Saturday, July 23, 2016

Remplacer les législateurs par des robots ?

Faire des lois est un beau métier : on écrit à peu près ce qu’on veut, on est payé grassement pour ce faire, c’est ensuite voté par quelques corrompus et cela touche enfin la vie de millions de gens qui n’avaient rien demandé et qui pourtant vont et payer les premiers par l’argent volé via les impôts, et subir les conséquences concrètes des interdictions et obligations qui leur tombent ainsi sur la tête.

Comme si la myriade de textes inutiles et même nocifs qui font l’imbroglio législatif européen ne suffisait pas, voilà qu’il y a peu certains juristes de Bruxelles ont voulu faire du zèle en nous préparant un projet qui ferait des robots des « personnes électroniques ayant des droits et des devoirs ». Bigre.

Il y aurait de quoi faire des volumes entiers sur les implications et les errements qui sont liés à une telle idée, la difficulté sera de faire court. Juste pour illustrer : Qu’est-ce qu’un robot ? Qu’est-ce que le droit et à quoi sert-il ? Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ? Sont-ce là des sujets nouveaux ? Bien sûr, la réponse à cette dernière question est ‘non’, et j’avais d’ailleurs jeté les base de cette réflexion dans un article plus général sur droit et technologie, repris par l’Institut Turgot.

L’idée de base est simple, comme tout ce qui touche à la liberté : un robot est un produit d’une fabrication par l’homme et ce sont ces hommes qui l’ont conçus qui ont déterminé sa fonction et son comportement. Le robot qui serait pleinement indiscernable d’un humain n’est pas encore à l’ordre du jour et d’ailleurs n’est pas l’objet du texte juridique en question. Donc, aussi sophistiqué soit-il, le robot est un objet, un produit manufacturé, au même titre que la voiture autonome par exemple. Il est d’ailleurs intéressant que celle-ci ne soit pas vue comme un robot dont il faudrait considérer la personne électronique, ce qui montre la limite de la réflexion de ces – dangereux – rigolos.

Parler de droit pour un robot pose donc une première question gênante : si le robot acquiert des droits et devoirs, comment ceux-ci se substituent-ils à ceux de son concepteur et fabricant ? Autrement dit, poser le droit du robot, n’est-ce pas dédouaner le concepteur de ses obligations ? C’est bien ce que l’article laisse entendre : « il peut être difficile de remonter la chaîne de responsabilité jusqu’au constructeur si une décision d’un robot ‘intelligent’ est à l’origine d’un accident ». Pardon ? Ainsi, parce que ce serait difficile, on renoncerait ? Mais est-ce que la difficulté à chercher les coupables de Tchernobyl suffit à justifier qu’on aurait pu faire de la centrale un robot ?

Ahh, mais les parlementaires ont la solution, bien sûr. Les robots n’ayant pas les moyens de dédommager leurs victimes, on mettrait « en place un fonds qui serait alimenté par des taxes prélevées auprès des constructeurs et des utilisateurs ». Yabon les taxes, voilà la véritable motivation.

Mais nos juristes ne s’arrêtent pas là, hélas. Voilà qu’ils estiment que « Les robots vont aussi bouleverser le marché du travail en “effectuant de plus en plus tâches autrefois dévolues aux humains” ». Encore une fausse nouvelle, cela fait des siècles que l’innovation en général change la structure du tissu économique et du besoin de travail. On n’a pas attendu les robots pour connaître la solution. Mais suis-je bête, et le chômage ? Eh bien nos juristes osent préconiser de « demander aux employeurs de verser des cotisations sociales pour leurs “personnes électroniques” » !

La stupidité n’a pas de limite quand on se permet de tordre toute logique et bon sens. Les auteurs du texte imaginent pouvoir exiger des concepteurs de robots de signer une « charte éthique » qui parmi ses principes aurait « l’obligation de ne créer que des robots “bienfaisants” ». Il est affligeant de constater que des juristes aient une si faible compréhension du droit pour ne pas comprendre que le concept de bienfaisance est subjectif et non pas objective. Quant à réinventer l’éthique des robots, n’ont-ils donc même pas lu Isaac Asimov et ses lois de la robotique ?

Mais hélas, la réalité est bien plus sordide. Des gens comme Alain Bensoussan, avocats trop bien connu comme parmi ceux qui poussent ces idées dangereuses, ces gens donc n’ont qu’une seule motivation : donner dans la bienfaisance ? Non, je vous rassure. S’en mettre plein les poches hors de toute moralité et si possible grâce à l’argent des autres ? Oui, c’est évident. Et là, le robot tique.

1 comment:

Vladimir Vodarevski said...

Mais ces mêmes politiciens et autres juristes ne cherchent-ils pas à nous contrôler comme des robots, d'une certaine manière?