Thursday, November 9, 2017

Avoir ou ne pas avoir les boules (de Noël)

Comme tous les ans désormais, c’est de tradition pour Noël, Paris, Toulouse et presque toutes les villes de France se décorent. Chaque année repousse les précédentes dans la débauche de lumières, arbres enguirlandés et autres suspentes dont les multiples couleurs transforment la ville en une cité digne des Milles et Une Nuits. Seul le capitalisme permet une telle abondance, ne l’oublions pas.

Il n’est pas question ici de discuter de l’esthétique de toutes ces lumières indéniablement de plus en plus enjoliveuses au fil des ans. Mais alors que la crise bat son plein, comment éviter la question du bien-fondé des dépenses engagées en comptabilité publique pour ces fioritures ? Dans une France première destination touristique mondiale, certains ne manqueront pas de m’opposer que les villes de France, Paris la première, doivent s’embellir à l’approche des fêtes de fin d’année, car cela contribuerait à maintenir notre rang et celui des affaires. D’autres avanceront simplement que ces décorations sont positives pour la gaieté collective et donc une bonne chose. Ce n’est pas le sujet.

Bien des pseudo-économistes considèrent qu’il existerait des « biens publics » qui, comme les décorations de fin d’année, ne pourraient exister que grâce à la commande publique, au nom d’un pseudo-intérêt général. Hélas, rien n’est plus faux, cela pour des raisons à la fois économiques et morales. Car ces décorations coûtent des sommes rondelettes au contribuable à travers les impôts locaux. La question est simple : si ces décorations n’étaient pas financées par la municipalité, verrait-on ces dépenses engagées par le privé ? Si les parisiens avaient leur mot à dire, financeraient-ils une telle débauche de lumières ? Ainsi Paris pourrait-elle être décorée et embellie – avec modération – sans l’arbitraire du public ? Et est-il d’ailleurs socialement une bonne chose que Paris soit décorée ?

La caractéristique de ce genre de question, c’est que personne, ni le ou la maire ni tout autre individu, ne peut la régler de manière définitive. Personne ne peut prétendre légitimement trancher, que ce soit en faveur ou contre les décorations. Dire qu’elles constituent un bien public, c’est déjà poser a priori une utilité collective et supposer que cette « utilité » arbitraire est supérieure au prix supporté par les contribuables. Or qui peut bien mesurer une telle utilité si ce n’est chacun de nous selon son propre point de vue ? Le concept d’utilité ou de bien public nie la réalité : seul un individu sait ce qui est mieux pour lui. Le politicien devrait-il son élection à ses compétences en décoration ?

Pourtant l’homme au cours des âges a su mettre en place, sans même en avoir conscience, un mécanisme universel redoutablement efficace pour résoudre de tels problèmes : le laissez-faire. Décorer Paris serait un moyen d’attirer le chaland dans les rues à Noël ? Parfait. Dans ce cas, pourquoi ne pas laisser les commerçants du centre-ville se cotiser et financer ces décorations qui leur apportent des clients ? Vous aimez profiter des décorations ? Parfait. Je suggère alors de créer l’association « Lumières des Champs » pour récolter vos dons et directement les financer. Là encore, laissons libres ceux qui y voient un intérêt, forcément particulier, et ne prenons pas de force par l’impôt dans la poche des autres, que ces autres puissent ou non avoir les capacités de payer.

Et si personne ne finance ? Eh bien c’est que l’intérêt des illuminations n’est pas aussi clair que cela. Et dans ce cas, on aura évité des dépenses superflues et réduit les impôts, c’est-à-dire le vol public. Contrairement à l’approche « bien public », le laissez-faire a donc deux avantages sociaux majeurs : il ne vole pas les citoyens à « l’insu de leur plein gré » et il assure que les dépenses ne sont engagées que par ceux qui y voient un intérêt… et dans la limite du budget qu’ils consentent à engager. Dire que nous savons tout cela depuis l’époque des… Lumières, nées en France…

(Une version de cet article fut publiée sur le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin.)

1 comment:

Géraldine A said...

Très bon article, clair, concis et efficace ! C'est partagé ;)