Saturday, October 25, 2014

Les vieux voyageurs - Ou les 68 tartes

Tôt à l’aéroport. Encore endormi, mode pilote automatique. Longue file d’attente pour passer les contrôles avant embarquement. Bizarre, que se passe-t-il, je vais être en retard, mince. Dans la file, des vieux. Des vieilles surtout, espérance de vie oblige. Pardon, des « personnes âgées », bref, un paquet de retraités qui partaient pour un de leurs innombrables voyages… Fichtre, au moins ils pourraient partir quand ce n’est pas l’heure de pointe ! Voilà qu’elles se pointent quand on pointe, j’ai les boules, je me tire ? Je plaisante…

Je ne sais si vous avez remarqué, ce n’est pas une grande nouvelle d’ailleurs, mais les vieux voyagent de plus en plus, tout le temps. Certes ils ont le temps, certes les prix des voyages ont fondu, mais malgré tout, ils ne donnent pas l’impression que leur pouvoir d’achat suive la même pente que la popularité de notre François national. On peut s’en réjouir, mais on peut aussi se demander si cela est bien en ligne avec la logique des choses. Ils donnent peu l’image de rentiers capitalistes nourris de dividendes âprement gagnés, mais bien celle de retraités plutôt insouciants et profitant de la cavalerie financière connue sous le doux nom de retraite par répartition ou de régime spécial.

Il faut pourtant mesurer cette analyser trop rapide. Tous les retraités ne voyagent pas, tous n’en ont pas l’envie, bien sûr, mais surtout tous n’en ont pas les moyens. Les retraités qui ont les moyens ne sont que rarement les anciens artisans ou petits patrons, qui la plupart du temps n’ont droit qu’à des pensions de misère. Non, dans leur grande majorité, ces voyageurs sont les retraités de la fonction publique ou des grandes entreprises plus ou moins nationales qui profitent de pensions négociées à la force du piquet de grève.

Quant à leur âge, comme il leur faut être encore quelque peu alertes, ils ont tous environ 65 à 80 ans. Donc nés entre et 1935 et 1950, ils constituent la génération mai-68 où ils avaient entre 18 et 33 ans. Avec des exceptions certainement, mais bon, il reste qu’il n’est pas tout à fait faux de dire que pour au moins la moitié, ces retraités sont des ex soixante-huitards issus des secteurs protégés de notre économie. Et tout cela gambade gaiement à une époque où tous les autres s’inquiètent pour demain.

Ah la belle génération que voilà ! Enfin, soyons juste, toute la génération ne mérite pas l’opprobre, mes parents par exemple, non seulement n’ont pas jeté de pavés ni tenu de piquets de grève, mais ils ont cotisé toute leur vie pour s’entendre dire in fine qu’en tant qu’entrepreneurs ils n’avaient en fait droit à rien. Il demeure, les cheveux blancs qui fourmillent dans nos aéroports sont pour beaucoup les responsables inconscients de notre naufrage économique et social actuel.

Je suis dur ? Considérez plutôt. Fonctionnaires ou d’entreprises protégées, ils n’ont pas connu le chômage. Leurs grèves sous couvert de progrès social ont en réalité accru l’écart entre leur statut et celui du reste de la société. Leurs retraites souvent faites de régimes spéciaux ont été financées au prix de l’endettement collectif. Le clientélisme électoral a fait d’eux une cible majeure – et à la population croissante – des programmes socialisants, ce qui a contribué au saut funeste de 1981. Convaincus de leur exemplarité et d’être des facteurs vivants du progrès social, beaucoup ont pris pied dans les municipalités et collectivités, contribuant à la dette local. Je continue ?


Alors certes, je généralise un peu et je pousse un poil le bouchon. Il demeure, si vous croisez une de ces têtes chenues et qu’elle croit malin de vous traiter de méchant libéral, surtout n’ayez aucun scrupule à lui rappeler que c’est vous le sale libéral qui payez pour ses voyages et que vos enfants vont bientôt prendre le relais.

Friday, October 24, 2014

L’impôt progressif

Trame écrite de la présentation faite le 24 octobre 2014 à Larrazet à l'invitation du Cercle 1742.
L’impôt progressif

Commençons par une boutade : qui est heureux de payer ses impôts ? Vous ? Vraiment ? Mais alors, je suppose que vous ne manquez jamais de donner plus au fisc que ce qu’il vous impose… Non ? Bizarre, comme c’est bizarre… 

L’humour d’une telle idée ne laisse planer aucun doute, l’impôt est une douleur, on peut même aller jusqu’à l’assimiler à une sanction, une sanction envers ceux qui gagnent leur argent honnêtement. Car pour les malhonnêtes, c’est la police d’habitude qui s’en charge, non ?

Si l’impôt existe depuis fort longtemps, Patrick Aubin nous en a parlé, l’impôt progressif est par contre assez récent puisqu’en France nous fêtons son centenaire : selon Wikipédia, il « a été instauré par Joseph Caillaux en 1914 pour pallier le besoin de financement de la Première Guerre mondiale ». De plus, ses mécanismes détaillés fluctuent constamment, puisque les tranches, leurs taux et les revenus de l’assiette évoluent au gré des lois de finance et de l’appétit des gouvernements. Savez-vous ainsi que nous payons 9 fois plus d’impôt qu’en 1914 ? 47% face à 5%.

S’il est pratiqué désormais dans la plupart des pays, il a vu le jour en 1913 avec l’IRS aux Etats-Unis, la même année que la création de la Réserve Fédérale. Le début de la crise remonte à cette date. À ma connaissance, la tranche au taux le plus fort, 90%, fut également américaine, du temps de Franklin Roosevelt – un social-démocrate. De quoi donner des ailes à nos amis de Bercy qui imaginent qu’ils peuvent disposer de 75% des revenus de certains contribuables, avec les résultats qu’on connaît depuis sur la population russe…

On pourrait en débattre, mais s’il y a besoin de financement, une autre option aurait pu consister à taxer tout le monde de la même somme, ou de frapper tous les revenus du même taux. Cela aurait été équitable. Le choix qui fut fait, qui est encore fait, de taxer de plus en plus les tranches de hauts revenus n’est pas une justice, une « justice sociale » comme on dit, mais bien une sanction. L’impôt progressif sanctionne le riche, ou plus ou moins riche. Tu gagnes beaucoup, c’est mal, donc on te prend ce que tu as en trop. On n’aime pas les riches dans ce pays.

Mais au fait, y’a-t-il des riches dans la salle ? Moi, sûrement, je gagne dix mille euros par mois (ou bien est-ce par moi ?) alors imaginez combien je suis riche. Bien plus qu’un politicien en tout cas, vous serez tous d’accord…

Mais suis-je un voleur ? Car pour la gauche bien rouge, tous les riches sont des voleurs. Mélenchon nous l’a rappelé, « le problème, c’est les riches ». Et les pauvres la solution ? Non, je vous rassure, je gagne honnêtement ma vie, je crois. Je la gagne en rendant service à ceux qui me payent, comme la plupart d’entre nous. On gagne beaucoup quand on rend un service très apprécié. On peut ne pas aimer Bill Gates, mais sa fortune est le reflet de son rôle dans la révolution informatique et des sommes qu’il a fait gagner à ses clients. Un riche est riche parce qu’il rend de grands services, un riche qui ne vole pas est un bienfaiteur – si, si – qui a aidé les autres à s’enrichir en proportion.

Cela vous choque ? Il y a des riches voleurs ? Oui, c’est vrai. En fait on se rend vite compte qu’il y a deux types de riches : les entrepreneurs et les profiteurs.  Un profiteur, c’est quelqu’un qui s’enrichit en exploitant un monopole ou un privilège, quelqu’un dont personne n’achèterait les services sans y être obligé, du moins pas au même prix. Vous en connaissez plein, il y en a partout autour de nous. Ce riche-là fait du mal aux autres, il fait du mal à tout le monde.

Donc l’impôt progressif qui sanctionne le riche, et donc même le riche honnête, n’est peut-être pas une si bonne idée qu’on nous le dit. Mais c’est facile à vérifier : Qui n’a pas tenté de réduire son impôt, grâce à des niches fiscales par exemple ? Je vous rassure, je suis le premier à jouer à la niche. D’ailleurs, un avocat fiscaliste n’a rien d’illégal.

Il est d’ailleurs amusant de constater que si l’impôt progressif était si juste et moral, l’état ne passerait pas son temps à inventer des niches fiscales qui ruinent le peu de logique que porte la progressivité. Ne nous y trompons pas, les niches n’existent que pour éviter la révolte fiscale, pour donner d’un côté ce qu’on vous a pris de l’autre.

À ce stade de mon propos, je me doute que les fans de l’impôt fulminent et sont prêts à me jeter à la figure l’argument social ultime : Et que faites-vous de la solidarité, de la justice sociale ? C’est tellement facile de penser que parce qu’on critique l’impôt on serait forcément un salaud égoïste, sans plus de réflexion.

Mais que les non-solidaires lèvent le doigt, voyons ! Oui, je me pense solidaire, d’ailleurs, je doute qu’il y ait grand monde parmi ces râleurs qui donne autant d’argent et de temps que moi pour le bien d’autrui. Enfin, pour ma définition du bien d’autrui – et c’est bien cela qui fait question. Et je conteste que la solidarité puisse m’être… imposée – ah, quel joli mot décidément. Pourquoi la solidarité devrait-elle m’être forcée ? Moi je veux bien payer, mais si je sais à peu près ce qui est fait de mon argent. Payer des impôts pour construire des obélisques comme à l’entrée du Conseil général de Haute-Garonne, très peu pour moi. Et payer pour financer la protection sociale de gens qui ne font rien pour la société en retour, non merci. Cela n’est pas de la solidarité, mais de l’idéologie aveugle.

Mais revenons à l’impôt progressif. Au moins avec lui, on s’en paye une tranche. D’ailleurs, qui n’a pas veillé à se retrouver juste en dessous de la tranche supérieure, pour éviter le « coût » de rabot ? Car une caractéristique de cette forme d’impôt, c’est son effet économique dissuasif. L’impôt progressif dissuade l’entrepreneur de se lancer ou d’augmenter son chiffre. Il fait réfléchir à deux fois celui qui pourrait changer de boulot et gagner plus. Il ne donne pas envie de prendre plus de risques pour à la fin perdre les fruits de ses effort. Il fait fuir Gérard Depardieu et tant d’autres « riches » qui sont autant de créateurs de richesse qui ne créeront plus chez nous. Le pays se vide, il est tiré vers le bas. Partout, cela est un fait économique indiscutable, l’impôt progressif tend à appauvrir les gens.

Rapidement, cet effet est connu sous le nom de « courbe de Laffer ». L’idée, c’est que plus d’impôt, cela finit toujours par rapporter moins, car plus de monde le fuit, moins de gens payent. Et donc on récolte moins de recettes, on cherche à compenser, on augmente les taux, on accroît l’assiette, mais on finit par en lever toujours moins.

Nous sommes à cet instant en France, on est passé du côté de la courbe de Laffer où les recettes ne montent plus, mais descendent. François ne trouve plus de sous, même la gauche ne paie plus – regardez ce cher Thévenoud, qui n’est certainement pas le seul à ne pas payer son loyer – ironie du politicien, de l’exemple qui viendrait du haut.

Alors, que faire ? On supprime l’impôt ? Qui est pour ? Il y a des gens qui sont contre ? Ah oui, ceux qui aiment que les autres paient pour eux, mais attention, ils sont « solidaires ». Et puis, c’est difficile, il y a plein de fonctionnaires à payer, les pauvres, ils risqueraient de se retrouver au chômage… Non, on ne peut pas supprimer l’impôt comme ça.

Dans l’absolu, oui, je pense que l’impôt progressif est à la fois injuste, immoral et inefficace économiquement, j’ai essayé d’expliquer pourquoi. Et contrairement à ce qu’on entend souvent, il existe au moins deux autres formes d’impôts qui sont, disons, « moins injustes » : la TVA, ou la « flat-tax », et les taxes à l’acte.

La gauche crie souvent contre la TVA qui serait injuste, parce que frappant le pauvre et le riche de la même manière. Mais n’est-ce pas au contraire une forme de justice ? Au moins, la TVA ne fait aucune différence arbitraire entre Paul ou Jacques, entre un pauvre gavé d’allocations et un riche qui les payent. La flat-tax, c’est la même idée. C’est un impôt sur le revenu qui n’aurait qu’une seule tranche et un seul taux, le même taux donc pour tout le monde, et sans niche fiscale. Je ne suis pas pour payer des impôts, mais au moins on ne peut pas qualifier un tel impôt d’injuste.

Les taxes à l’acte sont l’autre forme d’impôt qui a l’avantage de ne pas faire de différence entre les citoyens.  Il y en a partout – hélas. Frais de notaire, timbre fiscal pour un passeport, péage d’autoroute, timbres postaux, etc.

Une réflexion sur l’impôt serait incomplète sans une note sur les fameux paradis fiscaux. Si l’impôt est si juste, si nécessaire, comment font donc ces pays – Suisse, Andorre, Hong Kong, Lichtenstein et d’autres – pour non seulement survivre, mais manifestement pour prospérer ? Il y a en France un tabou du paradis fiscal, on semble préférer être une espèce d’enfer fiscal. Pourtant, essayez d’imaginer notre pays en paradis fiscal, deux minutes…

Pourtant, essayez d’imaginer une France où le monde entier viendrait s’installer chez nous… La valeur de nos maisons exploserait, de même que celle des terres agricoles… Le niveau de vie suivrait la même tendance…


Non, non, décidément, c’est inconcevable chez nous, il vaut bien mieux que ce pays reste un enfer fiscal…

Monday, October 6, 2014

Que les notaires se terrent

Fichtre, les professions « réglementées » n’ont jamais autant fait parler d’elles depuis que les socialistes les ont en ligne de mire. Après les « pharmacies menacées », voilà que les notaires s’offrent un clip télévisé où ils se posent en sauveurs de la propriété privée.

Le clip montre une famille qui, après un week-end, rentre pour retrouver la maison transformée et occupée par des inconnus qui en ont pris possession. Et de conclure : « Une vie sans notaires, c’est vous qui en faites les frais. » Avouez que ça sonne bien, on comprend leur importance.
Sauf que sous ce clip inquiétant se cache un gros mensonge. Le mensonge qui vous distrait de la réalité, qui veut vous faire penser qu’il ne faut pas toucher aux notaires. Un mensonge d’autant plus abject qu’il nous manipule. Il prend notre naïveté en otage pour faire pression sur les politiques.

Certes, le notaire remplit une fonction utile, comme l’illustre le clip. Bien sûr qu’il y a besoin, dans une société un tant soit peu libre, d’acteurs de confiance dont le rôle est d’attester de la propriété privé des citoyens. La question n’est clairement pas là, et ce n’est d’ailleurs pas cela que les politiciens contestent, la manœuvre est habile.

Mais pourquoi cette fonction devrait-elle être assurée par une corporation sortie des âges protégée par un monopole et où il n’est pas rare de voir les « charges » héritées de père en fils ? Pour donner confiance ? Mais il y a bien d’autres manières de donner confiance, sans monopole. Au contraire, le fait d’être protégés rend bien plus probables les actes peu scrupuleux. Une entreprise normale vendant ce genre de services sans monopole seraient obligée d’entretenir une image impeccable et donc de veiller à fournir des prestations irréprochables. Tout le contraire des métiers protégés.

On oublie aussi trop souvent que peu de pays ont des notaires protégés. Pourtant, on n’a pas l’habitude d’entendre chaque jour des histoires de vol de propriété telles que ce clip. Il faut donc bien que d’autres moyens aient été trouvés par le marché. Quels qu’ils soient, pourquoi ne pourraient-ils pas être au moins tentés en France ? Il ne faut pas oublier que tout l’enjeu est bien d’ordre économique et qu’il s’agit, grâce à la mise en concurrence, de voir les prix baisser et la qualité croître, pour le plus grand profit des consommateurs, c’est-à-dire des citoyens.
Les notaires ont choisi de nous mentir et même de nous manipuler avec ce clip. C’est dire combien ce sont des gens de confiance…

Où un Pigeon laisse des plumes

Ce matin, je tombe sur un article de La Tribune où un ancien leader des Pigeons, mouvement protestataire né il y a deux ans mais jamais revenu depuis de voyage, s’exprime sur les dernières mesures de ce groupe terroriste appelé « gouvernement ». Et ce personnage de critiquer comme il se doit, pour finir, à la question piège pourtant prévisible du journaliste, par se lancer dans quelque analyse aventureuse de ce qu’il importerait de faire.

Et donc, selon ce volatile dans lequel beaucoup à son envol ont cru reconnaître un libéral, la priorité dans ce pays se résumerait à cette double question : « comment relancer l’investissement et comment le financer ». Ou plutôt comment démontrer son incompétence en économie et en liberté.

Relancer. Mais qui relance ? S’il devait y avoir une relance à faire, et qu’elle ne se fait pas, c’est que le marché, l’ensemble des acteurs économiques décident que  le temps n’est pas à l’investissement. Ce n’est pas en forçant une relance qu’on satisfera le marché. Bien au contraire, on risque de le noyer sous des projets inutile, dont la valeur ne peut que baisser, réduisant d’autant le rendement.

L’investissement. Mais si on n’investit pas, ou peu, c’est qu’on considère que les rendements ne peuvent pas être suffisants. « On », c’est le marché bien sûr, donc les individus libres, encore un peu, qui décident chaque jour quoi faire dans leur intérêt en fonction des conditions. Donc si rien ne se passe, ce n’est pas en relançant que cette perception changera, au contraire. Ce sont bien évidemment les conditions qu’il faut changer. Et d’un Pigeon, on se serait attendu à une exigence bien différente : celle de voir les impôts, taxes et prélèvements fortement réduits, justement pour que le coût des opérations baisse et donc le rendement espéré monte d’autant.

Qu’on ne se trompe pas sur la liberté qui pourrait sembler n’avoir rien à faire dans le propos. Relancer, c’est concevoir la société économique comme un troupeau de moutons qui ne réagit qu’à des ordres jacobins sans autre réflexion ni autonomie de choix. Un Pigeon qui s’imagine mouton ?
Il est dommage que tant de Pigeons laissent ainsi des plumes pour mériter le goudron dès qu’il s’agit de voir l’économie comme elle est, hors des sentiers battus. Car cela enlève toute crédibilité à ces mouvements, qui dès lors ne vont pas très loin. Pire, cela brouille un peu plus l’image de la liberté et notamment du besoin d’une économie libre, ce qui retarde un peu plus le retour de la prospérité.

« Votre pharmacie est menacée »

C’est par cette accroche que mon œil fut attiré ce matin, aux informations. Encore un bel exemple de la mauvaise foi ambiante en matière de politique économique, mais cette fois je dois bien reconnaître que je me range du côté du gouvernement – c’est assez rare pour le souligner.

Car en réalité, par ce slogan, votre pharmacien se moque du monde. Lui comme les multiples professions « réglementées » qui profitent d’un monopole statutaire le plus souvent issu de l’après-guerre et ses nombreuses folies communistes ou du moins socialisantes.

Menacée ? Oui, c’est vrai, les privilèges des pharmaciens et autres notaires ou huissiers sont menacés de concurrence. Mais ne dit-on pas que la concurrence est saine et enrichit le consommateur ? Pourquoi en irait-il autrement en pharmacie ? Après tout, le pharmacien ne fait pas grand-chose de spécial, il n’est qu’un épicier en médicaments. Si Carrefour et Auchan s’acharnent à baisser les prix de nos caddies, pourquoi les pharmaciens ne devraient-ils pas en faire autant ?

On l’a compris, la menace n’est en réalité que la promesse d’un retour à la normale – enfin. Et la promesse d’une saine concurrence qui profitera au consommateur. Comme c’est le cas dans bien des pays sans sembler provoquer le moindre génocide par mauvaise ordonnance.

Ce qui est étonnant, c’est plutôt que ce soit un gouvernement socialiste qui s’attaque aux privilèges, lui qui voit d’un bon œil tant d’autres monopoles malsains : le rail, la sécurité sociale, la santé, la médecine, le téléphone, l’enseignement, sans oublier routes et autoroutes, ni bien sûr la justice et la police. Mais il est vrai que ces fameuses professions dites « libérales », qui n’ont en réalité rien de libéral, représentent un des derniers symboles de la droititude, des riches au vote trop inaccessible.

Car il faut le dire, ces professions ne sont pas libérales, puisqu’il est interdit de leur faire concurrence. Il n’y a jamais eu de bonne raison à leur statut. On ne peut pas se lever le matin et décider de s’installer coiffeur, pas plus que pharmacien. Et encore, il faut bien plus de compétences pour être un bon coiffeur.

Alors dès lors on comprend mieux la démarche. Ce n’est pas vraiment le souci du consommateur qui guide la réflexion du gouvernement, si tant est qu’il en ait une. Mais plutôt une arrière-pensée politicienne, une qui parie sur quelques notables de droite qui, enfin ruinés, ne seront plus autant d’obstacles aux prochaines municipales – ou quelque calcul minable semblable.

Monday, September 29, 2014

Artificial Intelligence Take Over?

Artificial Intelligence is looming, they say. I mean, real AI, the kind of AI that would potentially measure up if not flatly beat our best brains ever. The argument goes with examples such as how powerful at chess the computer has become, or those software which are able to tell stories by themselves, and so much more. The total computing power is exponentially exploding and soon the number of chips that can be put on a grid to build the Internet of CPUs will bear such a colossal neuronal capacity that our brain in comparison will be dwarfed away like if in prehistoric ages. Well, I may be totally wrong, but I seriously doubt this thesis.
Because this analysis forgets what counts most: software. Billions of CPUs are dumbs is they do not run the right software. Computing power is indeed exploding and now makes possible applications that were unrealistic, even undreamt of a few years ago. More sophisticated algorithms and intense data crunching are now processed in much less time and make it possible for complex decision making to happen in human-scale real time, this is absolutely correct. And these algorithms give the impression of a growing computer intelligence, laptops are getting smarter and smarter. Well, so they seem.
But all the given examples, all the magical abilities of computers rely on some existing algorithm, precisely. Chess playing can be impressive, it is in fact not very clever. It is not difficult to write a simple chess playing program – ok, a really good one is harder, but still pretty primitive in terms of cleverness. There is no true intelligence in those codes, they are pretty boring in many respects. If you find a way of playing that the coders had not anticipated, they cannot adapt and fail miserably. All of them.
And this is the point. Computers can only be so clever as their coders enable them to be. They simply cannot invent a behavior that their designers had not foreseen, directly or indirectly. Thus, foreseeing AI to soon come true either is totally wrong or requires or foresees that soon we will be able to code software that makes possible behaviors or decisions that were not anticipated by the designers. I am probably mentally limited, but this sounds hard if not totally unlikely to me.
On a TED talk, Larry Page from Google took the example of a start-up they recently took over that has developed a software that can ‘view’ videos and detect patterns out of nothing – example was that of a cat – and then matches such a pattern to its related concept – here the word ‘cat’. Fantastic indeed. But again, this is not intelligence, but data crunching. All the intelligence if any was given by the ability of the programmers to express an algorithm that would make it possible to match similar patterns on videos. The computer is not intelligent, the software is neither, only the programmers were, if anyone.
Yet, there is a way, say the visionaries. The exploding computing power will make it possible to mimic the brain in its design, resulting in conscience and intelligence to emerge from the Grid. Maybe, one day. But before, to be able to do that, we need to understand the brain itself to code it into the Grid. Or we need to devise a neuronal mechanism that, when injected into every single CPU-turned-into-a-neuron will make it possible for the neuronal activity to produce some kind of “thinking” at Grid level.
It might, it will probably eventually happen. Not soon I believe, only when we understand our own brain, our own neuronal software, so that we can then code it. And even then, I am still wondering: Will Alan Turing’s theorem not forbid such a possibility to ever happen?

Friday, September 26, 2014

Pourquoi les libertariens (n') ont (pas) tort

Je découvre ce matin un article qui semble-t-il m’avait échappé l’an dernier, une tentative sur NDF de démonter les idées libertariennes, une de plus de ces tentatives qui montrent surtout l’inconséquence ou l'ignorance de leurs auteurs – lequel ici, sorti de nulle part, je soupçonne d’ailleurs de se cacher derrière un pseudo, mais peu importe. (Article ici :

Comme d’habitude, sans trop chercher l’originalité, je vais le reprendre point par point. Il commence en avançant que « ils » (nous autres libertariens) « se trompent de cible », ce qui veut dire que notre attaque centrée sur l’état reposerait sur une incompréhension de fond. Déjà, nous voyons que ce Paul Makamea (Paul) ne semble pas avoir tout à fait compris que le problème même de la liberté est lié à la contrainte et au monopole de la force et donc à l’état, mais passons.

Il nous dit :  « La vision centralisatrice de l’État sur laquelle ils se basent pour analyser son action et fonder leur réflexion, et qu’ils appellent d’ailleurs « État socialiste » (tout un programme!), est partielle et partiale. » Cher Paul, où avez-vous vu une telle chose chez les libertariens ? Nous nous fichons pas mal que l’état soit jacobin ou décentralisé – même s’il est vrai que nous préférons des micro-territoires à la vision globalisante à la mode. C’est la fonction, le rôle de l’état qui pose problème, pas sa géographie. Quant à l’état socialiste, c’est en réalité une lapalissade, il n’y a pour nous qu’étatisme ou libéralisme, sans autre forme de nuance, car il y a liberté, ou pas.

Je voudrais au passage éviter certaines critiques en précisant tout de suite mon propre langage. Désolé, ceux qui me lisent souvent n’apprendront pas grand-chose, mais il paraît qu’il faut répéter pour transmettre, alors…. Le mot « état » est trop ambigu. Il désigne en Français à la fois une fonction et un organe, à la fois l’action de protéger le citoyen et l’organisation qui prétend s’en charger. La liberté requiert les fonctions régaliennes, l’erreur majeure serait de croire que les libertariens seraient pour le chaos. Mais rien n’impose par contre que ces fonctions qui sont celles de « la force » fassent l’objet d’un monopole opérationnel. Il suffit d’avoir compris cette nuance pour comprendre la liberté et les libertariens – et à l’inverse, les incompréhensions sont toutes plus ou moins des manifestations de la confusion entre ces notions. J’évite donc autant que possible le mot « état », il induit trop de malentendus. Mais revenons à notre sain Paul.

« Critiquer l’interventionnisme de l’État et ses excès est bien sûr licite, c’est même salutaire. Mais ce n’est pas parce que le bébé a des défauts qu’il faut le jeter avec l’eau du bain. » Voilà bien une démonstration que notre Paul n’a pas vu le problème de fond. La question de la liberté et donc de la civilisation est très simple. Elle se résume à imaginer les conditions assurant que « je peux faire ce que je veux avec ce que j’ai », selon l’excellente définition d’Henri Lepage. La liberté existe quand mes rapport à autrui ne sont issus que de ma propre et pleine volonté, mais elle-même limitée par ce que j’appellerai mon empreinte sociale, à savoir ma propriété, face à celle d’autrui. C’est la propriété qui matérialise les limites sociales de ma liberté envers autrui. Le point important ici, c’est que pour exprimer la liberté, il n’est nullement besoin d’état. Seule la propriété individuelle et son respect social sont nécessaires, ce qui correspond au besoin du seul respect du droit dit « naturel », donc des fonctions régaliennes qui en ont l’objet.

Mais on l’a vu plus haut, cette nécessité de la règle ne conduit pas à celle de l’organe l’assurant, ni surtout à celle du monopole de cet organe. Les libertariens ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain, car cette image est impropre. Le bébé que Paul suppose mélange fonction et organe, il n’a pas pris la peine de faire cette distinction. Si je devais utiliser sa métaphore, je dirais que je jette l’eau et garde le bébé, l’eau croupie que je jette serait l’organe c’est-à-dire les politiciens et les bureaucrates et le bébé rose (!) que je garde serait justice et police, confiées au libre marché.

« Ce n’est pas parce que l’État moderne est devenu un ogre qu’il faut rejeter par principe son action et lui nier le droit à l’existence. » Il y aurait beaucoup à dire sur cette idée.  H-H .Hoppe y a consacré un livre entier. Contentons-nous de résumer en disant qu’au contraire, l’état (ici l’organe) devenu ogre constitue précisément un signe de sa nature malsaine et dangereuse. Un « état » qui fonctionnerait, une société où la fonction serait correctement assurée par la bonne organisation régalienne ne verrait pas ce genre de dérives. Il ne faut pas rejeter « l’état » parce qu’il est un ogre, mais parce qu’il a pu le devenir ou peut encore empirer.

« Ce n’est pas parce que l’État se mêle de ce qui ne le regarde peut-être pas – notamment dans le domaine économique, même si le principe se discute (cf. Thomas d’Aquin et d’autres chercheurs plus récents) – que l’État n’aurait pas par principe son mot à dire sur un certain nombre des aspects de la vie en commun. » Superbe exemple de cette confusion entre fonction et organe. Le régalien a son mot à dire, en effet. Mais pas celui qui joue ce rôle, l’organe, dans d’autres sujets, tel le domaine économique. Ne nous y trompons pas, notre sain Paul a d’autres choses en tête, manifestement. On peut imaginer que pour lui il serait normal que l’état se mêle de moralité, par exemple, et on va le voir.

« Il y a un rôle propre de l’État, il y a une dignité propre à l’organe (peut importe son nom) qui doit nécessairement régir un certain nombre des aspects de la vie commune, car l’homme est un être social (cf. le dernier point ci-dessous). » Une dignité ? Quelqu’un peut-il m’expliquer ce que veut dire dignité lorsqu’appliquée à une telle abstraction ? Régir la vie commune ? Mais bien sûr que l’homme a besoin de règles sociales. Mais les établir comme les faire respecter peut être fait sans recours au monopole étatique. L’idée même des libertariens, basée sur la preuve quotidienne du fonctionnement social, c’est que la vie en société peut et donc devrait reposer sur une libre concurrence des services assurant cette définition et assurance des règles. Autrement dit la fonction étatique peut intégralement exister sous la forme d’entreprises, qui parce que soumises au marché et à la concurrence, perdent ce pouvoir de contrainte caractéristique du monopole organique de « l’état ».

« Contenir par aversion le rôle de l’État à la portion congrue, c’est faire la même démarche que les laïcistes qui veulent oblitérer le fait religieux de la vie publique…. » Ce passage est un peu hors de propos, mais je voulais juste pointer du doigt que le terme « vie publique » ne conduit pas non plus à l’état. Il faudrait que notre Paul et ses amis arrivent à comprendre, à imaginer que la « vie publique » se fait dans la réalité de chaque jour sans aucun recours à l’état. Je peux être religieux ou non sans que cela ait le moindre lien avec la fonction étatique. Je peux m’associer, commercer, entreprendre sans jamais un autre besoin de l’état que sous la seule fonction sociale nécessaire, le seul bien commun comme dirait Christian Michel, à savoir le respect du droit.

A partir d’ici, Paul part un peu dans ses propres fantasmes et nous révèle sa pensée très conservatrice, assez éloignée de la réalité humaine. Il s’interroge ainsi :  « La vie politique moderne est difficile à définir. Elle prétend répondre – selon le mot de Paul Valéry – à régler « les rapports de l’individu avec la masse des hommes qu’il ne connaît pas ». La vie politique moderne est au contraire très simple, elle est la même au fond depuis quelques siècles, ceux de l’explosion de « l’état » justement, avec son exponentielle ses dernières décennies. La démocratie moderne n’est rien d’autre qu’une illusion pour nous maintenir dans un esclavage subtil mais bien réel. Je laisserai ses délires sur la démocratie qui suivent de côté, dans la mesure où ils ne viennent pas critiquer la pensée libertarienne.

Mais il reprend ensuite : « Sous prétexte de transposer la logique d’auto-régulation du marché dans la vie publique, le projet libertarien ne répond pas à cette problématique incontournable [comment fixer le rapport des hommes entre eux ?], mais l’escamote purement et simplement. Nier les problèmes, n’est-ce pas le trait même de l’idéologie ? » Faut-il donc qu’il n’ait vraiment rien compris au libéralisme ? Faut-il donc qu’il ne voit pas que droit et marché suffisent pour régler la question ? Et que c’est parce que c’est bien la seule question sociale qui se pose que le libéralisme a vu le jour, c’est-à-dire que la caractéristique même du libéralisme tient à son réalisme et ne relève en rien d’une idéologie fantasmagorique ?

Je ne vais pas développer tout l’article sur ce qui en reste, les autres sujets sont moins essentiels, je me limiterai à réagir aux titres. Ainsi il continue : « Parce que les solutions qu’ils proposent renforcent les défauts de la démocratie moderne en voulant les évacuer ». Pas du tout. D’autant moins que nous sommes opposés à la démocratie, qui est une tyrannie, donc nous ne risquons pas de proposer de la rendre pire ni même meilleure, ce qui ne veut rien dire. Notre sain Paul nous connaît-il donc si mal qu’il n’a même pas réalisé cela ? Ou bien est-il incapable d’imaginer la société libre, de dépasser la démocratie ? C’est hélas probable.

Le titre suivant part carrément à la dérive : « Parce que le modèle de société qu’ils appellent est fondé pour une bonne part sur un mythe et sur une culture historiquement et géographiquement déterminée ». L’affirmation du mythe, en premier lieu, est purement gratuite et sans fondement. Il n’y a rien de mythique, la liberté se vit par tous à chaque instant, si on sait la voir. Pour ma part, ma réponse est facile et du même niveau : au contraire, le modèle de société des étatiste, lequel d’ailleurs reste indéfiniment indéfini, repose sur le mythe de l’état protecteur ou gendarme ou providence, qui n’a jamais été pleinement constaté, qui n’a jamais fonctionné et surtout qui ne le peut pas. Balle au centre, mais je mène au score.

Quant au fondement culturel « autre » disons, voilà bien une double bêtise. En premier lieu, rien, absolument rien dans l’analyse philosophique, économique  et sociale motivant la théorie libertarienne ne comporte d’élément culturel. Il ne s’agit exclusivement que de raisonnement logique, telle par exemple l’analyse de l’échange libre où la valeur est forcément croissante pour les deux parties. Qu’on m’explique en quoi un tel constat pourrait n’être qu’anglo-saxon et ne pas être valable chez les latins, au Japon ou en Afrique. Fadaises.

Mais le meilleur reste à venir, hélas : « Parce que le libertarianisme ne respecte pas la vérité ontologique de l’homme, être social ». Quand je pense que je me fais incendier quand je parle simplement de droit naturel, nous voilà carrément dans la « vérité ontologique », lapalissade il me semble. Mais là encore, Paul montre qu’il ne connaît pas nos fondements théoriques. Car comment peut-on oser avancer que des choses comme l’axiome d’action ou le principe de non-agression seraient contraires à la « vérité » de l’homme, sauf à ne pas les connaître ? Quand je pense que François Guillaumat consacre tout un texte à expliquer que le libéralisme – c’est-à-dire le libertarianisme – repose sur les même fondements que le catholicisme….

Enfin, de conclure en toute logique par l’endoctrinement religieux : « Parce que le libertarianisme organise la désertion du croyant de la poursuite politique du Bien commun ». Mon dieu. Vous comprenez, il ne faudrait quand même pas que la liberté égare les brebis du chemin du tronc, du denier du culte. Encore un qui n’a pas su voir que le seul bien commun, c’est précisément de voir le droit naturel de chacun respecté. Ce qui est l’objet même, la seule motivation des libertariens.

Game over.