Monday, January 11, 2010

Malinformation ordinaire d'un français votant à gauche

Les discussions entre amis sont souvent le révélateur de l'idéologie inculquée par le système dans l'esprit du français ordinaire, le français moyen, intelligent et confronté aux réalités chaque jour et qui pourtant continue à avaler toutes les salades que les médias mal informés et peu indépendants nous assènent au quotidien.

L'autre soir, nous étions invités chez des amis autour d'un verre et d'une galette des rois, prétexte sympa à se revoir et discuter librement. Apres deux verres, les questions politico-économiques ne tardèrent pas à faire surface. La région étant largement colorée de rose voire de rouge politiquement et les bobos ne manquant pas, il est rare dans ces cas là que mes vues assez tranchées ne donnent lieu à débat...

Apres nos discussions, je lui ai envoyé un mail tentant d'expliquer ce qu'est réellement le libéralisme et pourquoi je suis libertarien, en faveur d'une anarchie capitaliste. Il m'a répondu d'une manière que je trouve riche d'enseignements. Voici la transcription brut de nos échanges...

[Lui] Le système que tu prônes s'apparente à l'anarchie : "aucun état ni
gouvernement ni service public ni frontière, aucun, ni même pour la sécurité, la
police ou la justice".


[Moi] En effet, je prône un système libertarien dit anarcho-capitaliste, mais qui n’est en aucun cas la caricature qu’on nous enseigne à l’école. C’est à mon sens et de tout ce que je connais le seul qui garantisse à la fois prospérité et justice pour tous. Car tu as pris ma phrase de manière trop rigide – disons que je ne lui ai pas donné assez de contexte. Le mot important, c’est ‘pas d’état’. Cela ne veut pas dire ‘pas de justice’ ni ‘pas de police’, et c’est bien là toute l’idée.

Quand tu entres dans un supermarché surveillé par des vigiles, la police est assurée sans que l’état s’en mêle. Car la police, c’est un service comme un autre. Tu peux – et ça existe déjà – t’assurer de disposer de la police dont tu as besoin sans passer par l’état. Pareil pour la justice. Toutes les procédures dites de médiation supposent un juge tiers, indépendant et choisi par les deux parties. Le litige est tranché par accord mutuel, sans que ‘La Justice’ soit impliquée. Tout cela existe déjà.

Mais tu me diras pourquoi s’emmerder à tout recréer ? Tout simplement parce que je ne fais pas confiance à l’état et parce que je ne veux pas payer des impôts sur lesquels je n’ai aucun contrôle et qui n’en finissent pas d’augmenter. Je peux détailler tout cela.

[Lui] Testé pendant quelques millions d'années sur Terre, il me semble qu'il représente l'anti-civilisation. Au siècle dernier, quelques individus ont voulu
en faire un nouveau modèle de société alors que c'est une parfaite utopie !
L'homme est ainsi fait qu'il a besoin de règles, besoin de hiérarchies pour
gérer SA société. Ceci à tous les niveaux et dans toutes les circonstances.


[Moi] Tu me fais dire des choses que je n’ai pas dites. L’homme en effet besoin de quelques règles, mais il n’a pas besoin de toutes celles que l’état nous impose – c’est le mot. La règle fondamentale pour vivre paisiblement en société, c’est celle de la propriété individuelle. C’est la seule règle réellement nécessaire – oui, oui, la seule, tu me lis bien. Toutes les autres conventions en découlent.

Pour revenir sur état et justice, vu que les règles sont simples, on peut avoir un Code ou des Lois sans que ce soit un état arbitraire qui les déterminent. C’est ainsi que les normes profesionnelles sont developpées. Il n’y a pas eu besoin d’un état quelconque pour établir des normes comme Ethernet ou XML. Et les services de justice savent à quel Code se référer. Simple.

[Lui] Quand je dis "l'homme", je pense à l'animal, doué de raison certes (!), mais seuls certains insectes ont cette capacité d'abnégation collective
instinctive leur permettant de faire avancer leurs sociétés sans hiérarchie (les
fourmis par exemple).
Je referme cette parenthèse car je me doute bien que
tu es loin de l'idée de fourmilière pour la société idéale, mais c'est le seul
exemple d'anarchie qui fonctionne sur terre!


[Moi] Pas exactement. La fourmilière n’est pas une anarchie, car chaque individu n’est pas libre et indépendant. Il y a plusieurs exemples de société libertariennes figure-toi, ce n’est pas une illusion ou invention de ma part – hélas :-) Le plus évident, c’est l’ancien FarWest et de manière plus générale, les USA à leur naissance. Plus prêt de nous, la plupart des ‘paradis fiscaux’ sont proches de ce modèle, à commencer par le Lichtenstein.

Il ne s’agit pas du tout d’abnégation comme tu dis. Je ne nie pas les conflits entre hommes, je ne nie pas les ‘bons’ et les ‘méchants’. Je dis simplement que la manière la plus simple et surtout efficace de régler la société, c’est la responsabilisation individuelle et la préservation de l’intérêt personnel par une loi sur la propriété individuelle indéfectible et garantie par une police et justice d’autant plus forte qu’elle est privée.

Est-ce plus clair ainsi ? Pas besoin d’un état. Juste besoin d’un Code et des services privés qui vont avec.

[Lui] La régulation est nécessaire mais très difficile à maitriser car 'pluri-tout' : il faut réguler l'espèce pour sauver la planète, les états pour éviter les oppressions, l'économie mondiale pour limiter les dés-équilibres synonymes de conflit à terme, la justice pour empêcher les 'influences'.
de façon plus pragmatique : il faut un code de la route et donc des contrôles pour que nos enfants aient une chance de devenir des adultes, il faut une sécu car maladie ne rime pas avec 'moyens de se soigner' etc...


[Moi] Tu mets justement le doigt là où ça fait mal. Impossible de maîtriser l’explosion de la régulation. Nous sommes arrivés au point où la régulation déborde plus que largement sur notre libre-arbitre et nie la compétence de chacun à juger de ce qui est bon ou juste pour lui.

Mais surtout, tu te trompes profondément sur la nature et le rôle de l’état. C’est l’état qui crée l’oppression, ce n’est jamais lui qui nous en protège. Je la refais : nous avons une constitution, nous sommes même, avec Royaume-Uni et Etats-Unis, parmi les premiers à en avoir eu une. Te rappelles-tu pourquoi nous fîmes la révolution ? Pour nous libérer d’un état oppresseur. Le rôle de la constitution, c’est précisément de protéger le citoyen du trop-d’etat.

Ah bien sûr, ces chers – très chers même – députés ont depuis 200 ans fait tout ce qu’il fallait pour qu’on ne s’en souvienne pas trop et que la constitution ait complètement changé, histoire que les privilèges reviennent en force – et ils ne s’en sont pas privé ! Bref, pense-y, l’oppresseur, c’est l’état, pas ton voisin.

Concernant ‘sauver la planète’, saches que c’est une monstrueuse fumisterie, un gigantesque scandale. Ça mériterait un autre email, mais il n’y a pas de planète à sauver, je te rassure, car il n’y a aucun réchauffement climatique.

Le code de la route est lui aussi inutile à 99%. Sois honnête : à part la règle de la conduite à droite (qui en plus ne peut pas s’appliquer partout), de quelle autre règle avons-nous besoin ? Imagine une route sans panneau – aucun – sans feu et sans ligne blanche. Tu crois qu’on serait tous si cons qu’on se rentrerait dedans les-uns les-autres juste pour faire exprès ? Moi je pense qu’on irait plus vite, qu’il n’y aurait pas plus d’accidents et que ça nous coûterait beaucoup moins cher.

Enfin la sécurité sociale et la maladie. Encore un sujet qui mérite un débat spécifique. Je la fait courte : la seule solution à la santé et à l’assurance maladie, c’est la privatisation totale du système. Car contrairement à tout ce qu’on nous affirme, la santé, c’est une affaire strictement économique, pas sociale, et donc la solution passe par la privatisation.

[Lui] L'homme ne nait pas bon, il nait 'animal'. La société est un mal nécessaire pour que l'espèce progresse. Une société ne peux donc se contenter de règles superficielles laissant "l'animal" reprendre le dessus. La démocratie permet de choisir le mode et le niveau de règlementation régissant cette société... Encore faut-il deux choses fondamentales : un groupe politique sain (?) et un peuple en tant que tel et non une somme d'individus nombrilistes.
Là ça se complique : L'homme ne nait pas bon, il nait 'animal'. Cet axiome fout tout par-terre. Un groupe politique ne peut être sain, et nous sommes tous plus ou moins à tourner autour de notre nombril !


[Moi] Mais je n’ai jamais dit que je suppose que l’homme est bon. Je suis très lucide. Je dis, j’affirme, que cela ne justifie pas l’oppression par l’état, c’est très différent. Car nous *sommes* nombrilistes, nous sommes égoïstes, et c’est justement pour cela que je prône ces vues. Car un état, ce n’est jamais au bout du compte qu’un individu ‘nombriliste’ qui abuse des autres.

Je ne connais pas de formes d’état qui n’implique cette domination de tous par quelques uns. Toi qui te veux de gauche et donc pour justice et égalité, réfléchis à cela : il n’y a pas d’égalité ni de justice tant qu’il y a un état.

[Lui] Malgré tout, l'Etat et ces charges induites ne peuvent être remplacés par du 'tout privé' sous peine de dérives incontrôlables.
Qq exemples : tes poubelles sont ramassées par un boite privée : tu payes 3x plus cher. L'enseignement livré au privé mènera à l'illettrisme d'une gde partie de la population. Le rail s'ouvre au privé : belle pagaille en perspective et bien des petites gares de province seront bientôt fermées. Trois/quatre opérateurs téléphoniques : déjà des antennes partout... supprimons la réglementation et elles nous ferons de l'ombre dans la rue ! La distribution de l'eau est privée depuis des dizaines d'années... Super, ça rapporte tellement, que ces 3 sociétés ne savent que faire de leur (notre) fric (et ça passe totalement inaperçu aux yeux du gd public) !


[Moi] Je crains que tu te trompes et que tu mélanges privé avec corporatisme. Aucun des exemples que tu donnes n’est réellement du privé car ces marchés ne sont pas libres. Ce qui est important, ce n’est pas l’aspect ‘privé’, c’est l’aspect libre, ouvert, du marché. Un autre sujet qui mérite un mail entier...

Idée de base : le privé marche et est moins cher justement parce qu’il n’est pas incontrôlable. Ce qui est incontrôlable, ce sont les concessions publiques parce qu’elles ne sont pas soumises à la libre concurrence.

Prenons les opérateurs téléphoniques comme exemple dans ta liste. Où est la liberté du marché ? Les 3 opérateurs d’origine ont dû payer une licence exorbitante pour avoir le droit d’exercer – tu m’étonnes qu’ils nous la fasse payer ! Puis une fois bien installés sur le marché, les voilà protégés, pas de concurrence, donc des prix chers ! Mais si Free avait pu entrer sur ce marché librement, sans licence à payer ni autres contraintes, tu verrais les prix plonger très vite, pour le grand bien des consommateurs.

Nous sommes dans un système fermé et corporatiste protégé par l’état. Où est la faute du privé ? Je pense que ce que tu ne vois pas, c’est que sur un marché réellement libre, ce sont les consommateurs qui font la loi. Ils votent pour le meilleur, le moins cher, le plus ‘vert’ ou ‘écolo’, le plus ‘social’ qu’ils veulent eux. Personne n’intervient pour prétendre savoir mieux qu’eux ce qui est bien pour eux.

[Lui] Je pourrais encore citer des tas d'exemples où l'état et sa réglementation sont obligatoires.
Tout les problèmes de mauvaise gestion, de coûts astronomiques, doivent être abordés, j'en suis conscient, mais il ne faut pas baisser les bras et laisser la société en pâture au 'tout profit' de l'ultra libéralisme.
J'ai parcouru le lien didactique sur le libéralisme. Bien évidemment, je ne m'y oppose qu'en matière d'économie . Je pense que nous sommes tous pour le libéralisme dans sa philosophie (à part qq extrêmes) . Par contre pour ce qui est de l'économie pure, ne pas édicter de règle et imaginer qu'elles vont s'établir d'elle-même relève du doux rêve. Comme l'idée du communisme : on partage tout ce que l'on produit dans l'allégresse !


[Moi] Nous ne sommes en aucun cas dans une société libérale, bien au contraire.

[Lui] Quant aux 50% de charge prélevés par l'état, en effet aucune valeur ajoutée, aucun commerce (en théorie...) mais le profit est-il toujours The finalité ?
Non, j'ai une autre conception de la société : la protection de tous et au même niveau (santé, sécurité...), l'accès à l'instruction pour tous et au même niveau, un certain service partagé pour tous et au même niveau .
Ça coûte cher, c'est difficilement gérable, mais c'est mon utopie à moi !
Malheureusement, la mondialisation nous éloigne de ce modèle : difficile à gérer au niveau d'un état, l'Europe nous prouve son incapacité pour un continent... alors que dire au niveau mondial !


[Moi] Tu te trompes sur le rôle du profit. Le profit est un bienfait, pas une tare ou une malédiction. Sans profit, il n’y aurait aucun moyen pour un entrepreneur de savoir ce que les consommateurs veulent. C’est le profit, et le profit seul, qui permet l’évolution technologique et la prospérité.

Encore une fois, tu parles d’une Europe qui serait libérale, mais il n’en est rien. Elle ne marche pas, nous sommes d’accord, mais c’est justement parce que c’est un mammouth antilibéral engorgé par ses régulations/réglementations pléthorique et inutiles.

[Lui] Ne me parle pas des US... ce n'est vraiment pas un modèle pour moi : une démocratie organisée et un troupeau de moutons qui vote pour un cowboy sous une fausse menace terroriste 2 mandats successifs...Une économie qui explose en 2008, entrainant derrière elle toutes les bourses du monde pour se refaire une nouvelle jeunesse en moins de 12 mois après avoir laissé sur le carreau des millions de chômeurs et de petits épargnants. Une réforme de la sécu obtenue à l'arrachée avec en contrepartie aucune contrainte des industriels vis à vis de la pollution (on parle peu de ce scandale dans les média). Bel exemple.


[Moi] Tu n’as pas tort sur le scandale, mais tu te trompes sur la réforme de la secu, et sur la crise. Encore un autre email en perspective.

[Lui] Non, la seule chance, c'est de subventionner la recherche pour trouver avant les autres l'énergie de demain, le médicament miracle, le mode de production universel 100% robotisé etc ... et en attendant de trouver, d'inciter les gens à acheter du lait provenant de la région, des produits européens de qualité plutôt que des m.... asiatiques. En bref consommer moins mais mieux !


[Moi] Le simple fait que tu parles de subventions me hérisse le poil :-) Une subvention, c’est un fonctionnaire qui n’y connaît rien qui graisse la patte à quelqu’un et donc qui vole Paul pour engraisser Jacques. Pour moi, la solution passe par l’abandon de la démocratie au profit d’une société libre et responsable. On a pas mal de différences d’analyse ;-)

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