialiste en lente décomposition annoncée.
Les libéraux aiment à prendre l’EN pour cible de bien des façons. Elle est l’objet de critiques acerbes car incarnant le monopole d’état dans sa superbe lourdeur soviétique, aveugle et inefficace. Elle est le symbole de la mise sous cloche de la liberté d’enseignement privé, celui des grèves à répétitions au seul but corporatiste de ses privilégiés et du lent glissement dans les benchmarks mondiaux.
Mais en matière économique, l’EN est probablement le coupable le mieux caché, certes indirect mais bien réel, de la situation socio-économique de ce pays, rien de moins. Comment ça ? Simple.
Vous tomberez d’accord avec moi pour dire que l’économie est un domaine qui nous concerne tous. Le boulanger, l’ouvrier de nos avionneurs ou la douce infirmière peuvent difficilement éviter de se confronter aux réalités du marché – en faisant leurs courses ou en cherchant un travail – à celle de l’épargne – en tentant de sauver leurs maigres économies – ou encore à la spéculation en cotisant pour leur retraite, même s’ils ne sont probablement pas conscients de spéculer.
Mais justement, pourquoi la plupart des français ne sont-ils pas conscients de la nature économique de leurs actes ? Combien de CGTistes hurleraient de se faire traiter de spéculateurs, chose pourtant bien réelle ? Combien seraient surpris de s’entendre dire qu’ils comptent parmi les capitalistes parce qu’ils mettent de l’argent de côté, travaillent avant d’être payés, ou payent leur maison à crédit ?
Tout cela est la faute à l’EN. Car à l’école, on nous apprend plein de choses, dont tant ont une utilité disons obscure. Philosophie, histoire, musique parfois, éducation civique quand on a de la chance, latin ou grec ancien alors que plus personne ne les parlent. Mais pas d’économie, rien du tout.
Certes, certaines filières au lycée ont droit à quelques heures où des absurdités tirées de Keynes leur sont assénées, au point d’en convaincre beaucoup de l’inutilité de la chose et de faire des rares qui en gardent souvenir de faux savants. Mais il demeure, l’immense majorité des français n’a pas la moindre notion de base en économie. Parce que l’EN ne leur apprend rien et va même jusqu’à les convaincre de la négativité de la matière. L’économie, c’est de droite, ce n’est donc « pas bien ».
Mais il n’y a là aucun hasard, aucune malchance. Le peuple Français ne compte pas parmi les plus ignares en économie par culture ni par penchant spécifique comme il a un penchant naturel pour la bonne chère. Non, c’est là le résultat d’une volonté politique, bien évidemment. Tout à l’EN est politique. C’est son objet même que de nous endoctriner et de faire de nous de piètres citoyens. Quand on voit la force des débats annuels sur les programmes, comment voulez-vous que ce soit autre chose qu’une volonté du pouvoir et des cadres de l’EN que nous soyons tous si ignorants ?
Car un peuple ignorant dans le domaine économique est un peuple auquel on peut raconter et faire n’importe quoi sans qu’il se soulève trop souvent. La démocratie moderne repose sur la promesse clientéliste. L’homme politique ne peut y faire carrière que par sa capacité à promettre des choses en réalité impossibles et sans que cela se voit. Ou plutôt, qui ne sont possibles qu’à condition d’aller à l’encontre de tous les principes et lois de base de la science économique. Il faut donc pouvoir mentir constamment sans que jamais personne ne s’aperçoive de, ou n’ose révéler les mensonges.
Car l’économie est bien une science, à l’inverse de ce qu’on entend. Les actes politiques ont ainsi des conséquences certaines. Mais l’enseigner à tous donnerait à chacun les moyens de comprendre que le politicien nous ment. Alors l’EN est devenue le complice « formateur ». A quand la libéralisation ?
L’éducation nationale (EN) fait partie des mammouths sacrés de la République. Espèce en voie de disparation continuelle, déliquescente mais perfusée depuis quelques 70 ans, le premier employeur du pays reste le symbole dépérissant de notre pays socialiste en lente décomposition annoncée.
Les libéraux aiment à prendre l’EN pour cible de bien des façons. Elle est l’objet de critiques acerbes car incarnant le monopole d’état dans sa superbe lourdeur soviétique, aveugle et inefficace. Elle est le symbole de la mise sous cloche de la liberté d’enseignement privé, celui des grèves à répétitions au seul but corporatiste de ses privilégiés et du lent glissement dans les benchmarks mondiaux.
Mais en matière économique, l’EN est probablement le coupable le mieux caché, certes indirect mais bien réel, de la situation socio-économique de ce pays, rien de moins. Comment ça ? Simple.
Vous tomberez d’accord avec moi pour dire que l’économie est un domaine qui nous concerne tous. Le boulanger, l’ouvrier de nos avionneurs ou la douce infirmière peuvent difficilement éviter de se confronter aux réalités du marché – en faisant leurs courses ou en cherchant un travail – à celle de l’épargne – en tentant de sauver leurs maigres économies – ou encore à la spéculation en cotisant pour leur retraite, même s’ils ne sont probablement pas conscients de spéculer.
Mais justement, pourquoi la plupart des français ne sont-ils pas conscients de la nature économique de leurs actes ? Combien de CGTistes hurleraient de se faire traiter de spéculateurs, chose pourtant bien réelle ? Combien seraient surpris de s’entendre dire qu’ils comptent parmi les capitalistes parce qu’ils mettent de l’argent de côté, travaillent avant d’être payés, ou payent leur maison à crédit ?
Tout cela est la faute à l’EN. Car à l’école, on nous apprend plein de choses, dont tant ont une utilité disons obscure. Philosophie, histoire, musique parfois, éducation civique quand on a de la chance, latin ou grec ancien alors que plus personne ne les parlent. Mais pas d’économie, rien du tout.
Certes, certaines filières au lycée ont droit à quelques heures où des absurdités tirées de Keynes leur sont assénées, au point d’en convaincre beaucoup de l’inutilité de la chose et de faire des rares qui en gardent souvenir de faux savants. Mais il demeure, l’immense majorité des français n’a pas la moindre notion de base en économie. Parce que l’EN ne leur apprend rien et va même jusqu’à les convaincre de la négativité de la matière. L’économie, c’est de droite, ce n’est donc « pas bien ».
Mais il n’y a là aucun hasard, aucune malchance. Le peuple Français ne compte pas parmi les plus ignares en économie par culture ni par penchant spécifique comme il a un penchant naturel pour la bonne chère. Non, c’est là le résultat d’une volonté politique, bien évidemment. Tout à l’EN est politique. C’est son objet même que de nous endoctriner et de faire de nous de piètres citoyens. Quand on voit la force des débats annuels sur les programmes, comment voulez-vous que ce soit autre chose qu’une volonté du pouvoir et des cadres de l’EN que nous soyons tous si ignorants ?
Car un peuple ignorant dans le domaine économique est un peuple auquel on peut raconter et faire n’importe quoi sans qu’il se soulève trop souvent. La démocratie moderne repose sur la promesse clientéliste. L’homme politique ne peut y faire carrière que par sa capacité à promettre des choses en réalité impossibles et sans que cela se voit. Ou plutôt, qui ne sont possibles qu’à condition d’aller à l’encontre de tous les principes et lois de base de la science économique. Il faut donc pouvoir mentir constamment sans que jamais personne ne s’aperçoive de, ou n’ose révéler les mensonges.
Car l’économie est bien une science, à l’inverse de ce qu’on entend. Les actes politiques ont ainsi des conséquences certaines. Mais l’enseigner à tous donnerait à chacun les moyens de comprendre que le politicien nous ment. Alors l’EN est devenue le complice « formateur ». A quand la libéralisation ?
Tuesday, August 30, 2011
Google est-il liberal ?
Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?
Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante, tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.
Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.
En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.
En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…
Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.
Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.
Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.
Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.
L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.
Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.
Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.
Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.
La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?
Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.
Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.
Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.
Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.
Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.
Sunday, January 24, 2010
Sur la liberté monétaire. La vraie.
Bien que ce sujet ne fasse guère la une des grands médias, la liberté monétaire est un des fondamentaux de tout système socio-politique réellement garant des libertés de ses concitoyens, et beaucoup ont une analyse impropre des conditions à remplir pour garantir une vraie liberté dans ce domaine.
Pourquoi cela ? Il y a probablement de nombreuses raisons qui se combinent, mais il me semble que tout simplement nous sommes aujourd'hui au sein d'un système monétaire tellement éloigné de ses origines libres et libérales qu'il nous est désormais très difficile d'imaginer le modèle tel qu'il a été il n'y a guère plus d'un ou deux siècles de cela, et tel qu'il devrait certainement redevenir. Il est possible aussi que certains acceptent des compromis entre l'idéal et la réalité d'aujourd'hui - ce que je peux comprendre - mais qui ne change rien à la "non-libéralité" de ce qu'ils proposent.
Je ne suis certainement pas un expert moi-même, ce sujet a simplement été largement élaboré par les grands économistes autrichiens L.v.Mises et M.N.Rothbard, je me contente de leur emprunter les principes - j'inclus plus bas quelques liens de référence.
Liberté Chérie (LC), excellent mouvement libéral, a récemment publié un bon article à vocation de vulgarisation sur la vision libérale de la monnaie et d'un système monétaire libre.
L'article comporte cependant à mon sens quelques erreurs sur lesquelles je voudrais revenir.
Rendons à César ce qui lui revient, LC annonce que même chez les libéraux, deux vues s'opposent, ceux qui pensent que les banques peuvent user d'une réserve fractionnaire et ceux qui pensent que le concept même de réserve fractionnaire n'est pas libéral.
J'appartiens à la seconde catégorie, comme à mon sens Mises et Rothbard, et je voudrais tenter d'expliquer ici pourquoi une réserve fractionnaire, même soumise au marché, n'a rien de libéral.
Après avoir fort justement rappelé qu'il ne peut y avoir de monnaie libre que basée sur l'or - ou l'argent, le platine, bref, les métaux précieux - LC commence par poser le principe fondamental :
Absolument. Ce qui permet à l'or d'être adopté comme monnaie universelle, c'est sa malléabilité et son intégrité. Les unités monétaires n'ont pas de sens dans l'absolu. Qu'un franc-or soit un franc n'importe pas si vous commercez avec un turc, ce qui lui importe, ce sont les x grammes d'or de la pièce échangée.
Le principe donc pose que la seule unité de monnaie universelle est le poids du métal, de l'or, et non le numéraire arbitraire en francs ou dollars. Continuons.
Puis :
C'est l'idée centrale du "gold standard". Avec un bémol toutefois : Pour que cela fonctionne réellement, il faut que ce modèle soit adopté non pas par "un pays", mais bien à l'échelle mondiale, celle des échanges commerciaux réels d'aujourd'hui.
Une phrase de Mises met ce fait en lumiere, illustrant fort positivement la force à long terme de l'économie sur les gouvernements : "No government is, however, powerful enough to abolish the gold standard." Ce fut écrit en 1949, n'oublions pas.
Arrive ensuite le point source de différend :
En faveur de l'option fractionnaire, LC avance les arguments de service suivants :
Mises illustre cette évolution historique des banques vers le fractionnement :
"[Banks] considered it harmless not to keep the whole equivalent of the receipts issued as a cash reserve in their vaults. They were confident that they would always be in a position to comply with their obligations and, without delay, redeem the notes issued even if they were to lend a part of the deposits. Banknotes became fiduciary media within the operation of the unhampered market economy." C'est le moment où certificats et stock cessèrent de correspondre en valeur.
Malheureusement, penser cela comme libéral ne tient pas l'analyse. Une réserve fractionnaire correspond toujours à un vol des clients et des concitoyens, ce qui ne saurait être un principe libéral. Mais pourquoi donc cela ?
Nous l'avons vu, LC rappelle en introduction que la seule unité monétaire valable, c'est le poids en métal, et non pas son équivalent fiduciaire (franc, dollar, etc.). Or (!) le concept de réserve fractionnaire consiste ni plus ni moins à créer de l'or à partir de rien ! L'alchimie suprême ! Il repose également sur une omission majeure quant aux risques encourus. Il manifeste enfin inversion intellectuelle entre actif et passif de la banque, ce qui n'est rien moins que du vol envers les clients.
La création d'or tout d'abord. Il n'est pas besoin de fractionner la "réserve" pour comprendre la question de fond, celle de l'unité, prenons un scénario totalement banal.
Supposons une banque qui dispose de 100 tonnes d'or et émet des certificats - les billets de banque - de 1 kilo chacun. Il y a donc 100.000 certificats en circulation à ce moment là. Puis pour une raison quelconque, certains clients décident de retirer du liquide - terme provenant de l'or liquide - disons pour 50 tonnes. Elle se retrouve avec 50 tonnes en stock, et 50.000 certificats inutiles - ceux qu'on vient de lui rendre pour effectuer les retraits. Il est bien évidemment tentant de remettre ces certificats en circulation, pour amortir leur coût entre autres. C'est bien ce qui ce passe en réserve fractionnaire.
Mais on oublie que dans ce cas là, la valeur des certificats n'est plus de 1 Kg chacun, mais bien de 500g seulement. Car l'unité ne peut pas changer, ce n'est pas celle inscrite sur le certificat qui prime, mais uniquement celle de l'or en stock.
La règle de base d'une monnaie libre basée sur un gold-standard, c'est que l'unité inscrite sur les billets correspond à tout moment au poids d'or auquel ils donnent droit. Déroger à cette règle, c'est sortir de l'étalon-or.
Tout ceci est bien mieux expliqué par Mises lui-même dans Human Action, chapitre 17, section 12, "The Limitation on the Issuance of Fiduciary Media".
LC évoque l'argument de la prise de risque liée à la gestion du fractionnement. Mais quel risque pour qui ? La banque doit certes dans ce schéma gérer son risque de faillite dû à son incapacité possible à restituer l'or.
Mais on oublie le risque principal, celui qui fait le plus mal et qui est la source de la plupart des maux de notre économie actuelle : la perte de valeur des certificats pour le citoyen lambda, bref en d'autres termes, le vol généralisé des citoyens par les banques.
Car à partir du moment où on accepte l'idée qu'il peut y avoir deux comptabilités parce que deux unités, dont l'équivalence n'est que sous contrôle bancaire, celle exprimée en or et correspondant à la masse en stock, et celle des billets ou certificats, on ouvre la porte à l'inflation mécanique et systématique.
Dans l'exemple précédent, avoir 100.000 certificats en circulation alors qu'il n'y a que 50 tonnes en stock implique que les possesseurs de certificats, ceux qui ont laissé leur or à la banque, voient leur garantie divisée par deux alors qu'il n'y sont pour strictement rien. Pas très libéral à mon goût.
Le risque n'est donc pas tant pour la banque - une faillite, ça va ça vient - mais surtout pour tous les petits porteurs de certificats qui ne maîtrisent plus la valeur de leurs dépôts en garantie.
Analysons ensuite l'aspect comptable. Aujourd'hui, lorsqu'on reçoit un relevé bancaire, on ne fait plus attention aux deux mots et colonnes 'débit' et 'crédit'.
Pourtant, je me souviens tout gamin avoir posé la question à mon père : pourquoi quand je mets de l'argent sur mon compte, j'augmente mon crédit ? Pourtant, c'est mon argent et c'est alors la banque qui me le doit. C'est la banque qui devient mon créditeur, pas l'inverse.
Et pourtant, les magnifiques lois et réglementations bancaires sont ainsi faites depuis en gros deux siècles qu'à partir du moment où on dépose chez une banque, la somme déposée est juridiquement considérée comme la propriété de la banque. Dès lors, mon dépôt s'inscrit à mon crédit, puis c'est la banque qui prend possession de la somme. Superbe supercherie non ?
Alors forcement, la banque peut dès ce moment là prendre les risques qu'elle veut avec son-argent-qui-est-en-réalité-le-mien.
LC - ou du moins certains libéraux - avance l'idée qu'une approche réellement libérale consiste à laisser le marché décider quelles banques ou monnaies, entre celles pratiquant la réserve fractionnaire et les autres, méritent de rester sur le marché. L'idée semble généreuse, mais je pense qu'elle n'a pas de sens.
Que peut-il se passer ? Supposons ainsi deux banques sur un marché libre, une pratiquant le fractionnement (F) et l'autre optant pour un dépôt strict (S). A priori, F met en avant envers ses clients un risque de dépôt plus élevé, mais un accès au crédit simple et de montants plus élevés que S. A l'inverse, S promeut sa totale garantie de dépôt, au prix d'un accès à un crédit plus réduit ou plus cher. Vive le marché libre.
Le client C qui dépose 100 grammes d'or chez F et 100 chez S va très vite comprendre comment le système fonctionne. Ses 100g chez S sont 100% sûrs. Par contre, sa garantie sur l'or qu'il laisse chez F fond comme neige au soleil au fur et à mesure que F consent des prêts fractionnaires à d'autres que lui.
Deux options pour C. Il retire son or confié à F pour le mettre chez S. Autrement dit, F fait faillite à terme. Ou bien C tente de prendre sa part du gâteau et contracte un prêt auprès de F. Il contribue ainsi à accroître l'instabilité de F et à convaincre un autre client A de retirer son or pour le confier à S. Dans tous les cas, F finit par faire faillite par manque de fonds face à S. Ou sinon, S rachète F avant qu'il fasse faillite, ce qui revient au même.
Notons que ce scénario limpide n'a même pas besoin de supposer que les deux banques émettent des certificats différents ou mutuellement reconnus. C'est la différence de garantie qui fait le jeu.
Les libéraux pro-fractionnement ont quelque part raison, on peut laisser le marché décider librement en faveur ou non des banques à réserve fractionnaire. Sauf qu'à mon avis, il est facile de deviner à l'avance ce que le marché décidera. La banque libre, c'est celle qui préserve mon argent.
Bien librement.
Pourquoi cela ? Il y a probablement de nombreuses raisons qui se combinent, mais il me semble que tout simplement nous sommes aujourd'hui au sein d'un système monétaire tellement éloigné de ses origines libres et libérales qu'il nous est désormais très difficile d'imaginer le modèle tel qu'il a été il n'y a guère plus d'un ou deux siècles de cela, et tel qu'il devrait certainement redevenir. Il est possible aussi que certains acceptent des compromis entre l'idéal et la réalité d'aujourd'hui - ce que je peux comprendre - mais qui ne change rien à la "non-libéralité" de ce qu'ils proposent.
Je ne suis certainement pas un expert moi-même, ce sujet a simplement été largement élaboré par les grands économistes autrichiens L.v.Mises et M.N.Rothbard, je me contente de leur emprunter les principes - j'inclus plus bas quelques liens de référence.
Liberté Chérie (LC), excellent mouvement libéral, a récemment publié un bon article à vocation de vulgarisation sur la vision libérale de la monnaie et d'un système monétaire libre.
L'article comporte cependant à mon sens quelques erreurs sur lesquelles je voudrais revenir.
Rendons à César ce qui lui revient, LC annonce que même chez les libéraux, deux vues s'opposent, ceux qui pensent que les banques peuvent user d'une réserve fractionnaire et ceux qui pensent que le concept même de réserve fractionnaire n'est pas libéral.
J'appartiens à la seconde catégorie, comme à mon sens Mises et Rothbard, et je voudrais tenter d'expliquer ici pourquoi une réserve fractionnaire, même soumise au marché, n'a rien de libéral.
Après avoir fort justement rappelé qu'il ne peut y avoir de monnaie libre que basée sur l'or - ou l'argent, le platine, bref, les métaux précieux - LC commence par poser le principe fondamental :
En tant que monnaie, l'or s'utilise selon son poids. Peu importe le chiffre inscrit sur une pièce d'or ou son pays d'origine.
Absolument. Ce qui permet à l'or d'être adopté comme monnaie universelle, c'est sa malléabilité et son intégrité. Les unités monétaires n'ont pas de sens dans l'absolu. Qu'un franc-or soit un franc n'importe pas si vous commercez avec un turc, ce qui lui importe, ce sont les x grammes d'or de la pièce échangée.
Le principe donc pose que la seule unité de monnaie universelle est le poids du métal, de l'or, et non le numéraire arbitraire en francs ou dollars. Continuons.
Dans un pays où régnerait la liberté monétaire, toute entreprise serait
libre de créer une monnaie. L'entreprise A pourrait acquérir une certaine
quantité d'or et le vendre à des clients. Ceux-ci pourraient ensuite faire des
achats avec des pièces ou des lingots d'or.
Puis :
Le système décrit ci-dessus repose sur une réserve totale des banques. C'est-à-dire que les banques gardent constamment en réserve l'intégralité de l'or qui leur a été confié. Leur seule tâche est de conserver l'or en sécurité et d'émettre des certificats d'or.
C'est l'idée centrale du "gold standard". Avec un bémol toutefois : Pour que cela fonctionne réellement, il faut que ce modèle soit adopté non pas par "un pays", mais bien à l'échelle mondiale, celle des échanges commerciaux réels d'aujourd'hui.
Une phrase de Mises met ce fait en lumiere, illustrant fort positivement la force à long terme de l'économie sur les gouvernements : "No government is, however, powerful enough to abolish the gold standard." Ce fut écrit en 1949, n'oublions pas.
Arrive ensuite le point source de différend :
Nous arrivons à un point qui divise les défenseurs de la liberté monétaire. Pour les uns, seul le système de réserve intégrale doit être autorisé. Pour d'autres, les banques doivent pouvoir proposer un système de réserve fractionnaire.
En faveur de l'option fractionnaire, LC avance les arguments de service suivants :
Elles [NB les banques à réserve fractionnaire] ne conserveraient qu'une partie de l'argent qui leur est confié en réserve, avec l'accord de leurs clients évidemment. L'inconvénient de cette pratique est évident, si tous les clients venaient retirer leur argent en même temps, la banque serait incapable de rendre à chacun ce qui leur est dû. En échange de cette prise de risque, les banques pourraient diminuer, voire annuler les frais de conservation en prêtant contre intérêt une partie de l'or déposé par leur clients. En outre, les taux d'intérêts proposés par ces banques seraient plus faibles.
Mises illustre cette évolution historique des banques vers le fractionnement :
"[Banks] considered it harmless not to keep the whole equivalent of the receipts issued as a cash reserve in their vaults. They were confident that they would always be in a position to comply with their obligations and, without delay, redeem the notes issued even if they were to lend a part of the deposits. Banknotes became fiduciary media within the operation of the unhampered market economy." C'est le moment où certificats et stock cessèrent de correspondre en valeur.
Malheureusement, penser cela comme libéral ne tient pas l'analyse. Une réserve fractionnaire correspond toujours à un vol des clients et des concitoyens, ce qui ne saurait être un principe libéral. Mais pourquoi donc cela ?
Nous l'avons vu, LC rappelle en introduction que la seule unité monétaire valable, c'est le poids en métal, et non pas son équivalent fiduciaire (franc, dollar, etc.). Or (!) le concept de réserve fractionnaire consiste ni plus ni moins à créer de l'or à partir de rien ! L'alchimie suprême ! Il repose également sur une omission majeure quant aux risques encourus. Il manifeste enfin inversion intellectuelle entre actif et passif de la banque, ce qui n'est rien moins que du vol envers les clients.
La création d'or tout d'abord. Il n'est pas besoin de fractionner la "réserve" pour comprendre la question de fond, celle de l'unité, prenons un scénario totalement banal.
Supposons une banque qui dispose de 100 tonnes d'or et émet des certificats - les billets de banque - de 1 kilo chacun. Il y a donc 100.000 certificats en circulation à ce moment là. Puis pour une raison quelconque, certains clients décident de retirer du liquide - terme provenant de l'or liquide - disons pour 50 tonnes. Elle se retrouve avec 50 tonnes en stock, et 50.000 certificats inutiles - ceux qu'on vient de lui rendre pour effectuer les retraits. Il est bien évidemment tentant de remettre ces certificats en circulation, pour amortir leur coût entre autres. C'est bien ce qui ce passe en réserve fractionnaire.
Mais on oublie que dans ce cas là, la valeur des certificats n'est plus de 1 Kg chacun, mais bien de 500g seulement. Car l'unité ne peut pas changer, ce n'est pas celle inscrite sur le certificat qui prime, mais uniquement celle de l'or en stock.
La règle de base d'une monnaie libre basée sur un gold-standard, c'est que l'unité inscrite sur les billets correspond à tout moment au poids d'or auquel ils donnent droit. Déroger à cette règle, c'est sortir de l'étalon-or.
Tout ceci est bien mieux expliqué par Mises lui-même dans Human Action, chapitre 17, section 12, "The Limitation on the Issuance of Fiduciary Media".
LC évoque l'argument de la prise de risque liée à la gestion du fractionnement. Mais quel risque pour qui ? La banque doit certes dans ce schéma gérer son risque de faillite dû à son incapacité possible à restituer l'or.
Mais on oublie le risque principal, celui qui fait le plus mal et qui est la source de la plupart des maux de notre économie actuelle : la perte de valeur des certificats pour le citoyen lambda, bref en d'autres termes, le vol généralisé des citoyens par les banques.
Car à partir du moment où on accepte l'idée qu'il peut y avoir deux comptabilités parce que deux unités, dont l'équivalence n'est que sous contrôle bancaire, celle exprimée en or et correspondant à la masse en stock, et celle des billets ou certificats, on ouvre la porte à l'inflation mécanique et systématique.
Dans l'exemple précédent, avoir 100.000 certificats en circulation alors qu'il n'y a que 50 tonnes en stock implique que les possesseurs de certificats, ceux qui ont laissé leur or à la banque, voient leur garantie divisée par deux alors qu'il n'y sont pour strictement rien. Pas très libéral à mon goût.
Le risque n'est donc pas tant pour la banque - une faillite, ça va ça vient - mais surtout pour tous les petits porteurs de certificats qui ne maîtrisent plus la valeur de leurs dépôts en garantie.
Analysons ensuite l'aspect comptable. Aujourd'hui, lorsqu'on reçoit un relevé bancaire, on ne fait plus attention aux deux mots et colonnes 'débit' et 'crédit'.
Pourtant, je me souviens tout gamin avoir posé la question à mon père : pourquoi quand je mets de l'argent sur mon compte, j'augmente mon crédit ? Pourtant, c'est mon argent et c'est alors la banque qui me le doit. C'est la banque qui devient mon créditeur, pas l'inverse.
Et pourtant, les magnifiques lois et réglementations bancaires sont ainsi faites depuis en gros deux siècles qu'à partir du moment où on dépose chez une banque, la somme déposée est juridiquement considérée comme la propriété de la banque. Dès lors, mon dépôt s'inscrit à mon crédit, puis c'est la banque qui prend possession de la somme. Superbe supercherie non ?
Alors forcement, la banque peut dès ce moment là prendre les risques qu'elle veut avec son-argent-qui-est-en-réalité-le-mien.
LC - ou du moins certains libéraux - avance l'idée qu'une approche réellement libérale consiste à laisser le marché décider quelles banques ou monnaies, entre celles pratiquant la réserve fractionnaire et les autres, méritent de rester sur le marché. L'idée semble généreuse, mais je pense qu'elle n'a pas de sens.
Que peut-il se passer ? Supposons ainsi deux banques sur un marché libre, une pratiquant le fractionnement (F) et l'autre optant pour un dépôt strict (S). A priori, F met en avant envers ses clients un risque de dépôt plus élevé, mais un accès au crédit simple et de montants plus élevés que S. A l'inverse, S promeut sa totale garantie de dépôt, au prix d'un accès à un crédit plus réduit ou plus cher. Vive le marché libre.
Le client C qui dépose 100 grammes d'or chez F et 100 chez S va très vite comprendre comment le système fonctionne. Ses 100g chez S sont 100% sûrs. Par contre, sa garantie sur l'or qu'il laisse chez F fond comme neige au soleil au fur et à mesure que F consent des prêts fractionnaires à d'autres que lui.
Deux options pour C. Il retire son or confié à F pour le mettre chez S. Autrement dit, F fait faillite à terme. Ou bien C tente de prendre sa part du gâteau et contracte un prêt auprès de F. Il contribue ainsi à accroître l'instabilité de F et à convaincre un autre client A de retirer son or pour le confier à S. Dans tous les cas, F finit par faire faillite par manque de fonds face à S. Ou sinon, S rachète F avant qu'il fasse faillite, ce qui revient au même.
Notons que ce scénario limpide n'a même pas besoin de supposer que les deux banques émettent des certificats différents ou mutuellement reconnus. C'est la différence de garantie qui fait le jeu.
Les libéraux pro-fractionnement ont quelque part raison, on peut laisser le marché décider librement en faveur ou non des banques à réserve fractionnaire. Sauf qu'à mon avis, il est facile de deviner à l'avance ce que le marché décidera. La banque libre, c'est celle qui préserve mon argent.
Bien librement.
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