Friday, November 17, 2017

Economie des dictateurs sociaux

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Ce début de mars a démontré une fois de plus combien notre système social supposé le meilleur au monde comporte d’incohérences, illogismes et inefficacités. Les toulousains viennent de subir une grève de plus, celle de quelques dizaines de militants CGT et FO de la galaxie airbusienne et le bilan en est à la fois calamiteux sous l’angle économique et scandaleux sous l’angle moral.

Que des salariés mécontents de leurs salaires ou conditions de travail amènent leur employeur à négocier n’est certes pas condamnable en soi. Une demande collective pour des augmentations toujours individuelles semble par contre assez paradoxale ! En tout état de cause, bloquer ou réduire les accès aux locaux de manière sauvage à des milliers de personnes qui se rendent à leur travail quotidien, donnant ainsi lieu à des embouteillages monstres et un temps perdu inestimable, constitue un chantage inacceptable dans un « état de droit ». Dans une société évoluée, le pseudo-droit d’avoir quelques euros de plus ne saurait bafouer les droits fondamentaux de l’être humain.

Mais sommes-nous toujours dans un état de droit lorsque la violence syndicale est cautionnée par le pouvoir politique via une amnistie parlementaire ? Au pays de l’intérêt général, de quel droit une poignée de syndicalistes non représentatifs peut-elle imposer son intérêt catégoriel à la foule allant travailler en vrai ? Si la grève est à considérer comme un acte ultime de « résistance à l’oppression », un des quatre droits fondamentaux, ce droit n’est pas une caution à nier ces mêmes droits à autrui.

Si le salaire des grévistes est vraiment le plus bas de leur catégorie professionnelle, ils sont libres de trouver d’autres employeurs qui sauront reconnaître leur mérite individuel. En pratiquant la politique de la terre brûlée, obtiendront-ils satisfaction à hauteur de la nuisance portée à autrui ? Leur blocage exerce une vraie oppression envers des innocents ne pouvant rien à leur situation !

Ainsi disons pour que 200 personnes puissent gagner peut-être 250 euros de plus par an, on laisse sans broncher gaspiller sûrement largement plus de centaines de milliers d’euros par un bazar sans nom. J’entends déjà les bonnes âmes hurler à la tyrannie de l’argent ou quelque argument de ce style devant mon raisonnement strictement économique. Mais c’est oublier les arguments de droit et moraux déjà mis en avant. Même en oubliant tout ce gaspillage de ressources et les gains perdus de prospérité, qu’est-ce donc qui peut légitimement justifier de tels actes de violence morale ?

Osons une analogie. Imaginons que des actionnaires d’EADS, incluant les milliers de simples petits porteurs, manifestent et bloquent l’entrée d’Airbus à Blagnac pour réclamer une hausse du cours de l’action et du dividende. Il paraît clair qu’une majorité, à commencer par ces mêmes syndicalistes mais aussi élus et presse, se mobiliserait en criant au scandale. Pourquoi donc admettre le même comportement pour des revendications du même ordre sous prétexte de grève et syndicalisme ?

Ne nous trompons pas, il est légitime que des salariés cherchent à négocier une augmentation – en supposant qu’ils la méritent effectivement par une performance économique accrue liée à leur action mesurable. Mais la grève sincère suppose la pression sur le seul employeur, pas sur le monde extérieur. In fine, ceux en charge du respect du droit ont choisi de ne pas rappeler à ces quelques manifestants qu’ils outrepassaient leurs droits légitimes, empiétant sur le droit de libre circulation des autres citoyens. Cela en contribuant encore à l’appauvrissement général et au délitement de la société.

A quand donc la fin de cette croyance en une sociale-religion désormais dictature ? A quand le retour au bon sens d’une vie en société basée sur l’égalité juste, c’est-à-dire celle devant le droit ?

La dictature pour tous

La démocratie est devenue, dans l’inconscient et même dans les croyances collectives du monde occidental et en France en particulier, comme le seul synonyme de « liberté », comme la seule option et le seul système pouvant offrir, voire « garantir » la liberté pour un peuple ou un pays. Au point que quiconque oserait la critiquer ou la remettre en cause subirait une volée de bois vert, et cela y compris chez ceux qui se disent libéraux - qui ont comme renoncé à voir les choses comme elles sont.

Or, lors d’une discussion familiale récente, ma fille eut une expression géniale pour résumer ce que la démocratie nous propose par l’intermédiaire du vote et des élections : la dictature pour tous. Même si elle était teintée d’ironie, je ne pouvais être plus ravi de recevoir d’elle cette marque de lucidité.

Cette croyance de la démocratie « libérale » masque bien des confusions ou hypothèses non dites erronées, je propose d’en aborder quelques-unes dans ce rapide article. Pour commencer, revenons aux rois et à la monarchie qui en Europe dominait avant le traité de Versailles, il y a en gros un siècle. A l’époque, imparfaite, le roi personnifiait la fonction politique et le pouvoir absolu, du moins c’est ce que Louis XIV représente comme apogée. L’arrivée de la démocratie se voulait faire disparaître ce pouvoir avec la monarchie guillotinée.

Mais en réalité, ce n’est pas ce qui s’est passé. Les présidents, gouvernements et autres élus contemporains ont toujours le même pouvoir ; ils ont même un pouvoir souvent bien pire que beaucoup de ces rois et reines d’alors. Si les personnes sont tombées, la fonction est restée ; simplement, on vote désormais et tout le monde y a un ticket de tombola.

Seconde limite, le vote ne porte pas sur l’intégralité du « pouvoir ». Si la seule tête coupée de Louis XVI a permis d’affirmer la fin du pouvoir monarchique, les élections ne permettent pas de remplacer toutes les couches de ses nombreux successeurs. On vote pour des « élus », pour des « députés » ou pour un « président », mais on ne vote ni pour les fonctionnaires et bureaucrates, ni pour les juges. Et comme par hasard, ceux qui tiennent le destin du pays sur le long terme ne sont pas les élus.

Si on en vient au vote et aux élections, il convient d’en souligner les fortes limites et biais. Le premier tient bien sûr au choix qu’il offre – ou plutôt au non-choix. Dans une société libre, les rayons des grands magasins regorgent de choix, de variété, de nuances, de modèles et notre choix presque sans limite nous est laissé au niveau de chacun de nous. Chaque midi, des millions de gens « votent » pour décider ce que sera leur repas, et ce choix n’est pas issu d’un appareil arbitraire « constitutionnel ». A l’inverse, le vote pour un élu n’est choisi ni en nature, ni en programme, ni en personne, bref en rien.

Cela ne s’arrête pas au vote, en plus. Car on a beau élire ces chers gugusses, dans la réalité on ne leur accorde ni ne leur signe aucune délégation précise et éventuellement limitée. Ce qui fait que ces doux rigolos une fois en place font à peu près ce qu’ils veulent et surtout pas ce que nous voulons ou que nous avions pensé choisir lors de la lecture de leur programme et ensuite du vote. Promesses ?

Mais malgré cette liste déjà longue, le meilleur reste pour la fin. Car même lorsque tous les citoyens ne sont pas inscrits, même quand ceux-là ne vont pas tous voter, même quand ces votes ne dégagent pas une majorité relative, on finit toujours par voir cette pseudo « majorité » décider d’un régime ou d’un gugusse unique qui imposera sa personne et ses avanies à tous les autres.

On est donc bien dans une logique de tyrannie dès le résultat du vote prononcé. Celle où c’est une minorité auto-déclarée « majorité » qui impose son choix d’un instant à la majorité qualifiée de « minorité » pour la circonstance. Beau progrès libéral, vraiment, ça valait le coup de faire la révolution.

Le coup culturel de l’exception.

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité économico-politique.)

Pour tout citoyen pas trop au fait de l’économie, il est légitime de se demander si le libre-échange est un méfait ou un bienfait pour les citoyens. Si c’est un méfait, alors il est logique de généraliser le protectionnisme à l’ensemble de l’économie. Mais si c’est un bienfait, pourquoi faire une exception économique en matière de culture ? Or le gouvernement nous refait le coup de l’exception culturelle qui n’est autre qu’un puits sans fond pour l’ensemble des français. Ahh, l’art comptant pour rien…

Au XIXe siècle pourtant, l’économiste Frédéric Bastiat expliquait déjà que « l’ouvrier n’a pas à payer le salaire de l’artiste ». Cela reste vrai : pourquoi le citoyen français du XXIème siècle devrait-il être contraint de financer l’artiste ? Si celui-ci a du talent, ses clients le rendront célèbre. S’il n’a pas de clientèle, c’est que son talent n’est pas à la hauteur : il ferait mieux d’exercer dans un autre domaine.

Le système de subventions arbitraires à la française cache le nombre d’artistes creux ou œuvres lamentables que le citoyen français finance à ses dépens. Rappelons que les subventions sont des impôts et des taxes, que par elles l’arbitraire politique détourne une partie de nos gains pour alimenter une production culturelle incertaine, incertaine parce que ne devant pas son succès à la reconnaissance du public. Plus elle est mauvaise, plus il faut de moyens financiers importants pour prétendre rivaliser avec la culture issue de la liberté, celle qui n’a pas peur de la sanction du marché.

Pourquoi la dignité d’un artiste français vaudrait-elle économiquement plus que celle d’un artiste étranger, celle d’un ouvrier, d’un ingénieur, d’une profession libérale ? Au point de justifier prendre à ces derniers pour donner au premier ? Une société moderne doit-elle continuer à vivre par et dans l’arbitraire au point de refuser avant tout de valoriser les talents via le marché, comme il est naturel ?

Sans l’arbitraire de la main du politicien, le marché reconnaît le talent, c’est une de ses qualités. En quoi l’homme politique serait-il plus apte que les citoyens ensemble pour décider du juste prix de la rémunération de l’artiste ? Comment l’artiste peut-il savoir son talent si ses spectacles sont faussés ?

Certes, la masse sans talent s’en réjouit, la connivence avec le pouvoir leur assurant des ressources au-delà de leurs espérances et de leur mérite. Protéger des pseudo-artistes parce que proches du pouvoir n’est pas digne de la démocratie. Pourquoi un tel privilège ? N’oublions pas que les pouvoirs totalitaires sont ceux ayant développé la propagande en faisant de l’art un outil d’endoctrinement.

Cette proximité entre pouvoir politique et faux artistes se fait évidemment au détriment des citoyens puisque tout protectionnisme bafoue les droits de l’homme par les taxes et les subventions. Par le dirigisme, l’exception culturelle limite la diversité culturelle : ceux qui n’œuvrent pas dans le cadre du moule étatique sont vite évincés du système d’aides. Uniformité et raréfaction. Le financement hors marché de l’exception culturelle augmente des prix qui sont faux par nature. Les citoyens subissent une triple peine : double peine économique (fiscalité et prix élevés) plus culture de propagande.

L’exception culturelle est un mirage : en réalité, l’art, la culture n’est qu’une marchandise comme une autre. Seul le marché est en mesure de choisir les talents, en tous domaines. L’interventionnisme politique inapte doit être dorénavant rangé au musée des horreurs économiques. La culture gagnera en qualité par l’abandon du protectionnisme pourtant largement en vogue. Seule la liberté des artistes et des financements comme le mécénat permet un marché offensif où les meilleurs osent la création. Le talent artistique mérite mieux que l’aumône politique et la protection des minables.

Wednesday, November 15, 2017

A l’ESS, rien de nouveau

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité en matière économique.)

Je fais partie de ces êtres humains qui adorent l’innovation. Aussi lorsque qu’il y a peu un journal publie sous ce titre : « pour un nouveau modèle économique », l’intérêt s‘empare de moi avec beaucoup de… scepticisme ! Car il n’y a en réalité jamais rien de nouveau, c’est toujours un toilettage d’une fausse théorie d’économie collectiviste. C’est juste le vocabulaire qui est renouvelé : au lieu de dire « économie socialiste » ou « économie communiste », il est à la mode aujourd’hui de parler « d’économie alternative » ou « d’économie sociale et solidaire (ESS) ». Et une fois de plus, bingo !

Le principe commun, même s’ils s’en défendent, c’est toujours de taper dans les caisses d’argent dit public, cet argent ponctionné sur l’économie « traditionnelle ». L’économie traditionnelle, la seule, la vraie, c'est la nôtre. Celle qui se doit de créer de la valeur nouvelle pour pouvoir rémunérer salariés et actionnaires et qui, en plus, doit financer tout le secteur improductif, y compris l’état, qui ose se comptabiliser dans le PIB. Le comble, c’est que cette ESS qui toujours vit sur le dos des autres, veut faire croire que sans elle, ces autres ne seraient rien ! C’est en constatant la proximité systématique de l’ESS avec le pouvoir politique qu’on touche la réalité du doigt, celui qui a l’habitude de lever tant et plus d’impôts et de taxes n’est jamais bien loin. Et notre interviewé de citer dans l’article, le président de région et le maire de Toulouse, bien généreux avec l’argent pris sur le dos des autres.

Et il prétend inventer un « nouveau modèle économique ». Futur Nobel ? Au minimum, pour un nouveau modèle bénéficiant des « mêmes avantages que les entreprises classiques ». Il explique qu’une entreprise classique trouve des fonds, mais pas « une Scop car ils ne peuvent pas valoriser le capital de la société ». Car nul, peut-être ? Et de se plaindre que « les idées reçues ont la vie dure ». En effet, l’économie a des lois. Avec de tels arguments, que « les banques restent convaincues d’avoir affaire à des baba-cools » n’est pas une surprise. Notre économiste n’est guère plus qu’un apprenti. Il avoue faire du « lobbying sur la loi » avec l’ESS : vue l’incompétence qui règne au gouvernement et à l’assemblée, Angela Merkel n’est pas la seule à vraiment être inquiète pour l’économie française.

Car dans tous ses propos, on ne trouve absolument rien de bien innovant pour créer de l’emploi et surtout de la valeur. Le pauvre, il est dans la plainte : « si les entreprises sociales ne sont pas autant considérées que les sociétés conventionnelles, qu’elles aient au moins les mêmes outils pour se battre » … par contre, il oublie de réclamer le même niveau d’imposition que les entreprises conventionnelles. Facile de vouloir le beurre et l’argent du beurre : la crémière en prime ?

Surtout, il a lancé la phrase qui tue, reprise en sous-titre : « une économie uniquement basée sur la croissance et le profit va droit dans le mur ». C’est sûr qu’avec le massacre de l’économie traditionnelle à coup d’endettement public, d’impôts et de taxes, il ne risque pas grand-chose à dire une telle ineptie. On peut certes voir que ce niveau de fiscalité permet de laisser l’illusion que l’ESS soit un marché viable. Mais ce qu’on ne voit pas ce sont les perfusions redistributives et les destructions d’entreprises classiques et emplois associés qu’il en coûte pour financer la chimère.

Tant qu’en France le pouvoir politique interviendra dans l’économie, nous nous enfoncerons inéluctablement dans le marasme et plus de misère. L’économie a ses lois que l’ESS ne changera pas. Et pourtant, il y a plus de 160 ans, l’économiste Frédéric BASTIAT dénonçait déjà le comportement de tels fantaisistes : « Ce que je leur conteste, ce n’est pas le droit d’inventer des combinaisons sociales, de les propager, de les conseiller, de les expérimenter sur eux-mêmes, à leurs frais et risques ; mais bien le droit de nous les imposer par la Loi. » Faisons donc l’économie du social solidaire…

Baisser les chiffres du chômage ? Facile !

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, car il garde toute son actualité en matière économico-politique.)

Il était une fois un président normal répétant à l’envi qu’il allait faire reculer les chiffres du chômage avant la fin de l’année. Personne n’y croyait : nouvel adepte de la méthode Coué ? Tout le monde sûrement se trompait. Car un socialiste, surtout lorsqu’il est énarque, est capable de tout, c’est même sa spécialité. Manipuler les chiffres, c’est son fort. Etre honnête, c’est une autre histoire.

Bien sûr, le véritable objectif devrait être l’augmentation de l’offre d’emploi dans le secteur privé. Mais notez bien, l’engagement ne porte que sur « faire baisser les chiffres du chômage ». Donc ce sont les chiffres qui baisseront, pas le nombre de sans-emploi. Pour faire baisser les chiffres du chômage sur une courte durée, l’homme politique dispose de diverses astuces dans sa boite à outils.

La première consiste à laisser filer les fermetures d’entreprises avec bon espoir que cela se tasse. Et puis un coup de pouce et la tendance s’inversera. Au besoin, on prend des mesures administratives pour aider. A cet instant, cette première phase, avec les gesticulations de rigueur, se déroule comme prévu : les niveaux record sont dépassés de mois en mois et le rebond artificiel se rapproche.

Ensuite viennent les contrôles accrus sur les demandeurs d’emplois pour les rayer des listes. Bien sûr, ces chômeurs radiés réapparaîtront plus ou moins rapidement. Cette pratique, éphémère et trop visible pour être mise en œuvre à large échelle, trouve ses limites. Mais il n’y a pas de petit profit.

Vient alors l’idée d’occuper les demandeurs d’emploi comptabilisés dans les chiffres du chômage. Ils sortent ainsi des statistiques quelques mois sans pour autant retrouver un véritable emploi. Là, on est dans le bricolage : on aide temporairement dans le secteur public avec des boulots inutiles les non-qualifiés ou sans diplôme. L’atelier bricolage se termine en offrant, détournant ainsi l’argent de la formation professionnelle, une « formation » aux chômeurs, rendue inutile par une durée réduite.

Puis on comble l’écart de salaire qui existerait entre une offre d’emploi et celui, plus élevé, du marché de l’emploi hors chômage. Ainsi l’Etat, toujours très généreux avec l’argent des autres, aidera l’entreprise à compléter le salaire. Je vous laisse imaginer ce que cela peut entraîner : pour être augmenté, devenez chômeur ! Si si, le roi, pardon, le président des bricoleurs a évoqué cette piste.

Enfin, une astuce qui ne coûte rien, car elle se produit spontanément : ne rien faire pour retenir les jeunes qui partent à l’étranger. Ils paient peu d’impôts, et c’est surtout des chômeurs en moins.

Je ne développerai pas tous les effets pervers de ces mesures à moyen et long terme : on se doute bien que si cela fonctionnait, il y a belle lurette que le chômage ne serait plus. Peu importe, la boîte à outils du président-bricoleur sera utilisée à plein pour faire baisser les chiffres, mais que les chiffres. Donner un peu d’espoir vaut bien quelques tripatouillages sans lendemain. Belle ambition, non ?

Il n’y a qu’une chose qui devrait mériter attention : les conditions du développement économique. Or désormais en France, elles n’existent plus. L’utopie collective du social est privilégiée à la richesse du potentiel apporté par chacun. Nous voulons le beurre et l’argent du beurre sans faire l’effort de traire la vache. Ça ne peut qu’échouer. Grâce à notre argent, l’État s’est érigé en prestataire de services, mais il butte sur la réalité économique : il détruit toujours plus de valeur qu’il n’en crée...

Mais ce n’est pas grave, car les chiffres du chômage vont baisser ! Promesse sera tenue ! Attention, comme Perrette dans la fable, l’histoire se termine par adieu, veau, vache, cochon, couvée…

Tuesday, November 14, 2017

La propriété privée rendue publique ?

On pourrait penser qu’un concept aussi ancien et omniprésent dans nos vies que la propriété privée serait clair et limpide pour tout le monde ; diverses conversations récentes me montrent que non.

Il me semble que dans la plupart des esprits, la propriété privée est plutôt associée au concept de possession : « je suis propriétaire de ma maison » reviens au même que « je possède ma maison ».

Même si dans le langage courant c’est effectivement assez proche pour ne pas poser question, il en va autrement quand on cherche à mieux comprendre le libéralisme et sa théorie sous-jacente.

Il faut alors commencer par se souvenir que la liberté repose sur une théorie du droit individuel, lequel peut être matérialisé dans les nombreux contrats qui lient chaque individu avec ses relations, son « monde extérieur », sa « société civile », ainsi que ses assureurs et agences de protection.

Or la propriété privée est par nature un droit, c’est même le seul type de droit de base. Un droit définit ce qu’une personne peut légitimement faire ou pas d’une chose, d’une « ressource ». La propriété n’est donc pas une simple possession, comme dans « j’ai une tomate », mais une légitimité à contrôler, à décider ce que l’individu peut faire de cette tomate. Elle sert non pas comme base de la comptabilisation d’un inventaire de possessions, mais comme base de l’action (décision) humaine.

Grâce à cette caractéristique, elle peut être la base des contrats – elle est même la seule. La seule, parce qu’un contrat, cela établit qui des contractants échangera quels droits sur quelles ressources, à quels moments et à quelles conditions, c’est-à-dire quels échanges de légitimité à décider de quoi faire desdites ressources : c’est la propriété même, elle n’est rien d’autre. On me dira qu’un contrat peut être parfois plus que cela : mais un contrat qui ne reposerait pas sur la propriété ne permettrait pas de se prémunir de la possibilité de vol et de toutes les formes de fraude qui sont de cette nature.

Ainsi définie, la propriété peut porter sur notre propre corps : je suis propriétaire de mon corps en ce sens que je suis son exclusif décideur ou acteur légitime. Et bien sûr me blesser ou me prendre un organe ou un membre serait une violation de ce droit exclusif. Et elle résulte de mon travail : ce que j’ai fait d’une ressource avec mon corps est ma propriété puisque le produit de ma décision d’action.

Au-delà, la propriété privée est très liée aux points fondamentaux de toute la théorie libérale que sont « les deux axiomatiques ». La première, celle de l’argumentation, découverte par H-H. Hoppe, établit le caractère incontestable de la propriété de soi comme produit de nos échanges verbaux avec autrui.

Chaque fois que je discute avec vous, et vous avec moi en retour, votre acceptation de la discussion suppose sans esquive votre reconnaissance de ma maîtrise sur moi-même pour discuter. Les relations sociales, même justes verbales, ne peuvent se faire sans reconnaître l’autre comme propriétaire de lui-même – et à l’inverse sans qu’il nous reconnaisse comme notre propriétaire. Par extension, les relations sociales « normales » posent le respect d’autrui, c’est-à-dire de ce qui est communément appelé le principe de non-agression, qui fonde toute l’éthique sociale libérale.

Enfin, cette propriété permet de poser les bases de l’axiomatique de l’action qui fonde tout le pan économique de la théorie libérale. Décider d’une action sur moi devient possible, j’en ai le droit.

Pour résumer, il est important de bien voir que le concept de propriété privée qui est au cœur de la doctrine libérale traite de ce qu’on pourrait appeler la gouvernance sociale et non de la possession. C’est d’ailleurs là tout le sujet même de la liberté : la liberté, c’est avoir le droit de décider pour soi.

Economie de la culture : inculture économique !

(Article originalement publié en 2013 pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici car quelques cinq ans après, il garde toute son actualité en matière politique.)

On ne mariera pas un artiste indépendant avec la chargée de la culture de la mairie de Toulouse. Les Chevaliers du Fiel, parmi les plus connus, sont si appréciés d’une municipalité qui les ignore depuis toujours qu’ils interpellent : « Sommes-nous trop populaires pour les élus du peuple de Toulouse ? » Nul n’est prophète en son pays… Combien d’autres prétendus artistes, politiquement plus corrects mais beaucoup moins célèbres aussi, bénéficient de largesses municipales qui laissent songeur ?

Il faut dire que depuis qu’André Malraux a eu l’idée saugrenue d’un ministère de la culture, puis qu’un certain Jack lui a donné un coup de peinture, la culture est devenue comme la flamme olympique de l’exécutif en ce pays riche d’histoire mais pauvre de culture … économique. Passons sur le scandale de l’assurance chômage des « intermittents du spectacle », profitant d’un système où plus d’argent sort qu’il n’entre : quel bonheur d’être un « artiste déclaré » au talent ignoré de tous !

Pourtant, que de chefs d’œuvre produits en ce pays au court des âges, sans ministre de la culture ! Et combien d’horreurs produites et d’œuvres ineptes financées depuis que la culture est devenue un sujet ministériel sans ménestrel ! Et qui ne laisseront aucun souvenir dans l’avenir culturel. Le Phare à Tournefeuille, devenu salle polyvalente, est un excellent exemple, comme le machin du rond point de la Barrière de Paris et celui à l’entrée de l’avenue Edouard Belin à Toulouse en sont d’autres.

La culture est gorgée de subventions au point d’être devenue un sport pratiqué par tout élu. C’est à celui qui aura le meilleur nez à découvrir du talent parmi les « artistes » locaux en les « soutenant » financièrement dans l’adversité de l’insuccès. On aime bien les artistes sans grand succès chez les élus, qui les utilisent pour asseoir leur pouvoir. Cela s’apparente plus à un système de manipulation au service d’une propagande politique plutôt qu’à une véritable reconnaissance artistique.

Et puis, contrairement à certaines vedettes, les médiocres ne sont pas « riches », ils ne s’affichent pas avec leur « argent », ça fait plus pitié et ça valorise l’élu généreux de l’argent des autres. Surtout, ces « artistes » étant moyens, ils sont dépendants : les soutenir, c’est les tenir, et tenir leur opinion…

Car les subventions ne sont autres qu’un détournement de l’argent du contribuable, et non celui des élus en propre. Or le peuple dispose déjà du meilleur des mécanismes d’appréciation de l’art des artistes. Il l’utilise largement, signifiant aux Chevaliers du Fiel qu’il est heureux de venir les voir, eux qui ne sont sous perfusion. Ce mécanisme, c’est le marché des billets de spectacles ou expositions. Chaque fois qu’un Toulousain achète un billet, il vote pour son artiste préféré(e), pas pour les autres. C’est dur pour les moins bons ? Pas si sûr. C’est un signal pour eux que leur véritable avenir n’est pas là où ils le croient – ils ont alors la possibilité de se perfectionner ou de changer d’orientation.

Pourquoi faudrait-il que les artistes soient subventionnés ? Pourquoi faudrait-il ainsi détourner de l’argent vers eux plutôt que vers d’autres ? Pourquoi faudrait-il financer salle de spectacle après salle des fêtes quand on n’arrive pas à rentabiliser les salles existantes ? A ce propos, à Toulouse, il y a la preuve qu’une activité privée culturelle fonctionne. L’histoire du Bikini avant AZF puis après est parlante, même si la chronique ici ne suffit pas à expliquer la perversité de l’action politique.

L’histoire le montre, les autres pays aussi, la culture n’a pas besoin d’un ministère ni d’adjoint(e) au maire pour prospérer et se développer. La culture vit chaque jour autour de nous. Comme toutes les activités sociales, elle est de nature économique, le beau et rare devenant cher et le nul ou laid restant aux premiers prix ou disparaissant. En matière de culture comme pour tant d’autres sujets, c’est le libre choix des citoyens, donc le marché et non les gouvernements politiques par oppression fiscale, qui seul peut assurer l’émergence de la qualité et le talent reconnu du plus grand nombre.