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Friday, July 20, 2012

Sur "Constructivisme privé"...

Cher Serge,

Suite à ta sollicitation explicite, je viens de lire ton article « Constructivisme privé » à cette adresse : http://www.orvinfait.fr/constructivisme_prive.html

Et même si ton article porte beaucoup de bonnes choses et bonnes idées, je suis au regret de te dire qu’il ne fait que confirmer qu’il y a des concepts économiques que tu n’as pas assimilés et qui te font dire et avancer des choses qui hélas sont au mieux incorrectes, au pire complètement fausses.

Permets-moi de commencer par un appel à l’humilité. Lorsque tu dis : « Je suis le premier à définir le constructivisme privé et à proposer un ensemble de solutions permettant de créer le plein emploi qui entre dans ce cadre », il me semble que tu devrais t’interroger et te dire : « Mmmm, si je crois être le premier, soit je suis un génie, soit je suis dans l’erreur. »
Car en matière d’économie, pour oser aller remettre en cause des von Mises, Rothbard ou Hulsmann, je pense qu’il faut pouvoir démontrer un réel génie. Soyons clairs, dans mon cas, je ne fais qu’humblement appliquer leurs idées, je n’ai aucune prétention à un génie quelconque.

Ton article commence pourtant sur un excellent exemple, celui du W3C. Mais tu commets en fin de ce paragraphe une première erreur :

« Les normes du W3C ne sont pas faites au hasard mais à dessein. C'est à dire avec des buts précis et intentionnel. […]  Un Web performant ne peut qu'être construit. »

Cela est bien sûr faux comme la vie le démontre chaque jour, et tu oublies un élément clé dans cette affirmation. Il ne suffit pas que le W3C définisse des normes. Il faut de plus qu’elles soient acceptées par le marché (quand je parle de marché, je suppose un marché libre).
D’ailleurs, sur l’Internet actuel, il y a bien des normes qui ne proviennent pas du seul W3C, voire même qui lui font concurrence. Java, PHP, Python, Flash, Ajax mais aussi Facebook sont quelques exemples de normes de fait qui ne proviennent pas du W3C mais qui contribuent à « faire le web ». Ce qu’elles ont toutes en commun, y compris HTML qui vient du W3C, c’est que le marché les a adoptées.
Certes, les normes ont été construites, définies, par le privé, mais leur adoption relève du marché, c’est-à-dire de l’ordre spontané, c’est-à-dire du « non-constructivisme ». C’est cela que tu sembles ne pas voir.

Ainsi, tu continues par ce paragraphe, dont j’ai souligné et noté quelques extraits :

« Il apparaît évident que l'action du W3C n'entre ni dans le cadre du constructivisme politique (b) ni dans celui de l'ordre spontané (a). Il en est de même pour les solutions que j'ai imaginées pour construire un vrai plein emploi performant en France et dans le monde. Les solutions que je propose permettent d'atteindre des buts que l'ordre spontané prôné par certains libéraux ne permet pas d'atteindre (c). En déréglementant il est possible d'atteindre un plein emploi tel que le définissent certains économistes, c'est à dire un taux de chômage très bas (d). Mais cela ne peux pas aboutir à un vrai plein emploi performant où chacun a la garantie d'avoir un emploi et un revenu minimum (e). Ces garanties sont données par un système de procédures (f). De plus le stystème de plein emploi que je préconise va apporter beaucoup de bonnes choses. Il va contribuer à donner la primauté aux valeurs humaines dans la hiérarchie des valeurs (g). »

  1. (a)     : On vient de voir que c’est là une erreur d’analyse, l’adoption d’une norme sur un marché libre relève toujours de l’ordre spontané.
  2. (b)    : C’est juste, la politique et la bureaucratie étatique ne sont pas les seuls à pouvoir établir des normes pertinentes.
  3. (c)     : Je continue de te demander de m’expliquer ce que ces solutions sont de manière concrète. Je doute cependant fort qu’elles puissent échapper au marché.
  4. (d)    : Erreur, il est possible, dans un système anarcap, d’avoir le total plein emploi. Voir Rothbard à ce sujet.
  5. (e)    : Aucun système ne peut >garantir< quoi que ce soit, puisque ce sont les individus qui choisissent in fine. Donc le marché par exemple, ne peut que garantir que la >meilleure approximation< des attentes de tous ses participants, ce qui est très différent. Par contre, rien d’autre que le marché ne permet d’atteindre cette « meilleure approximation ».
  6. (f)      : J’affirme que cela n’est pas possible,  car ce ne sont pas les procédures qui décident, mais le marché.
  7. (g)     : Ce serait un long, autre débat que de répondre à cette phrase. Je dirais simplement qu’il ne peut pas exister de système qui assure mieux que le marché libre la « meilleure humanité » et le meilleur rendement au titre des valeurs humaines. Le marché libre est humainiste.


Je continue de la même façon sur cet autre paragraphe important :

« Est-il vraiment possible de garantir un vrai plein emploi performant avec un système de procédures que chacun peut suivre ou non? Je n'ignore pas, au moment où j'écris ces lignes, qu'une majorité de personnes risque d'être sceptique quant à cette possibilité (a). Mais d'une part mes solutions pour créer le plein emploi n'étant pas politique elles n'ont pas besoin de recueillir les suffrages d'une majorité de citoyens pour être mises en place (b). D'autre part c'est par des procédures que certaines entreprises garantissent la qualité de leurs produits. Pourquoi ce besoin de procédures est-il apparu? (c) Pourquoi, bien que non obligatoire, le système de qualité est-il normalisé et mis en place par certaines entreprises? »

  1. (a)     : Sceptique ? Non. Certain que tu te trompes, oui.
  2. (b)    : C’est bien là où tu te trompes. Elles auront besoin de trouver leur marché, ce qui revient  exactement au même.
  3. (c)     : Cela n’a rien à voir, et malgré tout cela a fonctionné de la même façon : Il n’a pas suffit que les normes ISO9000 voient le jour pour qu’elles s’imposent, il a aussi fallut qu’elles correspondent au besoin de codifier la satisfaction des clients, c'est-à-dire qu’elles trouvent leur marché. L’ISO n’a rien imposé, rien garanti, rien « construit ». C’est le marché qui a décidé.


« Pour que des solutions constructiviste privées soient utilisées à l'échelle mondiale il faut qu'elles soient performantes. Pour les créer une bonne connaissance de l'individualisme méthodologique peut y aider. »
Non Serge, cela n’a rien à voir. Ce n’est qu’une simple question de mise en concurrence sur le marché et d’adoption par celui-ci, c’est tout.

« Au moins en ce qui concerne la construction du plein emploi le respect d'une échelle des valeurs y est aussi indispensable. Il s'agit d'une hiérarchie. Cependant nous allons le voir elle est compatible avec l'anarcho-capitalisme puisque que celle-ci donne la primauté à l'individu sans être éthique. »
Ah, là il y a une grosse erreur, mais d’un autre type, et qui confirme que tu n’as pas assimilé la logique anarcap : Si tu penses que « l'anarcho-capitalisme […] donne la primauté à l'individu sans être éthique », c’est que tu n’as pas compris qu’au contraire, seul l’anarcho-capitalisme est éthique parce que individualiste.

Encore une fois, merci pour tous tes efforts pour la liberté. Mais permets-moi de te recommander de commencer par réviser ta compréhension de l’école autrichienne d’économie et de la philosophie anarcap, ça devrait t’éviter de travailler pour rien…

Cordialement. 

Tuesday, August 30, 2011

Google est-il liberal ?




Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?

Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante,  tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.

Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.

En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.

En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…

Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.

Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.

Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.

Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.

L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.

Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.

Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.

Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.

La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?

Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.

Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.

Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.

Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.

Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.