Friday, October 28, 2016

La Tolérance : Un libéral est-il tolérant en tout ?

La tolérance est un sujet sensible quand elle fréquente le libéralisme. Quand on explique que leurs théories ne sont que chimères, bien des gens de gauche nous voient comme des intolérants. Mais les libéraux aussi y vont de leurs critiques quand on leur rappelle les incohérences de la minarchie.

Et puis, la tolérance irait avec le libéralisme : le libéral acceptant autrui, avec ni plus ni moins que les mêmes droits que lui, mon acceptation de l’autre servant de gage à son acceptation de moi-même.

Il y a pourtant dans la Liberté celle de pouvoir discriminer, de tolérer peut-être, mais sans pour autant tout accepter. Surtout en matière de principes de Liberté. Alors, tolérant, ou pas ?

En fait cette question de la tolérance cache un double malentendu. Il y a deux grandes questions où la tolérance peut être invoquée, car la liberté s’articule à deux niveaux, pour chacun de nous.

En premier viennent les principes libéraux. Ils sont. Immuables, invariables. Ils existent ensemble et leur cohérence est la garantie de la Liberté. Ils ne sont pas négociables, ce ne serait plus la Liberté. Il ne peut y avoir de concession, donc de tolérance, sur la question de la négociation des principes.

Ensuite vient l’individu, le libéral qui vit en Libertalie, ou ici, parmi tous ses congénères. Pour être libre, il doit reconnaître l’autre comme libre. Pour être toléré, il doit tolérer, même s’il n’aime guère. Mais cela se limite donc au droit mutuel et personne, aucun libéral n’a à tolérer quiconque au-delà. Dans la société libre, tout le monde est toléré, mais personne ne peut se revendiquer tolérable.

On nous oppose souvent que les libertariens ne sont pas tolérants ; la preuve : ils critiquent même les « libéraux ». N’étant pas tolérants, les libertariens ne seraient tout simplement pas libéraux.

Mais cette question ne relève pas de la tolérance, en fait. Car il ne s’agit pas de discuter, de tolérer, des personnes, mais des idées. La Liberté repose sur des principes et briser leur fragile équilibre lui ferait perdre tout sens. On ne peut négocier ses principes ni accepter l’atteinte qui en est faite par ceux qui se satisfont de positions bâtardes. Ce serait le début de la fin. La liberté ne se négocie pas.

Ce n’est pas une question de tolérance, mais de logique. Parlant de mathématiques, il ne viendrait à personne l’idée de négocier les axiomes qui fondent l’arithmétique, ou les principes qui fondent les lois de la physique. Pourquoi en serait-il autrement en matière de liberté ? Car elle n’est pas une accumulation d’avantages, mais l’effet, l’expression de principes de droit universel et intemporel.

On dit aussi souvent que les libéraux convaincus sont des gens rigides qui ne tolèrent personne.

C’est confondre tolérer et accepter, deux choses très différentes. Le libéral reconnaît et accepte le même droit pour tous de vivre et d’être « laissé vivre ». Mais le droit de vivre n’est pas pour autant le droit d’imposer ses préférences à autrui. La tolérance a pour limite le droit de chacun de ne pas apprécier les goûts, déviances, opinions ou croyances d’autres individus. Discriminer, c’est être libre.

A l’inverse, on nous voit parfois comme des gens aux mœurs incertaines, tolérant tout le monde.

C’est du moins ce que bien des « libéraux de gauche », concept peu cohérent, semblent manifester. Sous prétexte du point précédent, beaucoup tolèrent, voire encensent,  des individus qui n’ont pas toujours des mœurs disons orthodoxes. Ne nous trompons pas, affirmons tout de suite que chacun est a priori bienvenu en Libertalie. La tolérance est dans le « a priori ». A lui de se faire accepter.

Ainsi, une fois cela posé, on n’a personnellement pas à accepter chez soi les gens dont les mœurs ou autres pratiques – ou les blondes ou les chauves ou que sais-je – ne nous plaisent pas, quelle qu’en soit la raison. Chez moi c’est chez moi et je n’ai à y tolérer personne qui n’aurait mon assentiment.

Citations
« Le libéral se doit d’être tolérant avec les hommes et intolérant avec les idées, en ce sens qu’on ne peut pas admettre qu’une idée et son contraire soient également et simultanément vrais, mais les hommes sont tous également dignes de respect. En France, c’est le contraire qui prévaut sur la scène politique : on est intolérant avec les hommes et tolérant avec les idées. » -- Pascal Salin

« Car ce qui le porte à exiger et à préserver la tolérance, ce n’est pas un égard pour le contenu des théories à tolérer mais la connaissance du fait que seule la tolérance peut créer et maintenir l’état de paix dans la société, sans lequel l’humanité serait retombée dans l’inculture et la pauvreté des temps révolus. C’est avec les armes de l’esprit et non avec celles de la force brutale et de l’oppression que le libéralisme combat la stupidité, l’absurdité, l’erreur et l’esprit du mal. » -- Ludwig von Mises

« Le libéralisme ne propose pas un mode de vie, il offre la liberté, afin que chacun soit libre d’adopter et d’agir selon ses propres valeurs et principes moraux. » – Murray Rothbard

1 comment:

Vladimir Vodarevski said...

La tolérance. Concept souvent utilisé pour imposer ses opinions. Très bon article.