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Wednesday, December 6, 2017

Et si... le monopole monétaire conduisait à la violence ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Pouvoir imposer ses prix est pour celui qui fournit un produit ou un service une formidable occasion de vivre de rentes, et ce donc au détriment de ses clients, dont le choix n’est plus libre. Mais pouvoir imposer ses prix et disposer du privilège exclusif de la vente de ses produits suppose toujours que la concurrence doit avoir été rayée par la loi. Voilà le beau rêve de bien des producteurs : le monopole. Et rappelons-le pour ceux qui en douteraient encore : il n’y a pas de monopole sur le marché libre.

Par nature, l’échange économique libre est pacifique, car choisi. Lorsque vous décidez d’un achat, aucun commerçant ne vous force à choisir son produit, contrairement au système politique qui vous impose ses services et ses impôts. Tout monopole est donc à voir comme une violence à l’encontre de l’humanité, car la finalité est plus de tricher que de d’affronter le marché en réponse à un besoin.

Pourquoi alors la monnaie devrait-elle faire l’objet d’un monopole, donc par la loi ? Constatons ainsi qu’avoir laissé le monopole de création monétaire aux mains d’une institution monopoliste (état ou banque centrale) a entraîné et entraîne encore une inflation qui n’est que violence faite aux bas de laine. Constatons que l’être humain n’a plus la possibilité du choix de sa monnaie. (*) Constatons qu’il doit spéculer sur d’autres produits pour protéger ses économies des déséquilibres monétaires et économiques qui en découlent. Enfin constatons que le monopole monétaire ne sert que les institutions et ceux qui ont compris comment en profiter, mais jamais les peuples, qui paient le prix.

La concurrence oblige à la performance et sert l’intérêt du petit peuple. Protéger les peuples par la concurrence monétaire est nécessaire pour obliger les fournisseurs de monnaie à être performants, mais encore faudrait-il que la concurrence monétaire soit instaurée. C’est même plus exigeant que cela : la concurrence monétaire pousse à sortir de la logique d’émetteur de monnaie à celle de monnaie émergeant du marché par le choix spontané et combiné des foules d’acteurs du marché.

Les citoyens sont soumis à la contrainte du paiement des impôts et taxes à l’institution monopoliste qu’est l’état. Les hommes de l’état, pour justifier tous ces prélèvements, prétendent que leur travail est effectué dans un soi-disant intérêt général. Mais eux, agissent-ils de manière désintéressée ?

En effet, constatez que la finalité des hommes d’état n’est pas votre bonheur (avez-vous besoin de l’état pour vivre ?) mais bien de vous faire payer. Même si vous êtes un travailleur honnête, refuser de vous faire piller vous fera taxer de fraudeur fiscal ! Le terme « imposer » est un signe de violence. Quiconque affirme agir dans l’intérêt général prétend détenir un monopole qui ne pourra s’exprimer que dans la violence, l’histoire sécrète de nombreux exemples qui finissent dans un bain de sang.

Le monopole monétaire a un but plus sordide encore : notre appauvrissement planifié. L’état n’a en aucun cas intérêt à ce que ses citoyens s’enrichissent tous de trop. La pleine prospérité de la masse donnerait à chacun de nous, ou du moins à une forte minorité motivée, les moyens de s’opposer, voire de se révolter et de pousser à l’indépendance. Pour assurer ses revenus, l’état doit assurer notre dépendance, qui passe pour beaucoup par une relative pauvreté. C’est là qu’intervient l’autre face de la monnaie et de l’inflation, qui en plus d’enrichir l’état nous interdisent la libre prospérité.

La raison humaine ne peut admettre durablement le monopole sous quelque forme que ce soit. A contrario, la concurrence assumée permet le libre choix de contracter ou nom avec celui qui fournit un produit ou un service : la monnaie, outil social essentiel, est elle aussi du domaine du libre choix.

(*) Cet article fut écrit à un moment où le BitCoin était connu mais restait largement hypothétique et les valeurs qu’il atteint à ce jour (11 000 € ou plus) n’avaient rien de vraisemblables. Pour autant, le statut de monnaie réelle, courante et universelle est encore loin d’être atteint pour ce type de technologies en plein essor et qui fait bien du bruit, mais qui n’est pas encore arrivé dans les poches.

Friday, December 1, 2017

Et si… tous les Nobel de la Terre…

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

A la sortie de la messe de Davos, nous arrivons dans la période annuelle où va se répéter une autre messe mondiale, tout aussi ridicule. Le Prix Nobel voulait saluer à l’origine les meilleurs travaux scientifiques, mais il s’est vu dévoyé sur deux matières pour en devenir un sommet de politiquement correct contre-productif : la paix et l’économie. On passera ici sur le Nobel de la Paix en espérant juste que cette année il aille à un Edward Snowden plutôt qu’à nouveau à un despote tel Obama. Mais il est probable que le Nobel d’Economie cette fois encore soit remis à un incompétent, j’ai nommé entre autres les Paul Krugman, Joseph Stiglitz ou Amartya Sen ou nombreux similaires.

Comment un simple citoyen peut-il se permettre une affirmation aussi péremptoire ? C’est tout simplement une question d’information, que vous pouvez vérifier par vous-même. Je sais qu’il existe une autre théorie économique que les leurs. Une qui « marche ». Cette théorie, dite de l’école autrichienne, explique bien mieux tous les phénomènes économiques, tout en restant bien plus digeste et abordable que les usines à gaz mathématiques célébrées par l’académie suédoise.

Pour être exact, il y a un et un seul économiste véritable qui fut célébré par les Nobel au cours des quarante dernières années : Friedrich von Hayek, en 1974, un économiste issu de cette école autrichienne justement, l’exception qui confirme la règle. Il fut récompensé pour avoir su exprimer le rôle informationnel majeur que jouent le (libre) marché et les prix à l’échelle planétaire pour faire se rencontrer offre et demande. Là où beaucoup croient devoir aligner les fonctionnaires, Hayek explique que le marché libre fait mieux juste en laissant les gens commercer librement.

A l’inverse, une des aberrations des économistes « tendance Nobel » et en général aussi tendance gauchiste tient en leur croyance en la « relance » économique par l’injection de monnaie. Or il est facile d’expliquer à quel point cela ne repose sur rien de réel, ou plutôt rien de réaliste, et combien c’est là la racine même de nos crises depuis plus de 40 ans. On ne peut relancer une économie, car une économie – on devrait parler de marché, plutôt – est faite par les gens, pas par les politiciens.

Imaginez qu’à un instant l’ensemble des Français possèdent disons 1 milliard d’euros – je simplifie en oubliant les autres pays. Puis que la Banque de France émette 1 autre milliard. Ce nouveau milliard va permettre au début à ceux qui l’ont émis et donc qui l’ont au bout des doigts d’acquérir des richesses – mais notez bien, pas d’en créer, juste d’en acquérir. Cette demande plus forte va faire monter les prix atour d’eux, puis plus loin au fur et à mesure que la manne se répand, jusqu’au moment où ce double d’euros en circulation soit fini d’intégrer. Deux fois plus d’euros, mais aucune richesse créée. Comme la monnaie est deux fois moins rare, elle vaut en gros deux fois moins et donc les prix montent jusqu’à doubler en moyenne. Mais les salaires eux, n’ont pas encore monté…

Cette explication simple mais réaliste – elle porte un nom depuis 300 ans, on l’appelle l’effet Cantillon – met plusieurs choses en lumière. D’abord, que l’économie, c’est simple et ne nécessite aucune équation compliquée. Ceux qui vous dirons l’inverse sont soit des menteurs soit des irréfléchis. Ensuite, la création de monnaie ne crée pas de richesse. Au contraire, comme les prix montent mais pas les bas de laine, elle appauvrit le peuple et surtout les plus pauvres par inflation. En plus, on voit au contraire que ceux qui profitent le plus de la nouvelle monnaie sont ceux qui l’émettent avant la hausse des prix, donc l’état et la finance. La création monétaire enrichit les bureaucrates et appauvrit le peuple – bref tout l’inverse de ce qu’on voudrait nous faire entendre.

Vous croyez que je me trompe ? Cherchez par vous-même, réfléchissez, vous vous rendrez compte.

Wednesday, September 28, 2011

Réponse a un logicien du dimanche


Stéphane Laborde, l'auteur farfelu de la "Théorie Relative de la Monnaie" et en rapport, du site http://www.creationmonetaire.info/, croit, dans son post "Philosophie Politique", avoir trouvé l'idée géniale et consensuelle permettant d'expliquer à la fois aux socialos et aux libertariens, mais aussi au passage au détracteur de sa 'TRM' que je suis, qu'ils ont tous un problème de logique et qu'en fait ils ne sont pas tant en opposition qu'on veut bien le dire - et surtout sans que eux, ces idiots, s'en rendent compte.

Il nous livre ainsi un de ces articles dont il a le secret, où comme pour la monnaie dont il aurait refondé la théorie, sous couvert de rigueur scientifico-logique, il est affligeant d'ineptie et de manque de lucidité. Voyons donc ce qu'il en est de cette prose philo-politique...

M.Laborde nous explique que : "Le problème vient de l'incompréhension de la nature des modèles logiques ou mathématiques. Une profonde incompréhension de la nature de ce que signifie "vrai" ou "faux", système logique cohérent ou incohérent. Mais que par ailleurs les jusnaturalistes font eux mêmes vis à vis des autres courants libéraux comme le géolibertarianisme et d'autres variations du libartarianisme dont le le libéralisme de gauche. Il faut donc éclaircir ce point d'abord d'un point de vue théorique général sur la nature d'un modèle et la logique, puis plus particulièrement sur les différences particulières entre ces courants libéraux.

En substance, les libertariens comme tout le monde n'ont pas compris qu'il y a plusieurs "univers logiques", que même vrai-ou-faux est une question de point de vue et donc que tout le monde a raison - ce qui au passage lui permet de justifier les soi-disant géolibertariens dont il se revendique. Nous verrons que c'est plutôt lui qui a un problème de fantaisie et de manque de rigueur...

Il continue ainsi en donnant comme exemple, classique, les conséquence de la découverte que la géométrie que nous connaissons tous, dite "euclidienne", n'est pas vraiment contradictoire avec la "non-euclidienne" : "En effet on a donc la géométrie euclidienne qui pose pour axiome (vérité posée "à priori" et base d'un système logique), (a) "deux droites parallèles ne se coupent pas". Quand Gauss affirme qu'il peut bâtir un système logique tout à fait cohérent qui pose (b) "deux droites parallèles peuvent se couper" le débat est lancé, et il est violent car on voit immédiatement que (a) et (b) s'opposent frontalement."

Il développe pour bien être sûr que les ignares que nous sommes comprennent et sont marqués à vie par le fer blanc de son génie, puis à partir de là, il en conclut que tout est possible, on peut dire tout et son contraire, car en fait il s'agit de choisir le bon référentiel, le bon univers logique : "Et donc on peut de façon très libre définir toute sorte de modèles, cohérents ou incohérents les uns par rapport aux autres, la cohérence étant une notion parfaitement relative, et donc la "vérité", le "vrai" ou le "faux", n'existent pas hors du modèle de référence qui permet de s'assurer que les assertions vraies ou fausses sont conformes ou non conformes au processus d'inférence (démonstrations à partir des axiomes). Sans donc préciser à quel modèle vous faites référence pour affirmer ou infirmer une affirmation vous êtes dans la liberté de choix de ce que vous définissez comme vrai ou faux. Mieux, vous proposez une définition conceptuelle qui peut n'avoir aucun référent dans un autre modèle. Il est donc vain d'affirmer que tel ou tel modèle est "absurde" ou "extrême" ou quoi que ce soit d'autre, si vous ne précisez pas le modèle de référence à partir duquel vous inférez ce résultat." (on ne s'attachera pas à noter les fautes d'orthograve...)

Soyons clairs, Stéphane Laborde ne dit pas que des bêtises - c'est d'ailleurs ce qui le rend dangereux pour la liberté. Il est tout à fait vrai que raisonner sur la base d'hypothèses aussi différentes que les axiomes euclidiens ou gaussiens conduit à des conclusions sans aucun rapports entre elles. Mais là s'arrête sa pertinence.

Car il commet dans cet exercice deux erreurs fondamentales : il croit que dans la vraie vie on peut librement choisir son univers logique et il croit qu'on peut être dans plusieurs univers en même temps. Hélas, on ne choisit pas la nature humaine, elle s'impose à nous.

Quel rapport avec la géométrie ? Dans la vie quotidienne, on se place le plus souvent dans l'hypothèse que les axiomes euclidiens s'appliquent. Ainsi l'architecte qui conçoit une tour immense suppose que ses parois verticales sont parallèles, qu'elles ne se se coupent pas. Est-ce un acte libre et gratuit de sa part, pouvait-il choisir autrement ? Non point, la géométrie euclidienne est utilisée simplement parce qu'elle modélise au plus près notre réalité et permet de ce fait d'obtenir des résultats fiables, c'est-à-dire en accord avec la réalité de ce monde où les parallèles sont... parallèles. Faites autrement, et votre tour s'écroule, comme l'euro de nos jours.

A l'inverse, mais selon la même logique, le marin - ou l'aviateur - choisit quant à lui la géométrie sphérique, une de celles où il existe des droites parallèles qui se coupent - les méridiens. Grâce à la géométrie sphérique, il peut calculer son itinéraire ou sa position en tenant au mieux compte de la rondeur de notre planète - problème que n'a pas l'architecte. Là encore, son choix, quoi que différent de celui de l'architecte, n'est pas un choix arbitraire, mais un choix de raison : il choisit le modèle, la théorie qui est la plus adaptée.

Certes, l'un comme l'autre pourrait décider d'utiliser une autre géométrie encore, mais leur liberté apparente serait alors "payée" par des résultats totalement farfelus ou par une complexité de calcul démesurée. On ne retiendra donc pas cette hypothèse car elle ne correspond à aucune réalité : dans la réalité, c'est la réalité justement qui détermine la théorie applicable, le choix de théorie est une pure illusion ou une fantaisie sans consistance. On ne modélise pas par plaisir ou par idéologie, mais par efficacité.

On en conclut donc que la soi-disant solution proposée par M.Laborde n'en est pas une, nous ne pouvons pas sauter d'une théorie à l'autre à notre gré pour valider toutes les incohérences du monde, simplement parce qu'il n'y a pas plusieurs théories - mais une seule - applicable à notre réalité physique et socio-économique. Et s'il devait en exister plusieurs, il faudrait qu'elles soient compatibles sans être incohérentes. L'incohérence théorique en matière sociale, ce n'est pas la liberté de l'observateur, mais c'est l'incompatibilité avec la nature humaine.

Enfonçons le clou, je vois venir l'objection : oui mais votre exemple ne parle que d'individus, donc d'un individu à un autre on pourrait parfaitement accepter de telles différences de référentiels et d'hypothèses. Non, cela ne marche pas non plus, simplement parce que la réalité est la même pour tout le monde. Il n'y a pas une réalité et un modèle pour la prof de philo de l'article et une autre pour l'économiste ou le "libéral de gauche". Tous sont condamnés à adopter la théorie qui colle le mieux à la réalité unique - celle promue par les libertariens - sauf à rester dans leur rêves idéologiques.

Revenons à la suite de l'article et exposé de Stéphane Laborde : "Passons donc maintenant à nos philosophies politiques. Il semble que dans cette vidéo cette enseignante a pour modèle de référence un modèle de type "autoritarisme socialiste" qui postule que l'Etat est central, fondamental. A partir de ce modèle, il est tout à fait justifié de déclarer qu'une position qui postule que l'Etat n'a pas de sens, que seuls existent des individus qui doivent se prendre en charge, est absurde et que par ailleurs la démocratie n'est pas forcément un modèle de société idéal. Mais l'inverse est vrai. A partir du modèle qui pose pour axiome la négation de la pertinence de l'Etat et qui pose la propriété comme devant être conforme à un autre axiome qui est le droit naturel (jusnaturalisme), bien évidemment, les modèles logiques qui réfutent ces assertions de façon axiomatique ou inférentielle apparaissent absurdes.
Il s'agit donc d'un dialogue de sourds, si chacune des parties ne fait qu'asséner de façon péremptoire des "vérités" qui ne sont que les conséquences de propositions axiomatiques particulières."

Son raisonnement se confirme et illustre bien mon propos : la vision politique de chacun dépend de son modèle de référence et ceci explique les malentendus entre personnes ne se référant pas au même modèle. Certes. Mais son erreur se confirme, il ne voit pas qu'on n'a pas cette liberté de pouvoir choisir >avec pertinence< le modèle de référence. Autrement dit, la prof de philosophie s'appuie peut-être sur une vision étatiste du monde, cela explique son discours, mais il n'en demeure pas moins qu'elle raconte des conneries justement parce qu'elle se réfère à un modèle totalement déconnecté de la réalité.

Notre ami en vient peu à peu à son sujet véritable - tout ceci jusqu'ici n'était qu'artifice et poudre aux yeux, son véritable objectif c'est bien sûr de nous expliquer qu'on peut être libéral et de gauche et que sa théorie de la monnaie est la seule valable. Pauvre garçon.

Voyons ce qu'il nous dit : "Quelle est la position du libéralisme de gauche dans ce débat ? Le libéralisme de gauche pose comme principe fondateur, comme axiome, ni le droit naturel, ni l'existence ou l'absence d'Etat ni l'autoritarisme, mais les libertés. Conformément au fondement du libéralisme liberté signifie non-nuisance. Aussi si droit il y a il doit être librement établi et donc modifiable par les individus par des moyens acceptables (exemple : pouvoir modifier la Constitution par une initiative démocratique), si Etat il y a il doit respecter les individus avant toute chose et ne doit en avantager ou désavantager aucun à commencer par ceux qui travaillent pour lui, donc appliquer un principe général de symétrie envers tous, permettre par exemple la subsidiarité etc... Si autoritarisme il y a ce ne peut être que pour s'assurer de la défense des droits de tous etc..."

La phrase importante, c'est la seconde : il prend comme axiome les libertés. Diantre. On l'a vu, on ne choisit pas son ou ses axiomes comme on choisit une chemise dans un dressing, il s'agit qu'il y ait de la pertinence à modéliser la réalité. Mais pire, "les libertés" ne sont tout simplement pas des axiomes, cela n'a aucun sens. Pour un libertarien la liberté - au singulier s'il vous plait - résulte de l'organisation sociale, c'est un aboutissement et non un point de départ. Pour être dans une société libre, et disposer de "libertés", il faut - et il suffit - que la société soit organisée en cohérence avec certains principes, autrement dit ces fameux "axiomes" réalistes.

Le reste de ce paragraphe est tout à fait acceptable et de bon sens. Il continue cependant avec : 
"A partir de là, le libéralisme de gauche ne se prononce pas sur les propriétés individuelles ou le rôle de l'Etat autrement qu'en affirmant que leur existence n'est cohérente avec les libertés que s'ils respectent la non-nuisance vis à vis d'autrui au sein du territoire où s'applique le droit modifiable, donc l'espace-temps qu'il définit. La non-nuisance n'étant par ailleurs aucunement définie de façon absolue mais procéde d'un droit librement établi, modifiable dans le temps selon les générations successives qui le façonnent par accords mutuels, selon des processus de type démocratiques."

Cependant, sa définition du "droit" est malpropre, il oublie que le droit est par définition l'instrument de la liberté, il ne peut donc être modifié que dans cette seule hypothèse, mais c'est un autre sujet qui va au-delà de cette réponse.

Il continue hardiment avec : "On comprendra donc pourquoi le libéralisme de gauche englobe le jusnaturalisme, car tout comme la géométrie euclidienne n'est qu'un cas particulier de géométrie non-euclidienne, il ne s'agit que d'un cas particulier de droit. Mais comme le droit réellement respectueux des libertés de chaque individu ne peut être aucunement un droit "absolu" posé axiomatiquement et qui n'évoluerait pas selon les générations qui l'acceptent librement, le libéralisme de gauche ne peut-être cohérent vis à vis du jusnaturalisme qui ne peut l'intégrer, puisque ayant posé le droit naturel comme base, et pas les libertés."

Dès à présent, plus de doute, il dérape et s'enfonce, l'abîme est proche. Poser que le jusnaturalisme (mot savant pour le libertarianisme de l'école autrichienne) peut être englobé par quoi que ce soit et surtout par un libéralisme de gauche imaginaire, il fallait oser. Dans ce paragraphe, à nouveau, Stéphane Laborde se trompe deux fois.

Il parle du droit naturel, sous-jacent au libertarianisme, comme un "cas particulier", comme si on pouvait faire varier le droit dans ses fondamentaux. On retrouve l'erreur précédente du décalage avec la réalité. Le droit naturel, comme son nom l'indique, est un droit minimal, minimaliste même, qui ne pose guère que deux principes : la responsabilité individuelle et la propriété individuelle et de soi-même. Comment peut-on imaginer, en tant que libéral, que ce minimum puisse être un cas particulier et surtout que les "générations" puissent ne pas "l'accepter librement" ? Un libéral envisagerait ainsi que l'irresponsabilité individuelle puisse être un droit valable ?

Seconde erreur, le droit naturel pourrait ne pas être un "droit absolu posé axiomatiquement". Hans-Herman Hoppe, un des grands libertariens vivants, a clairement montré (http://en.wikipedia.org/wiki/Self-ownership) notamment dans "The Economics and Ethics of Private Property" que c'est exactement l'inverse, en clair que la propriété de soi, base du droit naturel, est un axiome car elle ne peut être contredite sans supposer qu'elle existe. Cela démontre une fois de plus le caractère réaliste du droit naturel, qui dès lors peut difficilement être posé comme non-absolu sans partir dans un univers qui n'est pas celui de l'espèce humaine.

Toutefois, il se rattrape - il faut lui en rendre justice - dans ce qui suit puisqu'il reconnait la cohérence des libertariens :  "Mais il est un fait que le jusnaturalisme étant une théorie non-contradictoire, tout comme l'est la géométrie euclidienne il reprend du point de vue des libertés des argumentaires logiques dont beaucoup de points sont conformes au libéralisme de gauche, et sur beaucoup de ces points il y a des accords inférentiels."

Mais nous repartons dans des délires dès la phrase suivante qui croit qu'il pourrait y avoir des libertés que le droit naturel rendrait impossibles : "Mais le droit naturel étant posé comme base, seuls s'expriment les libertés conformes à ce droit dans ce modèle là, produisant un certain type de nuisances par absence des autres libertés (non-nuisances). Et cela les libéraux de gauche le considère comme incorrect, car définit comme étant un droit non librement établi. Puisque ce sont bien les libertés qui sont base axiomatique du libéralisme de gauche et pas le droit naturel."

Mais quelles seraient donc ces libertés que les méchants "jusnaturalistes" brideraient de par leur horrible droit naturel ? Un des chevaux de bataille des "libéraux mal dégauchis" tient au "revenu universel" (RU), ou "allocation universelle". Il serait juste, moral et efficace, selon eux, que chacun, de sa naissance à sa mort, touche une somme S chaque mois, somme identique pour tous les citoyens et qui assurerait ainsi un minimum vital pour tous, dont les handicapés et autres "incapables" de s'auto-subsister. Et ainsi, il y aurait là une liberté, celle de subsister au sein de la société.

Un des problèmes classiques que pose cette idée qui semble alléchante et équitable à première vue, c'est celui du financement - ah ces libertariens, il faut toujours qu'ils parlent d'argent... Une idée comme le RU, séduisante, suppose de disposer de la somme avant de la verser à chacun. Il n'y a pas 36 solutions, on ne peut que : attendre des dons, prélever cet argent ou créer de la monnaie. On ignorera les dons, car s'ils existaient en nombre et volume suffisant, le RU serait inutile. Pour prélever les sommes, il n'y a guère que le vol ou les taxes - ce qui est la même chose d'un point de vue moral. Enfin, la création monétaire, credo de notre auteur, relève elle aussi du vol - ce qui est probablement plus surprenant pour beaucoup de lecteurs. En effet, la création monétaire engendre toujours de l'inflation, laquelle érode et le pouvoir d'achat et la valeur de l'épargne de tout le monde - notamment des moins bien lotis. Il s'agit donc d'un mécanisme de vol réel mais très insidieux - et donc très prisé des gouvernements.

Comment peut-on donc considérer qu'un "mécanisme social" tel que le RU, dont la nature même ne saurait être éthiquement valable, on vient de le voir, peut relever d'une liberté légitime quelconque ? Je vois à l'avance M.Laborde arriver avec ses gros sabots en disant : "Mais c'est normal, vous vous servez de concepts de droit naturel pour montrer que le RU n'est pas moral, vous devriez partir des libertés et non du droit naturel." Ou quelque chose comme ça.

Ah bon ? Mais expliquez moi donc comment vous pourriez bâtir une liberté ou une morale où la création monétaire ou la taxation pourrait être autre chose que néfaste ? Si vous y arrivez, Stéphane Laborde, alors votre article vous donnerait tort, car le libéralisme de gauche qui serait bâti sur une telle morale ne saurait "englober" le libertarianisme de Rohbard, Hoppe, Salin ou Hülsmann, qui lui n'accorde que de l’immoralité a la creation monétaire.

Pour ma part, je reste cohérent et maintiens qu'il n'y a pas d'autre droit réaliste que le droit naturel. Bonne chance.

Sunday, January 24, 2010

Sur la liberté monétaire. La vraie.

Bien que ce sujet ne fasse guère la une des grands médias, la liberté monétaire est un des fondamentaux de tout système socio-politique réellement garant des libertés de ses concitoyens, et beaucoup ont une analyse impropre des conditions à remplir pour garantir une vraie liberté dans ce domaine.

Pourquoi cela ? Il y a probablement de nombreuses raisons qui se combinent, mais il me semble que tout simplement nous sommes aujourd'hui au sein d'un système monétaire tellement éloigné de ses origines libres et libérales qu'il nous est désormais très difficile d'imaginer le modèle tel qu'il a été il n'y a guère plus d'un ou deux siècles de cela, et tel qu'il devrait certainement redevenir. Il est possible aussi que certains acceptent des compromis entre l'idéal et la réalité d'aujourd'hui - ce que je peux comprendre - mais qui ne change rien à la "non-libéralité" de ce qu'ils proposent.

Je ne suis certainement pas un expert moi-même, ce sujet a simplement été largement élaboré par les grands économistes autrichiens L.v.Mises et M.N.Rothbard, je me contente de leur emprunter les principes - j'inclus plus bas quelques liens de référence.

Liberté Chérie (LC), excellent mouvement libéral, a récemment publié un bon article à vocation de vulgarisation sur la vision libérale de la monnaie et d'un système monétaire libre.
L'article comporte cependant à mon sens quelques erreurs sur lesquelles je voudrais revenir.

Rendons à César ce qui lui revient, LC annonce que même chez les libéraux, deux vues s'opposent, ceux qui pensent que les banques peuvent user d'une réserve fractionnaire et ceux qui pensent que le concept même de réserve fractionnaire n'est pas libéral.

J'appartiens à la seconde catégorie, comme à mon sens Mises et Rothbard, et je voudrais tenter d'expliquer ici pourquoi une réserve fractionnaire, même soumise au marché, n'a rien de libéral.

Après avoir fort justement rappelé qu'il ne peut y avoir de monnaie libre que basée sur l'or - ou l'argent, le platine, bref, les métaux précieux - LC commence par poser le principe fondamental :


En tant que monnaie, l'or s'utilise selon son poids. Peu importe le chiffre inscrit sur une pièce d'or ou son pays d'origine.

Absolument. Ce qui permet à l'or d'être adopté comme monnaie universelle, c'est sa malléabilité et son intégrité. Les unités monétaires n'ont pas de sens dans l'absolu. Qu'un franc-or soit un franc n'importe pas si vous commercez avec un turc, ce qui lui importe, ce sont les x grammes d'or de la pièce échangée.

Le principe donc pose que la seule unité de monnaie universelle est le poids du métal, de l'or, et non le numéraire arbitraire en francs ou dollars. Continuons.


Dans un pays où régnerait la liberté monétaire, toute entreprise serait
libre de créer une monnaie. L'entreprise A pourrait acquérir une certaine
quantité d'or et le vendre à des clients. Ceux-ci pourraient ensuite faire des
achats avec des pièces ou des lingots d'or.

Puis :


Le système décrit ci-dessus repose sur une réserve totale des banques. C'est-à-dire que les banques gardent constamment en réserve l'intégralité de l'or qui leur a été confié. Leur seule tâche est de conserver l'or en sécurité et d'émettre des certificats d'or.

C'est l'idée centrale du "gold standard". Avec un bémol toutefois : Pour que cela fonctionne réellement, il faut que ce modèle soit adopté non pas par "un pays", mais bien à l'échelle mondiale, celle des échanges commerciaux réels d'aujourd'hui.

Une phrase de Mises met ce fait en lumiere, illustrant fort positivement la force à long terme de l'économie sur les gouvernements : "No government is, however, powerful enough to abolish the gold standard." Ce fut écrit en 1949, n'oublions pas.

Arrive ensuite le point source de différend :


Nous arrivons à un point qui divise les défenseurs de la liberté monétaire. Pour les uns, seul le système de réserve intégrale doit être autorisé. Pour d'autres, les banques doivent pouvoir proposer un système de réserve fractionnaire.

En faveur de l'option fractionnaire, LC avance les arguments de service suivants :


Elles [NB les banques à réserve fractionnaire] ne conserveraient qu'une partie de l'argent qui leur est confié en réserve, avec l'accord de leurs clients évidemment. L'inconvénient de cette pratique est évident, si tous les clients venaient retirer leur argent en même temps, la banque serait incapable de rendre à chacun ce qui leur est dû. En échange de cette prise de risque, les banques pourraient diminuer, voire annuler les frais de conservation en prêtant contre intérêt une partie de l'or déposé par leur clients. En outre, les taux d'intérêts proposés par ces banques seraient plus faibles.

Mises illustre cette évolution historique des banques vers le fractionnement :
"[Banks] considered it harmless not to keep the whole equivalent of the receipts issued as a cash reserve in their vaults. They were confident that they would always be in a position to comply with their obligations and, without delay, redeem the notes issued even if they were to lend a part of the deposits. Banknotes became fiduciary media within the operation of the unhampered market economy." C'est le moment où certificats et stock cessèrent de correspondre en valeur.

Malheureusement, penser cela comme libéral ne tient pas l'analyse. Une réserve fractionnaire correspond toujours à un vol des clients et des concitoyens, ce qui ne saurait être un principe libéral. Mais pourquoi donc cela ?

Nous l'avons vu, LC rappelle en introduction que la seule unité monétaire valable, c'est le poids en métal, et non pas son équivalent fiduciaire (franc, dollar, etc.). Or (!) le concept de réserve fractionnaire consiste ni plus ni moins à créer de l'or à partir de rien ! L'alchimie suprême ! Il repose également sur une omission majeure quant aux risques encourus. Il manifeste enfin inversion intellectuelle entre actif et passif de la banque, ce qui n'est rien moins que du vol envers les clients.

La création d'or tout d'abord. Il n'est pas besoin de fractionner la "réserve" pour comprendre la question de fond, celle de l'unité, prenons un scénario totalement banal.

Supposons une banque qui dispose de 100 tonnes d'or et émet des certificats - les billets de banque - de 1 kilo chacun. Il y a donc 100.000 certificats en circulation à ce moment là. Puis pour une raison quelconque, certains clients décident de retirer du liquide - terme provenant de l'or liquide - disons pour 50 tonnes. Elle se retrouve avec 50 tonnes en stock, et 50.000 certificats inutiles - ceux qu'on vient de lui rendre pour effectuer les retraits. Il est bien évidemment tentant de remettre ces certificats en circulation, pour amortir leur coût entre autres. C'est bien ce qui ce passe en réserve fractionnaire.

Mais on oublie que dans ce cas là, la valeur des certificats n'est plus de 1 Kg chacun, mais bien de 500g seulement. Car l'unité ne peut pas changer, ce n'est pas celle inscrite sur le certificat qui prime, mais uniquement celle de l'or en stock.

La règle de base d'une monnaie libre basée sur un gold-standard, c'est que l'unité inscrite sur les billets correspond à tout moment au poids d'or auquel ils donnent droit. Déroger à cette règle, c'est sortir de l'étalon-or.

Tout ceci est bien mieux expliqué par Mises lui-même dans Human Action, chapitre 17, section 12, "The Limitation on the Issuance of Fiduciary Media".

LC évoque l'argument de la prise de risque liée à la gestion du fractionnement. Mais quel risque pour qui ? La banque doit certes dans ce schéma gérer son risque de faillite dû à son incapacité possible à restituer l'or.

Mais on oublie le risque principal, celui qui fait le plus mal et qui est la source de la plupart des maux de notre économie actuelle : la perte de valeur des certificats pour le citoyen lambda, bref en d'autres termes, le vol généralisé des citoyens par les banques.

Car à partir du moment où on accepte l'idée qu'il peut y avoir deux comptabilités parce que deux unités, dont l'équivalence n'est que sous contrôle bancaire, celle exprimée en or et correspondant à la masse en stock, et celle des billets ou certificats, on ouvre la porte à l'inflation mécanique et systématique.

Dans l'exemple précédent, avoir 100.000 certificats en circulation alors qu'il n'y a que 50 tonnes en stock implique que les possesseurs de certificats, ceux qui ont laissé leur or à la banque, voient leur garantie divisée par deux alors qu'il n'y sont pour strictement rien. Pas très libéral à mon goût.

Le risque n'est donc pas tant pour la banque - une faillite, ça va ça vient - mais surtout pour tous les petits porteurs de certificats qui ne maîtrisent plus la valeur de leurs dépôts en garantie.

Analysons ensuite l'aspect comptable. Aujourd'hui, lorsqu'on reçoit un relevé bancaire, on ne fait plus attention aux deux mots et colonnes 'débit' et 'crédit'.

Pourtant, je me souviens tout gamin avoir posé la question à mon père : pourquoi quand je mets de l'argent sur mon compte, j'augmente mon crédit ? Pourtant, c'est mon argent et c'est alors la banque qui me le doit. C'est la banque qui devient mon créditeur, pas l'inverse.

Et pourtant, les magnifiques lois et réglementations bancaires sont ainsi faites depuis en gros deux siècles qu'à partir du moment où on dépose chez une banque, la somme déposée est juridiquement considérée comme la propriété de la banque. Dès lors, mon dépôt s'inscrit à mon crédit, puis c'est la banque qui prend possession de la somme. Superbe supercherie non ?

Alors forcement, la banque peut dès ce moment là prendre les risques qu'elle veut avec son-argent-qui-est-en-réalité-le-mien.

LC - ou du moins certains libéraux - avance l'idée qu'une approche réellement libérale consiste à laisser le marché décider quelles banques ou monnaies, entre celles pratiquant la réserve fractionnaire et les autres, méritent de rester sur le marché. L'idée semble généreuse, mais je pense qu'elle n'a pas de sens.

Que peut-il se passer ? Supposons ainsi deux banques sur un marché libre, une pratiquant le fractionnement (F) et l'autre optant pour un dépôt strict (S). A priori, F met en avant envers ses clients un risque de dépôt plus élevé, mais un accès au crédit simple et de montants plus élevés que S. A l'inverse, S promeut sa totale garantie de dépôt, au prix d'un accès à un crédit plus réduit ou plus cher. Vive le marché libre.

Le client C qui dépose 100 grammes d'or chez F et 100 chez S va très vite comprendre comment le système fonctionne. Ses 100g chez S sont 100% sûrs. Par contre, sa garantie sur l'or qu'il laisse chez F fond comme neige au soleil au fur et à mesure que F consent des prêts fractionnaires à d'autres que lui.

Deux options pour C. Il retire son or confié à F pour le mettre chez S. Autrement dit, F fait faillite à terme. Ou bien C tente de prendre sa part du gâteau et contracte un prêt auprès de F. Il contribue ainsi à accroître l'instabilité de F et à convaincre un autre client A de retirer son or pour le confier à S. Dans tous les cas, F finit par faire faillite par manque de fonds face à S. Ou sinon, S rachète F avant qu'il fasse faillite, ce qui revient au même.

Notons que ce scénario limpide n'a même pas besoin de supposer que les deux banques émettent des certificats différents ou mutuellement reconnus. C'est la différence de garantie qui fait le jeu.

Les libéraux pro-fractionnement ont quelque part raison, on peut laisser le marché décider librement en faveur ou non des banques à réserve fractionnaire. Sauf qu'à mon avis, il est facile de deviner à l'avance ce que le marché décidera. La banque libre, c'est celle qui préserve mon argent.

Bien librement.