Monday, August 25, 2014

Se souvenir d’un nième mot de passe...

Qui n’a vécu, peut-être même ces jours-ci, l’irritation, l’horreur de devoir se souvenir d’un nième mot de passe, exigé par un de ces sites web ou une de ces applications certes fort utiles, mais dont le nombre et la fréquentation épisodique défient notre capacité à inventer et à nous souvenir de ces sésames modernes ?

Au point où la sécurité finit par combattre la sécurité : qui n’est pas coupable d’utiliser le même mot de passe pour toutes ou presque ses applications, concentrant ainsi le risque de piratage de toutes ses données sur la découverte de ce seul secret bien fragile ? Non, même un gourou de la sécurité ne saurait jurer qu’il n’est pas tombé dans ce travers.

Mais faut-il culpabiliser l’utilisateur ou l’internaute pour autant ? Je pense que non, je pense qu’il faut au contraire pousser le marché pour voir l’informatique évoluer au plus vite pour in fine adopter les mécanismes sociaux que l’humanité libre a adoptés depuis des millénaires, et que seule cette piste est porteuse de la véritable solution à cette problématique dont on ne fait qu’entrevoir les enjeux.

Il faut bien voir que dès qu’un système nous impose des contraintes de fonctionnement qui s’éloignent de nos pratiques, la motivation existe alors à contourner ses sécurités. Les problèmes de mots de passe ne sont pas la faute des utilisateurs, mais bien celle des informaticiens, c’est un informaticien qui ose le dire. Un système mal conçu est un système qu’on contourne. L’immense majorité des défauts de sécurité, à commencer par l’emploi de mot de passe dits faibles, ne vient pas de la malveillance des pirates, ni de la négligence des utilisateurs, mais tout simplement de leur réticence à se mouler dans un modèle d’organisation sociale qui ne correspond pas à leur réalité. Par exemple, combien de patrons sont obligés de donner leur mot de passe à leur secrétaire, rompant aussitôt avec la capacité des systèmes à assurer une quelconque traçabilité ? Est-ce la faute des patrons ou des secrétaires ? Non bien sûr, c’est celle des systèmes qui avaient oublié les secrétaires.

En fait, le problème n’est pas celui de la multiplicité des mots de passe, non, car il cache en réalité celui de l’absence d’identité de vous et moi sur Internet. C’est parce que nous n’existons pas en tant qu’individu sur le Net que chaque site, chaque système, chaque application a besoin de nous identifier à sa manière avant de décider de nous accepter comme utilisateur ou non. Le Net n’est pas comme notre village ou notre quartier où chacun de nos voisins et de nos commerçants nous reconnaît. Nous y sommes totalement anonyme et il faut en permanence rebâtir la confiance avec des machines qui ignorent ce concept.

Au passage, n’occultons pas l’aspect entreprise de cette problématique. Car si nous devons nous présenter à un site web pour qu’il nous reconnaisse, c’est aussi le cas d’une entreprise envers une autre, et de plus en plus. Un système comptable qui souhaite virer une somme sur une banque doit se présenter à elle, la logique est la même, quoi que avec des besoins de sécurité souvent bien supérieurs. La question n’est donc pas juste celle de l’identité des humains, mais bien celle de toutes les personnes, physiques et morales, hier, aujourd’hui et demain.

Ce phénomène du paradoxe des mots de passe n’est qu’un cas particulier d’un enjeu bien plus vaste auquel l’informatique moderne est confrontée, avec son réseau mondial et demain la disparition complète et définitive du cloisonnement entre les milliards d’ordinateurs de par le monde. Celui de sa capacité à reconnaître l’utilisateur non plus comme un simple compte technique aux multiples droits d’accès, mais bien comme un individu à plein titre, libre de naviguer de service en service, inconnu un jour et client ou employé demain. Ce qui suppose que le Net évolue peu à peu d’un réseau purement technique et cloisonné par autant de besoins de se faire reconnaître par une machine à un avatar numérique de société humaine et de libre marché où chacun décide de ses interactions avec tel ou tel service ou entité. Le Net comme société et non comme simple réseau.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment se fait-il qu’une informatique plus que cinquantenaire soit encore aussi éloignée de notre fonctionnement naturel ? Et vers où peut-on penser que les années prochaines vont l’emmener ?

Ne jetons pas trop fort la pierre sur les informaticiens, cette réalité s’explique et n’est que le reflet de la grande jeunesse de l’informatique. Larry Page, patron de Google, se plaignait il y a quelques mois sur Ted du « mess » (bazar) que l’informatique est encore. Concernant les mots de passe, tout vient du fait que les ordinateurs – enfin, les informaticiens – à leur début, ont évité le problème de la reconnaissance des individus en imposant deux astuces : c’est à l’utilisateur de se présenter et non à l’ordinateur de le reconnaître, et on le suppose ne pas être tout à fait n’importe qui, mais un employé ou du moins quelqu’un qui a le droit d’interagir avec le système.

Et cela a plutôt bien fonctionné pendant des dizaines d’années, tant que les ordinateurs restaient enfermés dans des salles machines isolées du monde. Jusqu’au moment où, peu à peu, les systèmes ont commencé à échanger entre eux, à se décloisonner et à aller sur le Net. Car ce faisant, ils ont rompus les deux hypothèses historiques : impossible de savoir si on a affaire à une personne déjà connue par ailleurs, et incohérence sociale de la charge de se présenter mise sur l’utilisateur.

Les informaticiens se sont alors trouvés face à deux options. Refondre les logiciels pour s’adapter, ou prendre des positions de compromis. Comme tous les systèmes d’exploitation de tous les ordinateurs au monde ont de toujours été conçus sur ces deux hypothèses, le coût de ce scénario – qui suppose la refonte de tous les logiciels – a eu vite fait de pousser vers l’option du compromis. On a donc adopté les mêmes mécanismes (nom de code et mot de passe) – parfois avec un peu plus de sophistication, comme chez Google ou Facebook, mais sans rien changer en profondeur – au sein d’un environnement social nouveau et qui n’a désormais plus rien à voir. L’informatique s’est recentrée sur l’individu, mais sans encore le traiter comme tel.

Et c’est ce qui a fait qu’une technologie qui était acceptable au sein de la plupart des entreprises est devenue un cauchemar et une source de non-sécurité dès qu’elle a été mise en place sur le réseau des réseaux. C’est un très bon exemple des conséquences de la non cohérence des concepts technologiques avec la réalité sociale et les mécanismes profond de responsabilité. Un système pour être sûr, performant et bien accepté doit être cohérent avec les pratiques sociales de toujours.

Bien sûr, devant les problèmes posés, tout le monde ne reste pas les bras croisés et bien des projets et des technologies sont à l’étude ou en exploitation qui tentent d’améliorer la situation. Un exemple tout à fait représentatif est celui des avionneurs, mais on pourrait parler des banques, de la finance ou de la grande distribution de manière semblable.

Les constructeurs d’avions travaillent dans un environnement complexe. Pour concevoir et produire des avions, ils ont désormais besoin de donner accès à leurs systèmes à trois types de personnes : leurs employés, mais aussi leurs fournisseurs et surtout leurs clients, les compagnies aériennes. Leurs applications doivent donc être capables d’identifier ces différentes populations et d’adapter leurs sécurités – le contrôle d’accès – à chacune : le client ne doit voir que ses avions et pas ceux du concurrent, le fournisseur peut voir les parties de l’avion qu’il produit mais pas les autres, et ainsi de suite.

Là où cela se complique, c’est que chacune de ces trois populations est en réalité bien plus complexe, reflétant la complexité des processus industriels modernes. Ainsi, la notion d’employé doit affronter la complexité d’un grand groupe. L’employé de telle ou telle filiale peut-il ou doit-il être considéré comme n’importe quel autre employé ? Et quid des joint ventures ? Les compagnies aériennes peuvent cacher elles aussi des filiales, des holdings, etc. qui chacune héberge des employés à l’accès légitime – ou pas – aux systèmes de l’avionneur. Et de même pour les fournisseurs, qui cachent le plus souvent toute une « supply chain », une chaîne de sous-traitants travaillant pour ou au nom du fournisseur principal.

Le concept de fédération d’identité a été inventé pour gérer ces nébuleuses. Il s’agit de systèmes dédiés qui assurent la gestion de ces populations et le lien technique entre les différents systèmes de sécurité pour que in fine, vu de l’utilisateur, tout se passe autant que possible comme s’il naviguait au sein d’un système informatique unique.

C’est bien sûr vers cela que l’informatique va, lentement. Mais bien trop lentement, et hélas à mon sens sans avoir intimement pris la mesure des vrais enjeux, qui sont de nature sociale et touchent à la capacité du Net à reproduire les mécanismes de confiance ancestraux. Et de plus, passer des populations d’un processus industriel à celle du monde entier, avec son infinité de combinaisons et de situations, n’est pas de nature à simplifier la tâche. Surtout, la question est celle des acteurs : qui assurera cette fonction d’identification ? Qui pourra attester de l’identité réelle de chacun de nous ?

Car là est une des questions de fond. Depuis toujours, les systèmes intègrent quatre fonctions de sécurité fondamentales. Tous, du moindre PC ou smartphone au centre de calcul le plus puissant : identification (qui est-ce ?), authentification (comment le vérifier ?), le contrôle d’accès (qu’a-t-il ou elle droit de faire ou voir ?) et l’imputation (qu’a-t-il ou elle effectivement fait ?). On comprend que l’identité de l’utilisateur, qui était donc intime à toute machine tout le long de ces contrôles, lui devient externe. Elle passe du niveau de chaque ordinateur à celui de l’ensemble du réseau des réseaux. Mais qui va la prendre en charge ?

Ainsi, on peut penser que l’avenir est à une séparation de l’identification de l’utilisateur de celle du service qui lui est rendu au sein même des architectures informatiques. Autrement dit, les ordinateurs de demain seront certains en charge de nous reconnaître et d’autres en charge de travailler pour nous, cessant ainsi tous de tenter de faire (mal) les deux choses. L’idée générale étant de se rapprocher le plus possible du fonctionnement social immémorial et de la liberté des uns et des autres dans le choix des mécanismes leur donnant confiance en l’autre.

Car en effet, comme cela se passe-t-il dans la société humaine ? A chaque instant, chacun de nous est confronté à des inconnus. Parfois, il faut obtenir des services de leur part. Pour beaucoup de ces services, pas besoin de se faire connaître, du moins pas formellement. Il suffit juste d’échanger monnaie contre produit et service et tout le monde est content. Pour d’autres interactions, on peut avoir besoin de présenter et d’attester d’une identité – noter que je ne dis pas « son identité ». Pour ce faire, il y a de nombreux moyens, mais tous s’appuient sur les gens qui nous connaissent déjà, pris comme témoins : témoin, ami, famille, mais aussi certificat, passeport, carte de membre, permis de conduire, etc. Notre identité numérique supposera donc elle aussi diverses formes de témoins.

Ainsi, que peut-on imaginer se dégager comme solutions ou comme services demain – si tant est que cela soit possible ? On peut imaginer des prestataires de services d’identification qui recensent chacun de nous, chaque individu. Et pour chacun, attestent qu’il est bien tel ou tel avatar technique sur le web. Et pour chacun, mémorise ses préférences, son job et son entreprise, ses clubs de sport et les associations auxquelles il collabore, etc. Mais ce n’est qu’une option. On peut aussi imaginer des prestataires qui délivrent des certificats d’identité, obtenus après un ou des dizaines de tests pour confirmer qui on est. Ou autre encore.

Allons-nous vers des services d’identification centralisée, comme ci-dessus, ou au contraire non centralisée ? Si on imagine un système centralisé, unique, on peut penser qu’un tel monopole serait bien trop dangereux. L’option décentralisée, concurrentielle ou du moins multiple, semble donc la plus probable, sans être certaine. Mais même dans ce cas, ces prestataires de services Internet d’identité ne vont pas émerger juste en claquant des doigts. Il faudra que ces prestataires apportent une confiance et des services qui sinon interdiront à leur marché de voir le jour. Et que ces services soient performants, par exemple en intégrant la gestion des délégataires, ayants droit, tuteurs ou autres pour que cela fonctionne vraiment.

Mais ce qui importe, c’est que ce soit l’individu ou le marchand qui aient le choix du ou des prestataires et des exigences de vérification. Un banquier sera sûrement plus exigeant qu’un vendeur de livres sur la réalité de ses clients. Donc il faudra que cela soit négociable et donc que cela fonctionne comme un marché. Car il s’agira bien d’un marché, comme toutes les activités d’ordre économique – il s’agit ici de confiance. Une fois encore, on voit que c’est en adoptant les mécanismes sociaux de la société libre que les solutions informatiques pourront être efficaces et pérennes. Ce n’est pas un effet d’élégance, c’est une nécessité.

Dans cette évolution, il n’y aura – presque – aucun rôle pour les états, ce sont des sujets n’ayant de réalité qu’entre entreprises et entre individus, internautes. Je dis « presque » car on peut cependant imaginer que telle ou telle agence étatique voudra proposer ses services, basés sur son image donnant confiance à certains, pour identifier X ou Y ou confirmer leur nationalité, par exemple. Libre aux internautes de leur faire confiance, Leur avenir ne fait cependant guère de doute.

Ainsi, l’ordinateur de demain n’a pas besoin de savoir pour qui il travaille, ou plutôt n’a pas à gérer ses propres utilisateurs. L’ordinateur de demain – qui en réalité sera tout un système constitué d’une multitude de machines banalisées – fera des tâches pour ou au nom de personnes qui auront été identifiées par d’autres systèmes. Demain, les architectures informatiques reposeront sur des ordinateurs dont les systèmes d’exploitation auront séparé les fonctions de sécurité des fonctions de traitement. Le système d’exploitation, ce sera Internet soi-même. La sécurité sera renforcée parce qu’elle sera prise en charge par des systèmes dédiés et en ligne avec le fonctionnement social. De ce fait, elle sera transparente et bien mieux acceptée. Demain, Internet sera organisé, structuré comme la société humaine, car c’est la seule façon pérenne de fonctionner pour et avec des humains, un fonctionnement adapté à notre réalité.

Friday, August 1, 2014

Le robot écope....

Un des soi-disant ténors du barreau, Alain B. – appelons-le Alain Pas-ben-sans-sous – a récemment émis un avis télévisé qui mérite qu’on s’y attarde, tant il démontre combien ces personnages et cet individu en particulier sont étrangers à la liberté qu’ils sont pourtant censé défendre.

Il faut dire que le sire n’en est pas à son coup – coût ? – d’essai. Il est un farouche défenseur de l’ignoble CNIL et un des promoteurs de la première heure des diverses hérésies en matière de « droit informatique », domaine pourtant par définition virtuel et où l’absence de conflit d’accès à l’information fait que la propriété ne peut exister et par conséquence le droit n’a tout simplement aucun sens. Et quand on voit le nombre de texte qui fleurissent dans le domaine depuis quinze ans, on est en droit pour le coup – coût ! – de s’inquiéter. Et les dernières bêtises en réaction à l’actualité faite par la NSA n’est pas pour un retour à la raison.

Toujours est-il que voici notre Alain qui croit possible d’exiger un droit pour les robots, rien de moins. Vous comprenez, bientôt nous serons entourés de ces bestioles qui seront tellement intelligentes qu’elles pourront revendiquer leur protection juridique et même devront être juridiquement protégées face à nous autres, méchants homo sapiens qui pensons mais sapons.

J’ai déjà écrit un article, paru chez l’Institut Turgot, pour expliquer qu’aucune technologie, même le plus sophistiqué des robots, ne peut avoir une quelconque responsabilité et que celle-ci réside toujours chez l’usager, voire en tout dernier recours le concepteur.

Mais je voudrais résumer cette idée par une question simple. Parler de droit pour un robot suppose de parler de ses droits de propriété. S’il n’a pas de propriété, il n’a pas de droit tout court. Il n’y a pas de fondement juridique hors de la propriété, ou son transfert lors de l’exécution de contrats. Or qu’on m’explique : de quoi un robot serait-il propriétaire ? De lui-même ? C’est contradictoire avec l’idée qu’il serait au service exclusif … de son propriétaire. Ou bien le robot devrait-il être considéré comme une personne, au sens moral comme au sens juridique, pouvant dès lors revendiquer à la concurrence économique envers les hommes et les autres robots ?

Cela aurait l’avantage d’une plus grande cohérence. Mais alors pourquoi ses droits devraient-ils être différents de ceux de tout homme ? Soit il est juridiquement égal, soit il n’est pas. Ou bien faudrait-il imaginer une sorte de statut d’esclave officiel ? Mais le statut d’objet n’est bien sûr rien d’autre. On voit donc que la seule question qui vaille est celle d’une reconnaissance comme personne, ou pas. Or un robot pourrait-il être un criminel ? Isaac Asimov a depuis longtemps répondu à cette question.


Un esclave qui se révolterait ; est-ce en fait cela dont Alain B. a peur ? Ou bien ne fait-il rien d’autre que se préparer plein de bon petits procès inutiles sauf pour l’engraisser à nos dépens ?

Tuesday, June 3, 2014

Une autre perspective sur la monnaie ?

Il y a longtemps que le débat fait rage entre les free bankers et les autrichiens sur la réserve fractionnaire. J’y ai moi-même modestement contribué sur le Net. J’aimerais y mettre ici un peu de sel pour le relancer.

Mais peut-être devrais-je commencer par rappeler le sujet et les thèses des opposants en présence. Nous parlons de la réserve fractionnaire. Donc de banque. Lorsqu’on dépose une somme en banque, disons 100 euros, on s’attend à en rester propriétaire et que le banquier en prenne soin, qu’il les protège du vol, notamment. Sinon, autant les laisser sous le matelas. C’est la vision  traditionnelle de la banque et aussi de la monnaie. Une banque de dépôt, comme son nom l’indique, se comporte comme un dépôt, un entrepôt de monnaie, constitué à chaque instant de la somme des dépôts de l’ensemble des clients, qui restent propriétaires de ces montants. Tout autre schéma serait frauduleux.

Et pourtant, nos banques aujourd’hui ne fonctionnent pas ainsi. Lorsqu’on y dépose nos sous, nous en perdons la propriété. Oui, oui, vous avez bien lu. Lisez donc en bas, en petit, de votre contrat bancaire. Dès lors, le banquier peut s’amuser, il peut utiliser nos sous pour proposer des crédits. Je simplifie un peu, car le crédit vient aussi de la création monétaire, mais en essence, c’est ce qu’il se passe réellement. Ce qui veut dire que de mes 100 euros, il en a tiré disons 50 pour les prêter à mon voisin – et nous voilà avec 150 euros alors qu’on n’en avait que 100 au départ. Mais ces 50 euros prêtés, bien évidemment ne sont plus dans les caisses, donc en réalité il n’y a bien que 100 euros en circulation, même s’il y en a 150 en comptabilité. Mais et si je veux mes 100 euros tout de suite, en même temps que tout le monde ? Eh bien la banque fait faillite.

En fait, tout est fait pour que ce cas soit rare et la réglementation bancaire prévoit quelle part maximum des 100 euros peut être prise par le banquier pour prêter. Le reste constitue la réserve, pour permettre d’honorer les demandes de retrait à vue. On parie que tout le monde ne demandant pas à retirer son solde en même temps, la banque pourra répondre aux quelques retraits juste avec cette réserve. On appelle réserve fractionnaire le fait même que la réserve puisse ne pas être de 100% des dépôts. A l’origine, le taux de réserve était assez haut, mais il s’est érodé avec le temps, pour permettre aux banquiers de prêter toujours plus.  De nos jours, des taux de 1% sont fréquents – ce qui veut dire qu’il ne reste en caisse qu’un seul euro sur les 100.

Cette pratique est largement contestée, on en comprend facilement le caractère abusif – prêter avec l’argent des autres sans leur autorisation et sans même les rémunérer. Cela va plus loin. Car la possibilité de réserve fractionnaire est à la base de la monnaie fiduciaire et de la création monétaire via les banques centrales. Donc à l’origine de la possibilité d’inflation de la masse monétaire et donc d’appauvrissement des peuples et denrichissement des privilégiés par effet Cantillon. Autre vaste source de fraude, donc.

Cette contestation est l’essence de la ligne Mises – Rothbard – Hoppe – Hülsmann, dont je suis depuis toujours le défenseur. Elle repose sur une vue monétaire classique qui assimile les billets de banque et autres reçus de dépôt à des titres de propriété, et sur le principe aristotélicien d’unicité du propriétaire comme du titre. Mais les free bankers voient les choses autrement.

Les free bankers ne contestent pas vraiment cette vue des choses, leur argument de fond est d’un autre niveau. Ils commencent par prendre acte de l’existence de la réserve fractionnaire. Soit. La tentation du banquier est un fait historique et il est vrai que se rapprocher de la réalité est un des principes guidant le développement de l’école autrichienne. Entérinons donc l’existence comme la possibilité – même si immorale – de la réserve fractionnaire.

Pour ensuite faire remarquer que dans un tel système, les billets de banque ne sont plus des certificats de dépôt d’une somme dont on conserverait la propriété, mais une reconnaissance de dette de la banque envers son client. Autrement dit, ils actent d’un changement radical de base juridique du système bancaire et de la monnaie. On pourrait passer des heures sur la validation éthique de ce point – j’y ai moi-même passé des heures de débat. La légitimité selon les free bankers vient du marché : si le marché accepte ce système par rapport à un système monétaire classique, où est le problème éthique ?

Ces longs préliminaires terminés, j’en viens peu à peu au sujet.  Pour un « autrichien » pour lequel l’or est la seule monnaie, il faut radicalement changer de paradigme pour absorber cette vision où la réserve fractionnaire devient possible. En fait, je pense que pour mieux voir les choses, il faut revenir sur ce qu’est la monnaie. La monnaie est de la richesse future. Elle est destinée à gérer un risque commercial, celui de perdre le pouvoir d’achat, la richesse future, acquis lors des transactions précédentes. La monnaie est donc un instrument de gestion du risque, chose qu’on ne dit pas assez et que même Rothbard n’exprime pas – c’est logique, il est sur un modèle éthique donc binaire.

A partir du moment où on voit que la monnaie est de l’ordre du risque, on peut imaginer des monnaies d’infinie variété sur ce critère. C’est la base du free banking. On peut bien émettre tout et n’importe quoi comme monnaie, une monnaie « saine » (qui repose sur la vision traditionnelle de banque de dépôt) ou une monnaie qui repose sur une réserve fractionnaire, ou autre. Pour les free bankers, à partir du moment où le client n’est pas ignorant des choses et que c’est lui donc le marché libre qui choisit, il n’y a pas de problème. Je pense en effet qu’ils ont raison sur ce point.  La vision monétaire des free bankers est plus générale et plus réaliste que celle de la monnaie saine, c’est peu discutable. Le concept est plus pertinent.

Mais je reste persuadé qu’ils ont tort sous l’angle économique à terme. Car que va-t-il alors se passer ?

Voyons la situation. Nous sommes sur un marché où sont en présence plusieurs monnaies, librement. Certaines sont des monnaies émises par des banques – ou cartels – qui pratiquent la réserve fractionnaire, donc dont la monnaie associée est porteuse d’un double risque, un risque de faillite (dt de bank run) et un risque en rapport direct avec le taux d’inflation résultant du taux de réserve. D’autres sont des monnaies saines, ou presque saines. Les presque saines sont des monnaies qui par exemple ont une très forte réserve, où disons 98% des dépôts sont garantis et où seuls 2% des fonds servent au crédit. Bref, tous les cas de figure sont possibles.

Mais dans ce cas, sur un marché libre, la loi de Gresham inversée va se mettre à l’œuvre. Et donc il y a fort à parier qu’entre une monnaie à forte exposition et une monnaie saine, ce sera la monnaie saine qui résistera. Certains m’objecteront que les monnaies seront plus sophistiquées que cela. On imagine des monnaies faites de « paniers de commodités », dont la valeur intrinsèque ferait l’intérêt. Mais quel intérêt qui serait si différent de l’achat des mêmes commodités avec une autre monnaie (saine) ?

Bref, si je comprends et j’admets que la monnaie doit effectivement être envisagée de manière plus large et comme un instrument financier de gestion du risque, il me semble que cela ne change rien sur l’essentiel, à savoir qu’une monnaie saine reste une monnaie saine, c’est-à-dire une monnaie qui ne repose pas et ne subit pas de réserve fractionnaire. Et que sur le long terme, il n'y a que les - que dis-je, la - monnaie saine qui restera.

Tuesday, May 20, 2014

Interview par Grégoire Canlorbe

Interview Grégoire Canlorbe – Stéphane Geyres

1) Vous êtes libertarien et président du « mouvement des libertariens ». Libertarien est un terme récent, remontant aux années 1970 ; et on estime la plupart du temps qu’il servirait à qualifier un libéralisme « excessif », « caricatural », « extrémiste », par opposition à ce qui serait le libéralisme « modéré » et donc « sain » et « raisonnable » d’un Hayek, d’un Aron ou d’un Rawls.
  En bref, les libertariens seraient les partisans d’un libéralisme pur et dur et à ce titre exagéré : un « ultralibéralisme ». Que répondez-vous à ce reproche d’extrémisme ?
 
  Tout d’abord, merci cher Grégoire pour avoir pris l’initiative de cet entretien. C’est un réel plaisir de répondre à un jeune journaliste de talent qui sait voir les vraies questions.
  Il y a certes bien des facettes à votre question, mais elle a en effet le mérite de poser tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, sans toujours le courage de la confrontation.
  Je pense que pour vous répondre au mieux, il faut revenir sur l’histoire du libéralisme dans notre pays – j’essaierai de rester concis. On peut oser ainsi simplifier avec quatre périodes qui correspondraient très grossièrement aux quatre derniers siècles. Au XVIIIe tout d’abord fleurissent les célèbres Lumières. Leur apport est avant tout sur l’aspect juridique, c’est sur leurs bases que se construira la Révolution et depuis la démocratie en France et dans le monde. Certains, comme Richard Cantillon, nous ont aussi donné de grandes avancées dans le domaine économique, mais si les Lumières brillent encore, c’est pour avoir fait avancer la Liberté dans sa dimension politique en lien avec le droit. Puis vient Jean-Baptiste Say, suivi de Frédéric Bastiat, lesquels au XIXe vont poser les fondements de la théorie économique telle que tout libéral contemporain sérieux la comprend. Le terme de « libéralisme » naît juste après Napoléon, mais Bastiat se considérait « économiste », car il semblait acquis que les idées de liberté avaient été réglées avec les Lumières. Quant à Léon Say, une génération plus tard, il se pensait « libéral », terme qui s’est peu à peu installé comme « partisan du laissez-faire économique ». Puis avec la Première guerre mondiale et la généralisation de la démocratie, comme l’explique très bien Hoppe, et malgré l’émergence de l’école autrichienne, le XXe voit la gangrène social-démocrate gagner l’Occident. Avec elle, le libéralisme perd peu à peu dans l’esprit commun sa base juridique pour devenir chez certain un simple « discours favorable à la libre entreprise ». Aux États-Unis d’après le New Deal, hélas désormais sociaux-démocrates, le « libéral » est carrément devenu synonyme « d’homme de gauche non communiste ».
  C’est alors, dans les années soixante, qu’émerge aux États-Unis le terme de libertarian, repris chez nous dans les années 80 par Henri Lepage en « libertarien », et adopté par ceux qui se reconnaissent comme héritiers de ces diverses phases, mais fuient l’amalgame avec le liberal socialisant.
  Tout cela pour rappeler que le libéralisme est bien double dans son histoire, il se revendique des Lumières sous l’angle du droit et du « laissez-faire » plus économique – et ses théories modernes. Le libéralisme contemporain est même l’aboutissement de ces divers courants, qui l’ont construit et dont il se nourrit. Il y a diverses manières de le définir formellement, plus ou moins équivalentes, j’en donnerai deux. La plus correcte consiste à l’assimiler à un ordre social où le principe de non agression serait pleinement respecté. Pour ma part, je trouve plus palpable de l’identifier à une organisation sociale où règne la stricte uniformité du droit, l’état de droit le plus strict, où aucun privilège n’existe ni ne peut exister. On note au passage que ces deux définitions n’ont rien d’économique. Mais c’est parce qu’il est en réalité impossible de dissocier ces deux aspects de la vie. J’en veux pour preuve, pour finir ces rappels théoriques, la définition de la liberté donnée dans Libres ! par Henri Lepage – encore lui : « on définit la liberté comme le droit de faire ce qu‘on désire avec ce qu‘on a (plus exactement : avec ce à quoi on a naturellement droit, ce qu‘on s‘est légitimement approprié, ou ce qui a été légitimement transmis) ». J’aime cette définition parce qu’elle est positive et parce qu’elle mêle droit (avoir) et économie (faire).
  Ce rappel n’est pas je crois inutile car ce n’est pas l’image, la compréhension que bien des gens de nos jours ont du libéralisme. Pour revenir à votre question, je doute fort que les auteurs que vous évoquez se revendiqueraient du libéralisme ainsi défini – et je ne vous cache pas que selon moi, aucun n’exprimait en effet des thèses pleinement libérales. Je me demande même comment on peut oser qualifier Rawls de libéral, alors qu’il est liberal, donc social-démocrate. Aron est probablement plus un libéral économique, alors que Hayek, qui pour beaucoup représente le summum du libéralisme moderne, n’a pas su transposer sous l’angle politique les nombreuses avancées économiques qu’on lui doit.
  Beaucoup sans doute seront choqués d’une telle analyse et, vous avez raison, trouveront la position libertarienne inutilement « excessive » ou « extrême ». J’ai hélas l’habitude de ce genre de propos bien malheureux ; il faut avoir la carapace solide quand on est libertarien.
  Je constate simplement, après quelques temps passés au contact de nombreux critiques, qu’on peut en distinguer trois familles principales. Je passerai vite sur ceux qui ont les idées claires sur le libéralisme, mais optent pour une position politique mesurée parce qu’ils pensent que ce serait tactiquement plus habile. La critique d’extrémiste dans ce cas n’est pas bien grave, puisqu’au moins nous sommes d’accord sur le fond. La plupart par contre n’ont tout simplement pas compris ce que la Liberté suppose, je n’ai pas peur de le dire. On trouve ainsi beaucoup de pseudo libéraux qui en sont restés à la seule vision économique, favorables au laissez-faire mais en même temps ne sachant pas voir que les fonctions régaliennes pourraient être confiées au marché libre dont ils se prévalent. Plus rarement, on peut rencontrer des relativistes pour qui le concept de liberté impliquerait celui de tolérance et donc l’impossibilité de donner au libéralisme un cadre définitif. Tous ces gens « raisonnables » ou « mesurés » ne voient pas qu’ils sont dans l’incohérence.
  Pourtant, et ce sera ma réponse après ces longs préliminaires, la chose est simple. Si la liberté tient du droit, et il s’agit du droit dit naturel, minimal, la non liberté tient donc de l’inverse du droit, qui est la force, l’agression – on parle de coercition. Or quel est l’organe social qui par définition incarne la force ? L’état bien sûr. Le libéral est donc tout simplement un adversaire de l’état. Je constate que les auteurs de ces critiques ont oublié de les retourner à celui qui devrait en toute logique être leur adversaire. C’est dommage.

2) Doit-on être nécessairement un anarchiste pour se prévaloir à juste titre du libertarianisme ? Pour dire les choses autrement, le minarchisme est-il une option cohérente ou au contraire incohérente pour un libertarien ?

  En effet, selon Wikiberal, « pour [les libertariens], les pouvoirs de l'état devraient être extrêmement restreints (minarchisme), ou même supprimés (anarcho-capitalisme).» D’où votre question, et bien d’autres occasions de la voir posée, beaucoup pensant que le minarchisme est non seulement possible mais souhaitable comme compromis ou étape de transition – ce qui renvoie d’ailleurs à la question précédente.
  Il me semble que la réponse doit aborder deux axes pour être complète. Il y a la théorie et la situation d’aujourd’hui. Sous l’angle théorique, j’attends toujours le minarchiste qui saura expliquer comment on pourrait à la fois avoir égalité de tous devant le droit et avoir un état bureaucratique quel qu’il soit. Le simple fait d’accepter le pouvoir d’un élu ou d’un fonctionnaire va à l’encontre de ce principe, pourtant à la base même du libéralisme. Je ne fais là que reprendre un argumentaire éculé, des théoriciens comme Rothbard ayant depuis fort longtemps montré qu’il n’y a qu’une seule option libérale cohérente, celle de l’anarcho-capitalisme. Donc en effet, sous cet angle, la question ne se pose même pas.
  Sous l’angle plus concret, certains pensent par exemple qu’on pourrait réduire l’état. Mais dans un article – sur mon blog – je montre que cela est vide de sens, sauf à réduire l’état à un tel niveau que nous serions en fait dans un système anarcap. Dit autrement, la seule minarchie possible car cohérente est une société anarcho-capitaliste.
  Enfin, il y a la réalité actuelle et la question dite de la transition, c’est-à-dire comment transformer la tyrannie démocratique actuelle en une société libre ? Il est clair que cela ne peut se faire en claquant des doigts et qu’il faudra un certain temps, même bref. Dans ce cadre, beaucoup sont minarchistes en ce sens qu’ils sont favorables à une société de moindre état comme un moindre mal ou comme une étape transitoire nécessaire.
  Je n’ai pas d’opposition à une telle analyse, à condition cependant de bien poser le but, de ne pas oublier que l’objectif ultime ne peut être que l’anarcapie. Car sinon, c’est peut-être faire mal au Léviathan actuel et lui rogner les ailes, mais ce n’est pas le tuer. Et Léviathan nous a montré à travers les siècles sa nature de phénix capable de renaître à tout moment.
  En conclusion donc, oui, le minarchiste ne peut être qu’un anarcap pragmatique s’intéressant à la transition ou un anarcap en devenir – quand il sera devenu anti-état.

3) Vos vues en science économique rejoignent pour l’essentiel les conceptions du courant de pensée autrichien, en particulier la lignée Von Mises – Rothbard – Hoppe.
  Vous n’êtes pas sans savoir que ce courant de pensée est assez minoritaire dans les universités et que la plupart des économistes du main-stream « néoclassique » lui reprochent un certain amateurisme, et ce pour trois motifs principaux : en premier lieu, le courant autrichien, à l’exception d’auteurs plus modérés comme Hayek ou Kirzner, prônerait un retrait excessif de l’Etat de la vie économique et serait aveugle au caractère nécessaire de certaines interventions pour tempérer les dérives du marché, en particulier pour ce qui a trait à la concurrence inégale et aux asymétries d’information.
  En second lieu, le courant de pensée autrichien rejetterait à tort toute formalisation mathématique des états d’équilibre du marché, laquelle constitue selon le main-stream le seul et véritable objet de la science économique digne de ce nom.
  Enfin il commettrait l’erreur de souscrire à une méthodologie réaliste (i.e. visant à concevoir des théories qui ont pour propriété de décrire fidèlement la réalité) alors que c’est l’instrumentalisme (i.e. visant uniquement à élaborer des théories qui permettent de formuler des prédictions correctes) qui reçoit les suffrages les plus favorables de la part des économistes du main-stream.
  Que répondriez-vous à ces trois ordres de critique ?

  Tout d’abord, je n’ai pas de « vues » en économie. D’une part je ne suis qu’un modeste témoin de la théorie autrichienne, je ne saurais être pris pour un expert comme un Guido Hülsmann ou un Renaud Filleule peuvent le revendiquer. Surtout, la science économique étant justement une science, on n’a pas de « vues » en économie : on sait décrire un phénomène x ou y ou on ne sait pas, il n’y a pas place à « l’opinion » ni aux « vues ».
  Ceci posé, votre premier point mériterait probablement tout une thèse. J’en retiens l’aspect minoritaire, l’amateurisme, la notion de courant, le rôle de l’état, les dérives du marché dont la concurrence et l’information. Beau programme !
  Il est toujours étonnant que l’aspect minoritaire ou pas puisse être un argument dans une conversation se voulant rationnelle, voire scientifique. Peu importe qu’il n’y ait même qu’un seul économiste autrichien, la seule question est de savoir si la théorie qu’il promeut est juste ou fausse. Et je dis bien « juste ou fausse », c’est-à-dire donnant une description ou une explication des phénomènes économiques conforme à ce qu’ils sont réellement. En l’occurrence, la nature axiomatique de la théorie de Menger – Von Mises – Rothbard – Hoppe en fait une forteresse de certitude scientifique. Alors les majoritaires, vous savez…
  À ce titre, l’amateurisme me semble plutôt être du côté des mainstream justement. Car l’ensemble de la démarche méthodologique des keynésiens et consorts démontre un refus de réalisme, pour ne pas dire un aveuglement à la réalité sociale. Par exemple, imaginer qu’on puisse tester un modèle économique est une hérésie qui montre que ces écoles ne se rendent pas compte qu’on ne peut jamais reproduire deux fois les mêmes conditions sociales et économiques sans attenter à l’objectivité : qui a déjà vécu une situation en tire des enseignements dont il tiendra compte une fois réexposé aux mêmes conditions.
  S’agissant du rôle de l’état, il me semble que l’écart avec les positions plutôt pro-étatiques du mainstream est l’illustration de leur divagation méthodologique. L’analyse de l’école autrichienne part de l’acte économique fondamental, l’échange libre entre deux humains. Toute la théorie en découle. Or cet échange, tel que nous sommes des milliards à l’effectuer spontanément chaque jour, ne doit dans l’immense majorité des cas rien à l’Etat, qui n’en est pas non plus un acteur. A contrario, le mainstream considère l’état comme présent et le pose a priori, sans plus de justification, comme un acteur, réel ou légitime, ce qui ne correspond à aucune réalité – que ceux qui se font accompagner d’un bureaucrate chaque fois qu’ils vont faire leurs courses viennent me contredire.
  Quant aux dérives du marché… il me semble que ce pseudo concept, ce prétexte, exprime une incompréhension de ce qui le marché est vraiment. Comment un humain qui fait partie du marché pourrait-il établir de manière objective que ce dernier présente des défauts ou des dérives ? Si le marché a des comportements qui nous choquent, ce qui peut être le cas pour certains, cela reste pour autant toujours l’expression du libre choix de l’ensemble de l’humanité. Comment quiconque pourrait-il se poser en juge de ces choix ? La notion de dérive relève du jugement de valeur d’un homme envers l’humanité, rien de moins. Voilà bien un concept des plus présomptueux et dont on imagine vite les dérives…
  Enfin, je ne pense pas qu’il y ait de courant au sein de l’école autrichienne. Il y a tout au plus divers auteurs, tel Hayek, qui à un moment ou sur certains points abandonnent ce qui la caractérise le plus à mon sens, à savoir l’individualisme méthodologique. Ce faisant, je ne crois pas qu’ils soient capables d’aboutir à des conclusions ayant une réelle valeur.
  Mais passons à votre second point. Tout d’abord, en vertu de quel principe le fantasme de l’équilibre de marché devrait-il être le sésame de la science économique ? Sauf erreur, l’économie n’est pas la science de l’équilibre du marché mais celle de l’accès aux ressources dans un monde de rareté. L’équilibre ne serait donc pas un principe mais au mieux un résultat d’analyse. De plus, Ludwig Von Mises explique très clairement que l’équilibre est au mieux un outil conceptuel, mais n’a aucune réalité parce que le marché est un processus continu en perpétuel mouvement vers ses prochaines conditions de prix. Révérer l’équilibre du marché n’est donc que se complaire dans une abstraction sans aucune réalité.
  Quant au recours aux mathématiques, ce ne serait pas un mal en soi, si les mathématiques, comme c’est le cas en mécanique, permettaient de décrire précisément le monde. Mais ce n’est pas le cas en économie et même, cela ne peut pas l’être. Ludwig Von Mises, encore lui, explique de manière très simple pourquoi l’économie ne peut pas être mise en algèbre. Le principe des équations en physique tient à leur capacité à mesurer, calculer, exprimer des grandeurs mesurables. On calcule des hertz ou des watts, lesquels ont une manifestation précise dans ce monde. Mais en économie par contre, rien n’est mesurable, car rien n’est ni palpable ni objectivement définissable. À commencer par la richesse qui ne se réduit pas à la masse monétaire contrairement à ce que l’immense majorité soutient. Bref, les maths en économie, cela n’a strictement aucun sens et les mettre en avant n’est qu’une ineptie.
  Enfin, votre troisième point, sur le réalisme face aux prédictions. Là encore, on est en pleine confusion. La science physique permet de prédire les futurs mouvements d’un mécanisme parce qu’elle permet de décrire exhaustivement sa dynamique et que celle-ci ne dépend que de son design. En économie par contre, le futur n’est autre que le fruit d’une infinité de décisions prises en continu, librement et indépendamment par les gens sur le marché. Pour espérer prévoir le futur, il faudrait pouvoir modéliser ce système d’une immense complexité, ce qui est et restera impossible, même avec le progrès de la force de calcul des ordinateurs de demain. Pour s’en convaincre, imaginons l’inverse. Je fais une prédiction géniale. Disons que je prévoie que le cours de LVMH prendra 5 pts par mois pendant les 6 mois à venir. Pourquoi ne pas le garder pour moi ? Je fais croire l’inverse, peu à peu j’achète un maximum d’actions de manière à profiter de ma trouvaille. Mais alors, tous les économistes devraient pouvoir faire cela et donc devenir richissimes. Or que constatons-nous ? Tout l’inverse. Les « experts » publient leurs « prédictions ». Car ils espèrent ainsi attirer les naïfs dont l’afflux fera monter des cours qui sinon resteraient atones. Autrement dit, les économistes mainstream sont incapables de prédiction. C’est d’ailleurs très bien comme ça et donc l’économie n’est pas une affaire de prédiction.

4) Sous quelles circonstances et pour quels motifs avez-vous finalement rejoint les rangs de la pensée libertarienne ainsi que du courant autrichien en science économique ?
  Ceci s’est-il fait du jour au lendemain ? Avez-vous eu au contraire une transition lente, subreptice, pas à pas, vers le libéralisme et l’école autrichienne ?

  Je suis un autodidacte de l’économie. Travaillant parmi des financiers, je décidais il y a sept ou huit ans de me mettre à l’économie. Me voilà donc fouillant le web à la recherche des bases. Bien sûr, je suis très vite tombé sur des équations dans tous les sens. Les maths ne me font pas peur, je suis titulaire d’une licence de mathématiques. Mais la simple idée d’être mis en équation me semblait fumeuse : comment pouvait-on mettre mon libre choix en équation, fusse de manière probabiliste ? Je continuai donc à chercher dans l’espoir d’une approche qui serait plus convaincante, lorsque je finis par découvrir le Mises Institute et la mine d’or que constitue son site web.
  J’avalai alors Human Action, Man Economy and State et For a New Liberty, et depuis de nombreux autres ouvrages. Dès que j’eus lu Rothbard, les pièces du puzzle se mirent en place, très vite : c’est tellement simple et évident dès qu’on a compris la différence entre état et régalien. C’est tellement simple que je ne comprends pas qu’on puisse le critiquer.
Mais pour vous répondre, une fois que j’eus découvert les auteurs libertariens, je basculai très vite – je devais sans doute être prêt à le faire, il ne me manquait qu’une pichenette.

5) Tous les libertariens ne sont pas partisans de l’école autrichienne. Un auteur cent pour cent libertarien (et anarchiste) tel que Bryan Caplan est explicitement hostile au courant de pensée autrichien et se réclame du main-stream néoclassique.
  Selon vous que gagne-t-on à être un libertarien rallié aux idées autrichiennes ? Quel est le manque à gagner pour un libertarien qui se prévaut du courant néoclassique ?

  On peut être libertarien et non autrichien, c’est certainement possible, tant qu’on rejette toute intervention étatique et l’état lui-même. Cela dit, j’avoue ne pas savoir en détails pourquoi Bryan Caplan est « hostile » aux idées autrichiennes, mais je ne comprends pas comment cela est possible. Car la théorie autrichienne donne les outils les plus précis pour comprendre les mécanismes économiques et même sociaux. Quant au manque à gagner, il me semble que le plus important tient à sa compatibilité avec le jusnaturalisme anarcho-capitaliste.
  Autrement dit, l’EAE supposant la préférence temporelle de chacun, elle ne repose sur aucune fonction d’utilité, contrairement aux autres écoles. Ce qui est en droite ligne avec le principe libertarien voulant que rien ne puisse justifier – et surtout, aucune « utilité » collective – des formes de coercition telles que taxes, impôts ou règlements.

6) Votre regroupement politique, « le mouvement des libertariens », affiche pour slogan : « Les libertariens ne veulent pas prendre le pouvoir mais vous le rendre ».
  En démocratie, nous sommes accoutumés à penser que c’est via le vote électoral – et ce faisant via une participation indirecte à la confection des lois – que le pouvoir est rendu aux gens. Votre slogan, si je vous comprends bien, cherche à faire comprendre l’inanité d’une telle vision des choses ?

  En effet. Si la démocratie nous « rendait » le pouvoir, les bureaucrates n’auraient par exemple aucun moyen de nous forcer à payer l’impôt. Ce simple exemple montre bien que le pouvoir ne nous est pas rendu – au contraire, la démocratie est un arbre qui cache la forêt, un cache sexe de notre soumission à l’abus de pouvoir institutionnalisé.
  Bien des pseudos libéraux croient que la démocratie est compatible avec notre liberté et qu’il suffirait de réduire le périmètre de l’interventionnisme pour atteindre un point d’équilibre, une forme de minarchie idéale. Comme le livre remarquable de Frank Karsten le développe – Dépasser la démocratie – la démocratie n’est en réalité qu’une forme sophistiquée de tyrannie, injustifiable donc.

7) Un reproche fréquent qu’on adresse aux libertariens consiste à affirmer qu’une société où la liberté prévaut sur toute autre valeur serait tout simplement « indécente » car cette prédominance de la liberté empêcherait qu’on puisse sanctionner certains comportements pourtant réprouvés par le sens moral de tout un chacun.
  Par exemple une société libertarienne, dit-on, autorise un patron à verser à ses employés un salaire très faible, couvrant à peine la subsistance des salariés. Elle autorise que certaines personnes vendent leurs charmes moyennant une certaine somme d’argent. Elle autorise qu’on profère toutes sortes d’insultes racistes. Elle autorise qu’on consomme ou qu’on vende de la drogue. En bref elle autorise toutes sortes de comportements envers soi-même ou envers autrui qui vont à l’encontre d’un sens moral qui serait, dit-on, universellement partagé par les individus.
  Les tenants de cette vision de chose aiment surenchérir : « les libertariens ne donnent au fond aucun sens à la notion de communauté ; ils prônent un individualisme forcené qui soustrait les êtres humains à toute coercition exercée par un socle commun de valeurs élémentaires. »
  Quelle serait votre réponse à ce discours qui a le vent en poupe ?

  Je ne vois pas bien ni où la liberté prévaudrait sur toute autre valeur, ni pourquoi toute autre valeur devrait prévaloir sur la liberté. Votre question aborde les sujets de morale et de communauté fondée sur des valeurs morales. Et vous avez raison, beaucoup portent de telles critiques, mais ils ne démontrent là que leur incompréhension de la société libre.
  Car en matière de morale, la liberté est très paradoxale et bien plus subtile que ces naïfs savent le voir. Au premier niveau, en effet, la morale ne peut être un motif de sanction. Plus exactement, la question n’est pas tant celle de la sanction que de savoir qui serait en position de sanctionner qui. En effet, pourquoi serait-il interdit de vendre de la drogue ? Et par qui ? Qui serait donc légitime à imposer aux autres de telles préférences ? Personne bien évidemment et donc la seule société juste à cet égard ne peut être qu’une société où il n’y a aucun pouvoir imposant ses vues aux autres, catholiques, juifs, gays ou autres.
  On a bien vendu des cigarettes ou de l’alcool pendant des générations. Insulter quelqu’un n’est souvent qu’une notion très relative de la liberté d’expression – pour moi, être traité de socialiste serait une insulte mais je suppose que son auteur serait insulté si en retour je le traitais de libéral. Quant au sexe, ce n’est jamais qu’un service comme un autre, qui n’a aucune raison intrinsèque de ne pas être reconnu comme tel.
  Non en effet, le libéral ne peut concevoir que de tels actes soient a priori interdits par voie législative, car la révulsion morale ou autre qu’ils peuvent provoquer ne relève pas de l’agression manifeste d’autrui ni de l’atteinte à la propriété individuelle – au contraire.
  Pourtant, et c’est là le point le plus important, la société libre sait très bien héberger la morale en son sein, chose que ces critiques ne savent pas voir. Voyons comment.
  Tout d’abord, dans une société libre, il n’y a pas absence ni de loi ni de morale. Mais ce n’est pas l’état ni un quelconque lobby tel celui des catholiques qui fait cette loi et cette morale, toute l’idée de liberté est là. Tu ne n’imposeras pas tes préceptes. Non, loi et morale sont dites par le propriétaire des lieux. Et c’est logique : lorsqu’on visite ses amis, on se conforme à leurs habitudes ou exigences : mettre des patins ou parler leur langue. Et bien de même, si ces amis n’aiment ni la drogue, ni les Arabes et surtout pas l’anglais, il n’y a rien à leur reprocher, il s’agit de le respecter – ou de choisir de les perdre comme amis.
  Mais quand je dis « propriétaire des lieux », c’est au sens large. Ainsi, si la Communauté des Fans de Chantal Goya achète un terrain et y installe un lieu dédié à l’artiste, rien ne les empêchera d’y exiger par exemple le port d’une tenue rappelant le lapin. Et rien n’empêchera les anciens fans de rejoindre cette communauté et d’en adopter, voire d’en influencer les pratiques et exigences. De même sur tous les sujets. En faisant ainsi, chacun peut vivre selon ses exigences, sa morale, sa culture, etc. sans pour autant imposer à autrui non consentant ses propres exigences qui sont sans plus de fondement que d’autres.
  Mais il y a mieux. Car bien évidemment, au sein de chacune de telles communautés, les exigences de morale, même si chacune différente de la voisine, battront leur plein. On y sera bien plus moralisateur que nous pouvons l’être aujourd’hui, au sein d’une société magma où il est impossible d’espérer la morale appliquée car personne ne peut l’exiger.
On voit donc ainsi qu’en matière de communautés, c’est au contraire la société libre qui offre le meilleur équilibre entre tous les courants imaginables et cela sans conflit aucun. Il n’y a dans mon esprit aucun doute, la vison libertarienne de la société est sans égale en matière d’humanisme et je ne connais pas de problème social qu’elle ne règle avec justice.

8) On reproche également aux libertariens de prôner une forme subreptice d’eugénisme.
  Le démantèlement de l’Etat Providence, avance-t-on, aurait pour effet de condamner les plus fragiles et les plus démunis à dépendre de la charité d’autrui, très hypothétique. Les paralysés, les handicapés mentaux, les vieillards victimes d’Alzheimer, les enfants abandonnés à la naissance, ne pouvant plus compter sur le filet de sauvetage garanti par l’Etat Providence, leur sort dépend, in fine, de la bonne volonté des membres de la société.
  Et la conclusion suivante de tomber : « Que se passe-t-il pour tous ceux qui ne trouvent personne pour les prendre en charge ? Eh bien une société libertarienne les laisse crever. Que seuls les plus forts et les plus chanceux survivent, tel est le credo des libertariens ! »
  Que penser, selon vous, de tels propos formulés pour désarçonner les libertariens ?

  Qu’ils sont ridicules et incohérents. Un soupçon de recul et de réflexion de la part de leurs auteurs devrait leur permettre de s’en rendre compte. Mais quelques pistes pour les mettre sur la voie. Tout d’abord, n’oublions pas que l’état providence est un Léviathan de formation très récente et qu’avant lui, il n’y a ne serait-ce qu’un ou deux siècles, la société, sans être parfaite, fonctionnait et avait déjà trouvé les solutions libérales. Mais j’y viens.
  La première erreur de ce genre de critique porte sur le fantasme d’une société parfaite. Les libertariens n’ont jamais clamé que la société sera parfaite, premièrement parce que cela ne peut pas exister – que quelqu’un me définisse la perfection sociale – et surtout parce que ce n’est pas l’objet de la vision libérale, laquelle ne vise qu’à permettre à chacun de vivre libre de poursuivre et si possible trouver son bonheur. Objectif bien plus modeste donc.
  Ensuite, il faut vraiment avoir une vision négative de l’homme pour croire que dans notre fonctionnement normal, nous laisserions nos faibles de côté. Notez que j’emploie le conditionnel. C’est parce que je considère que c’est au contraire la société actuelle, hélas social-démocrate pour ne pas dire proto-communiste, qui engendre les comportements que ces critiques redoutent. Et dès lors, ils les transposent comme angoisses sur la société libre, alors qu’en réalité ces phénomènes n’y existent pas et sont au contraire le produit de la socialisation démocratique contemporaine, où la solidarité a remplacé le bon sens.
  Typique de ce type de raisonnement, on parle de la société comme si elle était un acteur, comme une  personne, comme ce fameux filet de sécurité, alors que la société n’est qu’un groupement d’individus sans autre substance et que seuls ses membres, vous et moi, y ont la capacité d’agir et de décider. Il n’y a pas de société, il n’y a que des personnes. Ce sont elles qui décident ou non de venir en aide aux plus faibles et comment. Aucune « société » n’en a la capacité. De plus, la société n’a pas à nous « prendre en charge ».
  L’autre paradoxe de cette manière irréaliste de penser consiste à croire, à décréter que l’état pourrait ce que la charité ne pourrait pas. Or dans les deux cas, on parle d’individus dont on n’a aucune raison valable de supposer qu’ils seraient malveillants. Pourquoi les gens qui ne seraient pas capables de charité seraient-ils capables de solidarité ? Ce ne sont pas les mêmes ? Ah, oui bien sûr. Mes amis et mes proches sont incapables de m’aider alors que le fonctionnaire pour qui je ne suis rien me garantit une aide meilleure et plus rapide ? On voit combien ce genre de vision de la société ne repose sur rien de solide et, pire, repose même sur la négation de la spontanéité du véritable souci social que nous portons tous.
  Et où on voit le rôle de la famille dans ces questions. Et des diverses structures spontanées. Dans une société libre, j’appartiens à une ou plusieurs associations, clubs, communautés en plus de ma famille. Ces gens me connaissent et m’apprécient à divers titres, à divers égards. Et comme pour la plupart, comme l’immense majorité des gens normaux, ils ne sont pas des sauvages, c’est sur eux que je pourrai compter en cas de souci. Bien sûr, j’aurai souscrit une ou plusieurs assurances pour les gros coups durs, mais ce sont mes amis et mes proches qui viendront emplir mes vieux jours ou me soutenir pendant quelque période difficile. Tout simplement. Pourquoi est-il si difficile d’imaginer ce qui se passe pourtant déjà depuis des millénaires ? Le socialisme a-t-il déjà vidé les cerveaux à ce point ?

9) Selon Ludwig Von Mises c’est sur la disposition des êtres humains à se comporter de façon rationnelle que repose in fine l’espoir de voir émerger un jour une société régie par la pure liberté.
  Dans les termes de Von Mises : « Le libéralisme (ou libertarianisme dirait-on aujourd’hui) est rationaliste. Il affirme qu'il est possible de convaincre l'immense majorité que la coopération pacifique dans le cadre de la société sert les intérêts bien compris des individus, mieux que la bagarre permanente et la désintégration sociale. Il a pleine confiance en la raison humaine. Peut-être que cet optimisme n'est pas fondé, et que les libéraux se sont trompés. Mais, en ce cas, il n'y a pas d'espoir ouvert dans l'avenir pour l'humanité. » Ludwig Von Mises, Action Humaine chap. VIII
  Dans quelle mesure ces quelques lignes de Von Mises recueillent-elles votre assentiment ?

  C’est tout simplement ce qui motive mon action militante et même professionnelle chaque jour. Je me base sur ma propre expérience, tout simplement. En quelques mois, par curiosité et par souci de cohérence, par intuition critique, je suis passé d’un vague libéral-conservateur mal informé et quelque peu « emmoutonné », à un libéral lucide, informé, acerbe et radical, non pas par aigreur, mais par simple logique et conviction.
  Je suis donc en effet absolument convaincu non seulement que le libéralisme, le vrai, pas celui qu’on pourrait échanger contre deux barils d’Ariel, constitue le seul système à la fois lucide et adapté à ce qu’est l’homme, mais aussi que ses idées sont si simples et même intuitives que tout le monde devrait pouvoir les comprendre et les adopter, ceci pour in fine voir l’ensemble de notre espèce atteindre enfin les stades ultimes de civilisation.
  Il suffit juste – vaste programme néanmoins – de lever le « voile d’ignorance » mis consciencieusement par les hommes de pouvoir devant les yeux de nos concitoyens. Voilà mon sujet et voilà la seule motivation politique qui en vaille la peine, à mes yeux.

10) Cher Stéphane Geyres, notre entretien touche à sa fin. Aimeriez-vous ajouter quelques mots ?

  Merci pour cet échange cher Grégoire, vos questions sont toujours très bien vues et donnent écho à des questionnements véritablement problématiques.
  Il y a en effet un commentaire que je souhaite faire, qui dépasse vos questions mais qui s’adresse aux critiques du libéralisme radical que vous exprimez plus haut. Je m’étonne très souvent de leur manque de réflexion et surtout de leur négativité. Beaucoup, pour ne pas dire tous, face à des idées nouvelles, qui en effet peuvent dérouter au début, optent pour ce que j’appellerai l’option inhumaine. C’est-à-dire que selon eux, les bons ne peuvent être que de leur côté, du côté de ceux qui, parce que soi-disant portant attention aux autres via le social, seraient les seuls qui feraient preuve d’humanité.
  Il semble ne pas leur venir à l’idée qu’un homme ou une femme se déclarant libéral, et ce faisant ne donnant pas plus que ça de signe de folie furieuse, puisse être un humaniste sincère et apporter des idées pertinentes. C’est vraiment très dommage, car je pense que c’est chez les libéraux que se cachent les individus les plus authentiquement humains que porte cette Terre.


Cher Stéphane Geyres, merci pour tout ; ce fut un honneur ainsi qu’un plaisir.

Sunday, February 23, 2014

Série Analyse des Programmes : Le PS : 7 à 12

« Pour réduire l’endettement de la France, nous affecterons à la réduction de la dette la moitié des marges financières que nous dégagerons. »

Le PS a le bon goût de faire court parfois, mais dans ce cas, cela reste dense en erreurs, du moins en questions.
Réduire l’endettement est un noble objectif, qui aurait mérité bien plus de clarté et de force. Non, au contraire, on reste très évasif. Comment dégager des marges ? Qu’est-ce qu’une marge financière – il n’y a de marge que commerciale. Quelles conséquences de cette réaffectation – quelque chose perdra cette moitié de marge, donc à quel prix ?
Et surtout, pas un mot sur les sources de la dette. Car payer sa dette, c’est bien, mais réduire les besoins de dette et donc ses dépenses, c’est mieux.
On a l’impression sur ce sujet qu’il fallait en parler, mais surtout que comme on savait très bien que les dépenses ne seraient pas touchées, on ne pouvait pas en dire plus.


« Pour encourager les comportements écologiques, nous rendrons la TVA « éco-modulable » (diminuée sur les produits non-polluants et augmentée sur les produits polluants). »
Les proposition du PS sont courtes. Mais toujours de grande densité. Qu’est-ce qu’un produit polluant ? L’électricité issue du nucléaire l’est-elle ? Que veut dire « diminuée » ou « augmentée » - de combien ? Est-ce que la diminution est de 1% quand l’augmentation serait de 5% ? Mais surtout, qu’est-ce qu’un « comportement écologique » ou pas et pourquoi la TVA aurait-elle ce rôle, cette capacité et cette moralité à se permettre d’en juger et de pénaliser – pardon, de dérober – celui dont le comportement ne serait pas codifié ? Le PS croit donc pouvoir codifier ainsi, aussi simplement, l’arbitrage pourtant immensément complexe entre court terme (non écolo) et long terme (écolo) que chacun de nous fait sans même sans rendre compte à chaque instant ? La société ne se règle pas par juste un taux de TVA. Serait-ce de la bêtise sincère ou de l’enfumage ? Ooops, l’enfumage, ce n’est pas très écolo, alors ce doit être de la bêtise…

« Pour que notre alimentation soit plus saine et pour que les agriculteurs vivent de leur travail, nous orienterons les achats alimentaires des collectivités locales vers l’agriculture et la pêche de proximité (lait et laitages, viandes, fruits et légumes). »
Quelle efficacité de la propagande socialiste ! Pas moins de trois illusions en une seule proposition ! « Alimentation plus saine » ? Vous tombez malades en mangeant vous ? Nos chers socialistes n’ont pas dû aller voir comment, dans certains pays où l’alimentation *n’est pas industrielle*, manger est à la fois vital et dangereux. Mais en France…. Si nous devenons obèses, c’est parce que nous sommes tentés par l’abondance, tout simplement. « Vivre de son travail ». En plein marxisme, le PS ne veut toujours pas voir que ce n’est pas le travail qui est source de valeur et de mérite, mais le service rendu à autrui. Autrement dit, si nos pêcheurs sont trop chers, soit il faut baisser les charges, soit acheter ailleurs parce qu'ils ne sont pas performants. Mais il n’y a pas de raison de les aider. Pourquoi aider les médiocres ? S’il faut aider, pour que cela soit plus efficace, ce sont les meilleurs qu’il faut aider. Certes, ici, le mieux serait de baisser les charges... Enfin, « Orienter les achats ». Ah bon ? Et l’objectivité des procédures d’achat public ? On préférera donc acheter plus cher un mauvais produit ? Avec nos impôts, s’entend. Et on vient nous parler de solidarité ?

« Pour sortir de la dépendance du nucléaire et du pétrole, nous développerons massivement les économies d’énergie et les énergies renouvelables et nous proposerons à nos partenaires la mise en place d’une Communauté européenne des énergies. Nous organiserons un débat national sur la transition énergétique dès 2012. »
Notons d’emblée que nous attendons toujours le débat sur la transition énergétique, mais cela n’est qu’un détail.
La vraie question que pose cette « mesure » est avant tout celle de la dépendance énergétique. Ce terme est très ambigu. Nous dépendrions du pétrole, mais aussi des pays producteurs, souvent peu fiables. Notons que dans une société libre, cette dernière dépendance n’existerait pas. Les pays n’existeraient pas et le pétrole se vendrait sur le marché comme n’importe quelle matière première. Ce faisant, les variations de prix suffiraient à gérer la prétendue « dépendance ». Ensuite, sommes-nous tant en situation de crise et de dépendance qu’il faille développer « massivement » les économies d’énergie - sur le dos du contribuable ?
Non, nous ne sommes pas en crise. Le cours de l’or noir est stable autour de 100 dollars depuis deux ans et demi, alors même que la valeur du dollar continue de chuter. S’il y avait crise, les prix seraient au moins au niveau de 2008 avec 140 dollars – et même à l’époque, on ne parlait pas de crise. L’épuisement des ressources ? S'il y avait épuisement des ressources, il y aurait crise.
Tout cela pour dire que cette mesurette est sans fondement réel, qu’elle propose des « développements » sur fonds publics qui n’ont rien de prioritaire ni surtout de légitime est qu’elle n’est destinée qu’à faire les yeux doux aux Verts de gris.


« Pour alléger la facture énergétique des Français, nous réinvestirons une partie des superprofits des groupes pétroliers dans des aides à l’isolation, le développement des énergies renouvelables et la mise en place de tarifs progressifs pour le gaz, l’électricité et l’eau. »
Cette rapide proposition a l’avantage d’être claire, le groupe Total est mis sous tutelle, ou nationalisé, puisqu’on annonce qu’on va librement disposer de ses revenus supposés a priori outranciers pour jeter cet argent volé par les fenêtres du renouvelable. Deux choses dès lors. Il ne viendrait pas une seule seconde à l’idée d’un socialiste que si Total pensait qu’il y avait un réel besoin de renouvelable, ils auraient déjà investi pour en tirer d’autres « superprofits » ? Première contradiction. Mais surtout, rappelons que la raison première de l’état, son rôle fondamental, c’est d’assurer le respect de la propriété privée. Et on affiche clairement qu’on ira voler les riches pour gaspiller le fruit de leur travail ? Ne nous étonnons donc pas qu’il ne reste plus que des pauvres dans ce pays.

« Pour stopper l’envolée des loyers, nous plafonnerons leur montant lors de la première location ou à la relocation, notamment dans les zones de spéculation immobilière, et nous financerons la construction de 150 000 logements sociaux par an. »
Il est extraordinaire de constater l’incompétence économique du PS. Il y a au moins deux siècles qu’on sait montrer que toute limitation des prix à la hausse conduit à la raréfaction du produit dont le prix montait parce que déjà rare. Le contrôle des loyers est en réalité la cause même du mal-logement français. Mais qu’à cela ne tienne, le PS propose démagogiquement de foncer tête baissée dans l’impasse. Quant à la construction de logements sociaux, elle vient doublement perturber le jeu : elle n’est forcément pas adaptée à la demande, elle coûte une fortune au contribuable et elle conforte le locataire dans l’impunité en cas de non paiement du loyer, ce qui appauvrit encore le marché. Non, il n’y a qu’une politique possible et pour une raison simple : le logement est une ressource, il relève donc de l’économie et du marché et il faut donc libérer totalement ce marché pour que l’offre et la demande puissent enfin se rejoindre.
(Voir Le Very-Best-Of Frédéric Bastiat :http://www.institutcoppet.org/wp-content/uploads/2012/03/Le-very-Best-Of-De-Frederic-Bastiat-2012.pdf )

Série Analyse des Programmes : Le FdG : 7 à 12

« L’Argent des Entreprises
Nous proposerons des mesures précises pour désintoxiquer les entreprises de la finance et pour mettre fin à la déstructuration du marché du travail et à la désindustrialisation du pays. Nous en finirons avec les 30 milliards d’euros annuels d’exonérations de cotisations sociales patronales, dont on a pu constater l’inefficacité p
our l’emploi, et avec les exonérations fiscales.
Nous taxerons les revenus financiers des entreprises.
Nous modulerons l’impôt sur les sociétés et le taux des cotisations sociales afin d’inciter les entreprises à développer la valeur ajoutée, les formations, les salaires et l’emploi, en pénalisant les entreprises qui délocalisent, développent leurs placements financiers, ou se servent des nouvelles technologies pour supprimer des emplois et dégrader les conditions de travail. Nous créerons les conditions pour imposer aux banques le financement, à des taux d’intérêt faibles, de projets porteurs d’un renforcement de l’emploi, de la qualification et du potentiel de création de valeur ajoutée dans les territoires. Ainsi, des fonds régionaux et un Fonds national pour l’emploi et la formation pourront se servir des moyens d’intervention publique à leur disposition (bonifications d’intérêts, garanties d’emprunts) en réutilisant à cet effet les fonds aujourd’hui gaspillés dans les cadeaux fiscaux et sociaux aux entreprises. »

Devant tant d’erreurs fondamentales d’économie et de compréhension sociale, dignes d’un marxien attardé, limitons-nous juste à quatre mots : désintoxiquer, modulerons, inciter et porteur.
Les entreprises ne sont pas intoxiquées, d’ailleurs, elles ne sont pas, tout simplement – une entreprise n’est qu’une abstraction où se mêlent les intérêts personnels de tous ses acteurs. Ce sont les pouvoir publics qui sont intoxiqués à la dette, ce qui est très différent. Mais le FdG ne supporte pas l’idée même que l’économie et donc la finance puisse lui échapper, puisse être libre finalement. Le FdG est l’exemple ultime en France de parti totalitaire, 30 ans après le Mur.
Le FdG croit pouvoir « moduler » l’impôt et ainsi piloter les entreprises à sa guise. Il ne voit pas que le marché est têtu et n’en fera qu’à sa tête. Il ne voit pas qu’il ne peut pas jouer le rôle du grand planificateur des peuples. Cela ne fonctionne pas, même la Chine est en train d’en revenir.
Le terme « inciter » est ainsi une plaisanterie, remplaçons le par « obliger » et la phrase prend tout son sens. Ce n’est pas de l’économie, c’est du dirigisme par l’impôt.
Enfin, comment le FdG compte-t-il savoir ce qui est « porteur » ou pas ? Par décisions de son politburo ? Encore une fois, n’ont-ils pas encore retenu la leçon du discours de Prix Nobel de Hayek en 1974 ? Personne ne peut mieux identifier les besoins d’un peuple que le marché libre.


« L’Argent public
Nous voulons libérer les finances publiques des griffes des marchés financiers.
Notre stratégie se décline en quatre axes : reprise du contrôle des mouvements de capitaux aux frontières de l’Union européenne ; possibilité que les banques centrales contribuent directement au financement des biens et des services publics ; obligation de dét
ention de titres de la dette publique par les institutions financières ; abrogation du Pacte de stabilité et du Pacte pour l’Euro+ pour ouvrir la voie à un nouveau Pacte européen de progrès social et de codéveloppement.
Nous proposons que la BCE (et les banques centrales nationales comme la Banque de France qui constituent ensemble l’Euro-système) finance directement, par création monétaire, un Fonds de développement social, solidaire et écologique européen. Celui-ci remplacera le Fonds de stabilité financière institué en mai 2010 par les dirigeants de l’euro et auquel ceux-ci entendent substituer, à partir de 2013, un « Mécanisme européen de stabilité » flanqué du « Pacte pour l’Euro+ ».

Le Roi dit « Nous voulons ». Yaka-Fokon. Voilà le FdG. Les finances ne sont pas au « griffes » des marchés, elles n’ont juste que ce qu’elles méritent : la meilleure manière de libérer la politique et le peuple de la contrainte du marché, c’est de cesser de s’endetter. Il n’y a pas d’autre solution. Les « quatre axes » ne sont ainsi que des manifestations du rêve communiste : isolationnisme financier, donc autarcie et famine quelque temps après ; financement par banque centrale, donc création monétaire donc hyper-inflation et misère ; obligation à détenir… des obligations, donc titrisation du risque sur toute la place, donc personne n’y échappera ; abrogation du Pacte, donc accélération du déficit et donc…. de la dette ! Ridicules.


« La « règle d’or » et la dette
La question de la dette fait l’objet d’un double mensonge :
– La dette serait due aux politiques de redistribution. Or ce sont les politiques fiscales de droite qui ont creusé la dette. Depuis 2002 la multiplication des exonérations fiscales et sociales a fait perdre près de 100 milliards d’euros au budget de l’État et a pro
voqué le doublement de la dette. Par ailleurs, dès 1973 l’État a renoncé à sa prérogative de battre monnaie. Ne pouvant se financer directement ni auprès de la Banque de France ni aujourd’hui auprès de la BCE, il est ainsi obligé de s’adresser aux banques privées, qui prélèvent des intérêts au passage. La dette de tous fait la rente de quelques-uns.
– La « discipline budgétaire » aurait le même sens pour un ménage et un État. En réalité, le déficit public, bien utilisé, crée de la demande. Il permet de remplir le carnet de commandes des entreprises et de stimuler la création de richesses et d’emplois, bases des recettes fiscales et parafiscales qui contribuent ensuite à réduire la dette. Les cures d’austérité drastiques, en supprimant au passage des services utiles aux populations, entraînent le scénario grec : on déprime la demande, les entreprises ferment ou licencient, l’économie entre en récession, donc les rentrées fiscales baissent et pour finir… la dette augmente. »

Double mensonge en effet, mais de la part du Front de Gauche bien sûr. Qui a dit que la dette serait due à la redistribution ? Par contre, balayer cet argument en avançant que la fiscalité peut creuser la dette, il fallait oser ! La dette, ce sont des dépenses, pas des recettes ! Certes, réduire les recettes réduit aussi la capacité de dépense, ou plutôt, augmente la dette si la dépense ne baisse pas. Mais avouez qu’il faut être tordu pour raisonner ainsi !
Sur le second « mensonge », nous sommes en plein Keynes – donc en plein délire. « Le déficit public crée de la demande ». C’est comme dire que plus on est endetté, plus on permet aux autres de s’enrichir… sur notre dos. Le FdG n’a pas encore su voir combien l’économie – la vraie (*) – n’a rien à voir avec les équation idiotes de Keynes, mais c’est normal : la dette et donc le déficit, c’est son sang, il faut pouvoir dépenser à tout va pour montrer qu’on existe…
(*) Allusion aux "vraies lois de l’économie" selon J.Généreux, le pseudo économiste en chef du FdG.


«L’argent des banques, un pôle financier public
Contre la dictature des marchés financiers et des gestionnaires de capitaux, l’obsession du court terme et le contournement de la démocratie, nous agirons pour établir le pouvoir de la société sur les banques et le crédit afin de produire autrement les richesses.
Nous créerons un pôle financier public par la
 mise en réseau des institutions financières publiques existantes […] Ce réseau sera chargé d’une nouvelle mission de service public du crédit et de l’épargne, au service de l’emploi, de la formation, de la croissance réelle et de la préservation de l’environnement afin de sortir de la crise et de l’emprise des marchés financiers.
Son action permettra de soutenir localement les luttes sociales, appuyées sur de nouveaux droits des salariés et des citoyens et sur des fonds régionaux pour l’emploi et la formation. Les salariés et leurs représentants disposeront d’un droit de saisine de ce réseau. […]
Nous combattrons la spéculation et la financiarisation de notre économie en interdisant les ventes de gré à gré, les ventes à découvert et les produits spéculatifs et en bloquant les échanges de capitaux avec les paradis fiscaux, ce qui contribuera à leur disparition. Nous imposerons la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement. »

Le FdG, comme d’habitude, est à pleurer. La seule première phrase pourrait faire l’objet d’un ouvrage entier. Dictature des marchés : les marchés ne sont qu’un processus neutre, la dictature n’est que du côté du pouvoir politique. Le court terme : personne n’est plus court-termiste que l’auteur de ce texte qui nie l’épargne et donc ne permet pas de construire l’avenir. Contournement de la démocratie : il n’y aucun lien entre marché et démocratie, du moins la démocratie élective que nous subissons. L’ironie est même extrême, car la seule véritable démocratie, celle où chacun dispose d’un vote réel, c’est le marché libre qui se nourrit des choix individuels permanents. Enfin, produire autrement des richesses : Cela n’existe pas. Pardon, si, il y a un autre moyen : le vol inflationniste que nous promet la gestion monétaire du FdG.
Nous avons laissé la suite pour permettre à tout le monde de se rendre compte à quel point le FdG nous promettrait une immense pompe à fric sans fond, système où la monnaie et l’argent coulent à flot sans venir de nulle part, avec la misère comme seule issue. Et on critique la finance ? Aller, pour la fin, on a gardé une surprise. Il y a une bonne mesure dans ce texte, une seule, même si elle ne devrait pas être imposée… Laquelle ?


« L’argent en Europe et dans le monde
Nous agirons en même temps pour changer les traités européens, afin de mettre un terme à l’indépendance de la BCE vis-à-vis des instances démocratiques nationales et européennes, et pour que sa mission, sa politique monétaire et de crédit donnent la priorité à l’emploi et au développement humain durable.
Cette action 
peut commencer dès aujourd’hui dans les luttes pour d’autres financements des entreprises et des services publics, avec le Fonds de développement social solidaire et écologique européen financé par la création monétaire de la BCE.
En même temps, il s’agirait d’instituer une coopération euro-méditerranéenne de progrès social, écologique et de codéveloppement en direction des pays du Maghreb, du Machrek, d’Afrique noire et du MoyenOrient.
Simultanément à ces actions pour une autre utilisation de l’euro en France, en Europe et dans le monde, nous prendrons des initiatives pour mettre fin à la domination des États-Unis sur le système monétaire international avec la création d’une monnaie commune mondiale alternative au dollar. Elle permettrait l’essor d’un nouveau crédit massif, peu coûteux et sélectif, pour financer les investissements nécessaires aux peuples du Sud pour maîtriser leur développement et pour protéger l’environnement et les biens communs de l’humanité. »

Cet extrait est un des plus révélateur du double-langage et de l’incompétence communiste du FdG en matière économique. Les fausses analyses vont à la pelle : mythe de la BCE responsable, mythe du lien entre monnaie et emploie et développement, « autres financements », « utilisation de l’euro », « domination du dollar », mythe de la « monnaie mondiale ». Tous ces mythes partent de la fausse idée, tout à fait keynésienne, que la monnaie porte pouvoir et richesse et peut orienter la création de celle-ci. On pourrait ainsi, en allouant des fonds nouveaux, juste en claquant des doigts, lancer une économie que les méchants capitalistes écrasaient. Le passage explicite et sur le financement par la « création monétaire » illustre cette idée sans place au doute.
Or les économistes autrichiens l’ont clairement montré, la vraie monnaie ne se crée pas et le seul moyen de créer de la richesse reste la production. La création de monnaie fiduciaire conduit au contraire à une redistribution et à une dilution de la richesse. Ainsi, de superbes plans tels que celui du FdG ne sont prometteurs que de misère, car la place n’y est nulle part faite à l’entreprise.


« 3. La Planification Écologique
Nous le savons désormais, la catastrophe écologique remet en cause potentiellement les conditions mêmes de la vie humaine sur Terre. Or le réchauffement climatique,
 la destruction de la biodiversité, l’épuisement rapide des ressources naturelles ne sont pas des catastrophes d’origine naturelle, mais le résultat des logiques capitalistes du profit maximal à court terme. Face à la tyrannie du productivisme, nous proposons la planification écologique comme moyen de redéfinir nos modes de production, de consommation et d’échange en fonction de l’intérêt général de l’humanité et de l’impact de l’activité économique sur l’écosystème. Elle permettra de préciser les orientations et les investissements publics nécessaires pour enclencher une transition écologique et promouvoir un développement humain durable créateur d’emplois et facteur d’égalité sociale. Elle s’appuiera sur un plan écologique débattu et voté au Parlement, assorti d’une loi de programmation financière. »
Catastrophe écologique ? Vous en avez remarqué une vous ? Parce qu’apparemment, notre vie serait en danger. Tellement que personne ne l’a remarqué, c’est fou non ? Hélas pour le FdG, à supposer que les ressources naturelles soient en danger, c’est au contraire précisément le capitalisme – et lui seul – qui peut les gérer au mieux et réduire voire rendre impossible leur extinction. La vidéo ci-contre développe cette idée autour d’un débat sur la « décroissance », autre lubie. La planification écologique est bien évidemment tout d’abord une planification, donc le FdG nous propose une économie planifiée, ce qui est un des principaux facteurs de la chute de l'URSS et du Mur de Berlin. Belle mémoire courte de ces chers communistes ! Il est notamment extraordinaire que ces braves gauchistes ne viennent jamais à se demander pourquoi, si leurs théories allaient autant de soi, personne à part eux ne propose leurs méthodes. Étonnant, non ?
(Voir la vidéo ici => http://www.youtube.com/watch?v=RPpAG3cp4uY )