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Monday, September 11, 2017
Monday, September 4, 2017
La cybersécurité pousse-t-elle vers une carte d’identité numérique ?
Ce billet est le troisième d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il aborde le lien sécuritaire entre identité numérique et cybersécurité.
L’article précédent a fait le lien entre un état trop gros pour connaître ses citoyens et l’émergence de papiers d’identité comme conséquence. On peut illustrer ce phénomène, qui ne fait que s’amplifier, en rappelant l’échange type avec un policier qui vous arrête pour excès supposé de vitesse : il vous demande vos papiers, comme si votre acte ne suffisait pas à sa tâche ou comme si votre identité officielle pouvait changer sa décision – qui devrait pourtant ne dépendre en rien de votre identité.
C’est quand il prend la casquette de la « justice » que le policier justifie la demande d’identité, car il faut pouvoir gérer le « dossier » du « justiciable » et son historique. On entre dans la procédure judiciaire et la bureaucratie, où il y a besoin de rompre l’anonymat de l’acte lui-même pour faire le lien entre une procédure et un individu numéro vu comme citoyen justiciable. On retrouve bien sûr ce type de motivation bureaucratique dans la société numérique, comme on va le voir.
Sur le Net, tout se passe dans la virtualité. L’explosion de l’économie s’accompagne d’une explosion de malveillance, sinon réellement de « cyber criminalité » – car il reste encore difficile de mener des meurtres par Internet, même s’il est vrai que cela devient de plus en plus possible et plausible. Cette « malveillance » fait bien sûr l’objet d’investigations, de recherche des acteurs, pour d’une part les faire cesser, mais aussi pour décider in fine de leur culpabilité et des poursuites éventuelles.
Or le domaine de la sanction judiciaire est un domaine bien réel, celui des citoyens et de leur identité accordée et formalisée par l’état. Le policier et le juge du monde virtuel ont de plus en plus besoin de faire le lien entre cette identité et la ou les multiples visages virtuels qu’il est possible de prendre dans le monde numérique. Le numérique connaît ce paradoxe où il serait possible d’être un criminel du virtuel, mais où la sanction ne saurait par contre pas s’y virtualiser.
Ce besoin identitaire bureaucratique est de plus en train de s’accroître du fait de l’accélération de la menace « cyber ». Les « attaques » sur Internet n’ont rien de nouveau, elles se produisent depuis que les premiers « virus » ont vu le jour dans les années 80 et 90. Jusque dans les années 2000, le « cyber crime » payant peu et faisant peu de dégâts, les polices n’étaient que très peu actives dans le domaine – du fait aussi de leur faible formation et compétences techniques de l’époque. Mais l’ampleur et la fréquence des malveillances allant explosant, et la pression des entreprises et organisation victimes poussant de même, il n’a plus été possible d’ignorer le sujet. Désormais, les états se préoccupent de la menace et beaucoup ont mis en place des « agences » pour protéger, défendre et poursuivre les acteurs fugaces agissant souvent hors des domaines réglementés.
On commence à voir des cartes d’identité avec une puce intégrée, comme c’est le cas en Belgique, et bien d’autres projets sont à l’étude. La motivation première consiste à pouvoir signer des actes et des transactions de manière électronique avec un degré de confiance et de sécurité technique qui conviennent aux administrations. Mais de là à imaginer que demain il devienne obligatoire de s’authentifier, c’est-à-dire attester de son identité réelle, avec de telles cartes d’identité numérique dans tous les actes de notre vie sur Internet, il y a qu’un pas que beaucoup envisagent pour demain.
Dans un tel monde, non seulement nous auront perdu toute virtualité, mais notre liberté d’action sera bien moindre que dans le monde réel devenu perdu et oublié, car il sera possible pour la machine étatique de suivre et connaître le moindre de nos faits et gestes. Face à cette crainte, j’ai longtemps cru moi-même que seuls ceux qui avaient quelque chose à se reprocher méritaient de s’inquiéter. Depuis, j’ai compris que tout le monde a potentiellement quelque chose à se reprocher quand les lois sont faites de manière arbitraire et hors de tout objectif de respect de notre liberté.
L’article précédent a fait le lien entre un état trop gros pour connaître ses citoyens et l’émergence de papiers d’identité comme conséquence. On peut illustrer ce phénomène, qui ne fait que s’amplifier, en rappelant l’échange type avec un policier qui vous arrête pour excès supposé de vitesse : il vous demande vos papiers, comme si votre acte ne suffisait pas à sa tâche ou comme si votre identité officielle pouvait changer sa décision – qui devrait pourtant ne dépendre en rien de votre identité.
C’est quand il prend la casquette de la « justice » que le policier justifie la demande d’identité, car il faut pouvoir gérer le « dossier » du « justiciable » et son historique. On entre dans la procédure judiciaire et la bureaucratie, où il y a besoin de rompre l’anonymat de l’acte lui-même pour faire le lien entre une procédure et un individu numéro vu comme citoyen justiciable. On retrouve bien sûr ce type de motivation bureaucratique dans la société numérique, comme on va le voir.
Sur le Net, tout se passe dans la virtualité. L’explosion de l’économie s’accompagne d’une explosion de malveillance, sinon réellement de « cyber criminalité » – car il reste encore difficile de mener des meurtres par Internet, même s’il est vrai que cela devient de plus en plus possible et plausible. Cette « malveillance » fait bien sûr l’objet d’investigations, de recherche des acteurs, pour d’une part les faire cesser, mais aussi pour décider in fine de leur culpabilité et des poursuites éventuelles.
Or le domaine de la sanction judiciaire est un domaine bien réel, celui des citoyens et de leur identité accordée et formalisée par l’état. Le policier et le juge du monde virtuel ont de plus en plus besoin de faire le lien entre cette identité et la ou les multiples visages virtuels qu’il est possible de prendre dans le monde numérique. Le numérique connaît ce paradoxe où il serait possible d’être un criminel du virtuel, mais où la sanction ne saurait par contre pas s’y virtualiser.
Ce besoin identitaire bureaucratique est de plus en train de s’accroître du fait de l’accélération de la menace « cyber ». Les « attaques » sur Internet n’ont rien de nouveau, elles se produisent depuis que les premiers « virus » ont vu le jour dans les années 80 et 90. Jusque dans les années 2000, le « cyber crime » payant peu et faisant peu de dégâts, les polices n’étaient que très peu actives dans le domaine – du fait aussi de leur faible formation et compétences techniques de l’époque. Mais l’ampleur et la fréquence des malveillances allant explosant, et la pression des entreprises et organisation victimes poussant de même, il n’a plus été possible d’ignorer le sujet. Désormais, les états se préoccupent de la menace et beaucoup ont mis en place des « agences » pour protéger, défendre et poursuivre les acteurs fugaces agissant souvent hors des domaines réglementés.
On commence à voir des cartes d’identité avec une puce intégrée, comme c’est le cas en Belgique, et bien d’autres projets sont à l’étude. La motivation première consiste à pouvoir signer des actes et des transactions de manière électronique avec un degré de confiance et de sécurité technique qui conviennent aux administrations. Mais de là à imaginer que demain il devienne obligatoire de s’authentifier, c’est-à-dire attester de son identité réelle, avec de telles cartes d’identité numérique dans tous les actes de notre vie sur Internet, il y a qu’un pas que beaucoup envisagent pour demain.
Dans un tel monde, non seulement nous auront perdu toute virtualité, mais notre liberté d’action sera bien moindre que dans le monde réel devenu perdu et oublié, car il sera possible pour la machine étatique de suivre et connaître le moindre de nos faits et gestes. Face à cette crainte, j’ai longtemps cru moi-même que seuls ceux qui avaient quelque chose à se reprocher méritaient de s’inquiéter. Depuis, j’ai compris que tout le monde a potentiellement quelque chose à se reprocher quand les lois sont faites de manière arbitraire et hors de tout objectif de respect de notre liberté.
Friday, September 1, 2017
Travail par ordonnance
Ainsi donc, Macron fait parler de lui par un texte qui ose donner un léger coup de rabot au code du travail. Le projet aura fait beaucoup de bruit, c’est le but premier, et la teneur du texte sera l’objet de nombreuses critiques sur le détail des mesures ou mesurettes. Ce n’est pas ce que j’en retiendrai. Ce qui m’interpelle, c’est le fait même de passer par une – des – ordonnances.
Après sa large victoire, le président a réussi à la doubler par une marée de novices à sa bannière arrivés au Palais Bourbon, donnant ainsi la majorité à son gouvernement. On me dira qu’il reste le Sénat, mais avec celui-ci à droite, où est l’obstacle quand il s’agit de faire dans le libéral ? A moins bien sûr que la Droite du Sénat ne soit pas (vue comme) libérale, mais qui imaginerait une telle ironie ?
La question simple consiste alors à se demander pourquoi passer par le mécanisme de l’ordonnance, qui court-circuite toutes les institutions et les procédures habituelles, quand on a la majorité de l’assemblée à sa botte. Est-ce à dire que le gouvernement n’a pas confiance en ses députés pour voter une loi selon la procédure classique ? Ou pourrait-il y avoir d’autres raisons à cette manœuvre ? De plus, cette question amène celle de la portée de cette stratégie : le gouvernement par ordonnance se limitera-t-il au travail ?
Macron nous explique il y a quelques jours que le pays n’est pas réformable, mais juste après utilise un mécanisme de passage en force pour montrer qu’il arrive malgré tout à pousser une réformette. Comment voire en tout ce bruit plus de la posture qu’une réelle volonté de « marcher » de l’avant ?
Parler du besoin de réforme de la France, c’est constater l’immense besoin de libéraliser et de dérigidifier, d’éliminer le carcan de nos 69 codes, dont bien sûr celui du travail. Mais une fois ce constat fait, et une fois choisie l’option musclée de l’ordonnance, pourquoi limiter son ambition ? On se donne les moyens de faire la réforme, mais on accouche d’une souris. Forcément, il n’y a rien de moins réformable que ce qu’on ne tente jamais de réformer.
Une véritable ordonnance sur le travail aurait été utile si elle avait largement étêté l’Hydre du code du travail et son système tentaculaire qui englue tout énergie. On aurait pu rêver d’une abolition pure et simple du code dans son ensemble, du moins de son caractère légal et obligatoire. Imaginez un pays ou simplement le SMIC ne serait plus obligatoire, les 35 heures non plus, le chômage idem.
Voilà qui serait pertinent, à la hauteur des enjeux, et sans doute le signe d’un libéral plus évident. On se prendrait alors à rêver d’une série de 69 ordonnances, une pour chacun des codes inutiles qui seraient ainsi rendus au rang d’accidents de l’histoire. Voilà qui serait un travail d’ordonnance utile.
Mais serait aussi source d’inquiétude pour la liberté, car cela nous confirmerait la fragilité de notre système faussement démocratique, où comme dans une monarchie pourtant guillotinée, un parvenu est en mesure de faire le bien comme le mal, à sa guise et selon son humeur : il ne nous reste dans ce système que l’espoir qu’il sera inspiré et motivé pour nous « ordonner le bien » ou la liberté, au lieu de nous enfoncer un peu plus vers le gouffre comme le firent ses prédécesseurs. Pas la peine de donner des leçons de « démocratie » quand on concentre à ce point le pouvoir et l’arbitraire.
Après sa large victoire, le président a réussi à la doubler par une marée de novices à sa bannière arrivés au Palais Bourbon, donnant ainsi la majorité à son gouvernement. On me dira qu’il reste le Sénat, mais avec celui-ci à droite, où est l’obstacle quand il s’agit de faire dans le libéral ? A moins bien sûr que la Droite du Sénat ne soit pas (vue comme) libérale, mais qui imaginerait une telle ironie ?
La question simple consiste alors à se demander pourquoi passer par le mécanisme de l’ordonnance, qui court-circuite toutes les institutions et les procédures habituelles, quand on a la majorité de l’assemblée à sa botte. Est-ce à dire que le gouvernement n’a pas confiance en ses députés pour voter une loi selon la procédure classique ? Ou pourrait-il y avoir d’autres raisons à cette manœuvre ? De plus, cette question amène celle de la portée de cette stratégie : le gouvernement par ordonnance se limitera-t-il au travail ?
Macron nous explique il y a quelques jours que le pays n’est pas réformable, mais juste après utilise un mécanisme de passage en force pour montrer qu’il arrive malgré tout à pousser une réformette. Comment voire en tout ce bruit plus de la posture qu’une réelle volonté de « marcher » de l’avant ?
Parler du besoin de réforme de la France, c’est constater l’immense besoin de libéraliser et de dérigidifier, d’éliminer le carcan de nos 69 codes, dont bien sûr celui du travail. Mais une fois ce constat fait, et une fois choisie l’option musclée de l’ordonnance, pourquoi limiter son ambition ? On se donne les moyens de faire la réforme, mais on accouche d’une souris. Forcément, il n’y a rien de moins réformable que ce qu’on ne tente jamais de réformer.
Une véritable ordonnance sur le travail aurait été utile si elle avait largement étêté l’Hydre du code du travail et son système tentaculaire qui englue tout énergie. On aurait pu rêver d’une abolition pure et simple du code dans son ensemble, du moins de son caractère légal et obligatoire. Imaginez un pays ou simplement le SMIC ne serait plus obligatoire, les 35 heures non plus, le chômage idem.
Voilà qui serait pertinent, à la hauteur des enjeux, et sans doute le signe d’un libéral plus évident. On se prendrait alors à rêver d’une série de 69 ordonnances, une pour chacun des codes inutiles qui seraient ainsi rendus au rang d’accidents de l’histoire. Voilà qui serait un travail d’ordonnance utile.
Mais serait aussi source d’inquiétude pour la liberté, car cela nous confirmerait la fragilité de notre système faussement démocratique, où comme dans une monarchie pourtant guillotinée, un parvenu est en mesure de faire le bien comme le mal, à sa guise et selon son humeur : il ne nous reste dans ce système que l’espoir qu’il sera inspiré et motivé pour nous « ordonner le bien » ou la liberté, au lieu de nous enfoncer un peu plus vers le gouffre comme le firent ses prédécesseurs. Pas la peine de donner des leçons de « démocratie » quand on concentre à ce point le pouvoir et l’arbitraire.
Wednesday, August 23, 2017
Le « sacrifice inutile » de Hollande », fruit des journalistes inutiles
Nous avons atteint hier soir un sommet dans le ridicule journalistique, déjà bien avancé pourtant. Les médias télévisés autorisés avaient il faut croire si peu à dire qu’ils ont sauté sur l’occasion que le simple citoyen François Hollande leur offrait de parler pour ne rien dire en relayant sa petite phrase sur le « sacrifice inutile » des Français – la phrase prononcée étant en plus maladroitement ambiguë et laissant imaginer que ce puissent être les Français qui seraient les « inutiles »…
Il faut dire qu’il est clair que tout va tellement bien en ce pays qu’il n’y a rien à en dire qui aurait pu avoir plus d’importance que cette phrase inutile, c’est bien évident. Aucune information sur le chômage, le terrorisme, la baisse du pays dans le classement économique mondial, rien de tout cela ni tant d’autres sujets ne pouvait clairement prendre la place d’une petite phrase d’un incompétent.
Cela reflète évidemment le choix fait par le chef de rédaction de la ou des télévisions incriminées. On aurait pu rêver que ce responsable opte en effet plutôt pour un reportage, même rapide, sur un des sujets concernant réellement son auditoire en lieu et place de cette triste bouffonnerie. A cet égard, une analyse rapide pourrait conclure à une incompétence dudit chef de rédaction. Il n’en est rien.
Mettons-nous un instant à sa place. Un reportage de fond coûte cher : il faut financer un journaliste, voire toute une équipe pendant plusieurs jours au moins, faire une synthèse après moult réflexions, préparer des textes, monter les coupes, etc. De plus, la valeur est incertaine, le journaleux n’est jamais vraiment sûr que son sujet intéressera assez de monde pour que les retours publicitaires ou du moins la hausse de réputation remboursent cet investissement parfois conséquent.
Par contre, si Hollande ou autre « célébrité » quelconque appelle pour un vague discours, il suffit d’envoyer un porte-micro et un caméraman et hop, le tour est joué. Pas besoin de beaucoup d’argent et comme le « buzz » est pratiquement assuré tout de suite, le calcul est vite fait.
Bien sûr, un tel raisonnement est court-termiste et ne peut pas mener un tel journalisme bien loin, comme on le voit de plus en plus ces dernières années. Mais est-ce à dire que ce phénomène est intrinsèque au métier de journaliste ? Heureusement, non, il ne l’est pas. Il est lié au statut que le pouvoir politique et étatique veille bien à donner à ce simulacre dans nos démocraties sociales.
Car le journaliste n’est pas toujours mauvais, en conditions normales, il cherche à être pertinent car son métier et sa valeur envers ses lecteurs ou auditoire reposent précisément sur sa capacité à apporter une information ayant un intérêt, une connaissance, un éclairage. Alors pourquoi cela n’est-il presque plus jamais le cas de nos jours et du moins en cette circonstance minable ?
Dans le cas de la télévision et des chaînes dites d’information, l’absence de liberté d’accès aux ondes crée une quasi absence de concurrence qui nuit à la qualité des reportages. Quand XFM n’a personne en face – sauf une autre chaîne sur le même format qui n’est là que pour faire croire au libre accès aux ondes, il est évident que peu à peu, rien ne les poussant à la pertinence, le chef de rédaction a tous les motifs pour aller de plus en plus au plus facile, à ce qui coûte le moins.
Alors, dans un pays qui se veut de la liberté d’expression, à quand la fin des subventions à la presse, les niches fiscales des journalistes et la liberté d’imprimer et d’accéder aux ondes ?
Il faut dire qu’il est clair que tout va tellement bien en ce pays qu’il n’y a rien à en dire qui aurait pu avoir plus d’importance que cette phrase inutile, c’est bien évident. Aucune information sur le chômage, le terrorisme, la baisse du pays dans le classement économique mondial, rien de tout cela ni tant d’autres sujets ne pouvait clairement prendre la place d’une petite phrase d’un incompétent.
Cela reflète évidemment le choix fait par le chef de rédaction de la ou des télévisions incriminées. On aurait pu rêver que ce responsable opte en effet plutôt pour un reportage, même rapide, sur un des sujets concernant réellement son auditoire en lieu et place de cette triste bouffonnerie. A cet égard, une analyse rapide pourrait conclure à une incompétence dudit chef de rédaction. Il n’en est rien.
Mettons-nous un instant à sa place. Un reportage de fond coûte cher : il faut financer un journaliste, voire toute une équipe pendant plusieurs jours au moins, faire une synthèse après moult réflexions, préparer des textes, monter les coupes, etc. De plus, la valeur est incertaine, le journaleux n’est jamais vraiment sûr que son sujet intéressera assez de monde pour que les retours publicitaires ou du moins la hausse de réputation remboursent cet investissement parfois conséquent.
Par contre, si Hollande ou autre « célébrité » quelconque appelle pour un vague discours, il suffit d’envoyer un porte-micro et un caméraman et hop, le tour est joué. Pas besoin de beaucoup d’argent et comme le « buzz » est pratiquement assuré tout de suite, le calcul est vite fait.
Bien sûr, un tel raisonnement est court-termiste et ne peut pas mener un tel journalisme bien loin, comme on le voit de plus en plus ces dernières années. Mais est-ce à dire que ce phénomène est intrinsèque au métier de journaliste ? Heureusement, non, il ne l’est pas. Il est lié au statut que le pouvoir politique et étatique veille bien à donner à ce simulacre dans nos démocraties sociales.
Car le journaliste n’est pas toujours mauvais, en conditions normales, il cherche à être pertinent car son métier et sa valeur envers ses lecteurs ou auditoire reposent précisément sur sa capacité à apporter une information ayant un intérêt, une connaissance, un éclairage. Alors pourquoi cela n’est-il presque plus jamais le cas de nos jours et du moins en cette circonstance minable ?
Dans le cas de la télévision et des chaînes dites d’information, l’absence de liberté d’accès aux ondes crée une quasi absence de concurrence qui nuit à la qualité des reportages. Quand XFM n’a personne en face – sauf une autre chaîne sur le même format qui n’est là que pour faire croire au libre accès aux ondes, il est évident que peu à peu, rien ne les poussant à la pertinence, le chef de rédaction a tous les motifs pour aller de plus en plus au plus facile, à ce qui coûte le moins.
Alors, dans un pays qui se veut de la liberté d’expression, à quand la fin des subventions à la presse, les niches fiscales des journalistes et la liberté d’imprimer et d’accéder aux ondes ?
Saturday, July 22, 2017
Brevets : Les idées sont-elles objets de propriété devant être protégés ?
Notre société post-industrielle repose de plus en plus sur l’immatériel. Les brevets sont un de ces mécanismes mis en place il n’y a que quelques décennies avec l’objectif affiché de protéger la copie d’innovations techniques et de permettre aux inventeurs de profiter de leurs créations. Mais de nos jours on constate que le concept est très dévoyé. Le brevet est utilisé autant pour défendre une idée que pour empêcher la concurrence d’innover de manière concurrentielle et légitime. Au-delà, on s’aperçoit que le concept même de propriété intellectuelle, récent, est vide de sens et de légitimité.
La chose est en fait assez simple. La propriété est un mécanisme juridique destiné à servir de base au règlement du principal conflit inhérent à la vie sociale, celui de l’accès aux ressources matérielles. La propriété donne une base de légitimité universellement reconnue, ce qui permet de trancher entre deux personnes qui revendiqueraient un même terrain ou un même pain, au profit du propriétaire.
Par contre, le domaine des idées et de la création intellectuelle en général ne présente pas ce conflit inhérent. Ce n’est pas parce qu’on partage une idée qu’on en est dépossédé. Il n’y a pas de conflit et donc il n’y a pas lieu de protéger qui que ce soit. Mieux, une idée n’a d’intérêt social que si partagée.
Certains utilitaristes avancent que sans brevet ou autre, les inventeurs ne pourraient pas profiter de leurs innovations et que la copie trop facile pose le risque de la dissuasion à innover. Il n’y a là qu’un signe de courte vue, car il y a bien d’autres façons de valoriser ses idées que celles de notre société.
Bien des contradicteurs avancent que sans brevet, aucune invention moderne ne pourrait être rentabilisée, ce qui découragerait l’innovation, dans ce monde complexe. Or dans le cas général, deux inventeurs n’ont pas le même talent pour profiter de leur invention. L’inventeur du disque vinyle par exemple, s’il veut profiter au mieux du potentiel de son invention sur le marché, doit non seulement être inventeur, mais aussi industriel, promoteur et disposer d’un vaste carnet de contacts auprès des artistes. A l’inverse, le boulanger qui crée un pain aux fleurs de courgettes peut très bien se satisfaire de sa clientèle et vendre son idée à un minotier qui en fera un pain industriel original.
En fait, il existe bien des moyens d’exploiter une idée, et le meilleur moyen dépend de la volonté et de la capacité de l’inventeur. De plus, toute invention ou innovation n’a pas forcément vocation à devenir industrielle. A l’inverse, les industriels, tel Coca Cola et sa recette, disposent de bien des mécanismes pour protéger leur savoir-faire. C’est en réalité une question de stratégie commerciale. Selon que le projet de l’inventeur sera plus ou moins industriel, selon qu’il choisira de s’associer avec des partenaires – distributeurs – il n’aura pas besoin de se protéger de la même manière.
Autre piste, certains nationalistes pensent qu’il faut protéger notre savoir-faire vis-à-vis des pays à faible coût de main d’œuvre. C’est là un réflexe protectionniste dont toutes les bonnes théories économiques montrent qu’il va à l’inverse des intérêts des peuples des deux pays concernés. La meilleure façon de protéger un savoir-faire, c’est de le rendre indispensable auprès du marché mondial en développant la demande et en gardant continuellement la longueur d’avance initiale.
Par ailleurs, une thèse un peu naïve prétend que sans possibilité de brevet, beaucoup de laboratoires ne pourraient exister ou survivre. Or on pourrait inverser l’argument. Pourquoi créer un laboratoire (de recherche) si c’est pour craindre de partager ce qu’on y trouve ? Pour que l’automobile connaisse le succès, il a bien fallut accepter d’en partager le concept avec le marché mondial. De même avec tout produit, ce n’est qu’en acceptant de mettre une partie dans le domaine public – mais pas d’autres – qu’on peut transformer une idée en profits substantiels. Mais il n’y a là rien de nouveau, cela se passe ainsi depuis que le monde est monde. Pourquoi des brevets pour ce simple prétexte ?
Pourtant, disent d’autres critiques du monde libéral, même Ayn Rand, libertarienne peu discutable, était en faveur de la protection de la création, fruit de l’effort mental du créateur. Certes. Mais Ayn Rand fut tout sauf une économiste et son opinion souffre souvent d’une analyse limitée dans ce domaine et précisément à propos de la propriété intellectuelle. Son point de vue confond création et distribution de la création. Le talent qui permet de produire une idée ne peut en général pas se passer d’autres talents pour en tirer les fruits. Ce n’est pas juste une création qui fait la richesse légitime, mais la capacité à combiner cette création avec bien d’autres talents pour que le marché achète et rémunère. L’oubli du besoin de cette combinaison fait le talon d’Achilles des brevets.
Citations
« Il n’est tout simplement pas vrai que nous ayons un droit quelconque à ne pas être copiés ; le seul droit légitime que nous possédions est celui de faire tout ce que nous pouvons faire pour empêcher les autres de s’approprier la valeur de notre invention (ou création) en utilisant les ressources qui sont légitimement les nôtres, sans porter atteinte à leurs propres droits. » -- Henri Lepage
« L’exclusivité [du brevet] viole le droit naturel d’un individu de découvrir et exploiter les fruits de son travail ou de son intelligence ou d’imiter quelqu’un d’autre. Cet acte d’un concurrent ne prive pas l’inventeur des fruits de son travail, il le prive de gains à l’échange exactement comme un concurrent peut le faire dans n’importe quelle activité. » -- Bertrand Lemennicier
La chose est en fait assez simple. La propriété est un mécanisme juridique destiné à servir de base au règlement du principal conflit inhérent à la vie sociale, celui de l’accès aux ressources matérielles. La propriété donne une base de légitimité universellement reconnue, ce qui permet de trancher entre deux personnes qui revendiqueraient un même terrain ou un même pain, au profit du propriétaire.
Par contre, le domaine des idées et de la création intellectuelle en général ne présente pas ce conflit inhérent. Ce n’est pas parce qu’on partage une idée qu’on en est dépossédé. Il n’y a pas de conflit et donc il n’y a pas lieu de protéger qui que ce soit. Mieux, une idée n’a d’intérêt social que si partagée.
Certains utilitaristes avancent que sans brevet ou autre, les inventeurs ne pourraient pas profiter de leurs innovations et que la copie trop facile pose le risque de la dissuasion à innover. Il n’y a là qu’un signe de courte vue, car il y a bien d’autres façons de valoriser ses idées que celles de notre société.
Bien des contradicteurs avancent que sans brevet, aucune invention moderne ne pourrait être rentabilisée, ce qui découragerait l’innovation, dans ce monde complexe. Or dans le cas général, deux inventeurs n’ont pas le même talent pour profiter de leur invention. L’inventeur du disque vinyle par exemple, s’il veut profiter au mieux du potentiel de son invention sur le marché, doit non seulement être inventeur, mais aussi industriel, promoteur et disposer d’un vaste carnet de contacts auprès des artistes. A l’inverse, le boulanger qui crée un pain aux fleurs de courgettes peut très bien se satisfaire de sa clientèle et vendre son idée à un minotier qui en fera un pain industriel original.
En fait, il existe bien des moyens d’exploiter une idée, et le meilleur moyen dépend de la volonté et de la capacité de l’inventeur. De plus, toute invention ou innovation n’a pas forcément vocation à devenir industrielle. A l’inverse, les industriels, tel Coca Cola et sa recette, disposent de bien des mécanismes pour protéger leur savoir-faire. C’est en réalité une question de stratégie commerciale. Selon que le projet de l’inventeur sera plus ou moins industriel, selon qu’il choisira de s’associer avec des partenaires – distributeurs – il n’aura pas besoin de se protéger de la même manière.
Autre piste, certains nationalistes pensent qu’il faut protéger notre savoir-faire vis-à-vis des pays à faible coût de main d’œuvre. C’est là un réflexe protectionniste dont toutes les bonnes théories économiques montrent qu’il va à l’inverse des intérêts des peuples des deux pays concernés. La meilleure façon de protéger un savoir-faire, c’est de le rendre indispensable auprès du marché mondial en développant la demande et en gardant continuellement la longueur d’avance initiale.
Par ailleurs, une thèse un peu naïve prétend que sans possibilité de brevet, beaucoup de laboratoires ne pourraient exister ou survivre. Or on pourrait inverser l’argument. Pourquoi créer un laboratoire (de recherche) si c’est pour craindre de partager ce qu’on y trouve ? Pour que l’automobile connaisse le succès, il a bien fallut accepter d’en partager le concept avec le marché mondial. De même avec tout produit, ce n’est qu’en acceptant de mettre une partie dans le domaine public – mais pas d’autres – qu’on peut transformer une idée en profits substantiels. Mais il n’y a là rien de nouveau, cela se passe ainsi depuis que le monde est monde. Pourquoi des brevets pour ce simple prétexte ?
Pourtant, disent d’autres critiques du monde libéral, même Ayn Rand, libertarienne peu discutable, était en faveur de la protection de la création, fruit de l’effort mental du créateur. Certes. Mais Ayn Rand fut tout sauf une économiste et son opinion souffre souvent d’une analyse limitée dans ce domaine et précisément à propos de la propriété intellectuelle. Son point de vue confond création et distribution de la création. Le talent qui permet de produire une idée ne peut en général pas se passer d’autres talents pour en tirer les fruits. Ce n’est pas juste une création qui fait la richesse légitime, mais la capacité à combiner cette création avec bien d’autres talents pour que le marché achète et rémunère. L’oubli du besoin de cette combinaison fait le talon d’Achilles des brevets.
Citations
« Il n’est tout simplement pas vrai que nous ayons un droit quelconque à ne pas être copiés ; le seul droit légitime que nous possédions est celui de faire tout ce que nous pouvons faire pour empêcher les autres de s’approprier la valeur de notre invention (ou création) en utilisant les ressources qui sont légitimement les nôtres, sans porter atteinte à leurs propres droits. » -- Henri Lepage
« L’exclusivité [du brevet] viole le droit naturel d’un individu de découvrir et exploiter les fruits de son travail ou de son intelligence ou d’imiter quelqu’un d’autre. Cet acte d’un concurrent ne prive pas l’inventeur des fruits de son travail, il le prive de gains à l’échange exactement comme un concurrent peut le faire dans n’importe quelle activité. » -- Bertrand Lemennicier
Quelques problèmes sociaux aujourd’hui et demain liés à une pièce d’identité
Ce billet est le second d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse aux travers de la mise en place d’une carte d’identité par l’état.
On a vu dans le billet précédent que dans la vie courante, il n’y a pas besoin de carte d’identité. Celle-ci résulte de l’éloignement, de la distance mise entre l’individu et l’administration qui ne le connaît pas, ou plus plutôt, alors même que ce serait plus logiquement à elle de se faire reconnaître.
Parmi les phénomènes sociaux aberrants récents liés à l’identité officielle, les « Sans papiers » sont probablement encore dans les mémoires. Voilà des migrants qui ont volontairement détruits – ou caché – leurs pièces d’identité pour espérer profiter d’un « vide juridique » des textes obscurs établissant le « social » en ce pays, et ainsi bénéficier d’une manne et d’une légalité. Ce n’est bien sûr pas leur démarche qui choque – elle est rationnelle – mais l’idée même qu’un législateur inique ait pu donner un statut particulier à des individus selon leur capacité ou pas à produire une « identité ».
C’est d’ailleurs là tout le problème de ce concept. Imaginez, cher « compatriotes », que les circonstances – une inondation, un incendie – devaient détruire vos « papiers ». Alors même que votre situation serait des plus critiques, vous ne pourriez plus bénéficier des « services publics » ni de tous ces machins rendus obligatoires pour la seule raison de votre incapacité à prouver qui vous êtes. Paradoxe où je te reconnais d’un côté, mais je me défie de toi quand je t’oblige à venir à moi.
Dans une société de carte d’identité, la règle de base est à la défiance, il faut prouver qui ont est. Cette logique est absurde et incohérente : suis-je en droit de contester le paiement de mes impôts sur la seule base de la remise en cause de l’identité de mon percepteur ? Après tout, pourquoi payer le fisc quand on n’est même pas sûr que l’argent soit bien reçu par ce gouvernement qui le réclame ?
Un autre problème de fond de l’identité étatique tient à son lien avec la nationalité. S’il ne s’agissait que d’un mécanisme, une sorte de service pour attester de l’identité de Paul ou de Jacques, cela pourrait s’avérer utile dans un monde ouvert où les distances se gomment – on y reviendra. Mais la carte d’identité est aussi une carte de nationalité, comme le passeport. Elle est accordée non pas à qui la demande contre paiement, mais à ceux que l’état français reconnaît parmi ses ouailles.
Ce mécanisme crée alors un phénomène de banalisation, d’égalitarisme et de collectivisation. L’individu bien qu’identifié et reconnu pour lui-même, se trouve en même temps dépersonnifié par l’assimilation que lui impose une nationalité identique à celle de personnes dans lesquelles il ne se reconnaît pas forcément. « Je suis aussi Français que vous » est une phrase souvent entendue, qui illustre le nivellement implicite que cette forme d’identité porte en elle. Je ne suis pas reconnu pour qui je suis, mais pour mon appartenance fortuite et imposée à une abstraction qui m’assimile à d’autres individus, certainement respectables, mais avec lesquels je n’ai pas grand-chose à voir.
Au-delà de ce tour d’horizon très rapide, une des questions brûlantes tient à l’évolution de cette « identité nationale » alors que tout se numérise : que vaut la carte d’identité sur Internet ? Pas grand-chose si on considère le support matériel, impropre pour cet environnement. Mais on peut imaginer, comme certains pays y travaillent voire tentent des approches, qu’une carte à puce ou autre permette de franchir la barrière du numérique. Que faire alors d’une telle identité ?
On se rend compte tout de suite qu’elle se trouve en concurrence avec toutes les autres formes d’identité qu’on trouve sur le Net – à commencer par votre compte Facebook ou Google. Et qu’elle n’est guère reconnue que par les mêmes institutions nationales que dans la vraie vie : l’état péruvien a peu de chance de reconnaître mon identité comme français. On comprend donc vite que l’absence de nationalité sur le Net conduit au besoin d’une identité qui soit reconnue ou reconnaissable sans la moindre prise en compte des identités nationales, vides de pertinence.
On commence à voir pointer des services privés d’identité numérique. La compétition se fait en ce moment sur deux axes. Certains comme Google jouent sur le caractère universel de l’identité, sa capacité à être reconnue et techniquement compatible avec l’immense majorité des sites web. D’autres proposent de vous offrir une identité numérique avec plus ou moins « d’assurance », c’est-à-dire de preuve plus ou moins forte qu’il s’agit bien de vous. Cela est utile par exemple lors de transactions commerciales sur Internet impliquant des montants spécialement importants.
C’est la beauté du marché que de progressivement faire émerger une identité qui revienne à l’origine du besoin social, tel qu’abordé dans le billet précédent. On peut parier que l’identité numérique – nos identités numériques – sera ainsi affranchie de sa part d’étatisme – lourdeur, arbitraire, défiance – et finira par remplacer nos cartes et passeports à un horizon bien plus court qu’on l’imagine.
On a vu dans le billet précédent que dans la vie courante, il n’y a pas besoin de carte d’identité. Celle-ci résulte de l’éloignement, de la distance mise entre l’individu et l’administration qui ne le connaît pas, ou plus plutôt, alors même que ce serait plus logiquement à elle de se faire reconnaître.
Parmi les phénomènes sociaux aberrants récents liés à l’identité officielle, les « Sans papiers » sont probablement encore dans les mémoires. Voilà des migrants qui ont volontairement détruits – ou caché – leurs pièces d’identité pour espérer profiter d’un « vide juridique » des textes obscurs établissant le « social » en ce pays, et ainsi bénéficier d’une manne et d’une légalité. Ce n’est bien sûr pas leur démarche qui choque – elle est rationnelle – mais l’idée même qu’un législateur inique ait pu donner un statut particulier à des individus selon leur capacité ou pas à produire une « identité ».
C’est d’ailleurs là tout le problème de ce concept. Imaginez, cher « compatriotes », que les circonstances – une inondation, un incendie – devaient détruire vos « papiers ». Alors même que votre situation serait des plus critiques, vous ne pourriez plus bénéficier des « services publics » ni de tous ces machins rendus obligatoires pour la seule raison de votre incapacité à prouver qui vous êtes. Paradoxe où je te reconnais d’un côté, mais je me défie de toi quand je t’oblige à venir à moi.
Dans une société de carte d’identité, la règle de base est à la défiance, il faut prouver qui ont est. Cette logique est absurde et incohérente : suis-je en droit de contester le paiement de mes impôts sur la seule base de la remise en cause de l’identité de mon percepteur ? Après tout, pourquoi payer le fisc quand on n’est même pas sûr que l’argent soit bien reçu par ce gouvernement qui le réclame ?
Un autre problème de fond de l’identité étatique tient à son lien avec la nationalité. S’il ne s’agissait que d’un mécanisme, une sorte de service pour attester de l’identité de Paul ou de Jacques, cela pourrait s’avérer utile dans un monde ouvert où les distances se gomment – on y reviendra. Mais la carte d’identité est aussi une carte de nationalité, comme le passeport. Elle est accordée non pas à qui la demande contre paiement, mais à ceux que l’état français reconnaît parmi ses ouailles.
Ce mécanisme crée alors un phénomène de banalisation, d’égalitarisme et de collectivisation. L’individu bien qu’identifié et reconnu pour lui-même, se trouve en même temps dépersonnifié par l’assimilation que lui impose une nationalité identique à celle de personnes dans lesquelles il ne se reconnaît pas forcément. « Je suis aussi Français que vous » est une phrase souvent entendue, qui illustre le nivellement implicite que cette forme d’identité porte en elle. Je ne suis pas reconnu pour qui je suis, mais pour mon appartenance fortuite et imposée à une abstraction qui m’assimile à d’autres individus, certainement respectables, mais avec lesquels je n’ai pas grand-chose à voir.
Au-delà de ce tour d’horizon très rapide, une des questions brûlantes tient à l’évolution de cette « identité nationale » alors que tout se numérise : que vaut la carte d’identité sur Internet ? Pas grand-chose si on considère le support matériel, impropre pour cet environnement. Mais on peut imaginer, comme certains pays y travaillent voire tentent des approches, qu’une carte à puce ou autre permette de franchir la barrière du numérique. Que faire alors d’une telle identité ?
On se rend compte tout de suite qu’elle se trouve en concurrence avec toutes les autres formes d’identité qu’on trouve sur le Net – à commencer par votre compte Facebook ou Google. Et qu’elle n’est guère reconnue que par les mêmes institutions nationales que dans la vraie vie : l’état péruvien a peu de chance de reconnaître mon identité comme français. On comprend donc vite que l’absence de nationalité sur le Net conduit au besoin d’une identité qui soit reconnue ou reconnaissable sans la moindre prise en compte des identités nationales, vides de pertinence.
On commence à voir pointer des services privés d’identité numérique. La compétition se fait en ce moment sur deux axes. Certains comme Google jouent sur le caractère universel de l’identité, sa capacité à être reconnue et techniquement compatible avec l’immense majorité des sites web. D’autres proposent de vous offrir une identité numérique avec plus ou moins « d’assurance », c’est-à-dire de preuve plus ou moins forte qu’il s’agit bien de vous. Cela est utile par exemple lors de transactions commerciales sur Internet impliquant des montants spécialement importants.
C’est la beauté du marché que de progressivement faire émerger une identité qui revienne à l’origine du besoin social, tel qu’abordé dans le billet précédent. On peut parier que l’identité numérique – nos identités numériques – sera ainsi affranchie de sa part d’étatisme – lourdeur, arbitraire, défiance – et finira par remplacer nos cartes et passeports à un horizon bien plus court qu’on l’imagine.
Sunday, July 16, 2017
Le rôle de l’identité dans une société libre
Ce billet est le premier d’une série de quatre prévus autour du thème de l’identité dans la société numérique. Il s’intéresse au rôle et au besoin d’une identité des individus dans la société.
Nous n’avons pas toujours eu de carte d’identité et encore aujourd’hui, de nombreux pays n’imposent pas cette formalité à leurs citoyens. A l’heure où l’identité sur le Net, et à l’inverse l’anonymat, par exemple des « cybercriminels », fait question, il semble donc intéressant de tenter de mieux comprendre le rôle social de « l’identité » individuelle et la nature de son besoin.
Nous naissons connus de notre seule famille. Et au gré de la vie, nous rencontrons plus ou moins de gens que nous connaîtrons et reconnaîtrons et qui eux-mêmes en retour nous reconnaîtront. Ils se comptent en quelques centaines probablement, parfois en quelques milliers, jamais en millions. Pour ces gens qui nous connaissent, il est rare que la question de notre identité leur importe.
La question commence à se poser dès qu’on entre en relation professionnelle avec des inconnus. Je souhaite me faire embaucher, et mon employeur aimerait bien s’assurer que le contrat que je signe m’engage vraiment et donc que ma signature n’est pas faite au nom d’un autre, par exemple. Plus généralement, un long contrat, à forts enjeux, ne peut se concevoir qu’entre personnes qui ont pu établir un niveau assez important de confiance mutuelle, et se connaître et se reconnaître fait partie intégrante de cette confiance – je peux difficilement faire confiance à quelqu’un dont je ne sais rien.
A ce stade, il convient de noter que l’identité en tant que telle a peu d’influence. Que mon nom soit Paul ou Jacques, que j’en change régulièrement ou pas, un peu comme on change d’habits, importe peu. Une femme qui se change reste elle-même, elle ne change pas d’identité envers les autres. Le nom est un outil social convenu, ce n’est guère qu’un raccourci pratique : ce qui compte c’est d’être reconnu. Cela peut d’ailleurs se faire de nombreuses manières. Il suffit par exemple que plusieurs personnes connues de votre interlocuteur lui confirment qui vous êtes. Et fassent votre réputation.
Arrive alors, dans la société dite moderne, l’administration. Et tout change, parce que rien du monde administratif ne repose sur des relations contractuelles ou des relations de confiance. Pour Elle et ses agents, nous ne sommes plus quelqu’un de précis, mais un simple citoyen. Un numéro. Sans raison, l’administration nous crée des obligations que nous n’aurions pas dans la vie normale. Devoir faire une demande de carte grise, déclarer ses impôts, payer un « excès de vitesse », aller voter. Toutes ces nouvelles exigences ont en commun de reposer sur une relation de défiance. Finie la confiance qui est à la source de toutes les relations volontaires et spontanées de la vie normale en société.
L’administration a alors besoin d’un mécanisme pour s’assurer qu’à ses yeux nous sommes bien celui que nous prétendons être – et c’est là qu’arrive la carte d’identité ou le numéro de sécurité sociale aux Etats-Unis – quiconque a vécu dans ce symbole déchu de la liberté sait le poids du « SSN ».
Je sens venir les minarchistes ou autres libéraux qui ne manqueront pas de me faire remarquer que la police ou la justice ont besoin de connaître mon identité pour – par exemple – éviter de jeter un innocent en prison à ma place. Comme souvent, ce serait mélanger objectif et moyen. S’il est clair qu’il est légitime de souhaiter ne pas inverser les coupables, cela peut être fait sans problème par une police de proximité, une police qui nous connaît en personne, celle que ma copropriété emploie pour notre sécurité locale et de ce fait connaît tous les habitants du quartier. Et donc les autres.
C’est bien beau la proximité me direz-vous, mais comment fait-on sur Internet ? Eh bien, on fait comme sur Facebook, par exemple, on s’appuie sur nos connaissances communes. Les amis de mes amis peuvent confirmer que je suis bien celui ou celles que je prétends être. Je m’affiche sous un pseudonyme, ce n’est pas ma véritable identité ? Qu’en savez-vous, puisque c’est celle que j’ai choisie et que mes amis me reconnaissent ? Qui mieux qu’eux sait qui je suis vraiment ?
On le voit, dans la société libre et spontanée, l’identité est un concept très subjectif. C’est la confiance envers l’individu et sa capacité à respecter ses engagements qui compte vraiment.
Nous n’avons pas toujours eu de carte d’identité et encore aujourd’hui, de nombreux pays n’imposent pas cette formalité à leurs citoyens. A l’heure où l’identité sur le Net, et à l’inverse l’anonymat, par exemple des « cybercriminels », fait question, il semble donc intéressant de tenter de mieux comprendre le rôle social de « l’identité » individuelle et la nature de son besoin.
Nous naissons connus de notre seule famille. Et au gré de la vie, nous rencontrons plus ou moins de gens que nous connaîtrons et reconnaîtrons et qui eux-mêmes en retour nous reconnaîtront. Ils se comptent en quelques centaines probablement, parfois en quelques milliers, jamais en millions. Pour ces gens qui nous connaissent, il est rare que la question de notre identité leur importe.
La question commence à se poser dès qu’on entre en relation professionnelle avec des inconnus. Je souhaite me faire embaucher, et mon employeur aimerait bien s’assurer que le contrat que je signe m’engage vraiment et donc que ma signature n’est pas faite au nom d’un autre, par exemple. Plus généralement, un long contrat, à forts enjeux, ne peut se concevoir qu’entre personnes qui ont pu établir un niveau assez important de confiance mutuelle, et se connaître et se reconnaître fait partie intégrante de cette confiance – je peux difficilement faire confiance à quelqu’un dont je ne sais rien.
A ce stade, il convient de noter que l’identité en tant que telle a peu d’influence. Que mon nom soit Paul ou Jacques, que j’en change régulièrement ou pas, un peu comme on change d’habits, importe peu. Une femme qui se change reste elle-même, elle ne change pas d’identité envers les autres. Le nom est un outil social convenu, ce n’est guère qu’un raccourci pratique : ce qui compte c’est d’être reconnu. Cela peut d’ailleurs se faire de nombreuses manières. Il suffit par exemple que plusieurs personnes connues de votre interlocuteur lui confirment qui vous êtes. Et fassent votre réputation.
Arrive alors, dans la société dite moderne, l’administration. Et tout change, parce que rien du monde administratif ne repose sur des relations contractuelles ou des relations de confiance. Pour Elle et ses agents, nous ne sommes plus quelqu’un de précis, mais un simple citoyen. Un numéro. Sans raison, l’administration nous crée des obligations que nous n’aurions pas dans la vie normale. Devoir faire une demande de carte grise, déclarer ses impôts, payer un « excès de vitesse », aller voter. Toutes ces nouvelles exigences ont en commun de reposer sur une relation de défiance. Finie la confiance qui est à la source de toutes les relations volontaires et spontanées de la vie normale en société.
L’administration a alors besoin d’un mécanisme pour s’assurer qu’à ses yeux nous sommes bien celui que nous prétendons être – et c’est là qu’arrive la carte d’identité ou le numéro de sécurité sociale aux Etats-Unis – quiconque a vécu dans ce symbole déchu de la liberté sait le poids du « SSN ».
Je sens venir les minarchistes ou autres libéraux qui ne manqueront pas de me faire remarquer que la police ou la justice ont besoin de connaître mon identité pour – par exemple – éviter de jeter un innocent en prison à ma place. Comme souvent, ce serait mélanger objectif et moyen. S’il est clair qu’il est légitime de souhaiter ne pas inverser les coupables, cela peut être fait sans problème par une police de proximité, une police qui nous connaît en personne, celle que ma copropriété emploie pour notre sécurité locale et de ce fait connaît tous les habitants du quartier. Et donc les autres.
C’est bien beau la proximité me direz-vous, mais comment fait-on sur Internet ? Eh bien, on fait comme sur Facebook, par exemple, on s’appuie sur nos connaissances communes. Les amis de mes amis peuvent confirmer que je suis bien celui ou celles que je prétends être. Je m’affiche sous un pseudonyme, ce n’est pas ma véritable identité ? Qu’en savez-vous, puisque c’est celle que j’ai choisie et que mes amis me reconnaissent ? Qui mieux qu’eux sait qui je suis vraiment ?
On le voit, dans la société libre et spontanée, l’identité est un concept très subjectif. C’est la confiance envers l’individu et sa capacité à respecter ses engagements qui compte vraiment.
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