Sunday, October 27, 2013

C'est pourtant pas compliqué l'anarchie...

Sur l’invitation d’un jeune ami talentueux, j’ai entrepris de lire et démonter une autre critique des libertariens faite par un pseudo-libéral mal informé qui, comme il fallait s’y attendre, le prend de haut alors qu’il n’a pas même compris les bases du sujet.

Les pseudo-libéraux sont décidément une plaie, un frein à la liberté, car ils croient la détenir quand elle leur échappe et nous empêchent d’autant d’avancer. L’ignorance et la faible réflexion ne sont hélas pas les attributs des seuls socialistes, comme je l’ai longtemps cru. On ne se déclare pas libéral, on apprend à le devenir en tirant profit des réflexions des visionnaires.
Le texte original est ici, je vous invite à le lire pour mieux vous délecter…

Rien qu’à lire l’introduction, plusieurs erreurs ou incompréhensions se font jour, c’est donc «prometteur» comme texte.

Premier point : «visant à la suppression pure et simple de toute espèce de structure étatique.» :
Ici, l’erreur vient de l’ambiguïté portée par le mot «état» qu’il convient de désosser pour comprendre la véritable problématique. L’état signifie trois choses très différentes, hélas. Les fonctions, régaliennes ou au-delà, ce qu’il fait, police, justice etc. Les organes ou institutions qui réalisent ces fonctions. Les agents humains qui décident au titre de ces organes. Les anarcaps ne souhaitent pas la suppression de l’état, mais la suppression de toute forme de monopole sur ces 3 niveaux, c’est très différent. Une anarcapie possède fonctions régaliennes, organes et agents pour les réaliser. Mais les trois sont confiés au libre marché. Et c’est de ce fait que disparaît la coercition étatique, elle disparaît parce que le choix des agents et des organes pour réaliser les fonctions est restitué au consommateur, le citoyen. D’ailleurs lire Hoppe lève toute ambiguïté. L’état pour lui ne pose problème que de par son monopole.

L’introduction continue avec de nombreux mots posés ça et là qui témoignent d’une ironie si ce n’est d’une mauvaise foi malencontreuse : fable, «droits réputés appartenir à l’homme», «justice publique», «le vice rédhibitoire de toute pensée anarchique cohérente» - avant un plan qui nous promets bien du plaisir.

La justice publique mérite quelques instants, car ce n’est absolument pas un concept anarcap et le fait même qu’il soit évoqué ici témoigne de la pensée de l’auteur. Comme tout en société libre, la justice traite des individus, elle n’est publique que dans la mesure ou chacun y a accès comme chacun peut acheter son pain. Il n’y a pas de ‘suprême’ justice. Bien plus grave encore, dire que «l’élaboration des normes reviendrait aux seuls juges» est une preuve d’incompréhension bien plus profonde. On le verra plus bas, le juge en anarcapie ne fait pas le droit, il ne fait que le dire et régler les différends dans un souci d’équilibre et de dédommagement.

Le droit est fait par le propriétaire, et lui seul. Ne pas le voir, c’est ne pas avoir compris que le droit n’existe que pour régler ou éviter les conflits, que les conflits ne peuvent être que des conflits de propriété et que donc le propriétaire fait le droit chez lui – en respect du droit naturel, bien évidemment. Et personne d’autre. La propriété, c’est le droit, le droit vient de la propriété.

On commence le corps du texte avec la question «Quelles sont leurs institutions ?». La question elle-même est biaisée. Car ce ne sont pas les institutions qui importent au premier chef, elles ne sont que des organes, des moyens, mais les fonctions. Poser la question des organes, c’est occulter le sujet.

Ainsi il avance que :
- «Force est de constater que les institutions libertariennes n’existent pas» :
On reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie. C’est confondre anarchie et anomie. L’anarchie refuse l’autorité unique et imposée, d’où le rejet de l’état dans son caractère monopolistique et coercitif, mais pas dans son caractère fonctionnel. C’est la grande erreur, ou plutôt confusion, des minarchistes et autres « libéraux ». Il est évident que l’anarcapie a, comme toute société, besoin des fonctions régaliennes. Elles y existent donc bien, elles viennent des services de sociétés privées soumises à la concurrence du marché libre. Mais attaquer par l’absence d’institutions comme témoin d’absence de fonction régalienne, c’est une erreur encore plus primitive.

- «les libertariens s’en remettent au pouvoir créateur de la « main invisible « d’Adam Smith, c’est-à-dire au marché, ce qui n’est certes pas risible» :
En effet. Mais ne faut-il pas distinguer une pointe de condescendance dans ce mots ? L’auteur serait-il un libéral sans confiance dans le marché libre, qui pourtant n’est autre que l’expression pure des actes et échanges des hommes libres ?

- «mais ne présente aucune garantie du maintien des droits les plus élémentaires.» :
C’est bien ce qu’il se profilait. L’auteur ne voit pas, ou ne croit pas, comment le marché libre peut assurer les fonctions régaliennes. Ce n’est pas ici la place de l’expliquer, mais on s’arrêtera au mot « garantie », juste pour lui demander comment il nous explique que l’état « garantit » quoi que ce soit quand on constate les crimes commis et impunis au quotidien, sous ses auspices.

- «Leur position interdit logiquement aux libertariens de raisonner en termes d’institutions.» :
Et donc ? Ne voit-il pas que c’est justement ce qui fait la force et la stabilité de la société libre ? Car lorsque les institutions ne sont pas figées – on rappelle qu’elle ne sont que des moyens, pas la fin que sont les fonctions régaliennes, ie l’état de droit – on a justement la possibilité de les changer facilement et régulièrement afin de toujours les adapter pour le meilleurs rendu, la meilleure « garantie ». C’est précisément ce que le recours au marché permet de faire. Ainsi, là où les constitutionnalistes endolorissent les drosophiles à rechercher sur le papier les meilleures institutions qu’ils ne pourront jamais trouver – sinon on les auraient déjà, non ? – l’anarcap est sur ce point plus pragmatique et confie la chose au marché, comme n’importe quel problème d’optimisation sociale.
- «Le programme libertarien est essentiellement négatif, consistant à supprimer l’État.» :
On a vu que cela est faux. L’anarcap vise à supprimer la bureaucratie et les élus, fruits du monopole, mais rien d’autre. Quant au caractère négatif, il n’est que le reflet du caractère négatif de la Liberté, c’est-à-dire en réalité ouvert à l’opportunité positive.

Plus loin on trouve une critique de Randy Barnett. Il faut dire que prendre cette personnalité comme fer de lance libertarienne est déjà un choix très contestable, car Barnett, pour être libertarien, est d’un courant plutôt hayekien et minarchiste, donc rien d’aussi « dur » que des Rothbard ou Hoppe.
- « Au moment précis où l’on s’attend à ce que ce juriste distingué, ancien procureur, nous livre le fruit de ses réflexions juridiques sur le devenir institutionnel d’une communauté libertarienne désétatisée, quelque chose de sophistiqué, d’un peu aride même, R. Barnett nous gratifie superbement d’un chapitre intitulé « une courte fable » :
Ici, on a l’impression d’un argument d’autorité contrarié : l’auteur avait eu envie de pouvoir lire un argument de juriste, car il semble s’en prendre pour un et avoir la caste en haute estime. Il se semble pas voir que les juristes ne sont souvent que de vains gratte-papiers qui croient pouvoir figer l’infinité de l’imagination humaine dans des codes sans cesse recommencés.

- « Tel est l’inexorable destin de toute pensée anarchiste cohérente avec elle-même : la négativité, la condamnation épistémologique à l’absence d’alternative, le vertige du pari. » :
Le paradoxe utilisé comme défense de dernier recours ? Cohérence ? Comment peut-on reprocher la cohérence de la pensée lorsqu’on se revendique libéral et donc irrémédiablement rationnel ? Négativité ? Comment ne pas voir que la liberté elle-même est négative pour laisser à l’homme tout le champ du possible et qu’il en est ainsi de même pour la société libre ? Alternative ? Condamnation ? Qui condamne qui ici ?

Mais surtout, c’est montrer une fois de plus son incapacité à se projeter dans la société libre. Car celle-ci repose sur deux strates fondamentales qui en font la seule société alliant liberté et universalité. La strate du bas, c’est le respect du droit naturel. Au-dessus, chaque propriétaire ou communauté de propriétaires construit son droit à sa guise, tant qu’il respecte le droit naturel. Il est donc possible de voir surgir une infinité de mini sociétés au sein de l’anarcapie, tant qu’elles se respectent et que l’individu y est libre. L’alternative dont l’auteur parle est donc en réalité native de l’anarcapie. L’anarcapie porte en son sein l’infinité des organisations sociales respectant le droit naturel. Qui dit mieux ? Enfin, le vertige du pari ? En quoi est-ce un argument ? En quoi est-il opposable pour un libéral de parier sur la liberté ?

- « Mais soyons de bonne guerre, acceptons de faire l’impasse quelques instants sur cette carence rédhibitoire, et voyons ce qu’un monde libertarien aurait à offrir aux partisans de la liberté. » :
Je pense avoir montré juste au-dessus qu’il n’est de carence au sein de l’anarcapie que dans la limite intellectuelle que manifeste l’auteur à son encontre.

Dans la seconde partie, l’auteur croit malin de revenir sur la question de la garantie et de plus de déformer la vision de Rothbard :
- « qu'est-ce qui garantit que le droit en vigueur dans l'utopie libertarienne sera fidèle aux valeurs de liberté ?
À cette question, celui qui reste la référence majeure des libertariens, M. Rothbard, répond que les différentes agences devraient adhérer à un « Code de base » consacrant les droits naturels fondamentaux . En l'absence d'institutions spécifiques garantissant ce respect, ce code relève du wishful thinking. » :
Cela relève de la déformation de la pensée de Rothbard, ni plus ni moins. Le code en question n’est autre que celui des Droits naturels bien sûr, mais ce n’est en aucun cas le mécanisme qui ici assure le droit en vigueur. On le sait, les fonctions régaliennes sont confiées au marché et aux services privés, ce sont eux la réponse. Et comme n’importe qui, ces entreprises doivent respecter le droit naturel, bien évidemment. Mais la question de la garantie n’est pas issue du code, ni d’un autre. Elle découle, elle est le fruit de la concurrence. Simple : une entreprise dont les services de sécurité ou de justice ne satisferait pas ses clients n’aurait le choix que de s’améliorer ou fermer. La concurrence tire donc le marché en permanence vers cette supposée utopie de « garantie », et cela bien mieux que n’importe quelle « institution » immuable et fonctionnarisée.

Mais mon analyse a dû être erronée, car l’auteur montre ensuite qu’il a compris le caractère multiple, multitude même de la société libre :
- « En réalité, il n'y aura pas un ordre résultant, mais une multitude d'ordres (juridiques) résultants, exactement autant que d'individus qui se seront institués juges. » :
C’est assez vrai, il se trompe sur le rôle du juge, mais il semblerait qu’il ait vu la multiplicité du droit, celui des propriétaires. Bravo ! Mais alors, où est le problème ?

- « Car c'est bien de cela qu'il s'agit : lors qu'on institue les juges sources unique du droit et que quiconque peut s'instituer juge, naissent autant d'ordres juridiques que d'individus qui décident de créer du droit. » :
Encore une fois, vrai et faux. On l’a vu, les juges ne sont pas sources du droit, ce sont les propriétaires. Mais en effet, la société libre est caractérisée par la multiplicité du droit. Mais pas n’importe quel droit, contrairement à ce que l’auteur implique sans le dire. On l’a vu, la société libérale a deux couches. Et où qu’on se trouve, en toutes circonstances, le Droit Naturel a cours. Il ne peut être qu’interprété par le droit local. Et c’est cela qui « garantit » la Liberté malgré la multitudes des sources de droit.

- « Comment imaginer que ces myriades d'ordres juridiques concurrents cultiveront toutes les valeurs de liberté ? Comment ne pas voir qu'adviendront nécessairement, outre des ordres libéraux, une petite Allemagne hitlérienne, un petit Cambodge de Pol Pot, une petite société moyenâgeuse où brûlent les hérétiques, bref toutes les tyrannies connues et une infinité d'autres ? » :
C’est ici que l’auteur dérape et nous montre une fois de plus qu’il n’a pas compris la société libre. Et doublement. Outre qu’il confirme ne pas avoir vu l’organisation en deux couches du droit, qui assure donc les « valeurs de liberté », il ne voit pas non plus la liberté qu’il y aurait, pour ceux qui le souhaitent, à voir naître ce qu’il appelle ces « ordres libéraux ». Pourquoi une ville ou un territoire au sein de la société libre ne pourrait-il pas être hitlérien, pourvu qu’il respecte le Droit naturel, c’est-à-dire le droit pour chaque individu de joindre ou quitter une telle communauté en toute liberté ? Encore une fois, seule l’anarcapie autorise une telle infinité de libres communautés en son sein tout en « garantissant » celle de chaque individu.

Il croit avoir trouvé une autre difficulté avec la question pratique du jugement dans un monde à l’infinité de sources de droit. Et de nous choisir un exemple en réalité très banal : « Mais qu'en sera-t-il si le mari est Norvégien et la femme allemande, ou si le couple germano-norvégien vit en Suisse et que ses biens sont partiellement situés en Italie ? » :
En fait, il raisonne à l’envers. Pour un libéral, ça la fiche mal parce qu’il raisonne en juridictions au lieu de raisonner en individus.
Car pour un libéral, sur cet exemple mais cela se généralise, le droit outre celui du propriétaire ne se matérialise que par les contrats entre personnes. Le mariage n’a donc aucun sens national, mais uniquement entre les deux adultes concernés. Ce problème n’existe donc pas.
  
- « C'est ce type de questions que traite la branche du droit appelée « droit international privé », plus précisément les règles dites de « conflit de lois ». En termes juridiques, on dira qu'il y a conflit de lois lorsqu'une situation est affectée d'un « élément d'extranéité », c'est-à-dire qu'un aspect au moins de cette situation relève potentiellement d'une loi qui n'est pas la même que celle qui paraît devoir régir le reste de la situation. Outre le conflit de lois se pose également la question du conflit de juridictions : quel est le juge compétent pour trancher le litige ? » :
Nous avons ici deux questions qui en réalité ne se posent pas en anarcapie. L’auteur ne fait rien d’autre que projeter ses inerties mentales de juriste – quand je vous disais que beaucoup de juristes ne savent pas sortir de leurs codes… Car la question de la loi applicable est en réalité bien plus simple en Libertalie – bonjour ma chère Nathalie.

Il n’y a que trois cas et pas quatre : sont applicables le Droit Naturel, l’éventuel droit complémentaire du propriétaire du lieu concerné et le ou les contrats en vigueur entre les parties. Point. Pas la peine d’aller chercher des extranéités qui ne sont que les manifestations de la maladresse du droit positif mal conçu.

Par ailleurs, la question du juge est encore plus simple. Le juge est choisi librement mais de concert par les deux parties en différend, ni plus, ni moins. On ne développera pas ici toute la procédure en cas de refus d’un juge par l’une des partie, le résultat reste le même.

Il continue dans sa croyance avec :
- « Les problèmes créés par cette compénétration ne concernent qu'exceptionnellement le commun des mortels. Dans un ordre libertarien, ils seraient permanents. Le simple achat d'un pain ou d'une pomme exposerait, en cas de litige, l'acheteur et le vendeur, qui auraient souscrit à des ordres juridiques différents, à d'inextricables problèmes de conflits de lois et de juridictions. » :
On est dans le fantasme plus que dans la logique. Il n’y a jamais de problème de juridiction en Libertalie, elle est toujours sans ambiguïté : le droit du propriétaire des lieux. Quant à l’exemple du pain, franchement, j’espère que c’est de la mauvaise foi : unicité du lieu, simple contrat tacite d’échange, où est le problème ?

- « Le moindre pas dans la rue obligerait à recourir aux services d'un avocat. Un ordre libertarien suppose un droit international privé dont la complexité serait portée à la puissance 1000, ce qui est humainement ingérable, et paraît devoir inexorablement déboucher sur la consécration factuelle du Führerprinzip : si la loi ne peut trancher, il faudra bien que quelqu'un le fasse. Répondre que les différents ordres juridiques trouveront le moyen de pallier ces difficultés techniques n'est pas satisfaisant : outre que le libertarien n'en sait strictement rien (voir point I), il est hautement probable qu'il se trouvera de nombreux petits ordres juridiques qui se voudront radicalement indépendants et qui refuseront la moindre concession, fût-elle rationnelle et d'élémentaire bon sens. » :
Tout cela n’a tout simplement aucun sens, on vient de le voir. Là où ça devient vraiment grave, c’est de voir poindre l’argument du « Führerprinzip » qu’il ne va pas manquer de nous opposer – bien que sur du sable – pour nous expliquer juste après que l’état rejaillira de l’anarchie. Ridicule, puisque tout cela n’a aucune réalité.

Et ça ne loupe pas, nous voici face à l’attaque de la présumée « Résurgence probable d'un État »

- « Comment éviter la renaissance de l'État honni ? Dans la courte fable de R. Barnett, Justice Inc. et TopCops en viennent à dominer le marché de la justice et de la police et ce sont leurs pratiques douteuses qui provoquent leur chute. Supposons maintenant que Justice Inc. et TopCops restent honnêtes et s'accroissent jusqu'à posséder 70% du marché. Ensuite elles fusionnent, se rebaptisent « État » et interdisent leurs concurrents. Barnett rétorque que l'ordre libertarien devrait adhérer à ce qu'il appelle le « principe de compétition », qui fait interdiction aux différentes agences de s'évincer mutuellement par la force. Fort bien, mais qui fera respecter ce principe si deux agences nettement dominantes prennent sur elles de l'enfreindre ? Et quelle sorte d'État naîtra de la fusion de ces agences ? » :
Je ne connais pas l’auteur et en particulier sa profession, quoi qu’il semble de nature juriste, mais il ne démontre ici aucune compréhension économique, ce qui est fâcheux quand on se croit théoricien libéral. Toujours est-il qu’il commet deux erreurs grossières. Rebaptisées « état » ou pas, 70% du marché ou pas, la nouvelle société juridique ne peut pas « interdire » la concurrence. Justement, il ne suffit pas de se décider état pour avoir un monopole de jure, et non de facto. Vous me feriez ça M. TopCops, je peux vous garantir que vous auriez aussitôt perdu ma part de vos 70%, sans que vous y puissiez quoi que ce soit, car vous n’êtes pas la police, mais la seule justice. Il est à ce propos évident qu’on ne laissera jamais une même entreprise assurer à la fois les services de police et de justice, c’est du simple bon sens.

Seconde erreur, il n’est besoin de personne pour faire respecter la concurrence. Le marché s’en charge très bien. Notre auteur-juriste a décidément du mal à se passer d’institutions matérialisables.

- « À supposer même que TopCops et Justice Inc. fusionnent (pour former Justice&Cops, Inc.) mais ne tentent pas d'évincer leurs concurrents, comment qualifier l'ordre engendré par cette fusion ? » :
Il n’y a pas à le qualifier, car ce n’est en rien un ordre. L’ordre ne vient pas des juges, mais des propriétaires, on l’a vu plus haut.

- « Des normes et des policiers pour les faire respecter, des juges pour les appliquer et des prisons pour enfermer les criminels, cela ne vous rappelle rien ? Si bien sûr : un État ! D'un genre particulier, dira-t-on, parce que les souscripteurs de Justice&Cops ont le droit de quitter cet ordre pour un autre dès qu'ils le souhaitent. Outre que c'est déjà le cas de la plupart des États aujourd'hui, cette proposition ne vaut qu'aussi longtemps que le gouvernement/les administrateurs de Justice&Cops le tolèrent : après tout, c'est à eux que revient de déterminer ce qui se fait ou pas. » :
On retrouve ici les erreurs précédentes, ce ne sont pas les juges qui font l’ordre et c’est la concurrence qui met tout ce petit monde sous contrôle pour justement empêcher ce type de dérives. Notre auteur se confirme ne pas avoir compris la société libre.

- « Les libertariens ont coutume d'affirmer, à la suite de M. Rothbard, que les structures étatiques furent, dans l'histoire, le cadre de tant de massacres, qu'il est temps d'essayer autre chose. Outre que cet argument revient à dire : l'air est pollué, j'arrête de respirer, il opère de l'histoire une lecture très sélective. » :
Juste pour sourire devant la logique de notre juriste, l’analogie ne tient pas. Ce serait plutôt, l’air est pollué, j’essaie de mettre un masque, la pollution illustrant l’état et le filtre ma liberté de m’y soustraire.

- « Les libertariens se réfèrent en effet généralement à quelques exemples historiques bien précis d'ordre libertarien, comme l'Irlande d'avant la conquête de Cromwell. Cette modestie les honore, car l'histoire est riche d'une infinité d'ordres libertariens avant la lettre, aussi appelés « états de nature ». L'on comprend bien entendu la réticence des libertariens à se revendiquer de ces états de nature, dont l'Afrique actuelle nous offre encore malheureusement de nombreuses illustrations, dans la mesure où ils se caractérisent presque constamment par la guerre de tous contre tous, le plus complet sous-développement et qu'ils aboutissent tout aussi invariablement à l'institution de ce qu'il faut bien appeler horresco referens un État. » :
Ce n’est pas un hasard si nous ne nous référons pas à l’Afrique par exemple, cela n’a rien à voir avec de la modestie, mais avec la non pertinence de l’exemple. L’Afrique ne connaît pas ou trop peu le droit foncier privatif. Trop souvent, c’est un droit tribal socialisant. Tous ses maux en découlent et cet état de nature là n’a rien à voir avec la société libre de demain.

Croyant nous avoir amenés sur le terrain de la résurgence de l’état, il vient nous contester les fondements du droit, à commencer par la Rule of Law. Ben voyons.

- « Du point de vue libertarien, ne mérite d'être qualifié de droit qu'un ensemble de normes qui consacrent les droits qui appartiennent à l'homme de par sa nature d'homme (M. Rothbard se revendique explicitement dans sa démarche des théories jusnaturalistes d'Aristote et saint Thomas). Les garanties minimales qu'offre la Rule of Law (État de droit) sont pour eux sans intérêt dès lors que seraient même simplement limités leurs droits fondamentaux. Quelles sont ces garanties minimales de l'État de droit critiquées par les libertariens ? » :
En fait, bonne question, il n’est que temps de se la poser après des pages de vomis sur l’anarcapie. Mais s’il semble avoir lu Rothbard, il est surprenant qu’il n’en ait pas tiré la réponse. Surtout qu’elle est très simple : égalité de tous devant le droit naturel, c’est-à-dire devant le droit de propriété de son corps et des fruits de son travail.

- « F.A. Hayek explique que l'État de droit possède huit caractères : des lois non rétroactives, certaines, connues, l'égalité devant la loi (c'est-à-dire des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes), un pouvoir judiciaire indépendant, une administration soumise à des règles, un système juridictionnel de contrôle de la légalité des actes administratifs et des décisions judiciaires et un Bill of Rights (Hayek est trop conscient de la faiblesse du jusnaturalisme naïf pour donner des ces droits une liste). Le principe d'égalité devant la loi (isonomie) qui fonde le concept hayékien d'État de droit définit un idéal normatif - des lois parfaitement générales, abstraites et permanentes - dont il est évident qu'il ne sera jamais pleinement réalisé : le législateur doit y tendre. »
Là on atteint un summum de mauvaise foi. Alors qu’on vient tout juste de critiquer Rothbard, hop, tadaaaa, tour de passe-passe et voici Hayek qui apparaît. Or l’Autrichien, pour respectable qu’il soit, n’a rien d’un anarcap jusnaturaliste et il est donc tout sauf la bonne personne pour répondre à la question des droits naturels.

On le voit d’ailleurs à sa liste à la Prévert de droits naturels, absolument incohérente :
-          L’égalité devant la loi, eh bien ne relève pas du droit, mais de la justice, mais c’est le terme que notre juriste emploie pour exprimer le besoin de lois réglementant des actes et non des personnes.
-          Pouvoir judiciaire et administration mis dans ce même sac, alors qu’ils sont des organes régaliens et non des droits.
-          Idem pour le système judiciaire et juridictionnel, ce dernier n’ayant aucun sens en Libertalie, on l’a vu.
-          J’adore aussi le jugement posé comme un axiome de la supposée naïveté du jusnaturalisme, mauvaise foi je vous dis.
Et on vient encore une fois me parler de libéralisme ? Mais ce plaisantin ne s’est simplement jamais posé la question de ce qu’implique l’égalité de tous devant le droit, ou alors ses facultés ne valent guère plus que celle de Nanterre en plein Mai 68.

- « Cet idéal normatif n'exige pas que toutes les normes étatiques soient générales et abstraites : un jugement, l'injonction d'un agent de police sont des normes assorties de contrainte dont on ne voit pas qu'elles puissent n'être pas individuelles . Ce que requiert en revanche l'isonomie est que ces normes individuelles (ordres, commandements) soient conformes à des règles préexistantes. Dans cette mesure, l'isonomie implique une hiérarchie de normes. Lon L. Fuller précise que si les règles de droit sont appelées à réguler effectivement les comportements, elles doivent en outre présenter les caractères suivants : être compréhensibles, possibles, non contradictoires. » :
On est bien d’accord. Tout cela est vérifié par l’anarcapie, merci bien, il aurait peut-être fallu commencer par là ?

- « Les caractères qu'Hayek et Fuller prêtent à l'État de droit relèvent de deux registres : le format des normes proprement dites (non rétroactives, certaines, connues, compréhensibles, non contradictoires, possibles) et un format institutionnel : doivent exister des juridictions indépendantes pour appliquer les normes aux sujets de droit, d'une part ; » :
Eh bien non, voyez-vous. On mélange, comme au tout début, les fonctions et les organes. Les normes, donc le droit, sont une chose. Les moyens des les assurer en sont une autre. Ce qui compte pour l’état de droit, c’est que ces normes soient en effet assurées, mais peu importe comment. Donc l’état de droit n’est pas ce qu’en dit notre ami, du moins pas au minimum.

- « pour apprécier la légalité des actes de l'administration et du pouvoir judiciaire, d'autre part. Ajoutons-y la nécessité d'instituer une juridiction qui veille à la généralité des normes, et l'on définira l'État de droit comme un État où la contrainte ne s'exerce qu'en conformité avec des règles (normes générales, abstraites et permanentes) - non contradictoires, possibles, compréhensibles, certaines, publiques et non rétroactives - et des ordres (normes individuelles), consacrant le principe de hiérarchie des normes et organisant la sanction matérielle de la violation des règles générales de conduite par un pouvoir distinct et indépendant du pouvoir normatif ; la conformité des ordres aux règles et le respect de la métarègle (généralité des règles) sont contrôlés, par un (des) pouvoir(s) distinct(s) et indépendant(s) du pouvoir normatif. » :
Tout cela est donc inutile. Un point important cependant. On remarque que l’auteur comme Hayek semblent incapables d’imaginer des mécanismes de contrôle autres que des institutions disposant d’un « pouvoir ». Jamais ne leur vient à l’idée que le marché puisse assurer ce contrôle sans pour autant ne créer de pouvoir – autre que celui du consommateur, donc de tout le peuple.

Je saute les quelques lignes suivantes, purement historiques et sans apport à notre débat. Il conclut juste que, grande nouvelle, le despotisme se caractérise par :
- « Un pouvoir arbitraire. Est arbitraire ce qui n'est pas conforme à une règle préexistante. L'arbitraire de celui qui veut le bien n'est pas moins arbitraire que l'arbitraire de celui qui poursuit un intérêt particulier : l'arbitraire n'est pas une question morale. Arbitraire et despotique sont synonymes. Est libre celui qui n'est pas soumis à la contrainte d'autrui. La contrainte qui s'exerce de manière arbitraire est imprévisible et inévitable. La contrainte qui s'exerce conformément à des règles préétablies est prévisible et évitable. En tant qu'il permet d'éviter la contrainte, l'État de droit est l'instrument de réalisation de la liberté individuelle. » :
C’est très paradoxal cet extrait, et cela montre l’ampleur de l’écart d’analyse entre nous. Je ne peux que souscrire à tout ce qu’il rappelle ici, bien évidemment. S’il croit venir apporter un argument contre les libertariens, il se trompe totalement.

- « Les libertariens s'inscrivent en faux contre cette affirmation : mieux valent, du point de vue de la liberté, les injonctions arbitraires d'un Souverain bien intentionné que les règles d'un Prince totalitaire. William P. Baumgarth a thématisé cette critique dans le Journal of libertarian studies. Rappelant que la distinction entre règles (normes générales) et ordres (normes individuelles) est au centre du concept hayékien d'État de droit, W. Baumgarth écrit : « constatant que même des règles négatives peuvent être coercitives, nous devons nous demander si réellement l'obéissance à des règles nous rend plus libres que l'obéissance à des ordres » .
Or, F.A. Hayek le libéral a raison contre W. Baumgarth le libertarien. » :
Outre que la première phrase est fausse, on vient de le voir, où sont les arguments s’il vous plait ? Pourquoi serait-ce forcément Hayek qui aurait raison, alors qu’on vient de voir que rien n’est moins faux ?

Je saute la suite sans intérêt pour me saisir de la prochaine phrase clé qui est on ne peut plus symptomatique de son incompréhension de la société libre et de l’anarcapie :
- « L'anomie n'existe pas dans les sociétés humaines. » :
Je renvoie le lecteur au début de cet article, où je rappelais que « on reproche souvent aux anarcaps de vouloir le désordre puisqu’ils souhaitent l’anarchie ; c’est confondre anarchie et anomie ». N’est-il donc pas fantastique de prendre ainsi l’auteur en flagrant délit de cette confusion alors qu’il la récuse lui-même ? Il se confirme donc bien que depuis le début, notre ami n’a pas su voir que la Libertalie dispose des fonctions « étatiques » et n’est donc pas sans règle si sans ordre, mais parce qu’il n’y retrouve pas les organes ou institutions auxquels il est habitué, il est perdu et ne sait plus voir les choses.

- « L'État de droit formel est une condition nécessaire mais non suffisante de la réalisation de l'idéal de liberté. C'est ce que n'ont pas vu les libertariens, tout à leur poursuite de la réalisation absolue de leurs droits absolus. » :
Amusant non de voir l’arroseur arrosé ?!

Reste un passage qui, hors du bruit général se distingue un peu, qui ne mérite juste de rappeler combien il confirme mes arguments précédents :

- « Comment en effet les règles en vigueur pourraient-elles atteindre à un niveau acceptable de certitude quand le simple fait de parcourir une rue expose le promeneur aux normes — en ce compris le bon vouloir de despotes improvisés — de trente ordres juridiques concurrents ? Comment et pourquoi les différents ordres juridiques devraient-ils veiller à la non-contradiction de leurs normes ? » :
On a vu que cette vision des choses ne repose sur aucune réalité et que l’argument est vide de sens.

Mais voilà que notre ami se croit en mesure de mettre en défaut Rothbard comme Hoppe. Moi je dis qu’il mérite le Nobel. Ridicule.
La partie sur Rothbard n’a en fait qu’un rapport très limité avec le sujet général et à part lui reprocher de ne pas suivre Hayek, sa critique est bien vide – car sur le être et devoir être, Hoppe est depuis largement passé par là pour remettre tout en place…
Idem pour Hoppe, l’auteur a en fait glissé dans son argumentaire de questions de droit et d’institutions à la question de la morale, ce qui est totalement orthogonal et sans rapport. Ne pouvant pas les contredire sur le droit, il part sur la morale.

Pour finir par dire une grosse bêtise au sujet de Hoppe :

- « Voilà certainement une tentative ingénieuse et intéressante d'utiliser l'éthique de l'argumentation de Karl-Otto Apel et Jürgen Habermas au service de l'axiome de M. Rothbard. Mais elle n'est pas convaincante : que la pensée (éthique ou autre) suppose l'argumentation reste à démontrer. » :
Eh bien justement, c’est ce que Hoppe a démontré, la charge de la contre-preuve est donc vôtre, cher ami. Et essayez donc de penser sans recours à la logique….

Il est même carrément de mauvaise foi ici où il glisse un faux argument :
- « En outre, l'argumentation suppose sans doute le contrôle d'une partie de mon corps et de l'espace où je me trouve, mais le contrôle n'est pas l'appropriation . Serai-je considéré comme le « légitime propriétaire » de tous les espaces où je me serai aventuré à causer avec autrui ? » :
Ce n’est pas ce que suppose ou dit Hoppe, justement. Hoppe ne parle pas de l’espace, seulement de son propre corps. Donc le contester en lui faisant dire des choses qu’il ne dit pas semble un peu faible.

Nous sommes dimanche matin, il me fatigue ce pseudo-libéral, je n’ai pas envie d’aller plus loin. Je pense qu’on aura largement compris qu’il ne connaît pas le sujet et raconte des bêtises, c’est tout ce que je voulais montrer.

Thursday, September 19, 2013

Un an de liberté avec LIBRES !

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Un an de liberté avec LIBRES !

Il y a un an exactement, le 20 septembre 2012, paraissait dans les librairies l’ouvrage collectif « LIBRES ! ». 100 Auteurs, 100 idées en 100 pages recto/verso sur des sujets quotidiens ou académiques, les fondamentaux du libéralisme, comme des expériences bien humaines de la vie. Nous avons à cette occasion et pour marquer la journée du 20 septembre, initié la première Journée de la Liberté, qui curieusement n’existait pas encore.
Écrit par cent auteurs de manière totalement bénévole, Libres ! devint le premier livre à la fois collectif, spontané, accessible et entièrement dédié à notre liberté à tous, dans un monde où le politiquement correct croyait l’avoir définitivement rendue taboue.

Sur 9 mois, les 100 auteurs ont travaillé ensemble, pourtant sans se connaître tous. Leurs textes réhabilitent la Liberté comme fondement social, elle est reconnue comme solution logique de bien des problèmes. Grâce à un comité scientifique, des universitaires parmi les plus reconnus et de simples citoyens issus de tous les milieux ont collaboré au bol d’air qu’est « Libres ! ». 100 supporters sont venus les encourager, mettant ainsi 200 bénévoles au service de cette aventure humaine.

Cette expérience unique en son genre a permis de mettre les idées du libéralisme dans bien des mains qui en étaient restées vierges. Ainsi, déjà plus de 4000 exemplaires ont été écoulés, et diffusés auprès de 500 journalistes et 100 personnalités du monde du spectacle, du sport ou des affaires.
Nous sommes fiers d’avoir réussi ce que beaucoup qualifiaient d’impossible – jusqu’à pouvoir prétendre à la reconnaissance du Guiness Book pour le record mondial du nombre d’auteurs dans un même ouvrage, mais hélas invalidé car seul un ouvrage en langue anglaise était admissible.

Après un an de diffusion en format papier pour moins de 12€ sur Amazon, et 5.99€ en édition numérique, nous allons lancer la phase finale de ce projet libre de droits et de reproduction en diffusant le manuscrit intégral en format PDF gratuitement et ainsi permettre la diffusion et l’accès le plus large et le plus simple aux idées de la liberté.
Nous vous encourageons à télécharger cet ouvrage, le lire, le faire lire, le donner, l’envoyer par email ou le mettre librement en partage sur internet et vos blogs ainsi que sur les réseaux sociaux. Si nous voulons faire triompher un jour une vie en société harmonieuse, une création de richesse durable et légitime ou plus simplement que chacun puisse vivre sa vie comme il le souhaite, il est de la responsabilité de chacun de participer à l’effort et faire connaître ce qu’est vraiment le libéralisme.

LIBRES ! n’est qu’un des nombreux ouvrages sur le sujet, mais il reste un excellent outil pour faire progresser la liberté à une époque qui l’accuse injustement de tous les maux.
Les auteurs et la Liberté compte sur votre participation à cette aventure, qui n’est pas finie…

Pour télécharger gratuitement votre exemplaire de LIBRES ! en PDF cliquez ici.

Pour le commander en édition papier sur Amazon, cliquez ici.

Pour le commander en format Kindle sur Amazon, cliquez ici.


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Tuesday, September 17, 2013

Quelques mythes aux logiques de la sécurité informatique

Plus je lis d’articles dans la presse pourtant dite spécialisée, plus je me convaincs que – un peu comme en politique – il y a vraiment beaucoup de charlots qui ne comprennent rien à ce qu’ils racontent, ou s’appuient sur une compréhension erronée de la réalité, ce qui revient au même. Et ceci autant chez les experts que chez les journalistes.

Il y a ainsi un certain nombre de mythes, de sujets où on rencontre des articles et des opinions (*) les plus loufoques, faux ou imbéciles (cochez la mention inutile selon l’humeur du jour). J’en ai fait une liste à la Prévert sans prétention d’exhaustivité que je vous propose de parcourir et de remettre face au bon sens, en essayant de rester abordable par tous.

La sensibilisation des dirigeants

Beaucoup de « responsables de la sécurité informatique » se plaignent ou indiquent aux nombreuses enquêtes régulières du manque de sensibilisation de leurs dirigeants au risque que représente vraiment le manque supposé de sécurité au sein des entreprises. Et dès lors, le frein que cela représente à leur activité – celles des RSSI – et à leur fonction, par exemple par manque de moyens accordés. Pourtant, je considère que, sauf rares exceptions, il n’en est rien.

J’ai eu l’occasion de rencontrer assez souvent des grands patrons, ou du moins des membres de ce que les anglo-saxons appellent la C-suite. J’ai toujours et sans exception été frappé par la vision extrêmement claire et pertinente de ces personnes le plus souvent brillantes quant au rôle et aux enjeux joués par la sécurité au sein de leur entreprise.

Certes, il est tout aussi vrai que ces cadres-sups souvent peu techniques n’ont que rarement une compréhension fine de ce qui se passe vraiment dans un système d’information et notamment du concept même de faille de sécurité. Mais il n’y a là rien que de très logique puisque c’est précisément le rôle du RSSI ou CISO que de savoir faire le lien entre les deux niveaux. Une autre façon de dire que ceux qui se plaignent parlent moins de leurs chefs que d’eux-mêmes, en fait.

Car la méprise totale de ces RSSI frustrés, c’est de ne pas avoir su comprendre que la sécurité informatique fait partie du business, de tout business, et que la seule manière de la justifier à un CFO ou CEO, c’est de lui expliquer qu’elle est ou sera construite dans les systèmes comme le business l’exige – et non comme les hackers ou la conformité l’y forcent.

Les big chiefs commettent cependant souvent une erreur sans s’en rendre compte. Celle de penser que l’évidence naturelle qui est la leur d’intégrer la sécurité au business ne se fait en fait pas aussi automatiquement lors de la mise en place et en œuvre des systèmes d’information. Ce qui crée un écart réel mais incompris, par eux-mêmes comme par les RSSI. Mais cela n’est pas un problème de sensibilisation, mais de partage de la réalité.

Relier la sécurité au risque

Un autre phantasme de beaucoup de RSSI et même hélas de certaines normes, comme l’ISO 270xx et la 27005 en particulier, c’est de veiller, mettre l’accent sur le lien entre le risque métier et le risque « sécuritaire ». Comme ancien Risk Manager moi-même, je ne dirai pas, soyons clair, qu’il est mal de veiller à ce que ces deux métiers se parlent. Là n’est pas le problème, bien au contraire.

Le problème tient à la notion même de risque, qui est fondamentalement différente en informatique par rapport à l’acception générale de ce terme dans le reste du monde. Autrement dit, lorsqu’un RSSI parle de risque, neuf fois sur dix il parle en réalité d’autre chose. Et quand bien même il parlerait réellement de risque, il ne dispose que très rarement des données lui permettant d’exprimer sa réalité opérationnelle en de tels termes. Et ainsi souvent, lors de sa communication vers la C-suite, le résultat n’est qu’un élargissement du fossé de compréhension entre les deux et voir chacune des deux parties encore plus frustrée.

La raison tient à la réalité intrinsèque du risque sécuritaire. Un risque est constitué de deux grandeurs. Un « impact », qui exprime la conséquence négative maximale que l’événement considéré pourrait provoquer sur l’entreprise, en termes financiers. Et une probabilité dudit événement, entre 0 et 1 et qu’on cherche en général à réduire à zéro.

Or la nature de l’informatique fait que ces deux concepts n’ont pas de réalité informatique. Connaître, mesurer l’impact suppose d’avoir une vision extrêmement claire de la manière dont chaque application, sous-système et autres contribue aux risques métiers. Sauf pour des entreprises de structure et processus simples, il est très rare que cela soit le cas et que le RSSI sache (au sens ait les moyens de) faire une telle estimation, autre que très grossière.

La probabilité quant à elle n’a tout simplement pas de sens. Il n’y a en sécurité que deux états, pas trois ni cent. Un système ou une application est vulnérable ou ne l’est pas. Le hacker a trouvé une faille ou pas. Le risque n’a donc de matérialité que s’il y a vulnérabilité. C’est donc binaire, 0 ou 1.

Certains tentent de s’en sortir en assimilant la probabilité à des choses comme l’idée d’une « densité de vulnérabilités », où la probabilité croîtrait avec le nombre de failles en présence. Mais la réalité, c’est qu’une seule vulnérabilité suffit pour qu’un hacker puisse pénétrer.

Sur la base de ces concepts, l’analyse des risques sert souvent à identifier des priorités d’action, celles en réponse aux risques les plus forts, le plus souvent. On voit généralement ainsi figuré le niveau de risque visé suite à ces mesures, niveaux forcément plus bas, avec une flèche entre avant et après. Neuf fois sur dix, les flèches obliquent du coin supérieur droit vers le coin inférieur gauche (du plus de risque au moins de risque).

Sauf que ce n’est presque jamais vrai. Car lorsqu’on colmate une faille, on ne change pas l’impact, on ne change que la probabilité. La flèche doit donc être verticale (ou horizontale, selon les axes). Mais pas oblique. C’est un détail ? Allez dire cela à celui qui vous finance. Combien ont des flèches obliques chez eux ?

L’analogie du maillon faible

Pour finir avec la notion de risque, on prendra l’analogie avec le maillon d’une chaîne, souvent utilisée comme illustration, par exemple sur l’enquête 2012 de Ernst & Young. Elle relève de la physique où la résistance des matériaux peut être approchée par analyse statistique. Sur une chaîne, un maillon peut rompre, mais en réalité c’est la chaîne qui rompt et il suffit de la renforcer pour régler le problème. Rien de tel en sécurité informatique. Si un maillon doit rompre, cela ne devra rien au hasard.  Et personne ne s’en apercevra.

Internet n’est pas sécurisé

On trouve assez fréquemment des articles qui croient malin de rappeler que Internet n’est pas sécurisé, c’est-à-dire que la sécurité ne fut pas prise en compte lorsque Ethernet, TCP/IP, DNS et les autres piliers mêmes du réseau furent conçus et établis. Ce n’est certes pas faux de prime abord, mais c’est en réalité montrer une incompréhension profonde de ce qui constitue la sécurité des informations.

Le sécurité ne concerne de manière profonde que les données. Internet n’a comme fonction que de transmettre des données de A à B. Et il fait cela très bien, il est assez fiable, et donc sûr d’une certaine manière, pour avoir été adopté pour cette fonction. Mais jamais Internet ne pourra sécuriser des données dont il ne sait pas si elles doivent l’être ou pas.

Il n’y a que le propriétaire des données qui peut savoir et décider du besoin de sécuriser ses données et contre quoi ou qui. Dire que le réseau n’est pas sécurisé, c’est donc ne pas comprendre la sécurité. Au mieux, c’est dire que les gens ou entreprises qui ont des données ne les sécurisent pas « suffisamment » avant de les confier au Net pour les transmettre. C’est très différent.

Je mets « suffisamment » en guillemets parce que là encore il n’y a pas de ligne absolue, et c’est souvent mal compris. On pourrait ainsi à l’inverse dire que Windows est sécurisé – Microsoft ne s’en prive pas – sous le prétexte, inverse de celui d’Internet, qu’il offre de nombreuses fonctions et paramètres pour protéger les données sous son contrôle. Quiconque a pu constater combien il est facile d’accéder à des données sous la plupart des machines Windows comprendra. Or les deux extrêmes sont tout aussi faux.

Pour que Windows soit « suffisamment » sécurisé, il est nécessaire de savoir ce qu’il y a à sécuriser et envers qui, puis configurer le système pour qu’il respecte ce qu’il est convenu d’appeler une politique ou un modèle de sécurité. Ce n’est pas garanti d’être suffisant, mais c’est déjà pas mal dans bien des cas. De la même façon, pour que le Net soit sécurisé, il faut par exemple chiffrer les données sensibles qui transitent.

Ce n’est ni à Windows ni au Net de sécuriser quoi que ce soit. Ce malentendu est d’ailleurs à mon sens la source de 90% des incompréhensions entre le management et les opérationnels, le premier ne comprenant pas que les seconds n’aient pas spontanément sécurisé les systèmes techniques selon leur vue des enjeux, vue qu’ils n’ont pas eux-mêmes spontanément exprimée sous forme de politique exploitable. Là est un des vrais enjeux.

Le rôle de l’état sur le Net

Depuis l’affaire Snowden, mais aussi un peu avant avec le virus Stuxnet, les journalistes ont repris goût à la question du rôle de l’état sur le Net  et dans les questions de sécurité en général. Il n’est pourtant pas très difficile de comprendre qu’aucun état n’a quelque légitimité que ce soit sur le Net.

Il y aurait là de quoi écrire une thèse en droit et une thèse en informatique, mais essayons de voir les arguments principaux. Tout d’abord, Internet est un monde virtuel, sans aucune réalité matérielle et où les notions  de base de droit ne sont absolument pas applicables. Il n’y a pas de juridiction car il n’y a pas de territoire et il n’y a pas de frontières pour limiter le champ de l’état. Il n’y a pas de droit car il n’y a pas de propriété – et il n’y a pas de propriété parce qu’il n’y a pas – sauf de rares cas très précis – de conflit d’accès à la ressource informatique. Il n’y a pas de cyber-guerre parce qu’il n’y a pas de victimes ni d’ailleurs de cyber-citoyens. Oui je sais, cela va à l’inverse de tout ce que dit le droit positif moderne sur la question. Mais le droit positif montre souvent plus de côtés négatifs que le simple bon sens.

Un autre angle de vue consiste à revenir à Max Weber qui nous définit l’état comme une organisation ayant le monopole de la violence sur un territoire – ladite violence étant réputée servir à assurer l’ordre. On constate simplement que sur Internet, il n’y a aucun territoire, encore moins monopolisable, il n’y a pas d’ordre à faire régner et il n’y a pas non plus de violence physique. Donc l’état n’a aucune légitimité sur le Net qui n’en a simplement pas besoin.

Je m’arrête ici sur ce sujet, car il mériterait un ouvrage. Je suis sûr d’en choquer plus d’un avec ces propos. Si vous n’êtes pas convaincus, demandez-vous si vous ne confondez pas le matériel qui constitue ce qu’il faut pour donner vie à Internet et Internet soi-même.

C’est crypté

Parmi les sujets qui touchent à l’état justement, il y a le chiffrement, la cryptographie en français plus courant. Et c’est un sacré trompe-l’œil, car la cryptographie constitue le seul véritable moyen de protéger les données en informatique lorsqu’il n’est pas possible d’assurer un contrôle d’accès logique efficace.

De ce fait, on trouve de plus en plus de crypto un peu partout, dans les échanges, les VPN, les bases de données, les systèmes d’authentification ou de signature et j’en oublie. De la même façon, on trouve de plus en plus d’outils ou produits qui offrent du chiffrement. Mais quel chiffrement ?

A de rares exceptions près, tous les algorithmes de chiffrement font l’objet d’une autorisation étatique. Pas de la part de tous les états, mais disons que tous les états acteurs sur le Net ou ayant des velléités de voir le Net mis sous contrôle ont une réglementation en matière de chiffrement. Ainsi en France, l’usage de produits est autorisé, mais inventer et utiliser sa solution à soi ne l’est pas a priori. Et l’usage de quelques algorithmes reste interdit au public.

La raison en est invariablement simple : l’état veut pouvoir déchiffrer vos messages et vos données, il veut pouvoir surveiller ce qui se passe, ce qui se dit et ce qui s’échange. Le recours au chiffrement pour protéger ses données personnelles est ainsi une vaste bouffonnerie, puisque ces messieurs peuvent lire ce qu’ils veulent.

Il n’y a donc qu’une seule solution à ce problème : protégez vos données vraiment sensible en utilisant un algorithme non autorisé par l’état, ce sont les meilleurs et les seuls qui protègent vraiment. Une amende ? C’est un prix à payer.

Le syndrome de l’antivirus

Outre les produits de chiffrement, la sécurité est aujourd’hui assurée pour la plus grosse part par des « solutions », des produits logiciels commerciaux dont l’anti-virus est celui connu par le plus grand nombre, y compris la ménagère de 50 ans. Et ces produits se veulent assurer la sécurité qui sinon serait absente de nos systèmes. Cela est faux pour une bonne part.

Constatons tout d’abord que tous les systèmes ne sont pas égaux face aux virus. Windows a toujours été une passoire noyée par les virus alors que la chose est beaucoup plus rare pour ce qui concerne Linux, Unix et MacOS. Un bon système ne devrait tout simplement pas rendre les virus possible. Et donc le concept même d’antivirus est une insulte à la sécurité informatique.

Mais on s’aperçoit vite qu’il y a bien d’autre produits de sécurité dont le besoin même est aberrant, dans la mesure où leur n’existence ne se justifie que par déficience des systèmes d’exploitation. Les systèmes d’IAM sont un autre exemple de fonction certes très générale de contrôle d’accès logique, mais qui ne s’explique que parce que les OS n’ont pas la capacité d’utiliser des comptes selon des modèles externes.

Un des problèmes de la sécurité informatique vient donc du recours à des systèmes d’exploitation qui reposent sur un modèle de la sécurité sur le Net qui remonte au temps d’avant le Net et ne permet pas de modéliser les véritables organisations des entreprises complexes mais réelles.

L’open source n’est pas sûr

Quand on voit combien les systèmes ‘commerciaux’ sont peu ou mal sécurisés et de vraies passoires dans la réalité, il est surprenant, voire amusant d’entendre régulièrement cette légende qui voudrait que les systèmes et applications dits open-sources ne sont pas assez sécurisés ou sécurisables.

En fait, les entreprises qui achètent des machines et choisissent les OS pour les faire fonctionner tiennent un raisonnement faux. Elles constatent avec justesse que les systèmes sont des passoires et cela le plus souvent parce que les éditeurs livrent des versions qui ne sont pas absolument débuggées et qui présentent donc des failles. Elles se disent ensuite, toujours avec justesse, que face à de telles circonstances, en particulier en cas de piratage, elles n’ont pas les compétences pour sécuriser « à chaud » ces systèmes.

Elles cherchent donc à pouvoir se retourner vers des spécialistes qui pourront leur assurer les meilleures compétences face à ces questions. Et elles tombent alors dans le piège tendu par les éditeurs. Ceux-ci se placent comme les meilleurs spécialistes de leur propres produits et donc les sauveurs des passoires qu’ils ont réussi à vendre auparavant.

Pourtant, un Linux est en réalité bien plus fiable et sécurisé comme sécurisable qu’un Windows bancal et poreux. Le gros avantage d’un Linux, c’est que toute la communauté travaille sans relâche pour blinder ce système. Un Linux est donc en standard bien plus robuste et bien moins perforable qu’un Windows. Alors pourquoi toujours garder Microsoft ?

Parce que, paraît-il, comme il s’agit d’un open source, on ne peut se retourner vers personne en cas de bug. Si l’entreprise est prise dans une crise à cause d’un bug Linux, aucun recours n’existe, la seule option est de faire appel à des spécialistes, mais qui ne seront pas responsables du bug.

C’est là une logique de courte vue. Parce que les Linux étant bien plus robustes que Windows, il y est proportionnellement rare de connaître des failles de sécurité. Et c’est ce qui devrait primer. Le recours à des experts reste toujours possible, il y existe un vaste marché des experts sécurité open source. Et comme l’open source ne coûte presque rien, ni le TCO ni la sécurité objective ne plaident en faveur des éditeurs. Mais leur marketing a réussi à faire peur et nous sommes dans une société où la peur prime...

Le paradigme du bastion

Avec l’arrivée d’Internet et surtout celle des firewalls, les entreprises et autres organisations ont peu à peu ouvert leurs systèmes pour profiter de l’immense potentiel offert par le concept d’entreprise étendue.  Bien sûr,  les systèmes étant rarement conçus dès l’origine pour être totalement ouverts, les firewalls ont servi d’espèce de ponts levis entre le monde extérieur sauvage et un réseau interne tout aussi chaotique mais du moins supposé à l’abris. Tout le monde sait cela.

Ce paradigme de la forteresse a connu de beaux jours, la robustesse des ponts levis aidant et les architectures à base de DMZ se sophistiquant. Les attaques elles aussi allant croissant, en nombre et peu à peu en complexité, le paradigme de la forteresse est devenu celui du bastion, ou de la défense en profondeur, où au lieu d’avoir une seule enceinte, les barrière s’enchaînent en cercles intérieurs, une peu comme Minas Tirith, forteresse superbe du Gondor.

Malheureusement, ce type de paradigme est une erreur de conception depuis le début. On le voit dans le film, Minas Tirith est plus difficile à percer et à prendre que le Gouffre de Helm qui a moins de remparts. Mais elle aurait cédé tout autant sans l’arrivée des secours. Avec la puissance des APT actuels, peu importe la défense en profondeur. Ce qui compte, c’est soit une sécurité sans faille, soit la prise de conscience que les hackers finiront par passer.

De plus, à l’intérieur de chaque enceinte, les systèmes se supposent à l’abris et plus aucune – ou rare – mesure ne vient se mettre sur le chemin des hacker ayant réussi à arriver jusque-là. Et les vols et autres dégâts sont désormais en rapport.

Bien sûr, sécuriser un système qui n’a pas été conçu pour l’être peut coûter cher, surtout a posteriori. Mais il n’y a pourtant que deux cas dans notre monde. Soit une application ou ses données sont vraiment sensibles et doivent être sécurisées. Et dans ce cas ce n’est pas Minas Tirith qu’il faut car elle ne suffira pas, mais ce sont les données elles-mêmes qu’il faut sécuriser. Soit l’enjeux est moindre voire absent, et dans ce cas pourquoi ne pas ouvrir totalement les systèmes, histoire qu’au moins on gagne sur la fluidité ?

Encore une fois, on ne peut pas raisonner en informatique avec les notions de risques du monde réel. C’est un monde binaire et les arbitrages ne peuvent eux aussi qu’être binaires.

La non-sécurité est une fatalité

Ainsi, en cumulant toutes les erreurs précédentes et bien d’autres, on en arrive avec la conviction implicite des uns et des autres qu’il n’est pas, sinon plus, possible d’assurer une véritable sécurité informatique, le sujet et les systèmes étant devenus trop complexes. Il n’en est bien sûr rien.

Il est parfaitement possible de constituer un système, sous-système ou application absolument sûr. Ou même simplement « très » sûr. Les militaires le font, en isolant leurs systèmes, par exemple. Ou en chiffrant strictement tout. Et sans dépendre en aucune façon de logiciels commerciaux farcis de failles. Il n’y a aucune difficulté. Il juste un budget.

Et il faut juste savoir ce qu’on veut. Et c’est précisément sur ce point que beaucoup d’entreprises pèchent. Comme l’histoire a fait que le paradigme du bastion s’est imposé à une époque où les hackers étaient moins forts, elles ont pris l’habitude de poser comme principe que ce qui prime, c’est la simplicité des échanges et la fluidité des communications internes comme externes.

Avec comme conséquence que très souvent, les systèmes ou données réellement sensibles, quand ils sont connus ce qui n’est pas si fréquent, sont noyés indistinctement au sein d’un réseau peu sécurisé et eux-mêmes sans sur-sécurisation particulière. Ou comme autre conséquence que les équipes des RSSI sont vues et se voient elles-mêmes, ce qui est pire, comme des empêcheurs de développer en rond. Alors que la sécurité devrait être un enjeux primaire des DSI.

Il n’y a qu’une seule issue, me semble-t-il. Il faut que les RSSI cessent de vouloir boucher les trous de leurs gruyères et avec le budget ainsi économisé, se concentrent sur la mise en place de bastions dignes de ce nom et dans lesquels la sécurité des quelques données qui le nécessitent soit réelle. Mais attention, un vrai bastion. Pas derrière un simple firewall. Derrière les deux seules mesures qui sont quasiment inviolables sans coûter une fortune : le chiffrement basé sur des algorithmes non autorisés et une authentification par empreinte digitale, disponible en standard sur de nombreux PC.

On peut aussi hacker de tels systèmes ? Certainement. Mais cela sera cher. Les données dérobées seront donc très chères. La dissuasion fonctionnera donc pour le plus gros de la foule. Pour les données hyper-sensibles, ou s’il s’agit de se protéger des chinois, la solution reste encore plus simple : ne les mettez pas sur le réseau. Non, il n’y a pas de sécurité sans risque – on reboucle…


(*) J’ai écrit un article sur Contrepoints dont la thèse est de contester la notion d’opinion politique, dans la mesure où la théorie ne laisse aucune place au doute, seul le libéralisme est humaniste et viable. C’est un peu la même chose en sécurité, on peut exprimer plein d’avis, mais il n’y a qu’une seule réalité technique, une seule interprétation correcte.

Friday, August 16, 2013

Cinq critiques sur les "libertarians"...

L’article ci-contre, publié le 14/08, traite des « libertarians » aux Etats-Unis, mais sa traduction un peu rapide me donne l’occasion de clarifier et l’usage de ce terme et certains des concepts qu’on lui associe, ici comme là-bas.

Le terme de « liberal » est connu pour avoir été peu à peu galvaudé aux USA et aujourd’hui être synonyme de « gauchiste » ou « leftist ». De ce fait, s’est développé peu à peu le terme de « libertarian » pour reprendre la place des concepts libéraux classiques. Ce mot n’est donc pas prima facie le strict équivalent de notre « libertarien » français, concocté par Henri Lepage pour embrasser minarchistes et anarcho-capitalistes.

Là où cela devient croustillant, c’est qu’en plus, de grands auteurs jouent avec les termes et sont souvent mal compris. On pense ainsi à Murray Rothbard qui ne parle jamais que de « libertarian » pour évoquer les libéraux – jusque-là tout va bien – mais ce faisant pour exprimer le seul libéralisme possible pour lui, c’est-à-dire l’anarcapie. Là, j’en vois qui rigolent moins, mais ce sont bien sûr ceux qui n’ont pas compris le libéralisme. La lecture de cet article mérite, et je vais m’y essayer, d’être faite avec ces différentes nuances en tête.

Pour revenir donc à l’article, il commence par tenter de récuser comme premier point que : « 1. Les libertariens sont un groupe marginal de « hippies de droite », terme dont Ayn Rand nous aurait affublés. Et d’expliquer que « suivant les sujets, les libertariens sont aussi souvent d’accord avec les gens de droite qu’avec ceux de gauche » et que même « il y a des libertariens dans tout le spectre politique et dans les deux principaux partis ». Aïe. Pas d’accord.

On constate en effet en France qu’il y a des gens qui se disent libéraux et qui avancent, affichent des sensibilités de gauche comme de droite. Il y a les Libéraux de Gauche, Alternative Libérale a été à un centre plutôt gauche avec son chèque éducation et à l’inverse le PLD est plutôt dans la mouvance UDI-UMP, donc vaguement à droite. Reason, la revue ayant publié l’article original, aurait donc raison : en France aussi il y aurait des libéraux un peu partout sur le spectre.

Mais quand on parle en France de libertariens, c’est pourtant une autre histoire. Car un libertarien, ça pose avant tout la propriété privée comme valeur de base. Bien sûr, il y a aussi le principe de non-agression, mais in fine, pas de liberté ni de fonctionnement social sain sans une propriété privée mise à un niveau quasiment sacré. Et je ne parle pas de l’état. Dès lors, les impôts et autres fantaisies fiscales, qui sont bannies et donc des concepts comme le chèque éducation ou le revenu universel qui deviennent impensables car supposant un financement par la fiscalité – ou par l’inflation, autre mode de fiscalité. Il est donc difficile d’être libertarien et de gauche. Rothbard ou Hoppe je pense le diraient, être libéral et de gauche, c’est une illusion, une plaisanterie.

L’article continue avec comme second point de débat que « 2. Les libertariens ne prêtent aucune attention aux minorités ou aux pauvres ». Il est dommage que le texte sur cette partie soit assez confus et manque en fait complètement sa cible. Il part sur des considérations gauchisantes – tel le fameux chèque éducation – pour tenter de montrer que les libertariens ne sont pas que de simples égoïstes de droite, mais oublie rien de moins que l’argument principal.

Car lorsque que Ayn Rand – et dieu sait que je ne porte pas spécialement cet auteur dans mon cœur – fait dire à John Galt « je ne vivrai jamais pour le compte d’un autre », elle véhicule par cette phrase toute la logique économique et morale libérale. Et celle-ci explique très bien que la meilleure façon de s’occuper des pauvres, c’est de leur offrir une société dont les conditions leur permette de se prendre eux-mêmes en charge, avec succès. Et de même, lorsque Rothbard et Mises construisent toute la théorie autrichienne d’économie, ou Bastiat avec « ce qu’on ne voit pas », ou encore Hazlitt et son économie en une leçon, ils passent leur temps à mettre l’accent sur le consommateur, c’est-à-dire le peuple.

Le libéralisme repose sur le capitalisme pur, sur l’idée que le rôle du marché est précisément de récompenser par le profit l’entrepreneur qui aura servi le plus grand nombre, sur l’idée que le progrès économique qu’apporte la liberté se traduit par une baisse des prix et une hausse de la qualité inéluctables qui profitent au plus grand nombre. Et de plus, la charité, seule vraie forme de solidarité, est omniprésente chez les libertariens. Mais bien sûr aussi, que ceux qui sont pauvres parce qu’ils ne s’investissent pas dans la société n’ont que ce qu’ils méritent.

Ensuite, nous avons droit à un « 3. Le libertarianisme est un club réservé aux hommes » assez imbécile mais qui est en effet une critique que nous avons souvent à subir. L’article rappelle avec justesse le rôle clé de certaines femmes, aux USA. En France, je me bornerai à constater que les membres les plus actifs de notre Mouvement sont particulièrement équilibrés entre les deux sexes.

La critique suivante prétend que « 4. Les libertariens sont pour la drogue, pour l’avortement et contre la religion », en gros que nous serions libertins ou libertaires. Ce serait bien sûr ne pas comprendre la différence profonde qu’il y a entre autoriser et promouvoir. Ou entre admettre pour les autres sans pour autant pratiquer soi-même. Le libertarien considère qu’il n’a rien à interdire à quiconque tant que cela ne remet pas en cause ses propres droits de lui aussi faire ce que bon lui semble. De plus, il y a des sujets ouverts, insolubles même, comme l’avortement et l’euthanasie, mais qui trouvent chez les libertariens une solution simple de part justement le droit de chacun de pratiquer comme il lui sied.

Il y a cependant une limite pratique à ce raisonnement, parfois compris de manière un peu simpliste par de nombreux libéraux qui pensent pouvoir se définir ainsi comme des gens structurellement tolérants envers autrui. Ils oublient que la société libertarienne est une société entièrement privée, où aucun espace n’est public et donc où chacun à chaque instant est soumis certes au droit naturel, mais aussi aux règles posées par le propriétaire de l’instant.

Et s’il est possible que, comme sur les routes actuelles, tout le monde puisse circuler librement sur certains espaces, puisse s’exprimer sans contrainte, il est tout aussi possible qu’au contraire, les propriétaires décident de faire le tri. Et n’autoriser leurs routes ou leurs espaces qu’à de riches blancs ou qu’à de belles dames parlant anglais, ou autres…
La libre circulation, la liberté d’expression et la tolérance sont donc des chimères de libéraux qui sont restés à gauche. Pour être plus juste après cette phrase volontairement un peu choc, ces libertés ne sont pas acquises dans la société libre, elles peuvent exister à conditions que le marché et l’ostracisme les exigent et poussent les propriétaires à la tolérance. Même en société libre, la liberté reste un combat de chaque instant.

Enfin, la dernière critique évoquée par l’article est plus spécifiquement américaine, elle avance que « 5. Les libertariens détruisent le Parti Républicain ». C’est une bonne nouvelle, pour les américains certes, mais aussi pour les libertariens partout en Europe. Les libertariens américains ont plusieurs dizaines d’années d’avance sur nous. Ron Paul et maintenant son fils Rand font un travail extraordinaire pour diffuser le message de la liberté et voilà qu’enfin celui-ci fait bouger les lignes.

En France, nous n’en sommes pas là, nous en sommes même loin. Pourtant, notre test à Villeneuve sur Lot l’a montré : il y a des milliers de libertariens en ce pays, qu’il faut aller chercher et convaincre de se battre. Et les libéraux qu’on dira « classiques » ne sont même pas capables de se mobiliser sur de telles actions, encore moins de venir nous soutenir – à de rares mais positives exceptions près, que je salue. Comment dès lors compter sur des libéraux « mous » qui n’osent pas attaquer le système de front et pour ce qu’il est vraiment, mais visent plutôt une prise de pouvoir à leur profit ?

Les libertariens ne sont pas des hurluberlus, pas des extrémistes ni des libertaires aux mœurs décadentes. Nous sommes simplement les porteurs exigeants d’un message de liberté comme seule solution inéluctable à la survie riche et pacifique des hommes sur cette Terre. Bien sûr, notre radicalisme fait mal aux privilégiés en place, nous mettons le doigt sur les archaïsmes et les aberrations du système et les résistances sont fortes. Mais quiconque a un soupçon d’honnêteté intellectuelle et d’intégrité morale ne peut que nous rejoindre. Et balayer avec nous ce système qui fait obstacle à la société de demain. Pour le reste...