Un de mes collègues, pourtant cadre-sup dans une grande
entreprise internationale de conseil, m’affirmait sa conviction qu’une
entreprise moderne, telle la nôtre, a un rôle social qui va bien au-delà du
seul profit, idée très à la mode dans les cercles influents. Et moi de lui
affirmer avec le sourire que je suis convaincu qu’au contraire, une entreprise veillant
à sa meilleure place sociale se doit de maximiser son profit et surtout rien d’autre ;
à son grand étonnement, comme on peut l’imaginer.
A la décharge de mon collègue, il est très à la mode depuis
le début du siècle de demander aux grandes entreprises de se mobiliser
socialement sous diverses formes, culminant en une fumeuse autant que fameuse Corporate Social Responsibility, Responsabilité Sociale d’Entreprise
faisant partie intégrante des rapports annuels qui d’ordinaire ne s’intéressent
qu’aux chiffres et à la performance.
Mais la RSE pose deux problèmes économiques. Tout d’abord, comment
savoir si elle effectivement socialement utile ? Et si elle est utile,
quel doit être son montant au regard des profits engrangés ? Pourquoi l’entreprise
ne convertit-elle pas l’intégralité de ses profits en RSE si celle-ci est en
réalité plus proche de l’intérêt général ? On comprend que la question ne
sembla pas simple. Pourtant…
Or il n’y a pas de réponse économique à l’utilité sociale de
la RSE, ou plus clairement, le mécanisme social qui met l’utilité en évidence
ne fonctionne pas pour la RSE. Mais quel est ce mécanisme ?
Le concept d’utilité suppose une action à laquelle se
manifeste une réponse objective. Il y a trois façons élémentaires d’agir
utilement, d’agir de manière à obtenir un indice d’utilité. En un : faire
un don. En général, cela conduit à un ‘merci’. Sauf si on donne quelque chose
qui est sans réelle valeur pour autrui. Ce qui est justement le problème de la
RSE : on croit être utile, mais est-ce bien le cas ?
En deux : vendre quelque chose. Oui, vendre est un acte
utile, à l'inverse à ce qu’on croit souvent. Car le plus souvent, vendre
suppose acheter. Et acheter, qui est un acte libre, ne peut se concevoir que si
l’acheteur à envie ou besoin de cet achat. Donc que la vente est effectivement utile.
Et en trois, on trouve la signature d’un contrat, qui est la généralisation d’une
vente et d’un achat.
Il faut bien voir qu’on ne peut pas juger de ce qui est
utile pour autrui à sa place. Sauf à se prendre pour un dieu supérieur. Ce qui
explique que l’utilité ne se décrète pas, elle s’exprime par un ‘merci’.
Mais tout vendeur vend pour gagner de l’argent, c’est-à-dire
dégager un profit. Chose parfois mal comprise, l’acheteur aussi profite de l’échange
car ce qu’il a acheté vaut plus pour lui que la somme accordée au vendeur –
sinon, pourquoi acheter ? On voit donc que lorsqu’il y a utilité, il y a
profit. Et qu’un profit n’arrive jamais seul, puisque le vendeur profite comme
l’acheteur profite. Mais à l’inverse, le profit est-il la seule marque de l’utilité ?
En effet, à part les dons appréciés, il l’est.
Revenons à l’entreprise. On comprend que les dépenses qu’elle
consacre à la RSE, mais aussi au CE et à toutes les fantaisies sociales modernes,
sont d’une utilité douteuse et viennent grever d’autant le profit. Or le profit
par contre est le seul élément qui peut témoigner de son utilité. Il lui faut
donc au contraire l’accroître pour être bénéfique. Une entreprise riche, qui s’enrichit
et qui fait des profits sans gaspiller sa richesse à d’autres objectifs, est donc
une entreprise qui remplit au mieux sa fonction sociale. Allez tenter d’expliquer
cela à vos collègues socialisants qui détestent les profits…
1 comment:
Hello.
vos articles ne paraissent pas sur contrepoints. Est-ce un refus de votre part ou de la leur? Vos articles ont bien argumentés et enrichiraient le débat.
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