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Thursday, January 25, 2018

Le libéralisme incomplet de Charles Gave

Charles Gave est cet homme d’affaires à succès, respectable comme tel, ayant créé il y a quelques années l’Institut des Libertés, erreur déjà puisque la liberté ne se découpe pas en tranches. Il a produit à l’automne un article, sur son site, où il prétend révéler « Qu’est ce que le Libéralisme ? ». Il est je crois très intéressant de le lire, car il s’y pose avec sincérité d’excellentes questions. Mais les réponses qu’il propose, sa vision du libéralisme donc, tombent à plat et montrent l’horizon limité du schéma de pensée dont il souffre, ainsi que l’immense majorité des pseudo libéraux dans ce pays.

L’article débute par une citation d’excellent choix, prise chez Saint Just : « L’ennemi naturel de tout citoyen, c’est son Etat. » Bravo, il ne pouvait pas mieux résumer la vision libertarienne de la liberté.

Charles Gave (CG) commence alors son texte par une anecdote ou il fait intervenir Milton Friedman, sa référence en économie, hélas, montrant surtout son goût pour l’utilitarisme constructiviste. Mais ensuite, vient un autre moment de clarté, qui mérite d’être souligné et cité : « Je vais commencer par une évidence : le libéralisme n’est pas une doctrine économique et encore moins une idéologie politique, c’est tout simplement une pratique juridique empreinte du pragmatisme le plus total cherchant à établir dans un pays ce qu’il est convenu d’appeler un « état de Droit », c’est-à-dire un système politique où la Loi est la même pour tous, Etat y compris » (l’emphase est d’origine).

C’est pourtant dans ce résumé de sa vision du libéralisme que CG se prend les pieds dans le tapis alors même qu’il est sur le point d’avoir tout compris et de savoir pleinement expliquer la liberté. Mais reprenons sa thèse, elle est en trois points simples.

Tout d’abord, la liberté et donc le libéralisme est affaire de droit, pas d’économie. Si l’économie est un domaine où la liberté s’exprime, c’est sur la base du droit et non pas d’une théorie x ou y qui serait fondée sur autre chose que la base juridique du droit – en l’occurrence la propriété privée. Ensuite et au passage, liberté signifie libre choix et ce qu’il appelle pragmatisme est à lire selon moi comme ce que d’autres appelle tolérance, i.e. la possibilité d’avoir ses opinions et choix propres.

Puis viennent les trois mots de fin, mis en exergue, « état y compris », qui sont à la fois parfaitement vrais et faux. Vrais parce qu’en effet, toute la difficulté de la science politique est précisément de faire sauter ce paradoxe où certains auraient plus de droits que d’autres alors qu’ils sont là pour faire respecter l’égalité de tous devant le droit. Avec quelques autres libertariens, je nomme ce principe celui de la pleine symétrie du droit. Faux parce que tout son article montre qu’il n’a pas su voir l’incohérence sur ce point des auteurs et du système politique qu’il propose, et qu’il n’a pas su voir non plus la solution pourtant proposée par des auteurs plus récents, mais qu’il semble ignorer.

CG se lance alors dans un résumé de l’histoire de la pensée et de l’évolution politique libérale depuis la Magna Carta anglaise de 1215 qui le conduit à poser la séparation des pouvoirs comme principe : « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité apparaît donc le principe de la nécessaire séparation des pouvoirs entre exécutif (le Roi), législatif (vote des impôts et des lois) et judiciaire (Indépendance des Tribunaux). » Il est dommage que CG se laisse influencer par l’histoire et des lectures trop anciennes pour ne pas voir que cette étape historique, pour positive qu’elle fut, cachait un postulat parfaitement arbitraire qui contredit sa propre exigence de symétrie du droit. En effet, avant de se féliciter de la séparation des pouvoir, il devrait s’interroger sur le besoin du pouvoir, car le pouvoir et son arbitraire est précisément ce qui s’oppose au droit – il ne peut donc en être le bras.

On devine que CG ne connaît pas ou du moins n’a pas lu la riche lignée des auteurs anarchistes de la liberté – Gustave de Molinari, Lysander Spooner, Herbert Spencer, Murray Rothbard, Hans-Hermann Hoppe – voyant probablement dans ce terme connoté le mal du désordre et du chaos. Pourtant, « anarchie » ne veut pas dire désordre – ce serait l’anomie, littéralement l’absence de normes. L’anarchie est l’absence d’autorité, de pouvoir l’arche de « l’archie » donnant bien cette image de quelque chose posé au-dessus de nous. L’anarchie prise dans ce sens est donc bien la bonne piste, celle de l’absence de pouvoir et d’égalité devant le droit qui est chère à notre libéral classique.

C’est dommage qu’il ne sache pas voir cette nuance, car plus loin il dit une autre vérité qui le met à deux doigts de la solution libertarienne, qui passe par le commerce du régalien : « Ce qui permet la croissance, ce n’est donc pas une série de règles économiques plus ou moins efficaces mais la sécurité juridique qui est offerte aux entrepreneurs. La croissance économique se produit tout simplement parce que le vol étatique n’est plus possible. » Exact cher Charles Gave. Mais ce qui est dommage que vous ne voyiez pas, c’est le raisonnement inverse vous donne la solution : les entrepreneurs qui cherchent et font la croissance, parce qu’ils ont besoin de sécurité juridique, peuvent aussi la faire.

Ce que la phrase de CG met de côté, c’est le processus de mise en place de cette nécessaire sécurité juridique. Sans vraiment s’en rendre compte probablement, il suppose qu’elle nous tomberait plus ou moins du ciel, du moins ne se pose-t-il pas la question parce que l’histoire s’est chargée du sujet et nous a servi le lourd état napoléonien comme sur un plateau. Donc pour lui la question n’est plus que de réviser, réformer, au mieux refondre cet « état » hérité de l’histoire. Mais pourquoi cela serait-il la seule option possible ? Et de toute manière, il pourra bien tenter toutes les réformes de l’état qu’il veut, veiller à sa sainte séparation des pouvoirs, il ne pourra pas sortir du paradoxe de l’état ennemi qui se pose comme sauveur du citoyen envers l’état. Le libéralisme est donc ailleurs.

Et ailleurs c’est donc dans l’entrepreneurs et donc dans le libre marché. La première étape, c’est la confiance entre deux, puis trois puis une communauté de partenaires commerciaux. Quand elle devient trop vaste, que la confiance s’étiole, vient ce besoin formel de sécurité juridique – le fameux régalien. Mais la confiance encore présente suffit pour que l’entrepreneur propose des services régaliens : justice privée, police privée, notaires, cadastre, huissiers et tout ce que le marché peut faire émerger. Ces premiers services accroissent la confiance et la sécurité et permettent à d’autres de voir le jour, et la boucle est bouclée. Le libéralisme de plein capitalisme, libre de pouvoir, est né.

A part une référence à John Rawls fort malheureuse – cet auteur est un « liberal » c’est-à-dire un social-démocrate et non un libéral – le reste de l’article est tout à fait intéressant, mais il y avoue son impuissance à comprendre l’abandon du libéralisme au profit de la social-démocratie.

Dans sa conclusion, Charles Gave cite ainsi Albert Camus, à juste titre : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde ». S’est-il seulement rendu compte à quel point sa propre erreur de qualification du libéralisme contribue à obscurcir l’esprit de ses concitoyens quand il s’exprime devant eux sur le sujet ? Vu l’exposition qui est la sienne dans les médias, je me permets de lui suggérer de revoir en urgence ses concepts et ses positions sur le sujet.

Monday, January 22, 2018

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (12)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Et ma lectrice conclut : « J’espère, Monsieur, que vos amis ne reviendront pas au pouvoir, sinon, gare à la révolte ! Elles peuvent être économiquement et socialement coûteuses. » (NB : A quoi rattacher ce « elles » ? A la « révolte » ? Ou plutôt à ses conséquences ?)

Madame, ma conclusion sera que vous confirmez votre ignorance du libéralisme. J’espère que cette série de chroniques vous en aura apporté une meilleure lecture, certes vaguement approfondie, mais mieux dégrossie. En fouillant sur Internet, dont le site www.institutcoppet.org, vous trouverez des ouvrages très divers d’auteurs libéraux du siècle des Lumières (et même d’avant) jusqu’à nos jours. Vous constaterez que la conquête du pouvoir n’est jamais leur guide, mais au contraire sa limitation par le droit, alors que le pouvoir politique a plutôt une propension à s’étendre en limitant le pouvoir des citoyens. La domination de l’homme par l’homme est un principe contraire au libéralisme.

Votre dernier cliché, c’est d’affirmer indirectement que « les libéraux ont déjà eu le pouvoir ». Or jamais depuis 1789, ni avant bien sûr, la France n’a vu de libéral à la manœuvre. Jamais. Non, pas Sarkozy, certainement pas de Gaulle, ni même Thiers n’étaient des libéraux. Ne voyez pas mes vrais amis parmi mes faux amis, tels les étatistes se réclamant de droite ou, pire, les sociaux-démocrates.

Mes vrais amis sont des créateurs de richesses, des gens passionnés aimant leur métier, salariés ou non. Ceux qui savent que le risque fait partie intégrante de la vie et de l’économie et que les fruits de leur travail dépendent de leur capacité à s’adapter et à rendre service. Mes vrais amis n’ont pas peur de la justice du libre marché et de sa concurrence. Mes vrais amis n’attendent pas un vote politique pour espérer la coercition de l’état ou l’hypocrisie de la solidarité pour obtenir des ressources via un énième rabot fiscal. Mes vrais amis commercent honnêtement, sans volonté de spolier l’autre.

Au contraire, mes vrais amis sont révoltés par l’injustice de l’action des politiciens, par le vol légal d’une fiscalité instable et arbitraire que des vendeurs d’illusions imposent à tous. Mes vrais amis sont révoltés par tous ces funestes « droits » d’avoir, acquis sociaux qui masquent une spoliation légalisée et généralisée, contraire aux droits fondamentaux de la liberté, de la propriété et de la sécurité. Oui, mes vrais amis entrent logiquement en résistance face à l’oppression de l’hyper-fiscalité tyrannique.

C’est à la société des hommes adultes de se prendre en charge. Ce n’est pas au diktat d’une majorité oligarchique de brandir à des adolescents leur miroir aux alouettes. Tant que la population refusera d’ouvrir les yeux sur le rôle de la politique, ces charlatans des temps modernes nous nuiront, à tous.

La saine action politique ne consiste pas à contraindre ni à juger les hommes sous de faux prétextes, tel le stupide « untel est riche mais l’autre est pauvre », ni de prendre par la force à l’un pour donner à un autre sans mérite. L’état de droit, ce n’est pas de l’altruisme détourné en pleins pouvoirs donnés à des guignols politiques aux promesses envolées. L’état faussement pléthorique insécurise chacun par sa remise en cause du juste, de la liberté, de la propriété naturelle et des fruits mérités du travail.

Madame, ce qui est économiquement et socialement coûteux, ce sont les décisions politiques depuis des décennies, qui nous annoncent la banqueroute de la France. Une révolte n’y changera rien, sauf à accélérer encore le processus. Dans ses écrits, Frédéric Bastiat (1801-1850), un vrai ami et un des meilleurs économistes et humanistes que le monde a pu connaître, a déjà décrit toutes les dérives que nous vivons actuellement. Malgré le temps, l’être humain reste encore bien faible et crédule !

Saturday, January 20, 2018

On a tout essuyé

(Paru sur Le Cercle des Libéraux en 2015)
Il y a quelques jours, lors de l’annonce des mauvais chiffres du chômage, une fois encore et ce alors que François passait l’An III de son règne, j’assistais à un débat sur le sujet où tous les intervenants larmoyaient en chœur, car voyez-vous, en matière de chômage, « on a pourtant tout essayé ».

Vraiment ? Je dirais plutôt qu’en tant que peuple, on a tout essuyé, c’est-à-dire que voilà bien une quarantaine d’années que nous subissons en effet une multitudes d’expériences d’économie politique en la matière, toute aggravant invariablement ou presque notre situation.

Mais dire qu’on a tout essayé, cela relève du mensonge éhonté, rien à moins. Car le mécanisme du chômage, donc ses causes et ses remèdes, sont en réalité connus depuis le XIXe siècle, pas moins.

La France a ainsi eu le privilège de compter parmi ses députés le grand Frédéric Bastiat qui déjà avant 1850, dans ses Harmonies Economiques, elles-mêmes inspirées de Jean-Baptiste Say, décrivait le lien entre chômage et politique économique. Voici donc plus de 165 ans que la solution est connue.

Mais elle n’est pas de nature à plaire à tout le monde, du moins pas à ceux qui ne connaissent pas le chômage et qui n’ont aucun intérêt à changer la donne. Ainsi le chômage n’est qu’un mécanisme économique des plus simples, il relève de la loi de l’offre et de la demande. Pour qu’un employeur embauche, il faut – mais il ne suffit pas – qu’il considère que le candidat salarié présente le potentiel de lui faire gagner marginalement plus que ce qu’il lui coûtera. Voilà tout.

Bien des politiques tentent d’agir sur la demande, mais la plupart oublient les coûts, voire les alourdissent. Or la demande, sur un marché désormais mondial, est essentiellement hors du contrôle d’un gouvernement, quel qu’il soit. On peut certes créer un marché artificiel, tel celui des détecteurs de fumée inutiles, mais ce n’est pas cela qui résorbera le chômage de masse.

La clé est donc dans les coûts du travail, au sens large. Or ces coûts ne sont pas que du salaire, il y a bien d’autres sources au monstrueux coût du travail en France. Au point même où dans bien des domaines, nous arrivons à être trop chers sans pour autant que nos salariés soient les mieux payés.

Il faut ainsi refondre toutes les farces du droit du travail. Rigidité, CE, syndicats, inspection du travail, 35 heures, CDI et CDD, comme charges sociales en tous genres, voilà ce qu’il faut essayer de poser sur la table, et les essuyer d’un geste large ! Mais qui en aura le courage ?

Saturday, January 13, 2018

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (3)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Suite du courrier de ma lectrice : « Cela [NB : l’ultra-libéralisme] a contribué à la crise actuelle qui en appauvrissant et en démoralisant la classe moyenne, risque de mettre à mal la démocratie en Europe, comme dans les années 30 ». Voilà une belle envolée lyrique, mais que d’amalgames ! Le présent côtoie le passé, la politique est confondue à l’économie, la cause devient conséquence et vice-versa.

Vous avez raison. La crise est la même que celles des années 30. Incontestablement, c’est une crise monétaire, due à l’excès de crédit public. Ceux qui ont en charge la gestion de l’état n’ont rien fait pour arrêter l’expansion de la dette. Forts de l’histoire, ils n’auraient même pas dû commencer. Mais il est si facile de vivre à crédit quand cet argent n’est pas le vôtre et qu’on peut en abuser pour soi.

Mais chère Madame, comme en 1929, cette situation n’a rien de libéral. Si chacun de nous devait gérer son propre budget comme les politiciens, il y a longtemps que nous aurions tous fait faillite. Voilà la logique libérale. A l’inverse, la crise actuelle est ce paradoxe où l’homme politique, tel un Jésus, veut multiplier des sous qu’il nous confisque tout en blâmant le libéralisme de ses échecs.

En France, le PIB (Production Intérieure Brute), qui prétend mesurer la richesse produite, est réputé composé pour 57% de dépense publique. « Réputé » car le public ne produit en réalité rien du tout. Ces 57% cachent la richesse produite par le seul secteur privé. La fiscalité réduit la capacité de tous à produire plus, elle ne peut donc nous enrichir. Ne cherchez pas ailleurs l’appauvrissement collectif.

Car 57% du PIB, cela veut dire en gros qu’une personne sur deux est financée par l’autre. Libéral vous trouvez ? Pour appauvrissement et démoralisation, vous avez raison. Mais ce sont les conséquences systématiques du seul socialisme. La méritocratie libérale véritable ne produirait pas ce genre de marasme, même en France ! Et ce n’est pas la période actuelle qui nous apportera un démenti.

Ma lectrice évoque la « classe moyenne », concept collectiviste. Mais s’en rend-elle compte ? Marx répartissait la société en « classes » selon l’épaisseur du portefeuille. Or la richesse, ça va, ça vient. Le plus important, c’est de participer aux libres échanges, générer de la valeur pour soi, et ainsi voir la société entière profiter. Les classes selon les libéraux sont tout autres : il y a les taxeurs et les taxés.

La richesse ne naît pas des billets, mais des échanges libres et spontanés qu’on effectue. Un échange libre et volontaire est en fait l’ultime choix démocratique. Je m’enrichis car j’ai choisi et je satisfais mes besoins ou envies. La fiscalité réduit et canalise les échanges libres et volontaires. Elle confisque et redistribue selon un total arbitraire et met à mal la vraie démocratie. La liberté, elle, est morale.

C’est un des fantasmes des hommes politiques que de croire que la richesse peut se répartir mieux grâce à eux. Or qui peut savoir ce qui est mieux ? L’interventionnisme fiscal crée des injustices envers les échanges honnêtes pendant que des malhonnêtes profitent des jeux du pouvoir politique.

En fait, Madame, plus il y a de gens qui profitent des aides et des subventions, plus la démocratie majoritaire devient clientéliste et enfonce la société dans l’arbitraire. Ce n’est pas le libéralisme qui pervertit la société, qui cause les crises et qui appauvrit comme pendant les années folles. C’est la dérive clientéliste démocratique due à un pouvoir confié aux politiciens désormais démesuré.

Friday, January 12, 2018

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (2)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

(Une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les faux clichés économiques classiques.)

Suite du courrier de ma lectrice : « Il [nb : le libéralisme] a porté ses fruits dans les années 90 avant de montrer ses inconvénients dans l’ultralibéralisme et les dérives du capitalisme financier (subprimes, titrisation de la dette, traders ‘fous’…) ». Il y aurait de quoi écrire plusieurs volumes pour répondre en détails sur tant de sujets. Rejeter les errements de l’étatisme sur le libéralisme quand celui-ci a disparu avec la démocratie, c’est un peu osé. Mais l’étatiste ose crier le haro sur l’ennemi invisible.

Remarquez que l’opposant au libéralisme use des préfixes « ultra » ou « néo » pour le dénigrer. Ainsi l’ultralibéralisme ou le néolibéralisme ou l’ultra-turbo-néo-libéralisme sont des épouvantails pour donner peur. Mais le libéralisme est et reste le libéralisme, le néo-truc-machin n’existe pas.

Le libéralisme s’appliquait-il dans les années 90 ? Il aurait porté ses fruits ? Mais si c’était vrai, pourquoi en 90 et plus maintenant ? Les lois de l’économie ne changent pas, ce qui marche marche toujours et inversement. Rappelons à ma lectrice que nous subissons l’interventionnisme politique depuis plus d’un siècle et que l’étatisme a eu le temps d’apporter la preuve de son incapacité. Quand l’étatisme déraille, le pouvoir politique trouve des faux coupables non responsables ou invente le néo-machin ou l’ultra-chose pour nous camoufler son impuissance à éviter le prochain déraillement. Non Madame, le capitalisme n’a pas de dérives, ce sont celles de l’étatisme, toujours et encore.

Si le libéralisme s’appliquait, le pouvoir ne s’abriterait pas derrière des règlements sortis du ciel, ni l’argent des autres. La simple loi, la logique, le bon sens auraient cours. Les responsables seraient responsables, sur leurs deniers propres donc. Et si les libéraux étaient au pouvoir, tout ce qui représente les dérives de l’irresponsabilité collective serait limité voire impossible : le nombre de fonctionnaires, les emprunts d’état et les déficits publics seraient des légendes passées, devenues incompréhensibles tant elles sont contraires à la vie normale et au bon sens.

Ma lectrice ne voit pas la collusion entre institutions publiques et multinationales, aux dépens du droit et de la multitude de PME et commerces. Collusion qui forme le faux capitalisme, celui de connivence liant les politiques et les grandes entreprises. Ce n’est plus du capitalisme. Cela n’a plus de rapport avec la liberté d’entreprendre. Les grandes entreprises se tournent vers le gouvernement pour réclamer davantage de réglementations et de protections. Tant pis pour la saine concurrence. Ces grandes entreprises se sont tellement bureaucratisées qu’elles ne savent plus fonctionner sans système d’aides ou de subventions issues de la spoliation fiscale. Rien de libéral là-dedans, rien.

Avec la bureaucratie fonctionnaire, ce système de connivence est en fait le vrai cancer de la société française. C’est une forme de corruption à haut niveau utilisant la contrainte de l’état pour chercher des rentes de situation via le vol légal de la masse laborieuse. La démocratie ne fonctionne pas, manipulée par la redistribution et dévisagée par le système de connivences et le social-clientélisme.
Ainsi va hélas l’ensemble de la planète. Le socialisme international issu du détournement général de la démocratie a été d’une redoutable efficacité malgré la déconfiture de l’ex-URSS. Les croyances ont la vie dure !

Mais le citoyen finira par prendre conscience que les dérives du fameux « capitalisme financier » citées par ma lectrice viennent de la réglementation et de la collusion entre les élites politiques et bancaires qui se sont arrogées un abus de droit. Et prendront enfin conscience que le marché libre n’a pas besoin de tricher ni de spolier pour pouvoir fonctionner pacifiquement. Il n’y a aucun doute : notre l’avenir est dans la liberté et le libéralisme, c’est notre enjeu de civilisation.

Libéralisme ? Economie ? Cliché quand tu nous tiens - (1)

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Une lectrice, pas une admiratrice, mais une lectrice attentive et anonyme, m’a écrit en réponse à la chronique « Football : carton rouge pour l’hyper-fiscalité » (JT du 05/06/13). Cette missive me donne l’idée de reprendre son texte par une série d’une douzaine de chroniques destinées à chasser les clichés classiques. Cette lettre commence ainsi : « Bien sûr, en économie, le libéralisme est une théorie parfaitement défendable ». Ma lectrice laisse entendre qu’elle sait que le libéralisme ne saurait être exclusivement économique. C’est déjà bien, il y a souvent amalgame. Veut-elle dire que sur le plan politique, il ne serait pas défendable ? Sait-elle que le libéralisme n’est pas une théorie économique ? C’est sur cette fausse perception que je voudrais lancer cette série.

Le libéralisme prenant acte de la supériorité inéluctable des mécanismes spontanés de toute nature que les hommes pacifiques mettent librement en œuvre entre eux, je n’aurai pas la prétention de répondre exhaustivement à ce point en une unique chronique. Le libéralisme exprime une morale qui existe depuis que l’homme est homme : il trouve son expression philosophique au siècle des Lumières. Cette morale s’appuie sur la liberté associée à son corollaire, la responsabilité individuelle. Le marché libre en économie n’est ainsi qu’une expression de la morale libérale.

Le libéralisme pose juridiquement toute action humaine dans le cadre du droit naturel. Ce droit est par nature non arbitraire. Naturel, il est supérieur en légitimité à tout droit positif, telles les lois et règles que les élus nous imposent, qui sont par nature clientélistes et injustes. Ainsi, c’est l’action des hommes qu’il faut protéger de l’arbitraire du pouvoir et non l’inverse. Le libéralisme n’est pas non plus la loi de la jungle, comme les étatistes aiment à le dénigrer. La constitution française place certes en préambule la Déclaration des droits de l’homme, basée sur le droit naturel, mais dans les faits, aucune instance ne censure le droit positif face au droit naturel. Les philosophes du siècle des Lumières évoquaient pourtant l’obligation de « conservation des droits naturels et imprescriptibles ». La Liberté vient en premier dans la devise « Liberté, Egalité, Fraternité », ce n’est pas par hasard.

Le libéral se méfie de tout pouvoir, car le pouvoir conduit à l’arbitraire. Le libéral ne cherche pas à construire une société à coup de lois contraignantes. Il constate que le « laissez-nous faire » d’un cadre où règne la responsabilité est plus juste et plus porteur de prospérité que tout système coercitif. Le libéralisme est honni par tout pouvoir politique ou religieux car il révèle et défie leur vacuité et même leur nocivité, à la fois envers la prospérité et la justice dite sociale. Étonnez-vous que les politiciens le critiquent par tous les moyens. Observez-les. Tout politicien de droite ou de gauche (nazisme, communisme, fascisme, socialisme…), jusqu’au social-démocrate rejette en bloc le libéralisme. C’est sans doute leur seul point d’accord à tous. En France, pays des Lumières, lors de la dernière présidentielle, pas un seul candidat sur les 14 ne se réclamait du libéralisme. Mystérieux cet adversaire commun à tous mais pourtant absent politiquement. C’est dire leur peur de notre Liberté.

Mais le libéralisme ne meurt pas. Quelle est sa force ? Sa cohérence naturelle. Quand on comprend qu’il est le seul à assurer droit et justice, aucun argument politique ne tient plus. N’importe où, n’importe quand, avec n’importe qui, discutez librement. Observez la vie spontanée. Et constatez : l’Etat n’est jamais qu’un arbitraire vaguement utile, plus souvent la source des pires malheurs.

Notre enjeu pour demain, c’est le respect du droit naturel, sans nul besoin de plus de paperasserie. Il en va de notre avenir de ne pas associer « état » et « civilisation ». La civilisation passe au contraire par l’éclatement du pouvoir politique. Politiquement tout a-t-il été essayé ? Non tout sauf … le libéralisme, le vrai ! Jamais, nulle part ! Ma lectrice est-elle d’accord pour déjà dire « banco » ?

Monday, December 4, 2017

Et si... L’état était LE problème ?

(Article originalement publié pour le Journal Toulousain dans la Chronique de Patrick Aubin. Republié ici quelques années après, car il garde je crois son intérêt socio-politico-économique.)

Pourquoi la société va-t-elle si mal ? Chacun y va de son explication de telle crise ou tel événement social. Chacun a sa solution plus ou moins arbitraire ou radicale. Notre condition d’être humain dans la société limite analyses et explications. Sans faire la Mme Irma, essayons d’y voir plus clair.

Tout être humain est à la fois une personne physique et morale. La personne physique (homme) est soumise à l’état de nature alors que la personne morale (citoyen) participe à l’état social où les humains sont en relations. L’état de nature tient à l’existence de lois universelles, telle la gravité. L’état social est le produit de règles de vie fondamentales qui s’expriment par les droits naturels et imprescriptibles de l’homme et du citoyen, ainsi que par les lois économiques de l’action humaine.

Remarquons que le droit naturel (j’ai droit à la vie, possède mon corps et son produit) est intrinsèque à l’existence même de l’homme et qu’il s’applique uniformément en tous lieux et en tout temps. Il est immuable. A contrario, les règles de vie liées aux relations sociales, dites « droit positif », sont le fruit opportuniste des évolutions du pouvoir, de la morale et des modes qui règnent dans la société.

Les besoins de la personne morale doivent respecter la personne physique. Si notre personne morale ne respecte pas notre personne physique, la personne humaine que nous sommes aura vite fait de disparaître. Par extrapolation, le droit positif se doit de toujours respecter le droit naturel si nous ne voulons pas que la société se dégrade. Logiquement l’état de nature s’impose toujours à l’état social. Ne pas le comprendre, comme dans la société actuelle, c’est s’exposer à en subir les conséquences.

Car contrairement à ce qu’il aimerait, aucun gouvernant, y compris le pire dictateur, ne peut avoir d’influence sur les lois naturelles. Et parmi celles-ci, on compte l’économie. J’imagine déjà certains lecteurs réagir : « non, non, l’économie n’a rien d’une science, elle ne connaît pas de « lois », au contraire de la physique. » A ces récalcitrants, je demande de me trouver un produit ou service qui serait absolument gratuit ou de me prêter du capital qu’ils n’aient d’abord épargné – sauf à voler.

Ces exemples sont simples, mais caractéristiques. L’économie est un phénomène du fonctionnement social et tant que les hommes vivront ensemble et chercheront leur bonheur en divisant le travail, les lois de l’économie s’exprimeront et s’imposeront à tous. Rien ne changera cette réalité même si le nombre d’auteurs qui le conteste est grand : aucun politicien n’accepte que son pouvoir soit vain.

Ainsi, même sans le savoir, tous les humains suivent ou subissent les lois de l’économie. Dans le cas contraire, invariablement, celle-ci reprend ses droits d’une manière ou d’une autre, non sans avoir laissé de la misère en guise de traces. N’allons donc chercher aucun bouc-émissaire ou faux prétexte aux dysfonctionnements de la société et à ses crises. Constatons que l’état et ses lois arrivent même à prétendre se mêler d’amour et de sentiments, comme avec le mariage. Et comme tout est devenu clientélisme, tous les irréfléchis ou naïfs appellent de leurs vœux l’utopique « régulation » par le « droit positif ». Sans bien sûr jamais l’obtenir, car la fausse « loi » ne peut mettre la nature au pas.

Le libéralisme demande simplement de revenir à la lucidité, à se souvenir de la loi naturelle. Et donc que l’état respecte les lois du droit et de l’économie. Est-ce parce que les ingénieurs aéronautiques respectent les lois naturelles que les avions se comportent comme des sauvages ? Non, et c’est bien le respect des lois naturelles qui fait que les avions sont de plus en plus sûrs. Soyons certains que le jour où l’état n’aura enfin d’autre objet que le strict respect du droit de chacun de nous, les crises s’évanouiront. Plus chaque gouvernement respectera la réalité, plus la société sera libérée des crises.

Sunday, November 19, 2017

Utilitarisme et Liberté

Il y a encore dans notre pays une forte empreinte de cette histoire, cette tradition de la pensée héritée du matérialisme marxiste associant le libéralisme à l’analyse économique – et encore, à une forme d’analyse économique très réductrice et très éloignée de la pleine liberté, en réalité.

Selon cette vision « économique » du libéralisme, il serait possible de faire avancer la liberté, ou même de la jauger, de la mesurer, en analysant le fonctionnement social comme un marché où chacun de nous cherche à optimiser ou à maximiser son intérêt personnel. On parle d’utilitarisme parce que cet intérêt personnel est assimilé à une « utilité » sociale que chacun de nous aurait en société et que la société aurait pour chacun. Cette vision est très en vogue chez les « économistes ».

Tout n’est pas faux dans une telle vision des choses. Il est bien évident qu’à tout moment, chacun de nous évalue les choix d’action qui sont les siens pour prendre l’option qui présente le meilleur futur, le meilleur potentiel, qui maximise ses « intérêts ». Mais tout dans cette vision utilitariste n’est pas vrai ni conforme à notre réalité non plus. C’est ainsi que des choses comme le PIB (Produit Intérieur Brut) ont vu le jour, par exemple. Un nombre, une « mesure » qui prétend quantifier la « richesse » produite par tout un pays, alors que personne n’est capable individuellement d’exprimer de façon précise et universelle ce qui fait sa richesse justement – à part bien sûr la part monétaire de celle-ci.

L’utilitarisme est multiforme, et c’est d’ailleurs un indice de son incohérente et erreur profondes. Il est un des jouets préférés de la foule des économistes qui chacun joue à qui trouvera « l’utilité » ou la formule – pardon, l’équation – la plus sophistiquée, la plus originale ou la plus « efficace ». Le grand « travail » de l’économiste consisterait ainsi à trouver cette équation, ou système d’équations, qui par magie arriverait à modéliser toute une économie – c’est par exemple le grand jeu auquel se livre l’INSEE depuis des années, sans jamais y arriver bien sûr, ce qui leur laisse un job à temps plein.

Ils n’y arrivent pas parce que c’est tout simplement impossible et que personne n’y arrivera jamais, et d’ailleurs fort heureusement. Ils commettent en effet deux erreurs conceptuelles qui leur refusent tout espoir. La première vient du caractère foncièrement individuel de ce qu’on nomme « préférence temporelle », c’est-à-dire la manière dont chacun fait ses choix d’action, y compris par arbitrage de son long terme contre son court terme. Ce caractère personnel et très intime varie à l’infini avec chacun et même pour chacun avec le temps, ce qui rend la modélisation sous forme « d’utilité » tout ce qu’il y a d’illusoire. De plus, espérer modéliser ce choix personnel serait nier notre libre-arbitre.

Seconde erreur, et à mon sens la plus importante, cette approche par équation, souvent faussement « mathématique » suppose un juge externe arbitraire qui serait capable de connaître, comprendre et mesurer cette fameuse « utilité » pour nous tous, alors même que nous ne fonctionnons pas ainsi. L’économiste, ou le politicien, pourtant lui-même un humain qui devrait se rendre compte comment il raisonne lui-même, prétend se mettre au-dessus de tous les autres hommes et proposer quelque « formule » qui permettrait d’extraire l’utilité de chacun de la foule des esprits, et sortir un nombre.

C’est bien évidemment ridicule, car personne ne peut légitimement se positionner en juge ou en expert de ce qui est bien pour nous individuellement. Personne à part moi ne sait ce que je désire.

On me dira que pourtant, c’est un raisonnement de ce genre que fait l’entrepreneur quand il calcule la probabilité de ses gains ou de ses risques. Cela est très vrai cette fois, même si beaucoup optent pour des approches plus intuitives. Mais la grande différence entre l’entrepreneur et l’économiste tient au rôle, à cette seconde erreur vue juste au-dessus. L’entrepreneur prend des risques pour lui seul et sera en situation de les assumer seul. L’économiste agissant pour quelque politicien ou gouvernement prétend par contre tirer des conclusions et proposer des mesures qui toucheront toute la population sans jamais en subir les conséquences lui-même ni jamais savoir leur besoin réel.

En fait, outre cette impossibilité à représenter la réalité, l’utilitarisme, quelle qu’en soit la forme, n’est tout simplement pas libéral parce qu’il ne repose pas sur les principes libéraux du droit. Imaginer une utilité qui suffirait à la décision pour autrui, c’est nier le droit individuel de tous et chacun à l’action selon ses propres critères, sa préférence temporelle. L’utilité vole le libre arbitre. Se réclamer d’un utilitarisme, c’est prétendre qu’on sait mieux qu’autrui ce qui est bon pour lui. C’est la négation même du droit dont nous disposons tous de faire des erreurs ou des mauvais choix, libres.

Monday, October 23, 2017

Un parti libertarien pourquoi faire déjà ?

Je trouve ce soir dans mon mail une ‘newsletter’ du jeune ‘parti libertarien’ avec une tribune de son président, que je reproduis ci-dessous.

Bel exemple de démagogie et de pragmatisme, il va sur des thèmes classiques et éculés depuis des années entre « libéraux » en France : nous sommes tous des libéraux, mais nous sommes divisés, divisés nous ne pouvons rien, unissons-nous car finalement nous sommes proches, et vu que le communisme gagne, il faut nous unir pour agir, c’est plus important que les guerres de chapelles, et bien sûr nous unir ça veut dire nous unir derrière celui qui fait la promotion de l’idée.

Voilà résumé le « mot du président » en un paragraphe, vous pouvez éviter une nausée de plus. Car hélas, voilà la bien l’un des pires messages qu’on pouvait imaginer de la part de « libertariens ».

On me dira que pour ma part à l’inverse, je fais tout pour nous diviser et que donc je démontre la pertinence de ce type d’appel à l’union sacrée.

Permettez-moi juste de poser quelques questions :

  • Si c’est pour finir par appeler à l’union, à quoi cela servait-il de créer encore un autre parti et donc de fragmenter un peu plus les positions « libérales » ? Allez voir le PLD plutôt.
  • Si c’est pour prendre des positions libérales, pourquoi dénommer le partir « libertarien » ?
  • Il paraît que nous nous avons en commun un « essentiel » sur lequel nous pourrions nous « rassembler » ; mais alors quel est-il est comment se fait-il qu’il ne soit déjà explicité et que personne n’ait encore réussi à faire ce rassemblement qui serait pourtant une évidence ?
  • Il s’agirait de « gagner le combat médiatique », mais comment faire pour ne pas être assimilé alors à tous ceux qui tentent de faire la même chose, j’ai nommé les hommes politiques ?
  • Il paraît qu’il y a un « agenda très précis à respecter » pour être « indolore ». Mais ne sommes-nous pas des individualistes, et donc n’avons-nous pas tous et chacun une vue très différente de ce qui peut être « indolore » ou pas, par exemple ? Approche collectiviste.
  • Si le pessimisme les gagne déjà, puisque « aucun changement ne sera possible » autrement, comment peut-on faire leur confiance pour mobiliser et guider une « union » sur le long terme comme le suppose la lutte farouche nécessaire vue la gravité de la situation ?

Je ne sais si c’est fortuit, probablement pas, mais ce message arrive alors qu’il y a quelques jours à peine, Hans-Hermann Hoppe, leader à penser des libertariens « durs » dirais-je, venais de produire un discours maquant et tranché où il fustige tous les pseudos libéraux et faux libertariens, proposant de plus une stratégie politique très ciblée pour surfer sur la lame de fond du bon sens populaire.

Or H-H.Hoppe ne propose pas aux libertariens de s’allier avec les Républicains ni même avec les faux libéraux ou libéraux de gauche. Il ne propose pas non plus d’aller prendre les médias d’assaut, ni de suivre à l’envers la « route de la servitude ». Il propose une stratégie populaire et populiste.

Je ne suis pas en train d’affirmer que HHH a toujours et forcément raison. Mon objet est de rappeler que l’idée même de nous dénommer et de nous afficher libertariens, c’est de sortir de l’image trop entachée et mollassonne des libéraux, sinon du libéralisme, pour gagner l’opinion « des gens » sur la base d’idées claires, tranchées – les idées libérales authentiques. L’union n’est donc pas un préalable, ni ne peut l’être. Elle sera la conséquence si nous portons nos idées avec force et conviction.

Message original reçu :

« Quotidiennement nous rencontrons des libéraux, affirmés ou pas, d’une école ou d’une autre, en tout état de cause des personnes qui ont le même constat que nous sur l’état de notre société.
Aujourd’hui les personnes de sensibilité libérale pensant que l’état est trop présent dans la sphère privée, que les règlementations paralysent le pays et que la fiscalité est punitive sont légion.
Mais nous constatons que lorsqu’il s’agit d’entrer en action que ce soit au sein d’un parti politique comme le nôtre ou par quelques autres moyens, ces personnes de sensibilité très proche s’écharpent sur des points qui, à ce jour, sont des points de détail.
Certains libéraux vont vouloir que l’état se cantonne à ses missions régaliennes, d’autres vont vouloir instaurer des chèques sociaux dédiés, les anarchistes eux ne veulent accepter aucune alliance avec ceux qu’ils considèrent comme leurs ennemis, etc …
Les sensibilités libérales sont infinies et cette diversité qui devrait être une force est pour l’instant notre principale faiblesse.
Dans l’état actuel de la France, qui sombre dans une sorte de « communisme light », nous sommes très loin des préoccupations citées ci-dessus.
Nous pensons qu’il est urgent d’agir afin d’arrêter cette spirale infernale et nous sommes quasiment tous d’accord sur les premières étapes à mettre en place.
Car il faut bien comprendre que même si nous arrivions demain au pouvoir, il faudrait de nombreuses années avant de s’approcher d’une société libre et d’enfin pouvoir confronter nos idées sur ce que doit être, in fine, une société de liberté.
Nous partons de tellement loin que la transition doit être progressive, il y a un agenda très précis à respecter si nous souhaitons que le changement de régime soit indolore et fonctionne.
Ces guerres de chapelles entre libéraux sont actuellement contre productives.
Nous lançons donc un appel à toutes les sensibilités libérales, arrêtons de nous diviser sur des points de détail et rassemblons-nous sur l’essentiel, rassemblons-nous sur le changement de paradigme que nous appelons tous de nos vœux.
Toutes les tendances libérales doivent s’unir et mettre de côté leurs idéaux, si nous sommes divisés aucun changement ne sera possible et le collectivisme continuera d’avancer jusqu’à l’effondrement du système.
Une fois que les défenseurs de la liberté se seront unis, que nous aurons gagné le combat médiatique, que nous aurons montré à tous l’injustice et l’inefficacité du pouvoir politique centralisé et du collectivisme, que nous aurons remis au centre du discours politique la liberté et la propriété, que la société sortira enfin de la route de la servitude et empruntera le chemin de la liberté alors à ce moment-là, et pas avant, nous pourrons nous écharper gaiement sur tous ces sujets passionnants qui nous tiennent tant à cœur. »

Sunday, December 11, 2016

La stratégie de la pyramide libérale

Parfois je me retrouve à écrire ce qui semble des évidences, et je reprends ce risque à nouveau en tentant de traiter de la problématique de la diffusion des idées libérales et libertariennes auprès du plus grand nombre. Car il me semble que c’est un sujet de confusion au sein de bien des discussions.

Je l’avais développé dans un papier sur la « maturité libérale », la réalité est telle que tous les gens n’ont pas le même degré de compréhension et d’adoption de la théorie libérale, y compris la majorité de ceux qui se croient ou se disent libéraux. Plus généralement, l’idée consiste à constater que la compréhension de la théorie libérale est un chemin qui passe par des étapes qui sont autant de remise en question de facettes de l’étatisme qui nous est inculqué depuis notre jeunesse.

La pyramide que suggère le titre est ainsi constituée à la base de la foule des étatistes collectivistes de tous poils. Viennent alors au-dessus la foule plus réduite des gens qui tels les supporters de Fillon, voient vaguement que le libéralisme est la voie à suivre, mais sans trop comprendre ce mot ni sans abandonner un fort attachement à l’état sous ses multiples formes. Au-dessus se trouvent le nombre plus réduit de ceux qui se déclarent ouvertement libéraux, demandent certaines actions de réduction du mammouth et ont vaguement entendu parler d’auteurs comme Milton Friedman. On trouve enfin un certain nombre de couches de faibles populations de libéraux avertis, minarchistes et libertariens.

Le but de ce concept de pyramide n’est pas de faire des libertariens une élite, mais simplement de décrire la réalité des idées et de servir de base à nos stratégies de communication et d’explication.

Car si nous voulons espérer un jour voir plus de gens, sinon tous ou même la majorité, comprendre ou simplement adopter plus ou mieux les idées de liberté, ce n’est pas par le vote ni par la force qu’on y arrivera, mais par l’explication. Il faut donc adapter nos explications à nos cibles et s’organiser ensemble en fonction des cibles. Mais aussi d’où on se trouve sur la pyramide.

Ainsi, pour toucher l’immense foule du bas de la pyramide, il est illusoire d’espérer que les rares libertariens soient assez nombreux pour tirer tout ce monde vers le haut, même si cela peut arriver ponctuellement et qu’il soit pertinent de le faire autant que possible. En volume, il vaut mieux parier sur une stratégie où chaque couche tire de proche en proche la couche en dessous vers la sienne.

Dès lors, l’effort des fillonistes sera de convaincre les jupettes, les pseudo-libéraux tenteront d’amener les fillonistes à eux, par exemple sur plus de privatisation, les minarchistes travailleront à expliquer aux pseudos pourquoi l’état doit maigrir encore et encore et les libertariens continueront de tirer tout le monde vers le haut. De proche en proche, comme dans un entonnoir, on peut espérer voir de plus en plus de concepts de liberté imprégner les couches de la pyramide de la liberté.

Il serait d’ailleurs astucieux peut-être que nos sites web ou autres Facebook adaptent leurs publications et suggestions de lectures au niveau de maturité de leur lectorat. Imaginez un Contrepoints qui proposerait des lectures nouvelles en fonctions de points de concepts acquis par la lecture ou par les commentaires, tirant ainsi les lecteurs vers le haut à leur rythme.

Bref, les libertariens ont deux priorités dans leur effort d’explication : les minarchistes ou pseudos assez proches, et tous les autres quand s’en trouve des ouverts mûrs et prêts à monter rapidement dans les couches de concepts. Si chacun de nous arrivait à convaincre 10 personne par an, en 3 ans nous serons mille fois plus et majoritaires en simplement 6 ou 7 ans. Mais ça, c’est la théorie, et c’est à condition que chacun s’attache à convaincre et à expliquer, et non à se complaire dans le débat quand il ne peut y en avoir ou dans le combat quand il devrait y avoir écoute et respect.

Thursday, February 7, 2013

Libertariens contre Libéraux


Comme (trop) régulièrement, le débat théorique et stratégique entre libéraux et libertariens vient de connaître quelques soubresauts ces derniers jours. Certains libéraux voient certains libertariens - dont je fais partie - comme des intolérants agressifs, pour rester poli, et s’étonnent que ces derniers leur tombent dessus au lieu de faire la chasse au socialo, supposé le seul ennemi commun.

Je vais donc tenter une fois encore de clarifier la vision des choses vue du côté d’un libertarien, en espérant que cela aide l’autre côté à avancer.

Ceux que je qualifie ici avec bienveillance de libéraux sont tous ceux qui croient qu’il est possible de faire avancer le libéralisme en ce pays au sein du système politique partisan traditionnel. Je mets sous cette étiquette tous les libéraux logeant chez l’UMP, divers centristes type UDI et le PLD de même depuis qu’il a rejoint cette dernière.

Le libéralisme est très mal connu par nos concitoyens. Même une bonne part des libéraux ne le connaît que mal ou seulement en partie, n’en voyant souvent que la dimension économique mais pas la dimension juridique. Il faut reconnaître que l’image qu’en a la plupart des gens est ternie par des années de propagande social-démocrate.

Pourtant aucun système politique n’est plus humaniste que le libéralisme authentique. Aucun n’est plus juste socialement, aucun n’est plus favorable à une saine et durable prospérité soutenue. Paradoxe donc, puisque ces arguments sont typiquement certains des plus forts que les opposants au libéralisme avancent contre lui. Paradoxe qu’il faut justement arriver à casser dans l’esprit des gens pour espérer gagner l’opinion.

Les libertariens pensent que cet objectif est atteignable si l’on présente à l’opinion un discours direct, franc et honnête, centré sur ces arguments humanistes, sans fausse nuance. Car tout le monde ou presque est naturellement libéral. Ron Paul a montré qu’il est possible de toucher l’opinion si on tient un discours de ce type, un discours nouveau et qui change tellement de la soupe mensongère de l’ordinaire politicien.

Si Ron Paul avait raison, ou dans le même style un Nigel Farage, alors l’opportunité du libéralisme tient dans l’efficacité de cette clarté de langage qui peut toucher directement la masse des déçus et des abstentionnistes.

Mais cela suppose de prendre l’opinion à contre-pied, elle qui est convaincue que le libéralisme est le mal absolu. C’est-à-dire qu’il faut être insoupçonnable de double discours. Il faut pour cela être crédible et donc propre sur soi et cohérent. La moindre trace de soupçon de mensonge ou de veste retournée doit être chassée à tout prix. Le discours entier n’est crédible qu’à ce prix.

Si cette analyse est juste, alors nous ne toucherons l’opinion que si nous ne sommes pas attaquables, pour ne pas être confondus avec le système que nous critiquons.

Ron Paul se servait du système mais n’a jamais laissé aucun doute, ni par son discours ni par ses votes, sur sa pensée et son objectif politique ultime. Il était dans le système certes, mais contre lui, pour le dénoncer de l’intérieur. Même s’il n’est pas vraiment libéral, Nigel Farage utilise le même stratagème, il joue le ver dans le fruit et contribue à décrédibiliser et discréditer l’Europe de l’intérieur. Mais pour y arriver, il a annoncé la couleur d’emblée, l’UKIP a dès le début opté pour un programme anti-européen qui a convaincu un nombre croissant de britanniques.

Leur expérience le montre donc, la seule chance politique du discours libéral passe par un affichage décomplexé et sans fard de nos idées, exprimé par une ou des voix libres de toute ambiguïté.

Pour en revenir à nos libéraux UMPistes, il est dommage qu’ils ne voient pas pourquoi ils subissent les foudres des libertariens. La raison est pourtant simple : ils font obstacle au développement du message libéral en ce pays. Ils y font obstacle en brouillant l’image et le message par leur appartenance aux partis traditionnels. Et bien noter que je ne parle même pas de message libertarien…

Car un – ou une – libéral(e) sincère qui s’affiche auprès de l’UMP est en premier lieu vu comme un UMP. Surtout que comme il est probablement inconnu de l’électorat, que son affichage comme libéral est tout autant incompris, ce n’est que son appartenance au parti qui détermine l’appréciation par la grande majorité des électeurs.

De plus, aucun des grands partis n’a le moindre intérêt à changer le système en profondeur, car c’est du système qu’ils vivent et prospèrent. Tous les gentils libéraux pourront tenter d’infiltrer l’UMP ou le Centre, tant qu’ils seront minoritaires ils ne seront que manipulés et étouffés. Et pour être majoritaires, il faudrait que l’électorat mal informé les y mettent, ce qui ne tient pas debout.

Croire que les grands partis demeurent le seul moyen d’avoir accès à la machinerie de communication partisane constitue donc une erreur profonde. Soit les libéraux ne pourront pas s’exprimer largement, soit leurs rares messages seront de toute façon entachés de l’image UMP ou Centre.

Pour ces nombreux libéraux sincères mais pas toujours conscient de cette erreur stratégique, il n’y a à mon sens qu’une seule option : rejoindre les rangs des trop rares initiatives de promotion du libéralisme qui éclosent hors du champ des partis politiques traditionnels, pour y porter un discours sans compromis et sans ambiguïté. Ou continuer à subir nos quolibets et critiques.

Thursday, October 6, 2011

Le Financial Times fume un baril de pétrole...

A l'occasion d'un dossier récent sur la crise bancaire - et au-delà - de l'été 2011, le grand Financial Times, le célèbre "FT", proposait il y a quelques jours un article supposé à contre-courant sur les impacts possibles de la hausse des prix du pétrole : "Commodities: Are high oil prices bad for the global economy?"

Cet article assez court, sur un sujet de réel intérêt et venant d'un grand journal peu suspect de reliquats d'influence communiste, m'a laissé penser à un angle de vue potentiellement hors-sentier-battu et de pertinence. Ma surprise a pourtant été grandissant au fur et à mesure que j'avançais dans ce ramassis de contre-vérité ou d'inepties : FT ne serait donc pas infaillible et contribuerait lui aussi à répandre la mauvaise-parole économique ?! Fichtre.

J'ai donc entrepris de vous proposer de lire et analyser ce texte ensemble, histoire de partager les malins plaisirs ; j'espère que vous irez jusqu'au bout avec un sourire voire un rire s'élargissant, j'aurais alors au moins fait une bonne action dans ma pauvre vie de sale libéral nanti et égoïste qui se croit le plus malin.

Pour la bonne forme, nous allons prendre paragraphe par paragraphe, traduire et décortiquer - pas besoin de rince doigts au citron, l'acide est gratuit et offert dans la prestation. Allez hop, c'est parti.
"Conventional wisdom, firmly anchored in the experience of the oil shocks of the 1970s, has it that high oil prices are not good for the global economy. And a look at the global economy now, with consumer confidence weakening sharply in the face of high gasoline prices, confirms it."
"La sagesse commune, ancrée fermement sur l'expérience du choc pétrolier des années 70, prétend que des prix élevés du brut ne sont pas bons pour l'économie mondiale. Et un coup d'oeil à l'économie mondiale aujourd'hui, avec une confiance des consommateurs qui fond sévèrement face aux prix à la pompe, le confirme."

Sous des couverts (découvert ?) de bon sens, cela commence d'emblée très fort, vos yeux aiguisés ont déjà mis le doigt (bon, pas dans les yeux le doigt, faut suivre là...) sur deux raccourcis qui valent mieux qu'un. En premier, le choc pétrolier de 1973. Outre que beaucoup de nos jours ne l'ont jamais connu, il faut rappeler que ce choc, créé de toutes pièces par l'OPEP, n'avait rien d'économique mais était au contraire 100% pur jus de pouvoir. Passons, et revenons à nos jours avec le prix à la pompe. Notre journaleux s'est-il demandé si ce prix n'était que le pur reflet du prix du baril, sans autres distorsions ? La baisse du dollar aurait-elle un rôle, peut-être-ben-k'oui ? Ou les taxes (en France, on connaît la réponse, environ 80%...) ? Mais ne soyons pas si rigoureux - c'est pas bien la rigueur, beurk - et entrons donc dans le sujet.
"But two economists at the International Monetary Fund have published a research paper challenging the traditional view, arguing that high oil prices are not a big economic drag. The new analysis, “Oil Shocks in a Global Perspective: Are they Really that Bad?”, is particularly relevant as global economic growth starts to falter, with some policymakers blaming the impact of high oil prices for the slowdown."
"Mais deux économistes du Fond Monétaire International ont publié un article de recherche contestant la vision traditionnelle, affirmant que des prix élevés du pétrole ne sont pas un frein économique fort. La nouvelle analyse 'Les chocs pétroliers dans une perspective globale : Sont-ils vraiment si néfastes ?', est particulièrement pertinente alors que la croissance économique commence à vaciller et que quelques politiciens accusent les prix élevés de la récession."

Encore un paragraphe riche et donc à taxer, cela promet. En premier lieu, de quoi le FMI vient-il se mêler ? En supposant que cet antre semi-séculaire du keynésianisme éculé (non, non, il ne manque pas un 'n') ayant fait la preuve de son incapacité - bien avant que Lagarde ait embrassé le projet de baiser plus de gens que son prédécesseur de femmes en chambre - soit une référence en matière d'économie, il faudra m'expliquer en quoi le financement d'une pseudo-étude sur le pétrole relève de sa mission première. Mais surtout, la question même de l'étude est grandiose. Quoi, quoi ? Un prix pourrait être à un niveau - haut ou bas - hors du processus économique et sans que cela ne surprenne personne ? Il y aurait un roman à écrire sur cette phrase. Faisons ça vite - vite, toujours vite, avant que les prix montent...

Il y a deux idées fausses ou du moins biaisées derrière cette phrase. Tout d'abord, un prix, un vrai, ce n'est jamais qu'un signal de rareté ou d'abondance. Si le pétrole est rare - ou plus rare - son prix monte, et inversement. Si le prix monte, c'est un signal pour chercher de nouveaux gisements qui deviennent alors potentiellement rentables. L'abondance revient alors et le prix finit par redescendre. C'est le mode de fonctionnement normal de l'économie, il n'a là rien de particulier ni rien d'inquiétant. Ça ne vaut même pas la peine d'en parler. Dès lors, il aurait donc pas là de vrai problème, mais hélas, dans le cas du pétrole, ce n'est pas un vrai prix, car celui-ci est trop lourdement dans les mains des états producteurs qui b(i)aisent le marché. Et donc la question ne se pose pas sous un angle économique car elle est politique. Mince... Mais continuons cet article passionnant...
"Oil prices have so far this year averaged more than $100 a barrel. If Brent crude, the global benchmark, remains around its current level of $110 a barrel for the rest of the year, 2011 would set the highest ever annual average price, above the $98 a barrel in 2008, when Brent prices rose to an all-time high of nearly $150 a barrel."
"La moyenne des prix du pétrole jusqu'ici cette année a été à plus de 100 dollars le baril. Si le baril de brut, la norme mondiale, reste proche de son niveau actuel de 110 dollars jusqu'à la fin de l'année, 2011 serait celle du plus haut prix moyen jamais atteint, au-dessus des 98 dollars de 2008 où le Brent grimpa au plus haut pour frôler les 150 dollar le baril."

Affirmation intéressante et apparemment anodine et peu discutable, mmm ? Mais notre ami semble bien oublier l'inflation, n'est-ce pas ? Vu la fonte de la devise de Tonton Sam grâce au tsunami de billets verts imprimés depuis, les 110 d'aujourd'hui n'ont pas grand chose à voir avec les 150 d'il y a trois ans. Et les prix, ben ils ne sont donc pas si hauts en réalité... Mais éh, oh, vous cassez la baraque là, faut laisser un peu de matière à sensation que diable !
"Tobias N. Rasmussen and Agustín Roitman, the two economists at the IMF in Washington, argue in their analysis that although oil prices have “a negative effect on oil-importing countries”, the impact is not as large as previously thought. They say a 25 per cent increase in oil prices “will cause a loss of real GDP in oil-importing countries of less than 0.5 per cent, spread over two to three years”."
"Tobias N. Rasmussen et Agustín Roitman, les deux économistes du FMI à Washington, avancent dans leur analyse, que bien que les prix du pétrole 'ont un effet négatif sur les pays importateurs de pétrole', l'impact n'est pas si grand qu'on l'avait pensé. Ils disent qu'une hausse de 25% des prix du pétrole 'causeront une perte de PIB réel des pays importateurs de moins de 0,5%, répartie sur deux ou trois années'."

Moi je vous le dis, les économistes sont extraordinaires. Tout d'abord, ils nous inventent des indicateurs loufoques, tel le PIB qui ne mesure rien de fiable - car il intègre une supposée production des corps étatiques qui n'est qu'une illusion sans substance - mais comme, tels le douanier-qui-n'est-pas-un-imbécile, ils se rendent bien compte que le chiffre sonne creux, et hop, tadaaa ! les voilà-t'y pas qui nous glissent subrepticement un "PIB réel" sorti on ne sait d'où et qui bien sûr a échappé au journaleux. Mieux, ils prétendent mesurer l'impact du pétrole sur le PIB, c'est à dire sur la production ('Produit Intérieur Brut' = PIB). Mais dites-moi, voyons voyons, le pétrole est pour nous un coût, ce n'est donc pas tant la production qui sera affectée que son prix, la marge et/ou le pouvoir d'achat. Tout ça est donc mesuré par ce fameux 'PIB réel' ?! Extraordinaires je vous dis. Plus fort encore, ils arrivent à amortir une hausse sur '2 ou 3' ans sans s'occuper de la hausse elle-même sur la même période...  Revenons à notre article 'de la mort'...
"“One likely explanation for this relatively modest impact is that part of the greater revenue accruing to oil exporters will be recycled in the form of imports or other international flows, thus contributing to keep-up demand in oil-importing economies.”
Other economists believe the analysis could be extended to other commodities, including copper and iron ore. They believe high prices are a drag for consumers but are boosting economic growth in countries from Chile (in the case of copper) to Australia (for iron ore), helping to sustain global economic growth."
"'Une explication probable de cet impact relativement modeste vient qu'une partie des revenus accrus affluant vers les exportateurs de pétrole seront recyclés sous la forme d'importations ou autres flux internationaux, ceci contribuant à maintenir la demande des économies importatrices (de pétrole, pfff)'. D'autres économistes croient que l'analyse pourrait être étendue à d'autres matières premières, y compris le cuivre et le minerai de fer. Ils croient que des prix élevés sont un frein pour les consommateurs mais qu'ils dynamisent la croissance économique de pays allant du Chili (dans le cas du cuivre) à l'Australie (pour le minerai de fer), aidant à soutenir la croissance économique mondiale."

Je suis sûr que comme moi vous avez la commissure des lèvres qui démange et que l'éclat de rire frappe à la porte. Ces messieurs nous ont l'air bien sûrs d'eux dans leur étude savante, vu qu'ils 'croient' en des explications 'probables', dignes de Madame Irma Rmihunkouch (ça, c'est pour les connaisseurs). Mais surtout, ils découvrent que le prix du pétrole n'a pas de lien avec la demande d'autres produits ?! Mais c'est que c'est bien ça, bravo, c'est digne d'un PhD : on vous l'a dit plus haut, l'impact est sur les coûts et sur le pouvoir d'achat, le premier paysan du coin du Maryland vous le dirait. Puis enfin, révélation, si on étend la logique aux autres 'commodités' (les trucs de merde, en gros) on conclut que plus les prix montent, plus la croissance aussi - et donc que tout va bien. Non mais où allons-nous, comment peut-on laisser dire de telles absurdités ? Plus c'est cher, plus on est riche. Plus on pédale moins fort, plus on avance moins vite.
"The new analysis is at odds with the view of other economists, notably James Hamilton, who, in his seminal “Oil and the Macroeconomy Since World War II”, published in 1983, linked episodes of high oil prices with economic recessions in the US. The new research is, however, more in line with some other papers, particularly the research by Olivier Blanchard and Jordi Gali, “The Macroeconomic Effects of Oil Price Shocks: Why are the 2000s so Different to the 1970s?”."
"La nouvelle analyse est perplexe face aux vues d'autres économistes, notamment James Hamilton, lequel, dans son influant 'Pétrole et Macroéconomie depuis la Seconde Guerre Mondiale', publié en 1983, relia les épisodes de haut prix du pétrole et les récessions aux USA. La nouvelle étude reste, cependant, plus en ligne avec d'autres articles, en particulier l'étude de Olivier Blanchard et Jordi Gali, 'L'Effet Macroéconomique des Chocs Pétroliers : Pourquoi les années 2000 sont-elles si différentes des 70s ?'."

Pas grand commentaire ici, le journaliste gagne du temps et vend du papier, il brode et tourne autour du pot et étale sa culture du blé en guise de confiture. Toutefois, une remarque - on est là pour casser de l'écononeuneu ou non ? : Ça ne vous choque pas, vous, tous ces grands économistes qui se chamaillent et ne sont jamais d'accord entre eux, qui sont perplexes ou dans la ligne ? Quel beau métier... Y'a pas à dire, c'est de lard, mon cochon.
"It is also in line with the thinking in Saudi Arabia, the world’s largest crude oil exporter, which has argued over the last few years that economists have been exaggerating the impact of oil prices. Ali Naimi, Saudi Arabia’s oil minister and the de facto leader of the Opec oil producers’ cartel, said earlier this year that the global economy could weather oil prices at nearly $100. And natural resources ministers in other commodity-producing countries have also argued that high prices have boosted their economies, thus compensating at the global scale the impact of higher costs in economic growth in consuming nations."
"(L'étude) est aussi en ligne avec la pensée Saoudi-Arabique (un terme à la gomme ?), le plus grand exportateur mondial de brut, qui a prétendu sur les quelques années passées que les économistes ont exagéré l'impact des prix du pétrole. Ali Naimi, le ministre saoudien du pétrole et de facto leader du cartel des producteurs de l'OPEP, a dit plus tôt cette année que l'économie mondiale pouvait affronter des prix à près de 100 dollars. Et les ministres des ressources naturelles des autres pays producteurs de matières premières ont aussi avancé que des prix élevés ont dynamisé leurs économies, compensant ainsi à échelle globale l'impact de coûts supérieurs pour la croissance économique des nations consommatrices."

Cette fois-ci, on reste toujours dans les croyances et les batailles d'arguments, mais pour donner un peu de poids, on fait parler les gros bras, les sinistres du pétrole ou des 'ressources naturelles' qui sont forcément des gentils pleins de bonté et bon sens et dès lors aptes à donner une analyse économique d'intérêt. Et toi, le journaleux, t'en penses quoi ? Tu le crois toi qu'une augmentation de prix puisse dynamiser une économie ? Ton porte-monnaie, quand pense-t-il ?  Allez, on approche de la fin.
"The different impact of higher oil – and some other commodities prices – today and in the past is due largely to the different nature of the most recent price shock.
While in the mid-1970s, early 1980s and 1990-91 high oil prices were the result of large supply disruptions, including the Arab oil embargo, the Iranian revolution and the Gulf war, the rally in oil prices of the last decade is mostly due to strong economic growth propelling oil demand. High oil prices are, therefore, the mirror of high economic growth. The same applies for other commodities."
"L'impact différent d'un pétrole plus haut - et les prix de quelques autres commodités - aujourd'hui et par le passé, est dû pour une large part à la nature différente du choc le plus récent. Alors que dans les années 70, le début des 80s et en 90-91, les prix élevés étaient le résultat de fortes ruptures de l'offre, incluant l'embargo arabe, la révolution iranienne et la Guerre du Golfe, la course des prix de la dernière décennie est surtout due à une forte croissance économique propulsant la demande en pétrole. Les prix élevés sont, de ce fait, le miroir d'une croissance économique élevée. La même logique s'applique aux commodités."

Soyons bon prince, reconnaissons que dans ces quelques phrase un souffle léger de bon sens est passé. Mais il faut rester acerbe, notre écrit-vain semble ne découvrir la mécanique de l'offre et de la demande par rapport à un marché politique et artificiel qu'aux deux tiers de son papier. Pas de quoi bomber le torse. On pourrait lui chercher quand même quelques noises en lui rappelant que la croissance des années 2000 - il pourrait éviter de le découvrir 10 ans après - n'était que trop faite de virtualité monétaire et Ponzi-que, mais allez, c'est pas le tout mais faut en finir de ce torchon.

"Nonetheless, some analysts note that supply-side factors are also playing a role, particularly in agricultural commodities, due to export restrictions, mandatory minimum prices introduced by governments and lower crops resulting from bad weather. Oil prices have also been lifted by a supply disruption in Libya this year. And in metals and minerals, floods in Australia and strikes in Latin America have curtailed supply, helping to lift prices in spite of slow demand growth."
"Néanmoins, certains analystes remarquent que des facteurs côté offre jouent également un rôle, particulièrement parmi les commodités agricoles, du fait de restrictions d'exportation, de prix minima imposés introduits par les gouvernements et de récoltes faibles suite à une mauvaise météo. Les prix du pétrole ont aussi été gonflés par une rupture de l'offre en Libye cette année. Et pour les métaux et minéraux, des inondations en Australie et des grèves en Amérique Latine ont réduit l'offre, aidant la hausse des prix malgré une faible hausse de la demande."

Alors là, ça sent la fin, on est à court d'arguments, on fouille les poches pour trouver quelques miettes pour les pigeons. Nous sommes partis en vain sur la thèse que des prix hauts pouvaient être bénéfiques, et nous loupons le mille en arrivant au port. Nous voilà enfouis sous un flot d'arguments décousus sans aucun lien entre eux et qui ne posent aucun fait objectif. Ne voici pas que les faibles récoltes ont un lien avec le pétrole ? Ah mais sot que je suis, bon-sang-mais-c'est-bien-sûr, c'est à cause des biocarburants ! Que l'auteur ne le dit-il pas plus clairement !? Mais à la réflexion, les biocarburants sont essentiellement subventionnés, ils ne relèvent donc pas non plus du marché libre, donc la thèse d'origine ne tient toujours pas. Aïe aïe aïe...    Dernière salve :
"Mr Rasmussen and Mr Roitman acknowledge the difference between the current demand-driven cycle and previous episodes, warning that “the finding that the negative impact of higher oil prices has generally been quite small does not mean that the effect can be ignored”. They add: “Our results do not rule out more adverse effects from a future shock that is driven largely by lower oil supply than the more demand-driven increases in oil prices that have been the norm in the last two decades.”"
"MM. Rasmussen and Roitman reconnaissent la différence entre le cycle actuel poussé par la demande et les périodes précédentes, avertissant que 'la découverte de l'impact négatif des prix élevés a été en général très faible ne signifie pas que l'effet peut être ignoré.' Ils ajoutent : 'Nos résultats n'interdisent pas d'autres effets plus contraires envers un choc futur qui soit largement poussé par une offre plus faible que les hausses de prix venant de la demande qui ont été la norme durant les deux dernières décennies.'"

Là vraiment, en guise d'envolée lyrique dans l'hyper-espace nihiliste et retombée-sur-ses-pattes, moi je dis 'chapeau' ! Non vraiment, il s'agit bien d'une chute digne d'Acapulco-citron et qui donne à cet article toute sa splendeur riche de vacuité ! Comment !? Nous commençons par appâter le badaud en lui annonçant une étude forcément brillante puisqu'elle vient du Fond Moléculaire Intersidéral, laquelle ouvrirait une nouvelle voie à la lecture du marché du brut, puis on patauge un peu tout en tenant en haleine pure cachemire, et pschittt! le papier finit en eau de boudin en avouant que finalement, rien n'est sûr et qu'un nouveau choc pourrait bien en fait nous faire voir de quoi le pétrole se chauffe ! Si ça ce n'est pas du talent aiguille, je ne sais pas comment le digne FT pourrait faire mieux.

En fin de compte, je vous le dis, cette histoire a une morale simple, que les libéraux connaissent bien mais qu'il est toujours utile de rappeler : en matière d'économie, moins on lit les journaleux et moins on écoute les politocards et plus on apprend de choses.

Tuesday, August 30, 2011

Google est-il liberal ?




Google fait à nouveau parler de lui avec son lancement de Google+. « Google va-t-il engloutir l’Internet ? » (http://www.atlantico.fr/decryptage/google-internet-menace-168919.html) titre par exemple www.atlantico.fr. Google serait-il donc un monstre libéral – ou anti-libéral même, peut-être ?

Le monde des grandes entreprises technologiques grand public est un monde devenu passionnel et hautement symbolique, qui sert régulièrement de référence plus ou moins fiable et objective au débat économique de comptoir et de télévision. Les Microsoft, Apple, Facebook ou Google – toutes américaines, bien sûr – sont chacune chargée de clichés et d’une image spécifique, plus ou moins paradisiaque, plus ou moins satanique, souvent aux yin et yang contrastés. Microsoft est ainsi souvent prise comme symbole de l’horrible entreprise hégémonique empêchant les startups de gagner leur place au soleil de Palo Alto, Apple à l’inverse représente le noble David face à ce Goliath et Facebook, encore jeune et à l’image mouvante,  tient la place de la startup éclair que chaque jeune rêve de créer – sans jamais avoir tenté de le faire, cependant.

Google dans ce club très fermé a une place bien à lui, à part, avec une image très contrastée, qui a évolué avec l’importance de sa présence sur le Net. Google s’est imposé en moins d’une décennie comme >le< site de recherche sur Internet, pour tout et même plus, avec comme devise qu’un jour, on ira sur Google pour retrouver même ses clés perdues. Depuis, tirant sur tout ce qui bouge, il a élargi son domaine bien au-delà de la recherche de site web pour offrir – toujours gratuitement – des services comme l’email, la suite bureautique, la géolocalisation, l’album photo et bien d’autres – et cela le plus souvent de manière novatrice et intégrée. Ce succès et cet appétit ont fait de Google le premier prestataire de publicité en ligne au monde, et de loin. La jalousie et ses affres ont vite fait de suivre.

En effet, cette position largement dominante n’est pas pour satisfaire tout le monde, loin s’en faut. Et malgré son image de startup à l’immense succès, bien des gens voient chez Google non pas le symbole du libéralisme positif, mais au contraire le symbole des méfaits d’un capitalisme débridé – dont seuls les Etats-Unis ont le secret, bien sûr. Certes, répondre quant au libéralisme de Google supposerait probablement une thèse, mais considérons néanmoins trois aspects où l’exemple du moteur de recherche peut éclairer bien des confusions en matière de liberté.

En premier lieu, ce métier de moteur de recherche soulève la question de la légitimité même de l’accès à l’information. Nous sommes passés pendant la seconde moitié du vingtième siècle – enfin, nous qui avons la chance d’habiter des pays relativement développés, sinon libres – d’une société de production industrielle à une société principalement informationnelle, où savoir, connaître – sinon comprendre – sont devenus aussi aisés que quelques coups de clic chez Google, justement. En quelques années, plus besoin de ces lourds volumes encyclopédiques qui garnissaient les étagères de nos – riches – parents pour répondre aux questions existentielles posées par la télé-réalité ou les joutes de nos politicards les plus abracadabrantesques…

Pourtant, beaucoup font encore de la résistance. L’accès à « l’information » en général constitue en effet un marché lucratif, ou plutôt a pendant longtemps constitué un marché lucratif. De nombreuses entreprises, de tailles parfois importante, se sont bâties sur l’idée – la réalité à l’époque – que l’information est une ressource rare ou difficile d’accès.

Les éditeurs de revues ou livres professionnels par exemple vendent très cher leur produits à d’autres professions qui parfois leur doivent leur survie et donc acceptent des prix élevés. Les médecins par exemple, ou les juristes tout pareil, doivent en permanence se tenir au courant des dernières avancées ou des dernières lois et textes. Ils sont donc quasiment obligés de tous s’abonner aux revues professionnelles des grands éditeurs mondiaux. Mais quoi quoi ? Voilà-t’y pas que Google permettrait un accès à de telles informations de manière gratuite et plus simple ? Il est bien évident que les grands éditeurs ne sauraient l’entendre ainsi et font donc de la résistance, menacés qu’ils sont tout simplement de pure disparition.

Il en est de même pour de nombreux métiers dits de communication, de courtier d’information, que Google menace directement : écoles et universités, bibliothèques, salons et expositions, magazines et publication professionnelles donc, mais aussi les journalistes et les experts de tous poils. Mais c’est aussi le cas pour le juristes eux-mêmes, ceux dont le métier est précisément de profiter de toutes les lois sur le copyright, brevets, marques et autres soi-disant secrets industriels.

Est-ce donc à dire que Google serait pirate, ou du moins favoriserait ou ferait la promotion d’une forme moderne de piraterie ? La réponse libérale est clairement négative, dans la mesure où la propriété intellectuelle en général n’est pas un concept libéral – et donc la question du vol ou de l’abus de propriété intellectuelle est de même dénuée de sens libéral. Il n’y a pas de propriété intellectuelle selon la doctrine libérale et dès lors, Google ne saurait être pris pour une entreprise pirate, bien au contraire.

L’objet de cet article n’est pas de rédiger une thèse sur la question de la propriété intellectuelle, bien d’autres s'y sont attardés avec plus de pertinence, mais donnons néanmoins quelques pistes simples de compréhension. Le concept de propriété est un outil juridique générique dont l’objet est de gérer les conflits potentiels d’accès aux ressources entre les humains. Ainsi, si on considère par exemple le PC dont je me sers pour rédiger ce texte, j’ai besoin de pouvoir éviter que quiconque en revendique légitimement l’usage à ma place, créant ainsi un conflit insoluble entre nous. La propriété me donne le droit reconnu de revendiquer l’exclusivité de ce PC et d’éviter de tels conflits. Une caractéristique des objets physiques ainsi possédés tient à l’impossibilité de les dupliquer – sauf à consommer d’autres ressources dont la propriété ferait elle-même question.

Or en matière de productions de l’esprit, ces notions perdent littéralement toute substance – même si les juristes ne seront bien sûr pas d’accord. L’accès à une idée, un texte, une musique, ou autre n’est pas de nature conflictuelle, car toute production intellectuelle peut être reproduite, partagée et communiquée à l’infini, gratuitement ou presque et ce sans que l’auteur en soit privé en aucune façon. Il n’y a donc pas de vol possible d’une œuvre intellectuelle, c’est là une légende sans fondement, l’idée du piratage en la matière étant ainsi tout aussi fantaisiste et infondée.

Google se trouve donc être, bien au contraire de ce que beaucoup colportent, un bienfaiteur en matière de propriété intellectuelle en libérant l’accès à une masse considérable d’information pour l’ensemble des internautes de cette planète. De quoi largement contrebalancer la perte incertaine de quelques rares maisons d’édition poussiéreuses.

Cette capacité à concentrer l’accès à l’essentiel du capital intellectuel numérisé donne à Google une puissance de service objectivement considérable. Cette puissance est souvent vue par certains comme un monopole, voire une hégémonie, faisant du californien un « méchant » dont il faudrait se méfier voire se protéger. Rien de tout cela n’a pourtant de logique ou réalité.

La position de monopole est ainsi un énorme paradoxe, presque une tarte à la crème. En effet, lorsque Google a vu le jour, le marché de la recherche de site web était dominé par les Yahoo! et AltaVista dont il a challengé la position. A l’époque donc, la situation était inversée, le monopole dans les mains de Yahoo!-Goliath et Google-David partant à sa conquête. Le succès de cette ambition a aujourd’hui largement inversé le paysage, mais est-ce que le marché est pour autant définitivement figé ? Clairement non, rien n’empêche structurellement quiconque de contester cet état de fait et prendre à son compte la part du lion. Microsoft a ainsi tenté le défi avec son moteur Bing, au succès et aux qualités indéniables, mais sans pour autant avoir à ce jour gagné le jeu sans conteste possible. Mais demain peut-être, qui sait ?

Google n’est donc pas un monopole, tant qu’il sera possible pour une entreprise de librement et spontanément défier sa position, on ne pourra parler de monopole. Pour un libéral, il n’y a monopole que lorsque la concurrence n’est pas légalement possible. Tant que le consommateur peut être amené à choisir de dépenser son temps ou ses ressources à un autre service que celui de Google, on ne pourra parler de monopole. La concurrence, ce n’est pas offrir strictement le même service. Concurrencer, c’est inciter le consommateur à choisir de dépenser autrement.

Reste la position supposée hégémonique, Google le méchant dont il faut se méfier. De quoi s’agit-il ? Google est tellement performant, il donne accès à tellement de données et informations, que cela en dérange certains qui y voient là une violation de ce que les anglo-saxons appellent la « privacy » - l’intimité, la confidentialité légitime de données personnelles – ou autres « secrets.» Les robots de Google cherchant et trouvant partout sur la toile, il est évident qu’ils tombent régulièrement sur des sites hébergeant des données de tous types et de tous niveaux de confidentialité. Ces données deviennent aussitôt accessibles par la terre entière, souvent à l’insu des personnes concernées. Pour peu que cela donne lieu à une diffusion large et objet de buzz, ces dernières crient alors au hacking sauvage, à l’intrusion abusive voire à la diffamation. Imaginons que des données financières finissent ainsi dans les mains de l’administration des impôts et Google devient aussitôt coupable d’abominable collusion avec l'état.

Google serait donc un horrible espion des forces étatiques, à commencer par l’administration américaine bien sûr. Pourtant, le problème est ailleurs. En premier lieu, Google n’a accès qu’aux données mises en accès sur le réseau. Si des données sensibles sont ajoutées à ses index, c’est que leur sécurité était inexistante. La responsabilité en incombe à l’entreprise qui héberge le site web concerné, ou à ses clients, mais pas à Google. On ne peut pas demander à la fois à Google d’indexer le web et d’identifier les données sensibles, car la sensibilité est une notion qui n’a de sens que pour l’individu ou l’entreprise concerné par les données en question. Le libéral veille toujours à clarifier le jeu des responsabilités.

Par ailleurs, la mise en accès sur le réseau de données dites sensibles n’est en fait le plus souvent pas un problème en soi, contrairement à ce que les vierges effarouchées de la CNIL veulent nous faire croire. Comme souvent, il faut regarder du côté de l’état pour que le problème se pose. La CNIL nous explique qu’il faut protéger nos données des griffes du business, qui pourrait en abuser pour nous proposer une avalanche de services dont nous n’aurions que faire. Mais le libéral sait bien que la menace n’est pas là, car notre libre-arbitre nous protège toujours du vendeur, face auquel un « non » ferme clôt toujours tout débat. Par contre, c’est bien sûr l’état qui peut profiter des services de Google pour obtenir des informations dont il peut abuser. Mais là encore, la faute n’incombe pas à Google, mais bien aux imprudents et à l’état inquisiteur.

Il y a là sans doute un revers malheureux à la médaille d’or de Google, on ne donne pas libre accès aux données du monde sans casser quelques œufs. Mais il demeure qu’au bilan, Google constitue une machine qui fait extraordinairement avancer la liberté, par l’accès quasi-gratuit à l’information, par l’innovation constante et enfin en permettant de mettre au jour ceux qui abusent pour mieux asservir.

Friday, April 29, 2011

Le libéralisme connaît-il des variantes ?

Cet article est désormais accessible via les Lettres de Libéralie, ici. Merci de votre intérêt.