Saturday, July 18, 2015

On a tous besoin des libertariens

Les libertariens sont souvent perçus comme extrémistes, y compris voire surtout par les autres « libéraux » qui préfèrent alors à la société privée, ou anarcapie, des sociétés dans lesquelles diverses formes de structures étatiques persistent – on pense aux myriades de minarchistes de tous poils.

Rappelons que la société libertarienne, ou société privée, n’est pas une société sans état comme on l’imagine parfois, car le mot « état » porte en lui une confusion. Un état, si je me réfère à Max Weber, est une organisation qui, sur un territoire donné, y détient le monopole légal de la force, ou de la contrainte si on préfère. Mais dans notre pays, on use aussi très souvent du terme pour exprimer le pouvoir régalien. Il y a donc deux choses très différentes dans ce mot : une fonction, le régalien, et un organe qui dispose du monopole de la contrainte pour – hypothèse officielle – assurer le régalien.

Et à cette lumière, la société privée, l’anarcapie, n’est pas sans état au sens où bien évidemment elle a besoin et elle dispose des fonctions régaliennes pour son sain fonctionnement. Par contre, elle est libre, elle s’est donc libérée de la contrainte en supprimant le monopole accordé à un organe unique.

La société privée laisse donc libre la manière de mettre en place les fonctions régaliennes. Dès lors, tous les modèles possibles se trouvent mis en concurrence. La théorie prévoit que le capitalisme privé et concurrentiel étant toujours plus efficace que les modèles « publics » ou « étatistes », ce soit le privé qui « gagne » et perdure à long terme. Autrement dit, in fine l’anarcapie se trouvera partout.

Mais l’anarcapie permet aussi à d’autres modèles de tenter leur chance. Et on peut imaginer un territoire libre, libertarien, où la communauté locale déciderait qu’une forme de minarchisme lui convient mieux. Et ces gens de décider, librement, que désormais sur leur territoire, il y aurait un « état », un organe monopolistique en charge de certaines fonctions régaliennes. Parfait. Très bien.

Et de même une autre communauté, ailleurs, pourra choisir d’opter localement pour une « démocratie libérale », d’autres encore pour une anarchie socialiste et d’autres encore pour une expérience communiste  - je précise que je suis convaincu de l’échec de telles expériences à long terme, mais ce que je souhaite souligner c’est que l’anarcapie permet ces libres choix sociaux, localement.

Mais pas dans l’autre sens. La minarchie ne porte pas l’anarcapie en elle, mais l’anarcapie permet localement la minarchie. Ainsi les « libéraux », dans leur infinie variété de préférences, devraient-ils comprendre que la meilleure manière de faire voir le jour à la société « libre » de leurs rêves, c’est en aidant les libertariens à privatiser ce monde, de le rendre à la société privée.

Car elle seule porte en germe toutes les autres formes de sociétés, toutes moins libres que l’anarcapie mais dont la coexistence pacifique est seule rendue possible par un monde pleinement libertarien.

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