Saturday, November 22, 2014

La société libre - 3/4 - Bases de la société libre

Dans cette troisième partie, maintenant qu’on a mieux vu de nombreux points faibles de la société moderne actuelle, je tente de présenter la société libre, du moins dans la démarche sinon dans son impossible exhaustivité.

La liberté est multiforme et de ce fait, beaucoup contestent l’idée voulant qu’on puisse décrire ou caractériser la société libre. Ce serait du constructivisme, selon eux. Je comprends l’argument, ou du moins la vigilance, mais le fait est que toute société n’est pas libre et qu’on peut reconnaître une société qui ne l’est pas – on l’a vu – donc on peut aussi imaginer et reconnaître une société qui le serait. C’est certes une question de méthode et de rigueur, mais au bout du compte, on peut exprimer sinon une société libre dans ses moindres détails, du moins les fondamentaux de toute société libre.

Le point de départ doit être tiré des seules certitudes dont on dispose. Or la liberté repose sur le principe de non-agression et le droit naturel, ce qui revient au même. Autrement dit, chacun est propriétaire de soi et des fruits de son travail. La propriété privée est donc le socle de la société libre. Elle est le seul. Et cela suffit pour notre exercice. Première conséquence, il n’y a rien d’autre que de la propriété privée dans notre future société. Seconde conséquence, l’intégralité de notre planète est découpée en espaces sous propriété privée.

On comprend une première erreur de beaucoup de gens. La libre circulation ne va pas de soi, elle n’a rien d’intrinsèquement libéral. En effet, se déplacer hors de chez soi ne peut se faire sans traverser la propriété d’autrui, lequel n’est pas obligé de nous y autoriser. Bien sûr, il est vital de pouvoir se déplacer un minimum et c’est bien pour cela que nous avons tous toujours connu des chemins, routes ou vieux sentiers. Mais il demeure, se déplacer demeure une tolérance et reste potentiellement soumis au refus du propriétaire du chemin ou d’un tronçon.

Ceci est un avantage et non un inconvénient. Parce que c’est ce qui permet de faire des déplacements et des moyens de déplacement un véritable marché libre. Parce que la propriété privée permet de librement offrir des services de route, de voie, de voyage qui permettront au gens et aux marchandises de vivre une liberté de circulation bien plus riche qu’en régime de propriété collective comme actuellement.

L’immigration n’est donc pas non plus un droit purement libéral, tout au contraire. Aller ailleurs, se déplacer, suppose une tolérance ou une autorisation explicite. Je ne peux pas aller en Suisse si je le décide, il faut que j’y sois autorisé par les Suisses concernés par mon voyage. Mais ce n’est pas différent du simple fait qu’on s’attend à ce que personne n’entre chez soi, en sa maison, sans y être invité ou disposer d’un motif légitime.

Une fois ces bases posées, il faut s’intéresser aux besoins de protection. En effet, les maisons isolées seront vulnérables aux bandits de grand chemin, qui sont source de chaos. C’est ainsi que les villages et bourgs et villes viennent à se former, pour mettre en commun les moyens de se défendre, mais aussi parce que la proximité favorise le commerce. Rien n’empêche d’autres modèles, cependant. La maison isolée reste possible, bien évidemment. Mais il lui faudra développer d’autres stratégies de protection.

Et c’est ainsi qu’on a vu dans l’histoire des châteaux ou de micro-villages s’accrocher à des pitons rocheux ou s’enfoncer dans des vallées étroites. On comprend que ce qui est le plus proche dans notre histoire de la société libre, ce sont les anciennes villes franches, les micro-états, dont San Marin ou Monaco sont quelques vestiges. Dans tous les cas, défense, police et justice sont organisées au niveau de chaque bourgade, selon les règles dont la population s’est dotée.

Le noyau de la société libre est donc posé. Mais il y a de nombreuses variantes, bien sûr. Dans certains cas, il n’y a qu’un unique propriétaire foncier, qui loue ses terres. On a affaire à un monarque. Ailleurs, la propriété est également unique, mais le propriétaire est la société de tous les copropriétaires du village. Ou le modèle fait de multiples propriétaires mais associés pour la défense et la gestion du village. Tous les modèles reposent sur l’auto-gestion de la communauté.

Comme le droit se fait donc au niveau de la communauté, puisque le droit est directement issu de la propriété privée, chaque communauté ou ville a ses règles. Ce qu’il faut bien voir, c’est que l’anarcapie, la société libre, constitue la base juridique commune. Une fois la communauté organisée et les fonctions régaliennes établies et entretenues, toutes les variantes deviennent imaginables. On peut ainsi imaginer une communauté qui choisirait librement, spontanément de fonctionner selon les principes communistes, ou qui choisirait de ne vivre qu’entre juifs ou entre musulmans. Ou toutes autres variantes. On parle parfois de panarchie, elle est rendu possible par l’anarcapie, chaque communauté constituant son propre micro gouvernement autonome et libre de tout autre forme d’état.

Je n’ai pas développé ici comment la police et la justice fonctionneraient. Il y a beaucoup de littérature sur ce sujet. Disons simplement que le cœur du système repose sur les sociétés d’assurance. Celles-ci vendent de la protection contre une prime, un abonnement. Celui-ci comporte à la fois les services de police et ceux de juges indépendants. La concurrence fait le reste, elle assure la qualité croissante des services pour des prix qui baissent. Mais au début, chaque village a sa protection. Peu à peu, les organisations les plus capables d’offrir de la protection offrent leurs services de village en village, chaque propriétaire ou chaque citoyen restant libre de contracter avec l’une ou avec l’autre.


On demande souvent comment on peut être sûr que ces sociétés d’assurance ne finissent pas par prendre le pouvoir d’une ville et de proche en proche deviennent un état coercitif. C’est oublier la libre concurrence. Un assureur qui deviendrait trop pressant serait vite pris entre le risque de ne plus toucher de primes et celui d’être mis en justice par ses concurrents au nom de ses victimes. Pour qu’un assureur dominant devienne un état coercitif, il faut plus que son simple rôle régalien : il faut que les gens aient peur. D’où ma conclusion de cette troisième partie : la liberté se mérite, que ce soit pour la gagner ou la conserver, il faut de tous le courage constant de la réclamer face à la peur.

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