Saturday, February 13, 2016

Les tas d’urgences

Voici déjà des mois que nous sommes en soi-disant « état d’urgence ». Sans que le sentiment de sécurité soit revenu pour autant. Une urgence qui dure, et qui dure pour rien, voilà la réalité.

Créé en 1955 au moment de la Guerre d’Algérie, le concept d’état d’urgence se voulait répondre à un danger imminent et fort envers le pays, à l’époque celui d’une fracture qui s’est en effet matérialisée depuis par le retour de l’Algérie à l’indépendance. On pourrait largement contester le risque que les circonstances de l’époque justifiaient pour sortir des règles de la constitution, même provisoirement.

Après tout, le principe même de toute constitution repose sur l’idée qu’elle établit le droit fondamental à valoir en toutes circonstances. On ne peut normalement jamais se trouver hors de la loi fondamentale, sinon ce n’en est plus une. Imaginer de ce fait l’état d’urgence, ce n’est rien d’autre qu’imaginer sortir du régime de la constitution pour passer subrepticement sous celui de l’arbitraire.

C’est donc un concept dangereux pour le peuple, contrairement à ce que François veut nous faire croire. Car il donne potentiellement pleins pouvoirs au pouvoir. Et le danger dans toute société ne vient pas de mon voisin, mais de celui ou ceux qui disposent de la force et peuvent en abuser contre moi. L’état en tant que monopole de la force est donc le seul danger dans une société humaine.

Le rôle prétendu d’une constitution, c’est de limiter le potentiel qu’a l’état d’abuser du pouvoir. En réalité c’est un leurre, mais c’est toujours mieux que pas de constitution du tout. Or l’état d’urgence, c’est précisément sortir du faible cadre de la constitution et donner un pouvoir incontrôlé à l’état.

En 1955, au moins, l’état d’urgence avait été limité en durée à quelques jours. Le concept ne pouvait nous menacer que ponctuellement. Avec son état d’urgence de trois mois, notre cher François n’a pas craint de tordre une loi inconstitutionnelle pour en imposer une encore plus inconstitutionnelle.

Car désormais, comme les résultats vis-à-vis du terrorisme ne seront pas à la hauteur, parce qu’ils ne peuvent pas l’être, plus rien n’empêche de déclarer un état d’urgence au sein de l’état d’urgence. Ou de déclarer tout et n’importe quoi comme une urgence qui justifie de prolonger l’arbitraire légalisé.

On était déjà sorti du peu de contrôle du pouvoir par le peuple rendu possible par le parlement lorsque le président a pu dissoudre à sa guise l’assemblée nationale. Désormais, la liberté est du côté de l’abus de pouvoir. Nous avons mis le pied sur des tas d’urgences, et cela ne sent vraiment pas bon.

Sunday, February 7, 2016

Mon combat

La réédition de « Mein Kampf » fait grand bruit, en Allemagne comme chez nous. Rendue possible par la fin des 70 ans de copyright qui paradoxalement en avait rendu possible le maintien dans le secret et l’oubli, il ressort en librairies sous la forme d’une édition se voulant critique, mais critiquée.

Un micro-trottoir montre une foule de réactions négatives, justifiées bien sûr par l’image fortement haineuse que porte ce texte. En gros, Hitler c’est mal, il ne faut donc pas le lire ni surtout le publier.

Il est évident que je me garde bien de faire l’apologie de cet ouvrage, encore moins de son auteur. Quiconque a lu trois de mes lignes sait mon opposition à toute politique et au fascisme en particulier.

Il demeure, cet événement est une belle illustration d’une des grandes confusions de notre époque, l’amalgame entre le droit et la morale, et par extension, le rôle moralisateur qu’on accorde à l’état.

Car, environ un an après l’attentat envers Charlie Hebdo, quand on en fait encore son deuil, alors que les manifestations revendiquant le droit à la liberté d’expression ont battu leur plein en continu, habillées de moralisme vaguement libertaire – oui, c’est un oxymore – on semble oublier que cette liberté d’expression suppose la liberté de publier les pires œuvres, même celles de Hitler, ou de Mao.

Il faut le dire, le gauchisme ambiant n’hésite pas à prendre les habits d’une – fausse – morale docte et à critiquer voire interdire tout ce qui est supposé aller à l’encontre dudit gauchisme malodorant.

Je n’ai pas lu ce nouveau Mein Kampf. Mais j’en trouve l’objectif annoncé excellent. Ce n’est pas en enfouissant cet ouvrage qu’on luttera durablement contre ses idées. Au contraire, c’est en les mettant au grand jour et en favorisant le débat et l’explication, celle qui montre les erreurs de Hitler.

A cet égard, l’état de Bavière, qui en a interdit la réédition pendant des décennies, a fait l’inverse de ce qu’il fallait pour vraiment détruire l’attrait du fascisme pour son peuple. On est en droit de se demander si c’est par hasard, par incompétence ou pour des raisons historiques plus inavouables.

C’est le même phénomène que la lutte contre le terrorisme. On ne lutte pas contre le terrorisme en accroissant la pression sécuritaire. Hitler justifiait guerre et terreur par la lutte contre les Juifs. La lutte contre les fausses idées politiques passe par l’explication et le libre débat. Mais le danger pour le politicien, c’est qu’à ce rythme, le débat a vite fait de détruire les illusions dont il fait commerce.

Mon combat à moi, c’est de dénoncer tous ces mensonges, ces incohérences et ces fausses façades pseudo moralisatrices mais qui en réalité sont toutes autant de tentatives de s’imposer à autrui. Il est incroyable que dans ce pays qui a Liberté comme premier mot de sa devise, nous soyons si peu nombreux à garder cette vigilance. Car les thèses de Mein Kampf sont depuis longtemps à l’œuvre.

Sunday, January 31, 2016

La SNCF ne va pas assez loin

Ces derniers jours, la SNCF a fait parler d’elle, non pas en arrivant à l’heure, mais en décidant soudain d’imposer des frais d’annulation aux réservations de TGV. A savoir : « selon les nouvelles conditions d’échange, le voyageur TGV devra s’acquitter de 5 euros de frais d’annulation de tout ticket. Ces frais grimperont à 15 euros la veille du départ. … La SNCF fait également une petite fleur aux détenteurs de cartes de réduction. Aucun frais ne leur sera appliqué jusqu’à l’avant-veille du départ. »

Cela fit grand bruit et la une des journaux et de la presse télévisée. Rendez-vous compte, la SNCF fait payer ses clients, même quand ils ne prennent pas le train ! Il me semble pourtant qu’on se trompe de sujet. La SNCF est indiscutablement un scandale, mais un scandale n’en cache-t-il pas un autre ?

Tout d’abord, faire payer une annulation de voyage n’a rien de scandaleux en soi. La preuve, c’est ce que pratiquent la plupart des compagnies hôtelières et aériennes sans que cela choque quiconque. 

Après tout, l’achat d’un billet suppose un engagement de la part du client, l’annuler peut parfois être nécessaire, mais avec des effets sur le prestataire dont il n’est pas responsable ; il est donc logique qu’il demande une légère compensation. A minima, des frais contribuent à éviter l’abus d’annulation et à rendre toute prévision de rentabilité impossible. A ce titre, la SNCF revient à la normale.

On devrait d’ailleurs trouver choquant le fait que ce retour à une plus saine gestion ne concerne pas les détenteurs de cartes de réduction. Tout d’abord, tarif réduit et droit de libre annulation ne semblent pas forcément aller de pair. Surtout, vu le nombre de cartes, peu vont réellement payer. On a encore en France ce besoin de voir les services publics qu’on utilise être payés par son voisin.

Mais ce débat occulte la motivation de la SNCF, qui motive sa décision par le remboursement de sa dette colossale. Comme toujours en économie, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. De prime abord, vouloir contribuer à rembourser est une bonne chose. En réalité on l’a vu, l’espoir de gain est probablement marginal vu le nombre d’exemptés et celui de ceux qui vont éviter d’annuler.

Un regard plus affûté notera que cette dette qui sert d’argument ne fait pas la une en soi. La presse fait grand bruit de 5 euros de frais, mais oublie d’évoquer les milliers d’euros que chacun de nous paie annuellement pour renflouer la dette de la SNCF, et cela depuis des décennies. On dit penser aux pauvres gens, mais on évite consciencieusement de leur rappeler leur spoliation quotidienne.

Thursday, January 28, 2016

Il y a comme un OS sous vérins

Ca y est, ça leur a repris. C’est comme des spasmes. Chaque année ou presque, chaque fois qu’il faut qu’ils occupent un sous-ministre obscur et sans compétence, il faut qu’ils affirment leur sottise, leur incompréhension du domaine, surtout leur besoin de nous garder sous contrôle avec une loi à contre-courant sur l’informatique ou l’Internet. Cette fois, on a droit (bel oxymore) à une « loi numérique », fourre-tout qui pousse un peu plus loin la vision chinoise que nos politiques ont du Net.

Avant de détailler un aspect qui me tient hacker, euh, à cœur, je voudrais attirer l’attention du lecteur sur une réalité qu’on oublie trop souvent de rappeler. Contrairement à ce que bien des juristes affirment et veulent instaurer, tel Alain Biensanssous, le domaine informatique et le Net en particulier ne peuvent PAS se voir appliqués les lois de la vie civile. Cela n’y a pas de sens.

Parce que c’est un domaine intangible, virtuel, sans réalité autre que les machines et câbles qui lui donnent vie. Pas de propriété au sens de notre droit, dans le Net. Dès lors, pas de responsabilité au sens du droit classique. Par conséquent, vouloir y imposer des lois ne peut avoir de sens que si ces lois prennent un autre fondement théorique dans cette nature virtuelle. Ainsi par exemple, vouloir parler de souveraineté d’Internet revient à chercher à faire ce que les Chinois on fait d’Internet chez eux – voire pire – à savoir isoler le réseau français du reste du monde, c’est-à-dire sortir d’Internet.

Donc un des sujets de la loi, sans doute sorti des cartons de quelques polis techniques de la même veine que ceux qui avaient annoncé dans les années 80 qu’Internet ne pourrait jamais permettre une activité professionnelle, un des sujets donc consiste à mettre au point un « système d’exploitation souverain ». C’est-à-dire qu’en bon Gaulois, on se lance dans un Windows meilleur que Windows, un Linux mieux que Linux ou que Unix, tout ça vous comprenez parce qu’on est les meilleurs et qu’en bons Français, on ne peut pas faire confiance aux Américains ou Chinois qui nous espionnent. Pffff.

Certes, le niveau atteint par les attaques en cyber(in)sécurité pose bien des questions. Le nombre de failles présentes ou inconnues dans les systèmes cités laisse songeur et rend souvent difficile la maîtrise raisonnable de la sécurité de certains systèmes informatiques critiques. Je dis souvent moi-même qu’il est économiquement scandaleux que Windows – ou autres – soit une telle passoire.

Mais si je ne fais pas confiance en Microsoft, pourquoi ferais-je confiance en un OS étatique ? Si Windows est opaque, pourquoi ne pas opter pour Linux qui a l’avantage d’être ouvert et modifiable à l’envi ? S’il y a un tel besoin d’un système, pourquoi ne pas laisser leur chance aux entrepreneurs qui sauront prendre le risque marché à leur compte sans que le contribuable finance ? Pourquoi avoir besoin d’une loi quelconque pour régler une question qui n’a rien a priori de régalien. A moins que ?

Oui bien sûr, à moins que…  A moins que l’objectif soit inavouable et bien de nature « régalienne », c’est-à-dire de nature à nous garder mieux sous contrôle. La loi est nécessaire parce que l’OS que les pires-aux-techniques vont nous créer sera bien en effet un machin souverain, en clair un moyen de surveiller tous ceux qui en feront usage. Si ce n’était pas le cas, pourquoi ce projet d’OS aurait-il besoin d’être sous vérins de subvention et contrôle étatique ? On critique la Chine. Et on fait pire.

Wednesday, January 27, 2016

Information : Le vrai coût des chaînes publiques

Les chaînes de télévision publiques sont un des meilleurs exemples de mensonge institutionnalisé au plus haut point. Leur mission soi-disant d’information est soi-même un sommet dans le mensonge.

Dans le discours économique et social officiel, ces chaînes se justifieraient parce que le marché, sans espoir suffisant de profit, ne saurait investir pour offrir une information de qualité, objective et traitant de sujets non vulgairement commerciaux – on suppose que la vérité et le choix des faits ne saurait bien se vendre. Cet argument totalement infondé, que les chaînes privées contribuent à dénoncer, justifierait les chaînes dites nationales et leurs rares éditions dites d’information.

Pour faire un rapide tour d’horizon du mensonge informationnel, revenons au principe d’analyse lancé par Frédéric Bastiat, « ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas », promu aussi par Henry Hazlitt dans son « Economie en une leçon ». Clairement, penser au coût des chaînes publiques amène aussitôt à l’esprit redevance et subventions qui font le plus gras de leurs budgets. Ce qu’on voit. (On ne prendra pas en compte les fonds issus de la publicité, car c’est un des rares fruits de la liberté.)

Mais c’est ce qu’on ne voit pas qui est intéressant. Il y a plusieurs couches de coûts indirects sur lesquelles il convient de lever le voile. Au premier niveau, on trouve la concurrence déloyale et le coût d’opportunité. En clair, la place prise artificiellement sur le marché des ondes par les chaînes publiques réduit d’autant l’espace disponible pour d’éventuelles nouvelles chaînes privées. Cela augmente aussi les montants que de telles chaînes doivent investir pour s’installer sur ce marché.

La conséquence immédiate porte sur la moindre qualité relative de l’information transmise au public. Non pas parce que dogmatiquement on considérerait que seules les chaînes privées peuvent fournir de l’information de qualité, mais simplement par effet d’une plus grande concurrence de l’offre d’information : plus il y a de médias, plus la tendance va dans le sens d’une information plus neutre, plus objective, plus véridique et plus diversifiée. C’est le même phénomène que sur tout vrai marché.

Mais la conséquence la pire et la plus insidieuse se manifeste à plus long terme. En contrôlant l’information au moins via les chaînes publiques, et en limitant les possibilités pour le privé de prendre plus de parts de marché, l’état contrôle indirectement mais très fortement la vision du monde transmise au public. Et contrôle donc la fonction éducative et instructive de ces chaînes.

Ainsi, s’agissant de l’économie, le recours systématique à des références théoriques fausses finit par imposer de manière indolore et très subtile ces seuls modèles dans le référentiel éducatif du grand public. Avec pour effet de discréditer en l’espèce toute théorie libérale. De la même façon, le mythe du changement climatique n’ayant aucun contre-pouvoir médiatique, il devient une vérité pour tous.

Ce coût des chaînes publiques est considérable, probablement incommensurable. Il s’exprime par des décennies de chômage, alors que le chômage est une création politique. Il s’exprime par une crise perpétuelle en lieu et place de la croissance à 2 ou 3 chiffres que la technologie devrait nous apporter. Il s'exprime par la peur et l’injustice qui gangrènent la société dans ses moindres aspects.

Le coût des chaînes de télévision publiques est colossal. Il est à la mesure de notre aveuglement.

Saturday, January 16, 2016

Les limites des Médecins sans frontière, et autres ONG

Ce matin, un reportage par MSF sur la Syrie. Un de plus, mais bien sûr il est sain de parler de ce qu’il s’y passe. En même temps, cela interpelle sur le rôle et l’efficacité des ONG dans tous ces pays.
MSF a été créée en 1971, il y a déjà 45 ans. En 45 ans, ils ont fait un nombre de choses extraordinaire et se sont imposés comme les « French Doctors », comme l’ONG de référence dans le monde entier.

Mais n’y a-t-il pas quelque chose de paradoxal dans ce succès ? En est-il vraiment un, finalement ? 

Car une ONG qui se crée et qui intervient en cas d’urgence, comme lors d’un tsunami ou autre catastrophe, c’est un bel élan de solidarité, qui répond à un besoin exceptionnel. Mais lorsqu’on intervient depuis ou pendant 45 ans, est-il toujours sûr que ce caractère exceptionnel reste le moteur de l’action ? Ou bien d’autres motivations, conscientes ou pas, prennent-elles le relais ?

A y réfléchir un peu, les ONG posent deux problèmes qui, à long terme, nuisent à leur objet premier. 

Tout d’abord, leur existence même, qui désormais s’inscrit sur la durée, est peu compatible avec le caractère ponctuel et exceptionnel qui motivait à l’origine leur action. Pour beaucoup, telle MSF, elles sont devenues comme des entreprises, avec un business à faire fonctionner. Beaucoup donc, comme cela a été le cas pour MSF, cherchent à développer leur champ d’action, à durer. Pour peu qu’il y ait des subventions publiques parmi leurs ressources, la motivation à en profiter peut jouer.

Mais c’est alors que le second inconvénient se fait jour, bien plus grave celui-là. Car bien évidemment, les ONG apportent aux pays où elles interviennent des services gratuits, ou à très faible coûts pour les populations locales. Les médecins de MSF font donc une médecine efficace à coût zéro, ce qui est un bienfait évident quand les besoins locaux sont critiques. Cela semble très bien.

Mais lorsque cette gratuité dure, dépasse dans le temps l’urgence liée à une catastrophe, elle joue alors un rôle qui devient économique. La gratuité des services joue alors un rôle dissuasif sur le marché local, elle interdit aux entrepreneurs locaux ou étrangers de s’installer pour prendre le relais.

En effet, on pourrait imaginer que les quelques africains qui ont fait des études de médecine retournent pour certains dans leurs pays pour s’y installer. Alors que c’est déjà une chose difficile vues les conditions économiques et sociales en général, cela devient illusoire quand il y a sur place la concurrence gratuite des ONG. Il faudrait qu’elles laissent la place au marché après l’urgence.

Je ne suis pas en train de dire que les ONG sont une mauvaise chose en soi. Elles sont fort utiles lors d’événements graves et matérialisent une solidarité et une générosité magnifiques. Mais il faut pourtant oser le dire. Quand elles deviennent des institutions, souvent du fait de trop grasses subventions, elles peuvent avoir dans le temps l’effet inverse de leur intention en ruinant les conditions économiques qui auraient permis aux indigènes de se reprendre librement en mains.

Wednesday, January 6, 2016

Autocritique, moi non plus ?

Sur Contrepoints ce jour se voit publié le titre prometteur : « Autocritique libérale ». Mais hélas comme souvent, on y prend des leçons de libéralisme qui n’en sont pas. Pourtant, cela commence fort bien, avec un claironnant : « Les libéraux ne doivent pas être des nostalgiques d’un monde révolu mais des résistants au service de la liberté » que je n’hésiterais pas à faire mien. Mais après, pschitt.

Ainsi, cela se gâte très vite, puisque l’auteur imagine que « Le libéralisme est à la fois très accueillant et très exigeant. Il comporte un large éventail de sensibilités allant du libertarisme au social-libéralisme. » Non Monsieur, il n’en est rien. Le libéralisme est ni plus ni moins que le respect universel du droit, ou – autre manière de dire la même chose – l’organisation sociale basée sur le principe de non-agression. Ce n’est pas moi qui le dis, le respect du droit, c’est La Loi de Bastiat…

Forcément, cette erreur profonde faite dès le départ, on a droit à des errements grandioses tels que « Les libertariens peuvent également être exclus du courant libéral… » ! Exclus, rien de moins ! On croit rêver, alors que justement, on nous reproche régulièrement d’être des libéraux trop exigeants !

Mais il faut dire que l’auteur pense que « … il n’y a jamais ni pureté ni vérité en politique », ce qui montre qu’il n’a aucune notion des axiomes a priori apportés à la théorie libérale par la praxéologie, insuffisance fort dommageable à sa compréhension de la liberté et de la société privée libre.

On trouve plus loin, parlant des libéraux : « Leur projet n’est pas de détruire l’État mais de le cantonner à ce qui est juste et nécessaire. » C’est d’une certaine manière cohérent : quand on n’a pas compris que la liberté passe par la suppression de la coercition étatique, il est logique qu’on puisse ne pas voir que la suppression de l’état est le seul objectif libéral. L’état est le contraire de la liberté.

De même, oser imaginer que l’état pourrait être « cantonné au juste et nécessaire » montre que l’auteur n’a pas compris qu’il ne peut rien y avoir de juste ni rien de nécessaire en ce monstre qu’est l’état. Pourquoi donc ? Parce que parler du « nécessaire » suppose un point de vue absolu qui ne peut pas être celui de l’individu, de chaque individu. On est donc dans l’arbitraire. Idem, la justice n’a rien d’absolu, elle est relative à chacun. Imaginer un juge absolu, c’est imaginer la tyrannie.

Je garde le meilleur pour la fin. Le défi humain, libéral, serait de « … concilier liberté individuelle et justice sociale. » Donc cela voudrait dire que la liberté individuelle ne formerait pas en soit la justice sociale (sa seule forme possible, d’ailleurs) ? Et ça veut nous donner des leçons de libéralisme…