Saturday, January 24, 2015

Internet Security and Freedom Intertwined - Foreword

Benjamin Franklin is famous for the following quote on freedom versus security in a civilized society: “Those who would give up essential Liberty, to purchase a little temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety”, which, in more modern a wording, reminds us that “Those Who Sacrifice Liberty for Security Deserve Neither”.

If this quote is famous for its relevance in political science, why should it make up the first lines of a compilation of papers on Internet Security? Because the whole theme of this series of papers is precisely to remind us, to make the point that Internet will not last if insecure and that its security will require freedom in its very design. Or in other words, if we bet that Internet will last whatever decisions people, companies or government will make, Internet will eventually be both secure and free, or else, another Internet will loom as a – free and secure – substitute.

This is not a mere wish, a dream or a prayer that some lunatic would hope to come true, like if from some technology god. All the contrary. It is a claim rooted in realism. Internet is now and will be onwards a net where mostly people interact. Yes, today, it is still highly used and kept busy by traffic generated by companies, state organizations and e-commerce activity. But its actors are individuals, and more and more, with Facebook as a major hint, it will become our second life, for us all.

Eventually, every one of us will be interacting to some degree with anyone of us thanks to the net. Internet is not the realm of collective entities, but that of individuals. It is thus the next free market, will behave as such and will follow the related economic and social rules.

And because it is made of individuals interacting, like the next free market, it will see similar mechanisms emerge. Mechanisms that emerged in the human society to enable safe and free interactions. Because why should I interact with you if I see you as a danger – unless I am forced to? The use of Internet does and will more and more rely on mutual trust. I buy on Amazon because for various reasons I trust their ability to meet my expectations whilst not forcing me to buy in any way. Trust is an expression of free will, of our individual freedom to adopt or not – Internet like anything else. Trust in turn assumes security: I need to identify and authenticate my counterpart, I may need to have confidence in their dependability and honesty, their ability to ensure confidentiality, or that they are not tampered with by some third party.

Nevertheless, security and interactions do not mean exactly the same as in the real world, and we need to have this awareness to be able to build security right. IT systems and the virtual world have a completely different set of features from which many concepts stem. For instance, IT risks do not follow the same logic as physical ones, mainly because IT has not a stochastic nature. The challenge for security professionals is thus to find the right balance between IT realism and social realism.

Freedom and liberty, at least their social principles, have proven to be those best adapted to make up a just and prosperous society – even if many in the political world may dispute this. There is simply no alternative than to have the Internet adopt them entirely, to embrace them fully – though with all the differences there are between the normal life and the virtual one – if Internet is to continue to grow and become the decisive driver to a happy and better future for the human race.


The objective of the series of articles to come is precisely to explain and illustrate the importance of a secure and free Internet, whilst articulating how its distinctive features and its virtual nature require our social mechanisms to be revisited to that end. There are many facets to this umbrella objective, the series promises to be fruitful.

Sunday, January 4, 2015

L’actionnariat salarial, une fausse bonne idée

L’actionnariat salarial est à la mode chez les libéraux. Il est censé véhiculer une dynamique entrepreneuriale vers la classe moyenne, rendre accessible le capitalisme et sa logique d’entreprise au plus grand nombre. Comme le statut d’auto-entrepreneur, il se veut démocratiser l’entreprise et remotiver les masses. Surtout, il est censé être un excellent moyen de motiver les salariés d’une entreprise, souvent de belle taille, au succès économique de celle-ci. Les patrons, ou du moins les concepteurs de ce statut, imaginent fidéliser et dynamiser des salariés qui sinon pourraient plus facilement lever le pied ou regarder ailleurs si l’herbe y est plus verte. Un statut miraculeux ?
Pour l’avoir vu de l’intérieur, dans une grande entreprise de services informatiques qui comme par hasard vient de se faire racheter, je suis pour ma part convaincu que ce statut est en réalité néfaste à long terme, pour tout le monde. Imaginez par exemple un groupe où la part des salariés est si forte dans l’actionnariat que leur collectif siège au conseil d’administration pour y bloquer toute option jugée de nature à imposer de trop forts changements aux salariés. Pire qu’un syndicat classique.
Il me faut dire que je dois ma conviction en grande partie à Pascal Salin, qui dans son excellent ouvrage « Libéralisme », consacre plusieurs pages à ce sujet. Pour y expliquer que contrairement à ces idées reçues, l’actionnariat salarial n’est pas la panacée libérale que beaucoup s’imaginent.
L’analyse qu’en fait Pascal Salin est assez simple et repose sur la comparaison de la logique entrepreneuriale des deux statuts de salarié et d’actionnaire. Car il faut se souvenir que nous sommes tous des entrepreneurs, même quand on est salarié, et que les multiples statuts possibles ne sont que des réponses libres et individuelles à la prise de risque à laquelle chacun de nous fait face chaque jour.
Un salarié est ainsi un entrepreneur individuel qui a choisi de passer un contrat exclusif avec une entreprise. Il lui promet de lui fournir travail et savoir-faire en échange d’un revenu stable et assuré. Son pari est celui de la sécurité, à laquelle il sacrifie la possibilité de gain supplémentaire si l’entreprise réussit mieux que prévu. L’actionnaire raisonne exactement à l’inverse. Il investit à long terme, il sacrifie le revenu sûr et régulier pour parier sur le fort dividende une fois l’entreprise mûre et prospère. Le salarié privilégie le court-terme, l’actionnaire est sur le long-terme.
On rétorquera que justement, l’actionnariat salarié permet de profiter et du court et du long terme. Sauf quand il s’agit d’arbitrer et de prendre des décisions stratégiques. Quand une entreprise doit fermer un site ou licencier, qui prendra la décision ? L’actionnaire ou le salarié, peut-être concerné ?
Je pense ce statut incohérent : si vous croyez au projet de votre entreprise, ayez le courage d’en être actionnaire. Si vous restez salarié, c’est que vous n’y croyez pas vraiment.
L’actionnariat salarial est un produit du clientélisme social-démocrate, qui veut donner l’illusion au peuple qu’il pourrait devenir entrepreneur et riche sans avoir à en payer le prix, voire en faisant payer ce prix par les vrais entrepreneurs que sont les actionnaires traditionnels. Une mascarade socialiste de plus, en sorte.

Saturday, January 3, 2015

Laffer est dans le sac postal

Les services publics sont une source inépuisable de chroniques pour un libéral. Après la SNCF qui augmente ses tarifs au lieu de réduire ses dépenses, voilà que la Poste lui embraye le pas avec une forte hausse du prix du timbre-poste sous prétexte de compenser la baisse du volume postal.

Imaginez trois secondes le même scénario chez votre boulanger. Son pain est depuis longtemps médiocre, mais il est le seul près de chez vous. Vous allez donc chez lui prendre du pain, mais de moins en moins, car depuis quelques années, le supermarché installé près de votre travail produit un pain, certes industriel, mais bien moins cher que celui du boulanger. Un jour, celui-ci, pour faire face à une clientèle plus rare, augmente nettement le prix de son pain, mais sans en changer la qualité. On devine aisément la suite. Vous n’allez plus chez ce mauvais commerçant, ou plus rarement. Et au bout de quelque temps, s’il ne change pas de logique, la faillite l’aura vite rappelé à la réalité.

Nos chers gouvernants se comportent comme ce mauvais boulanger. Les services publics se croient au-dessus des lois économiques et au bout du compte ne nous fournissent plus le service qui est censé justifier leur existence. Ce service devient peu à peu hors de prix, comme en pays communiste.

En économie, on appelle ce phénomène « la courbe de Laffer », du nom de Arthur Laffer qui le premier l’a expliqué. On monte le prix d’un service, ou on augmente les taxes sur une population. Tant que le prix est supportable ou en lien avec le marché, les gens acceptent de le payer. Arrive un jour où la concurrence gagne du terrain. Le boulanger vend moins. Mais il augmente encore ses prix. Et donc encore moins de clients viennent. Ses revenus, alors, au lieu de monter, baissent et de plus en plus, malgré un prix de vente en hausse. Facile à comprendre, la courbe de Laffer est bien connue.

Elle est tellement bien connue que nos énarques l’ignorent superbement. Devant la baisse du volume postal, tout entrepreneur normal prendrait une ou plusieurs des mesures suivantes : nouveau produits ou de meilleure qualité, baisse des charges et de la masse salariale, gains de productivité. Pour la Poste, ce sont bien sûr les coûts qu’il faut réduire. Vendre des bureaux de poste par exemple. Et imaginer de nouveaux services, quitte à ce qu’ils n’aient plus rien à voir avec le timbre et la lettre.


Mais un tel comportement d’entrepreneur est inconcevable pour un bureaucrate ou un politicien. Le politicien préfère faire payer plus le peuple pour un service déplorable plutôt que remettre en cause le concept de service public ou celui de fonctionnariat. Heureusement, la réalité économique le rattrape toujours à la fin.

Wednesday, December 31, 2014

La liberté au service du socialisme

Hasard de la conjonction de certains événements sans importance et qui pourtant font ressortir une conviction, une évidence. Hier soir, je regarde ce grand film que reste « Lawrence d’Arabie ». J’ai presque fini l’excellent livre de Philippe Fabry sur Rome et le libéralisme devenu socialisme. Et ces idiots de la Poste annoncent l’augmentation du prix du timbre pour compenser la baisse du trafic postal. Laffer est dans le sac postal.

Tout cela m’a rappelé un rapide article (« Deuxexponentielles, laquelle l'emportera ? ») où je constatais une chose simple et bien connue : « On peut donc caractériser le siècle passé comme ayant vu l’émergence conjointe de deux phénomènes de natures empiriquement exponentielles. L’état comme frein économique de par ses multiples interventions et son endettement voit son poids – et donc sa capacité à nous ralentir – croître exponentiellement, pour atteindre en France un des sommets mondiaux. Le développement technologique voit de même sa capacité à nous apporter de la valeur par l’innovation, une distribution mondiale et une baisse continue des prix connaître, aujourd’hui aussi une accélération exponentielle. »

Lawrence nous montre des Arabes jaloux de leur liberté, mais englués dans un islam rétrograde et anti-économique, incapable de leur permettre de profiter de leur chère liberté. La prise de Damas aux Turcs, c’est en 1918. Un siècle après, les peuples arabes souffrent encore de ce même mal, qui s’exprime par tous ces conflits, toute cette radicalisation islamique dans le monde. Mais comment ont-ils fait pour survivre économiquement ?

Au passage, ne nous y trompons pas, l’arrivée du pape François et surtout l’arrivée de son message socialisant affligeant est du même acabit, même s’il est clairement moins violent. Les religieux, comme les socialistes, sont un frein au progrès de par leur incapacité – ou plutôt leur farouche opposition de principe – à reconnaître la valeur éthique du développement technologique et commercial. Mais c’est un autre sujet.

Par ailleurs, Philippe Fabry nous explique d’abord le succès de la liberté romaine, puis la lente déchéance de l’empire devenu pas à pas plus socialiste. Thèse très proche de celle de H-H.Hoppe, il en tire un signal d’alarme contemporain où il nous éclaire sur l’analogie des situations. Notre démocratie, à commencer par la française comme l’américaine, est un nouvel empire romain en pleine déliquescence pour cause de socialisme, dont l’explosion rétrograde et violente est proche. Je le suis à 100%, moi qui crois beaucoup à la sécession comme option probable du retour de régions libres. Pourtant, il semble que le temps qu’on mette de nos jours à voir l’empire démocrate se déliter soit bien plus long qu’à l’époque. Comment cela se fait-il ?

Les timbrés de la poste enfin. Le dogme anti-économique et donc immoral des sévices publics est tellement inscrit en profondeur dans l’esprit de nos socialistes au pouvoir qu’ils en arrivent à ce genre d’aberration qui ne peut qu’accélérer la chute de cette institution. En effet, si un service est moins utilisé, c’est que sa valeur ou son « utilité » sociale a baissé. Face à une demande moindre, on ne peut que baisser ses prix ou réformer ses services ou produits, ou envisager la faillite. Mais nos gouvernants se moquent bien de la logique économique. Comme les Arabes, ils croient que le dieu Gauche pourvoira à leur réussite et à leur bonheur, puisqu’ils respectent son dogme. Et donc la même question : comment peuvent-ils durer aussi longtemps ?

Dans tous ces cas de figure, ce qui permet cette durée, heureusement ou malheureusement pour nous et telle est la question, c’est le progrès que le capitalisme arrive malgré tout à assurer à notre monde. C’est le peu de liberté qui reste dans ce monde qui permet au socialisme de continuer à s’installer.

Les Arabes de Lawrence ont depuis profité du pétrole que les Occidentaux ont trouvé pour eux. Cette manne leur a permis de profiter du progrès apporté par d’autres sans profondément renier leur horrible mépris de l’économique et de la liberté. Les postiers et les socialistes de France comme des Etats-Unis peuvent de même faire avancer leurs chimères parce le progrès continu d’arriver par ailleurs. Dans les deux cas, le processus romain de déchéance se reproduit à l’identique, mais il est gommé, masqué et ralenti par le gain de niveau de vie qui nous vient de l’exponentielle du progrès capitaliste. On ne compte pas le nombre de pays à travers le monde devenus peu à peu des tyrannies socialistes qui réussissent à tenir grâce au même phénomène. Comme si Hong Kong et Singapour à eux seuls suffisaient à faire tenir tous les socialistes du monde. Paradoxe où la liberté est au service du socialisme.

Alors je repose ma question. Quelle exponentielle va gagner ? Va-t-on voir un effondrement socialiste généralisé, comme Fabry et Hoppe le prévoient ? Et surtout quand cela se fera-t-il ? Ou bien le progrès permettra-t-il aux taux d’imposition – 75% déjà en France pour la grande majorité de la population – de frôler les 95% et ainsi au socialisme de durer sine die ? Ou bien le progrès au contraire, avec l’arrivée d’Internet partout, des seasteaders, des objets connectés, des robots, va-t-il faire exploser la gangue socialiste avant l’heure ?

Pour ma part, je parie pour cette dernière option. Et vous ?

Saturday, December 6, 2014

Quatre lois de la liberté

Ma liberté s’arrête à celle d'autrui. Espérons tomber tous d'accord sur cela.
- Première conséquence : Autrui et moi jouons le même rôle, un rôle interchangeable. La société libre est parfaitement symétrique en droit. Il n'y a pas deux rôles. Il ne peut donc y avoir deux classes statutaires. Les concepts de fonctionnaire, d’élu, de privilégié ou de bureaucrate ne sont donc pas compatibles avec la liberté.
- Seconde conséquence : Une norme est nécessaire pour matérialiser la limite de liberté de chacun. La propriété joue ce rôle, qui protège en droit du vol de la part d'autrui, et de l'agression par extension à soi.
- Troisième conséquence : Une norme suppose son respect et les moyens de son respect. Police et justice réparatrice sont consubstantielles de la liberté, mais sous condition de ne pas violer la première conséquence.
- Quatrième conséquence : Chacun peut s'associer ou contracter volontairement avec d'autres, pourvu que de telles associations respectent la liberté d'autrui et donc celle des autres associations. La défense est donc consubstantielle de la liberté, mais sous condition de ne pas violer la première conséquence.
Autrement dit : La liberté suppose les fonctions dites "régaliennes". Mais des fonctions régaliennes soumises à sa règle, à sa symétrie. Des fonctions régaliennes soumises à la règle du contrat volontaire, donc. Et c'est tout ce qu'elle suppose, c'est tout ce qui lui est nécessaire.
Pas besoin des tas..... de trucs que beaucoup imaginent......

Saturday, November 29, 2014

La société libre - 4/4 - Comment revenir à la liberté

Cet article complète et termine ma série en quatre parties rapides sur la société libre. Cette fois, alors qu’on a vu les défauts de la société actuelle, ceux de sa structure et qu’on a dégrossi la société libre, il s’agit d’aborder la ou les manières d’espérer la rejoindre en partant de notre social-démocratie.

Pour mettre – ou remettre – en place une Libertalie, la première idée qui vient sans doute est celle de la révolution. Notre histoire en est riche et nous continuons chaque 14 juillet d’en fêter la plus connue, malgré le nombre de têtes qu’elle vit tomber. Or un libéral qui réfléchit deux secondes comprend que cette voie n’en est pas une. Les morts sont un risque intolérable. Surtout, le principe même d’une révolution, fut-elle sans effusion de sang, consiste à tenter d’imposer sa volonté à autrui. Quelle qu’en soit la motivation, rien n’est moins libéral. Donc la révolution, out, on laissera cela au Che qui verra.

La seconde idée qui vient et que beaucoup soutiennent, c’est tout simplement de profiter de notre chère démocratie, âprement gagnée. Puisque nous pouvons voter, et donc influer sur le choix des hommes politiques, nous pouvons espérer choisir des porteurs du projet libéral qui ne manqueront pas de nous libérer. Mais si cela est possible, vu que la démocratie s’impose peu à peu dans le monde, pourquoi le monde n’est-il pas déjà plus libre – politiquement – qu’il le fut ? Par exemple, les pays les plus libres au monde sont-ils toujours des démocraties ? Et les démocraties les plus authentiques sont-elles autant de flambeaux de la liberté ? Non, deux fois. Monaco est bien plus libre que la France alors qu’il s’agit d’une principauté et les Etats-Unis ne sont plus le pays de la liberté depuis longtemps.

Cette impasse qu’est le vote démocratique est assez mal comprise pour s’y attarder – ce qui n’est pas dire que les attardés démocratiques sont mal compris. La raison de l’échec est systémique. La soi-disant démocratie française par exemple est conçue pour être indéboulonnable. Ainsi, même si nous en sommes à notre cinquième république, les constitutions successives n’ont jamais voulu ni pu remettre tout le système en cause. Les préfets remontent à Bonaparte, les sénateurs ont besoin des maires pour se faire élire et chaque institution tient les autres par les fouilles. Sans même parler de l’incohérence libérale à tenter de prendre le pouvoir, la voie démocratique est tout simplement illusoire. Il est dommage que certains partis ne le comprennent pas. On m’opposera peut-être les projets de type Free State ; j’en parle plus bas.

Par contre, ce qui frappe et fonde l’espoir selon moi libéral quand on observe les élections, c’est la part des abstentionnistes, énorme. Que nous disent les abstentionnistes ? Sûrement chacun une chose différente, mais probablement l’immense majorité se trouve-t-elle quelque part entre « ça ne sert à rien » et « je n’y crois plus ». Peu à mon sens sont vraiment dans le « je m’en fiche » car il est peu probable que l’évolution de la fiscalité, de l’insécurité et du chômage laisse grand monde de marbre. Beaucoup de libéraux, par exemple, ne votent plus parce qu’ils en ont assez de voter contre Untel et non pour la liberté.

Donc une part significative de notre population sent bien qu’elle est en fait impuissante et prise au piège, mais ne sait pas comment s’en sortir. Le premier frein à leur action, au renouveau de leur espoir et de leur exigence de liberté, c’est avant tout de se rendre compte, de savoir qu’un monde libre est possible, a existé et peut exister. Même avec toutes ses limites, si tous les abstentionnistes se réveillaient avec l’exigence de liberté, le système démocratique serait probablement assez ébranlé pour fléchir, voire se transformer en profondeur. L’enjeu fondamental de notre liberté tient donc en très grande partie au réveil intellectuel de la population. Vaste chantier, mais c’est le nôtre.

Et c’est pour cette raison que l’Institut Coppet investit le champ de la formation des jeunes. C’est pour cette raison que Les Libertariens travaillent à occuper l’espace de la communication politique. C’est pour cette raison que Contrepoints publie sans relâche. Pour diffuser nos idées, pour réveiller de plus en plus de monde à la liberté et peu à peu amener les abstentionnistes et tous les autres à exiger, voire à bâtir eux-mêmes, la liberté qu’ils avaient oubliée.

On dit souvent que la liberté viendra de la victoire des idées. Je pense que c’est une erreur. Les idées libérales ont gagné depuis longtemps, elles sont les seules à la fois cohérentes, réalistes et humanistes. Elles existent, ce sont les bonnes. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est les faire connaître, voir de plus en plus de gens qui se rendent compte qu’elles sont l’avenir du monde, et le leur.

Internet à cet égard est clairement un outil fantastique. Il permet de nombreuses approches aboutissant à toucher directement les individus, en échappant aux systèmes censurés en place comme la presse et l’enseignement public. Mais il est plus prometteur encore. Sa structure décentralisée est en elle-même la base qui nous garantira que de plus en plus de structures sociales virtuelles et libres s’organiseront par-dessus et nous permettront de plus en plus de court-circuiter le pouvoir politique.

Parmi les pistes de liberté rendues possibles par la technologie et qui se développent à grand pas, il y a le « seasteading », l’installation en mer. Les terres étant toutes sous domination étatique, ainsi que les côtes, l’idée consiste à conquérir la haute mer, puisqu’elle n’appartient à personne. On voit ainsi des projets fleurir où des bateaux, des plateformes mobiles ou pas et autres conceptions feront les villages et villes libres de demain. Toutes ces structures porteront des organisations sociales proches de notre idéal anarcap, même si forcément on verra autant de variantes qu’il y aura de navires. C’est un des espoirs les plus concrets actuels de voir une société libre émerger.

Une autre piste concrète qui se développe peu à peu nous vient des Free State Projects, le plus connu étant dans le New Hampshire, mais il y a aussi celui du Tessin, ou Ticino, en Suisse. Ces projets cherchent à exploiter la voie démocratique et légale pour renverser le régime en place. Ils visent des états de petite taille et déjà assez libéraux où il serait possible de prendre le pouvoir si un nombre assez grand de migrants libéraux s’y installent. C’est une idée intéressante, mais encore faut-il pouvoir s’installer dans le pays visé, sans que la population autochtone finisse par y trouver à redire. L’expérience à ce stade montre que ce n’est pas gagné. A suivre cependant.

Et fait, ces deux derniers exemples sont des cas particuliers d’une stratégie plus générale et généralisable de conquête pacifique de la liberté en ce monde : la sécession. La sécession consiste, pour un territoire et ses habitants, à déclarer leur autonomie, leur indépendance, la scission du pouvoir étatique en place. Il y a des exemples récents dans le monde, tel en Afrique du Sud, le Lesotho et le Swaziland qui sont sortis de la fédération historique. Le schéma général est donc simple. Une ville, un département, un canton, une région décide – comment, ça c’est une autre question, mais ce doit être sans violence – de constituer un territoire libre où le régime de la Libertalie régnera désormais. C’est la stratégie que les grands penseurs libéraux, spécialement Hoppe, pensent la plus adaptée à notre monde.

On oppose souvent à ce scénario qu’il serait naïf, simpliste, vu qu’il est très facile pour la France par exemple de tuer dans l’œuf et dans la violence la moindre initiative d’une malheureuse commune ou région dans ce sens. Il suffit de voir combien d’énergie est mise dans la lutte contre les indépendantistes (certes violents) basques, corses ou bretons. Mais cette remarque manque en réalité de lucidité. Car l’état socialiste s’appauvrit. La violence locale monte parce que la police n’a pas les moyens d’être partout. L’armée partie au Mali n’est pas dans les casernes. Et donc il viendra un moment, plus proche que beaucoup l’imaginent, où l’état sera incapable de faire face à une vague de sécessions locales. Imaginez Toulouse, Rennes, Lille, Strasbourg et Nice déclarer leur indépendance en même temps ou presque. Ou mieux, cinquante communes en cinquante endroits très différents. Une guérilla de la sécession. Imparable.


Ainsi, si je m’engage au quotidien dans la communication et l’explication, c’est parce que je pense qu’Internet nous permettra sous peu – quelques années peut-être – de susciter une vague de sécessions spontanées un peu partout sur le territoire, que la France ne pourra pas toutes repousser du fait de sa déliquescence, et qui même si elles échouent pour certaines, constitueront la première étape de la vraie révolution libérale et pacifique que nous espérons tous.

Saturday, November 22, 2014

La société libre - 3/4 - Bases de la société libre

Dans cette troisième partie, maintenant qu’on a mieux vu de nombreux points faibles de la société moderne actuelle, je tente de présenter la société libre, du moins dans la démarche sinon dans son impossible exhaustivité.

La liberté est multiforme et de ce fait, beaucoup contestent l’idée voulant qu’on puisse décrire ou caractériser la société libre. Ce serait du constructivisme, selon eux. Je comprends l’argument, ou du moins la vigilance, mais le fait est que toute société n’est pas libre et qu’on peut reconnaître une société qui ne l’est pas – on l’a vu – donc on peut aussi imaginer et reconnaître une société qui le serait. C’est certes une question de méthode et de rigueur, mais au bout du compte, on peut exprimer sinon une société libre dans ses moindres détails, du moins les fondamentaux de toute société libre.

Le point de départ doit être tiré des seules certitudes dont on dispose. Or la liberté repose sur le principe de non-agression et le droit naturel, ce qui revient au même. Autrement dit, chacun est propriétaire de soi et des fruits de son travail. La propriété privée est donc le socle de la société libre. Elle est le seul. Et cela suffit pour notre exercice. Première conséquence, il n’y a rien d’autre que de la propriété privée dans notre future société. Seconde conséquence, l’intégralité de notre planète est découpée en espaces sous propriété privée.

On comprend une première erreur de beaucoup de gens. La libre circulation ne va pas de soi, elle n’a rien d’intrinsèquement libéral. En effet, se déplacer hors de chez soi ne peut se faire sans traverser la propriété d’autrui, lequel n’est pas obligé de nous y autoriser. Bien sûr, il est vital de pouvoir se déplacer un minimum et c’est bien pour cela que nous avons tous toujours connu des chemins, routes ou vieux sentiers. Mais il demeure, se déplacer demeure une tolérance et reste potentiellement soumis au refus du propriétaire du chemin ou d’un tronçon.

Ceci est un avantage et non un inconvénient. Parce que c’est ce qui permet de faire des déplacements et des moyens de déplacement un véritable marché libre. Parce que la propriété privée permet de librement offrir des services de route, de voie, de voyage qui permettront au gens et aux marchandises de vivre une liberté de circulation bien plus riche qu’en régime de propriété collective comme actuellement.

L’immigration n’est donc pas non plus un droit purement libéral, tout au contraire. Aller ailleurs, se déplacer, suppose une tolérance ou une autorisation explicite. Je ne peux pas aller en Suisse si je le décide, il faut que j’y sois autorisé par les Suisses concernés par mon voyage. Mais ce n’est pas différent du simple fait qu’on s’attend à ce que personne n’entre chez soi, en sa maison, sans y être invité ou disposer d’un motif légitime.

Une fois ces bases posées, il faut s’intéresser aux besoins de protection. En effet, les maisons isolées seront vulnérables aux bandits de grand chemin, qui sont source de chaos. C’est ainsi que les villages et bourgs et villes viennent à se former, pour mettre en commun les moyens de se défendre, mais aussi parce que la proximité favorise le commerce. Rien n’empêche d’autres modèles, cependant. La maison isolée reste possible, bien évidemment. Mais il lui faudra développer d’autres stratégies de protection.

Et c’est ainsi qu’on a vu dans l’histoire des châteaux ou de micro-villages s’accrocher à des pitons rocheux ou s’enfoncer dans des vallées étroites. On comprend que ce qui est le plus proche dans notre histoire de la société libre, ce sont les anciennes villes franches, les micro-états, dont San Marin ou Monaco sont quelques vestiges. Dans tous les cas, défense, police et justice sont organisées au niveau de chaque bourgade, selon les règles dont la population s’est dotée.

Le noyau de la société libre est donc posé. Mais il y a de nombreuses variantes, bien sûr. Dans certains cas, il n’y a qu’un unique propriétaire foncier, qui loue ses terres. On a affaire à un monarque. Ailleurs, la propriété est également unique, mais le propriétaire est la société de tous les copropriétaires du village. Ou le modèle fait de multiples propriétaires mais associés pour la défense et la gestion du village. Tous les modèles reposent sur l’auto-gestion de la communauté.

Comme le droit se fait donc au niveau de la communauté, puisque le droit est directement issu de la propriété privée, chaque communauté ou ville a ses règles. Ce qu’il faut bien voir, c’est que l’anarcapie, la société libre, constitue la base juridique commune. Une fois la communauté organisée et les fonctions régaliennes établies et entretenues, toutes les variantes deviennent imaginables. On peut ainsi imaginer une communauté qui choisirait librement, spontanément de fonctionner selon les principes communistes, ou qui choisirait de ne vivre qu’entre juifs ou entre musulmans. Ou toutes autres variantes. On parle parfois de panarchie, elle est rendu possible par l’anarcapie, chaque communauté constituant son propre micro gouvernement autonome et libre de tout autre forme d’état.

Je n’ai pas développé ici comment la police et la justice fonctionneraient. Il y a beaucoup de littérature sur ce sujet. Disons simplement que le cœur du système repose sur les sociétés d’assurance. Celles-ci vendent de la protection contre une prime, un abonnement. Celui-ci comporte à la fois les services de police et ceux de juges indépendants. La concurrence fait le reste, elle assure la qualité croissante des services pour des prix qui baissent. Mais au début, chaque village a sa protection. Peu à peu, les organisations les plus capables d’offrir de la protection offrent leurs services de village en village, chaque propriétaire ou chaque citoyen restant libre de contracter avec l’une ou avec l’autre.


On demande souvent comment on peut être sûr que ces sociétés d’assurance ne finissent pas par prendre le pouvoir d’une ville et de proche en proche deviennent un état coercitif. C’est oublier la libre concurrence. Un assureur qui deviendrait trop pressant serait vite pris entre le risque de ne plus toucher de primes et celui d’être mis en justice par ses concurrents au nom de ses victimes. Pour qu’un assureur dominant devienne un état coercitif, il faut plus que son simple rôle régalien : il faut que les gens aient peur. D’où ma conclusion de cette troisième partie : la liberté se mérite, que ce soit pour la gagner ou la conserver, il faut de tous le courage constant de la réclamer face à la peur.