Monday, October 6, 2014

Que les notaires se terrent

Fichtre, les professions « réglementées » n’ont jamais autant fait parler d’elles depuis que les socialistes les ont en ligne de mire. Après les « pharmacies menacées », voilà que les notaires s’offrent un clip télévisé où ils se posent en sauveurs de la propriété privée.

Le clip montre une famille qui, après un week-end, rentre pour retrouver la maison transformée et occupée par des inconnus qui en ont pris possession. Et de conclure : « Une vie sans notaires, c’est vous qui en faites les frais. » Avouez que ça sonne bien, on comprend leur importance.
Sauf que sous ce clip inquiétant se cache un gros mensonge. Le mensonge qui vous distrait de la réalité, qui veut vous faire penser qu’il ne faut pas toucher aux notaires. Un mensonge d’autant plus abject qu’il nous manipule. Il prend notre naïveté en otage pour faire pression sur les politiques.

Certes, le notaire remplit une fonction utile, comme l’illustre le clip. Bien sûr qu’il y a besoin, dans une société un tant soit peu libre, d’acteurs de confiance dont le rôle est d’attester de la propriété privé des citoyens. La question n’est clairement pas là, et ce n’est d’ailleurs pas cela que les politiciens contestent, la manœuvre est habile.

Mais pourquoi cette fonction devrait-elle être assurée par une corporation sortie des âges protégée par un monopole et où il n’est pas rare de voir les « charges » héritées de père en fils ? Pour donner confiance ? Mais il y a bien d’autres manières de donner confiance, sans monopole. Au contraire, le fait d’être protégés rend bien plus probables les actes peu scrupuleux. Une entreprise normale vendant ce genre de services sans monopole seraient obligée d’entretenir une image impeccable et donc de veiller à fournir des prestations irréprochables. Tout le contraire des métiers protégés.

On oublie aussi trop souvent que peu de pays ont des notaires protégés. Pourtant, on n’a pas l’habitude d’entendre chaque jour des histoires de vol de propriété telles que ce clip. Il faut donc bien que d’autres moyens aient été trouvés par le marché. Quels qu’ils soient, pourquoi ne pourraient-ils pas être au moins tentés en France ? Il ne faut pas oublier que tout l’enjeu est bien d’ordre économique et qu’il s’agit, grâce à la mise en concurrence, de voir les prix baisser et la qualité croître, pour le plus grand profit des consommateurs, c’est-à-dire des citoyens.
Les notaires ont choisi de nous mentir et même de nous manipuler avec ce clip. C’est dire combien ce sont des gens de confiance…

Où un Pigeon laisse des plumes

Ce matin, je tombe sur un article de La Tribune où un ancien leader des Pigeons, mouvement protestataire né il y a deux ans mais jamais revenu depuis de voyage, s’exprime sur les dernières mesures de ce groupe terroriste appelé « gouvernement ». Et ce personnage de critiquer comme il se doit, pour finir, à la question piège pourtant prévisible du journaliste, par se lancer dans quelque analyse aventureuse de ce qu’il importerait de faire.

Et donc, selon ce volatile dans lequel beaucoup à son envol ont cru reconnaître un libéral, la priorité dans ce pays se résumerait à cette double question : « comment relancer l’investissement et comment le financer ». Ou plutôt comment démontrer son incompétence en économie et en liberté.

Relancer. Mais qui relance ? S’il devait y avoir une relance à faire, et qu’elle ne se fait pas, c’est que le marché, l’ensemble des acteurs économiques décident que  le temps n’est pas à l’investissement. Ce n’est pas en forçant une relance qu’on satisfera le marché. Bien au contraire, on risque de le noyer sous des projets inutile, dont la valeur ne peut que baisser, réduisant d’autant le rendement.

L’investissement. Mais si on n’investit pas, ou peu, c’est qu’on considère que les rendements ne peuvent pas être suffisants. « On », c’est le marché bien sûr, donc les individus libres, encore un peu, qui décident chaque jour quoi faire dans leur intérêt en fonction des conditions. Donc si rien ne se passe, ce n’est pas en relançant que cette perception changera, au contraire. Ce sont bien évidemment les conditions qu’il faut changer. Et d’un Pigeon, on se serait attendu à une exigence bien différente : celle de voir les impôts, taxes et prélèvements fortement réduits, justement pour que le coût des opérations baisse et donc le rendement espéré monte d’autant.

Qu’on ne se trompe pas sur la liberté qui pourrait sembler n’avoir rien à faire dans le propos. Relancer, c’est concevoir la société économique comme un troupeau de moutons qui ne réagit qu’à des ordres jacobins sans autre réflexion ni autonomie de choix. Un Pigeon qui s’imagine mouton ?
Il est dommage que tant de Pigeons laissent ainsi des plumes pour mériter le goudron dès qu’il s’agit de voir l’économie comme elle est, hors des sentiers battus. Car cela enlève toute crédibilité à ces mouvements, qui dès lors ne vont pas très loin. Pire, cela brouille un peu plus l’image de la liberté et notamment du besoin d’une économie libre, ce qui retarde un peu plus le retour de la prospérité.

« Votre pharmacie est menacée »

C’est par cette accroche que mon œil fut attiré ce matin, aux informations. Encore un bel exemple de la mauvaise foi ambiante en matière de politique économique, mais cette fois je dois bien reconnaître que je me range du côté du gouvernement – c’est assez rare pour le souligner.

Car en réalité, par ce slogan, votre pharmacien se moque du monde. Lui comme les multiples professions « réglementées » qui profitent d’un monopole statutaire le plus souvent issu de l’après-guerre et ses nombreuses folies communistes ou du moins socialisantes.

Menacée ? Oui, c’est vrai, les privilèges des pharmaciens et autres notaires ou huissiers sont menacés de concurrence. Mais ne dit-on pas que la concurrence est saine et enrichit le consommateur ? Pourquoi en irait-il autrement en pharmacie ? Après tout, le pharmacien ne fait pas grand-chose de spécial, il n’est qu’un épicier en médicaments. Si Carrefour et Auchan s’acharnent à baisser les prix de nos caddies, pourquoi les pharmaciens ne devraient-ils pas en faire autant ?

On l’a compris, la menace n’est en réalité que la promesse d’un retour à la normale – enfin. Et la promesse d’une saine concurrence qui profitera au consommateur. Comme c’est le cas dans bien des pays sans sembler provoquer le moindre génocide par mauvaise ordonnance.

Ce qui est étonnant, c’est plutôt que ce soit un gouvernement socialiste qui s’attaque aux privilèges, lui qui voit d’un bon œil tant d’autres monopoles malsains : le rail, la sécurité sociale, la santé, la médecine, le téléphone, l’enseignement, sans oublier routes et autoroutes, ni bien sûr la justice et la police. Mais il est vrai que ces fameuses professions dites « libérales », qui n’ont en réalité rien de libéral, représentent un des derniers symboles de la droititude, des riches au vote trop inaccessible.

Car il faut le dire, ces professions ne sont pas libérales, puisqu’il est interdit de leur faire concurrence. Il n’y a jamais eu de bonne raison à leur statut. On ne peut pas se lever le matin et décider de s’installer coiffeur, pas plus que pharmacien. Et encore, il faut bien plus de compétences pour être un bon coiffeur.

Alors dès lors on comprend mieux la démarche. Ce n’est pas vraiment le souci du consommateur qui guide la réflexion du gouvernement, si tant est qu’il en ait une. Mais plutôt une arrière-pensée politicienne, une qui parie sur quelques notables de droite qui, enfin ruinés, ne seront plus autant d’obstacles aux prochaines municipales – ou quelque calcul minable semblable.

Monday, September 29, 2014

Artificial Intelligence Take Over?

Artificial Intelligence is looming, they say. I mean, real AI, the kind of AI that would potentially measure up if not flatly beat our best brains ever. The argument goes with examples such as how powerful at chess the computer has become, or those software which are able to tell stories by themselves, and so much more. The total computing power is exponentially exploding and soon the number of chips that can be put on a grid to build the Internet of CPUs will bear such a colossal neuronal capacity that our brain in comparison will be dwarfed away like if in prehistoric ages. Well, I may be totally wrong, but I seriously doubt this thesis.
Because this analysis forgets what counts most: software. Billions of CPUs are dumbs is they do not run the right software. Computing power is indeed exploding and now makes possible applications that were unrealistic, even undreamt of a few years ago. More sophisticated algorithms and intense data crunching are now processed in much less time and make it possible for complex decision making to happen in human-scale real time, this is absolutely correct. And these algorithms give the impression of a growing computer intelligence, laptops are getting smarter and smarter. Well, so they seem.
But all the given examples, all the magical abilities of computers rely on some existing algorithm, precisely. Chess playing can be impressive, it is in fact not very clever. It is not difficult to write a simple chess playing program – ok, a really good one is harder, but still pretty primitive in terms of cleverness. There is no true intelligence in those codes, they are pretty boring in many respects. If you find a way of playing that the coders had not anticipated, they cannot adapt and fail miserably. All of them.
And this is the point. Computers can only be so clever as their coders enable them to be. They simply cannot invent a behavior that their designers had not foreseen, directly or indirectly. Thus, foreseeing AI to soon come true either is totally wrong or requires or foresees that soon we will be able to code software that makes possible behaviors or decisions that were not anticipated by the designers. I am probably mentally limited, but this sounds hard if not totally unlikely to me.
On a TED talk, Larry Page from Google took the example of a start-up they recently took over that has developed a software that can ‘view’ videos and detect patterns out of nothing – example was that of a cat – and then matches such a pattern to its related concept – here the word ‘cat’. Fantastic indeed. But again, this is not intelligence, but data crunching. All the intelligence if any was given by the ability of the programmers to express an algorithm that would make it possible to match similar patterns on videos. The computer is not intelligent, the software is neither, only the programmers were, if anyone.
Yet, there is a way, say the visionaries. The exploding computing power will make it possible to mimic the brain in its design, resulting in conscience and intelligence to emerge from the Grid. Maybe, one day. But before, to be able to do that, we need to understand the brain itself to code it into the Grid. Or we need to devise a neuronal mechanism that, when injected into every single CPU-turned-into-a-neuron will make it possible for the neuronal activity to produce some kind of “thinking” at Grid level.
It might, it will probably eventually happen. Not soon I believe, only when we understand our own brain, our own neuronal software, so that we can then code it. And even then, I am still wondering: Will Alan Turing’s theorem not forbid such a possibility to ever happen?

Friday, September 26, 2014

Pourquoi les libertariens (n') ont (pas) tort

Je découvre ce matin un article qui semble-t-il m’avait échappé l’an dernier, une tentative sur NDF de démonter les idées libertariennes, une de plus de ces tentatives qui montrent surtout l’inconséquence ou l'ignorance de leurs auteurs – lequel ici, sorti de nulle part, je soupçonne d’ailleurs de se cacher derrière un pseudo, mais peu importe. (Article ici :

Comme d’habitude, sans trop chercher l’originalité, je vais le reprendre point par point. Il commence en avançant que « ils » (nous autres libertariens) « se trompent de cible », ce qui veut dire que notre attaque centrée sur l’état reposerait sur une incompréhension de fond. Déjà, nous voyons que ce Paul Makamea (Paul) ne semble pas avoir tout à fait compris que le problème même de la liberté est lié à la contrainte et au monopole de la force et donc à l’état, mais passons.

Il nous dit :  « La vision centralisatrice de l’État sur laquelle ils se basent pour analyser son action et fonder leur réflexion, et qu’ils appellent d’ailleurs « État socialiste » (tout un programme!), est partielle et partiale. » Cher Paul, où avez-vous vu une telle chose chez les libertariens ? Nous nous fichons pas mal que l’état soit jacobin ou décentralisé – même s’il est vrai que nous préférons des micro-territoires à la vision globalisante à la mode. C’est la fonction, le rôle de l’état qui pose problème, pas sa géographie. Quant à l’état socialiste, c’est en réalité une lapalissade, il n’y a pour nous qu’étatisme ou libéralisme, sans autre forme de nuance, car il y a liberté, ou pas.

Je voudrais au passage éviter certaines critiques en précisant tout de suite mon propre langage. Désolé, ceux qui me lisent souvent n’apprendront pas grand-chose, mais il paraît qu’il faut répéter pour transmettre, alors…. Le mot « état » est trop ambigu. Il désigne en Français à la fois une fonction et un organe, à la fois l’action de protéger le citoyen et l’organisation qui prétend s’en charger. La liberté requiert les fonctions régaliennes, l’erreur majeure serait de croire que les libertariens seraient pour le chaos. Mais rien n’impose par contre que ces fonctions qui sont celles de « la force » fassent l’objet d’un monopole opérationnel. Il suffit d’avoir compris cette nuance pour comprendre la liberté et les libertariens – et à l’inverse, les incompréhensions sont toutes plus ou moins des manifestations de la confusion entre ces notions. J’évite donc autant que possible le mot « état », il induit trop de malentendus. Mais revenons à notre sain Paul.

« Critiquer l’interventionnisme de l’État et ses excès est bien sûr licite, c’est même salutaire. Mais ce n’est pas parce que le bébé a des défauts qu’il faut le jeter avec l’eau du bain. » Voilà bien une démonstration que notre Paul n’a pas vu le problème de fond. La question de la liberté et donc de la civilisation est très simple. Elle se résume à imaginer les conditions assurant que « je peux faire ce que je veux avec ce que j’ai », selon l’excellente définition d’Henri Lepage. La liberté existe quand mes rapport à autrui ne sont issus que de ma propre et pleine volonté, mais elle-même limitée par ce que j’appellerai mon empreinte sociale, à savoir ma propriété, face à celle d’autrui. C’est la propriété qui matérialise les limites sociales de ma liberté envers autrui. Le point important ici, c’est que pour exprimer la liberté, il n’est nullement besoin d’état. Seule la propriété individuelle et son respect social sont nécessaires, ce qui correspond au besoin du seul respect du droit dit « naturel », donc des fonctions régaliennes qui en ont l’objet.

Mais on l’a vu plus haut, cette nécessité de la règle ne conduit pas à celle de l’organe l’assurant, ni surtout à celle du monopole de cet organe. Les libertariens ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain, car cette image est impropre. Le bébé que Paul suppose mélange fonction et organe, il n’a pas pris la peine de faire cette distinction. Si je devais utiliser sa métaphore, je dirais que je jette l’eau et garde le bébé, l’eau croupie que je jette serait l’organe c’est-à-dire les politiciens et les bureaucrates et le bébé rose (!) que je garde serait justice et police, confiées au libre marché.

« Ce n’est pas parce que l’État moderne est devenu un ogre qu’il faut rejeter par principe son action et lui nier le droit à l’existence. » Il y aurait beaucoup à dire sur cette idée.  H-H .Hoppe y a consacré un livre entier. Contentons-nous de résumer en disant qu’au contraire, l’état (ici l’organe) devenu ogre constitue précisément un signe de sa nature malsaine et dangereuse. Un « état » qui fonctionnerait, une société où la fonction serait correctement assurée par la bonne organisation régalienne ne verrait pas ce genre de dérives. Il ne faut pas rejeter « l’état » parce qu’il est un ogre, mais parce qu’il a pu le devenir ou peut encore empirer.

« Ce n’est pas parce que l’État se mêle de ce qui ne le regarde peut-être pas – notamment dans le domaine économique, même si le principe se discute (cf. Thomas d’Aquin et d’autres chercheurs plus récents) – que l’État n’aurait pas par principe son mot à dire sur un certain nombre des aspects de la vie en commun. » Superbe exemple de cette confusion entre fonction et organe. Le régalien a son mot à dire, en effet. Mais pas celui qui joue ce rôle, l’organe, dans d’autres sujets, tel le domaine économique. Ne nous y trompons pas, notre sain Paul a d’autres choses en tête, manifestement. On peut imaginer que pour lui il serait normal que l’état se mêle de moralité, par exemple, et on va le voir.

« Il y a un rôle propre de l’État, il y a une dignité propre à l’organe (peut importe son nom) qui doit nécessairement régir un certain nombre des aspects de la vie commune, car l’homme est un être social (cf. le dernier point ci-dessous). » Une dignité ? Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que veut dire dignité lorsqu’appliquée à une telle abstraction ? Régir la vie commune ? Mais bien sûr que l’homme a besoin de règles sociales. Mais les établir comme les faire respecter peut être fait sans recours au monopole étatique. L’idée même des libertariens, basée sur la preuve quotidienne du fonctionnement social, c’est que la vie en société peut et donc devrait reposer sur une libre concurrence des services assurant cette définition et assurance des règles. Autrement dit la fonction étatique peut intégralement exister sous la forme d’entreprises, qui parce que soumises au marché et à la concurrence, perdent ce pouvoir de contrainte caractéristique du monopole organique de « l’état ».

« Contenir par aversion le rôle de l’État à la portion congrue, c’est faire la même démarche que les laïcistes qui veulent oblitérer le fait religieux de la vie publique…. » Ce passage est un peu hors de propos, mais je voulais juste pointer du doigt que le terme « vie publique » ne conduit pas non plus à l’état. Il faudrait que notre Paul et ses amis arrivent à comprendre, à imaginer que la « vie publique » se fait dans la réalité de chaque jour sans aucun recours à l’état. Je peux être religieux ou non sans que cela ait le moindre lien avec la fonction étatique. Je peux m’associer, commercer, entreprendre sans jamais un autre besoin de l’état que sous la seule fonction sociale nécessaire, le seul bien commun comme dirait Christian Michel, à savoir le respect du droit.

A partir d’ici, Paul part un peu dans ses propres fantasmes et nous révèle sa pensée très conservatrice, assez éloignée de la réalité humaine. Il s’interroge ainsi :  « La vie politique moderne est difficile à définir. Elle prétend répondre – selon le mot de Paul Valéry – à régler « les rapports de l’individu avec la masse des hommes qu’il ne connaît pas ». La vie politique moderne est au contraire très simple, elle est la même au fond depuis quelques siècles, ceux de l’explosion de « l’état » justement, avec son exponentielle ses dernières décennies. La démocratie moderne n’est rien d’autre qu’une illusion pour nous maintenir dans un esclavage subtil mais bien réel. Je laisserai ses délires sur la démocratie qui suivent de côté, dans la mesure où ils ne viennent pas critiquer la pensée libertarienne.

Mais il reprend ensuite : « Sous prétexte de transposer la logique d’auto-régulation du marché dans la vie publique, le projet libertarien ne répond pas à cette problématique incontournable [comment fixer le rapport des hommes entre eux ?], mais l’escamote purement et simplement. Nier les problèmes, n’est-ce pas le trait même de l’idéologie ? » Faut-il donc qu’il n’ait vraiment rien compris au libéralisme ? Faut-il donc qu’il ne voit pas que droit et marché suffisent pour régler la question ? Et que c’est parce que c’est bien la seule question sociale qui se pose que le libéralisme a vu le jour, c’est-à-dire que la caractéristique même du libéralisme tient à son réalisme et ne relève en rien d’une idéologie fantasmagorique ?

Je ne vais pas développer tout l’article sur ce qui en reste, les autres sujets sont moins essentiels, je me limiterai à réagir aux titres. Ainsi il continue : « Parce que les solutions qu’ils proposent renforcent les défauts de la démocratie moderne en voulant les évacuer ». Pas du tout. D’autant moins que nous sommes opposés à la démocratie, qui est une tyrannie, donc nous ne risquons pas de proposer de la rendre pire ni même meilleure, ce qui ne veut rien dire. Notre sain Paul nous connaît-il donc si mal qu’il n’a même pas réalisé cela ? Ou bien est-il incapable d’imaginer la société libre, de dépasser la démocratie ? C’est hélas probable.

Le titre suivant part carrément à la dérive : « Parce que le modèle de société qu’ils appellent est fondé pour une bonne part sur un mythe et sur une culture historiquement et géographiquement déterminée ». L’affirmation du mythe, en premier lieu, est purement gratuite et sans fondement. Il n’y a rien de mythique, la liberté se vit par tous à chaque instant, si on sait la voir. Pour ma part, ma réponse est facile et du même niveau : au contraire, le modèle de société des étatiste, lequel d’ailleurs reste indéfiniment indéfini, repose sur le mythe de l’état protecteur ou gendarme ou providence, qui n’a jamais été pleinement constaté, qui n’a jamais fonctionné et surtout qui ne le peut pas. Balle au centre, mais je mène au score.

Quant au fondement culturel « autre » disons, voilà bien une double bêtise. En premier lieu, rien, absolument rien dans l’analyse philosophique, économique  et sociale motivant la théorie libertarienne ne comporte d’élément culturel. Il ne s’agit exclusivement que de raisonnement logique, telle par exemple l’analyse de l’échange libre où la valeur est forcément croissante pour les deux parties. Qu’on m’explique en quoi un tel constat pourrait n’être qu’anglo-saxon et ne pas être valable chez les latins, au Japon ou en Afrique. Fadaises.

Mais le meilleur reste à venir, hélas : « Parce que le libertarianisme ne respecte pas la vérité ontologique de l’homme, être social ». Quand je pense que je me fais incendier quand je parle simplement de droit naturel, nous voilà carrément dans la « vérité ontologique », lapalissade il me semble. Mais là encore, Paul montre qu’il ne connaît pas nos fondements théoriques. Car comment peut-on oser avancer que des choses comme l’axiome d’action ou le principe de non-agression seraient contraires à la « vérité » de l’homme, sauf à ne pas les connaître ? Quand je pense que François Guillaumat consacre tout un texte à expliquer que le libéralisme – c’est-à-dire le libertarianisme – repose sur les même fondements que le catholicisme….

Enfin, de conclure en toute logique par l’endoctrinement religieux : « Parce que le libertarianisme organise la désertion du croyant de la poursuite politique du Bien commun ». Mon dieu. Vous comprenez, il ne faudrait quand même pas que la liberté égare les brebis du chemin du tronc, du denier du culte. Encore un qui n’a pas su voir que le seul bien commun, c’est précisément de voir le droit naturel de chacun respecté. Ce qui est l’objet même, la seule motivation des libertariens.

Game over.

Monday, August 25, 2014

Se souvenir d’un nième mot de passe...

Qui n’a vécu, peut-être même ces jours-ci, l’irritation, l’horreur de devoir se souvenir d’un nième mot de passe, exigé par un de ces sites web ou une de ces applications certes fort utiles, mais dont le nombre et la fréquentation épisodique défient notre capacité à inventer et à nous souvenir de ces sésames modernes ?

Au point où la sécurité finit par combattre la sécurité : qui n’est pas coupable d’utiliser le même mot de passe pour toutes ou presque ses applications, concentrant ainsi le risque de piratage de toutes ses données sur la découverte de ce seul secret bien fragile ? Non, même un gourou de la sécurité ne saurait jurer qu’il n’est pas tombé dans ce travers.

Mais faut-il culpabiliser l’utilisateur ou l’internaute pour autant ? Je pense que non, je pense qu’il faut au contraire pousser le marché pour voir l’informatique évoluer au plus vite pour in fine adopter les mécanismes sociaux que l’humanité libre a adoptés depuis des millénaires, et que seule cette piste est porteuse de la véritable solution à cette problématique dont on ne fait qu’entrevoir les enjeux.

Il faut bien voir que dès qu’un système nous impose des contraintes de fonctionnement qui s’éloignent de nos pratiques, la motivation existe alors à contourner ses sécurités. Les problèmes de mots de passe ne sont pas la faute des utilisateurs, mais bien celle des informaticiens, c’est un informaticien qui ose le dire. Un système mal conçu est un système qu’on contourne. L’immense majorité des défauts de sécurité, à commencer par l’emploi de mot de passe dits faibles, ne vient pas de la malveillance des pirates, ni de la négligence des utilisateurs, mais tout simplement de leur réticence à se mouler dans un modèle d’organisation sociale qui ne correspond pas à leur réalité. Par exemple, combien de patrons sont obligés de donner leur mot de passe à leur secrétaire, rompant aussitôt avec la capacité des systèmes à assurer une quelconque traçabilité ? Est-ce la faute des patrons ou des secrétaires ? Non bien sûr, c’est celle des systèmes qui avaient oublié les secrétaires.

En fait, le problème n’est pas celui de la multiplicité des mots de passe, non, car il cache en réalité celui de l’absence d’identité de vous et moi sur Internet. C’est parce que nous n’existons pas en tant qu’individu sur le Net que chaque site, chaque système, chaque application a besoin de nous identifier à sa manière avant de décider de nous accepter comme utilisateur ou non. Le Net n’est pas comme notre village ou notre quartier où chacun de nos voisins et de nos commerçants nous reconnaît. Nous y sommes totalement anonyme et il faut en permanence rebâtir la confiance avec des machines qui ignorent ce concept.

Au passage, n’occultons pas l’aspect entreprise de cette problématique. Car si nous devons nous présenter à un site web pour qu’il nous reconnaisse, c’est aussi le cas d’une entreprise envers une autre, et de plus en plus. Un système comptable qui souhaite virer une somme sur une banque doit se présenter à elle, la logique est la même, quoi que avec des besoins de sécurité souvent bien supérieurs. La question n’est donc pas juste celle de l’identité des humains, mais bien celle de toutes les personnes, physiques et morales, hier, aujourd’hui et demain.

Ce phénomène du paradoxe des mots de passe n’est qu’un cas particulier d’un enjeu bien plus vaste auquel l’informatique moderne est confrontée, avec son réseau mondial et demain la disparition complète et définitive du cloisonnement entre les milliards d’ordinateurs de par le monde. Celui de sa capacité à reconnaître l’utilisateur non plus comme un simple compte technique aux multiples droits d’accès, mais bien comme un individu à plein titre, libre de naviguer de service en service, inconnu un jour et client ou employé demain. Ce qui suppose que le Net évolue peu à peu d’un réseau purement technique et cloisonné par autant de besoins de se faire reconnaître par une machine à un avatar numérique de société humaine et de libre marché où chacun décide de ses interactions avec tel ou tel service ou entité. Le Net comme société et non comme simple réseau.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment se fait-il qu’une informatique plus que cinquantenaire soit encore aussi éloignée de notre fonctionnement naturel ? Et vers où peut-on penser que les années prochaines vont l’emmener ?

Ne jetons pas trop fort la pierre sur les informaticiens, cette réalité s’explique et n’est que le reflet de la grande jeunesse de l’informatique. Larry Page, patron de Google, se plaignait il y a quelques mois sur Ted du « mess » (bazar) que l’informatique est encore. Concernant les mots de passe, tout vient du fait que les ordinateurs – enfin, les informaticiens – à leur début, ont évité le problème de la reconnaissance des individus en imposant deux astuces : c’est à l’utilisateur de se présenter et non à l’ordinateur de le reconnaître, et on le suppose ne pas être tout à fait n’importe qui, mais un employé ou du moins quelqu’un qui a le droit d’interagir avec le système.

Et cela a plutôt bien fonctionné pendant des dizaines d’années, tant que les ordinateurs restaient enfermés dans des salles machines isolées du monde. Jusqu’au moment où, peu à peu, les systèmes ont commencé à échanger entre eux, à se décloisonner et à aller sur le Net. Car ce faisant, ils ont rompus les deux hypothèses historiques : impossible de savoir si on a affaire à une personne déjà connue par ailleurs, et incohérence sociale de la charge de se présenter mise sur l’utilisateur.

Les informaticiens se sont alors trouvés face à deux options. Refondre les logiciels pour s’adapter, ou prendre des positions de compromis. Comme tous les systèmes d’exploitation de tous les ordinateurs au monde ont de toujours été conçus sur ces deux hypothèses, le coût de ce scénario – qui suppose la refonte de tous les logiciels – a eu vite fait de pousser vers l’option du compromis. On a donc adopté les mêmes mécanismes (nom de code et mot de passe) – parfois avec un peu plus de sophistication, comme chez Google ou Facebook, mais sans rien changer en profondeur – au sein d’un environnement social nouveau et qui n’a désormais plus rien à voir. L’informatique s’est recentrée sur l’individu, mais sans encore le traiter comme tel.

Et c’est ce qui a fait qu’une technologie qui était acceptable au sein de la plupart des entreprises est devenue un cauchemar et une source de non-sécurité dès qu’elle a été mise en place sur le réseau des réseaux. C’est un très bon exemple des conséquences de la non cohérence des concepts technologiques avec la réalité sociale et les mécanismes profond de responsabilité. Un système pour être sûr, performant et bien accepté doit être cohérent avec les pratiques sociales de toujours.

Bien sûr, devant les problèmes posés, tout le monde ne reste pas les bras croisés et bien des projets et des technologies sont à l’étude ou en exploitation qui tentent d’améliorer la situation. Un exemple tout à fait représentatif est celui des avionneurs, mais on pourrait parler des banques, de la finance ou de la grande distribution de manière semblable.

Les constructeurs d’avions travaillent dans un environnement complexe. Pour concevoir et produire des avions, ils ont désormais besoin de donner accès à leurs systèmes à trois types de personnes : leurs employés, mais aussi leurs fournisseurs et surtout leurs clients, les compagnies aériennes. Leurs applications doivent donc être capables d’identifier ces différentes populations et d’adapter leurs sécurités – le contrôle d’accès – à chacune : le client ne doit voir que ses avions et pas ceux du concurrent, le fournisseur peut voir les parties de l’avion qu’il produit mais pas les autres, et ainsi de suite.

Là où cela se complique, c’est que chacune de ces trois populations est en réalité bien plus complexe, reflétant la complexité des processus industriels modernes. Ainsi, la notion d’employé doit affronter la complexité d’un grand groupe. L’employé de telle ou telle filiale peut-il ou doit-il être considéré comme n’importe quel autre employé ? Et quid des joint ventures ? Les compagnies aériennes peuvent cacher elles aussi des filiales, des holdings, etc. qui chacune héberge des employés à l’accès légitime – ou pas – aux systèmes de l’avionneur. Et de même pour les fournisseurs, qui cachent le plus souvent toute une « supply chain », une chaîne de sous-traitants travaillant pour ou au nom du fournisseur principal.

Le concept de fédération d’identité a été inventé pour gérer ces nébuleuses. Il s’agit de systèmes dédiés qui assurent la gestion de ces populations et le lien technique entre les différents systèmes de sécurité pour que in fine, vu de l’utilisateur, tout se passe autant que possible comme s’il naviguait au sein d’un système informatique unique.

C’est bien sûr vers cela que l’informatique va, lentement. Mais bien trop lentement, et hélas à mon sens sans avoir intimement pris la mesure des vrais enjeux, qui sont de nature sociale et touchent à la capacité du Net à reproduire les mécanismes de confiance ancestraux. Et de plus, passer des populations d’un processus industriel à celle du monde entier, avec son infinité de combinaisons et de situations, n’est pas de nature à simplifier la tâche. Surtout, la question est celle des acteurs : qui assurera cette fonction d’identification ? Qui pourra attester de l’identité réelle de chacun de nous ?

Car là est une des questions de fond. Depuis toujours, les systèmes intègrent quatre fonctions de sécurité fondamentales. Tous, du moindre PC ou smartphone au centre de calcul le plus puissant : identification (qui est-ce ?), authentification (comment le vérifier ?), le contrôle d’accès (qu’a-t-il ou elle droit de faire ou voir ?) et l’imputation (qu’a-t-il ou elle effectivement fait ?). On comprend que l’identité de l’utilisateur, qui était donc intime à toute machine tout le long de ces contrôles, lui devient externe. Elle passe du niveau de chaque ordinateur à celui de l’ensemble du réseau des réseaux. Mais qui va la prendre en charge ?

Ainsi, on peut penser que l’avenir est à une séparation de l’identification de l’utilisateur de celle du service qui lui est rendu au sein même des architectures informatiques. Autrement dit, les ordinateurs de demain seront certains en charge de nous reconnaître et d’autres en charge de travailler pour nous, cessant ainsi tous de tenter de faire (mal) les deux choses. L’idée générale étant de se rapprocher le plus possible du fonctionnement social immémorial et de la liberté des uns et des autres dans le choix des mécanismes leur donnant confiance en l’autre.

Car en effet, comme cela se passe-t-il dans la société humaine ? A chaque instant, chacun de nous est confronté à des inconnus. Parfois, il faut obtenir des services de leur part. Pour beaucoup de ces services, pas besoin de se faire connaître, du moins pas formellement. Il suffit juste d’échanger monnaie contre produit et service et tout le monde est content. Pour d’autres interactions, on peut avoir besoin de présenter et d’attester d’une identité – noter que je ne dis pas « son identité ». Pour ce faire, il y a de nombreux moyens, mais tous s’appuient sur les gens qui nous connaissent déjà, pris comme témoins : témoin, ami, famille, mais aussi certificat, passeport, carte de membre, permis de conduire, etc. Notre identité numérique supposera donc elle aussi diverses formes de témoins.

Ainsi, que peut-on imaginer se dégager comme solutions ou comme services demain – si tant est que cela soit possible ? On peut imaginer des prestataires de services d’identification qui recensent chacun de nous, chaque individu. Et pour chacun, attestent qu’il est bien tel ou tel avatar technique sur le web. Et pour chacun, mémorise ses préférences, son job et son entreprise, ses clubs de sport et les associations auxquelles il collabore, etc. Mais ce n’est qu’une option. On peut aussi imaginer des prestataires qui délivrent des certificats d’identité, obtenus après un ou des dizaines de tests pour confirmer qui on est. Ou autre encore.

Allons-nous vers des services d’identification centralisée, comme ci-dessus, ou au contraire non centralisée ? Si on imagine un système centralisé, unique, on peut penser qu’un tel monopole serait bien trop dangereux. L’option décentralisée, concurrentielle ou du moins multiple, semble donc la plus probable, sans être certaine. Mais même dans ce cas, ces prestataires de services Internet d’identité ne vont pas émerger juste en claquant des doigts. Il faudra que ces prestataires apportent une confiance et des services qui sinon interdiront à leur marché de voir le jour. Et que ces services soient performants, par exemple en intégrant la gestion des délégataires, ayants droit, tuteurs ou autres pour que cela fonctionne vraiment.

Mais ce qui importe, c’est que ce soit l’individu ou le marchand qui aient le choix du ou des prestataires et des exigences de vérification. Un banquier sera sûrement plus exigeant qu’un vendeur de livres sur la réalité de ses clients. Donc il faudra que cela soit négociable et donc que cela fonctionne comme un marché. Car il s’agira bien d’un marché, comme toutes les activités d’ordre économique – il s’agit ici de confiance. Une fois encore, on voit que c’est en adoptant les mécanismes sociaux de la société libre que les solutions informatiques pourront être efficaces et pérennes. Ce n’est pas un effet d’élégance, c’est une nécessité.

Dans cette évolution, il n’y aura – presque – aucun rôle pour les états, ce sont des sujets n’ayant de réalité qu’entre entreprises et entre individus, internautes. Je dis « presque » car on peut cependant imaginer que telle ou telle agence étatique voudra proposer ses services, basés sur son image donnant confiance à certains, pour identifier X ou Y ou confirmer leur nationalité, par exemple. Libre aux internautes de leur faire confiance, Leur avenir ne fait cependant guère de doute.

Ainsi, l’ordinateur de demain n’a pas besoin de savoir pour qui il travaille, ou plutôt n’a pas à gérer ses propres utilisateurs. L’ordinateur de demain – qui en réalité sera tout un système constitué d’une multitude de machines banalisées – fera des tâches pour ou au nom de personnes qui auront été identifiées par d’autres systèmes. Demain, les architectures informatiques reposeront sur des ordinateurs dont les systèmes d’exploitation auront séparé les fonctions de sécurité des fonctions de traitement. Le système d’exploitation, ce sera Internet soi-même. La sécurité sera renforcée parce qu’elle sera prise en charge par des systèmes dédiés et en ligne avec le fonctionnement social. De ce fait, elle sera transparente et bien mieux acceptée. Demain, Internet sera organisé, structuré comme la société humaine, car c’est la seule façon pérenne de fonctionner pour et avec des humains, un fonctionnement adapté à notre réalité.

Friday, August 1, 2014

Le robot écope....

Un des soi-disant ténors du barreau, Alain B. – appelons-le Alain Pas-ben-sans-sous – a récemment émis un avis télévisé qui mérite qu’on s’y attarde, tant il démontre combien ces personnages et cet individu en particulier sont étrangers à la liberté qu’ils sont pourtant censé défendre.

Il faut dire que le sire n’en est pas à son coup – coût ? – d’essai. Il est un farouche défenseur de l’ignoble CNIL et un des promoteurs de la première heure des diverses hérésies en matière de « droit informatique », domaine pourtant par définition virtuel et où l’absence de conflit d’accès à l’information fait que la propriété ne peut exister et par conséquence le droit n’a tout simplement aucun sens. Et quand on voit le nombre de texte qui fleurissent dans le domaine depuis quinze ans, on est en droit pour le coup – coût ! – de s’inquiéter. Et les dernières bêtises en réaction à l’actualité faite par la NSA n’est pas pour un retour à la raison.

Toujours est-il que voici notre Alain qui croit possible d’exiger un droit pour les robots, rien de moins. Vous comprenez, bientôt nous serons entourés de ces bestioles qui seront tellement intelligentes qu’elles pourront revendiquer leur protection juridique et même devront être juridiquement protégées face à nous autres, méchants homo sapiens qui pensons mais sapons.

J’ai déjà écrit un article, paru chez l’Institut Turgot, pour expliquer qu’aucune technologie, même le plus sophistiqué des robots, ne peut avoir une quelconque responsabilité et que celle-ci réside toujours chez l’usager, voire en tout dernier recours le concepteur.

Mais je voudrais résumer cette idée par une question simple. Parler de droit pour un robot suppose de parler de ses droits de propriété. S’il n’a pas de propriété, il n’a pas de droit tout court. Il n’y a pas de fondement juridique hors de la propriété, ou son transfert lors de l’exécution de contrats. Or qu’on m’explique : de quoi un robot serait-il propriétaire ? De lui-même ? C’est contradictoire avec l’idée qu’il serait au service exclusif … de son propriétaire. Ou bien le robot devrait-il être considéré comme une personne, au sens moral comme au sens juridique, pouvant dès lors revendiquer à la concurrence économique envers les hommes et les autres robots ?

Cela aurait l’avantage d’une plus grande cohérence. Mais alors pourquoi ses droits devraient-ils être différents de ceux de tout homme ? Soit il est juridiquement égal, soit il n’est pas. Ou bien faudrait-il imaginer une sorte de statut d’esclave officiel ? Mais le statut d’objet n’est bien sûr rien d’autre. On voit donc que la seule question qui vaille est celle d’une reconnaissance comme personne, ou pas. Or un robot pourrait-il être un criminel ? Isaac Asimov a depuis longtemps répondu à cette question.


Un esclave qui se révolterait ; est-ce en fait cela dont Alain B. a peur ? Ou bien ne fait-il rien d’autre que se préparer plein de bon petits procès inutiles sauf pour l’engraisser à nos dépens ?