Friday, April 29, 2011

Le libéralisme connaît-il des variantes ?

Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.



Tuesday, April 26, 2011

Contribution a une stratégie pour un Parti Libertarien en France - Introduction

A l’heure où tous les partis et autres groupuscules de France commencent à fourbir leurs armes verbales et démagogiques de tous ordres en vue de l’échéance de 2012, il peut être opportun de contribuer au réveil des libéraux en France en posant les bases d’une stratégie de transition vers l’instauration d’une véritable société libertarienne – on peut la rêver, en tout cas.

Un certain nombre d’initiatives existent déjà, fortes souvent de propositions très concrètes et allant dans le bon sens, mais qui pour autant, me semble-t-il, ne posent pas assez clairement les enjeux en termes d’objectif à atteindre et d’obstacles à franchir.

De même, des réflexions (en français) de fond existent, par exemple celle Bernard Lemenicier (http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/displayArticle.php?articleId=65) mais elles ne me semblent l’aborder que de manière théorique, n’étant pas non plus de la dernière actualité . Bien sûr, il y a aussi tout le matériau disponible via le Libertarian Party américain (www.lp.org), le Libertarian Forum de Rothbard (http://mises.org/journals//libertarianforum.asp) et beaucoup des idées sont à reprendre, mais la réalité de la France n’est pas celle des Etats-Unis, il faut donc adapter ce riche matériau.

Cette modeste contribution souhaite aider à clarifier les enjeux et les options quant à la démarche à suivre.

Une stratégie pour amener le libertarianisme, pardon, le libéralisme en France (*) devrait être réaliste et pour ce faire aborder le sujet de notre déplorable existant jusqu’à une cible future qu’il s’agira d’atteindre, ou du moins approcher.

(*) Dans la suite de ce texte, libéralisme est à prendre au sens de Pascal Salin, c'est-à-dire un libéralisme pur, dit « libertarien » pour éviter la confusion avec tous ces ersatz qui hantent les discours politiques de nos jours. C’est le libéralisme des grands penseurs libertariens, tels M.Rothbard, H-H.Hoppe ou L.v.Mises.

Pour ce faire, il me semble que nous devons envisager trois grandes phases et pour chacune des objectifs et des domaines d’action propre.

Ce premier texte propose la démarche générale, ses trois grandes phases, qui seront développées plus en détail chacune dans un texte propre, à venir (+) :

(+) J’espère que ce premier texte suscitera de nombreuses contributions des libéraux ;-)

  • 1) Reprendre le pouvoir :
« Reprendre le pouvoir,» pour bien marquer que le « pouvoir,» horrible mot de la politique politicienne, n’appartient pas à l’état mais au peuple, constitué de chaque individu.

Avant tout, il s’agit de créer ou de s’assurer que les conditions sont remplies pour que l’opinion soit suffisamment et consciemment demandeuse de liberté et de libéralisme. Tant que cette condition n’est pas remplie, il n’est qu’illusoire, sinon utopique, d’espérer plus qu’un infléchissement hypothétique de l’humeur de l’électorat en faveur de certaines mesures de nature à se rapprocher du libéralisme, sans jamais en poser les fondations.

Cette phase est déterminante et il ne faut pas la négliger, sous peine d’engager des moyens, lancer des projets, engager des frais sur des élections, susciter des espoirs, par exemple, qui resteront inéluctablement sans conséquence et sans impact notable.

L’objectif doit être de nature informative et de sensibilisation, il s’agit de créer la demande, d’éveiller nos concitoyens à la réalité du monde dans lequel on nous a peu à peu enfermés et, par la prise de conscience, accroître leur pression sur le système pour demander que celui-ci se libéralise concrètement, de plus en plus et sur de plus en plus de sujets.

Il faut cependant garder le cap, et le bon. Beaucoup de faux libéraux, n’ayant pas bien compris combien nous sommes loin d’un semblant de liberté, ont tendance à se contenter de quelques mesurettes de circonstance, et bien vite se préoccupent d’une prise de pouvoir, souvent élective, tout ce qu’il y a de dérisoire, voire despotique.

Cela passe par une longue campagne d’information, exploitant tous les vecteurs modernes, le web, facebook, les medias. Mais aussi d’autres moyens. L’infiltration des autres partis, les opportunités de prise de pouvoir locales – les free state projects – sont aussi des moyens à considérer. Et bien d’autres.

Cela passe aussi par la « prise du pouvoir » concrète, but ultime pour beaucoup de partis, y compris libéraux, mais qui pour un libertarien ne peut en aucun cas être le nirvana, puisque il s’agit une fois ce cap franchi de « rendre le pouvoir,» donc de poursuivre l’effort.

  • 2) Organiser une transition :
Une fois les conditions en place, une fois le « contrôle » repris, il faut faire en sorte de ramener ce pays, de l’amener plutôt, à un état (!) digne de la devise qui figure au front de ses multiples mairies et bâtiments dits publics.

De nombreuses choses devront donc être « défaites,» libéralisées, privatisées, sorties du joug de la loi et de la force. En théorie, une abrogation massive de 99% du Dalloz suffirait pour atteindre ce résultat. Ce n’est pourtant qu’une partie des travaux d’un Hercules libéral.

Les institutions elles-mêmes devront disparaître, être dissoutes, sans être remplacées. Adieu l’Elysées, l’Assemblée, le Sénat et autre Cours des Comptes. Ciao bonsoir…

Il faudra aussi rendre au peuple la propriété qui lui a été soustraite. Le Château de Versailles, les barrages, les voies ferrées, les ponts, les routes, la bibliothèque de France, Bercy, le Louvre, tous ces ouvrages, simplement pratiques et productifs, ou vrais symboles de notre histoire, tous devront être restitués. Ventes aux enchères, privatisation en sociétés par actions, les solutions existent et sont nombreuses, le principe, lui, doit rester immuable.

Les services publics devront être remplacés par des services venant du marché libre. La chose est simple sur la papier. Mais ces services ne sortiront pas du chapeau libéral, il faudra un peu de temps avant qu’ils soient mis sur le marché et que la concurrence fasse son œuvre. On ne remplace pas la SNCF par la SNCF, ni EDF par EDF.

Les fonctionnaires peuvent être facilement convertis en contractuels. Mais cela ne supprime pas leurs fiches de salaire, du moins pas tout de suite. Les impôts pourront-ils donc être immédiatement supprimés ? Quelle fiscalité adopter pendant cette transition ? La flat-tax est-elle la seule réponse possible ?

La dette, l’énorme dette doit faire l’objet d’un plan spécifique. Faut-il rendre les élus responsables sur leurs biens propres ces dettes contractées abusivement ? Est-il juste de demander au peuple de continuer à rembourser même ne serait-ce qu’une infime partie de ce monstre ? Qui rembourser ? Que renégocier ?

La monnaie enfin est sans doute un sujet encore plus délicat, dont les ramifications touchent tous les thèmes précédents. Sortir de l’euro semble une évidence, le retour à l’or aussi. Mais comment faire en sorte que chacun ait – très vite – un peu d’or dans son bas de laine quand seul le papier-monnaie a une réalité tangible ?

De plus, voire surtout, tout cela devra être accepté par le peuple, sinon, la guerre civile risquerait exploser à tout moment. Aller trop vite, c’est risquer de ne pas être compris par une opinion sans doute encore fragile, c’est se mettre trop de privilégiés à dos et risquer basculer dans le chaos. Aller trop lentement, c’est donner trop de temps pour que la résistance s’organise, créer des frustrations. Ne pas aller au bout, c’est tout simplement inacceptable.

Il faudra donc du temps. Une période de transition semble inéluctable. Il faudra donc organiser cette transition, choisir les premières priorités, puis les secondes, les expliquer. « Organiser,» de manière à garder l’opinion, l’espoir, et l’objectif.

On peut envisager de nombreuses options, même si bien évidemment, ce ne sera que sur pièce, au moment, que la décision pourra se prendre. Plus les options seront claires, et préparées, plus elles pourront aboutir.
  • 3) Durer :
Enfin, la cible atteinte, le nirvana à portée, le mammouth réduit à un squelette, voire même moins, il s’agira de résister et durer et donc de s’organiser pour cela.

Non pas que la société libérale ne soit pas capable d’auto-fonctionner ni de rendre ses citoyens aussi heureux que libres, bien au contraire, mais la France n’étant pas seule au monde, la concurrence, la jalousie et l’envie des gouvernants des autres pays devra être contenue.

Comme la Suisse, il faudra sans doute organiser une défense (privée et) efficace. Ou comme Monaco, la France devra peut-être devenir le meilleur paradis fiscal au monde. L’arme nucléaire dissuasive fera peut-être partie de ce dispositif – une arme désétatisée, bien évidemment. Et puis, la puissance commerciale d’un pays redevenu dynamique et inventif sera sûrement notre meilleure défense.

Peu importe la stratégie, il est trop tôt pour la choisir, mais il n’est pas trop tôt pour intégrer la réflexion à notre plan de bataille…

Tuesday, February 16, 2010

Sarkozy, en vers et en droit(e)

Mon Beau-Frère me transmet un trac avec cette excellent feuillet, à lire de haut en bas, puis de bas en haut. Hilarant – ou consternant…

Dans notre parti politique, nous accomplissons ce que nous promettons.
Seuls les imbéciles peuvent croire que
Nous ne luttons pas contre la corruption.
Parce que, il y a quelque chose de certain pour nous :
L’honnêteté et la transparence sont fondamentales pour atteindre nos idéaux.
Nous démontrons que c’est une grande stupidité de croire que
Les mafias continueront à faire partie du gouvernement comme par le passé.
Nous assurons, sans l’ombre d’un doute, que
La justice sociale sera le but principal de notre mandat.
Malgré cela, il y a encore des gens stupides qui s’imaginent que
L’on puisse continuer à gouverner
Avec les ruses de la vieille politique.
Quand nous assumerons le pouvoir, nous ferons tout pour que
Soit mis fin aux situations privilégiées et au trafic d’influences
Nous ne permettrons d’aucune façon que
Nos enfants meurent de faim
Nous accomplirons nos desseins même si
Les réserves économiques se vident complètement
Nous exercerons le pouvoir jusqu’à ce que
Vous aurez compris qu’à partie de maintenant
Nous sommes avec Nicolas Sarkozy, la « nouvelle politique. »

Sunday, January 24, 2010

Sur la liberté monétaire. La vraie.

Bien que ce sujet ne fasse guère la une des grands médias, la liberté monétaire est un des fondamentaux de tout système socio-politique réellement garant des libertés de ses concitoyens, et beaucoup ont une analyse impropre des conditions à remplir pour garantir une vraie liberté dans ce domaine.

Pourquoi cela ? Il y a probablement de nombreuses raisons qui se combinent, mais il me semble que tout simplement nous sommes aujourd'hui au sein d'un système monétaire tellement éloigné de ses origines libres et libérales qu'il nous est désormais très difficile d'imaginer le modèle tel qu'il a été il n'y a guère plus d'un ou deux siècles de cela, et tel qu'il devrait certainement redevenir. Il est possible aussi que certains acceptent des compromis entre l'idéal et la réalité d'aujourd'hui - ce que je peux comprendre - mais qui ne change rien à la "non-libéralité" de ce qu'ils proposent.

Je ne suis certainement pas un expert moi-même, ce sujet a simplement été largement élaboré par les grands économistes autrichiens L.v.Mises et M.N.Rothbard, je me contente de leur emprunter les principes - j'inclus plus bas quelques liens de référence.

Liberté Chérie (LC), excellent mouvement libéral, a récemment publié un bon article à vocation de vulgarisation sur la vision libérale de la monnaie et d'un système monétaire libre.
L'article comporte cependant à mon sens quelques erreurs sur lesquelles je voudrais revenir.

Rendons à César ce qui lui revient, LC annonce que même chez les libéraux, deux vues s'opposent, ceux qui pensent que les banques peuvent user d'une réserve fractionnaire et ceux qui pensent que le concept même de réserve fractionnaire n'est pas libéral.

J'appartiens à la seconde catégorie, comme à mon sens Mises et Rothbard, et je voudrais tenter d'expliquer ici pourquoi une réserve fractionnaire, même soumise au marché, n'a rien de libéral.

Après avoir fort justement rappelé qu'il ne peut y avoir de monnaie libre que basée sur l'or - ou l'argent, le platine, bref, les métaux précieux - LC commence par poser le principe fondamental :


En tant que monnaie, l'or s'utilise selon son poids. Peu importe le chiffre inscrit sur une pièce d'or ou son pays d'origine.

Absolument. Ce qui permet à l'or d'être adopté comme monnaie universelle, c'est sa malléabilité et son intégrité. Les unités monétaires n'ont pas de sens dans l'absolu. Qu'un franc-or soit un franc n'importe pas si vous commercez avec un turc, ce qui lui importe, ce sont les x grammes d'or de la pièce échangée.

Le principe donc pose que la seule unité de monnaie universelle est le poids du métal, de l'or, et non le numéraire arbitraire en francs ou dollars. Continuons.


Dans un pays où régnerait la liberté monétaire, toute entreprise serait
libre de créer une monnaie. L'entreprise A pourrait acquérir une certaine
quantité d'or et le vendre à des clients. Ceux-ci pourraient ensuite faire des
achats avec des pièces ou des lingots d'or.

Puis :


Le système décrit ci-dessus repose sur une réserve totale des banques. C'est-à-dire que les banques gardent constamment en réserve l'intégralité de l'or qui leur a été confié. Leur seule tâche est de conserver l'or en sécurité et d'émettre des certificats d'or.

C'est l'idée centrale du "gold standard". Avec un bémol toutefois : Pour que cela fonctionne réellement, il faut que ce modèle soit adopté non pas par "un pays", mais bien à l'échelle mondiale, celle des échanges commerciaux réels d'aujourd'hui.

Une phrase de Mises met ce fait en lumiere, illustrant fort positivement la force à long terme de l'économie sur les gouvernements : "No government is, however, powerful enough to abolish the gold standard." Ce fut écrit en 1949, n'oublions pas.

Arrive ensuite le point source de différend :


Nous arrivons à un point qui divise les défenseurs de la liberté monétaire. Pour les uns, seul le système de réserve intégrale doit être autorisé. Pour d'autres, les banques doivent pouvoir proposer un système de réserve fractionnaire.

En faveur de l'option fractionnaire, LC avance les arguments de service suivants :


Elles [NB les banques à réserve fractionnaire] ne conserveraient qu'une partie de l'argent qui leur est confié en réserve, avec l'accord de leurs clients évidemment. L'inconvénient de cette pratique est évident, si tous les clients venaient retirer leur argent en même temps, la banque serait incapable de rendre à chacun ce qui leur est dû. En échange de cette prise de risque, les banques pourraient diminuer, voire annuler les frais de conservation en prêtant contre intérêt une partie de l'or déposé par leur clients. En outre, les taux d'intérêts proposés par ces banques seraient plus faibles.

Mises illustre cette évolution historique des banques vers le fractionnement :
"[Banks] considered it harmless not to keep the whole equivalent of the receipts issued as a cash reserve in their vaults. They were confident that they would always be in a position to comply with their obligations and, without delay, redeem the notes issued even if they were to lend a part of the deposits. Banknotes became fiduciary media within the operation of the unhampered market economy." C'est le moment où certificats et stock cessèrent de correspondre en valeur.

Malheureusement, penser cela comme libéral ne tient pas l'analyse. Une réserve fractionnaire correspond toujours à un vol des clients et des concitoyens, ce qui ne saurait être un principe libéral. Mais pourquoi donc cela ?

Nous l'avons vu, LC rappelle en introduction que la seule unité monétaire valable, c'est le poids en métal, et non pas son équivalent fiduciaire (franc, dollar, etc.). Or (!) le concept de réserve fractionnaire consiste ni plus ni moins à créer de l'or à partir de rien ! L'alchimie suprême ! Il repose également sur une omission majeure quant aux risques encourus. Il manifeste enfin inversion intellectuelle entre actif et passif de la banque, ce qui n'est rien moins que du vol envers les clients.

La création d'or tout d'abord. Il n'est pas besoin de fractionner la "réserve" pour comprendre la question de fond, celle de l'unité, prenons un scénario totalement banal.

Supposons une banque qui dispose de 100 tonnes d'or et émet des certificats - les billets de banque - de 1 kilo chacun. Il y a donc 100.000 certificats en circulation à ce moment là. Puis pour une raison quelconque, certains clients décident de retirer du liquide - terme provenant de l'or liquide - disons pour 50 tonnes. Elle se retrouve avec 50 tonnes en stock, et 50.000 certificats inutiles - ceux qu'on vient de lui rendre pour effectuer les retraits. Il est bien évidemment tentant de remettre ces certificats en circulation, pour amortir leur coût entre autres. C'est bien ce qui ce passe en réserve fractionnaire.

Mais on oublie que dans ce cas là, la valeur des certificats n'est plus de 1 Kg chacun, mais bien de 500g seulement. Car l'unité ne peut pas changer, ce n'est pas celle inscrite sur le certificat qui prime, mais uniquement celle de l'or en stock.

La règle de base d'une monnaie libre basée sur un gold-standard, c'est que l'unité inscrite sur les billets correspond à tout moment au poids d'or auquel ils donnent droit. Déroger à cette règle, c'est sortir de l'étalon-or.

Tout ceci est bien mieux expliqué par Mises lui-même dans Human Action, chapitre 17, section 12, "The Limitation on the Issuance of Fiduciary Media".

LC évoque l'argument de la prise de risque liée à la gestion du fractionnement. Mais quel risque pour qui ? La banque doit certes dans ce schéma gérer son risque de faillite dû à son incapacité possible à restituer l'or.

Mais on oublie le risque principal, celui qui fait le plus mal et qui est la source de la plupart des maux de notre économie actuelle : la perte de valeur des certificats pour le citoyen lambda, bref en d'autres termes, le vol généralisé des citoyens par les banques.

Car à partir du moment où on accepte l'idée qu'il peut y avoir deux comptabilités parce que deux unités, dont l'équivalence n'est que sous contrôle bancaire, celle exprimée en or et correspondant à la masse en stock, et celle des billets ou certificats, on ouvre la porte à l'inflation mécanique et systématique.

Dans l'exemple précédent, avoir 100.000 certificats en circulation alors qu'il n'y a que 50 tonnes en stock implique que les possesseurs de certificats, ceux qui ont laissé leur or à la banque, voient leur garantie divisée par deux alors qu'il n'y sont pour strictement rien. Pas très libéral à mon goût.

Le risque n'est donc pas tant pour la banque - une faillite, ça va ça vient - mais surtout pour tous les petits porteurs de certificats qui ne maîtrisent plus la valeur de leurs dépôts en garantie.

Analysons ensuite l'aspect comptable. Aujourd'hui, lorsqu'on reçoit un relevé bancaire, on ne fait plus attention aux deux mots et colonnes 'débit' et 'crédit'.

Pourtant, je me souviens tout gamin avoir posé la question à mon père : pourquoi quand je mets de l'argent sur mon compte, j'augmente mon crédit ? Pourtant, c'est mon argent et c'est alors la banque qui me le doit. C'est la banque qui devient mon créditeur, pas l'inverse.

Et pourtant, les magnifiques lois et réglementations bancaires sont ainsi faites depuis en gros deux siècles qu'à partir du moment où on dépose chez une banque, la somme déposée est juridiquement considérée comme la propriété de la banque. Dès lors, mon dépôt s'inscrit à mon crédit, puis c'est la banque qui prend possession de la somme. Superbe supercherie non ?

Alors forcement, la banque peut dès ce moment là prendre les risques qu'elle veut avec son-argent-qui-est-en-réalité-le-mien.

LC - ou du moins certains libéraux - avance l'idée qu'une approche réellement libérale consiste à laisser le marché décider quelles banques ou monnaies, entre celles pratiquant la réserve fractionnaire et les autres, méritent de rester sur le marché. L'idée semble généreuse, mais je pense qu'elle n'a pas de sens.

Que peut-il se passer ? Supposons ainsi deux banques sur un marché libre, une pratiquant le fractionnement (F) et l'autre optant pour un dépôt strict (S). A priori, F met en avant envers ses clients un risque de dépôt plus élevé, mais un accès au crédit simple et de montants plus élevés que S. A l'inverse, S promeut sa totale garantie de dépôt, au prix d'un accès à un crédit plus réduit ou plus cher. Vive le marché libre.

Le client C qui dépose 100 grammes d'or chez F et 100 chez S va très vite comprendre comment le système fonctionne. Ses 100g chez S sont 100% sûrs. Par contre, sa garantie sur l'or qu'il laisse chez F fond comme neige au soleil au fur et à mesure que F consent des prêts fractionnaires à d'autres que lui.

Deux options pour C. Il retire son or confié à F pour le mettre chez S. Autrement dit, F fait faillite à terme. Ou bien C tente de prendre sa part du gâteau et contracte un prêt auprès de F. Il contribue ainsi à accroître l'instabilité de F et à convaincre un autre client A de retirer son or pour le confier à S. Dans tous les cas, F finit par faire faillite par manque de fonds face à S. Ou sinon, S rachète F avant qu'il fasse faillite, ce qui revient au même.

Notons que ce scénario limpide n'a même pas besoin de supposer que les deux banques émettent des certificats différents ou mutuellement reconnus. C'est la différence de garantie qui fait le jeu.

Les libéraux pro-fractionnement ont quelque part raison, on peut laisser le marché décider librement en faveur ou non des banques à réserve fractionnaire. Sauf qu'à mon avis, il est facile de deviner à l'avance ce que le marché décidera. La banque libre, c'est celle qui préserve mon argent.

Bien librement.

Monday, January 4, 2010

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de précaution ? - Reaction a l'article sur Rue89

Sur Rue89, ce 04/01/2010, un article intitulé :

Grippe A : comment évaluer le coût du principe de
précaution ?
Un chef d'oeuvre, avec points de vue d'un économiste toulousain et d'un professeur genevois en politique du territoire (ça existe comme matière enseignée ?!)

Comme entrée en matière est posée la question suivante, s'agissant de l'évaluation du nombre de vaccins H1N1 qu'il fallait ou non acheter pour la France :
Mais comment savoir jusqu'où apprécier le
principe de précaution ?


Une telle question démontre soit une incompréhension des questions économiques, soit un malentendu sur la nature du problème, qui est justement économique et non social ou que sais-je. Une approche économique répondrait : en le demandant au marché, dont c'est le rôle. Personne d'autre que le marché ne peut ou ne sait répondre, comme F.von Hayek l'a largement démontré.

Suit une transcription des propos de notre professeur genevois, avec tout d'abord une révélation :
Imaginons que le H1N1 ait mal tourné. Imaginez le tollé si on
n'avait pas pris ces mesures. Le risque, c'est que le prochain responsable, de
peur de se faire taper dessus, sous-estime les moyens… et se fera taper
dessus.


Ça c'est de l'information ! Ce spécialiste des politiques territoriales nous avoue tout simplement qu'à son avis, sinon dans la réalité (?) les 'pouvoirs publics' choisissent en fonction de leurs fesses et carrières, mais pas vraiment en fonction du risque réel envers la population. Normal me direz-vous, c'est humain, et puis de toute façon, ils ne savent ni ne peuvent mesurer le risque, alors...

Un peu plus loin, on apprend :
On l'a vu en 2000 avec la vache folle quand des mesures très
fortes ont été prises en France. La seule leçon à tirer de cette affaire, c'est
que si on rentre dans une période de risques sanitaires, les pouvoirs publics
n'ont pas des moyens infinis.



Ah bon ? Les moyens ne sont pas infinis ? Ben vraiment, j'avais besoin d'un prof pour me donner cette information, merci m'sieur... Surtout que lesdits moyens viennent de nos impôts, j'avoue que personnellement je préfère quand ils ne sont pas infinis.

Ce grand professeur termine avec une note philosophique désolée :
Le drame du principe de précaution, c'est que quand il
réussit, les gens ont l'impression qu'on a agi pour rien, quand il triomphe on a
l'impression qu'il ne sert à rien. Alors que justement, c'est parce qu'on a pris
des mesures.


Quel dilemme, pauvre principe de précaution, le mal compris et mal aimé ! Notre professeur ne voit donc pas que le principe de précaution est simplement inutile et contraire au bon sens. Avec ce principe, on serait en droit d'attendre des 'pouvoirs publics' qu'il nous protègent contre les effets secondaires des typhons sur la Floride, ou contre une invasion de crickets comme au Sahel, ou même contre l'éventuelle mort du soleil ou que sais-je encore. Ça n'a aucun sens et surtout ce n'est pas le rôle de l'état quel qu'il soit.

C'est à chacun de nous de gérer ses propres risques, et surtout de bien veiller à éloigner l'état du sujet. 'Incapacité publique' me convient mieux que 'pouvoirs publics'.

Mais continuons, nous avons maintenant droit à la vision d'un 'économiste' :
Quand on réfléchit aux dépenses publiques, il faut mettre en
rapport les coûts et les bénéfices attendus des différents projets. Les budgets
qu'on peut allouer à la prévention ne sont pas infinis, surtout en période de
déficit.


Bon, tout d'abord, bonne nouvelle : 'on' réfléchit. Tu me diras, 'on' en paye assez pour ça, 'on' (vous notez, c'est pas le même 'on') serait en droit d'attendre qu'ils concluent de ne pas dépenser, justement.

Il nous confirme que les budgets ne sont pas infinis - décidément, ça leur pose manifestement problème, ça serait quand même mieux si 'on' pouvait les augmenter à vue ces fichus budgets.

Mais le mieux, de la part d'un économiste, c'est bien le "il faut mettre en rapport les coûts et les bénéfices attendus". Et comment s'y prendre ? Moi, je ne suis pas économiste, mais 'on' m'a dit que le rôle du marché consiste justement - ça tombe bien - à permettre l'établissement de prix qui sont l'expression de la valeur d'un bien ou service pour ses usagers.

En clair, pour savoir si un projet présente un intérêt, mets le sur le marché et le marché répondra. Fastoche pourtant, pourquoi ne le propose-t-'on' pas ?

Puis il poursuit avec :
Ça a du sens que nos choix publics reflètent nos choix
individuels, nous vivons dans une démocratie. L'ensemble des risques auxquels
nous faisons face est très important : risque de santé, risque
environnemental


Alors donc, le propre d'une démocratie, c'est que 'nos choix publics reflètent nos choix individuels'. Et comment la foultitudes de choix individuels s'est-elle donc exprimée dans cette affaire ? Avec 5% de personnes qui se font vacciner, il semble qu'il y ait hiatus.

Mais surtout, on mélange risque avec action. A supposer que certains risques existent, comme le supposé risque environnemental, la solution quant à elle passe par l'action individuelle, et non par l'action 'd'organes' incontrôlés comme 'l'état-c'est-pas-moi'. Si l'état doit faire quelque chose, c'est informer, pas interférer.

Pour finir, l'apothéose, on sent le type qui réfléchit pour sa paroisse :
En France, on a un retard dans l'évaluation. On n'évalue pas
bien les analyses publiques, on ne fait pas assez d'analyses coûts-bénéfices.
Heureusement, la France est en train de rattraper son retard. Une loi effective
depuis 2009 oblige à faire des études d'impact pour toute nouvelle loi et la
faire passer au Conseil d'Etat et au Parlement. Ça va dans le sens d'une
évaluation plus systématique des projets publics. On va dans le bon
sens.


La première phrase bien sûr signifie 'il faut plus de budget pour la recherche', mais passons.
Le couplet sur l'évaluation est grandiose pour un économiste. Il oublie simplement le rôle du marché.

Il faut vous dire que sur Toulouse, il n'y a pas grand monde qui ne soit socialiste - hélas je suis bien isolé - alors on l'excuse. La preuve, il parait qu'une nouvelle loi, 'va dans le bon sens' - mais comment faisait-on avant cette loi ? Comment avons-nous survécu à tous ces méchants virus et autres bacilles jusqu'ici ?

Vive les-tas providence !

Sunday, January 3, 2010

La France ne vend rien

Selon Reuters, ce 3 janvier 2010 :
"La France a commencé à vendre ses excédents de vaccins contre la grippe A(H1N1)
mais la priorité reste d'immuniser les Français, déclare la ministre de la
Santé, Roselyne Bachelot."

Il y aurait beaucoup à dire sur une telle phrase. La 'France qui vend', les 'excédents' et la 'priorité [aux] Français' par exemple. Je vous laisse en trouver d'autres aussi croustillantes.

La France ne vend rien et n'a jamais rien vendu ni acheté. Ce sont les entreprises qui se trouvent situées en France qui vendent ou achètent. Enfin, normalement, c'est ce qu'on apprend à l'école. On nous apprend aussi que c'était dans les pays communistes (ou est-ce 'socialistes' ou même 'ump-istes' ?) que le pouvoir décidait d'acheter ou vendre ce qui était bien pour le peuple.

D'ailleurs, si on avait laissé les entreprise acheter les vaccins, je soupçonne qu'elles en auraient acheté moins que Roselyne - que voulez-vous, on ne peut décidément pas faire confiance au marché. Elles ne nous auraient probablement pas offerts ces magnifiques excédents comme cadeau de Noël. Car avant de commander aux laboratoires et d'engraisser ces derniers au moment où les vaccins étaient rares et donc chers, ces vaches d'entreprises, voire médecins, auraient attendu que les français soient malades - du moins, les achats auraient été plus progressifs. Ce qui fait qu'on aurait eu peu d'excédents - voire aucun - et les vaccins auraient été moins chers - merci les impôts.

Mais me direz vous, peu importe, puisqu'on les revend, ces fameux vaccins, inutilisés à quelques 95%. Hélas, c'est oublier ce satané marché... Car les vaccins ne sont désormais ni aussi rares ni aussi recherché. La preuve, on ne les vend pas à l'Allemagne ou l'Espagne ou autre pays 'grippal', mais au Qatar, lequel doit voir passer des grippes chaque fois qu'il y neige... Et donc ces généreux clients ont toutes les chances de négocier les prix à la baisse - c'est ce que vous feriez aussi, non ? Ce qui nous donne 95% de gaspillage, merci Roselyne.

Mais le meilleur est bien sur pour la fin. Immuniser les français, voila bien un noble objectif, non ? Mais la grippe ne connaît pas les frontières. Si les gens doivent être immunises, pourquoi les français en priorité ? Sommes-nous donc une population à risques, ou à privilèges ? Ou sommes-nous le pays des droit-de-l'homme - autre chose qu'on nous apprend à cette fichue école ? Ainsi, valait-il mieux acheter des vaccins en masse, pour rien, et ainsi en priver les pays moins riches qui en avaient vraiment besoin ? à supposer que de tels pays existent, mais ce n'est pas la question ici. Nous voilà donc au-dessus du lot. Les français méritent d'avoir les vaccins en premiers et méritent d'être immunises, eux. Tant pis pour les autres.

Roselyne - et hélas beaucoup d'autres - ne comprend pas - ou ne veut pas comprendre - que la santé en général et la grippe en particulier n'est pas un droit mais le résultat de services envers chaque individu. C'est donc un animal économique qui a un prix. La santé à tout ou n'importe quel prix, cela n'a aucun sens. Ou plutôt, ça n'a de sens que socialo-communiste, c'est-à-dire je décide-et-vous-payez.

Ce gâchis n'aurait tout simplement pas existé - mais comment faisait-on par le passé d'ailleurs ?? - si tout simplement Elle avait laissé chacun décider de se faire vacciner ou pas, si chacun avait eu le choix entre X euros à payer pour le vaccin d'une hypothétique grippette et ces même X euros utilisés à quelque chose de plus urgent ou plus utile pour soi.