Wednesday, March 2, 2016

L’inflation incomprise

Un certain Jim Rickards se présentant comme économiste a vu un de ses articles publié récemment sur Le Cercle, sous le titre : « Les Banques centrales prêtes à tout pour obtenir l’inflation ». On y trouve une vision de la monnaie, du système monétaire et de l’inflation qui montre combien même les professionnels de la finance comme ce monsieur maîtrisent peu les fondamentaux économiques.

Il commence par contester une définition bien connue des libéraux : « Beaucoup de gens pensent que pour obtenir de l’inflation il suffit d’imprimer de l’argent. C’est ce qu’a déclaré Milton Friedman. Ce n’est pas vrai. Imprimer de l’argent, en soi, ne provoque pas d’inflation. » Ce monsieur se trompe, bien sûr. Le mot inflation n’a pas été choisi par hasard, historiquement. Il vient d’un volume total de monnaie qui enfle lorsqu’on en crée en plus. Mais ce n’est pas tout. Si nous avons soudain plus de monnaie, du fait de cette inflation, alors la valeur relative de la monnaie baisse, comme le veut la loi de l’offre et de la demande. Ce qui explique à son tour la hausse des prix exprimés en cette monnaie.

Cette mise au point quant à ce qu’est réellement l’inflation permet d’apporter d’autres éclairages. Le premier (*), c’est que l’inflation n’est que rarement naturelle – elle ne l’est jamais avec les monnaies papier modernes. De plus, puisque la concurrence fait continuellement son œuvre et tire les prix vers le bas, on comprend facilement que la norme est dans la déflation – les prix baissent, la valeur de la monnaie monte. Ce qui veut dire qu’à salaire constant, notre pouvoir d’achat monte, monte, monte.

On comprend donc que si notre pouvoir d’achat baisse, comme c’est le cas en ce moment, ce n’est pas la faute à la crise ni au capitalisme, mais bien à l’état tricheur qui enfle sans cesse le nombre des euros, ce qui ne cesse de faire grimper les prix et d’appauvrir les pauvres. L’état n’aime pas les gens.

Pourtant notre amuseur nous affirme que : « Les forces déflationnistes étant encore fortes, … » comme si la déflation était donc un fléau ; et finit de s’enfoncer ainsi : « … l’objectif de la Fed, qui est de produire de l’inflation, prend un caractère encore plus urgent. » Ben voyons. Il est urgent de faire baisser la valeur de l’argent, donc celle des bas de laine et du pouvoir d’achat de tout le monde.

Et pour finir en apothéose, il nous explique le monde : « Quant aux élites mondiales… Elles ont besoin d’inflation car c’est la seule façon de régler le problème des dettes souveraines. » Le pire, c’est qu’il dit la vérité cette fois. Enfin, presque. Il serait plus honnête de dire que c’est l’inflation qui a permis d’imaginer la dette comme une norme. Et que le mieux serait de ne jamais endetter son peuple.

(*) Lire ceci pour s’en convaincre : http://blog.turgot.org/index.php?post/Guido-D%C3%A9flation

Le plan chômage de Macron

Un certain Olivier Myard, lui-même fonctionnaire, nous offre une réaction au plan Macron, qu’il qualifie de « 90% de plagiat et 10% d’audace… », plagiat donc du « plan Barre de 1977 ».

On sait à quel point je hais tout ce qui se rapporte à l’état, mais je crois qu’une telle analyse de cet événement politique reste un peu déséquilibrée. Il me semble qu’il faut prendre acte de l’audace, ou du moins du courage politique qui porte E.Macron et qui d’ailleurs se mesure au nombre et à la véhémence des réactions des socialistes bon teint, telle la tribune désuète de Tartine au Brie.

Il ne s’agit pas tant de féliciter le ministre que de s’en servir comme démonstration que le courage politique est non seulement possible, mais même souhaitable, et que c’est pour les libéraux de ce pays la seule option, la seule attitude possible. Il faut attaquer la gauche frontalement, l’attaquer directement sur ses fausses valeurs, affirmer son injustice inhérente, car c’est là son Talon d’Achille.

Mais par contre, aller sur le terrain d’une comparaison plus ou moins osée avec le plan de 1977 ou même tout autre plan, à quoi bon s’il vous plaît ? Faire tout un article là-dessus, c’est se tromper de message et nettoyer le sable quand un énorme rocher bouche le passage des neurones.

Revenons aux basiques. Il n’y a qu’une cible possible pour un véritable plan contre le chômage : le droit du travail dans son ensemble. Toute mesure ou politique d’éclat qui tenterait juste de l’éroder, comme dans le cas qui nous intéresse, sans pour autant ne pas mettre son courage au profit de la complète disparition du Code ne peut être qualifiée que de péripétie politicienne, de doux spectacle.

Ce coup d’éclat supposé du ministre, voire du gouvernement, constitue donc pour les libéraux une occasion unique de rebondir et porter l’estocade un coup plus loin. Plutôt que moquer un plagiat quelconque et sans grand intérêt pratique, il serait plus efficace sans doute que rappeler à la gauche que ses 35 heures, ses avantages sociaux, son CDD et son CDI, son SMIC, parmi tant d’autres, sont autant de causes profondes d’un chômage qu’elle prétend pourtant maîtriser, sans succès.

C’est l’occasion unique de faire coup double en ridiculisant les socialistes dépassés en même temps que ces socialistes qui veulent faire croire à leur modernité. C’est l’occasion de surfer sur la vague de la sincérité politique et de dire aux gens ce qu’ils ressentent tous confusément : que la réponse est dans une société où l’état se retire de toutes les relations sociales, à commencer par celles du travail.

Tuesday, March 1, 2016

L’état n’aime pas les gens

On nous dit que le capitalisme n’aime pas les pauvres et n’aime que les riches, alors que l’état, sauveur, reste la seule entité qui vient effectivement au secours "des gens". L’état aimerait les gens.

Il n’en est rien, bien sûr. L’état n’aime pas les pauvres : il rigidifie le marché du travail, avec le SMIC et le Code du travail et rend plus difficile l’accès à un travail même très simple ; il rend les pauvres dépendants aux aides tel le RSA et ôte peu à peu toute incitation à se dépasser et à se mobiliser. Le libéralisme aime les pauvres : sans contrainte aucune à part celle de devoir convaincre un employeur de sa capacité et motivation, le pauvre peut accéder à un travail élémentaire qui lui permet d’espérer gravir un à un les échelons, et s’enrichir ; à l’inverse, la charité est là pour aider ceux qui le méritent.

L’état n’aime évidemment pas les riches. Il les taxe d’autant plus qu’ils réussissent et créent de la valeur, comme si c’était un mal profond que de rendre service à son prochain. Le libéralisme aime les riches comme il aime tout le monde, en respectant la propriété privée légitimement gagnée.

L’état n’aime pas les jeunes. Il les parque dans des universités qui ne les forment à rien d’utile en leur vendant le rêve d’une compétence illusoire ; ils payent une retraite qu’ils n’auront jamais. La liberté permet aux jeunes d’apprendre en travaillant et d’investir sur le futur qui leur convient le mieux.

L’état n’aime pas enfants. L’éducation nationale les endoctrine et leur enseigne le minimum vital, en cherchant à gommer leur personnalité et esprit critique. La liberté verrait des enfants instruits au niveau qui leur correspond et dans les domaines les plus divers, heureux de grandir dans ce monde.

L’état n’aime pas les citadins. Il impose des loyers et un urbanisme qui ne leur permet pas de vivre confortablement parce que des murs historiques vaudraient plus que le confort des habitants. La liberté ferait des villes d’immenses bouillons de création immobilière et les palais des plus humbles.

L’état n’aime pas les immigrés. Il interdit les plus compétents s’ils sont sans visa mais ouvre les portes à ceux qui n’apportent rien au peuple. Il impose l’intégration quand leur valeur est dans la différence. La liberté ouvrirait la porte à tous ceux qui sont invités par le peuple et qui méritent leur chance.

L’état n’aime pas non plus les fonctionnaires. Il ne leur permet pas de progresser selon la qualité de leur travail et leur motivation à servir. Il leur impose des conditions de travail qu’il refuserait de la part de la moindre entreprise privée. La liberté ferait des fonctionnaires juste des professionnels.

Monday, February 29, 2016

La concurrence déloyale : une pure invention

La concurrence est un phénomène qui est bien plus simple que beaucoup le pensent. Pour le comprendre, commençons par ce qu’elle n’est pas. Tout entrepreneur le sait bien, par exemple un vendeur de voitures ou de téléphones, lorsqu’on se trouve en compétition face une autre voiture ou un autre téléphone, on cherche à expliquer au client en quoi notre produit est unique, ne serait-ce que par le prix. De même pour un séjour touristique, des légumes ou un nouveau collaborateur : c’est chaque fois ce qui les rend unique qu’on met en avant pour convaincre et amener la décision.

Ainsi, mon concurrent n’est donc pas celui qui a le même produit ou service que moi, mais celui qui arrive à mettre en avant sa différence. Mais dès lors, où s’arrête le jeu de cette différence ? Est-ce qu’une voiture de sport est en concurrence avec une voiture familiale ? Pour beaucoup d’hommes, la réponse est positive dans la mesure où beaucoup aimeraient acheter les deux et donc doivent choisir laquelle acheter en premier. Est-ce que le train est en concurrence avec l’avion ? Bien sûr, quiconque a voyagé entre province et Paris hésite régulièrement, y compris avec voiture et covoiturage.

En réalité, la concurrence ne s’arrête pas là. Dans nos budgets, le voyage est en concurrence avec le sport, les loisirs, les sorties au restaurant, les livres ou encore les spectacles. Pourtant, aucun hôtel ne s’imagine, à tort, en concurrence avec un libraire. Le nœud de compréhension est ici : la concurrence n’est pas une chose que les acteurs de l’économie décident, mais que chacun de nous décide. C’est moi qui arbitre mes dépenses entre voyage ou voiture, banane ou alcool, téléphone ou formation.

Le concept de concurrence déloyale se révèle alors pour ce qu’il est : un vide sémantique, un contre-sens, une ineptie. Si c’est moi, l’individu, qui décide à chaque instant de ce que je considère être en concurrence, en choisissant librement telle dépense plutôt que telle autre, quelle place la loi pourrait-elle tenir dans ce schéma ? A moins de m’interdire certains choix plutôt que d’autres, à moins de m’interdire de prendre le bus quand un train va à ma destination, comme ce fut longtemps le cas.

La concurrence est la normalité, elle est précieuse au progrès de tous par le choix qu’elle porte en elle. Les taxis et tous ceux qui hurlent à la concurrence déloyale sont de mauvaise foi, ils utilisent un faux concept pour justifier le recours à la loi pour réduire notre liberté à leur profit. Et on les écoute.

On me contestera que jusqu’ici, je ne traite pas vraiment de concurrence déloyale. Ainsi, peut-on m’objecter, les taxis ne s’opposent-ils pas aux mototaxis, VTC ou Über dans le principe, mais dans les moyens. Laisser par exemple les motards approcher les clients dans un hall d’aéroport serait déloyal, parce que les taxis, qui font des heures de queue, ne peuvent faire de même.

Plus largement, on sait bien que les taxis parisiens considèrent comme déloyal le fait que les VTC aient si facilement accès à leur marché quand on impose aux taxis une licence ruineuse. Dans la même veine, les artisans boulangers ont mal accepté, il y a quelques années, l’arrivée sur le marché des chaînes telles que les Paul ou Brioche Dorée ; il s’en est suivi l’interdiction du mot « boulanger ».

Mais dans tous ces exemples, et dans tous les autres exemples qu’on pourra trouver, l’injustice ressentie, l’inégalité de traitement perçue, n’a que deux sources : la loi ou l’incompétence inavouée.

Prenons d’abord la loi. Pourquoi exiger des taxis qu’ils s’acquittent d’une licence préalable ? On sait qu’historiquement, il s’agissait de trouver un moyen de rassurer le client quant à la compétence du chauffeur, que ce soit en matière de conduite ou de connaissance de Paris et des meilleurs trajets. 
Mais c’était déjà mettre le vers dans le fruit pour une mauvaise raison : la loi n’est pas faite pour donner confiance entre les fournisseurs de produits ou services, mais pour établir les conditions d’une juste concurrence, c’est-à-dire la garantie de la responsabilité du fournisseur face au client.

C’est très différent et c’est la source d’une foule d’aberrations commerciales en ce pays. On pense aux nombreux monopoles bien sûr, mais il y a aussi les nombreuses professions faussement libérales, qui ne sont accessibles que sous conditions entrées dans la loi ; il y a de même tout un nombre de professions de niche, tels les moniteurs d’auto-école, qui ne devraient pas être réglementées.

Plus largement, on comprend que toutes – ou presque – ces professions qui crient plus ou moins régulièrement à la concurrence déloyale sont protégées par quelque texte de loi désuet et sans raison économique valable. Certaines, trop rares, sont discrètes et s’adaptent au monde réel sans faire de bruit – on pense aux chauffeurs routiers. La plupart par contre font parler d’elles à hauteur de leur incapacité à s’adapter et à affirmer leur véritable compétence. Car il faut bien le dire, quand on a la compétence et la reconnaissance qui va de pair, on n’a pas peur de la concurrence déloyale.

Sunday, February 21, 2016

La cri culture de l’agriculture

Désormais et depuis quelques dizaines d’années déjà, cela fait partie du folklore, de la culture de ce pays : comme le carnaval, au moins une fois par an les agriculteurs montent à Paris ou bloquent les routes pour se faire entendre, expliquer qu’ils ne gagnent pas assez et que le pouvoir doit les aider.

Il convient de préciser qu’au moins, malheureusement, ils ne mentent pas. La situation individuelle de chacun est en effet souvent catastrophique, et le fort taux de suicides de la profession en atteste. Ils ne sont donc pas tous à classer dans la même catégorie que les nombreux privilégiés qui, bien qu’à l’abri par leur statut, n’hésitent pas à venir faire souvent obstacle à la liberté et au travail d’autrui.

On ne peut s’empêcher pourtant de s’étonner que cette colère, ce cri agricole, semble n’être que la seule option de ces agriculteurs. Or les choix existent : que ferions-nous probablement à leur place ? Autrement sans doute...

Tout d’abord, si on prend le cas des laitiers, vu les risques, je ne suis pas sûr que je me serais endetté sur mes biens propres et à vie pour monter une laiterie. Ou alors, j’aurais commencé petit, pour ne pas tout perdre si le cours du lait devait baisser durablement. Ou si je m’étais rendu compte que de nombreux collègues eux aussi se mettaient au lait. Il faut qu’ils aient été inconscients pour que tant d’agriculteurs se soient endettés en même temps dans la filière laitière. Ou dans le porc, ou autre.

Bien sûr, comme dans tous les forts dysfonctionnements économiques, l’état à une grande part de responsabilité. C’est un peu notre crise des subprimes à nous : jamais l’état n’aurait dû pousser les banques à accorder autant de crédit pour financer ces trop gros investissements à fort risque.

Mais ce n’est pas tout. Il y a d’autres manières d’aborder le projet d’une laiterie. On peut par exemple se regrouper à plusieurs, créer une société et partager les investissements, et donc le risque. Ou encore, au lieu de créer une simple laiterie, on peut chercher à monter la production de produits laitiers originaux et donc à meilleure valeur ajoutée. Ce type de réflexion est très simple. C’est celui que fait tout entrepreneur devant un projet. Sans aller jeter du fumier s’il échoue.

Ce qui fait le vrai scandale de la cri culture actuelle, c’est que tout le monde semble accepter qu’elle ait un statut à part, qu’on subventionne à milliards des entrepreneurs incapables de profits quand ceux qui gagnent cet argent ne sont pas autorisés à se plaindre d’être imposés, taxés et taxés encore.

Saturday, February 13, 2016

Les tas d’urgences

Voici déjà des mois que nous sommes en soi-disant « état d’urgence ». Sans que le sentiment de sécurité soit revenu pour autant. Une urgence qui dure, et qui dure pour rien, voilà la réalité.

Créé en 1955 au moment de la Guerre d’Algérie, le concept d’état d’urgence se voulait répondre à un danger imminent et fort envers le pays, à l’époque celui d’une fracture qui s’est en effet matérialisée depuis par le retour de l’Algérie à l’indépendance. On pourrait largement contester le risque que les circonstances de l’époque justifiaient pour sortir des règles de la constitution, même provisoirement.

Après tout, le principe même de toute constitution repose sur l’idée qu’elle établit le droit fondamental à valoir en toutes circonstances. On ne peut normalement jamais se trouver hors de la loi fondamentale, sinon ce n’en est plus une. Imaginer de ce fait l’état d’urgence, ce n’est rien d’autre qu’imaginer sortir du régime de la constitution pour passer subrepticement sous celui de l’arbitraire.

C’est donc un concept dangereux pour le peuple, contrairement à ce que François veut nous faire croire. Car il donne potentiellement pleins pouvoirs au pouvoir. Et le danger dans toute société ne vient pas de mon voisin, mais de celui ou ceux qui disposent de la force et peuvent en abuser contre moi. L’état en tant que monopole de la force est donc le seul danger dans une société humaine.

Le rôle prétendu d’une constitution, c’est de limiter le potentiel qu’a l’état d’abuser du pouvoir. En réalité c’est un leurre, mais c’est toujours mieux que pas de constitution du tout. Or l’état d’urgence, c’est précisément sortir du faible cadre de la constitution et donner un pouvoir incontrôlé à l’état.

En 1955, au moins, l’état d’urgence avait été limité en durée à quelques jours. Le concept ne pouvait nous menacer que ponctuellement. Avec son état d’urgence de trois mois, notre cher François n’a pas craint de tordre une loi inconstitutionnelle pour en imposer une encore plus inconstitutionnelle.

Car désormais, comme les résultats vis-à-vis du terrorisme ne seront pas à la hauteur, parce qu’ils ne peuvent pas l’être, plus rien n’empêche de déclarer un état d’urgence au sein de l’état d’urgence. Ou de déclarer tout et n’importe quoi comme une urgence qui justifie de prolonger l’arbitraire légalisé.

On était déjà sorti du peu de contrôle du pouvoir par le peuple rendu possible par le parlement lorsque le président a pu dissoudre à sa guise l’assemblée nationale. Désormais, la liberté est du côté de l’abus de pouvoir. Nous avons mis le pied sur des tas d’urgences, et cela ne sent vraiment pas bon.

Sunday, February 7, 2016

Mon combat

La réédition de « Mein Kampf » fait grand bruit, en Allemagne comme chez nous. Rendue possible par la fin des 70 ans de copyright qui paradoxalement en avait rendu possible le maintien dans le secret et l’oubli, il ressort en librairies sous la forme d’une édition se voulant critique, mais critiquée.

Un micro-trottoir montre une foule de réactions négatives, justifiées bien sûr par l’image fortement haineuse que porte ce texte. En gros, Hitler c’est mal, il ne faut donc pas le lire ni surtout le publier.

Il est évident que je me garde bien de faire l’apologie de cet ouvrage, encore moins de son auteur. Quiconque a lu trois de mes lignes sait mon opposition à toute politique et au fascisme en particulier.

Il demeure, cet événement est une belle illustration d’une des grandes confusions de notre époque, l’amalgame entre le droit et la morale, et par extension, le rôle moralisateur qu’on accorde à l’état.

Car, environ un an après l’attentat envers Charlie Hebdo, quand on en fait encore son deuil, alors que les manifestations revendiquant le droit à la liberté d’expression ont battu leur plein en continu, habillées de moralisme vaguement libertaire – oui, c’est un oxymore – on semble oublier que cette liberté d’expression suppose la liberté de publier les pires œuvres, même celles de Hitler, ou de Mao.

Il faut le dire, le gauchisme ambiant n’hésite pas à prendre les habits d’une – fausse – morale docte et à critiquer voire interdire tout ce qui est supposé aller à l’encontre dudit gauchisme malodorant.

Je n’ai pas lu ce nouveau Mein Kampf. Mais j’en trouve l’objectif annoncé excellent. Ce n’est pas en enfouissant cet ouvrage qu’on luttera durablement contre ses idées. Au contraire, c’est en les mettant au grand jour et en favorisant le débat et l’explication, celle qui montre les erreurs de Hitler.

A cet égard, l’état de Bavière, qui en a interdit la réédition pendant des décennies, a fait l’inverse de ce qu’il fallait pour vraiment détruire l’attrait du fascisme pour son peuple. On est en droit de se demander si c’est par hasard, par incompétence ou pour des raisons historiques plus inavouables.

C’est le même phénomène que la lutte contre le terrorisme. On ne lutte pas contre le terrorisme en accroissant la pression sécuritaire. Hitler justifiait guerre et terreur par la lutte contre les Juifs. La lutte contre les fausses idées politiques passe par l’explication et le libre débat. Mais le danger pour le politicien, c’est qu’à ce rythme, le débat a vite fait de détruire les illusions dont il fait commerce.

Mon combat à moi, c’est de dénoncer tous ces mensonges, ces incohérences et ces fausses façades pseudo moralisatrices mais qui en réalité sont toutes autant de tentatives de s’imposer à autrui. Il est incroyable que dans ce pays qui a Liberté comme premier mot de sa devise, nous soyons si peu nombreux à garder cette vigilance. Car les thèses de Mein Kampf sont depuis longtemps à l’œuvre.